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LES CARNETS METAPHYSIQUES & SPIRITUELS

A PROPOS

La quête de sens
Le passage vers l’impersonnel
L’exploration de l’être

L’intégration à la présence


 

CARNETS PUBLIES

L'expérience du monde 
Récit (1997-1999)

Solitudes 
Récit (2001)

Le petit chercheur Livre 1  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 2  
Conte (2004)

Le petit chercheur Livre 3  
Conte (2004)

Quêteur de sens  
Essai anthologique (2005)

Traversée commune  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 1  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 2  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 3  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 4  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 5  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 6  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 7  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 8  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 9  
Livre expérimental (2007)

Traversée commune Livre 10  
Livre expérimental (2007)

Tourbillon(s) 
Journal & récit (2008-2013)

Le goût d'autre chose 
Journal (2013-2016)

Un homme simple et sage 
Récit (2014)

Une âme sensible Vol 1  
Journal (2016-2019)

Une âme sensible Vol 2 
Journal (2016-2019)

Entre le rêve, le monde... Vol 1  
Journal (2019-2020)

Entre le rêve, le monde... Vol 2  
Journal (2019-2020)

Quelque chose du sang...  
Journal (2020-2021)

En plein cœur Vol 1 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 2 
Journal (2021-2022)

En plein cœur Vol 3 
Journal (2021-2022)

Si près de nos lèvres... Vol 1 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 2 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 3 
Journal (2022-2023)

Si près de nos lèvres... Vol 4 
Journal (2022-2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 1 
Récit (2023)

Vie d'un ermite itinérant Vol 2  
Récit (2023)

Une destinée sans certitude Vol 1 
Journal (2023-2024)

Une destinée sans certitude Vol 2 
Journal (2023-2024)

Entre Dieu et la pierre Vol 1
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 2
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 3
Journal (2024-2025)

Entre Dieu et la pierre Vol 4
Journal (2024-2025)

Quelques jours... Vol 1  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 2  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 3  
Journal (2025)

Quelques jours... Vol 4  
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 1
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 1 partie 2
Journal (2025)

En son for intérieur Vol 2 partie 1
Journal (2025-2026)

En son for intérieur Vol 2 partie 2
Journal (2025-2026)

 

CARNETS BRUTS

Carnet n°1
L’innocence bafouée

Récit / 1997 / La quête de sens

Carnet n°2
Le naïf

Fiction / 1998 / La quête de sens

Carnet n°3
Une traversée du monde

Journal / 1999 / La quête de sens

Carnet n°4
Le marionnettiste

Fiction / 2000 / La quête de sens

Carnet n°5
Un Robinson moderne

Récit / 2001 / La quête de sens

Carnet n°6
Une chienne de vie

Fiction jeunesse / 2002/ Hors catégorie

Carnet n°7
Pensées vagabondes

Recueil / 2003 / La quête de sens

Carnet n°8
Le voyage clandestin

Récit jeunesse / 2004 / Hors catégorie

Carnet n°9
Le petit chercheur Livre 1

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°10
Le petit chercheur Livre 2

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°11 
Le petit chercheur Livre 3

Conte / 2004 / La quête de sens

Carnet n°12
Autoportrait aux visages

Récit / 2005 / La quête de sens

Carnet n°13
Quêteur de sens

Recueil / 2005 / La quête de sens

Carnet n°14
Enchaînements

Récit / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°15
Regards croisés

Pensées et photographies / 2006 / Hors catégorie

Carnet n°16
Traversée commune Intro

Livre expérimental / 2007 / La quête de sens

Carnet n°17
Traversée commune Livre 1

Récit / 2007 / La quête de sens

Carnet n°18
Traversée commune Livre 2

Fiction / 2007/ La quête de sens

Carnet n°19
Traversée commune Livre 3

Récit & fiction / 2007 / La quête de sens

Carnet n°20
Traversée commune Livre 4

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°21
Traversée commune Livre 5

Récit & pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°22
Traversée commune Livre 6

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°23
Traversée commune Livre 7

Poésie / 2007 / La quête de sens

Carnet n°24
Traversée commune Livre 8

Pensées / 2007 / La quête de sens

Carnet n°25
Traversée commune Livre 9

Journal / 2007 / La quête de sens

Carnet n°26
Traversée commune Livre 10

Guides & synthèse / 2007 / La quête de sens

Carnet n°27
Au seuil de la mi-saison

Journal / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°28
L'Homme-pagaille

Récit / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°29
Saisons souterraines

Journal poétique / 2008 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°30
Au terme de l'exil provisoire

Journal / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°31
Fouille hagarde

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°32
A la croisée des nuits

Journal poétique / 2009 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°33
Les ailes du monde si lourdes

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°34
Pilori

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°35
Ecorce blanche

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°36
Ascèse du vide

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°37
Journal de rupture

Journal / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°38
Elle et moi – poésies pour elle

Poésie / 2009 / Hors catégorie

Carnet n°39
Préliminaires et prémices

Journal / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°40
Sous la cognée du vent

Journal poétique / 2010 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°41
Empreintes – corps écrits

Poésie et peintures / 2010 / Hors catégorie

Carnet n°42
Entre la lumière

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°43
Au seuil de l'azur

Journal poétique / 2011 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°44
Une parole brute

Journal poétique / 2012 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°45
Chemin(s)

Recueil / 2013 / Le passage vers l’impersonnel

Carnet n°46
L'être et le rien

Journal / 2013 / L’exploration de l’être

Carnet n°47
Simplement

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°48
Notes du haut et du bas

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°49
Un homme simple et sage

Récit / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°50
Quelques mots

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°51
Journal fragmenté

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°52
Réflexions et confidences

Journal / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°53
Le grand saladier

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°54
Ô mon âme

Journal poétique / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°55
Le ciel nu

Recueil / 2014 / L’exploration de l’être

Carnet n°56
L'infini en soi 

Recueil / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°57
L'office naturel

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°58
Le nuage, l’arbre et le silence

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°59
Entre nous

Journal / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°60
La conscience et l'Existant

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°61
La conscience et l'Existant Intro

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°62
La conscience et l'Existant 1 à 5

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°63
La conscience et l'Existant 6

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°64
La conscience et l'Existant 6 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°65
La conscience et l'Existant 6 (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°66
La conscience et l'Existant 7

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°67
La conscience et l'Existant 7 (suite)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°68
La conscience et l'Existant 8 et 9

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°69
La conscience et l'Existant (fin)

Essai / 2015 / L’exploration de l’être

Carnet n°70
Notes sensibles

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°71
Notes du ciel et de la terre

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°72
Fulminations et anecdotes...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°73
L'azur et l'horizon

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°74
Paroles pour soi

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°75
Pensées sur soi, le regard...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°76
Hommes, anges et démons

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°77
La sente étroite...

Journal / 2016 / L’exploration de l'être

Carnet n°78
Le fou des collines...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°79
Intimités et réflexions...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°80
Le gris de l'âme derrière la joie

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°81
Pensées et réflexions pour soi

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°82
La peur du silence

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°83
Des bruits aux oreilles sages

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°84
Un timide retour au monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°85
Passagers du monde...

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°86
Au plus proche du silence

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°87
Être en ce monde

Journal / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°88
L'homme-regard

Récit / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°89
Passant éphémère

Journal poétique / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°90
Sur le chemin des jours

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°91
Dans le sillon des feuilles mortes

Recueil / 2016 / L’intégration à la présence

Carnet n°92
La joie et la lumière

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°93
Inclinaisons et épanchements...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°94
Bribes de portrait(s)...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°95
Petites choses

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°96
La lumière, l’infini, le silence...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°97
Penchants et résidus naturels...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°98
La poésie, la joie, la tristesse...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°99
Le soleil se moque bien...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°100
Si proche du paradis

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°101
Il n’y a de hasardeux chemin

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°102
La fragilité des fleurs

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°103
Visage(s)

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°104
Le monde, le poète et l’animal

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°105
Petit état des lieux de l’être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°106
Lumière, visages et tressaillements

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°107
La lumière encore...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°108
Sur la terre, le soleil déjà

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°109
Et la parole, aussi, est douce...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°110
Une parole, un silence...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°111
Le silence, la parole...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°112
Une vérité, un songe peut-être

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°113
Silence et causeries

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°114
Un peu de vie, un peu de monde...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°115
Encore un peu de désespérance

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°116
La tâche du monde, du sage...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°117
Dire ce que nous sommes...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°118
Ce que nous sommes – encore...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°119
Entre les étoiles et la lumière

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°120
Joies et tristesses verticales

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°121
Du bruit, des âmes et du silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°122
Encore un peu de tout...

Journal poétique / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°123
L’amour et les ténèbres

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°124
Le feu, la cendre et l’infortune

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°125
Le tragique des jours et le silence

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°126
Mille fois déjà peut-être...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°127
L’âme, les pierres, la chair...

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°128
De l’or dans la boue

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°129
Quelques jours et l’éternité

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°130
Vivant comme si...

Journal / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°131
La tristesse et la mort

Récit / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°132
Ce feu au fond de l’âme

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°133
Visage(s) commun(s)

Recueil / 2017 / L’intégration à la présence

Carnet n°134
Au bord de l'impersonnel

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°135
Aux portes de la nuit et du silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°136
Entre le rêve et l'absence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°137
Nous autres, hier et aujourd'hui

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°138
Parenthèse, le temps d'un retour...

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°139 
Au loin, je vois les hommes...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°140
L'étrange labeur de l'âme

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°141
Aux fenêtres de l'âme

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°142
L'âme du monde

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°143
Le temps, le monde, le silence...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°144
Obstination(s)

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°145
L'âme, la prière et le silence

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°146
Envolées

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°147
Au fond

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°148
Le réel et l'éphémère

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°149
Destin et illusion

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°150
L'époque, les siècles et l'atemporel

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°151
En somme...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°152
Passage(s)

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°153
Ici, ailleurs, partout

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°154
A quoi bon...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°155
Ce qui demeure dans le pas

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°156
L'autre vie, en nous, si fragile

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°157
La beauté, le silence, le plus simple...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°158
Et, aujourd'hui, tout revient encore...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°159
Tout - de l'autre côté

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°160
Au milieu du monde...

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°161
Sourire en silence

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°162
Nous et les autres - encore

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°163
L'illusion, l'invisible et l'infranchissable

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°164
Le monde et le poète - peut-être...

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°165
Rejoindre

Recueil / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°166
A regarder le monde

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°167
Alternance et continuité

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°168
Fragments ordinaires

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°169
Reliquats et éclaboussures

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°170
Sur le plus lointain versant...

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°171
Au-dehors comme au-dedans

Paroles confluentes / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°172
Matière d'éveil - matière du monde

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°173
Lignes de démarcation

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°174
Jeux d'incomplétude

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°175
Exprimer l'impossible

Regard / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°176
De larmes, d'enfance et de fleurs

Récit / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°177
Coeur blessé, coeur ouvert, coeur vivant

Journal / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°178
Cercles superposés

Journal poétique / 2018 / L'intégration à la présence

Carnet n°179
Tournants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°180
Le jeu des Dieux et des vivants

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°181
Routes, élans et pénétrations

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°182
Elans et miracle

Journal poétique / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°183
D'un temps à l'autre

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°184
Quelque part au-dessus du néant...

Recueil / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°185
Toujours - quelque chose du monde

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°186
Aube et horizon

Journal / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°187
L'épaisseur de la trame

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°188
Dans le même creuset

Regard / 2019 / L'intégration à la présence

Carnet n°189
Notes journalières

Carnet n°190
Notes de la vacuité

Carnet n°191
Notes journalières

Carnet n°192
Notes de la vacuité

Carnet n°193
Notes journalières

Carnet n°194
Notes de la vacuité

Carnet n°195
Notes journalières

Carnet n°196
Notes de la vacuité

Carnet n°197
Notes journalières

Carnet n°198
Notes de la vacuité

Carnet n°199
Notes journalières

Carnet n°200
Notes de la vacuité

Carnet n°201
Notes journalières

Carnet n°202
Notes de la route

Carnet n°203
Notes journalières

Carnet n°204
Notes de voyage

Carnet n°205
Notes journalières

Carnet n°206
Notes du monde

Carnet n°207
Notes journalières

Carnet n°208
Notes sans titre

Carnet n°209
Notes journalières

Carnet n°210
Notes sans titre

Carnet n°211
Notes journalières

Carnet n°212
Notes sans titre

Carnet n°213
Notes journalières

Carnet n°214
Notes sans titre

Carnet n°215
Notes journalières

Carnet n°216
Notes sans titre

Carnet n°217
Notes journalières

Carnet n°218
Notes sans titre

Carnet n°219
Notes journalières

Carnet n°220
Notes sans titre

Carnet n°221
Notes journalières

Carnet n°222
Notes sans titre

Carnet n°223
Notes journalières

Carnet n°224
Notes sans titre

Carnet n°225

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Comme à la pointe du rêve
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Carnet n°308
A l'orée du plus intime

Juin 2024

 

Carnet n°309
Au bord du monde – la lumière

Juillet 2024

 

Carnet n°310
Derrière les mots

Août 2024

 

Carnet n°311
Allant sans savoir

Septembre 2024

 

Carnet n°312
Un œil au cœur de la fable

Octobre 2024

 

Carnet n°313
Un manteau d'étoiles et de sang

Novembre 2024

 

Carnet n°314
Là où l'on s'incline

Décembre 2024

 

Carnet n°315
Devant un Dieu invisible

Janvier 2025

 

Carnet n°316
Ecoutant ce qui demeure

Février 2025

 

Carnet n°317
Et si le monde était l'exil

Mars 2025

 

Carnet n°318
La danse secrète

Avril 2025

 

Carnet n°319
Le cœur engagé dans l'aventure

Mai 2025

 

Carnet n°320
Ce qui veille au fond de l'âme

Juin 2025

 

Carnet n°321
Dans l'écume du mystère

Août 2025

 

Carnet n°322
Vers l'indéchiffrable

Septembre 2025

 

Carnet n°323
Dans l'épaisseur du réel

Octobre 2025

 

Carnet n°324
Entre l'étoile et la boue

Novembre 2025

 

Carnet n°325
Tant qu'il y aura des jours

Décembre 2025

 

Carnet n°326
Des choses et d'autres

Janvier 2026

Epigraphes associées aux carnets

© Les carnets métaphysiques & spirituels

4 mars 2026

Carnet n°326 Des choses et d'autres

Janvier 2026

Le silence que parfois la douleur atteint

 

 

Vers un ciel sans exigence

 

 

Le cœur-fantôme

errant parmi les rêves

en quête de quelque chose

que le vent ne pourrait emporter

 

 

Là où s'efface la mémoire des Hommes

Là où commence l'inconnu

 

 

Au seuil d'une maisonnée sans mur

d'un territoire sans frontière

d'un royaume dont chacun serait le souverain

 

 

Sans autre maintenant que celui que l'on vit

 

 

Allant comme de pauvres mortels

L'espoir au cœur et l'échine courbée

 

 

Au fil d'une existence faite de larmes, de cris et de voluptés

 

 

Le cœur penché sur le sacré du monde

Les lèvres posées sur la pierre

La nuque offerte au ciel

Dans cet allant de la prière

 

 

A notre fenêtre

Le ciel et le monde

Quelque chose de la lumière et de la mort

 

 

Le soupir du voyageur

qui use ses souliers

sur tous les chemins

au lieu de se pencher

au-dessus de l'âme

pour s'abreuver à la source

 

 

Les mains du désir

qui se posent un peu partout

 

 

Quelle joie

lorsque l'on secoue les pages de son carnet

au-dessus de la table

et qu'il en tombe un peu de lumière

 

 

Au cœur de ces rives

où s'invitent tous les rêves

 

 

L'âme tout de guingois

à force de coups

à force de ruses

à force de désirs

et de soif inassouvis

 

 

Au fond de la chair

là où le cœur tremble

 

 

Le cœur écorché

refusant les alliances

et les compromissions

refusant les fausses révérences

si authentique et sensible

qu'il ne peut que s'attrister

de son sort en ce monde

 

 

A errer parmi les âmes et les pierres

cherchant un passage entre la terre et le ciel

et une passerelle entre les bêtes et les hommes

 

 

Les Hommes ?

Des ombres qui se frôlent dans la nuit

 

 

Sous cette lumière

Tant de vie(s) et de souffles

Tant de sang et de mort(s)

 

 

Allant en boitant

sous la lumière

 

 

Les lèvres collées sur des images

Notre folle manière d'aimer

 

 

L'expérience animique du monde

Le seul chemin pour comprendre

 

 

Toutes ces choses

jetées sans ménagement

au fond du cœur

 

 

Derrière la fenêtre

Mille étoiles

et les lumières de la ville

 

 

A la place que la vie nous a choisie

 

 

La vie désirante

et la vie désirée

s'empoignant parfois

jusqu'à ce que s'éteigne tout idéalisme

 

 

Un souffle chargé de tous les autres

 

 

Au bord d'un rêve

où le monde ne serait qu'une image

 

 

Porteur de tant de caresses et de vibrations

que l'âme offre ses résonances et sa tendresse

à tous ceux qui passent

 

 

L'âme s'enhardissant

dans l'étreinte et les retrouvailles

 

 

Allongé

sous les étoiles

les yeux plongés

dans l'immensité

 

 

Là où se dessine l'inconnu

 

 

Pieds nus sur la terre

les yeux comme ceux du premier homme

tournés vers le ciel

 

 

Ah ! Ce vieux rêve de lumière

 

 

En ce lieu

où l'aube, le rêve et le monde

ne font plus qu'un

 

 

Toutes ces ombres affamées

au cœur et aux mains avides

qui se bousculent et se querellent

pour récupérer quelques miettes de joie

 

 

Le chant du petit jour

Face à l'éternité

 

 

Que contient ce grand rêve de lumière ?

 

 

Au bord de la voix

comme un grand silence sans étoile

 

 

Que cache donc l'épaisse étoffe du monde ?

 

 

Un grand ciel

et des réserves de joie

au fond du cœur

 

 

L'infini déjà au fond des yeux

avec par-dessus quantité de rêves et d'images

 

 

Le cœur peu à peu déchiré

par l'indifférence et les mensonges

 

 

Dans le grand silence de la solitude

 

 

La danse tranquille des arbres

sous le regard blasé de la lune

 

 

Le souffle de l'infini

sur nos vies minuscules et misérables

 

 

Au cœur de l'intime

dans notre vocation d'Homme

 

 

Si peu de place entre les rêves

 

 

Le cœur de moins en moins clandestin

à mesure qu'on s'approche du mystère

 

 

D'un baiser à l'autre

entre tous ces poings brandis

 

 

La figure de la simplicité

au cœur de cette abondance de mots

 

 

Glissant peu à peu

vers l'intérieur

jusqu'à l'origine

 

 

Dieu jetant quelquefois

au-dessus des têtes et des âmes

de minuscules poignées de hasard

 

 

La besogne du poète

rejoignant parfois

le labeur des étoiles

 

 

Rien que des désirs et du temps

au-dedans des têtes

 

 

Les lèvres susurrant au vent

quelques poèmes

 

 

Le cœur lacéré par les vents du monde

et écrasé par les foulées du temps

 

 

S'exerçant à son rude métier d'Homme

sous le ciel et les étoiles

sur la pierre

au milieu de ses pairs et des malheurs

 

 

Dans le dénuement de l'âme et du poème

quelque chose d'intime

la figure joyeuse du Divin

 

 

Jamais à l'écart de la vie

malgré la chair qui s'use et disparaît

malgré l'esprit qui se lasse et s'absente

 

L'imprévisible et tumultueuse traversée du monde et du temps

 

 

 

Si fugace ce parfum d'éternité

que connaissent la fleur, la bête et l'homme

 

 

Jetés ces amas de rêves

dont nous n'aurons plus jamais l'usage

 

 

Face aux chimères

tous ces cœurs qui se pressent

tressaillant devant tant de promesses

et s'éloignant du mystère (sans même le savoir)

 

 

Qu'importe l'avenir de l'Homme et du monde

pour peu que l'on obéisse aux lois de la terre et du ciel

 

 

Gorgées de sang et de lumière

cette âme et cette chair

qui se redressent

 

 

Tourné vers cet Absolu

qui habite autant le monde

que le fond de l'âme

 

 

Mêlés à l'or et au rêve

cette déchirure et ce peu de joie

comme un appât à portée

de ceux qui vivent au fond du gouffre

 

 

Vivre

à la manière des nuages

qui parcourent le ciel

 

 

Au lieu de vivre le réel

nous le représentant

et dissertant (sans fin) sur ses reflets

 

 

Et si Dieu n'était qu'un rêve supplémentaire...

 

 

Rien que l'enfance

et, autour, un monde disparu

 

 

La vie et le cœur réinventés

par celui qui est vivant

 

 

Où va donc celui qui vient de mourir ?

 

 

Rien que vivre et mourir

Nous n'avons rien d'autre

Et nous ne savons rien d'autre

 

 

Cette incandescence au fond de l'âme

qui brûle tout ce qui naît

tout ce qui recommence

 

 

Au fond de soi

quelque chose

que beaucoup ignorent

 

 

Au seuil de ce qui s'écrit

le silence

 

 

Ces noces étranges

entre la lumière et la nuit

entre le silence et la voix

entre la solitude et le monde

 

 

Tant de pourquoi qui se heurtent

aux lois énigmatiques de la terre et du ciel

allant ainsi sans réponse vers le mystère

 

 

D'un jour à l'autre

D'une page à l'autre

Ainsi s'écrit le livre

Ainsi s'écrit la vie

 

 

Attendant peut-être

ce qui ne viendra jamais

 

 

L'âme nue

au milieu des arbres

devant la page qui s'écrit

 

 

Témoin de toutes les fantaisies de l'âme et de l'esprit

 

 

Entre l'âme et la pierre

Entre le ciel et le monde

Cette langue qui explore

l'intime et le lointain

 

 

Sur cette rive

où la parole fait dériver

le cercle des possibles

 

 

Le cœur érodé par le monde

et que le silence (si patiemment) reconstitue

 

 

Devenir l'arbre et l'oiseau

le ciel et le monde

tout le dehors

sans l'aide de quiconque

sans l'aide d'un seul mot

 

 

Happé par cette danse

qui emporte tout

 

 

Qu'importe la mort

et qu'importe le nom

lorsque l'ivresse nous saisit

au cœur de cette longue veille

 

 

Autour de soi

tant d'arbres et de livres

tant de ciel et d'horizons

 

 

Sans même le savoir

le poème hissé

à la pointe de la langue

en équilibre

au-dessus des bavardages du monde

 

 

Le cœur intègre

le cœur vertueux

débordant de ce ciel

dont la terre a tant besoin

 

 

Par-dessous le sommeil

ce qui veille silencieusement

et ce qui guette la lumière

 

 

Nous défaisant de l'argile, de l'image et du rêve

pour échapper aux ombres du monde

et révéler la nudité de l'âme

 

 

Allant au rythme des étoiles

brûlant comme le soleil et le jour

insoucieux des fantaisies du voyage

l’œil rivé sur l'horizon

 

 

Sous la même étoile que les bêtes

et sur la pierre à leur côté

 

 

Dans l'intimité de l'herbe

le vent et la rosée

sous le jour qui se lève

 

 

Caché parmi l'enfance et les jeux

le grand secret

cette source capable

d'étancher toutes les soifs

 

 

Là-haut

presque rien

aussi peu qu'ici-bas

et ce qu'il faut de nudité

pour y goûter sans désespérer

 

 

Passant et repassant

dans notre paume

et au fond de notre âme

sans jamais se laisser attraper

 

 

Essayant de s'extirper de cette langue

avec laquelle rien ne peut être exprimé

 

 

Mu par l'obsession de dire

et de trouver sa voix

au cœur du silence

 

 

Creuser à même la soif

pour dégoter l'essence de l'Homme

l'essence de tout ce qui vit

 

 

Comme un hurlement

au-dessus des cimes éternelles

le cri de Dieu peut-être

en voyant l’œuvre des Hommes

 

 

Flaque de boue et de sang

dans laquelle pataugent les Hommes

 

 

Entre le cœur et la fumée

ce rire qui éclate

comme un bouquet de fleurs sauvages

 

 

Au fond de l'impensable

cette étrange lumière

que cherche le cœur de l'Homme

 

 

Au cœur de la fouille et des gravats

à même les rêves du monde

la figure vraie de l'innocence

 

 

Entre le ciel et l'écume

ces mains fouineuses

qui cherchent un peu de vérité

 

 

Éclat de rire

comme un soleil en pleine nuit

une parole en plein cœur

quelque chose de l'émerveillement

capable de redresser l'âme

 

 

Sans espérance

ce voyage du dehors

où tout se querelle et se quitte

comme si les désirs sans cesse divergeaient

comme si rien ne pouvait contenter le cœur

 

 

Personne

Seulement une âme, une main, une voix

Et un rire immense et anonyme

 

 

Le cœur mendiant

Le cœur endormi

 

 

Autour de soi

Tant de noms qui s'appellent

Le visage hors du cercle

et le cœur absent

 

 

Né des tremblements de la chair

ce désir de lumière

 

 

Comme un rêve

cette ascension vers le ciel

 

 

Le cœur consentant

à toutes les dimensions de l'existence et du temps

 

 

Si près de la joie et de l'éternité

 

 

Si vide que le monde et le temps n'existent plus

 

 

Sans conscience

Sans Dieu

Sans prière

ce monde qui croit aller

sous la direction de l'Homme

 

 

Notre cœur cherchant si désespérément la joie

 

 

Comme un anneau invisible qui enserre

le cœur et la tête des créatures de ce monde

Leur alliance (si méconnue) avec le Divin

 

 

Si solitaire

sur la pierre nue

 

 

Quelques mots encore

histoire d'offrir une place à la parole

dans ce monde de bavardages et de cris

 

 

Caché dans l'intimité de la lumière

Le secret

 

 

Si démuni face au monde et au ciel

 

 

Sans autre outil que soi-même

 

 

Le réel couronné

à l'instant où l'esprit comprend

 

Le cœur plongé dans cette clarté insondable

 

 

Refusant

sans savoir

que le non est un naufrage

 

 

Au fond du cœur

parfois un gouffre

parfois un sourire

le lieu où se joue

le destin de l'Homme

 

 

Si près du monde

Si près du don et de la douleur

Ce Dieu sans autre royaume

que le cœur de l'Homme

 

 

Jetés au monde

comme des flammes au milieu du feu

tous ces visages qui s'interrogent

 

 

A la manière des indigents

toutes ces mains tendues

 

 

Plus haut que le monde, les mots

Et plus haut encore, le silence

 

 

Dieu poussant l'aube de sa main

accompagnant le soleil tout au long du jour

puis tirant les rideaux le soir venu

 

 

Mille routes vers le même ciel

Et autant de manières d'exister

 

 

Sur ce rivage qui n'est accessible

qu'à ceux qui ont trouvé la joie

au cœur de leurs défaites

 

 

A la pointe de la voix

le cœur et la main offrant leur présent

 

 

Ce qui peuple la parole

sans même y avoir été invité

 

 

Dans l'enclos du réel

croyons-nous

et si nous étions l'espace, la clôture

et la clé qui ouvre toutes les portes ?

 

 

La parole habitée

par l'arbre et la bête

presque autant que le cœur

 

 

Debout

au fond du cœur la soif assouvie

nous tenant appuyé contre le ciel

et les choses de la terre

 

 

Dieu

à genoux

penché sur tous nos jeux

 

 

La chambre sous les étoiles

ouverte aux vents

et à la vie alentour

 

 

L'impérissable

au cœur de l'éphémère

 

 

En soi

des provisions de tendresse et de lumière

pour aller de par le monde

 

 

Au seuil de l'invisible

la main tremblante

et le cœur hésitant

 

 

Et s'il n'y avait d'autre jour qu'aujourd'hui ?

 

 

D'un ciel à l'autre

sans aller nulle part

sans rien traverser

 

 

Quelques restes de lumière

au fond du rêve

 

 

Pas de refuge

ni de fausses étoiles

dans le ciel du réel

une pente abrupte

et le silence

 

 

Le visage de l'arbre

penché sur nous

attentif et bienveillant

si innocent

regardant avec étonnement

la hache dans la main

de certains hommes

 

 

Oubliant tous les désirs de l'Homme

pour œuvrer en silence

à une tâche que nous n'avons pas choisie

 

 

Au creux de la parole

du vide et du silence

la figure d'un Dieu sans visage

 

 

Nous devenant

de plus en plus personne

 

 

A peine quelque chose

au creux de la main

au fond de la voix

comme une joie presque quelconque

 

 

Au cœur du rêve

la terre et le ciel

tout ce que touchent les mains

tout ce que voient les yeux

le recommencement du monde et du temps

 

 

Rien

à la place de la lumière

sinon l'étrange jeu des ombres

en ces lieux si obscurs

 

 

Comme un manteau de joie

sous cette pluie battante

le chant du monde

aux oreilles de l'innocent

 

 

Allant désunis

contre les flancs de l'infini

 

 

De notre plein gré

cette obscurité et cette lumière

 

 

Ce qui nous redresse

tantôt l'orgueil

tantôt la gratitude

comme si l'on était encore incapable

de choisir entre soi et le monde

 

 

Un cœur quelconque

aussi obscur que lumineux

se laissant saisir par (presque) tout ce qui passe

 

 

D'un pas laborieux

vers ce qui s'est hissé si haut

avant (bien avant) notre naissance

 

 

Ici-bas la voie terrestre

comme le seul chemin

qui mène aux portes du ciel

 

 

Non pas la langue des livres

mais celle d'un cœur ouvert

 

 

En un lieu où le vent

est plus important

que le rêve et la mort

 

 

Chacun

à sa façon

sur cette terre

comme face au ciel

 

 

Sans parler

dire beaucoup

sans compter (bien sûr)

ce que révèlent les gestes

 

 

Répondant à cet appel (irrésistible) de l'infini

 

 

Le souffle et la soif

pour aller à travers les jours

 

 

Sans rien oublier

Les paumes ouvertes

 

 

Plus intensément l'accueil

à mesure que l'on s'oublie

 

 

L'Homme déserté par un Dieu

qui aime parfois (un peu trop)

célébrer l'absence et la nuit

 

 

Tout mêlé à la terre et au ciel

les choses du monde (bien sûr)

mais aussi Dieu, l'âme et l'invisible

 

 

Glissant avec le temps

sur la pierre

parmi les âmes et les rêves

 

 

De moins en moins à dire

à mesure que l'étreinte se resserre

 

 

S'exprimant dans la langue des confidences

une langue qui relie la mort et l'enfance

une langue au-delà de la parole des Hommes

une langue vouée à disparaître un jour

au profit du silence

 

 

Poèmes nés de la fréquentation du monde et du ciel

de l'intimité de la douleur et de la joie

offerts à tous les damnés de la terre

 

 

Sans plus rien savoir

se laissant mener

comme se laissent porter par le vent

ces immenses oiseaux qui traversent le ciel

 

 

Nous

toujours

en dépit des blessures et des coups

en dépit de l'adversité du monde

et de la vie si rude sur la pierre

en dépit de la mort

aussi vivants qu'au premier jour

 

 

Livrée au monde

cette parole pierreuse et obsolète

 

 

Ce qui danse

au cœur du poème

comme – espérons-le –

dans l'âme de celui qui l'écoute

 

 

Des rêves

quantité de rêves

qui s'amoncellent

pour échapper

à la lame de l'étreinte

 

 

Ce qui en soi

demeure si triste

en dépit du ciel

 

 

Le cœur silencieux

au cours de cette traversée du sommeil

puis sur cette pente qui mène à la lumière

 

 

Sous l'arbre plutôt que sous l'étoile

l’œil encore troublé par ces restes de nuit

immobile (pourtant) sous les hautes frondaisons

qui laissent passer la lumière

 

 

Le cœur confiant

nous livrant corps et âme

à ce qui n'a de nom

 

 

Face à l'invisible

comme face au ciel

comme face à la vie

l'esprit émerveillé

et le cœur battant

 

A la marge

et dans les profondeurs

Loin du commun

qui refuse le voyage

de gravir la pente

de franchir le seuil du cercle

où il se trouve enfermé

 

 

Sans appui

Sans même une pierre

sous les pieds de l'âme

 

 

Des mots jetés sur la feuille

en gerbes invisibles

depuis le plus haut

et par des voies souterraines aussi

 

 

Des noms

Du vent

Et le ciel qui se moque

de nos (pauvres) mains tendues

 

 

L'âme enfermée dans le poème

lançant ses cris

cherchant une issue

la possibilité d'une parole silencieuse

d'un verbe au-delà du verbe

d'un langage sachant se passer de mots

 

 

La main protégeant les yeux de l'étoile

réservant à l'âme tous les trésors

que le cœur pourra trouver

 

 

Ne nous lassant (presque) jamais du rêve

 

 

Entre le ciel et la boue

cette chair froissée qui frissonne

rien qu'à l'idée du voyage

 

 

On voit mille choses sur un visage

l'âme, la terre, le ciel

et tout ce que le cœur a traversé

 

 

L'esprit simple et éclairé

affranchi de toutes les complexités

du cœur et du monde

 

 

La parole comme un pont jeté

entre le monde et le silence

entre l'infime et l'infini

 

 

Jetées du plus haut du ciel

toutes ces étoiles qui tenaient dans la main

 

 

Le cœur

en plein vent

emporté comme l'oiseau

vers le grand ciel

 

 

En ce lieu posé au milieu de nulle part

là où il n'y a ni dehors ni dedans

 

 

Arpenté par la tendresse

jusqu'à l’étreinte finale

 

 

Sans un mot

ce qui s'accomplit

 

 

Ni célébration

Ni funérailles

à l'heure de la rencontre

Juste la main tendue

et l'âme suspendue

au secret qu'on lui murmure

 

 

Qu'y a-t-il dans ces mots

qui puisse s'incarner ?

 

 

Le cœur scellant le destin

que la vie nous a choisi

 

 

Dans ce retranchement du temps

le fond du jour

cette lumière brûlante

capable de renverser

le sommeil et la mort

 

 

Au fond des yeux

ce gouffre où tout se jette

où tout se perd

 

 

A coups d'espoir et d'oubli

ce qui (bien souvent) se joue

au fond de l'âme

 

 

Toutes ces perches lancées

à ceux qui sommeillent et qui rêvent

pour essayer de rejoindre

la route des origines

 

 

Contre les flancs du rêve

tout ce sang et toutes ces larmes

que l’œil refuse de voir

suspendu à l'espoir d'une vie meilleure

 

 

Au fil des mots

un visage qui se dessine

peut-être celui de l'âme

ou, peut-être – allez savoir ! –

seulement celui du monde

 

 

En dehors du nom

quelque chose d'inoubliable

dont l'esprit, parfois, se souvient

 

 

Le lieu du retour

Là où mène le poème

 

 

D'une parole à l'autre

ce que l'on arpente de l'âme et du monde

et, pourtant, la géographie s'oublie

ne subsiste que ce que nous avons compris du voyage

 

 

Dans l'ombre de l'origine

 

 

Caché l'invisible

derrière la masse (invraisemblable)

des visages et des choses

 

 

Le cœur parvenu

au-delà de la parole

jusqu'à ce silence

que réclament (sans même le savoir)

l'âme et le monde

 

 

Sur le visage

un sourire

reflet de celui de l'âme

affranchi des événements du monde

 

 

Sur cette rive

où tout est jeté

dans un grand désordre

où le sang côtoie la lumière et le silence

où la folie et la sagesse s'entremêlent

au fond de tous les cœurs

 

 

Criant les yeux fermés

puis optant (plus sagement)

à mesure qu'ils se dessillent

pour le silence

 

 

Ce qu'il y a de plus vivant en soi

embryonnaire ou fissuré

en devenir ou en éclat

presque jamais entier

ce qui fait de nous

des Hommes infirmes

 

 

Dans cette folle (et dangereuse) apesanteur du rêve

 

 

Quelque chose sur la feuille

Des signes

Un peu d'encre

Des taches peut-être

Des bouts d'âme

qui dessinent un portrait

 

 

Dire avec cette langue sous-jacente

qui parvient, parfois, à hisser

la parole jusqu'au silence

 

 

Obscurément

ces pas

sans distinguer les horizons

 

 

Plus près (sans doute) de l'épaisseur que de la lumière

 

 

Le cœur détourné de sa fonction

occupé à légitimer l'appétit du ventre et des yeux

à jeter par brassées l'or dont il est dépositaire

 

 

Tous ces désirs dans le sang

animant les têtes

agitant les mains

forçant les destins

à plier sous le poids de l'illusion

 

 

Quelques reflets encore

au fond des yeux éteints

 

 

Toute cette nuit engrangée

au fond de l'absence

 

 

Si étrangers les uns aux autres

tous ces visages côte à côte

qui ne se regardent même pas

 

 

Près de l'arbre

cet halo de lumière

Le visage

contre la pierre

Et des mots

pour prolonger l'âme en prière

 

 

Au fond de soi

Le ciel et les mots

L'issue et le poème

hésitant encore

tant l'esprit aime la langue

tant le cœur aime partager

 

 

La roue de l'incertitude

jetée dans le destin des âmes et du monde

 

 

Derrière l'évidence

peut-être une illusion

peut-être le mystère

la tête encore bien trop loin du seuil pour savoir

 

 

Des choses et d'autres

Des sourires et des absences

Le cœur aux mains

de ce qui est perdu

Voilà peut-être notre chance

 

 

Au seuil de l'infini

l'impossibilité du langage

le signe peut-être

que quelque chose a été rencontré

 

 

Au cœur des retrouvailles

le cœur illuminé

cette joie des cimes

qui ne saurait être comparée

 

Au cœur de cette grande perte

qui nous rend tout si familier

 

 

Comme des enfants jouant dans la poussière

Comme des enfants jouant dans la lumière

 

 

Le règne du rêve obligeant le cœur

à abandonner ses belles aspirations

 

 

Sur ces rives où le rêve

n'est qu'un pitoyable fonds de commerce

qu'importe la nuit et l'obscurité des existences

pourvu que l'on croit accéder aux étoiles

 

 

Ce qui tend vers rien

de manière si discrète

en passant presque inaperçu

 

 

De nos propres mains

cette absence que nous avons bâtie

 

 

Nul poème ne peut être considéré

comme un outil ou un territoire

seulement un peu de vérité

ou, parfois, un peu de beauté

quelque chose que l'on offre

et que l'on sait parfois recevoir

 

 

D'une feuille à l'autre

cette exploration du dedans

que la main tire de l'obscurité

 

 

Tenant notre main

une autre main

dont nous ignorons (à peu près) tout

 

 

Creusée à même le ciel

cette lumière

 

 

Un ramassis d'illusions

Et quelques prières

plutôt qu'une vérité à vivre acérée

 

 

L'apparence du monde

et sa matrice invisible

 

 

Du côté de la terre

le cœur si serré

de voir tous ces ravages impunis

 

 

Au bord de l'infini

celui qui reconnaît

son insignifiance

 

 

Au milieu du rêve

la danse des reflets et des étoiles

 

 

Sur ces rives

où tout s'ignore

 

 

Sous le ciel et l'arbre

le cœur contemplatif

 

 

Tous rassemblés

sous la bannière du sommeil

avec le rêve en étendard

 

 

La voix du cœur

affranchie de la fébrilité du monde

et du sang qui coule dans les veines

 

 

Comme des fils tissés ensemble

au cœur de cette trame

composée d'alliances et d'oppositions

 

 

Tout un monde

fait de pierre(s) et d'âme(s)

de chair et de ciel

 

 

Quelque chose de dressé

au fond du cœur

tantôt une crainte

tantôt un doute

tantôt une confiance

et plus profondément enfouie encore

la certitude du Divin

 

 

Naufragés sans doute

échoués sur cette rive

entre terre et ciel

 

 

Un peu de poussière encore

pour épaissir l'écume

 

 

Devant les arbres de la forêt

comme face à une assemblée

le cœur un peu tremblant

et l'âme silencieuse et intimidée

 

 

Du bleu à l'ombre

en un instant

et de l'ombre au bleu

à travers un très long voyage

 

 

La parole vive

née de l'âme éprise d'Absolu

comme un cri lancé vers le ciel

depuis ce gouffre où tout est englué

dans le rêve et le sommeil

 

 

Des désirs

De la douleur

Et des chagrins

en ces terres sans espoir

en ces terres sans soleil

 

 

Au fond de l'âme

quelque chose comme un cri et une déchirure

comme si les astres s'étaient éloignés du cercle

comme si le monde avait effacé la lumière

comme si le corps était le lieu de toutes les dévastations

comme s'il n'y avait d'autre espoir que de briser le miroir

 

 

Si étranger à la poussière

L'Homme qui se pense au faîte du monde

ne comprenant pas qu'il fait partie de l'écume

 

 

Transportant les pierres et la soif

d'un lieu à l'autre pour bâtir

des chapelles et des illusions

 

 

Nous jetant dans les vagues

si passionnément

Nous laissant emporter vers le large

si amoureusement

 

 

L'Homme si peu ambitieux

qu'il en a oublié la soif

 

 

Au fond de l'âme

Un peu de lumière

Quelques prières

Et ce qu'il faut de place

pour n'oublier personne

 

 

Le cœur dans la lumière

qu'importe l'angoisse

et les mains qui s'agrippent

qu'importe l'absence

et la danse des reflets dans le miroir

à demeure

sans rien avoir à démêler

 

 

Ici même

nous affranchissant des rêves du monde

pour vivre l'enfance au milieu des bois

 

 

Le cœur de moins en moins étranger

aux choses de ce monde

 

 

Comme un éblouissement

au terme (bien souvent)

d'un très long chemin de pertes

 

 

Sans même un nom à hisser

au-dessus de la joie

 

 

L'effervescence et l'ombre dissipées

à mesure que le cœur et l'esprit de l'Homme se simplifient

 

 

Voix libre

qui explore les profondeurs de l'âme

en quête de quelques vérités

 

 

Dire la vie de la forêt et le monde de l'esprit

Le cœur allégé par le chant du merle

et la besogne qui nous attend sur la table de bois

 

 

Entre les mains du temps

l'Homme est un jouet insignifiant

 

 

Un peu de ciel dans la voix

et l'encre du poème

un restant de joie

par-dessus cette boue

dont on ne sait que faire

 

 

Refusant un Dieu qui a réponse à tout

Lui préférant un Dieu qui s'interroge

et qui prie avec nous sur la pierre

 

 

Quelque chose

à l'intérieur

sans très bien savoir quoi

 

Le front en pleine lumière

sur cette terre de nuit et d’yeux fermés

 

 

La main posée sur la pierre

Le cœur livré à la prière

Loin des bruits du monde

(presque) affranchi du jeu des mortels

 

 

Ce qui se déchire

au fond de l'âme

tantôt la vérité

tantôt les illusions

 

 

Sans se hâter

vers la plus imprévisible des absences

 

 

Au fond de l'esprit

rien ne pèse plus lourd

que les souvenirs du monde et du temps

 

 

Sans impasse ni détour

cet étrange chemin

 

 

Au fond de son cœur

comme un grand ciel réparateur

 

 

Derrière notre besogne

il y a l'âme et l'enfance

le jeu inévitable du dehors et du dedans

toutes les sentinelles de l'esprit

et ce qu'il faut d'espérance et de révolte

pour poser son cœur sur la table

 

 

Entrer en soi

comme l'on ouvrirait le portail d'un parc immense

qui abriterait un fabuleux château

 

 

Seul à seul

face au ciel

face à l'arbre

avec au-dedans

le plus sensible de l'âme

et le plus aiguisé de l'esprit

 

 

Ce qu'il faut de silence

pour quitter le monde

et ce qu'il faut de tendresse

pour l'aimer

 

 

Autour de l'infini

Tant de têtes qui tournent

 

 

Entouré de rien

et pas épargné pour autant

comme si le plus menaçant

se trouvait au-dedans

 

 

Le fond du jour

Ce qui veille

au-dedans du cœur

qu'importe que tout soit haine et nuit

qu'importe que le feu soit éteint

installé là depuis le premier instant

et qui durera jusqu'à la fin des temps

 

 

Cette lumière

au fond des yeux

au creux des mains

Source vive

capable d'éclairer les âmes

et d'illuminer la vie

 

 

Dieu

de tout son poids

dans notre regard

et dans nos gestes

s'invitant le plus souvent

à l'insu de l'Homme

 

 

Au cœur du mystère

la redécouverte du monde

 

 

Sur trop de cendre et de sang

Cette fête qui dure depuis si longtemps

 

 

Quelque chose

comme un dehors

une sorte d'étrangeté

qui ne serait pas (chose impossible)

reliée au-dedans de l'âme

 

 

Quelques mots

Quelques gestes

Quelques pas

Et presque rien d'autre

 

 

Ce vers quoi nous allons

peut-être la vie

peut-être la mort

qui peut savoir

 

 

Ce que révèle la parole

bien plus que le sens des mots

les secrets de l'âme

 

 

Si nu celui qui se livre

celui qui a l'impudeur de témoigner

 

 

Comme de très anciens restes de tendresse

qui se languissent au fond du cœur

Tellement las de ne jamais servir

 

 

Tout converti en or et en sommeil

jusqu'aux plus haute aspirations

offrant au monde

son lots d'angoisses et d'abominations

 

 

Sous le ciel noir des pensées

l’œuvre des vents et des intuitions

réinventant le désert nécessaire

pour accueillir la lumière

 

 

Si bas que tout a l'aspect de la poussière

et la couleur des songes

même le ciel, même l'âme et la prière

comme si rien ne pouvait s'extirper du monde

comme si rien ne pouvait se hisser jusqu'au sacré

 

 

La main besogneuse

traçant inlassablement sur la page

sa cargaison de signes

sous les auspices du ciel et de l'âme

 

 

Au fond de la perte

cette tendresse et cette paix

tant espérées

 

 

Laisser la joie ruisseler

voilà peut-être la tâche

la plus essentielle du jour

 

 

A chaque instant

laisser le cœur agir

s'émouvoir, parler

répondre, aller peu à peu

vers le silence

 

 

Le plus simple

Quelque chose comme un sourire

ou le retour à Ithaque peut-être

 

 

Un recueil de mots

non comme un objet

et moins encore comme une marchandise

Une offrande plutôt

un don de soi silencieux

 

 

Qu'y a-t-il à montrer

si ce n'est le vide et le rien

ce que nous sommes par-delà les apparences

 

 

Et si le cœur n'était que l'outil de l'Amour et de la lumière ?

Et si la main n'était que l'instrument nécessaire

pour les faire advenir en ce monde ?

 

 

Un peu plus qu'un Homme

Un cœur et un regard

 

 

Le pouls du monde

au fond de notre poitrine

donnant son rythme à notre sang

 

 

Sous cette lumière

qui déchire, une à une, les illusions

 

 

Sous la grande arche des rêves

le sang épais et noir des suppliciés

 

 

Dieu

dans notre chant

peu soucieux de la place

qu'on lui accorde

 

 

A travers les filets de l'oubli

ce qu'il reste de la lumière et de la mort

 

 

Le cœur aussi proche du sang que du rêve

laissant le monde dessiner ses rivages

exacerber la douleur et le sommeil

jusqu'à perdre (presque entièrement) sa joie et sa lumière

 

 

Glissant peu à peu vers le pays des ombres

 

 

Voir le chant et le cri

se heurter au mur des visages

parfaitement impassibles

en dépit de la douleur et de la joie

que l'âme voudrait partager

 

 

Esquissant le seuil

cette invisible frontière

entre le silence et le monde

entre le jour et la nuit

puis effaçant toutes les traces

pour que ne reste que la joie

 

 

Là où se mêlent la voix et le silence

Le fond de l'âme jeté sur la page

 

 

Sur cette pente où l'âme se laisse traverser

par le monde et les exigences du cœur

 

 

A danser sous la lune

devant l'ombre des arbres

et les yeux de la forêt

 

 

Au loin

quelque chose

par-dessous la source de l'ombre sans doute

ce rire éternel qui nous maintient debout

 

 

Le cœur enfoui dans les feuillages

regardant le ciel

la lune et les étoiles

et là-bas au loin

la mort qui plane

au-dessus des têtes

 

 

Dans la grisaille commune

l'horizon singulier de celui qui marche

vers cette lumière que nul ne voit

 

 

Le peuple de l'obscurité

comme resserré derrière ses abstractions

laissant tout filer

laissant tout s'enfuir

l'ombre et la douleur

autant que l'espoir et la lumière

 

 

Devenir (sciemment) la matière même de la Vie

Ce par quoi se fait le réel

 

 

Plus qu'une parole

une fenêtre sur l'âme et le monde

le dévoilement d'une partie du secret

la possibilité d'une étreinte

avec cette part mystérieuse

qui échappe au bavardage des Hommes

 

 

Par là où passe le poème

à travers cet ailleurs

présent au fond de l'âme

 

 

Un silence au fond de la voix

une manière de dissiper la nuit

et de réinviter le jour

 

 

Demeurer hors des cercles

et attendre la main tendue

 

 

Il y a au fond de soi

quelque chose que ni le temps ni la mort

ne pourront effacer

 

 

Seul

sur la pierre

le cœur endolori

 

 

Des mots

comme des amas d'étoiles

jetés depuis le fond de l'âme

 

 

De ces lèvres

si proches de l'humus et de la nuit

sort un chant fait de glaise et de lumière

quelque chose né du cœur et du cri

 

 

derrière le visage

et sous la chair

au fond de la poitrine

et entre les plis

l'expression du plus sacré

 

 

Si léger

et si dense

ce qui nous habite

et ce qui nous traverse

 

 

Dans ce pays sans Dieu

où tout paraît si obscur

si insignifiant

si incompréhensible

 

4 mars 2026

Carnet n°325 Tant qu'il y aura des jours

Décembre 2025

Parmi tant de signes insignifiants

le silence et la joie

comme des portes vers un ailleurs habité

 

 

Des restes de cœur encore portés par l'écume

 

 

Ce que la main dessine sur la page

sans rien comprendre à la lumière

 

 

Le vent, peu à peu, apprivoisé par l'âme

qui sait se faire aimante et attentive

 

 

Cet incessant contact

entre le manque et l'Absolu

 

 

Ce qui nous unit plus que ce qui nous distingue

pour bâtir un monde plus respectueux de la différence

 

 

Des lignes offertes au monde

comme une pierre lancée vers le ciel

 

 

Au son des tambours

l'âme qui s'avance

qui apparaît soudain

au cœur de la brume et de l'épaisseur

pour tenter de réconcilier

ce qui relève du monde

et ce qui relève du cœur

 

 

Derrière ce qui semble disparaître

l'émergence du plus grand soleil

et les plus hautes terres de l'enfance

 

 

Là où les rêves nous quittent

là où le secret se révèle

là où le monde et le mystère prêtent (enfin) à rire

 

 

Parmi les étoiles

les ombres de la nuit

dansantes elles aussi

à travers le passage

où se faufilent les âmes

 

 

Blotti contre la pierre

le cœur enfoui dans l'humus

à attendre la fin du jour

 

 

Sans que jamais s'éteignent

les désirs et les cris des hommes

 

 

Absent

comme si l'on était déjà hors du monde

comme si l'on était déjà la lumière

 

 

Tout converti

en beauté et en poème

jusqu'aux cœurs les plus barbares

 

 

De l'autre côté du cœur

un peu plus qu'un ciel

une incroyable lumière

capable de transformer

l'âme de tous les hommes

 

 

A la pointe du geste

cette caresse qui s'offre

à tout ce que la main touche

 

 

Seul au milieu des choses

le cœur comme abandonné

 

 

C'est le dedans qui exprime

ce que le dehors ne peut qu'effleurer

 

 

L'esprit silencieux

contemplant son œuvre

du haut de l'échelle

et laissant parfois couler quelques larmes

 

 

Dépossédé

jusqu'au fond de l'âme

et plus profondément encore

comme si rien ne nous appartenait

comme s'il n'y avait que le ciel

 

 

Porté jusqu'au silence et jusqu'à la lumière

 

 

Quelque chose entre les lèvres

comme un murmure

le dévoilement du secret – peut-être

 

 

A travers l'épaisseur de la chair

l'acuité du regard

quelques tremblements

le début d'un cri – peut-être

un reste de joie – sans doute

et une manière aussi (bien sûr) de dire merci

 

 

Au-delà du monde et du temps

le royaume de l'Amour

 

 

De l'autre côté de l'étrangeté

là où le monde est une absence

là où l'absence est une manière (pour l'esprit)

de retrouver le pays des couleurs

 

 

Ce qu'il faut de ressources et d'allant

pour traverser l'existence

parcourir le monde

et plus encore pour atteindre

le fond de l'âme

 

 

Par-dessus la ligne

celui qui marche

dans les pas de personne

 

 

Des jeux encore

pour célébrer

tantôt la vie

tantôt l'absence

 

 

Là où tout recommence

sans jamais prendre appui sur le passé

 

 

Seul

sans même couper tous les fils qui nous relient

 

 

La chair chaude des bêtes

contre la peau

dans ce fouillis de souffles et de poils

comme si se vivait là une fraternité d'âme

 

 

A même l'oubli

ce qui s'éternise

 

 

La terre étreinte et caressée

au lieu de la folie des hommes

à exploiter la roche

et à faire couler la sève et le sang

 

 

Les mains jointes

comme si elles renfermaient un secret

 

 

Le grand vide

au fond de l’œil

dans lequel

un jour, tout finira par disparaître

 

 

Plus vieux que le temps

ce qui succédera à l'homme

 

 

Au seuil de l'infranchissable

 

 

Là où tout a commencé

aux sources même du silence

avant (bien avant) que ne soient initiés

les jeux du monde

 

 

Les yeux posés sur l'ombre et le manque

au lieu de regarder l'autre versant de la vie

 

 

Des vibrations

une résonance

là où la danse remplace le sang

là où la joie remplace la faim

là où la vie se hisse sur les épaules de la mort

 

 

Dessinés tous ces murs érigés en labyrinthe

 

 

Et si, au fond, il n'y avait que la Vie...

 

 

Des wagons de lumière

sur le chemin du retour

 

 

La solitude plutôt que le théâtre du monde

 

 

Si près de l'âme

le reflet et le miroir

 

 

Au fond de la chair

quelque chose du ciel

qui, parfois, se laisse approcher

 

 

D'incessants allers et retours

entre l'âme et la langue

pour que l'encre est la couleur du ciel et du sang

 

 

Œuvrer à la nudité de l'âme

 

 

Le regard (si) reconnaissant

 

 

La chair et l'âme se laissant peu à peu

traverser par la lumière et le vent

 

 

Le cœur si près de la mousse

si près de l'arbre et de la feuille

que l'encre coule (presque) verte sur la page

 

 

Ce feu ardent au fond de soi

qui cherche à transformer le manque

 

 

Quelques instants

pour oublier la violence et la poussière

enjamber les désastres et les malheurs

rejoindre cette part de l'âme

qui échappe aux mains (impitoyables) de la mort

 

 

La parole hissée

au faîte de la solitude

là où il est (encore) possible

de dialoguer avec le monde

 

 

Attablé sans personne

avec en soi

tous les reflets du monde

 

Alors que la nuit s'étend

alors que la nuit s'éternise

quelque chose en nous apparaît (et se déploie)

la lumière d'avant le monde peut-être

 

 

Au même endroit que le silence

ce qui est si vivant

 

 

Le vent allié

guidant notre chemin

soufflant sur l'âme ses vœux

nous poussant là où il veut

nous poussant là où il peut

 

 

En des temps où Dieu

nous parlait sans intermédiaire

habitait l’œil et l'âme

autant que les lèvres et les mains

 

 

Dieu au fond de chaque fissure

attendant que l'on porte vers elle

l'attention et la tendresse nécessaires

pour apparaître (et se déployer)

 

 

Les yeux fermés devant Dieu

et fascinés face aux reflets du miroir

 

 

Ce que le geste nous apprend

bien plus que les livres (le plus souvent)

 

 

De l'autre côté

Là où il n'y a plus de frontière

 

 

Comme le chant de l'oiseau

le poème

emporté par le vent

 

 

La parole

offerte à ceux qui célèbrent et protègent la vie

autant qu'à ceux qui l'offensent et la meurtrissent

 

 

Le lieu où l'on vit

cette patrie aux frontières du plus sauvage

où l'Amour côtoie, sans doute, le moins sage

 

 

Le cœur parfois engoncé dans le poème

comme à l'étroit dans cette parole

qui (bien souvent) ne peut échapper

aux limites du langage

 

 

Au cœur du poème

Le ciel et la terre mélangés

qui donnent à l'encre cette couleur métissée

 

 

Chaque jour

ce qui recommence

 

 

Là où rien ne nous protège

Là où rien ne peut nous protéger

 

 

Pourtant là

quelque part

alors que si peu savent

où se trouvent le lieu et le chemin

 

 

Les mots lancés dans la joie – simples et clairs –

célébrant l'âme, le cœur, le monde,

le ciel et la vie commune

 

 

Affranchi de ces tourbillons de mots

le geste – fort heureusement

 

 

De désir en délire

jusqu'à ce que mort s'en suive

jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien

 

 

Alors que tout nous assaille

jusqu'à la désespérance (parfois)

quelque chose – en soi

ose le pas de côté

comme un suspens – un surplomb

qui permet, au cœur du plus sombre,

à la joie d'exister

 

 

Entre les mains des désirs et des images

à leur obéir si servilement

 

 

Tout contre les rêves

ce sommeil si profond

 

 

Le cœur happé par cette course folle

 

 

La tête parfois penchée sur le pire

 

 

Où trouver la beauté

dans ce monde sans âme ?

 

 

Rien jamais ne finira

en dépit de ce que l'on voit

en dépit de ce que l'on croit

 

 

En un éclair

les mots jetés sur la page

les yeux fermés

sur ce que le cœur octroie

 

 

Le sommeil sur la pierre

jusqu'à la fin des temps

 

 

Dieu

en voyant le monde

se posant les mêmes questions que l'Homme

 

 

La vérité est la vie

qui nous fait face

qui s'immisce en nous

nous invitant à un dialogue

fait non de mots mais de gestes

 

 

Paroles encore

qui cherchent

une vérité à vivre

 

 

Des mots

comme de la rosée sur le monde

 

 

Comme au fond d'un piège

Et autour de soi de hautes parois

et en soi une corde dont on ne sait

si elle monte ou si elle descend

 

 

Sur la pierre

silencieux

à contempler les spectacles du monde

 

 

Dans la respiration de l'arbre

de la lumière

suffisamment pour aller

à travers les saisons et les siècles

 

 

Toute une vie de dialogue

avec ce qui n'a de voix

 

 

Le monde blotti contre notre peau

dormant lorsque l'on dort

festoyant lorsque l'on festoie

posé devant soi comme un étrange miroir

 

 

Dans cette absence d'horizon

Le poème et le pas

 

 

A travers ces lignes

minutieusement alignées sur la page

ce qu'il faut de silence et d'espace

pour dessiner (assez maladroitement)

le visage de celui qui parcourt le poème

 

 

Paroles offertes

mais d'abord rencontre et dialogue

avec ce que l'on porte en soi

 

 

Allant et revenant

passant et repassant

explorant ainsi chaque parcelle du territoire

 

 

Un peu de lumière

un peu de joie

 

 

Rêve d'une lumière

qui éclairerait le monde

et qui troublerait suffisamment les âmes

pour imposer le silence

 

 

Depuis si longtemps déjà sous cette étoile

qui ne fait que briller au-dessus de la pierre

 

 

D'un ciel à l'autre

et ces ombres que l'on traîne partout avec soi

 

 

Sans rien attendre

Le cœur prêt à toutes les retrouvailles

 

 

Si aveuglément

ces cœurs fébriles et combatifs

allant fièrement à travers la nuit

les yeux hagards et brillants

pour déployer partout le rêve et la mort

 

 

Comme un appel

à privilégier l'Absolu

plutôt que le destin de l'homme

 

 

En ce lieu où même les mots privilégient le silence

 

 

De chimère en chimère

sans jamais connaître la fin du rêve

 

 

Comme une couronne de feu

sur la parole sacrifiée

offrant à l'âme

en plus de la cendre

un sort funeste

 

 

Au faîte du consentement

quelque chose de l'abandon

Et assez de tendresse

pour faire face à l'hostilité du monde

 

 

Ce que la parole contient

qu'importe le sens et le son des mots

l'âme de celui qu'elle a traversé

comme un morceau de cœur

livré à celui qui l'écoute ou la lit

 

 

Écartés les souvenirs et les images

qui ravivent artificiellement la douleur ou la joie

de celui qui pense ou se souvient

 

 

Couverts de larmes et de sang

les morts et les vivants

 

 

Le lieu du sommeil

et le lieu de la lumière

identiques pour celui qui sait

 

 

La vie et le vide si mélangés

dans le monde comme dans nos tréfonds

 

 

Rien entre les mains

Et l’œil aussi vide que l'âme

manière de se tenir disponible

et de renvoyer son vrai visage

à ce(lui) qui nous fait face

 

De la fumée et de la mort

comme un étrange baiser

à ce qui se tient impassible

 

 

Le peu que la vie nous prête

pour quelques instants

 

 

L'âme triste parfois

de voir l'opacité des yeux

et la brume du monde

gagner le fond du cœur

 

 

Le cœur parfois aussi lourd que la parole

 

 

Mille poèmes pour dire

ce qu'est (réellement) l'âme de l'homme

 

 

Du sang, du monde, des histoires

 

 

Qui peut savoir ce qui se cache derrière les apparences ?

 

 

Nous appartenons davantage à la question qu'à la réponse

Ainsi est fait l'esprit de l'homme

 

 

Qui donc se cache derrière le reflet du miroir ?

 

 

Le cœur à travers toutes les pensées

essayant (maladroitement) de dire ce que sont

l'âme du monde et l'essence de la vie

Le travail sensible du poète

 

 

La parole offerte à ceux qui n'ont pas de voix

 

 

Penché sur ces restes de lumière

qui gisent au milieu des gravats et de la poussière

 

 

Entre le rêve et l'impossible

le cœur et l'esprit de l'homme

ne sachant (le plus souvent) choisir

 

 

Antérieurs au temps

cet instant qui nous échappe

cette éternité à laquelle on ne comprend rien

 

 

Le monde fait de douleur et de lumière

par un Dieu peut-être inconséquent ou trop naïf

 

 

Si près de nous

ce que nous sommes

 

 

Plus vrais que la vérité

notre présence au monde

et tous les gestes que nous réalisons

 

 

Comme l'eau de la rivière

le flux de la pensée

débordant sur les berges

et allant, et allant

jusqu'au ciel et à l'océan

 

 

Les signes évidents

d'une présence intérieure

faite de silence et de lumière

ce qui offre à l'existence

perspective et consistance

 

 

Ce qu'il (nous) faut désapprendre

pour échapper à l'ignorance de l'homme

 

 

Le cœur traversé par tant de conscience et de mort

 

 

Sans rien affronter

le pas de côté

le regard glissant

ou dans le sens du courant

 

 

Les yeux éternels du jour

sur ce que l'on considère comme la nuit

 

 

Le cœur

arpentant tous les territoires

ceux de l'âme comme ceux du monde

 

 

Bien plus qu'une parole

cette longue prière

davantage feu que fumée

plus qu'une expression ; une ardeur

comme une flèche décochée vers Dieu

 

 

Existant comme un ajout

quelque chose d'excédentaire

surimposé à l'essentiel

à la substance même de la vie

Assez superflu en somme

 

 

Rien que des ombres éclairées par un grand soleil

 

 

Adepte de toutes les géographies

dialoguant avec – et dessinant – tous les horizons intérieurs

 

 

Au fond du précipice

là où tout se jette

là où tout se fracasse

là où la fin signe peut-être

le début d'une belle histoire

 

 

Si étrangère cette ombre qui nous suit

 

 

Mille existences que l'on s'invente

pour avoir l'air d'être quelqu'un

pour ne pas avoir vécu en ayant été personne

 

 

Là où les rêves ont le visage de la mort

Là où la mort n'est qu'un rêve parmi les autres

à travers ce destin où il n'y a, peut-être, ni nuit ni sommeil

 

 

Tous ces cris qui montent

du fond de l'âme et de la terre

comme une révolte des sans voix

face aux désastres et aux crimes

perpétrés par les Hommes

 

 

Si près du ciel

nos mains affranchies de l'écume

 

 

Ce que le cœur épuise et dilapide

à force de refus

 

 

Toute la richesse du monde

aux mains de quelques âmes cupides et insensibles

 

 

Dieu réfugié avec nous sous la voûte ?

Pas si sûr...

 

 

Des mots, des arbres et des chemins

Tant qu'il y aura des jours

 

 

Parfois désert

parfois source de tous les ruissellements

cet espace qui nous habite

 

 

Au-delà des règles de ce monde

au cœur de l'illisible et de l'indéchiffrable

là où le ciel écrit à la craie blanche

sur la roche des lois incompréhensibles

 

 

En soi

l'ombre, le fauve et la cage

et ce qu'il faut de solitude

pour trouver une issue

 

 

Penché sur le plus ordinaire

sans miracle

sans travestissement

la vérité au creux de la paume

 

 

Qu'importe l'histoire du monde

pourvu que nous tremblions

 

 

Tandis que tout est temps et soleil

nous continuons d'ignorer la mort et l'Absolu

 

 

Le cœur parfois empêché par la faim

l'antienne du ventre qui réclame sa ration

 

 

Plus haut que les cris et les chuchotements

là où tout se transforme en joie

même le monde piégé au fond de la douleur

 

 

Sous un étrange ruissellement de lumière

 

 

Le vent qui balaye tous nos jeux

nos superflus de noir et de matière

ce que nous avons édifié

pour vivre au cœur du chaos

ce dont nous nous sommes entourés

pour apprivoiser le néant

balayés d'un souffle salvateur et joyeux

 

 

(Un peu) au-dessus de cette épaisse fumée

qui maintient le monde dans l'obscurité

 

 

Des activités nécessaires et des gestes ordinaires

rien qui ne soit embarrassant et inutile

 

 

Là où l'origine s'est établie

autant que là où elle s'est déployée

 

 

Le cœur somnambulique allant les yeux fermés

vers ce rêve qui a des airs de fin du monde

 

 

Ce qui, en nous, s'ouvre

à mesure que la lumière au-dedans s'insinue

 

 

A travers la parole

ce qu'il faut de vie et de lumière

ce qu'il faut de rêve et de douleur

pour qu'elle puisse être comprise

 

 

Dans cette divagation organisée

le rôle si prépondérant de l'Homme

 

 

La vie propre du poème

dans son commerce non avec le monde

mais avec le cœur et l'invisible

 

 

Ce grand incendie en soi

causé par le feu de l'âme

 

 

Jetés dans le grand brasier du monde

les cœurs apeurés

la chair sacrifiée

et ces larmes qui coulent

devant l'inéluctabilité de l'incendie

 

 

A errer autour du festin

comme des bêtes affamées

 

 

A s'amuser sans risque avec la lumière

mais bien souvent à nos dépens

lorsque l'on joue avec la vie

 

 

Depuis le lieu où tout se transforme

mais où rien ne change pourtant

 

 

Comme un cri

au fond de l'écoute

qui voudrait percer le secret

 

 

Cette profonde tranquillité

au cœur de la danse des mots

 

 

Cette lumière au fond des yeux

comme si le jour se levait au fond de l'âme

 

 

Entre nos mains

cette éternité dont nous ne savons que faire

 

 

La forêt endormie

sous le regard de la lune

offrant aux yeux un spectacle

et à l'âme un poème

 

 

Le cœur plongé dans la lumière et le sang

 

 

Vers le lieu de toutes les migrations

nous aussi

 

 

Tant de mondes en ce monde

Et tant d'ombre qu'on ne les voit pas

 

 

La vérité des mots n'est rien

comparée à celle des gestes

 

 

Poussière et cendres

depuis toujours

 

 

Là où se sont immiscés les yeux

autant d'ombre que de lumière

 

 

Comme une ardeur au fond de l'âme

prête à fendre la fumée et l'épaisseur

 

 

Dieu penché sur chaque âme

De l'intérieur

 

 

Les mains célébrant la vie et l'impérissable

offrant leur aumône et leur prière

 

 

Sur nos joues

et dans nos veines

tout le sang et toutes les larmes du monde

 

 

Derrière les tremblements du ciel

le cri des bêtes et des Hommes

et ce qu'il faut de tendresse et de lumière

 

Le destin secret de l'âme

Parallèlement à ce que l'on vit

 

 

Quelle réalité inventons-nous ?

Et s'il n'y avait que le vide...

 

 

Trop d'étoiles à l'intérieur

pour qu'apparaisse la lumière

 

 

Jusqu'à ce que la nuit se transforme en jour

 

 

Des mots encore

comme si le langage

pouvait faire vivre la vérité

 

 

Du sang et des images

comme un déluge

Notre manière si infirme d'être vivant

 

 

C'est la soif qui nous fait chercher

au-delà des visages et des choses

au-delà de la réalité de ce monde

 

 

Le ciel

toujours à la distance appropriée

 

 

Le cœur sans cesse réapprovisionné

par les canaux de l'invisible

 

 

D'un ciel à l'autre

sans même s'en rendre compte

 

 

Entre nos mains

des monceaux de fleurs et d'épines

que l'on distribue ici et là

au fil du voyage

 

 

Presque indéracinable

ce qui loge au fond du rêve

 

 

Au fond de l'âme

du feu et de la joie

Et cette étoile qui brille

dans toutes les têtes

 

 

Le cœur parfois recouvert d'un long manteau noir

 

 

L'étrange géographie de l'invisible

qui nous fait réapprendre

d'une autre manière

toutes les leçons du monde

 

 

Le cœur alourdi par la mémoire

ces milliards d'images empilées

derrière lesquelles danse l'impensable

 

 

Un monde d'histoires et d'équations

où nul n'écoute

où nul ne comprend rien

 

 

Des mots pour révéler le silence

qui se cache derrière la langue

 

 

De plus en plus éloigné du monde

De plus en plus proche de soi

 

 

Dans les empreintes de tous nos devanciers

 

 

La géométrie de la parole

avec ses lignes, ses cercles

ses figures, ses tangentes

et ses combinaisons à l'infini

 

 

Absorbé par le monde

par le temps et l'infini

sans rien savoir de la destination

 

 

Le cœur

en pleine nuit

cherchant partout

un peu de lumière

 

 

Là où le jour se retire

La soif au bord des lèvres

 

 

L'âme courbée par les rêves et les chemins

 

 

Vivant de manière si abstraite

 

 

Certains sont aveuglés par le monde

Et d'autres le sont par Dieu

 

 

 

En silence

depuis toujours

sous la même étoile

 

 

A vivre (et à aimer)

comme si tout était séparé

comme si on avait oublié l'essentiel

 

 

La noirceur des nuages parfois

qui traversent le ciel de l'esprit

éclipsant les mille soleils

qui brillent au fond de l'âme

 

 

Des millénaires de paroles

Et des siècles de livres

qui, au fond, n'ont pas changé grand-chose

 

 

Le cœur battant depuis toujours

comme s'il n'y avait que le voyage

comme si la mort était une invention

 

 

Au cœur de l'insondable

le jour qui s'éclaire

et les gestes qui prennent le pas

sur les questions

 

 

Le cœur confiant

l’œil immobile

jetant sur les rêves

un regard tranquille

 

 

Si sûr de l'étreinte

alors que tout se querelle

depuis toujours sous la même étoile

 

 

Le cœur recueilli

passionnément contemplatif

posé entre les mondes

attentif à tous les vivants

 

Rien ne peut briser les chaînes

qui nous relient au reste (à tout le reste)

 

 

Sans rien espérer

Le visage penché sur le monde

 

 

Contre le corps

tout ce dehors

qui ressemble

tantôt à une caresse

tantôt à un piège

tantôt à une perche

 

 

Plus près que l'étoile, le reflet du visage

Et plus près que le reflet du visage

ce qui nous appelle au fond de l'âme

 

 

Nous cherchant dans la nuit

remuant le sang et la boue

en quête derrière le trouble et l'épaisseur

de cette part de ciel depuis si longtemps promise

depuis si longtemps perdue

 

 

Au cœur des eaux troubles de ce monde

des promesses et des poings brandis

son pesant de douleur et de sang

des paroles comme des perches

au bout desquelles pendent la mort et le néant

 

 

Dans son panier

(à peu près) toutes les choses du monde

un peu de lumière et de nuit

et tous les masques de la métamorphose

comme des mues que l'on rechignerait

à laisser derrière soi

 

 

La parole comme emmurée en elle-même

incapable de lutter contre la gifle ou le canon

incapable d'exprimer la beauté du monde

confinée seulement à l'apologie de la langue

sans autre finalité que sa propre expression

 

 

Dans la géographie du sommeil

tant de fausses vérités

 

 

Ce qu'il faut de silence

pour faire jaillir une parole juste

 

 

Trouver refuge derrière les apparences

Là où il n'y a plus de question

Là où le poème est aussi nécessaire que le pain

 

 

Sur cette terre

où la Vie est le maître-mot

où tout se mélange avec elle

jusqu'aux ténèbres

jusqu'à l'incurie

jusqu'aux plus hautes abstractions

 

 

Porté par les courants qui cheminent

entre la pierre et le ciel

entre le monde et l'invisible

au-dessus des gouffres

creusés par la main de l'Homme

 

 

Nous détachant des choses et des bruits

des promesses et des éblouissements

des espoirs nichés au fond de la nuit

de tous les rêves du monde

 

 

Modeste ouvrier du langage

usinant les mots avec un peu de lumière

pour offrir au monde quelques poèmes

 

 

Comme à l'origine

la main tendue

et le cœur en prière

 

 

Le cœur déserté

et ces rêves au fond de la tête

et ces pillages sans retenue

donnant au monde ce triste visage

 

 

Ce qui coule dans les veines

jusqu'à engendrer les malheurs

 

 

Effroyables nos alliances et notre étroitesse

source de tant de massacres

comme si le destin des autres nous était égal

 

 

La solitude et le silence presque assassins

pour ceux qui ne savent les habiter

 

 

Mille et un poèmes

presque rien en soi

 

 

Des mots

Des mondes

et le plus essentiel

qui se cache dans les interstices

 

 

Au bras de la mort

qui nous dépossède

de toutes les ambitions

 

 

Aussi proche du ciel que du néant

 

 

Comme un bruit étrange

là où le cœur tremble

quelque chose du temps

l'écho d'une déchirure

le murmure d'un monde oublié peut-être

 

 

Le ciel et l'ombre

réunis dans la même danse

sur cette terre

où tout sait si bien se mélanger

 

 

L'âme tendre

Et le cœur apaisé

 

 

Au cœur de la chambre

là où tout commence

là où tout s'achève

mais que nous ne savons habiter

le reste du temps

 

 

Du bleu encore

jeté sur le monde

et qui parvient parfois

à colorer quelques cœurs inassouvis

 

 

Témoin de tant de reflets

et de tant d'obscurité

que la parole parfois s'éparpille

que la parole parfois s'assombrit

 

 

Le silence de l'âme parfois entendu

par celui qui s'éloigne (un peu) des bruits du monde

 

 

Le cœur encore hésitant face à l'indéchiffrable

 

 

Le cœur rassuré par le feu et la lumière

qui logent dans ses tréfonds

 

 

Si discrètement

le jour qui se lève

derrière la fenêtre des yeux

 

 

Des pelletées de terre et de nuit

dans les yeux tournés vers le dehors

incapables encore d'esquisser

une petite révérence à l'intérieur

 

 

Au cours du voyage

mille perches tendues

et mille dérives possibles

 

 

La tête si proche d'un ciel qui n'existe pas

 

 

La tête si théâtrale

dans ses expressions

déroulant une à une

ses images comme

de petits tableaux

 

 

D'une absence à l'autre

sans se rendre compte

qu'il n'y a jamais eu personne

 

 

La chair soulevée

par les désirs du monde

emportée là où il y a

envie et jouissance

 

 

Si rétif à porter son nom avec orgueil

à redresser le buste avec fierté

laissant le vent tout effilocher,

tout balayer, tout emporter

 

 

Bien plus rayonnant

que l'éclat des mots

le cœur qui consent

 

 

La vie bouleversée

par toutes les fantaisies du destin

 

 

Nous écrirons

jusqu'à ce que le poème

puisse mener au-delà des mots

 

 

Sans même se souvenir

de ces empreintes dans la nuit

qui nous ont mené jusqu'à la lumière

 

 

La tête chargée de cette langue

vouée à célébrer le silence et l'invisible

Manière, sans doute, d'échapper

aux bruits et à la grossièreté de ce monde

 

 

Dans le huis clos de l'âme

les yeux scrutant l'abîme et la lumière

d'une égale manière

 

 

Le souffle et le rêve

mêlant leurs élans

dansant au milieu des apparences du monde

pour le plus grand malheur des hommes

 

 

Traqué(s) inlassablement par l'infini

qui aimerait, en nous, retrouver ses terres

 

 

Au-dedans du même rêve

cette noirceur et cette lumière

 

 

Le monde, les choses

et les circonstances tels qu'ils sont

sans rien enjoliver

sans rien enlaidir

sans rien ajouter

sans rien soustraire

sans rien transformer

sans rien esquiver

accueillis par le cœur qui a compris

 

 

Du bleu encore

jusqu'au fond des yeux

 

 

Aux confins du jour

le chant du temps

comme un murmure

susurré à l'oreille

de celui qui sait

habiter l'instant

 

 

En ces lieux de vertige

autour desquels tout tournoie

dans l'ivresse de l'enfance

excité par tous les jeux

auxquels se livrent les vivants

 

 

Au-dessus du cirque

où se jettent bien des malheurs

le cœur sans doute trop délicat et voyageur

pour y demeurer

préférant à la rudesse du monde

la tendresse et l'inconnu

 

 

Le ciel

au creux de la paume

 

L'esprit vagabond

éparpillé au milieu de ses désirs

 

 

A haute voix

ce qui se dit au fond de l'esprit

 

 

Sans même brandir le silence en étendard

 

 

Avec tout le sommeil engrangé

de quoi dormir pendant des siècles

 

 

Si fugace

la vie

l'amour

la parole

 

 

Au fond du regard

la nuit métamorphosée en lumière

et le cri transmuté en silence

 

 

Dans cette absence saisissante du Divin

l'homme plongé au fond de l'obscurité

 

 

Et tous ces gestes

Et toutes ces vies

qui, sans même le savoir,

aspirent au vide et à l'infini

 

 

Pas d'espoir

ni de désir

derrière nos grilles

mais un feu capable

de brûler toutes les images

et tous les rêves

 

 

Plus haut que la douleur

le cœur battant

et plus haut encore

le soleil qui se terre

au fond de l'âme

 

 

Allant comme les astres

dans ce cercle (presque) parfait

 

 

Si familier du ciel et des chemins

du secret des pierres

tremblant avec ce qui tremble

joyeux avec ce qui est en joie

traversant le monde et le temps

les yeux posés par-dessus

l'horizon et les reflets

 

 

Au bord du vide

le cœur blotti contre le temps

 

 

Hissé si haut que le soleil

apparaît en contrebas

 

 

Entre l'étreinte et l'éblouissement

 

 

Pieds nus

dans la forêt

le cœur battant

à l'affût des nuages et du vent

 

 

Soi

l'autre

le monde

qu'un rêve peut-être

 

 

Sous ce ciel sans commencement

la terre des mortels

le feu, la faim et la soif

sans cesse recommencés

 

 

Sans attente

les heures qui passent

 

 

De l'or recueilli

dans les mains ouvertes

 

 

Le geste est le langage de l'âme

 

 

Le cœur souriant

devant la simplicité des traits

qui se dessinent sur la page

 

 

Jusqu'au cœur de l'inoubliable

 

 

Par des chemins obscurs

la lumière

 

 

A nous attarder au cœur de l'imaginaire

au lieu de se laisser caresser par la lumière

 

 

Au pays de l'intime

quelque chose du silence et de la joie

une manière de se tenir au cœur de l'innocence

 

 

Bien plus loin que là où s'arrêtent les yeux

 

 

Dans les bras de l'infini déjà

 

 

Comme effacée l'obscurité du cœur

remplacée par ce qui brille au fond de l'âme

 

 

La main si lourdement terrestre

cherchant la lumière et le vent

 

 

Le jeu sans l'inquiétude

les yeux juchés sur le jour

en équilibre sur le fil

 

 

Le cœur en plein sommeil

 

 

Du vent et du sacré

au cœur du vide

Ce à quoi nous aspirons !

 

 

La figure infinie

tournée vers le plus infime

 

 

Passant en silence

sans un murmure

sans un signe

sans même un adieu

 

 

Là où le secret se déroule

A même le cœur et la peau

 

 

Les yeux si près du ciel

Les yeux si près de la pierre

que tout est vu bien au-delà des vivants

 

 

Depuis le dedans

jusqu'à l'origine

 

 

Funambule sur le fil de l'absence

se faufilant entre les vivants et les morts

 

 

La parole incandescente

comme si l'âme était en feu

 

 

A travers la fenêtre de l'âme

mille choses du dedans

et mille choses du dehors

parfaitement enchevêtrées

 

 

Pas de rature dans l'âme

Des soustractions et des oublis

 

 

Le cœur si près de l'enfance

allant sans rien savoir

sans nommer les choses

confondant (pour sa plus grande joie)

l'âme et le monde

le silence et le bruit

l'infime et l'infini

 

 

Le cœur penché sur les mains et les choses

offrant au monde une présence (et des gestes)

d'une grande pureté

 

 

Sous les feuillages clairs

au milieu des fleurs

le visage posé sur la pierre

le cœur parfaitement apaisé

 

 

Au-dessus des chemins et des reflets

Cette autre vie, cet autre monde

où la douleur n'a plus cours

 

 

A travers la fenêtre

le vent et les yeux détachés

 

 

Les doigts trempés dans la boue

et l'âme, dans le ciel

ainsi se compose le poème

 

 

Le pas libéré du chemin

au cours de cette traversée de l'invisible

 

 

Au cœur de ces signes vagabonds

l'âme attentive

le cœur vivant

et un surplus de tendresse

 

 

Quelques mots

lancés entre la terre et le ciel

essayant de parvenir en ce lieu

ignoré par les Hommes

 

 

Un voyage sans hasard ni fin

 

 

Là où tout est silencieux

l'âme et le monde apaisés

au bord d'un chemin

où tout continue de passer

 

 

Sous le ciel de décembre

le jour immobile

le cœur clair

et ce regard franc

qui ne s'attarde sur rien

 

 

Personne

dans ce rêve un peu fou

du vent et des étoiles

et des ombres qui courent partout

 

 

Des mots si solitaires

que le monde semble lointain

 

 

Mystérieusement vivant

entre le songe et la terre

entre le ciel et la nuit

 

 

En ce lieu

où le voyage prend fin

mais ni le pas ni le chemin

 

 

Au cœur de cette patrie

faîte d'âme, de silence et de magie

 

 

Comme un soleil

à chaque recoin de ce monde

 

 

Le monde ?

Des noms et des histoires de frontières

 

 

Le cœur traversé par le monde et les siècles

 

 

Au-dessous d'un ciel qui se souvient

 

 

Devant un Dieu sans exigence

le geste dicté par le cœur

et le cœur guidé par la nécessité

 

 

Sous le joug de ce qui habite l'âme,

l'esprit et les tréfonds de la chair

 

 

Au plus profond

cette lumière impérissable

qui illumine

jusqu'aux plus lointaines

périphéries du monde

 

 

Au fond du ciel

cette voix qui n'appartient à personne

 

 

Le monde et le temps

avalés par la lumière

 

 

L'encre bien déterminée à refléter le ciel

 

 

Encore si loin des plus hautes cimes

 

 

Tant de formes, de couleurs et de solitude

en ce bas monde

 

 

Par-dessus l'épaule

le vent qui emporte tout

 

Ce qui traverse tout

jusqu'au fond de l'âme et de la chair

 

 

Ce qui relève de l'être

parfaitement mélangé

au cœur, à l'esprit, à la chair

et qui se tient là dans l'invisible

 

 

Flottant parmi les âmes

la vie et la mort

en dépit de ce que l'on voit

en dépit de ce que l'on croit

 

 

Au cœur de ces siècles si sauvages

 

 

Vent et poussière

ce monde

pas grand-chose

presque rien (en vérité)

 

 

Ici

sans que rien se hâte

ni le monde

ni le temps

 

 

Au-dedans de cette nuit

qui cingle et qui encercle

les yeux fous et les cœurs assombris

 

 

Allant d'un pas maladroit

vers ce vieux rêve de poème parfait

 

 

En ce pays où le mystère indiffère

comme si nul ne le pressentait

comme s'il était trop profondément enfoui

 

 

De l'autre côté de la parole

là où le silence est la seule offrande possible

 

 

Libéré du monde et de la lumière

en ce lieu où plus rien n'a (vraiment) d'importance

 

4 mars 2026

Carnet n°324 Entre l'étoile et la boue

Novembre 2025

De plus loin que la mémoire

jusqu'au premier instant du monde peut-être

le cœur échappé de la lumière

le cœur cherchant un autre rivage

cherchant aussi sans doute un autre visage

une manière de s'éloigner

et qui a créé (malgré lui) l'ombre et l'obscurité

 

 

A force d'innocence

ce que le cœur peut ressentir

ce que l'âme peut percevoir

la magie et le merveilleux du monde

tout ce bleu capable de remplir les yeux

en dépit des blessures et des soucis

 

 

Les mots parfois aussi puissants que les larmes

capables de repousser les parois du cœur

jusqu'aux dernières limites du monde

capables d'éclairer tout ce que les yeux ne voient pas

 

 

Au seuil d'une terre indivisible

le long de la lumière

par-delà la pensée et l'imaginaire

 

 

Au-dessus de l'écume

Ces eaux aux mains noueuses

qui déferlent sur la grève

Des étoiles grises plein les rêves

Et ce grand corps révérencieux

qui s'incline face au jour

 

 

Cette terre gelée

soumise au règne du froid

où les cœurs ploient sous le poids des ombres

où tout se penche et obéit

où tout aspire à plonger dans le grand sommeil

 

 

D'un bout à l'autre du monde

le même corps

la même respiration

sur fond de silence et de lumière

 

 

Non pas de l'autre côté du monde

Non pas de l'autre côté de l'âme

ici-même

en ce lieu – et dans l'état – où nous sommes

 

 

Sans même se souvenir de l'enfance

sans même se souvenir du nom

Au-delà du visage et des mots

quelque chose d'éternel

 

 

Le regard encore

partout où le mot ne peut aller

partout où le geste est défaillant

 

 

Si près des ombres et des vivants

Si près de l'écume et des reflets

En ce lieu où l'infini est partout

 

 

Le ciel dans la main ouverte

Le feu dans le poing fermé

Et entre les deux

Le rire, le vent

et tous les états de l'âme

 

 

Comme un ciel d'orage

ce monde si gris et si pressé

comme un ciel d'hiver

avec le cœur déjà enfoui sous la neige

 

 

La tête si près de la pierre

L'âme si proche du ciel

qu'il ne sert à rien de renier le monde

qu'il convient seulement de se tenir en équilibre

sur cette étrange passerelle

 

 

Vivre

comme vont l'eau et le vent

comme embrassent les lèvres

et comme étreignent les bras

sans très bien savoir pour quoi

 

 

Dans l'ivresse d'une présence brûlante

Je crois qu'il n'y a, en ce monde, de plus grande joie

 

 

Au cœur des siècles

Au cœur du monde

ces flammes et ces cendres

et cette ardeur fébrile

qui mène à l'oubli

si obstinément

 

 

Là où l'âme se frotte

aux aspérités du miroir

aux déformations des reflets

comme une pierre qui rayerait le visage

 

 

Sans plus savoir distinguer

l'ombre de la couleur

le silence du monde

la paume pourtant pleine de présages

 

 

Par-dessus l'écume

l'aube bleue

son parfum et sa lumière

Impassible devant nos tremblements

comme au premier jour du monde

 

 

Le cœur vieillissant

bien moins sensible au vertige du monde

accomplissant son destin à l'écart des étoiles

porté, à présent, davantage par la lumière que par le sang

 

 

Sans autres bagages que ceux que porte l'âme

sans autre joie que celle d'être là

sensible à ce Dieu qui sait s'agenouiller

avec nous sur la pierre

 

 

Et maintenant que le rêve s'achève

Et maintenant que la nuit est derrière nous

le cœur peut esquisser un sourire

la tristesse s'en est allée

 

 

Peut-être n'y a-t-il qu'à éclairer l'ombre pour voir ?

 

 

Au plus près de la chair blessée

Et au plus près des larmes

l'esprit qui sent ; l'esprit qui sait

 

 

Du silence et de l'oubli

au cœur de cette âme sans âge

qui habite nos tréfonds

 

 

La paume posée sur la pierre

contemplant le long défilé des nuages

abandonnant à la terre l'impatience et le temps

cherchant dans la lenteur et le passage

la réponse à toutes les questions

 

 

Quelque chose du bleu et du voyage

au pays des morts et des vivants

 

 

Le visage fouetté par l'écume et le vent

sans oublier que l'âme, en ce monde, est la seule qui voyage

 

 

Quelque chose du ciel

peut-être un visage

un peu de chair tremblante

derrière ces murs menaçants

 

 

Bâtie à même le silence

cette parole vivante

qui tutoie la pierre et le temps

 

 

Là où la nuit devient secrète

Si proche du mystère

qu'elle coule dans le sang

pour essayer de rejoindre l'aube prochaine

celle que les hommes, un jour peut-être,

sauront inventer

 

 

Alors que tout se tait

un destin s'exprime

l'âme dessine le fil

sur lequel il faudra marcher

 

 

Ce qui habite le plus familier

ce regard et ce feu

qui n'ont besoin ni de l'âme ni des yeux

 

 

Sur l'horizon

ce vent bleu qui souffle

emportant dans ses griffes

tous les rêves de la terre

 

 

Du plus profond de la mémoire

Ce silence et ce feu

et cet horizon de pierres

 

 

Ce qui brille au fond des yeux

assombri, si souvent, par le chaos du monde

 

 

Des mots comme une passerelle

jetée entre les âmes

entre les mondes

Manière de réunir ce qui semble séparé

 

 

Derrière nos sourires et nos grimaces

des tremblements nés de la rupture inaugurale

entre les âmes, les êtres et les choses

 

 

Au creux de la parole

le langage de l'âme

des signes invisibles

le commencement de l'au-delà

 

 

Sans même se souvenir du royaume

Déjà la tendresse et la lumière

dissimulées sous les larmes

derrière la violence et l'obscurité

comme si la nuit n'était qu'une apparence

 

 

Seulement le cœur et l'esprit

pour affronter la barbarie

Seulement le vent et la pluie

pour nettoyer toutes ces ignominies

 

 

Le regard glissant avec la langue

vers ces flammes immenses

où tout est jeté

jusqu'au cri

jusqu'à l'ombre

jusqu'à la cécité

 

 

Le cœur encore rempli d'écume et de cendres

recouvrant presque parfaitement le secret

 

 

Un seul mot parfois

Et tout s'illumine

 

 

Dans le bleu de cette voix

l'écho triste du monde

et le cri des désespérés

 

 

A même le rêve et la nuit

quelque chose de l'aube

Une porte ouverte sur l'étendue

et ce qu'il faut d'écoute et de lumière

pour que ce qui se murmure soit entendu

 

 

Comme un ciel

au-dedans du cœur

que rien ne pourrait assombrir

 

 

Assemblés tous les rêves

comme la toile sur laquelle nous marchons

tous en file indienne

 

 

Les uns contre les autres

si loin encore des premières cimes

dans le froid du monde

dans le froid des cœurs et des mains

L'âme enfouie sous des tonnes de glace

 

 

Le cœur si lourd

Le cœur si vaste

qu'au-dedans habitent tous les mondes

 

 

Si mystérieusement la vie

comme un pont de pierre

qui rejoindrait deux rives inconnues

 

 

Il y a comme un silence

au-dedans de la lumière

qu'aucune parole ne peut rejoindre

 

 

Sur la terrasse du temps

à contempler le défilé fugace

et le recommencement perpétuel du monde

 

 

Des mots imbibés du regard

où le verbe est tissé de silence

où la voix est d'abord une écoute

et une expression de la tendresse

 

 

Sous mille soleils déjà

cette terre où s'épanouissent les fleurs

où le sensible est penché sur son avenir

où la caresse a remplacé le cri

où l'homme n'est plus qu'un instrument de la vie

 

 

Sous trop de peines et d'écume

ces échines courbées

ces vies parsemées de mort(s) et de drames

ces âmes trop peu familières de l'invisible

 

 

Hors du rêve

le visage du monde

au-delà même des mots

 

 

En ce lieu de silence

où rien ne peut être oublié

le merveilleux comme l'impardonnable

La lumière comme l'obscurité

comme si toutes les choses de la terre

se retrouvaient (enfin) à égalité

 

 

Dans la lumière seule

les reflets du poème

l'encre tremblante de la parole

 

 

Le cœur qui partage sa tendresse

sous tant d'yeux indifférents

donnant aux âmes de ce monde

tout ce qu'elles réclament

 

 

Entre l'étoile et la boue

Parvenu à ce seuil sans gloire

 

 

Si près du pas

Le visage de la douleur

Le dérisoire de ce monde

sans jamais entendre ce qui se murmure

sans jamais attendre les fruits de la prière

 

 

Par-delà les choses

Le rire et le vent

 

 

Le cœur submergé

par les tremblements du ciel

la fragilité d'un Dieu sans défense

l'éternelle fraîcheur de la lumière

 

 

Le bruit de ce qui ne s'entend pas

à travers le poème

comme un secret livré à l'écume

un peu de tendresse offerte à ce monde infirme

 

 

A même le mirage et le sommeil

les danses du monde

insensible aux voix

et à ce qui se penche

si délicatement sur les âmes

 

 

La bouche grande ouverte

comme une béance

poussant un cri

crachant un feu immense

du fond de la nuit

 

 

Nous déchirant

si souvent

et sans même le savoir

jusqu'à l'insupportable

 

 

Allant

comme une nuée de créatures

au ventre proéminent

refusant la frugalité et l'innocence

au profit de la chair et de l'abondance

 

 

Tant de choses

sous ce ciel infini

 

 

Dans un coin du cœur

cette inépuisable source de larmes

l'antichambre, peut-être, de l'infini

 

 

La bouche bée

devant la beauté des nuages

leur étrange ballet

leur étrange langage

et l'inconsistance de leur passage

 

 

Au fond de la mémoire

cette joie sans raison

recouverte (trop souvent)

de grisaille et d'angoisse

 

 

Patiemment

les jours qui passent

comme tombe la neige

insoucieux des regards joyeux ou implorants

 

 

Comme un miracle

au-dedans de cette fragilité

 

 

Quelques pas

sur la pierre

un voyage peut-être

 

 

D'un seul trait

la réponse à tous les pourquoi

 

 

Le cœur penché sur sa tâche

inlassablement

 

 

Comme un surcroît de vent

presque une tempête

qui fait virevolter la poussière

au-dedans

 

 

Un jour après l'autre

Un pas devant soi

 

Un pas après l'autre

Le jour devant soi

 

 

En cet étrange pays

l'âme dressée

comme un mât de cocagne

 

 

Et ce chemin

sous les paupières

qui mène vers le mystère

 

 

La géographie de l'âme

avec ses crêtes et ses abîmes

avec ses rives et son Orient

et toutes les terres

qu'il nous reste à explorer

 

 

Sur la route

qui mène vers ce lieu

où le temps s'efface

et où la main se tend

 

 

A petits pas

jusqu'au bord du jour

 

 

Là où, peu à peu, le silence remplace les hurlements

Là où, peu à peu, la joie remplace les tremblements

 

 

A proximité d'une présence qui abolit le langage

qui place l'esprit face à un tas de poussière

et qui fait jaillir un fil vers lequel se pressent les pas

 

 

Sur les décombres du connu

le cœur posé à la manière d'un soleil

pour éclairer l'incertitude de la route

 

 

Là où le bleu parvient à colorer la langue

à déplacer le monde et à ouvrir les yeux

ici même quelquefois

 

 

A la charnière du vent

un peu de ciel

et quelques mots pour en témoigner

 

 

L'incommensurable poids de la mémoire

sur le monde et l'esprit

 

 

La tête un peu perdue

comme éclipsée

à mesure que le cœur s'élargit

 

 

Sous les yeux

et sous le front

exactement le même chemin

 

 

Derrière le si peu

comme une hauteur (presque) inatteignable

 

 

Ce qui consent

jusqu'à acquiescer au pire quelquefois

 

 

Sur le lit défait des rêves

un peu de lune et d'enfance

et quelque chose (bien sûr) du mystère

 

 

Le cœur à l'envers

confondant le jour et la nuit

recomptant les étoiles et les cris

comme s'il s'agissait d'inestimables trésors

 

 

Sous la même lumière

le ciel et la terre

l'âme et la poussière

le rêve et la prière

 

 

Seul

sur le sol

sous le ciel

face au vent

la condition de l'Homme

 

 

Comme un immense vertige

sur cette corde tendue

au-dessus de l’immensité

sans très bien savoir

où elle commence

et où elle finit

sans très bien savoir

où se trouve l'abîme

peut-être au-dehors

peut-être au-dedans

 

 

Les uns contre les autres

dans tous les sens

l'histoire du monde

 

 

Attentive

l'âme redressée

à l'écoute de ce qui remplace les mots

 

 

Le cœur offert à la poussière

 

 

Si loin des inventions de ce siècle

 

Quelque chose que l'on ne perçoit pas

comme une éclipse

peut-être un suspens

au milieu des histoires du monde

 

 

Au recommencement perpétuel du jour et de la rencontre

 

 

Si haut que seuls le cœur et l'esprit peuvent y pénétrer

 

 

Que penser de l'incroyable fraternisation de l'esprit et du monde avec la folie ?

 

 

Quelque chose entre la tristesse et l'extase

tout ce qui nous est donné à vivre

 

 

Plus haut que le jour

Là où l'être prend sa source

le visage de ce qui n'est jamais né

le visage de ce qui ne meurt jamais

 

 

Au cœur du rien

Là où le ciel nous fait face

Là où le cœur s'enfonce

Là où le souffle et la soif s'enlacent

 

 

A la hauteur du cœur

ce qu'offre la main

ce que l'esprit éclaire

 

 

A genoux

sur la pierre

Là où la route se divise

Là où le voyage transcende l'humain

 

 

La joie

par la pente la plus abrupte parfois

 

 

Tout si scrupuleusement secoué

pour que (dans nos vies) tout se détache

 

 

Bientôt nous deviendrons

cadavre et poussière éparpillée sur la terre

âme survolant le monde des vivants

un peu de vent au bras de Dieu et de la lumière

 

 

Ainsi

sans réponse

sans pourquoi

 

 

Le tribut du temps

offert au cœur de l'instant

 

 

De si loin parfois

le voyage

 

 

Le langage morcelé

à l'image de la pensée

qui jamais ne peut saisir la vie

dans sa globalité

 

 

Plus haut que l'évidence

 

 

Le trait de plus en plus exigeant

à mesure que le chemin se dessine

à mesure que l'absence de destination se précise

 

 

Paroles du ciel plutôt que langage

Manière d'être au monde plutôt qu'expression

 

 

Derrière le sommeil

les marges silencieuses du monde

 

 

Le parfum de la langue

à travers le poème

Et cette joie

dans la danse des mots

 

 

Au fond de l'âme

Au fond de l'encre

ce qu'il reste de l'enfance

 

 

Par-dessus le cœur

ce ciel d'ivresse

qui invite l'âme et le pas à la danse

 

 

S'asseoir en silence

et attendre la fin du temps

et le recommencement de la joie

 

 

Quelque chose

derrière le silence

le murmure des Dieux

 

 

Si serrés les nœuds

que rien ne peut s'extraire de l'étoffe

 

 

Sans pourquoi

le cœur s'engage

le poème s'écrit

porté par ce qui a traversé l'âme

 

 

Comme un trou dans le rêve

pour que s'écoule sa substance

pour qu'apparaisse un peu de ciel

 

 

Rien que des signes

obscurément dessinés sur la page

Pas une histoire

Pas un récit

Pas une réponse

Quelque chose de la fulgurance et de la fumée

 

 

Par-dessus le monde et le temps

Ce à quoi invite le poème

vers cette contrée de l'enfance

où le ciel parvient à colorer

le regard et les mots

 

 

Et s'il suffisait de guider le rêve pour s'en défaire

le conduire sur des chemins si haut

qu'on le verrait s'essouffler

et quitter, peu à peu, le cœur et l'esprit

 

 

Et si la lumière n'était que le prolongement de la poussière

et si la lumière n'était que la vérité au fond du sang ;

une manière innocente de vivre les circonstances

 

 

 

Le cœur voué à la vie, au monde et au vide

Quelque chose du destin (sans doute)

 

 

Alors que tout se révèle

rien de nouveau n'advient

Comme toujours – tout recommence

 

 

A la jonction de l'obscur et de l'étoile

là où se tient le passage

là où traversent tous ceux qui voyagent

 

 

Au plus haut de l'infini

La même poussière qu'ici-bas

 

 

Si près de l'ivresse

là où le monde et le temps s'effacent

là où le cœur se fracture et se répand

là où se posent simplement les pas

 

 

Le murmure de la roche qui se mêle

peu à peu au chant des étoiles

L'oreille de plus en plus fine et attentive

 

 

Au pied de ce qui demeure

Quelques âmes

et un peu de poussière

 

 

Au fil de l'histoire

ce qu'il faut oublier

 

 

Le cœur flétri

à force de mensonges

 

 

Au fil des saisons

toujours moins d'esprit

Et toujours plus de sang

 

 

A enfoncer toujours plus profondément les têtes

au fond de la nuit

alors que le monde réclame

davantage de cœur et de lumière

 

 

Au pied du monde

Au pied du temps

De vieux restes de mémoire

 

 

Et si l'on habitait un autre lieu que le rêve ?

 

 

Là où l'âme et la langue quittent leur refuge

sont prêtes à se consumer au contact de la lumière

 

 

De nouveau

le tournant manqué

et le retour au lieu initial

comme si la passerelle avait été brisée par l'élan

la volonté trop grande d'arriver

 

 

Du dedans ; ce rêve du monde

 

 

Et cette moue sur les lèvres

Et ce dégoût au fond du cœur

en voyant s'étendre le sommeil

 

 

A défaut de parole

une danse

un geste

ce qui s'esquisse

si près de la source

 

 

Là où le silence s'installe au cœur du jeu

pour rebattre les cartes

et redéfinir les rôles et la place de l'oubli

 

 

Le cœur au bord des lèvres

délivrant sa prière

et laissant le vent l'emporter

 

 

Au pied de l'inconnu

en cette terre où tout est à sa place

 

 

Les malheurs ?

Comme une très ancienne neige

tombée au premier jour du monde

et que ni le soleil ni le temps

n'ont (encore) réussi à faire fondre

 

 

Hors de l'épaisseur

ce qui nous modèle

ce qui nous cisaille

ce qui nous façonne

pour nous permettre

d'enjamber les traditions

 

 

Le bleu instinctif au front

laissant derrière nos pas

une longue traînée de couleur

 

 

Entraîné(s) vers le fond de la nuit

avec pour seul héritage l'aveuglement et l'illusion

 

 

Le cœur terré sous la langue

Manière, sans doute, de donner

un peu de poids aux mots

 

 

Ce qui se cache

sous le recommencement de la chair

ce qui prend parfois l'allure d'un mythe

mais qui a, en réalité, le visage du mystère

 

 

La fraternité des corps et des cœurs

allant ensemble

après le franchissement du dernier rêve

 

 

Des lieux où se mêlent le jeu, la prière et l'innocence

 

 

De l'autre côté du temps

là où tout est Amour et poésie

 

 

Au cœur de cette tribu fraternelle

où l'on se sustente de tendresse et de poème

où l'on danse jusqu'à l'aube

serrés les uns contre les autres

en écoutant le cœur et la langue

s'entremêler en gestes et en mots

 

 

Ce feu au fond du cœur

qui réchauffe l'âme et le monde

de manière ininterrompue

 

 

Au fond de la mémoire

cette amitié incertaine

née avant le commencement du temps

écrasée par toutes les histoires

et tous les souvenirs du monde

 

 

Tout mêlé au rêve, au sang et à la cendre

 

 

Il faudrait un grand vent

pour balayer tous nos mensonges

 

 

A portée de cœur

ce qui se cache

sous le nom et la peau

 

 

En quel lieu secret s'est retranché le désert ?

 

 

Si savamment mélangées

ces parts de l'âme

et ces parcelles de monde

 

 

Tant de peines, de sueur et de sang

pour (en définitive) obtenir si peu de choses

 

 

Et tous ces ongles qui rayent rageusement le ciel

comme si l'on pouvait s'en emparer ainsi

 

 

Rien que des promesses et des larmes

 

 

La soif par-dessous les grimaces et les cris

sans même le savoir

 

 

Le cœur à l'ouvrage ; littéralement

 

 

De seuil en seuil

jusqu'à dissiper le rêve

 

 

Nous écartant, peu à peu, du bruit des mots

des esprits qui tentent d'éclairer les routes de ce monde

des voix qui tentent d'expliquer le chemin de l'âme

de tous ceux qui font passer la prière avant la joie

 

 

Près du feu

autour duquel ne cesse de tourner la mort

autour duquel ne cessent de danser les vivants

 

 

Le cœur si joyeux

le cœur si chantant

comme si une nuée d'oiseaux

y avaient trouvé refuge

 

 

Le cœur enfoncé dans son destin

voyageur sans histoire ni chemin

s'en remettant au ciel et au vent

 

 

Parfois, les yeux en l'air

comme une sorte d'étrange travail de l'âme

une manière (peut-être) d'alléger le poids du monde

et d'imaginer un salut pour

ce qui semble ici-bas si misérable

et si plein de soucis

 

 

Le pas léger

face aux obstacles

la mine enjouée

par ce qui nous porte

et initie tous les élans

 

 

Du haut de la mort

jeté à la face du monde

cet effroi qui traverse

l'âme et la chair des vivants

 

 

De plus en plus fort

ce que nous susurre l'Amour

 

 

Le cœur penché

sur ce sang si épais qui se répand

si horriblement sur cette terre

 

 

Le cœur de plus en plus sautillant

à mesure que la légèreté

remplace l'angoisse (tyrannique) des vivants

 

 

Allant

par-delà le monde et la blessure

par-delà l'âme et le sang

vers ce pays qui n'existe pas

 

 

Quelque chose du mystère

derrière le visage de l'homme

 

 

Nul vivant ne peut s'extraire des forces de la terre et du feu

Nulle âme ne peut échapper à la puissance de l'Amour et de la lumière

 

 

Les yeux brillants

le cœur battant

à la vue de ce qui se dessine

sur la page

 

 

Au fond de l'âme

cette ivresse et cette clarté si puissantes

qu'elles font fermer les yeux

 

 

Derrière tous les désirs

l'ultime désir

et ce qui semble inépuisable

 

 

Ce que l'on dépose modestement

(si modestement) au pied du reste

quelques gestes

quelques mots

une manière indiscutable d'être ensemble

 

 

Quelque chose (bien sûr) de la lumière dans la parole

 

 

L'âme dressée comme un rempart contre le sommeil

 

 

Le cœur triste et féroce

à mesure que les possibles s'amenuisent

comme si l'on savait

que rien ne pourra plus être assouvi

 

 

Au large du monde

le ressort du merveilleux

caché sous une pluie d'étoiles

 

 

Les yeux absorbés par le rêve

au lieu de contempler la vie et la mort

 

 

Témoin de tant d'évidences

que la vérité nous échappe

 

 

Porté peut-être au plus haut du sacré

 

 

Si prodigieusement vivant

 

 

Au plus noire des heures

un reste de joie

la substance intarissable de l'âme

 

 

Dressé face à la déchéance

la tête hors de l'intervalle décrié

pieds nus sur la pierre

luttant contre la lassitude et le découragement

 

 

L'esprit fou

plongé dans l'onirisme et le délire

porteur des initiales du monde

et honoré comme la pièce essentielle du jeu

sans laquelle s'écrouleraient tous les châteaux de sable

 

 

Sous les habits rugueux de la forêt

l'âme dans son royaume

côtoyant les fleurs et les nuages

écoutant les esprits des bois

recueillant le chant des feuilles et du vent

honorant sa loyauté envers tous ses habitants

 

 

Le cœur dévoré par la perte

rongé par la nuit qui avale

par la tristesse qui s'immisce et s'infiltre

en train de mourir peut-être

 

 

Sur la pierre blanche

dans la compagnie des herbes et des bêtes

le monde au fond de l’œil

et la main délivrée du labeur de l'homme

 

 

La part éclatante du secret

au fond du cœur

au fond des yeux

comme si quelque chose, en nous, savait déjà

 

 

De quoi aller comme les nuages

sous les auspices d'un ciel parfois (un peu) trop sage

 

 

Cette incroyable profusion de signes sur la page

presque autant que d'étoiles dans le ciel

 

 

Le cœur retranché au-dedans

lorsque la vie se montre trop cruelle

lorsque le monde fait couler trop de sang

 

 

Au cœur de l'hiver

comme un feu – un peu de lumière

pour affronter la rudesse de ce monde

 

 

Sur cette terre sans espérance

ce qu'offrent le cœur et la main

à ce qui ne fait que passer

 

 

Et cet aveu inespéré du moins tangible

qui habite quelquefois le geste et le poème

 

 

Sur les hauteurs de l'invisible

cet Amour aux mains détachées

qui n'obéit qu'aux injonctions de l'âme

 

 

Assis sur la pierre froide

contemplant tous les reflets

ce qui traverse le monde et l'esprit

et attentif à ce qui résonne

aux échos du cœur

à ce qui résiste à la folie des Hommes

 

 

A la place de l'Homme

face au sang et au secret

essayant de déchiffrer

tous les signes du mystère

 

Le cœur retourné

à la périphérie du cercle

passant et repassant

devant le ciel posé à l'envers

 

 

Le silence susurré

à l'oreille de ceux qui veillent

 

 

Semblable à soi

Dieu

L'Autre

Le reste

 

 

Comme une réserve inépuisable de ferveur

au fond de l'âme qui croit

quelque chose entre l'Amour et l'espoir

qui donne à tous les gestes une allure de prière

 

 

C'est la couleur du rêve qui, un jour, nous fera douter...

 

 

La lumière au-dessus des yeux

plus haut (un peu plus haut) que l'âme

en ce lieu où cesse la pensée

où le monde est une absence

où le silence devient le seul refuge

 

 

Une parole sans assurance

témoignant seulement d'une expérience

cherchant dans le regard et au fond de l'âme

la preuve de ce qu'elle affirme

 

 

Sur les ruines bientôt d'un monde

qui n'aura cessé de piétiner l'idée du Divin

en cherchant son salut

dans ce qui causera sa chute

 

 

Laisser la prière s'extirper du sommeil

pour soutenir dans son œuvre le cœur de l'homme

 

 

Allant vers cette contrée

où la vie et la mort se tiennent par la main

où rien n'est plus vivant que le poème

où rien n'existe vraiment sinon peut-être

la voix et le cœur qui bat

 

 

Si éloigné des choses du rêve

des images et de la prépondérance du nom

de cette vie considérée comme un séjour

une parenthèse peut-être dans le voyage

de ce versant de la vie

où il n'y a rien d'autre

que l'immobilité, l'attente et la mort

 

 

L'âme dans l'espérance d'un ciel

et encore soumise aux jeux du monde

engluée dans cette angoisse folle du pari

 

 

Le cœur si étranger à la fête et à l'artifice

 

 

A l'ombre de si grandes figures

La table vide

La feuille blanche

Les mots que dicte l'âme

et le poème qui, peu à peu, se dessine

 

 

La voix debout

murmurant l'indicible

rejoignant les bords déchirés de l'Amour

osant une parole capable de guérir

 

 

Le cœur placé au-dehors

comme un phare – un minuscule repère

pour les âmes égarées

 

 

Au milieu de la terreur et du sommeil

le cœur à l'ouvrage

en dépit du nombre

en dépit de l'Homme

 

 

Au cœur du silence

la chair du monde

dont nul (bien sûr) ne peut s'extraire

 

 

Le cœur aussi vieux que la nuit et l'enfance

aussi vieux que la mort et les malheurs

cherchant dans le geste et la langue

un point de passage vers ce qui les a précédés

 

 

A la tombée de la nuit

Le cri de la chouette

Les paupières fermées

Quelque chose qui s'immisce dans l'âme

Peut-être les secrets de la forêt

 

 

Moins Homme que brume

moins chair que âme

et tout qui, peu à peu, s'efface

et tout qui, peu à peu, s'enlace

sans même le besoin de croire

 

 

Au cœur du sommeil

pas des hommes

pas des cœurs

pas des âmes

des mains agissantes

rudes et froides

déterminées

qui donnent la mort

sans trembler

et qui font reculer dans l'esprit

l'importance de la vie

 

 

La mort comme un miroir

devant lequel il convient de baisser les yeux

 

 

Entre nous

des liasses de feuilles

et ce silence qui effraye tant les Hommes

 

 

Entre les mains d'une absence

qui oscille entre la tendresse et le monde

 

 

Le cœur si serré dans les mains du vide

 

 

Tous nos cris, peu à peu, transformés en poème

 

 

Là où plus rien n'a de sens

comme si, au fond, il n'y en avait jamais eu

 

 

L'air de rien

peut-être le seul indice

 

 

Rouge

l'encre sur la page

comme si le cœur y avait laissé son empreinte

 

 

A chaque instant

si près du visage de la mort

 

 

Le peu de poids du cœur sur les choses de ce monde

Et le peu de poids du monde sur les choses du cœur

 

 

Vivant

sans même savoir ce qu'est l'âme

sans même savoir ce qu'est le monde

sans même savoir ce qu'est l'Homme

 

 

Tandis que nous vivons

tandis que nous essayons d'inventer une terre et un ciel

partout règnent la douleur et la cécité

et jusque dans l'âme de celui qui s'imagine épargné

 

 

Comme un passage vers la lumière

à travers la brume de ce monde

 

 

Ici et ailleurs

d'autres mondes

d'autres lumières

d'autres silences

et d'autres éternités

que ceux que nous imaginons

 

 

Rien que du ciel et du vent

au fond de l'âme

et cette cargaison d'oiseaux et d'étoiles

qui virevoltent et scintillent

au-dedans du sang

 

 

Là où tout se disperse et se confond

comme les nuages

mêlant leur souffle, leur visage et leur nom

 

 

A remuer en vain

tout ce sable et tout ce sang

 

 

Et cette joie de voir, parfois, vaincues la douleur et la misère

 

 

Face à la débâcle du monde

un ciel

une fleur

un poème

quelque chose qui résiste en silence

 

 

Ruisselant de larmes et de lumière

ce visage qui fait face au monde

 

 

Ce que la fin (heureusement) nous révèle

avant d'arriver à son seuil

 

 

Ce que le cœur devine

Ce que l'esprit comprend

la présence d'autres vies à l'intérieur de cette vie

l'existence d'autres mondes à l'intérieur de ce monde

et cette joie et ce silence que rien ne saurait souiller

 

 

A force de ne plus rien désirer

A force de ne plus résister

Dieu finit par tout remplacer

 

 

Au-delà du monde

Au-delà du songe

l'autre chemin

celui qui mène

à l'étreinte et à l'éternité

 

 

Et ce sourire qui n'est qu'un reflet de la lumière

 

 

Tout désormais entre les mains

d'un Dieu rieur et dansant

qui nous prend dans ses bras

et qui fait tournoyer les âmes

pour transformer le monde

en une ronde joyeuse et colorée

 

 

La foulée et l'aventure de plus en plus joyeuses

 

 

Aux frontières de l'infranchissable

 

 

Là où la douleur s'efface

Là où s'émancipe la chair

Là où l'esprit se délasse

Là où s'enjambent les frontières

Quelque part en soi

 

 

Calligraphie libre

mais pas encore (totalement) affranchie

du tumulte du monde

 

 

Signes dessinés avec l'âme

Poussières noires

sur le blanc de la page

Et, quelquefois, presque incongru

un petit nuage à la course tranquille

qui s'échappe du petit troupeau sombre

 

 

De la lumière dans le sang

et nos pieds nus sur la roche

Le destin de l'Homme

paré de sa richesse et de son infirmité

 

 

Le cœur inoffensif

placé là où les choses nous échappent

là où Dieu s'est immiscé derrière les visages

là où il n'y a plus rien ni personne

pour guider les âmes de passage

 

 

Au fond de la perte (et de la défaillance)

quelque chose du chant

comme une cloche pour initier le rire et la danse

et inaugurer l'expérience nécessaire

à la solitude et à l'abandon

 

 

Et si, au fond, notre parole et nos poèmes n'étaient adressés à personne...

 

 

Sous le masque du rêve

la mort qui se balance

au-dessus du monde

la chair pétrifiée des bêtes

et la prière de quelques hommes

 

 

Des éclats de sang

et des reflets de lumière

sous la chair incandescente

 

 

Le cœur affranchi des grands rites humains

allant dans le désordre de son feu

braises rouges dans ses rouages

quelque chose comme un rire

et un (irrévocable) besoin d'aller au-delà de l'Homme

 

 

Sous le cliquetis de la parole murmurée

tous les hurlements du monde

 

 

Bêtes et hommes côte à côte dans la douleur

le cœur écorcé à force de déchirures

fracturé à coups de hache

s'émiettant et tombant en lambeaux

 

 

Le temps à venir ne sera pas celui du monde

 

 

Mots et voyage sans distinction

 

 

Bien au-delà de ce que peuvent dire les mots

quelque chose du sourire

quelque chose de l'Absolu

Et la joie de l'âme qui danse au milieu des pages

 

 

Au pied de la vie

ce que nous avons abandonné

et qui, un jour, se redressera

pour danser au rythme des tambours du temps

 

 

Au fond de notre cœur

quelque chose d'incomplet

et le secret qui s'impatiente

 

 

Par là où tout passe

s'enlace, s'efface et repart

une fois la soif assouvie

 

 

Sous nos genoux

le sang noir de la terre

 

 

Le cœur penché sur la pierre

témoin de tous les drames

 

 

Toujours la lumière

par-dessus la mort

 

 

A travers le sort de la parole

notre destin

 

 

Tant de gisements au fond du cœur

dans lesquels nous ne piochons pas assez

 

 

Des millénaires d'histoire(s)

qui, au fond, ne veulent pas dire grand-chose

 

 

La chair usée à force de jours

Et le cœur exténué qui bat encore

 

 

Jaillissant du dedans

ces gestes vers le monde

ces paroles offertes

cette présence attentive

comme si le regard éclairait

les yeux et le fond de l'âme

 

 

Tout rassemblé

sous l'arbre

et dans la parole

 

 

Comme un murmure

au fond de la solitude

et l'accueil du silence

et le reflet de mille autres mondes

 

 

En ce lieu privé de sens

où tout se passe

 

 

De la chair et du sang

recouverts de peau

et ce qu'il faut d'Amour et de lumière

pour que le monde soit vivable

 

 

Sans courir

sans compter

allant et venant

comme les nuages et la neige

assez innocemment

 

4 mars 2026

Carnet n°323 Dans l'épaisseur du réel

Octobre 2025

L'effort délaissé

au profit de l'abandon

comme absorbé par un espace

au cœur duquel tout se dilue et se déchire

où seule la nécessité s'impose

 

 

L'enfance du monde

le cœur balbutiant

si immature encore

 

 

Le silence si haut

bien au-dessus des affaires du monde

et si l'on est (un tant soit peu) attentif

plongé au cœur même des êtres et des choses

 

 

L'expérience du monde

et la parole qui va avec

 

 

Dans l'obscurité

l'âme et la main qui s'avancent

pleines d'offrandes et d'espérance

Tâtonnant sur la roche

 

 

Sur le ballast des âges

un peu d'éternité

 

 

Agrippé(s) par cette danse folle du monde

sans jamais pouvoir s'arrêter

sans jamais pouvoir faire un pas de côté

tournant et tournant

jusqu'à ce que le reste nous avale

 

 

Sous le souffle du monde

le cœur battant

l'âme et la peau tannées par les coups

jour après jour

sans révolte possible

sans dialogue possible

sous le règne impérieux des circonstances

 

 

Blottis les uns contre les autres

dans cette chaleur animale

 

 

Sur la ligne d'horizon

l’œil et le vide

ensemble

dans le même passage

seuls éléments du monde

et témoins l'un de l'autre peut-être

 

 

A moitié exposé

à moitié caché

au milieu de ces pages

 

 

Rien que la voix et l'étreinte

et la course infatigable du monde

 

 

Jour après jour

sans étoile à suivre

sans la moindre goutte de sang versée

aussi seul et aussi présent que possible

 

 

Grignoté peu à peu par le monde

puis, un jour, entièrement avalé

 

 

Ne laissant derrière soi qu'un récit fragmenté

des éclats de vie ponctués de quelques silences

 

 

Depuis toujours

le temps sans cesse recommencé

 

 

Dieu dans le geste

davantage que dans la prière

 

 

Présence prisonnière

tantôt du monde

tantôt de la lumière

 

 

Effacées les questions d'autrefois

dissoutes dans l'impossibilité de la réponse

 

 

Parcourir l'âme et le monde

en adepte de toutes les géographies

 

 

Sans rien détruire

sans rien construire

une présence

qui laisse le monde intact

 

 

A la manière de l'âme

le poème penche

parfois vers le silence

parfois vers le mot

 

 

A contre-jour

assez aveugle assurément

comme si l’œil était coincé

dans l'un des interstices sombres du réel

où tout a l'apparence du monde

 

 

Dans l'épaisseur du réel

le jeu, le rire, le Divin et la joie

ce qu'expriment les visages quelquefois

 

 

Rien que la pierre et le ciel

 

 

Ce que nous faisons de notre existence

et ce que l'existence fait de nous

 

 

Tiré(s) à hue et à dia par tant de nécessités

sans jamais pouvoir échapper

ni au règne terrestre

ni aux lois du monde

 

 

Le vide en soi

au milieu de tant de forces

 

 

Le monde

au-delà de la pensée

Là où il y a quelque chose peut-être

 

 

Au cœur de la source déjà

comme un mendiant assis sur un trésor

qui, pour s'enrichir,

ne jurerait que par le voyage

 

 

A travers le geste et le mot ; le parcours

 

 

Des signes

pour nous défaire de la pesanteur et du temps

déconstruire ce que nous appelons le monde

pour retrouver en soi la souveraineté du vide

 

 

Où suis-je ?

Qui suis-je ?

moi qui ne suis

ni cette chair

ni cet esprit ?

 

 

Tant de vies

Tant de rêves

Tant de riens

A travers nos identités incertaines

 

 

Quelques traces

un peu d'épaisseur

pour les pas qui suivront

 

 

Derrière les ombres grises

ce parfum d'enfance entêtant

que le vent disperse au-dessus des têtes

 

 

L'infini ajusté à l'âme

de manière si parfaite

et lui offrant toujours

les transformations nécessaires

 

 

La chambre posée sous les nuages

ouverte au vent

se laissant traverser

par ceux qui habitent la forêt

 

 

Au fil de l'errance

peu à peu le soleil

et le goût du voyage

 

 

A même la lourdeur

ce qu'il faut de joie, de tendresse et de lumière

 

 

Rêver encore

comme si l'esprit n'avait d'autre carte à jouer

 

 

Chaque jour ainsi

recommençant

 

 

Là où l'on sème

nous ne verrons aucune récolte

 

 

Le destin de personne

celui d'un fantôme peut-être

 

 

Au fond du sommeil

l'apparence du monde

et au-dehors rien

du vent et de la liberté

 

 

Ce qu'il faut parfois inventer de mensonge

pour continuer à vivre

 

 

Douloureusement

en ce monde de pierres et de larmes

l'histoire de l'homme

l'éternel destin du vivant

 

 

Sous le sommeil

les blessures de l'âme

une absence que nul ne saurait guérir

que nul ne saurait apaiser

 

 

Le nom qui s'émiette

comme un bout de terre noire

une proéminence inutile

quelque chose du monde

dont l'âme, peu à peu, apprend à se défaire

 

 

Un peu de l'âme

un peu de lumière

une simple présence peut-être

Et parfois même qu'un sourire

ou quelques larmes

derrière cette profusion de mots

 

 

De la même couleur que le ciel ; notre aveuglement

 

 

Derrière la sauvagerie des corps

le souffle des âmes

et l'assentiment divin

 

 

Au-dessus du cirque irréel

le ciel impassible

 

 

Au plus clair de la vie personnelle

tout n'est qu'impersonnel

comme si l'individualité

en était la pointe

l'une de ses infimes expressions

la dérisoire facette d'un seul visage

dansant au milieu des autres

 

 

Le cœur sans ombre

sans soif, sans litanie

indifférent aux exubérances et aux rêves

obnubilé seulement par le poème et les yeux fermés

 

 

Mille mondes qui se chevauchent

comme un immense labyrinthe

où se côtoient mille réalités

où tout finit par se rencontrer

où tout finit par se mélanger

 

 

La parole nourricière

dans laquelle le monde

pioche sa substance

 

 

Jusqu'à la dernière heure

recommencer

 

 

Plus haut que la mort ; le tremblement

 

 

Le cœur bleu

à force de contempler le ciel

 

 

Une vie – des gestes

où se côtoient l'infime et l'infini

 

 

D'un monde à l'autre

jusqu'à l'éblouissement

qui fait ouvrir les yeux

 

 

Le cœur crevassé

d'où suinte un restant de tendresse

 

 

Là où la lumière devient un appel

 

 

Là où l'immensité remplace la pierre

comme une plongée dans le renversement du hasard

 

 

Découpé le temps

et quadrillé le monde

pour essayer de donner

du sens au voyage

 

 

Il y a tant de monde(s)

sous le poème

autant peut-être qu'au cœur du silence

 

 

Dans le champ de la lumière

même ce qui se cache dans l'ombre

 

 

La vie traversée

sans aucun retour possible

 

 

Ce qui s'entasse dans l'esprit

à force de rêves

 

 

Au rythme du cœur

la vie

le monde

le poème

 

 

Un autre mystère

derrière le mystère

et ainsi indéfiniment

 

 

Cet interminable travail sur soi

posé là ; irrésolu

livré à lui-même

abandonné à la vie

 

 

Des mots malgré soi

et le labeur de l'âme

indéfiniment

 

 

Le cœur partagé

entre le silence et les mots

entre la compréhension et l'oubli

 

 

Des arbres, des bêtes, des hommes

comme des nuages

soumis aux vents

et au règne des étoiles

 

 

Au cœur de la lumière

cette conversation silencieuse

 

 

Attendre encore que rien ne se passe

 

 

De dérive en dérive

de limite en limite

d'un bord à l'autre du monde

sans jamais franchir

les frontières de l'esprit

 

 

L'apparence d'un destin

une fiction peut-être

dont nous serions le personnage

 

 

Tapissés de chair et de sang

notre ossature

nos désirs

le visage de l'absence

quelque chose pour nous donner

un peu de consistance

 

 

Si lourd

le monde

derrière nos paupières

 

 

L'invisible

au cœur de notre géographie intime

 

 

Rien dans l'équation

ni d'un côté

ni de l'autre

 

 

Du vent et des courants d'air

le monde et nous

 

 

Par-dessus le désastre

le regard silencieux

 

 

Face au ciel

le cœur sans exigence

 

 

Ce qu'il faut rompre

au lieu de succomber

pour continuer le voyage

vers la lumière

 

 

Si solidement ancré

alors que tout crépite

que tout tournoie

que tout est emporté

comme s'il y avait une autre terre sous la terre

comme s'il y avait un autre ciel par-dessus le ciel

 

 

Gravitant autour du centre

selon les lois d'une géométrie bien étrange (et assez incompréhensible)

 

 

Le cœur périmé

à force d'attendre

à force de ne pas servir

 

 

Alourdis l’œil et le monde

par la danse du visible

 

 

Le cœur arpenté par la lumière

 

 

Loin de soi

au cœur du plus intime

là où se ressource la tendresse

 

 

Nos bras

soulevant le monde entier

là où l'esprit et le cœur ont failli

 

 

En soi

si profondément

que cela demeure un mystère

 

 

Le cœur (en partie) défait des désirs de l'homme

s'abandonnant au règne de l'étreinte

laissant la tendresse rétablir tous les liens

 

 

De la nature de la rosée

le corps

le cœur

le monde

le ciel

 

 

Le cœur rebelle aux lois du monde

rétif à tous les rouages

à tous les cercles

à tous les systèmes

préférant la solitude des marges

 

 

Sous les assauts de la soif

le cœur si consentant

 

 

Intactes les larmes sur nos joues

depuis le premier jour du monde

 

 

Et s'il n'y avait rien

rien et tous les possibles

 

 

Qu'exposent les mots ?

Et que dissimulent-ils ?

 

 

Et s'il n'y avait rien que l'Amour et le silence

 

 

Qu'attendre de la parole des hommes

sinon le prolongement du mensonge

ou, au mieux, de l'illusion

 

 

Il y a parfois aussi peu à dire qu'à faire

 

 

Revenir à Dieu

comme d'autres rentrent chez eux

 

 

Le silence et l'oubli

au terme du voyage

 

 

Le réel comme le rêve

Quelque chose, bien sûr, qui nous échappe

 

 

Là où sont le labyrinthe et la poussière

il y a aussi la joie et l'infini

 

 

Au seuil d'un ciel

dont la terre est la seule issue

 

 

Mourir encore et encore

jusqu'à disparaître

jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien

 

 

Le cœur triste et grognon

à trop regarder le monde

à vivre trop près des hommes

 

 

Aux marges de la condition humaine

là où il n'y a presque plus personne

hormis quelques âmes solitaires

quelques cœurs délicats

là où l'Amour peut entrer en résistance

là où le ciel se dessine déjà

 

 

Nous sommes plus vieux que la terre et le ciel

Nous sommes nés avec le premier jour du monde

alors qu'il n'y avait encore ni âme ni sang

en ce temps où tout ressemblait à tout

où tout ne ressemblait à rien

où le poème existait sans les mots

où le langage était le silence

en ce temps où il n'y avait ni soleil ni massacre

où il n'y avait ni destin ni personne

en ce temps où le début était le prolongement de la fin

où le temps n'avait pas encore été inventé

où les êtres et les choses (si l'on peut parler ainsi)

suivaient sans restriction toutes leurs fantaisies

 

 

Rien que le silence

et nos tremblements

 

 

La vie et le poème

comme les signes d'une présence mystérieuse

 

 

Au plus intime de l'âme

le souffle du monde encore

 

 

Intègre et ingénu

malgré toutes nos mutilations

 

 

Aucune sentence

si ce n'est ce que la vie nous donne à vivre

 

 

Ces pages ?

Ce que le cœur peut restituer

 

 

Face au monde

comme face au miroir

sans très bien savoir quoi faire

 

 

Au milieu des livres

Au milieu des danses

Au milieu de la poussière

 

 

Marié(s) à la roche et à la lumière

Qu'importe les épreuves et le chemin

 

 

Abandonné

sans rien posséder

Dans l'ivresse de la solitude et du dépouillement

 

 

Qui s'affrontent donc au-dedans de nous

pour avoir le cœur en si grand désordre ?

 

 

Dire la respiration de l'âme et du monde

leur beauté, leurs tremblements et leur lumière

 

 

Ce qui rayonne à notre insu

 

 

Si seul(s) dans nos séparations

en dépit de tous ces liens

que nous ne savons voir

 

 

Là où tout se rencontre

même les cœurs les plus étrangers

 

 

Sans rien savoir

comme abandonné(s) à l'obscurité

 

 

Le cœur plein de silence et de mots

pour dire la joie et les malheurs

de l'âme et du monde

 

 

Dans cet extravagant partage

Un peu de simplicité et de vent

et ce qu'il faut de lumière peut-être

pour apercevoir les barreaux

et la clé de notre geôle

 

 

L'âme à moitié étouffée

au fond de sa pauvre gangue de chair

 

 

Ah ! Ces lèvres folles qui disent et embrassent

comme si le monde était digne de recevoir

notre amour et d'écouter nos confidences

 

 

Aux bras de l'éternité

l'enfance qui s'avance

sans craindre ni la mort ni les désastres

 

 

Au milieu des soupçons et des menaces

Au milieu des crimes et de l'obscurité

Ce qui nous éclaire et ne peut périr

 

 

Au cœur du poème

Le souffle du monde et du temps

Le prolongement de l'âme

Et quelquefois le visage (apprivoisé) de la mort

quelque chose entre le sursaut et le tremblement

un tremplin peut-être vers le silence

 

 

Au recommencement de la faim

A la source de toutes les rengaines

le manque et la peur

le désir perpétuellement inassouvi du corps et de l'âme

 

 

Peu à peu

comme un passage qui se dessine

entre les murs qui s'effritent et se fissurent

comme si l'on abandonnait le sommeil et le temps

comme si l'on s'extirpait de la gangue du monde

une expérience au-delà (bien au-delà) de l'âme et du nom

 

 

Un peu de fumée

contre l'épaule

comme les rêves

qui peuplent la tête

auxquels rien ne s'oppose

sinon peut-être le vent

et le cœur lucide

 

 

Le récit de soi

d'un seul souffle

 

 

Sans jamais s'insurger

contre la poussière et la mort

ce à quoi nos vies ne peuvent échapper

 

 

Là où le cœur s'installe

à la place de la sauvagerie

pour que cesse l'abomination ;

le règne de la monstruosité

 

 

Quelque chose du secret

sous l'épaisseur du monde

derrière le tremblement des âmes

Le mystère que le cœur s'efforce d'éclaircir

 

 

L'âme clandestine

glissant sous les feuillages

dansant près des rivages

courant sur tous les chemins

pour échapper au monde et au sommeil

 

 

Ce feu au fond de l'âme

qui fait chauffer le sang

qui incendie le monde

qui brûle la vie

Ce feu au fond de l'âme

qui rend le cœur si vivant

 

 

Il y a tant d'horizons

au cœur du poème

que nous ne toucherons

que du bout des doigts

 

 

Il faut beaucoup de prétention ou d'ignorance

pour penser que sa vie a quelque importance

 

 

L'écriture morcelée

comme le cœur et l'esprit sans doute

 

 

La monstrueuse machinerie du monde en marche

 

 

 

Sous les apparences

le cœur et l'Absolu

 

 

A l'extrême pointe de l'âme

l'immensité et la lumière

 

 

Infiniment poreux

tous ces morceaux de monde

que l'esprit de l'homme a découpés

Sans la moindre frontière en vérité

 

 

Comme un espace

au fond de l’œil

où tout est suspendu

 

 

Le même jour

indéfiniment vécu

 

Le cœur arraché par le sommeil

 

 

Le cœur affolé

tantôt par le monde

tantôt par le vent

 

 

Victimes du même rêve

détenteurs de la même folie

dans ce monde sans remède

 

 

Ce qui rôde autour de nous

les loups et la brume

prêts à engloutir le mirage

ce rêve étrange que nous sommes

 

 

L'homme englué dans ses propres délires

dans ses ambitions et son ivresse

fondés sur le sang versé

 

 

Nous ne sommes personne

 

 

Là où s'éclipse la nuit

là où naît le poème

là où s'attarde la lumière

en ce lieu, si souvent, déserté par les Hommes

 

 

Parmi les ombres et les menaces

le cœur limpide

l'âme acérée

ce qui s'obstine à la justesse

malgré la corruption et l'hypocrisie

 

 

Au faîte de l'enfance

au-dessus des monstruosités du monde

quelque chose du silence

 

 

A voix basse

le poème

à peine audible

pour ne pas ajouter du bruit aux bruits

pour ne pas interrompre le silence

 

 

Invisible dans cette ère du paraître

 

 

De plus en plus anonyme

voilà ma seule gloire

 

 

Des mots abrités en lieu sûr

pelotonnés dans le poème

 

 

L'âme

comme un rêve dans le vent

comme du vent dans le rêve

et qui va là où nul ne l'attend

 

 

Par-dessus le lieu des habitudes

au rythme du sang

pour échapper au sommeil et à la mort

 

 

A force de tourner en rond

lassé par sa propre géographie

comme enfermé sur son minuscule territoire

 

 

Le corps immense

de toutes les infimes parcelles de la vie

reliées ensemble par ce que l'homme ne voit pas

 

 

Parvenu au seuil

au-delà duquel tout est égal

 

 

L’œil et le cœur attentifs

à toutes les douleurs

à toutes les peines

à tous les déchirements

 

 

Le monde

sous la lumière des profondeurs

 

 

Ce qui s'échafaude

depuis le fond de l'âme

cette étrange échelle vers la lumière

 

 

Au cœur même de l'ignorance

Ce qui sait déjà

 

 

Sous les masques

cette tendresse et cette innocence

dont le monde a tant besoin

 

 

Sous l'apparence des mots

L'âme sensible

Le cœur généreux

L'esprit affûté

L'être tout entier qui s'exprime

 

 

La proie de tout

Le prédateur de rien

voilà à quoi s'abandonne

celui qui sait

 

 

Le ciel au milieu des étoiles

Et, parfois, au milieu des visages

 

 

Le cœur souvent plus obscur que la nuit

 

 

L'esprit de l'homme galvanisé

par l'odeur de la peur, du sang et de la mort

 

 

A la lumière de ce qui ne se voit pas

Des pensées comme des nuages

Des chants sacrés et du silence

Et des leçons que l'on n'apprend pas

 

 

Le cœur tout entier dans le même désir

 

 

Comme un outil déposé aux pieds des autres

 

 

Et cette inquiétude au fond de l'âme

que l'on ne peut arracher

 

 

Dans le secret de la chambre

un souffle, un œil, des notes

mille gestes nécessaires

sous l'étoile la moins lointaine

 

 

Des prières et des gestes

comme des éclats d'âme et de monde

une manière, sans doute, de consentir à la vie

 

 

Là où logent le sang et la barbarie

au fond du cœur de l'homme

 

 

L'apparence du monde

qu'escortent la tête et les gestes

presque sans jamais s'interroger

 

 

Là où se façonnent la matière et le vivant

Là où règnent l'obscur et l'oubli

Au fond de l'esprit de l'homme

depuis que le monde est monde

 

 

Invisiblement notre identité

 

 

Traverser la vie comme si elle était un poème

et d'autres fois comme si elle était une tempête

Le cœur malhabile dans tous les cas

 

 

Dans l'incertitude de la terre et du ciel

dans cet entre-deux sans garantie

un pied dans l'un et un pied dans l'autre

et le cœur et la tête qui hésitent encore

 

 

Ce que le cœur abrite

bien plus que le visible

 

 

Éphémères

la saison des larmes

les blessures et les soucis

tout ce qui habite la chair et l'esprit

 

 

Tout ce qui se vit

Tout ce qui s'oublie

à la manière de la course hasardeuse des nuages

sous un ciel silencieux

 

 

Demeure en soi un sourire

en dépit de l’œuvre des hommes

 

 

Le cœur si près de la pierre

que l'on sent battre le pouls du monde

 

 

Sans autre consolation que la prière

et ce qui habite le fond de l'âme

 

 

Un peu au-dessus du cirque

Serait-ce là notre seule consolation ?

 

 

Le pas dansant

sur l'horizon incertain

 

 

Le poème et la prière

sur les hauteurs du monde

lancés par des lèvres tendres

 

 

Le chemin de plus en plus glissant

à mesure que l'on approche de la vérité

 

 

Rien que des images et des idées

pour appréhender le réel

Quelque chose, bien sûr, de l'infirmité

 

 

Ce qui vient avec le poème

Des bouts d'âme et de monde

 

 

Comme installé(s) au faîte de l'ivresse

en croyant toucher le ciel

alors que les pieds sont encore

englués dans la glaise

 

 

Jouet de l'enfance

comme l'eau qui coule

sans carte

sans se soucier de l'âme

embrassant le monde

sans craindre son destin

 

 

Les yeux posés sur la terre et le ciel

simultanément

sans rien séparer

ni soi ni le reste

ni l'être ni le monde

comme au cœur des liens qui se tissent

 

 

Déjà en soi

et qui nous porte (encore plus sûrement) vers nous-même

 

 

Sans hasard

Sans résistance

Sans raison

D'un lieu à l'autre

Le cœur et le pas silencieux

 

 

L'âme

comme une large fenêtre sur l'infini

et une manière aussi de faire entrer le vent et la lumière

 

 

Au-delà de la chair

Le mélange, la danse et le tournis

bien davantage qu'un désir

bien davantage qu'une prière

le lieu de la survie

 

 

Sur cette pente sans repère

à marche forcée

sans étoile

sans mémoire

sans appui

à travers ce que la vie

(nous) donne à vivre

 

 

Au-delà des cercles de ce monde

par-dessus les lois et la pensée

dans le sillage de quelques devanciers

 

 

Abattues les murailles de l’immensité

agenouillé à présent au milieu de la lumière

 

 

Le geste et la parole

infiniment reconnaissables

de ceux dont le cœur sait habiter le silence

 

 

Là où la route s'arrête

devient une perspective

comme un regain de clarté

bien plus qu'un horizon

quelque chose de la lumière

une manière d'aller le cœur désentravé

 

 

Plus vivant que jamais

quand la joie danse

au fond de l'âme

 

 

Passer

entre l'éternité et la mort

entre l'abîme et la lumière

sans l'ombre d'une hésitation

sans l'ombre d'un ressentiment

 

 

La vie aussi simple qu'un instant léger et dansant

lorsque le cœur est (profondément) habité

 

 

Chaque parole

un monde inconnu

un horizon qui s'invite

quelques possibles

et, parfois, un poème

 

 

L'au-delà des mots

et le dedans de l'âme

ce à quoi invite le poème

 

 

Mille jeux

au cœur du sommeil

où même Dieu a les yeux fermés

 

 

Le chant parfois (trop rarement) suffit

à faire taire les canons

à ouvrir les cœurs à la tendresse

à faire oublier pendant quelques instants le sang versé

 

 

Dans cette enclave

que sont l'âme et le poème

résistant à tous les assauts du monde

à tous les élans de la barbarie

sans autre drapeau que le silence et la prière

 

 

Sous les astres et l'étendue

rassemblées et dispersées

les âmes de ce monde

 

 

Là où le chant devient silence

en ce lieu où le sourire est la seule prière

 

 

Entre poussière et lumière

si souvent écartelé(s)

et confondant parfois le retour et le chemin

les avancées et les embourbements

 

 

Le viatique léger

un sourire

un peu de tendresse et de clarté

que l'on offre aux quelques âmes que nous croisons

 

 

Accepter, c'est aller vers l'aube

le cœur et les mains libres

affranchi des désastres et du désordre du monde

 

 

Être touché et traversé

comme l'arbre par la lumière

 

 

Là où tout se rencontre

Le sang et la prière

Les noms et les visages

La douleur et la joie

Les vivants et les morts

Tout ce qui existe ici et ailleurs

En ce monde et un peu plus loin

 

 

Ce qui se cherche

à inventer peut-être

 

 

Blottis contre le rêve

d'une manière presque animale

entre l'humus et le soleil

à défaut de pouvoir exister autrement

 

 

De plus en plus sauvage

la foire d'empoigne

en dépit des règles et des lois

 

 

Ce qui se renouvelle

au fil des jours, des siècles, des saisons

à mesure que les choses du monde s'achèvent

 

 

Au cœur de l'aube

comme un commencement du monde

la lumière au bord des yeux

un sourire au bord des lèvres

et, sur la joue, des larmes de joie

 

 

Pareils au bleu du cœur

le sommeil et les absences

toutes les indélicatesses de ce monde

 

 

D'un côté, le poids du passé

et de l'autre, celui de l'instant qui passe

 

 

Un peu trop de rêve et de monde sur la balance

 

 

Si inspirants ces nuages qui courent dans le ciel immense

qu'ils nous laissent bouche bée et le cœur attendri

 

 

Comme l'animal à l'aube

qui s'ébroue au seuil de la nuit

affamé de soleil et de tendresse

 

 

Funambule(s)

sur cet étrange fil

qu'est notre vie

 

 

Le cœur assailli

par le monde, l'attente et la nuit

si démuni face aux outrages

face aux outrances du langage

sans autre refuge que son secret

 

 

Humiliées jusque dans leur prière

les bêtes sacrifiées sur l'autel des hommes

 

 

Quelques lignes sous les étoiles

parfois silence

parfois poème

au gré des exigences du cœur

 

 

En ce monde

rien que le cœur battant

et quelques traits gribouillés

 

 

Le cœur tenace

si rieur aujourd'hui face à la nuit

se moquant de son impatience et de son opacité

se laissant à présent ensemencer

par tout ce qui le traverse

 

 

Quelque chose du chuchotement

ce qui se dit

si proche de l'écoute

comme un jeu étrange avec le silence

 

Rien qu'un regard et un feu

pour traverser l'hiver du monde

ce grand désert sans réponse

dans un voyage aux allures de contemplation

 

 

Au-delà de l’œil et de l'attente

cette longue veille sous les étoiles

Le cœur au milieu des ombres

à dévisager toutes les figures du temps

 

 

Le tic-tac du temps

comme si le monde était posé

sur une balançoire éternelle

 

 

Sans s'interroger

comme si nous étions des hommes

depuis toujours

 

 

Pas si loin d'un monde apocalyptique

 

 

Alternativement

champ de bataille et champ de ruines

 

 

Sur l'épaule

ces ombres millénaires

et, dans la main, une épée

comme si l'on vivait depuis toujours

sous le règne d'un Dieu sans yeux

 

 

Passant

comme le soleil

la parole et le destin

avant d'être avalé(s) par la nuit

 

 

Comme figé à jamais dans l'étincelle

 

 

Si fugace

ce souffle

sur le papier

 

 

Nous tous

Pas si loin, en réalité, de l'instant de la mort

 

 

Comme le roseau courbé par le vent

nous devrions, à notre tour, nous incliner

et esquisser une petite révérence

 

 

Là où nul ne peut demeurer

 

 

A mesure que la parole s'érode

le silence, au fond de l'âme, devient plus intense

 

 

Sans même le souci du dernier jour

 

 

Diluant la nuit (toute cette nuit)

dans l'immensité du regard

 

 

Balayés la poudre et le poids

les mensonges du monde et du temps

comme les nuages emportés par le vent

 

 

Par-delà la hâte et le sommeil

loin des rumeurs et des arènes

sous la douce lumière du jour

allant là où il n'y a plus de pente à gravir

là où il n'y a plus ni chaîne ni combat

là où il n'y a plus rien ni plus personne à condamner

 

 

Au fil de cette longue veille

tant de découvertes et de merveilles

et ce qu'il nous faut abandonner

 

 

Le silence

comme un peu de rosée

sur le bout de la langue

comme un vent frais

qui balaye les tréfonds de l'âme

 

 

A chaque mot

le cœur livré

jusqu'à ce que

tout disparaisse en soi

 

 

Ligne après ligne

comme si la poésie

pouvait aider le monde

 

 

Le cœur enivré

comme si Dieu était à l'intérieur

 

 

Sans autre besoin

que ce qu'offre le jour

 

 

Aller jusqu'au bout du langage

par-dessus les règles et les mots

par-dessus le verbe et les lieux

jusqu'à la pointe de l'indicible

 

 

Si aveuglément

cette traversée

comme si la lumière

manquait à l'intérieur

 

 

Le cœur affamé

avide de vent et d'horizons

cherchant l'essence du monde et de l'âme

la tendresse et le souffle de la liberté

quelque chose que la main ne peut saisir

et qui s'offre à celui qui s'est effacé

 

 

Sur ces pentes noires

où tout sent la perte et la nuit

où tout est recouvert de fumée et de cendres

jusqu'aux passants et à leurs offrandes

réunis au milieu du feu

 

 

A l'abri des braises

là où le monde ne ressemble plus à un incendie

là où le regard a la fraîcheur de la brise

là où la porte est à la fois ouverte et fermée

là où la raison n'est pas capable d'entrer

 

 

Si haut sur la page

comme hissé au faîte d'un amas de pierre

à mi-chemin entre le ciel et le silence

là où le poème peut être déposé

 

 

L'âme intègre

comme la mort et la douleur

indifférente à toutes les futilités

 

 

Sur cette route invisible

qui nous donne à vivre mille expériences

tiré(s) ici et poussé(s) là

sans rien comprendre

comme aimanté(s)

comme possédé(s)

laissant (malgré soi) au mystère

le soin de décider

 

 

Sans autre réponse

que ce qui nous anime

que ce qui nous heurte

que ce qui nous blesse

que ce qui nous caresse

que ce qui nous efface

que ce qui nous broie

 

 

Derrière notre silence

tant de questions abolies

comme si plus rien n'avait d'importance

comme si l'on n'avait jamais existé

 

 

A l'ombre d'un temps infini

les petites danses du monde

les petits tracas et les petits soucis

les mille âmes qui s'interrogent et s'impatientent

et la lumière que rien ne détruit

 

 

Comme un rêve

ce qui s'achève

sous le regard

de ce qui dure encore

 

 

Au-dedans même de la lumière

cette boue et ces cris

ces ombres qui tremblent

et cette chair vouée à la mort

 

 

Par le même chemin que les larmes

la joie ruisselante

le feu de l'âme

qui change le chagrin

en neige des cimes

 

 

Le cœur-langage

ce dont le monde a besoin

quelque chose qui s'émeut et s'exprime

qui offre des gestes de tendresse et d'affection

non pour consoler de vivre

mais pour dire la joie d'être ensemble

 

 

Le poème

des paroles de sable

trop souvent

et qui réussissent parfois

à faire grincer les dents

 

 

La terre est un ciel

né d'un autre ciel

où s'ennuient les Dieux

 

 

Le cœur si familier de ce qui se trame

 

 

Rien que du souffle et des larmes

qui, eux aussi, ne nous appartiennent pas

 

 

Tant de choses tissées ensemble

 

 

Si léger le pas qui danse

Si légère la voix qui chante

Et cette infinie tendresse offerte à celui

qui a eu l'intelligence (et la délicatesse) de s'effacer

 

 

Au fin fond des bois

ces râles et ces cris

ce qui meurt et ce qui vit

qu'un seul souffle sépare

 

 

Le cœur vénéré

à mesure que la vie empoigne

à mesure que le monde se révèle

à mesure que le temps passe

jamais assez tendre

jamais assez large

jamais assez sage

le seul véritable territoire de l'Homme pourtant

qu'il convient de hisser comme un fanal

au faîte de la pierre

 

 

Sans rien inventer

le poème qui prolonge

(qui se contente de prolonger) le rêve

 

 

Dans une solitude souriante

qui fait de cette rive une invitation

 

 

Nous aventurant plus avant

dans cette incertitude qui semble si fraternelle

 

 

La possibilité du retour

arrachée du poème

laissant la gorge éructer son cri

et la main caresser la promesse

 

 

Sur nos pages

Dans nos mains

quelque chose

comme l'empreinte d'un chemin

 

 

Au fond de l'âme

comme une inquiétude

et une question peut-être

que les millénaires ont déguisées en certitude

 

 

Là où plus rien n'a de poids

ni l'âme, ni l'autre, ni le monde

le cœur aussi léger que la voix

 

 

Des tourbillons et des tremblements

La vie et le monde tels qu'ils nous empoignent et nous emportent

et rien pour s'y opposer

pas même nos cris, nos larmes ou nos mains tendues

 

 

Nous plongeant dans le mystère

ce qui regarde lorsque l'on ne voit pas

ce qui s'anime lorsque rien ne bouge

sans même qu'il soit question

de lumière et de mouvement

 

 

A l'heure où tout se hâte

A l'heure où tout se gâte

Nos amours et nos incartades

Nos tentatives et nos dérobades

alors que l'automne est encore printanier

 

 

De l'autre côté du ciel

sur le versant de l'âme le plus infréquenté

le chemin et la destination

ce lieu où il n'y a ni rêve, ni règle

ce lieu où il n'y a rien ni personne

pas même des jours et des êtres qui passent

 

 

Ce qui nous a quitté

abandonné sans inquiétude

 

 

Si proche de l'oiseau dans le vent

qui hésite entre son nid et le plein ciel

 

 

Le cœur si proche de l'estomac

comment les yeux pourraient-ils se détourner

de ce qui peut assouvir la faim ?

 

 

Vivant sans un seul regard pour l'âme, le ciel et Dieu

 

 

Dans nos mains

toutes les autres mains

Et dans notre cœur

toutes celles qui s'y sont refusées

 

 

De plus en plus rien

De plus en plus personne

De plus en plus n'importe où

De plus en plus n'importe quand

Et si c'était cela exister ?

 

 

Au-delà de l'obscurité

ce que cache le jour

 

 

Silencieusement

aux marges de l'étendue

alors qu'au cœur du monde

les hommes s'affairent (assez bruyamment)

 

 

Quelque chose sur le visage

l'ombre du monde

et la lumière de l'âme

ce que le cœur laisse parfois entrevoir

 

 

Derrière la blessure secrète

un feu et un sourire

que rien ne saurait effacer

 

 

Face à l'immensité

le cœur sans espoir

le cœur émerveillé

 

 

La main tendue

vers ce qui n'appartient à personne

 

 

Là où nulle part est un lieu

celui où le cœur sort de sa captivité

 

 

Sans même le vouloir

ce que dit le poème

comme une évidence

à la place des mots

 

 

Dieu sous toutes les ossatures

Ce qu'il faut découvrir

au cœur des apparences de ce monde

 

 

Au-delà (bien au-delà) de l'homme et du mot

La porte ouverte vers laquelle convergent

tous les chemins et toutes les voix

 

 

Le poème mélangé à la roche et au sang

autant qu'au ciel et au silence

Ce qui se construit pour dire

ce que ne peuvent exprimer les mots

 

 

Si près de la lumière que le cœur réclame

Et si loin encore du recommencement perpétuel

 

 

Là où il n'y a que des larmes et de l'avidité

Là où il n'y a que des ombres et des âmes égarées

au cœur de ce monde déjà posé en pleine lumière

 

 

S'effacer inépuisablement

afin que l'âme se réjouisse de son ivresse

 

 

De la lumière plein les mains

Et des mots jetés en l'air

Et qu'importe que la grâce nous fasse défaut

 

 

Mystérieusement

ce qui surgit

 

 

Dans le respect du silence

La vérité qui se vit

 

 

Sur cette longue route faite de prières et de mots

 

 

Sous les arbres qui nous murmurent de sages paroles

et que l'on porte jusqu'au cœur pour nous autoriser

à danser sous les étoiles

à courir comme les nuages

à demeurer droit dans le vent

à vivre et à mourir

comme les bêtes et les hommes

 

 

Sans bruit

dans la chambre de la forêt

pour laisser la voix des bêtes et de la nuit

se poser sur notre seuil

et relayer les paroles du jour

 

 

Troublé par la peine des arbres

que les chants du vent propagent

nous abritant derrière les mots

pour laisser passer l'orage

 

28 octobre 2025

Carnet n°322 Vers l'indéchiffrable

Septembre 2025

La parole exhumée du fond de la misère

pour dire l'inhumanité de ce monde

et les aspirations intactes des âmes

Comme un hurlement dans la nuit

 

 

Nuit du monde

depuis tant de millénaires déjà

dans laquelle s'enfonce plus profondément chaque génération

 

 

Un peu d'innocence encore

sous la cendre et le sang

au milieu des cris

qui ont quitté l'enfance

 

 

Saison après saison

Le même chemin sur lequel

s'éteignent les hommes, les rêves et les étoiles

 

 

Aux limites du ciel

quelque chose du silence

par-dessus les ailes déployées

 

 

Le déferlement du rêve

sur la tête des hommes

submergeant le langage et les ambitions

alourdissant l'esprit et le monde

et enrobant le mystère d'une brume épaisse

 

 

L'aube offerte

s'invitant dans la parole et le geste

devenant une part substantielle (et inaliénable) de l'âme

 

 

Le cœur s'abandonnant à toutes les dérives

se laissant porter par les courants de l'âme et du monde

 

 

Quelques paroles nées de l'émergence d'un très long sommeil

 

 

Le cœur partagé entre le geste et le silence

 

 

Le cœur devant soi

au creux de la paume

partout en vérité

 

 

La perception sensible et acérée de celui qui s'est transformé en regard

 

 

Le cœur

Le vent

L'esprit

Et toutes les danses du monde

 

 

Tout s'effrite

Tout s'affaisse

Tout disparaît

Du monde, il ne restera rien

 

 

Assis par terre

au milieu des feuilles et des insectes

Le cœur emporté par le vent

 

 

L'âme

La terre

Les arbres

Le ciel

Toute notre géographie

 

 

Le cœur égayé par le chant des oiseaux

Sous les hautes et lumineuses frondaisons

 

 

Le cœur au bord de la brume

Le monde ou un rêve peut-être

 

 

Au cœur de l'ordinaire

Si intensément

 

 

Attelé à la tâche (assez) vaine d'écrire

 

 

Dans l'entre-deux des mondes

Une rêverie peut-être

 

 

La vie

Rien qu'une très courte traversée

 

 

Un abîme au fond du cœur

où tout est précipité

 

 

La vérité

quelque chose qui ne se laisse jamais attraper

 

 

De longues traînées de couleurs

derrière les mots du poème

Et le parfum enivrant de la terre mouillée

Avec le ciel par-dessus

 

 

Tant d'ordinaire et de merveilleux

dans notre quotidien

Bien peu de chose(s) en vérité

 

 

Le rien très souvent m'enchante. Et il lui arrive aussi, parfois, de m'accabler...

 

 

L'hôte seulement de ce qui passe

 

 

Et si c'était le réel qui apparaissait sur la page...

 

 

Au milieu des figures invisibles qui laissent deviner leur souffle

 

 

Au-delà de ce qui a lieu

Peut-être un rêve

Peut-être une utopie

Peut-être une partie de la réalité

Qui peut vraiment savoir

 

 

Le frémissement de l'âme

face au monde

face au silence

La preuve que tout est langage et émotion

 

 

Le regard si près des choses – si près du sol – que tout prend une envergure démesurée

 

 

Nous

Si humblement

La main et le mot offerts

Avec quelque chose sur l'épaule

La douleur du monde sans doute

 

 

Né peut-être du soleil et de l'arbre

Sous l'arche inachevée

 

 

Le cœur parmi les pierres

 

 

De lieu en lieu

Silencieusement

Mu par le mouvement même du chemin

 

 

La parole pardonnante

hissée jusqu'à la figure du plus coupable

 

 

Le silence et la forêt

Le livre et la pierre

La bête et le pas

Et quelque chose qui s'écrit

sur le versant le plus escarpé de l'âme

 

 

Le cœur soumis au règne de l'infini

Rouge comme le rêve et le sang

Inachevé pourtant et mortel

A la manière de la fleur

qui côtoie le ciel pendant un court instant

 

 

Au cœur de l'Absolu

Le ciel, le silence, la solitude

Et cette étrange lumière qui éclaire

l'éphémère de ce monde

comme un lieu au-dedans du lieu

le centre des cercles concentriques

vers lequel tout est précipité

 

 

Parce que le jour

Parce que le monde

Et parce que l'homme

Ainsi est notre voyage

Entre terre et ciel

Entre rêve et réalité

Avec mille manières d'aller sur son chemin

 

 

La main du crime

en pleine lumière

tachée d'un sang épais

qui coule encore sur la pierre

Sous le regard impassible des arbres et du ciel

 

 

Quelque chose

comme un feu

né des mots et de la couleur

avec des flammes

hautes comme des montagnes

attisées par le souffle tempétueux du vent

A l'intérieur

 

 

Une voix portée jusqu'au silence

 

 

Le cœur percé par tant de cris

L'esprit bouleversé par tant de crimes

Sans autre espérance que la solitude et la prière

Et la possibilité qu'un Dieu puisse émerger

au milieu de la douleur et du sang

 

 

Là où les ombres s'agitent

remuant l'épaisseur

à la recherche (sans doute) d'une pépite

fouillant la terre

soulevant de sombres strates

et n'amassant que des lambeaux de nuit

 

 

Essayant parfois de hisser la tête

au-dessus du monde ; de l'effroyable mêlée

cherchant un peu de solitude

pour pouvoir (enfin) goûter le jour

 

 

Sans garantie

la joie qui nous est offerte

et à ce titre

ressemblant parfaitement au reste

 

 

Au carrefour de l'enfance

là où tous les chemins se dessinent

là où il faut choisir une sente

parfois dans le sillage du monde

parfois au cœur du langage

parfois vers le plus sauvage

Se fiant à l'étoile qui brille

au fond de son âme

 

 

A ce point vertigineux

ce qui est vécu

ce mélange de sable et de lumière

 

 

Les mots nés du cœur transpercé

glissant selon son inclinaison

d'ici à l'horizon

chargés de cendre et d'encens

offerts aux morts et aux vivants

 

 

Entre deux tourments

ce rêve, cette soif

Un peu de fumée

Ce qui, parfois, initie un voyage

un prétexte pour échapper

aux sentes grises de ce monde

 

 

A chaque pas

un peu plus de rien

Et le vide – inéluctablement – qui se rapproche

 

 

Cette confiance incroyable en ce qui surgit

(jusqu'aux pires surprises parfois)

 

 

Un sol

Un ciel

Là où se croisent

l'esprit et le sang

 

 

Au-delà de la mort

Notre âge secret

 

 

La plume un peu lasse parfois

devant l'ampleur de la tâche

accablée par le labeur des mots

et l'abondance de choses à dire

 

 

Le regard et la main

inséparables

porteurs du même soleil

celui qui éclaire plus encore

lorsque la nuit a tout recouvert

 

 

Entre la terre et la lumière

quelque chose

un œil juché sur un peu de chair

qui apprend, peu à peu, à voir

 

 

La parole et le geste

reflets du mystère

pour celui qui voit

au-delà de la mort

 

 

Le regard accompli

porteur d'un soleil sans ombre

sans angle mort

où la moindre chose de ce monde est perçue

 

 

A ce point

la tendresse et la beauté

au-dedans du regard

accompagnant tous les gestes quotidiens

 

 

Au milieu des mondes qui se reflètent

et se répondent dans le langage des étoiles

exprimant leurs ambitions sans rien demander

et partageant quelques fois le plus désirable

 

 

Les yeux rougis par tant d'images et d'atrocités

 

 

Allant sur la terre

comme dans le ciel

poussé par le vent

entre la roche et les étoiles

 

 

Fumée peut-être

au creux de la main

au fond de l'âme

ce que l'on donne

et ce qui est donné

 

 

Déchiré le rêve

et brûlée la nuit

aux confins de la lumière

 

 

L'âme fortifiée par son dur labeur

purifiée comme le sont les pierres après la pluie

et déployée comme le sont les fleurs par la lumière

 

 

Comme à l'origine

l'immensité et le chemin

et toutes ces âmes qui se faufilent

au milieu de tant de riens

 

 

Depuis les premiers instants du monde

l'aube éternelle

à travers laquelle passeront, un jour, toutes les âmes

 

 

Ce qui se déchire

sans très bien savoir où cela commence

et où cela finit

sans très bien savoir ce que l'on est

d'où l'on vient et où l'on va

sans très bien savoir ce que l'on va devenir

A la manière des nuages

En plein ciel déjà

 

 

Un peu au-dessus des jeux d'enfant

entre les nuages et la terre basse

contemplant les territoires tracés à la craie

écoutant les pleurs et les cris

la bouche gorgée de douleurs et de mots

 

 

Si silencieusement

Le sommeil et les révolutions

 

 

Le cœur caressant

contre les poings du monde

laissant le silence recouvrir les bruits

laissant le vent tout emporter

 

 

Au fond de l'âme

cette rébellion clandestine

contre la nuit

et son immense armée d'ombres

davantage qu'un refus

une véritable dissidence

une mutinerie organisée

un sursaut (vital) de la lumière

 

 

Du côté de ceux qui n'ont rien ; pas même le droit de vivre (aux yeux de ceux qui se disent humains)

 

 

Un cœur, un esprit, des mains ; tout ce dont nous avons besoin pour accomplir le travail de l'homme

 

 

Au cœur même de ce qui commence

Notre dilemme et notre résolution

 

 

La patience du cœur

chahuté sur tous les chemins

hissé parfois au plus haut de la douleur

obligé de côtoyer le mensonge et l'adversité

et de se laisser guider par les apparences

Si touchant dans sa façon d'aimer

et sa manière de se prémunir

contre la haine et l'hostilité

 

 

S'attarder un peu

en ce monde

pour apprivoiser la vérité

 

 

Par-dessus les pierres

un grand ciel orangé

Et cette incroyable lumière

sur les collines

Et cette joie (presque indicible)

d'appartenir à ce fabuleux tableau

 

 

Part du monde ou part du rêve

Qui peut réellement savoir

 

 

Errer comme au commencement du monde

au milieu des embuscades

le cœur toujours englué au fond de l'écueil

 

 

Le cœur penché

sur la pente

parmi les pierres

attiré par les feux du monde

et si peu par la lumière

 

 

En nous

quelque chose de la fumée et de l'infini

 

 

En ce monde de rêve et de douleur

Ce qu'il faut de lumière pour rejoindre l'enfance

 

 

Au fond de la nuit

Le vide et la vérité

rien, en réalité, que nous ne sachions déjà

 

 

A même le cri

Le ciel et le contentement

 

 

Dieu au creux de la paume

dans ce que nous avons dispersé

comme au plus obscur de ce monde

là où depuis trop longtemps règne le sang

au cœur même de la matière

comme un débordement

ou le prolongement naturel du cri – peut-être...

 

 

Attaché au monde, à l'origine, au sillon

en dépit de l'envergure du cœur

 

 

Dans l'incroyable simplicité de l'existence

 

 

De l'autre côté de la faim

exactement

 

 

Le cœur gorgé de signes

bardé de chaînes et de nuit

cherchant à se libérer de la pierre

à faire tomber les murs et les masques

pour approcher la lumière

 

 

Le fond du cœur trop rarement sollicité

pour lutter contre l'ivresse du monde

et échapper aux gouffres du temps

 

 

Du côté du silence et de l'instant

sur l'autre versant du monde et du temps

 

 

Le cœur fangeux

comme marqué par le sceau de la terre

 

 

Les étranges piliers de l'âme

à travers lesquels passe le vent

 

 

Alors que partout règnent le ciel et la lumière

ici-bas tout sens dessus dessous

 

 

L'homme

porté à l'indifférence

au lieu de vénérer

la lumière et les tremblements

 

 

Cette rage de vouloir toujours davantage

de vouloir toujours autre chose

de vouloir toujours autrement

comme une ivresse

qui sèmerait la pagaille et les malheurs

 

 

L'âme

scellée dans la terre

et si maladroitement esquissée

avec pourtant, à l'intérieur, toutes les promesses du ciel

 

 

Si imparfaitement habités

l'âme

le corps

le monde

la vie

l'espace

 

 

Le cœur enflammé

comme une montée de sève

une ardeur impatiente

un soleil suspendu au zénith

Comme si le feu de l'âme

s'emparait du dedans

pour brûler les jours et le temps

 

 

Au plus haut du ciel

le moins périssable

les mains jointes

et le cœur éprouvé

 

 

Sur la même terre

Sous la même étoile

Ces pauvres destins

et un ciel – au-dedans – à découvrir

 

 

Sans dire

sans désir

sans espoir

sans certitude

Le cœur parfaitement dépouillé

 

 

Le cœur ouvert aux tremblements et aux tribulations

 

 

L'âme témoignant du silence

pour tenter d'éclairer la parole

 

 

Parfaitement inadapté à ce monde

 

 

Le cœur léger

La figure souriante

Avec du vent sur les épaules

en dépit des pieds enfoncés dans la boue

 

 

L'enfance hissée à la pointe de l'esprit

 

 

Dans les plis de la nuit

comme dans un rêve

cherchant quelques étoiles

pour guider les pas

et donner un sens au voyage

sans jamais s'en remettre à Dieu

 

 

Au milieu de l'écume grise

la mâchoire serrée

tandis que se dessine l'étreinte

tandis que le cri se hisse plus haut

au fond du même rêve

au cœur des mêmes batailles

sur cette terre couleur de sommeil et de sang

 

 

Cet étrange mystère

au fond de l'âme

entre nos mains

parfaitement insaisissable

comme l'air, le sable et l'eau

 

 

Au bord de l'enfance

ces rêves

ce trop plein de sommeil

et ce ciel sans échappée

 

 

Parmi les reflets troubles du monde

 

 

Le cœur comme de l'eau agitée

remuée par une main impavide

qui n'hésite jamais à remuer

la fange des profondeurs

 

 

Le cœur sans mémoire

hissé jusqu'au plus sensible

en réponse à tous les jeux du monde

en réponse à toutes les questions de l'homme

 

 

Le poème humble

reflétant le visage de ceux que l'homme a éclipsés

essayant de corriger l'effarant déséquilibre du monde

 

 

Ami de ceux que l'on condamne, que l'on exploite, que l'on persécute, que l'on extermine

 

 

Familier de l’œil et de la nudité

de ce qui demeure sous tous les règnes

 

 

Surgissant

le jour

le monde

la figure

le poème

souvent auréolés du même mystère

 

 

La main tendue

Le cœur mendiant

La sébile sur le sol

Au pied d'un monde indifférent

 

 

Au fond de soi

L'appel et l'agenouillement

 

 

Au cœur d'un long défilé de visages et d'âmes

Au milieu des prières et des peines

 

 

Au fond du cœur

un mélange de joie et d'infirmité

 

 

L'Absolu arraché au monde et à la nuit

comme une révérence à l'instant

une offrande posée entre nos mains intranquilles

 

 

Hissé par le poème (un peu) au-dessus du monde

 

 

Encore si peu affranchi de la mémoire et du temps

 

 

Le poids de l'encre

à travers le geste de celui

qui s'est laissé traverser par la vie

projetant son âme sur la feuille

en même temps que le monde et les mots

 

 

Au milieu des reflets et des remous

La parole et la main essayant d'échapper aux lois du monde

offrant à la ronde un peu de tendresse et de clarté

quelques signes, peut-être, d'espérance

 

 

Le cœur tourné vers l'indéchiffrable qui habite nos profondeurs

 

 

Au plus près de l'expérience intime du monde

 

 

L'esprit drapé de peines et de questions

cherchant le rire et la lumière

un peu de réconfort au cœur de la nuit

 

 

Au creux des mains

Au fond des yeux

ce feu rougeoyant

qui façonne la boue

bâtit des murs

agrandit le territoire

pour essayer d'échapper

au destin de l'homme

 

 

Entre les rives

passant et repassant

 

 

Une rencontre entre l'âme et le monde

la condition nécessaire pour que naisse le poème

 

 

Un peu partout

cette danse vertigineuse

entre l'esprit et le monde

 

 

Un peu de lumière

au fond des yeux

au fond du cœur

suffisamment pour vivre dans l'obscurité

mais pas assez, sans doute, pour s'en rendre compte

 

 

Et cette insensibilité qui a tout conquis

jusqu'au tréfonds des âmes

 

Ce qui nous hante

la nuit, l'Amour, le mystère

ce qui peu à peu nous avale

et nous fait disparaître

 

 

Au fond de soi

comme une porte qui déboucherait sur le secret

 

 

Les yeux rongés par le désir

ravivant les ambitions

recouvrant tous les autres élans

contaminant l'âme et la main

répandant partout sa nuit et sa hâte (son fol empressement)

 

 

Ici

sans insistance

 

 

Au-delà du langage

Au voisinage du silence déjà

 

 

A l'origine du rêve

le ciel

ou le vent peut-être

 

 

Le regard qui glisse

loin jusqu'à l'horizon

jusqu'au ciel

et au-delà

 

 

Au fond de l'encre

L'âme, la terre, le ciel

Et encore un peu de rêve

 

 

Enjambés le sommeil et l'absence

sur l'autre versant de la parole

là où le poème s'étire entre le geste et la danse

 

 

Tout à soustraire

jusqu'à la plus parfaite nudité

 

 

Par-delà les mots et les images

Par-delà le monde et l'horizon

Par-delà même le ciel

En ce lieu où il n'y a plus de différence entre les choses

 

 

L'âme et le monde piégés

par tant de chiffres et d'images

par tant d'étoiles et d'écrans

par tant de gestes et de paroles obscurs

 

 

L'ignorance et la bêtise vissées au creux de la main

quelque chose des ténèbres

que Dieu a permis

et que l'homme a inventé

 

 

Le regard à même le cœur

avec de vieux désirs éparpillés autour de soi

et les mains serrées contre le chagrin et la joie

 

 

Hors des cercles d'orgueil

après une attente sans fin

au milieu des destins rabougris

 

 

Au même endroit que la veille

au même endroit que la faim

le désir de lumière

 

 

A même le chemin

A même les pas

ce que nous retiendrons de la terre

 

 

Perché plus haut

au-delà des images

quelque part entre le poème et l'oubli

 

Et la danse, elle aussi, hissée au-dessus du mystère

 

 

L'âme penchée au-dessus du vertige

contemplant les larmes de celui

qui témoigne de la folie de ce monde

 

 

Jongler avec la danse du monde, la légèreté de l'âme et l'épaisseur des mots

Peut-être est-ce cela le travail du poète...

 

 

Parmi les cris, les ombres et le sang

parmi les miroirs, les rires et les reflets

saluant la foule d'un doigt d'honneur

 

 

Au-delà du monde

Au-delà de l'abîme

Au-delà de l'exil

 

De plus en plus loin des cercles

de plus en plus près du centre

 

Et qu'importe puisque le mystère

et la joie sont partout

 

 

Par-dessus les murs et l'espoir

là où le destin s'affranchit des hommes

et de l'esprit humain

quelque chose de tendre et de discret

quelque chose d'anonyme

au milieu de mille soleils

au cœur du plus intime

l'expérience de la liberté

 

 

Un monde miraculeux

malgré le bruit des chaînes

et le nombre de fenêtres fermées

 

 

Ce qui demeure

en dépit des ombres

en dépit de la fugacité des vies

ce qu'il nous faut de lumière

 

 

L'âme

comme étrangère au monde

proche de l'enfance et de l'oubli

au-dessus de ce qui est mortel

au cœur d'un pays ignoré

 

 

Le cœur simple et lumineux

comme si quelque chose brillait à l'intérieur

comme si quelque chose se souvenait du savoir ancestral

et se fichait des hommes et des noms qu'ils donnent à Dieu

 

 

Par-delà le front et la terre infamante

Par-delà les mornes prairies

où s'agglutinent les hommes

le cœur posé entre l'arbre et le soleil

Seul – si seul – au milieu de ces tristes contrées

 

 

Là où s'efface le temps

quelque chose du vent et de l'évidence

 

 

Par-delà les signes et la terre

l'esprit curieux qui part à l'aventure

 

 

L'envergure insaisissable de l'esprit

 

 

Au cœur de cercles étranges

là où la lune côtoie les brins d'herbe et l'eau de la rivière

là où les bêtes saluent les pierres et les étoiles

là où l'homme se réconcilie avec l'âme du monde

dans la compagnie de toutes ces combinaisons admirables et insensées

 

 

A force de souffle et de lumière

l'éternelle surgie du monde

sans intention ; sans ambition

apparaissant sans autre raison que le vertige

 

 

Un sourire au loin

Une étoile peut-être

qui a cessé d'être

depuis bien longtemps

 

 

Le vent dans les feuillages

La nuit tombée déjà

Et la pluie qui danse

sur le toit

 

 

Quelque chose

comme un feu mortel

quelques flammes

quelques jours

Le cœur battant

 

 

Sous le regard de la mort

ces mains qui tremblent

ces mondes qui vacillent

comme des flammes fragiles

malgré notre attachement à la lumière

 

 

Au fond du sommeil

ces yeux apeurés

ces âmes perdues

et les jours qui passent

avec indifférence

 

 

L’œil et le ciel embrasés

par ce grand feu qui crépite

au fond de l'âme

et qui daigne parfois participer

aux danses de la terre

 

 

En échange de rien

simplement présent

 

 

Par-dessus l'abîme

à l'abri du temps

auprès de ceux qui dansent

avec le mystère

 

 

Là où le monde est une nuit

un naufrage

un rêve peut-être

un spectacle sans doute

où se heurtent toutes les solitudes

 

 

Le cœur silencieux

parmi les arbres et les pierres

sur ce chemin qui se perd dans le lointain

 

 

A l'affût de l'ensemble

cherchant à rejoindre

la grande communauté

 

 

Au fond du cœur

le ciel étreint

le ciel confiant

 

 

Sans plus savoir

où est la lumière

tant tout rayonne

jusqu'aux ombres qui offrent

le plus obscur de la tendresse

 

 

Détaché des visages

comme un flambeau

le cœur si près de la fête

si près de la danse

à mesure que s'intensifie la flamme

à mesure que s'envolent les cendres

 

 

Figure simple et enjouée

allant par les bois

insoucieuse des âmes perdues

et du sommeil

 

 

Le cœur inspiré

par les figures d'écorce et de bois

le souffle du vent

la course des nuages

et tous les seuils qu'il reste à franchir

 

 

Seul depuis si longtemps

que l'écume du monde

ses bruits, ses danses et ses aventures

n'ont plus guère d'incidence

sur la quiétude de l'âme

 

 

Ému (si ému) devant le merveilleux de ce monde

 

 

Le front discipliné

la main obéissante

heureux de se faire

les instruments du cœur

Et le cœur, le disciple diligent du ciel

 

 

Une voix dans la nuit

parmi les simples

abandonnant à l'ombre

ses mouvements et ses traces

transformant parfois les yeux ensommeillés

pour favoriser la tendresse et la terre

 

 

Le cœur converti en palimpseste

où le vent peut enfin écrire son œuvre

 

 

Comme une lumière indéfinissable

à travers les morsures et les pièges

 

 

Dans l'entrelacs des mondes

 

 

En ce lieu où l'Amour colore le cœur et les gestes quotidiens

 

 

Le sommeil couleur de suie

ruisselant dans le noir

distillant sa nuit

encerclant les âmes

et oppressant l'esprit

 

 

La lumière

sur la vie et la mort

sur le monde et le temps

effaçant les peurs et les commentaires

charriant avec elle la confiance et le vent

édifiant quelque chose au-dedans

 

 

Le cœur attaché au chant de l'oiseau

aux âmes qui peuplent les sous-bois

aux danses folles et secrètes

aux vents et aux rivages

à cette parcelle du monde

qui, pour l'instant, échappe

à la main de l'homme

 

 

Le cœur

outil trop souvent oublié de la langue

faisant comprendre d'un sourire – d'un geste discret

ce que l'âme a compris

 

 

Au cœur du royaume

sous des milliers d'étoiles

mille merveilles

et autant de lèvres impatientes de raconter

 

 

Une clarté sans image

comme des baisers et des bouquets de fleurs

au fond des yeux

un regard capable d'apaiser la soif

quelque chose d'assez mystérieux

 

 

Au-delà de la mort

le souffle

en dépit des apparences

et plus loin encore

quelque chose d'infini

 

 

Les yeux de l'Amour

posés sur l'âme et le monde

pour qu'ils puissent échapper à la nuit

 

 

Le cœur offert

si éloigné de l'idée de conquête

laissant apparaître l'âme, le jour, le monde

le mystère enveloppé de rêves

offrant aux oreilles attentives

quelques sourires et quelques secrets

 

 

Au cœur des mots

cette voix discrète

née du silence

offrant, peut-être, le plus précieux

 

 

Au carrefour des vents

L'âme joyeuse

entraînée par la danse des mondes

 

 

Au-delà des contrées humaines

au-delà du petit royaume terrestre

là où l'âme devient libre et souveraine

parfaitement adaptée aux péripéties du voyage

 

 

Le front contre l'aube

déchirant les mirages et l'écume

écartant les mains du rêve

jouant avec les ombres et le temps

 

 

Dans nos mains

les flammes et les cendres du monde

 

 

Au pays du rêve et de la lumière

là où tout se mêle au sommeil et à l'espérance

jusqu'au vent qui fouette les visages

jusqu'aux étoiles qui brillent au fond de la nuit

 

 

Quelque chose

tantôt la mort

tantôt l'inconnu

terrifiant l'âme

tétanisant l'esprit

exacerbant les ténèbres et l'angoisse

 

 

Comme en rêve

le monde

la vie

la mort

ce que l'on fait

ce que l'on sait

ce que l'on sent

tout ce que l'on expérimente

tout ce que l'on nous dit

 

 

Souffle et fumée

ce monde

rien qu'un peu d'air qui tourbillonne

 

 

A nous jeter dans l'enclos

refusant la liberté

pour un territoire circonscrit

pour une existence organisée

 

 

Le cœur indéfiniment jeté à terre et piétiné par les hommes

 

 

Personne

A la jointure des mondes

Seulement quelques figures curieuses

et deux ou trois âmes égarées

 

 

Si sûr de notre silence

au milieu de toutes ces bouches bavardes

 

 

Par-delà les servitudes du monde

le front encore plissé (pourtant) par d'anciens soucis

la pensée toujours aussi vagabonde

mais peu soucieux, à présent, de savoir où elle mène

contemplant en riant les sillons et les rivages

heureux d'expérimenter toutes les dimensions du voyage

 

 

Le poème dans sa robe de mots et de lumière

 

 

Incarner ce qui demeure

autant que le périssable

chanter le monde et le mystère

vivre de la plus intense des manières

 

 

Sur son lit de chair

le visage de la nuit

à la voix inaudible

aux mains tremblantes

recouvrant les joies et les âmes

et fermant les cœurs et les yeux

 

 

Au cœur du plus âpre

parmi les pierres et les hurlements

dans le froid et la nuit

au milieu des ombres qui dansent

un peu de lumière et de joie

 

 

Les figures simples

réunies autour du feu

s'approchant les unes des autres

silencieusement

pour célébrer le royaume

des morts et des vivants

 

 

Allant, allant

le cœur penché sur son labeur

si silencieusement

 

 

Des pierres

des rêves

et, pourtant, ici

quelque chose de l'infini

 

 

Entre les rêves et les flammes

comme si le ciel s'était retiré

comme si la vie devait forcément (nous) être fatale

comme si l'on devait sauter à pieds joints dans son destin

 

 

Franchi le seuil

au-delà du désir

soumis au vent qui tourne

et qui pousse vers ce que nous avons à vivre

 

 

Au plus près du silence

le chant de la forêt

comme la confidence du monde

que tous, en ces terres, entendent

 

 

Suspendu aux rêves des bêtes

le cœur si aimant

la tête penchée

pour suivre les pas

de nos illustres devanciers

 

 

Le cœur scellé dans la terre

abreuvé de mirages et de spectacles

avec au fond de l'âme

et sous les pas

ce qu'il faut de nuit

pour continuer d'aller aveuglément

 

 

Longtemps sur la même pierre ; trop longtemps peut-être...

 

 

Sous la lampe

la page quotidienne

qui témoigne des aspirations et des états de l'âme

autant que des pas et des jours qui passent

 

 

Passant de monde en monde

les yeux fermés

l'âme entre les rives

avec, parfois, la joie par-dessus

 

 

Sans autre preuve

ni d'autre appui

que soi

 

 

Sous un ciel désert et silencieux

la multitude bavarde et affairée

 

 

Sous la même lumière

et au fond de la même nuit

ce qui demeure

et ce qui finit

les yeux fermés

et les yeux ouverts

tous les états de la conscience et du monde

 

 

Sans hâte

entre le rêve et le pays des morts

par le seul passage possible

 

 

L'esprit de l'homme

infatigablement

penché sur ses peines

 

 

Au milieu des rêves du monde

comme une halte sous les étoiles

une danse dans un cercle clos

 

 

La vie à même la roche et la poussière

Le front si peu enclin à chercher la lumière

 

 

Un cœur à tout faire

agissant (presque toujours) en secret

 

 

Nous reconnaissant

malgré nos yeux aveugles

 

 

En vain

ces efforts et ce labeur

comme si seule comptait l’œuvre du vent

 

 

De légende en légende

d'illusion en illusion

sans jamais trouver la lumière

comme si nul ne pouvait

échapper au sommeil

 

 

Sans le cœur

il n'y a de chemin

Seulement des pas qui s'enchaînent

 

 

Par des chemins hors du temps

loin de l'esprit de raison

loin des livres et des voies toutes tracées

l'esprit affranchi des lumières factices

enjambant les pièges

et contournant les âmes endormies

qui patientent au fond du gouffre des jours

saison après saison

 

 

Miroir sans doute de notre insomnie

ces pages arrachées à la terre

offrant aux paysages lacunaires des hommes

un regard dédié au voyage

et assez de lumière peut-être

pour initier (chez certains) un sursaut de l'esprit

 

 

Loin de cette fièvre endiablée

où l'on s'enchaîne depuis si longtemps

au même sommeil

rivage après rivage

sillon après sillon

sans jamais rien découvrir

 

 

Le monde laissé à la fantaisie

de ceux qui négligent la lumière et l'esprit

 

 

Parmi les cimes ombragées

le cœur posé entre la pierre et le ciel

à l'exacte place de l'homme

 

 

Si loin des reflets

là où les mots effleurent le silence

là où le cœur transforme le rêve

là où la lumière est scellée dans la terre

là où le monde redevient le monde

 

 

Ce qui se dit

Ce qui s'écrit

les mille états du monde, de l'âme et de l'esprit

 

 

Rien que la tendresse et des larmes de joie

comme aux premiers jours de l'enfance

 

 

Pieds nus sur la pierre

loin des bruits

et des douleurs du monde

là ; sans la moindre espérance

au plus près du sauvage

sans autre témoins

que le ciel et les étoiles

 

 

La vie ? Le monde ?

Ce que nous faisons ?

Rien qu'un peu de paille

Et des rêves qui nous emportent

 

 

Le regard et la parole sans filtre

au plus près du cœur sensible

dédiés à la tendresse et au partage

 

 

La danse dérisoire de l'écume

si réelle en apparence

moins que vraie

pas plus qu'un rêve

à l'heure de la transparence

 

 

Au chaos du dehors

au désordre du dedans

l'âme (presque) toujours qui consent

 

 

En ce lieu que l'on nomme le ciel

 

 

Des brassées de rien

Des brassées de vent

Ce que l'on nous offre

Et ce que nous offrons

 

 

La main de Dieu dans la nôtre

si réelle, si palpable, si vivante

 

 

Au plus haut de la raison

Là où l'esprit devient le cœur

 

 

A l'ombre de ce qui demeure

tous les chemins

 

 

L'infini dans la paume de la main

 

 

Dire comme disent les miroirs

sans autre visage

sans la nécessité des mots

 

 

Tout mélangé

comme partout où est la vie

 

 

Le poème à la pointe de l'écume

un peu au-dessus du monde

un peu au-dessus du chemin

 

 

Si péniblement parfois ce voyage

 

 

Pensif face à l’insaisissable source

comme si la vérité s'évaporait

aussitôt que l'esprit tentait de la saisir

comme si l'on nous retirait le tapis sous les pieds

pour nous inviter à habiter le vide

plutôt que l'idée du Divin

 

 

En ces lieux si terrestres

de la matière

des ornières

et mille rêves qui fleurissent

comme autant de manières maladroites

d'enjamber les malheurs

de se risquer à faire un (petit) pas de côté

 

 

Par la faille étroite de l'origine

tout ce qui est né

et nos mains vides à présent

 

 

L'étreinte après tant d'entailles

 

 

Sans plus rien amasser

s'offrir au monde

et jouer avec ce qu'il donne à vivre

 

 

L'épouvantable (et effrayante) faim de l'homme

à l'origine de presque toute son œuvre

 

 

Seul au cœur du monde

comme au cœur du poème

 

 

Allant ; allant

sans le souci de soi

 

 

Emporté comme les graines et les feuilles

au gré du vent

 

 

Ce qui s'écrit

comme l'eau qui coule

 

 

Fragments de terre, d'air, d'eau et de feu

grossièrement mélangés à un peu de lumière

 

 

Sous la dictée de la terre et du ciel

là où pousse la nécessité

 

 

Dans l'interminable et sombre cortège des vivants

de trop rares âmes rieuses (réellement – profondément – rieuses)

 

 

Le cœur si profondément sondé

outil du ciel et de l'étreinte

pour accepter de ne plus rien savoir

pour accepter de s'abandonner

aux exigences de l'âme et du monde

 

 

Le rêve planté dans la bêtise et la violence

déposé là sur un sol inconnu

au milieu des pierres, des bêtes et des visages

rivalisant (essayant de rivaliser)

avec la tendresse du Divin

 

 

Dans la fumée épaisse du monde et du temps

L'âme recouverte de poussière et de vent

Si joyeuse encore

 

 

Dans nos mains

la même ardeur

le même visage

et ce que le monde nous a offert

abandonnés

 

21 octobre 2025

Carnet n°321 Dans l'écume du mystère

Août 2025

Les yeux fermés de l'intérieur

 

 

Sous une avalanche de circonstances ordinaires

 

 

A travers l'épaisseur

La pointe du songe

 

 

Au milieu des cœurs hirsutes

A la résonance si proche du ventre

Sans un mot

L'âme tremblante

Et le reste figé sous la peau

 

 

Encore des signes vainement jetés vers le monde...

 

 

Ici ; sans être sûr de rien...

 

 

La nuit cadenassée

à hauteur des yeux

Et au-dessus

Et au-dedans

Peut-être la promesse d'une clé

 

 

A la pointe de la solitude

Le cœur en équilibre

 

 

Derrière la fièvre

La danse de l'âme

Le rire et la lumière

 

 

Assoupi parmi les pierres

le corps abandonné

 

 

Les mains vaguement en prière

Avec dans l’œil quelque chose de la lumière

 

 

Le cœur comme empalé par le chaos

incapable au milieu de ce monde

d'habiter la paix et le silence

 

 

La boue de l'homme

et ses éclaboussures sur le monde

et ses éclaboussures sur l'esprit

au point où le regard et le ciel parfois s'engrisaillent

 

 

Aveuglément

Nos petites aventures

Allant partout sans jamais fouiller là où il faudrait

 

 

La parole promue

un peu au-dessus de la langue

entre le poème et le silence

 

 

Au fond du temps

Derrière ces grilles infranchissables

A avancer péniblement entre le début et la fin

Cherchant vainement un chemin

Les Sisyphes des heures

 

 

[La posture de l'homme]

Les mains jointes devant soi

Comme si la vie était une aumône

Comme si la vie était une prière

 

 

[A la surface de l'être, de l'âme et du monde]

A peine effleurés

ce qui nous habite

ce que nous sommes

ce qui nous compose

 

 

Dans ce qui émerge de l'impénétrable

Quelque chose, peut-être, de la trahison

porteur d'une semence (presque toujours) infirme et dévoyée

 

 

La nuit encore

Et cette inclination à l'obscurité

Le cœur si étranger à la lumière

 

 

Dans le sillage du Seul

 

 

Essayant de nous réchauffer au faible feu de l'âme

 

 

Des feuilles et des forêts

Des mots et des pas

Un peu à l'écart du monde

 

 

Joyeux comme si le ciel était déjà en nous...

 

 

Les portes de l'âme grandes ouvertes...

 

 

A l'intérieur même de la lumière

ce qui tient lieu de vérité

 

 

A voir la course du monde comme une longue dérive désastreuse

 

 

En nous, quelque chose qui se plie à toutes les exigences

 

 

La tête épaissie par la consistance du rêve

 

 

Les mots bousculés par les remous du silence

 

 

Ce qu'il nous faudra, un jour, payer ; l'incroyable persistance de notre aveuglement

 

 

En nous, une autre lumière que celle du dehors

 

 

Comme par magie

ce que l'esprit dissimule

et ce qu'il fait apparaître

 

 

Au chevet du monde

Là où l'Homme passe, s'enfuit ou se désengage

Le cœur, l'esprit et le corps solidaires (jusqu'aux limites du possible)

 

 

Du ciel incrusté

jusque dans les pas les plus lourds

 

 

Nos vies ; un amas de branchages que la joie embrase

 

 

Sans rien trahir de l'origine ; le déploiement

 

 

De la nuit encore

A l'intérieur du secret

A la lumière de ce qui voit

 

 

En soi ; ce lieu où tout se passe

 

 

Le cœur, la tête et les mains vides qui, en un instant, s'emplissent du monde et qui, l'instant suivant, déposent sur la page ce qui les a traversés, ce qui les a nourris, froissés ou émerveillés...

 

 

A pas pesant parfois

Allant de par le monde avec cette foulée si humaine

 

 

Sous la mémoire

ce qui échappe aux éboulis du temps

 

 

Rien que de l'extraordinaire sous les yeux, au fond de l'âme, au cœur du monde, derrière les visages et les choses

 

 

Dire parfois ce qui nous émerveille

Et d'autres fois ce qui nous meurtrit

 

 

Si serré contre soi ; le monde

 

 

Comme condamné(s) au dehors ; sans le moindre ailleurs

Le cœur sans doute trop lâche et trop étroit pour explorer d'autres routes

 

 

Au bout du cri et du murmure ; le même silence ; antérieur et postérieur à toute expression ; et, si l'on est attentif, présent aussi dans ce qui se dit

 

 

Plongé(s) au cœur d'une nuit si profonde alors que tout flotte comme un rêve... Le monde, notre monde, l'existence, notre existence, l'histoire, toutes les histoires...

 

 

Ce qui danse devant nous

Comme si tout (enfin) commençait à vivre...

 

 

De l'autre côté de l'attente

Dans l'arrière-pays du silence

Là où tout danse au milieu du jour

 

 

A travers les mots

L'exploration de cette immensité si peuplée

La découverte des souffles de la trame

La multitude errante et dérivante

Tout ce qui invite au voyage

 

 

Au plus près de la lumière ; cet Amour sans résistance

 

 

Si bleue ; la danse

Comme si le ciel tournait dans nos bras

Comme si la terre devenait (enfin) un lieu à vivre

 

 

Derrière le saccage

L'enfance décimée

Le cœur dévasté

Et derrière le masque

le visage de l'homme

Et sous les apparences

ce que la terre et le ciel ont dicté

 

 

A travers le vent ; le passage

Du sol au ciel en un instant

 

 

Le cœur raviné par la furie des malheurs qui dévalent les pentes du monde

 

 

Essayer de dire le silence et l'infini

Tenter de transformer la parole en geste

et le texte en présence

et les offrir

comme si l'on voulait abolir les frontières

Voilà l'enjeu de ce qui s'écrit ici

 

 

Les yeux baissés

sur le monde

tantôt par honte

tantôt par pudeur

 

 

En ce monde où tout s'enchaîne

Les circonstances, les corps et les âmes

 

 

Au plus haut de la tendresse

l'obscurité embrassée

 

 

Le cœur hissé au-dessus de ce qui blesse

 

 

A travers la fatigue et le temps

Allant encore...

 

 

Si près de ce qui émerge

qu'il n'y a plus de différence

entre soi et le monde

entre l'âme et le sang

 

 

Des éclats de lumière

à travers l'épaisseur des mots

comme si quelque chose scintillait sous la langue

 

 

Sous la douleur

le renversement de l'âme

et le dévoilement progressif du mystère

 

 

La vie depuis toujours

La vie à jamais

 

 

La parole éruptive

comme deux mains jaillissant

de l'épaisseur du monde

de la pâte du temps

 

 

Le cœur renversé

énigmatique

sur son socle bancal

laissant entrevoir la pente et la chute à venir

à travers le sang qui coule

et édifiant déjà sa ruine

comme un triomphe

 

 

Au plus près du vivre ; la parole

offrant à l'existence une humble tribune

comme s'il (nous) fallait davantage que des gestes

 

 

L'encre restituant inlassablement l’œuvre de l'âme et du monde

 

 

Là où le temps faiblit

devient une faille

l'instant tente de s'extirper de sa gangue continue

pour se hisser sur la pierre

et au fond de l'âme

afin que cesse le rêve

et que soit célébré l'éternel

 

 

« Travaillé(s) » inlassablement par le mystère

 

 

Enchevêtrés

le minuscule et l'immensité

au fond de l'âme comme au cœur du monde

 

 

Le cœur effacé dans l'équation du rêve

comme si l'on voulait nous voler l'innocence

comme si l'on voulait remplacer le ciel et la lumière

par une épaisseur impénétrable

 

 

La faim, la semence et le meurtre

sans alternative

depuis que le monde est monde

 

 

Au terme du voyage

Au commencement de la danse

En ces lieux où l'on se moque des figures, du rythme et des pas

En ces lieux où la sauvagerie côtoie la plus haute intelligence

En ces lieux où la seule clé est le sourire et la joie de l'âme

 

 

Ici

sans mot dire

Le silence scellé au fond du cœur

 

 

Les livres ; ces si précieux amis...

 

 

Un écart à peine

sépare la danse du poème

la bête de l'homme

la terre du ciel

l'idiot du sage

C'est à partir d'une origine commune

que le monde s'est diversifié

et c'est grâce à cet infime décalage

que l'on peut distinguer ce qui a été engendré

 

 

De plus en plus proche des bêtes

Le cœur de plus en plus sauvage

 

 

Si tendre

ce regard sur le monde

 

 

La parole sylvestre

comme si la sève avait remplacé l'encre sur l'écorce blanche

 

 

Le cœur dévasté par le désastre

L'âme si noire à force de malheurs

 

 

La terre dévastée par le passage de l'homme

Ce que nous dit l’œil de la bête, le cœur des plantes, l'âme du monde

Cette célébration partout de la mort au profit d'une seule espèce

Ces génocides sans résistance ; presque sans voix pour s'indigner

Ce qui blesse – et attriste – ce qu'il y a de plus sensible en nous

 

 

Le cœur morcelé

à force de piétinement

malgré la beauté des choses et l'amitié du monde

 

 

Par-delà l'abondance et les excès

ce qui, en nous, aspire aux joies de la frugalité

sur cette terre où les ressources sont limitées

sur cette terre où piller est un sacrilège

 

 

Le cœur plein d'ombres et d'images

 

 

Quelque part

sur les décombres du monde

Sous cette lumière sombre

qui donne à la langue sa couleur

 

 

La parole tremblante

encerclée par les illusions du monde

usée par les usages prosaïques

cherchant un trou dans le miroir

une faille dans les reflets

Une trouée dans la nuit

pour témoigner de la beauté du réel

 

 

Lieu de vie et du voyage

Et socle du langage

Cette âme tachée d'encre et de monde

 

 

Expressément

L'Amour ou le massacre

selon la trajectoire de la lumière

 

 

Encore si près du sommeil

l'esprit et le monde de l'homme

comme privés de lumière et de sensibilité

 

 

A la verticale du plus vétuste

ce qui nous attend

 

 

Le sacré au milieu des larmes

 

 

Au fond de la nuit

Sous les étoiles

Nos malheurs comme amplifiés

 

 

De la même couleur que la nuit

Ce que nous élaborons pour tenter d'y échapper

 

 

Sur cette pierre un peu âpre

Le goût d'autre chose

et, peut-être, le plus inexorable

 

 

L'échine fuyante

sous les coups et les malheurs

 

 

Sans jamais rien atteindre

Le cœur comme empêché

Le doigt pourtant pointé vers la lune

Le bras pourtant tendu vers l'horizon

A courir en vain jusqu'au ciel

Ainsi trop souvent vivent les hommes

 

 

Sous la lune

L'âme aussi tremblante que les frondaisons

Le séant sur la pierre blanche

où se reflètent quelques étoiles

Le cœur absorbé par l'immensité nocturne

 

 

Matin d'herbe fraîche et de rosée

Matin encore empli de rêve et de nuit

alors que le soleil apparaît à l'horizon

 

 

C'est au fond du cœur que s'invente une joie affranchie des circonstances

 

 

Comme au dernier soir du monde

Le cœur en cendres

Les larmes qui coulent sur la joue, sur la pierre et le sang séché

A la manière d'une âme encore pleine d’innocence

 

 

Sans rien céder aux critiques, aux menaces, aux hurlements

Sur le socle mouvant du monde

Le soleil entre les mains

 

 

La courbure mystérieuse des destins

Et son lot de surprises

Pas à pas sur le chemin

 

 

Jetant tout dans le feu du silence

 

 

L’œil si vif qu'il pénètre le réel jusqu'à l'essence

 

 

Inavouable parfois

ce qui s'écoule du fond du cœur

 

 

Là où est le feu et la folie

Au cœur de la trame

comme au fond des yeux

 

 

Le Dieu céruléen

dépourvu d'images et de sang

sans croix ni couronne

Juste le cœur, l'infini et la lumière

 

 

A marcher là où le silence a laissé quelques traces...

 

 

Le désarroi du cœur parfois

devant l'impuissance de la parole

 

 

A se plaindre du temps passé et du lieu d'où l'on vient

A s'inquiéter du temps à venir et du lieu où l'on va

(Presque) sans jamais se soucier de l'instant que l'on vit et du lieu où l'on est

 

 

Dissoute l'obscurité

A l'instant où frappe la lumière

De la même manière que l'homme s'éclipse

lorsque apparaît le Divin

 

 

Depuis l'origine

Allant aussi loin que possible

puis retournant vers elle

Le destin de tout ce qui existe

 

 

Le cœur trempé dans tant de poèmes

que, dans les veines, l'encre et le rêve

ont remplacé le sang

 

 

Sans que nul ne sache

ce qui peut advenir

au cœur de la disparition

 

 

La danse de l'âme

entre la pierre et le ciel

sous le regard indifférent des astres

 

 

Au-delà des mots ; le souffle

Quelque chose de l'enjambement

Un allant ; une manière de s'élancer ;

de sauter par la fenêtre du réel ;

de s'offrir un grand plongeon

dans l'immensité

 

 

Le cœur

Au bord du précipice

A la frontière de la démesure

Porteur peut-être des tout derniers éclats de l'homme

 

 

L'invisible teinté du sang que nous faisons couler ;

et drapé de tous les linceuls du monde

 

 

Là où l'illusion n'est plus qu'un voile en lambeaux

qui ne sépare plus l'obscurité de la lumière

ni ce qui est vu de celui qui voit

 

 

Derrière l'illusion (cet enchevêtrement d'images)

le réel intact

 

 

Au pied du monde

Ce que les âmes ont abandonné

 

 

Achevé le temps du Dieu du dehors

 

 

Les yeux grands ouverts sur le sommeil du monde

 

 

Le bol tendu devant l’œil qui passe et la main indifférente

Mais sous un ciel qui a vu et qui offre son assentiment

en faisant tomber un peu d'or dans notre sébile

 

 

Sans jamais en avoir l'air

Le plus nécessaire

et le plus précieux

 

 

Derrière la mosaïque de figures

Le même visage

Derrière la fragilité et la finitude

La puissance et l'éternité

Derrière l'effervescence et le bruit

Le silence et la tranquillité

Cet incroyable mystère que nous sommes

 

 

Poème où tout est tissé de monde et de Divin

où tout se mêle à la douleur et au merveilleux

 

 

Qu'importe la mémoire

La parole aussi neuve et innocente

que l'esprit et l'âme en sont capables

 

 

Cette étrange poussière qui flotte devant l’œil qui donne au monde une allure de rêve

Comme si tout était recouvert d'un voile pulvérulent

 

 

L’œil témoin du ciel et du monde

des élans et des tentatives

des drames et des mascarades

de toutes les simagrées

de toutes les cécités

 

 

Par-delà les figurants et les assemblages

Le mystère

Et les questions (toutes les questions) de l'homme

Et l'écoute nécessaire pour résoudre toutes les énigmes

et percer tous les secrets

 

 

Une légère traînée de poussière derrière nos pas

ce que récoltera le monde après notre passage

Et pas davantage

 

 

Par-dessus les ornements

Le déploiement de la parole

Piétinant les rêves et le superflu

Pointant l'essentiel pour les âmes

 

 

Le bleu de l'enfance

faisant fi des désirs et des crimes

comme hissé à la pointe d'une hampe

et devenant, malgré lui, l'étendard des âmes innocentes

 

 

La lumière impliquée clandestinement

dans la boue et les légendes du monde

accompagnant même la bêtise hargneuse des foules

et l'aveuglement des assassins

S'investissant dans le dessein des civilisations

pour donner aux vies obscures

un peu de perspective et de clarté

 

Exilé du monde et de la page

L'âme et l'encre vagabondes

 

 

Hors de l'échiquier du monde

 

 

Une vie à la dérobée

dans les interstices et les marges

 

 

Le cœur écarté

comme si seule la fable comptait

comme si l'histoire avait plus de poids que le silence

comme si la nécessité empêchait de voir le bleu du monde

 

 

L'âme forgée par les épreuves

 

 

Le cœur mille fois écarté

pour survivre aux péripéties du voyage

 

 

La tête parfois plus proche de l'écume que de l'énigme

 

 

Autour du bleu

Le silence

L'âme sans âge qui danse

Les mots ciselés par l'expérience

Le chemin à travers l'obscurité

 

 

Sous les auspices du vent et de la solitude ; le voyage

 

 

Comme une très ancienne parole née, peut-être, du premier souffle

 

 

Tant de portes au fond du regard

et qui débouchent sur l'espace du cœur

cette immensité qui se prolonge

jusqu'aux plus lointaines périphéries du monde

 

 

Allant entre le sourire et l’effritement

dans cet intervalle terrestre

où tout finit par nous fausser compagnie

où tout finit par rencontrer la lumière

 

 

La porte de la chambre ouverte sur la forêt ;

sur les arbres, le ciel, les collines et l’horizon

Près du gîte des bêtes

Les yeux posés sur le vivant

Aux lisières du royaume sauvage

Le temps d'une nuit

Le temps d'une vie

 

 

La mort écartée d'un geste respectueux

Le regard posé au-delà des apparences

Aux confins du plus étrange

Là où le réel perd son déguisement

 

 

Par-delà la rudesse et l'indifférence

Le monde posé au-dedans du regard

qui échappe aux âmes trop peu tremblantes

et aux esprits trop engourdis

 

 

Entre les mains

Le cœur vivant

L'âme du monde

La pointe du rêve

Mille possibles

 

 

La souillure hissée

jusqu'au faîte de l'âme

Sans doute l'un des pires sortilèges

 

 

Le bleu répudié au profit du rêve

 

 

La peur enfilée comme un déguisement tenace

 

 

Dans la paume

Des lignes et un chemin

La vie ; la mort

Peut-être un destin

 

 

Nous écartant de la longue file

Allant là où il n'y a ni pair ni trace

 

 

Le cœur animal

Si proche du mystère

Libre et vulnérable

Sous ce ciel de neige

Cherchant une âme

peut-être un visage

un peu de chair

ou un abri

Arpentant indéfiniment

le monde sauvage

 

 

Accolé aux cendres

Accolé au temps

Parcourant le ciel et la terre

A la recherche de l'origine du monde

 

 

Le souffle précurseur

Explorant les mondes

S'insinuant partout

Vigoureux

Endurant

Indestructible

 

 

L’œil dénudé

comme l'âme et la chair

Allant sans charge

A travers le pays des hommes et de la langue

 

 

Entre les extrémités du temps

ne connaissant que trop la variabilité de l'âme

et la grande diversité des états

zigzaguant entre toujours et jamais

 

 

Des rêves sans couleur

des signes en noir et blanc

comme une étrange calligraphie

au fond de l'âme

quelque chose de l'absence

Aussi beaux que les paysages abrupts et pentus du cœur

 

 

A travers l'innocence

La seule étreinte possible

 

 

A la suite de cette longue filiation ;

quelques souffles, quelques signes, quelques pas

 

 

Là où la langue est un soleil

Entre les lèvres de celui qui parle

Le mystère et les mots tressés ensemble

comme le silence et la lumière

 

 

Au-delà du voyage

et des seuils franchis

L'itinéraire intérieur

déjouant toutes les chausse-trapes

du désir et de la mémoire

offrant à l'esprit le plus beau des promontoires

 

 

Dans la courbure naturelle du monde

La vie

Et le bleu-remède

Ce qui n'a de nom

qui illumine la danse et les pas

et qui donne à l'écart

le vertige des premières fois

 

 

Où que l'on soit

La possibilité du retour et du recommencement

 

 

Le cœur parfait

appuyé sur le vent

ouvert aux choses de la terre et du ciel

prompt à se prêter à tous les jeux

allant indifféremment vers le saccage ou la préservation

obéissant à l'Amour et aux exigences des situations

 

 

Le rêve enroulé autour du cou jusqu'à la suffocation...

 

 

Le geste arraché à l'absence

Si proche de l'invisible

Mêlant l'âme à toutes les choses de ce monde

 

 

Le ciel à genoux

devant tant d'ignorance, de maladresse et de sang

 

 

Faisant peu à peu glisser les choses hors de soi

jusqu'au parfait détachement

 

 

A travers les mots ; à travers la voix – c'est l'âme toute entière que l'on entend

 

 

Cet espace au fond du cœur qui – bien mieux que la tête – peut approcher la vérité

 

 

Auprès des arbres et de la lumière

Sans maître, sans croyance, sans vérité

Entre la pierre et l'infini

 

 

Au faîte de l'absence ; là où tout s'inverse et se révèle

 

 

A même la chair ; l'aventure

L'esprit engagé dans l'expérience

 

 

A partir du feu et du souffle

Le déploiement de la vie

Les pas bridés par le possible ;

rencontrant (inévitablement) les limites de la matière

 

 

Nous frayant un chemin

au milieu des vents

Allant ; allant

l'âme et la chair se frottant

aux aspérités du monde

 

 

Le cœur humide

Et le langage engagé dans l'expérience sensible

entre la roche et la feuille

entre le feutre et l'étoile

La parole aussi vivante que l'âme

 

 

Le réel mêlant l'infini et le monde ;

l'invisible et la matière

Le dicible et l'ineffable

sur fond de silence et de prière

 

 

Aux mains du réel

L'âme envoûtée

par la couleur des choses

et les textures du monde

 

 

D'une enfance à l'autre

sans jamais grandir

 

 

Au fond du cœur

Le plus précieux de l'enfance

 

 

Vivant

parfois à la manière des nuages qui traversent le ciel

parfois à la manière du ciel qui voit défiler les nuages

 

 

De l'autre côté du muret de pierre

L'envers de la fable

La face lumineuse du monde

 

 

Par-dessus le faîte

La vie vraie

et la lumière qui s'offre

au cœur arrivé au terme de son apprentissage

 

 

Par-delà les rives et les horizons

Par-delà la course folle des hommes

Par-delà ce que perçoivent les vigies

Par-delà les mythes et les fables

Sifflant dans le vent

Le cœur posé sur la grève déserte

L'esprit de celui qui regarde au loin

Et son inénarrable aventure vers l'invisible

qui règne sur les âmes de ce monde

 

 

Le cœur battant

A force d'épreuves et de voyages

A force de tours et de découvertes

Lancé dans le chenal des conquérants

Si obstinément

Loin des foules et des arènes

Jetant toutes ses forces

dans l'exploration du moins connu

 

 

La main de l'aube

Et la main du temps

Si serrées dans les nôtres

 

 

Le cœur sous les nuages

Au milieu des fleurs fanées

Entonnant une prière pour les vivants

 

 

L'infini s'insinuant

à travers les plaies de la chair

et les peines de l'âme

partout où règne la douleur

 

 

Sur cette ligne infinie

tant d'âmes se sont posées

ont cheminé avant et avec nous

accompagnant nos découvertes et nos pas

 

 

Dieu derrière nos yeux fermés

dans notre main tendue

dans notre poing brandi

partout où nous avons essayé de le remplacer

 

 

Dire l'homme, l'âme et le monde

 

 

Le geste

Le ciel

Et le poème

 

 

S'asseoir sous les frondaisons

et ressentir ; et regarder la vie

 

 

Pas après pas

Page après page

Sur le même chemin

 

 

Des mots

Parfois comme une caresse

Parfois comme un cri

Parfois comme une secousse

 

 

Seul le vent décide de la direction

L'âme, elle, se laisse mener

 

 

Face au poème

L'âme ravie

Et le cœur incliné

 

 

Ce qu'est chacun

exactement ce qu'il faut

 

 

Le cœur parfois aussi blanc que la neige

 

 

Face au ciel

Face au monde

Face aux hommes

Le même regard libre

mais le cœur attaché

 

 

Fidèle au jour

Fidèle au monde

Et à l'écart nécessaire

 

 

Au cœur même du jeu et de la trame

 

 

Au milieu de l'abondance et de la frivolité

Quelque chose de l'ascétisme et du dépouillement

 

 

Une parole où tout est emmêlé

Quelque chose de l'âme et de l'infini

Des bribes de monde

Et des fragments de silence

Un élan irrépressible vers l'invisible

 

 

Passager provisoire d'un monde précaire

Allant comme vont les bateaux, le vent et les étoiles

 

 

Sous la blessure invisible

Le soleil promis

Et l’œil encore humide

 

 

Au fond de la blessure

Quelque chose de la joie silencieuse

Une manière de sourire et d'être présent au monde

qui révèle l'état le plus secret de l'âme

 

 

Le cœur fripé

à force d'avarice

à force d'étroitesse

à force de repli

 

 

L'état du ciel

et l'état du cœur

après l'orage

 

 

A tâtons

dans l'obscurité

Le cœur qui cherche

 

 

Dans les tremblements de la chair

et les battements du cœur

Ce que révèle la rencontre

 

 

Le cœur étendu

sur sa terre originelle

Revenu d'exil

sans cérémonie

retrouvant intact son royaume

aussi seul aujourd'hui qu'autrefois

 

 

Si solitaire

celui qui va

explorer le monde

arpenter le dedans

ne supportant que Dieu pour compagnie

allant sans attache

sans jamais se contenter de l'horizon

 

 

L'aube au sortir du sommeil

Cette lumière rêvée

Cette lumière tant espérée

comme une cathédrale

après tant de songes et de prières

 

 

Seul dans la vastitude du monde

le cœur au-dehors

accroché à l'âme

qui surplombe le sommeil

qui enjambe la fièvre

qui arpente l'autre versant de la nuit

 

 

A voyager léger

et sans assistance

au gré des vents et des étoiles

 

 

Accueillant tout ce qui s'invite

ne laissant rien à la porte de l'âme

et qu'importe que le cœur ou la chair

soit caressé(e) ou meurtri(e)

 

 

Le geste

A la manière d'une calligraphie

Quelques traits invisibles

dessinés depuis les profondeurs de l'âme

 

 

Le cœur si serré par l'inoubliable

 

 

Au milieu des astres éparpillés

Au milieu des visages dispersés

La même énigme

 

 

Entre Dieu et l'homme

la distance nécessaire

à la découverte du mystère et des origines

 

 

En ce monde

où tout est si parfaitement divers

si parfaitement ajusté au reste

avant que l'homme ne saccage la terre et le vivant

et prépare (malgré lui) une ère nouvelle

où tout deviendra synthétique et immatériel

et où l'on vivra sous le règne

de la similitude, de l'interchangeabilité et du remplacement

 

 

Abandonné(s) à la vie

à la mort

au monde

et aux circonstances

comme un brin de paille

porté par le vent

 

 

Rien qu'un nom

pour croire en son devenir

en son déploiement

Sous les yeux de ceux qui ignorent

 

 

Emporté jusqu'à cette rive

où rien ne peut être bâti

aussi vide qu'essentielle

et que nul ne peut faire sienne

 

 

Le cœur porté par le voyage

jusqu'au point de retournement

 

 

Sur la terre

Sous le ciel

Au bord de l'énigme

 

 

Au-delà des fables, des possibles, du hasard

Ce qui, de loin, ressemble à une chute

Et, de près, à un envol

Et, de l'intérieur, à une délivrance

Quelque chose qui a le goût de la vérité

 

 

Coincée sous le sommeil, un peu de lumière

 

 

Toutes les choses

Tous les êtres

Tous les états

L'âme, la vie, le monde, le temps, la mort

Parfaitement réversibles

 

 

Sans raison

La vie qui danse

 

 

La nuit

Et le sommeil des hommes

Identiques depuis le premier jour du monde

 

 

Dans la compagnie d'un Dieu silencieux et sans préférence

 

 

Au cœur du destin

La ronde des visages

Mille détours et mille chemins

Sous un ciel sans consigne

Ce que l'homme – en général – relègue à l'obscurité

 

 

Vers le silence et la joie

Bien plus que ce qu'il y a à en dire...

 

 

Auprès de ceux qui n'ont ni rite ni croyance

L'âme au cœur de l'incertitude

La vie sans socle

Allant comme la fumée et les nuages

Sur ce chemin étrange

où rien ne peut survivre

 

 

Sans rien atteindre

Sans rien réussir

A patauger dans l'indécence et l’obscénité

Et ne trouvant rien qu'un gisement d'excréments

 

 

Aux premières heures du jour

Le plus clair du monde

La terre dans ses habits de lumière

Et cette joie si vive

Et ce regard si innocent

 

 

Au cœur de cette étrange géographie du langage

où le silence tient une place si centrale

 

 

La gorge sèche

à force de mots

à force de joie

 

 

Sous la magie des rayons du soleil

qui transpercent les sous-bois

donnant au monde

cette étrange atmosphère des premières fois

 

 

Agenouillé

devant les visages du monde

comme devant un paysage de sable

si fragile – si provisoire

qui sera bientôt emporté par le vent

et la main de Dieu

avec un sourire au fond de l'âme

 

 

Si vaste cette nuit

presque autant que le ciel et le mystère

 

 

Sur cette route étrange qui mène au silence

 

 

Encore dans l'écume du mystère

 

 

Au bord de l'oubli

Ce qui s'exhibe si humblement

 

 

Au-delà du cœur

Au-delà du temps

Ce qui échappe (si adroitement)

aux aléas de l'existence,

à l'hostilité du monde

et aux griffes inévitables de la mort

 

 

Le cœur affranchi des transactions

Le regard vaste et libre

La preuve qu'une alternative

est possible en ce monde

 

 

Quelque chose de vague

peut-être un territoire

peut-être un passage

un voyage sans doute

vers un lieu que chacun ignore

 

 

Accordé à la vie sans cesse changeante

Le cœur communautaire

et l'âme aventureuse

 

 

Franchissant seuil après seuil

Sans jamais s'en rendre compte

 

 

Le sort des bêtes fixé – malheureusement – par la faim et l'humeur de l'homme

 

 

Du fond de l'âme

Le voyage

 

 

Là où la terre se jette dans l'infini

Là où le monde pèse moins lourd que l'âme

Là où tout n'est plus que tendresse et vibrations

 

 

Le cœur parfois entaillé par la trame

 

 

Les tremblements de la chair face à la lumière

 

 

Le cœur de plus en plus sylvestre et solitaire

 

 

L'âme si proche du secret

 

 

Sur cet étrange sentier qui mène au mystère

 

 

Mille manières de vivre auprès de la lumière

 

 

Le cœur pressé de découvrir ; contraint d'explorer ; puis d'apprendre peu à peu à devenir le territoire à arpenter

 

 

Délaissant peu à peu les mots pour la vie sauvage

 

 

Le cœur infiniment reconnaissable

à travers cette manière d'être au monde

comme une signature infalsifiable

 

 

Réduits parfois à la langue

Les gestes de l'âme

comme empêtrés dans les mots

Vague éboulis

dans cette avalanche un peu absurde de signes

 

 

A écouter en soi

la respiration du vivant

A déceler ses origines et ses intentions

comme s'il s'agissait d'un livre ouvert

 

 

Le cœur bondissant

hors de l'alignement

animé par ce désir un peu fou (mais si légitime)

de faire cavalier seul

d'explorer l'existence et le monde à sa façon

 

 

Au cœur du mouvement

Mille fenêtres ouvertes

sur l'immobilité

 

 

Ni trace

Ni voix

Seulement un immense feu de joie

au fond de l'obscurité

 

 

En lettres blanches sur la grâce

cette étrange inscription

que ne réussissent à lire

que ceux qui se sont affranchis du langage

 

 

Une partie de l'âme

encore dans le sommeil

Et l'autre sautant à pieds joints

au cœur du merveilleux

 

 

Tant d'équivoques

dans ce que nous appelons la vérité

 

 

Écouter le monde au loin

Et le vent

Et les bruits de la forêt (tout proches)

Dans un sentiment de joie inouï

 

 

Le cœur innocent

posé sur la main ouverte

 

 

A regarder le monde

depuis la pointe de l'âme

 

 

Tout danse

Se sent vivant

puis, un jour, se désagrège

sous la lumière impassible

 

 

L'âme portée en étendard

flottant au vent

Et sur nos épaules nues

la couverture de l'innocence

 

 

Des traits sur la pierre

Des traits dans le ciel

qui se rejoignent dans l'atelier de l'âme

avant de se transformer en mots sur la page

 

 

Des mots hésitants

Et des gestes tremblants

comme si rien ne pouvait (réellement) s'afficher avec certitude

 

 

L'arbre

La fleur

La bête

La pierre

Le ciel

Le vent

Tel que nous vivons le monde

Et tel qu'il se dessine sur la page

 

 

Des larmes

Comme un élan de tendresse et de joie

Une douce ivresse

 

 

Qu'est-ce qui se cache au fond de la chair en plus du souffle et du feu ? Serait-ce donc un peu d'âme ?

 

 

Ce que l'on caresse ou encourage

et ce que l'on dévaste ou anéantit

sans même le savoir

à travers notre manière d'être au monde

 

 

Le ciel ancestral

sous nos yeux ébahis

Si brumeux

que l'on se croirait

plongé dans quelque rêve étrange

 

 

A mesure que le cœur s'éclaircit

le monde, bien sûr, devient moins sombre

 

 

L'âme explorée comme un territoire

 

 

Le cœur et le regard

la seule issue pour l'âme, l'homme et le monde

la seule perspective possible

pour transformer le destin terrestre

 

 

Au cœur de ce rêve d'arbres et d'oiseaux

de nuages et de rosée

de bêtes et de rochers

le monde célébré comme une fête

 

 

Au plus près du sommeil

cet élan mécanique

coupé du ciel et des étoiles

coupé de l'âme et des vivants

si bestial

si peu sensible

si atrocement humain

 

 

Blottis à l'intérieur

le parfum du Divin

le goût de la fête et du silence

mêlés au souffle de l'homme

 

 

Dans le vertige de l'écart

quelque chose de fou

quelque chose de vrai

affranchi des farces et des faux-semblants

 

 

Le rêve exposé

Jamais expliqué

Imbibant l'âme et le monde

les gestes et les yeux

 

 

Le goût si tenace de l'impensable

 

 

Nourrir l'âme, la terre, le reste

d'un regard ou d'un geste tendre et hospitalier

 

 

Le cœur si plein du mystère

Pourquoi irait-on explorer ailleurs...

 

 

Rétif aux malheurs

Les stoppant d'un regard

Les faisant rebrousser chemin d'un sourire

 

 

La joie si présente

si manifeste

si expressive

qu'elle accueille, nourrit,

transforme et emporte tout

 

 

Le cœur sauvegardé

dans sa gangue de poussière

sur ces terres arides et reptiliennes

où la tendresse et la lumière

se font bien rares

 

En soi

les malheurs et les tracas

enrobés de quelques paroles

et d'un peu de folie

pas assez sans doute pour jouer avec

et danser sur la pente de la joie

qui, vue depuis le monde, semble bien peu fréquentée

 

 

Partageant la misère

et l'opportunité d'y échapper

 

 

L'homme jetant ses dernières forces

dans cette civilisation sans avenir

 

 

Depuis toujours

Le cœur véritable

 

 

La lente métamorphose de l'âme

passant du néant à l'épreuve

puis de l'épreuve à la joie

au cours d'un long et rude périple

 

 

D'un même élan

Ce qui se perd

et ce qui se trouve

 

 

Depuis des millénaires

la faim, le désir et l'oubli

et son lot (inévitable) de meurtres et de profanations

 

 

Quelque chose, peut-être, qui ressemblerait à un destin

 

 

Ce que l'on rencontre

offrande aussi (bien sûr)

 

 

La tendresse et la lumière

par-delà la mémoire et l'imaginaire

 

 

Le cœur en friche

sans revendication

sans autre récolte que la joie

 

 

Les yeux à l'intérieur

Et le geste affranchi des nécessités du monde

 

 

L'âme aussi près que possible des choses de la terre et du ciel

 

 

Oublié l'alphabet du silence

comme l'atteste cette abondance de mots

 

 

L'expérience intérieure

Libre de toutes les mainmises

 

 

Écrasés par la monstruosité du monde

ces quelques fragments d'innocence

 

 

Pas à pas

au cœur des ténèbres

 

 

En retrait du monde

Le labeur discret

Le cœur silencieux

Mais l'âme vigoureuse

 

 

La forêt

Et les bêtes

Si organiquement

Comme si rien ne nous séparait

 

 

Le don et l'étreinte plutôt que l’échange

 

 

Le cœur

au sommet de l'échelle

depuis l'origine

bien plus que les instincts, la discorde et le chaos

bien plus que le désir, le sang et les lois de la terre

 

 

L'Absolu

infailliblement

en dépit de l'éphémère

 

 

La calligraphie du moins certain

sur les pages tremblantes du monde

 

 

Amoureux de ce qui nous donne cette étrange allure de nuage

 

 

Le fond de l'âme

si souvent ignoré

si souvent méconnu

comme si l'on préférait

la chair à la lumière

la surface à la profondeur

 

 

Soupesant la valeur de la parole esquissée

au regard de ses liens avec l'âme et la vie

Trait après trait

ignorant la gloire et la taille de l'auditoire

préférant s'offrir au ciel et aux nuages

 

 

Seul

et sans devenir

Le ciel parfaitement lové

sous les paupières

 

 

Si proche de tout ce qui a été estropié

Si proche de tout ce qui a été déconstruit

Plein de plaies, de bosses et de néant

mais le cœur joyeux à présent

 

 

Patiemment le poème

Comme s'est défaite la mémoire

 

 

Bout d'étoffe calligraphié

à la manière d'un sac et d'une fenêtre

gracieusement offert(s) aux âmes de ce monde

 

 

L'âme patiemment évincée

par le règne du monde

malgré les sourires et les poèmes

malgré le labeur incessant des innocents

 

 

Le cœur usé

par l'usage du rêve

avec encore un peu de souffle

quelques élans de vie

au fond de l'âme de ceux qui résistent

 

 

Au creux de la main

par-dessous les cales

l'innocence qui guette

la justesse du geste

 

 

Par-dessus ces pierres millénaires

notre âge ridicule

 

 

Quelque chose du silence dans tous ces mots offerts

 

 

Là où l'on fouille

pour pouvoir célébrer plus encore

la vie et le travail de l'âme

 

 

La terre dessinée

autour des saisons

dans l'axe de l'arbre et du soleil

la tête aussi haute que les montagnes

la chair-océan

et les âmes qui passent comme des nuages

 

 

Ce que l'on entend

à travers le hurlement des bêtes

toute la détresse du monde

 

 

Folie impétueuse dit-on

alors que les têtes acquiescent

ou essaient parfois de résister au chaos intérieur

à la danse tumultueuse des forces

qui s'opposent ou se chevauchent

Le monde, l'homme et l'âme tels qu'ils sont

 

 

Tout mélangé

Le délire et la sagesse

Le cri et le poème

La bête et l'homme

Le meurtre et la prière

Le rêve et la réalité

 

 

Au cœur des pas

La nuit qui se retire

Le souffle de l'âme

guidé par la naissance de la lumière

 

 

Le rêve commun

depuis toujours

au-delà des combinaisons de chair

au-delà même des désirs de l'âme

Le ciel et la paix

Et la terre libérée du délire et des prières

 

 

Et si au lieu de dire, il nous fallait seulement aimer

 

 

A l'intérieur

comme les pierres respirent

Le cœur par-dessus les murs

parcourant ainsi l'espace

Loin des assemblées

et du long cortège des âmes endormies

 

 

Au cœur de la matière dansante et bruyante

Ce qui peut être vécu depuis l'immobilité et le silence

 

 

A la cime de l'innocence

Le mystère

Une forme indicible de joie et de liberté

Bien au-delà du rêve et du poème

 

 

Le cœur si sauvage

après avoir longtemps erré autour du sommeil

s'extirpant du périmètre

enjambant la lisière

pour échapper aux jeux du monde

et aux ambitions des hommes

 

 

Derrière les rideaux du ciel

La clarté

comme à travers un rêve

 

 

Des restes de rêves

Et des jeux clandestins

Comme si tout était autorisé à revenir

Comme si tout était autorisé à se déployer

 

 

A travers le moins certain

A travers le plus précaire

L'étrange surgie du mystère

 

 

Incapable(s) de créer un monde frugal et joyeux

Haïssant le naturel et l’innocence

N’œuvrant qu'à la gloire destructrice de l'homme

 

 

Le cœur retiré

Imperceptiblement

Se redressant au rythme lent de l'arbre

Indifférent aux commentaires

aux critiques et aux compliments

 

 

Dans le sillage imperceptible du silence

 

 

Comme un souffle inconnu

ce bouleversement de la terre

si différent des révolutions d'autrefois

où hier et demain se tenaient par la main

où les choses suivaient leur cours naturel

où les gestes étaient le prolongement de la terre

où les têtes n'étaient pas encore totalement

plongées dans le délire et le rêve

 

 

Nous écartant peu à peu de l'élan initié par le souffle premier

Nous éloignant indiscutablement de la terre et du vivant

 

 

Le rouge étreint jusqu'à la moelle

jusqu'au fond de la douleur

puis, un jour, comme par magie oublié

 

 

A l'écoute de l'esprit de la forêt

sur le même versant que les pierres et les bêtes

si proche de l'humus

comme si l'écorce, les lichens et les poils

étaient notre peau

 

 

Sur un chemin qui, peu à peu, nous éloigne des hommes

allant avec les bêtes et les nuages à travers le ciel et la forêt

 

 

Comme un chien fidèle à la sauvagerie

 

 

Au commencement de l'encre ; cette folle envie de bleu qui donne à la phrase cet élan incontrôlable

 

 

Au plus loin de l'homme

Dans ce grand jardin

où poussent des arbres millénaires

où il n'y a ni mur ni meurtre

où il fait si bon vivre

où ne règnent que l'Amour, la solitude, le voyage et le poème

 

 

Si près de l'os que tout vibre au fond de l'âme

 

 

Rien que des pierres autour de soi

et le langage du sol et des montagnes

et les reflets du ciel

qui scintillent sur la pente

que nos pas ont choisie

 

 

Sur la scène

aucun visage

Juste le vent

et ce chant qui monte

du fond de l'âme

 

 

Moins loin qu'ailleurs

entre ici et le pas de côté

comme suspendu

au-dessus du monde

 

 

Ce qui tourne encore

au fond du ventre

au fond du cœur

au fond de la tête

au milieu des vents et de l'obscurité

 

 

Coupés

les fils du monde et du temps

L'existence réduite à l'ici et à l'instant

et qu'importe que nous soyons mortels

 

 

A l'autre bout de soi

un grand feu de joie

autour duquel nous sommes déjà tous réunis

 

 

Rien au-dessus de l'échelle du temps

Le même monde

où tout est encore condamné

à grimper plus haut

toujours plus haut

 

 

Face au ciel

Le cœur blessé

Et l'oiseau qui chante

 

 

Autre chose que soi

Peut-être le silence

 

 

Au fond de soi

Le vent

Et ce qui écoute

 

 

Des signes imprimés sur la page

Des pas peut-être vers le silence

 

 

Au cœur des saisons

Ce qui défile comme les nuages

 

 

Presque rien

Un peu d'âme

Un peu de terre

Un peu de vent

Et quelque chose à déployer

 

 

La terre et le cœur labourés

par l'angoisse et la mémoire

L'histoire de l'homme

L'histoire du monde

 

 

Sous la pluie d'automne

les morts pour compagnie

et des siècles de souvenirs

 

 

Sur les registres du monde

Tant d'histoires et de fins tragiques

Et ces larmes perpétuelles

Et ces désirs presque intacts

 

 

Le nom effacé

Le visage presque parfaitement dilué dans les liens

Sans rien trouver

sinon un peu d'âme et de chair

Allant partout où on l'appelle

Ne désirant rien d'autre que ce qui s'invite

 

 

L'âme, le geste et le mot parfaitement alignés

Et cette joie presque clandestine

qui surplombe ces lignes

 

 

L’œil dansant au milieu des voiles

tantôt caressé

tantôt percuté

tantôt traversant la brume épaisse des images et des idées

parfois collé à la trame du réel

parfois posé en surplomb des tentatives et des mouvements

 

 

Fils de la terre et des nuages

aussi fidèle à la danse qu'au ciel

 

16 septembre 2025

Carnet n°320 Ce qui veille au fond de l'âme

Juin 2025

L'âme cambrée qui s'émerveille

Le regard posé au-delà de la chambre ;

au-delà du monde ;

au-delà même de la mort

 

 

Au terme de tous les sommeils ; la lumière et l'infini

 

 

A reculons ; jusqu'à la première étoile

 

 

Au fond des yeux

Au fond de l'âme

Le joyau et le poison

 

 

Le regard et le cœur

Rivés au ciel, au monde, au chemin

Indécrustables(s)

 

 

Tout ce qu'il nous faut soustraire

pour approcher la joie

 

 

Par-delà les murs

Par-delà les noms

Le scintillement des choses

Et l'émerveillement de l'âme

 

 

En soi

Quelque chose de vivant

Par-delà la chair et le sang

 

 

Vêtu(s) de voiles et de tremblements

Sur ces rives venteuses et froides

où rien n'est laissé au hasard

où tout danse avec le reste

où l'on s'abrite et se réchauffe de mille manières

où l'on ignore en quel lieu se cachent la vérité et la joie

 

 

Les lèvres closes

De plus en plus

à mesure que l'on sait

 

 

Gestes et sourire seulement

 

 

Au-dedans de l'esprit

L'apparence du monde

Une manière – parmi mille autres –

d'apparaître ; et de donner aux reflets

mille raisons d'exister

 

 

L'oreille attentive

au chant silencieux des arbres

à la nuit tombée

[lorsque les hommes ont quitté la forêt]

 

 

Sans soi

Parfaitement libre

Dégagé de tout obstacle

[Et un peu plus qu'une absence – bien sûr]

 

 

Loin des murs et du sommeil

Auprès des arbres et des fleurs

A l'ombre de ceux qui peuplent la forêt

Au fond de leur royaume

Là où seul le ciel est souverain

 

 

Le cœur de l'homme

si étrangement agencé

où tout se mélange

au sommeil et au miroir

 

 

Peu à peu dévoré

Comme si le monde était un ventre

 

 

Auprès des gardiens du Seul visage

 

 

Dans la même main

Le monde, le temps, la mort

Et dans l'autre ; l'oubli

 

 

A propos du ciel

Quelque chose de discret et de délicat

En dépit de l'immensité

 

 

Se rappeler que la tête est le siège du rêve

et qu'il existe un imaginaire bien plus vaste que le réel

 

 

Alors que tout se rue

Alors que tout se jette

Aller à son rythme

Vivre avec attention et tendresse

 

 

Le chant si près de la matrice

Là où le silence est le plus audible

 

 

L'âme, la pierre et l'invisible

Toute notre géographie

 

 

Une solitude silencieuse

L'âme et le verbe ardents

L'encre et le geste généreux

 

 

Cette fièvre (un peu folle) de signes et de sang

La chair et le mot jusqu'au délire

Alors que derrière les apparences

règnent le silence et l'invisible

[Preuve – s'il en est – de l'incroyable cécité de l'homme]

 

 

Tout ce que l'on oppose au mystère

au lieu de plonger dans ses profondeurs

 

 

A jouer à côté du secret

comme si l'on préférait le rêve à Dieu

 

 

Si proche

de ce qui habite nos profondeurs

 

 

Plus enclin(s) à édifier qu'à effacer ;

à amasser qu'à soustraire ;

à jouir qu'à aimer ;

à séparer qu'à rassembler ;

Du côté de la tête et de la pierre

plutôt que du côté de la tendresse et du cœur

 

 

Ce qu'il faut d'effacement

pour habiter l'invisible

et témoigner du merveilleux

 

 

en songe

Sur cette terre

Ce qui existe

Tout ce qui existe

Y compris ce qui regarde

Y compris ce qui témoigne

 

 

Le visible peu à peu déserté

pour une contrée encore inconnue

Peut-être l'Amour

Peut-être le silence

Peut-être l'infini

Ce qui se laissera explorer

 

 

Dans la main

Le feutre tenu par l'âme

Et au fond de soi

ce qu'il faut de rire, de silence et d'effacement

pour dire le monde comme il va

 

 

Au fond de soi

peut-être une ombre plus grande encore

 

 

Paroles nées de ce dialogue silencieux avec soi

 

 

Si proche de ce qui passe sans un mot

Si discret ; presque imperceptiblement

 

 

Entre ferveur et regard

ce qui pénètre le monde

Jusqu'au vertige

Et jusqu'au délire – quelques fois

 

 

Ce qui se dit au-dedans

et qui, parfois, efface le rêve et la nuit ;

la face hideuse de ce monde

 

 

Indifférent(s) à celui qui sait

Le long défilé

des visages et des choses

des rêves et des saisons

des morts et des vivants

(presque) toujours gorgés d'espoir et d'angoisse

 

 

S'abandonner

Sans doute – la plus juste manière

d'entrer dans le jeu de la vie et du monde

et de se laisser porter par ce qui est offert

 

 

De plus haut que la tête

A la source du discernement

Ce qui se dit

Ce qui se voit

 

 

Si légèrement

Là où la vie se faufile

Sans même savoir qu'elle s'y trouve déjà

Sans même savoir où elle va

 

 

Le cœur remisé

Comme si l'on rangeait un accessoire

un instrument d'apparat

que l'on ne sort que

pour les grandes occasions

 

 

Tout au long de l'histoire

Le même mystère

Les mêmes consignes (parfaitement inutiles)

De quoi rêver un peu

au lieu d'affronter l'inconnu

 

 

Loin des modes et des choses à faire

Loin des listes et du royaume

Ce que nous vivons

dans la plus parfaite solitude

 

 

Le cri de la chair

A travers tous les déchirements

Comme si la nuit

se ruait sur les âmes

Comme si le monde

n'était qu'un amas de douleurs

 

 

Quel monstre se cache

sous les paupières du monde

pour qu'il y ait tant de gestes barbares ?

 

 

On offre ce qui n'appartient à personne

 

 

Si proche du monde, des choses, des visages

que tout nous confie ses secrets

 

 

Le mystère si près des fleurs

Si près des pierres

que l'on doit pencher son cœur sur la terre

oublier le ciel (pendant quelques instants)

pour regarder les fols élans

de ce qui en paraît le plus éloigné

Dieu s'y cache ; Dieu nous y attend

 

 

Le cœur

si étroitement lié au chemin

Épousant ses méandres

et ses courbes

Ce qui constitue

notre géographie intime

 

 

Si irréel

le monde

du haut de l'esprit

 

 

Sur la même carte

L'âme, le ciel, la vie

avec des légendes annotées

de nos propres mains

 

 

Il n'y a de dehors

Tout est à l'intérieur

 

 

Ce dont l'âme s'empare

Ce que restitue le chant

le cœur ; le monde

leur danse

Ce qui fait vibrer la trame

 

 

A notre place

Sous ce coin de ciel

 

 

Tout se meut

à force de désir

 

 

Qu'importe les visages et les lieux

Qu'importe les circonstances et les saisons

Tout nous accompagne

Tout est passage et initiation

 

 

Le cœur au fond du chant

Le plus intime exprimé par le poème

 

 

Rien que le regard et le vent ;

et des âmes qui s'étreignent

 

 

A notre insu

le plus souvent

 

 

Ce que l'on croit être

et ce que l'on est

Ce que l'on croit savoir

et ce que l'on sait

Ce que l'on croit offrir

et ce que l'on offre

jusqu'à ce que tout se confonde

jusqu'à tout rendre indistinct

 

 

Rien à la place du cœur balayé

Le même vide qu'au-dehors

 

 

Le cœur ombragé

par l'envergure du monde

 

 

Si ancien

le labeur de l'homme

Et pourtant rien

(à peu près rien)

n'a changé

 

 

A aiguiser son âme

comme si l'on pouvait ainsi

faire apparaître l'Amour et la lumière

 

 

Tant d'âmes et de ciels différents en ce monde

 

 

Dans la compagnie d'un livre

Une part de soi ; un peu de vérité

au milieu de tant de rêves

 

 

L'enfance aussi

Et même le vent

Quel que soit l'âge

Et se laissant ainsi emporter

 

 

Au fond de la forêt

L'oubli du monde et du temps

Manière de ne rien attendre

et de laisser advenir

ce que l'on a trop longtemps négligé

 

 

L'âme et la main

entre le ciel et la douleur

A l'exacte place de l'homme

 

 

Ce qui s'écrit

la fin de l'histoire

Les premiers pas dans l'infini

 

 

Sans se hâter ; vers la lumière

 

 

Le cœur cédé à la terre

Le front face au vent

Des seuils et des deuils

Toute l'histoire de l'homme

 

 

Entre le souffle et le rêve

Ce que nous construisons

Quelque chose de la tentative

 

 

Des territoires et des royaumes

Des remparts et des drapeaux

Ce que l'on conquiert

et ce que l'on protège

la plus commune manière d'être vivant

en ce monde

 

 

Derrière le silence

Dieu

Les bras grands ouverts

Le cœur battant

 

 

Avant et après l'homme

Ce que nous étions

Et ce que nous serons

 

 

Au milieu des mots

Au centre de notre ancien royaume

Le trône déserté à présent

A déambuler le cœur un peu triste

en ces lieux qui n'ont jamais connu d'auditoire ;

Encore plus seul et désemparé qu'autrefois

 

 

L'existence ; un simple passage

Que restera-t-il de cette brève traversée ?

Rien sinon – peut-être – ce que le cœur aura compris

 

 

Ressentir

comme si le cœur était le seul organe vivant

 

 

Ce qu'il restera ?

Peut-être un sourire

Peut-être une grimace

Peut-être quelques mots

Une image sans doute

 

 

A rêver

à travers les larmes

A penser

à côté du secret

A tenter de vivre

de toutes ses forces

et, si souvent, en vain

 

 

Toute une vie de désillusions et d'adieux

Et qui sait ce qui existe au-delà ?

 

 

La figure de l'infini

Là où sont les reflets

Et là où ils ne sont pas

 

 

Jusqu'à la dernière question

Puis (d'une manière ou d'une autre) disparaître

 

 

Le cœur aux aguets

au milieu du tumulte

cherchant parmi les danses

et les calligraphies

quelques signes sacrés

l'évidence d'une présence

la figure du Divin

 

 

Livres-compagnons

tant de fois ouverts

Et abandonnés depuis longtemps

à la poussière

 

 

Au rythme de ce qui passe

La vie

 

 

Le feu qui bout encore

au fond du sang

à l'origine de cette ardeur incandescente

qui pousse à aller aussi loin que possible

[quoi que nous entreprenions]

 

 

En soi

Ce qui demeure

Ce qui ne se voit pas

Comme une tendresse

dans les remous

 

 

Aller

Jusqu'à l'impossible

Jusqu'à l'impensable

Et au-delà encore

Là où le sacré perd son nom

 

 

Aucune certitude

ni sur la vie

ni sur la mort

ni sur le monde

ni sur le temps

ni sur soi

ni sur le reste

Manière de dire peut-être

que rien ne peut être dit

[Des évidences vraies dans l'instant

et qui s'avèrent fausses l'instant suivant]

 

 

L'âme étrangère

aux rites du monde

aux sacrifices

et aux jouissances

de la chair

Trouvant sa joie

dans un sourire innocent

 

 

L'esprit passant

et repassant

à travers tous les arcs-en-ciel

comme s'il prenait un malin plaisir

à côtoyer toutes les chimères du monde

 

 

Nous dépouillant

de plus en plus drastiquement

à l'heure de la simplicité

Nous laissant habiter par l'âme du monde ;

et l'esprit de la terre

Nous abandonnant peu à peu

à la tendresse et à l'innocence

 

 

Au fond de soi

quelque chose de l'Absolu et des saisons

presque sans distinction

 

 

Vivant

à travers toutes les nécessités

 

 

Au fond même du sommeil

Quelque chose du théâtre et de l'oubli

La possibilité du monde

Et le cœur battant

presque aussi vaste que l'infini

 

 

A rêver encore

Comme si la brume

n'était pas déjà assez épaisse

 

 

Pieds nus

A travers la forêt

Sur ce chemin de terre

Voyage peut-être

jusqu'aux premiers hommes

qui vivaient au fond des bois

 

 

Dans le désordre

et la précarité

du cœur

Nos vies-fouillis

Nos vies fragiles

Et la tristesse

de ce qui n'a jamais été étreint

 

 

Le jeu des allées et venues

cet affairement

au cœur de l'immuable

L'âme fébrile

Et le cœur pas tout à fait consentant

 

 

Face à face

avec le reste

avec ce que l'on porte

comme la goutte d'eau devant l'océan

 

 

Ce qui nous effraye

Ce qui nous submerge

Ce qui nous dévaste

Ce qui nous dépossède

Comme si l'on était en train de mourir

 

 

Accroché à ce qui demeure

Et le reste (tout le reste)

immanquablement emporté

 

 

La perspective métaphysique

adossée au plus trivial

 

 

Toutes nos gesticulations ne sont que

des manières de fuir ou d'apprivoiser

les limites et les infirmités de notre condition

 

Sans répit

Le temps

La vie

Le monde

Et ce qu'il faut trouver

au fond de soi

pour faire une halte

 

 

Le cœur hissé

au plus haut du monde

Et l'âme qui devient légère – si légère

comme une feuille portée par le vent

 

 

La lumière

dans sa course obscure et souterraine

et qui, un jour (sans crier gare),

vous éclate en plein cœur

 

 

L'ombre du visage et du nom

qui recouvre cet infime pan d'infini

cette (si singulière) manière

de se tenir dans le monde

et de danser avec le reste

 

 

Comme si la mort

était déjà là

En pleine lumière

 

 

La mort encore

La mort toujours

Au cœur de la vie

Au cœur du vivant

pour bousculer

les habitudes et l'inertie

 

 

Installé

dans un recoin du cœur

A l'abri du monde et du vent

 

 

A travers les épreuves

passer du devenir à l'inexistence

Apprendre à s'effacer peu à peu

 

 

Une existence entière vouée aux soustractions

 

 

Hors de soi

Rien d'autre que le mensonge et le néant

 

 

Le cœur bleui par les tremblements

Passant d'un temps long à un bégaiement

Comme si l'argile se décomposait

Comme si le monde menaçait de s'écrouler

 

 

L'âme recroquevillée derrière ses remparts

 

 

Un temps unique

Un temps mortel

Et quelque chose en nous

qui cherche un recours ; une issue

ou, à défaut, la tendresse d'une main

ou un cœur à aimer

 

 

A travers le silence et le vent

Ce qui ressemble parfois à un rêve

Ce qui ressemble parfois à un poème

 

 

Au milieu du monde et de la poussière

Nos visages et nos plaintes

Nos âmes et nos prières

Ce qui aurait pu être une fête

au lieu de ce grand désordre

au lieu de ce grand gâchis

 

 

Comme l'eau des rivières et les nuages

Au milieu des cimes et des pierres

Nos existences ;

Assez insaisissables et inconsistantes

passant, se transformant et disparaissant

sans laisser la moindre trace

 

 

Là où est l'étoile

il y a l'ombre

Et là où est la lumière

il y a le passage

 

 

Parfois (de temps à autre)

Une présence au monde

gracieuse et émouvante

Une manière d'être là

au milieu des Autres

qui donne envie de pleurer

et de serrer dans ses bras

un cœur humain

en ces lieux d'indifférence et d'hostilité

 

 

Au cœur de l'aventure

Sans aucune communauté d’appartenance

Sans ami (à dire vrai)

En sa propre compagnie

Et avec le réconfort de ce que l'on porte

en son for intérieur

 

 

Au-delà des frontières et des remparts

Au-delà des cercles étroits

En ces lieux où l'infini nous tend les bras

 

 

Là où la nuit s'est ouverte

le cœur inquiet

légèrement frémissant

un peu déchiré peut-être

 

Et devant cet étroit passage

ce que nous apercevons

blottie au fond du sang et du sommeil

au milieu des désirs et des rêves

cette étrange lumière

 

 

Au-dessus du monde

Là où il n'y a ni début ni fin

Là où la porte demeure toujours ouverte

Là où la sensibilité est si vive

que les larmes montent aux yeux sans raison

Au cœur du cercle

Au cœur du feu

Parmi les nuages qui se moquent du nom

que l'on donne aux choses

 

 

Un sourire

Un peu de tendresse

pour conjurer le malheur

et faire émerger ce qui se cache

au fond de l'âme

assez d'Amour

pour soi et pour le monde

 

 

Les joies de l'enfance

offertes à ceux

qui n'ont plus rien entre les mains

 

 

A l'ombre de l'immensité

parmi les vagues et l'écume

des armées de galériens

 

 

Là où l'âme se pose

le feutre en témoigne

qu'importe où va le pas

 

 

 

Ce que relatent ces pages ?

l'itinéraire intérieur

[avec ses détours et ses impasses]

 

 

A tout instant

La terre sous nos pas

L'âme joyeuse

Et la possibilité de soi

 

 

Le vent déchirant l'air

emportant tout ce qu'il soulève

ne laissant que ce qui ne peut être emmené

Nettoyant l'âme et le monde

Œuvrant à la nudité nécessaire

à l'émergence de la lumière

 

 

Une fois encore

S'assurer que tout a été soustrait ;

qu'il ne nous reste pas même un désir

pas même une ombre

pas même un nom

 

 

Sous nos yeux

Ce tumulte et ces ruines

Ce sang et cette solitude

Et ces âmes abattues

Et ces cœurs indifférents

se demandant parfois

ce qu'ils font en ce monde

 

 

La parole partagée

entre le cœur et le silence

Ne sachant à quel saint se vouer

Ignorant encore qu'à terme

tout devient silencieux

 

 

Si seul devant ce vaste monde

devant cette multitude affairée

 

 

Sur notre table

Une feuille blanche

Un feutre noir

Et plus grand-chose à dire

Plus grand-chose à partager

 

 

Le cœur

Les choses

Ce que l'on nous prête

Ce que la vie nous confie

En plus du secret

 

 

Le cœur

affreusement usé

par les événements

ce dont il est le témoin quotidien

ces désastres qui sont

aux yeux des hommes

des fêtes et des festins

 

 

Par-dessus les ponts inutiles

Le ciel

Les danses invisibles

ce que le cœur devine

ce que le cœur pressent

Comme un soulèvement

que l'âme doit expérimenter

 

 

 

Une terre printanière

où le temps est un voyage

où l’œil a ramassé toutes les saisons

où l'infini tient dans la paume de la main

où tous les gestes sont précis

autant que le choix des mots

Là où l'absence est une caresse

Là où rien ne dure jamais plus d'un instant

et dont on ne franchit le seuil

qu'en retrouvant cet Amour caché

au fond de soi

 

 

Le cœur simple

La parole limpide

vers cet éblouissement qu'est le monde

 

 

Le bleu du ciel partagé

en autant de parts que nécessaire

 

 

Intensément

et sans peine

Là où tout recommence indéfiniment

 

 

Un désir d'ailleurs

de l'autre côté de la chair

plus près du ciel que du monde

Là où l'esprit peut se réinventer

franchir le seuil des possibles

aller vers une rive suspendue

qui ne laisse s'approcher que

les âmes dénudées

 

 

Ceux qui passent

d'une nuit à l'autre

Ceux qui traversent l'abîme

La lumière aux trousses

visitant les alentours

rêvant peut-être de tous les ailleurs

allant ; allant

courant après quelques rêves

ou essayant d'échapper à de vieux démons

 

 

Le cœur pénétré

Le cœur à vif

Le cœur pensif

Sous le ciel immobile

Sur la terre changeante

Déchiffrant les visages et l'absence

 

 

Solitaire sous les étoiles

 

 

La peau caressée

par le plus sauvage

Au milieu des vents et des bêtes enlacés

Désentravant l'âme

Et offrant à la chair

son lot de sensations

 

 

Sur la même route

que ceux qui s'égarent

Tout aussi maladroit

Tout aussi ignorant

Allant au gré des nécessités

Allant au gré du vent

 

 

Là où se couchent les mots

Sur ce grand lit d'herbes et de pétales

Entre les fleurs et les papillons

De l'autre côté du vacarme ;

loin de cet horrible raffut

que font les hommes

 

 

Le cœur consolé

par ce qui creuse – en nous – le silence

 

 

Si désespérément au monde

parce que le secret, peut-être, demeure caché

 

 

On serait fou d'Amour et de joie

si l'on savait...

 

 

Sans réponse

Sans pourquoi

La voix poétique

Et le cœur enchanté

 

 

Des pas pour rien

Aux lisières du mirage

Jusqu'au bord du miroir

Dans la coulée humaine

 

 

Le ciel en tranches

pyramidal

Des apostats aux saints

Et qu'importe la couleur de l'âme

pourvu que l'habit fasse illusion

 

 

Les yeux fermés

Au service de la lumière

 

 

Sous un ciel impassible

Toutes nos facéties

 

 

Sans autre territoire

que les reflets et le voyage

Et qu'importe qu'ils soient illusion

 

 

Près de soi

La main de Dieu

A la manière du vent

à travers l'âme et l'existence

 

 

Là – en soi

Quelque chose

A travers le plus familier

Comme un écho du plus lointain

Le rayonnement discret de la vérité

 

 

Et ce chemin qui serpente

entre les fables et le sang

jusqu'au seuil de l'invisible

 

 

Chaque jour

A travers notre besogne

l'approfondissement du passage

vers l'immensité

 

 

A l'écart de ce qui nous écartèle

Les mains posées sur la table de bois

Le cœur léger

Au cœur du temps qui passe

 

 

Parmi ceux qui échappent au sommeil

 

 

Sans peine

Au bord de la tendresse

Le doigt pointé vers le monde

Et au fond du cœur

ce qu'il faut de ciel

pour faire naître

le moindre possible

 

 

Auprès de ceux qui restent silencieux

Si vivants dans leurs gestes

Si aimants dans leur façon d'être au monde

Si sages dans leur anonymat et leur discrétion

Ne laissant rien paraître au-dehors

Et existant bien au-delà de la vie et de la mort

 

 

Le cœur recouvert de neige

La langue glacée

L'âme frigorifiée

S'essayant à l'Amour

dans cet environnement (particulièrement) hostile

 

 

Au cœur de toute cette chair ;

Tant de rêves remués

Et tant d'âmes turbulentes

 

 

Le poème et le pas

discrets et inflexibles

 

 

Ce sur quoi nous versons des larmes

Qu'importe les rires et les visages

Le cœur en poussière

 

 

Le cœur un peu sauvage

rôdant sur ces rives trop peuplées

à la recherche d'un lieu propice

à la solitude et à la prière

 

 

L'âme aventureuse

allant sans rien redouter

aux lisières du plus effroyable

et rencontrant, trop souvent, le pire de ce monde

 

 

De ces larmes qui réchauffent le cœur

de cette manière d'habiter le monde

Sans question

Confiant dans le mystère

Au milieu de ceux qui s'attardent (un peu)

et de ceux qui s'en vont

Abandonnant le moins nécessaire

pour essayer d'apprivoiser la vie et la mort

 

 

Sans autre faim que celle de l'Absolu

 

 

A mesure que la parole s'épuise

L'âme et la main s'accordent

deviennent inséparables

puisent l'une dans l'autre

donnent leur couleur

au geste et au fond des yeux

 

 

Des rêves déshabillés jusqu'à l'os

Et ce qu'il en reste ?

Rien

Un peu de poussière et d'écume

sous le front

 

 

Hors des rêves

Au-dessus des ombres

De l'autre côté de la nuit

Là où l'âme délaisse ses recherches

pour s'asseoir sur la pierre

et s'offrir (sans arrière-pensée)

au ciel et à ce qui passe

 

 

Le cœur à l'ouvrage

s'appliquant à s'abandonner

aux lois de la traversée

aux impératifs du passage

 

 

Sans trace

sans indice

Le chemin

A se demander

s'il en est un

 

 

Ce qui veille

au fond de l'âme

Et qui sait

ce que nous ne savons pas

ce que nous ne pourrons jamais savoir

 

 

Des paroles comme des pierres

qu'on lancerait dans l'eau

pour le plaisir de les voir disparaître

et s'enfoncer dans les profondeurs

 

 

Dieu oublié

dans le geste

et dans la voix

en ce monde

où tout est poussière

et pourrissement

 

 

A travers le chant

l'âme et l'homme

ses prières

et ses excréments

ce qui nourrit la terre

et ce que l'on abandonne au ciel

Le merveilleux et la misère des lieux, des existences et des liens

 

 

Autour de nous

tant de territoires

et de frontières

tant de pièges

et de remparts

tant de paroles inutiles

Comme si le monde

était le lieu du superflu

 

 

Au-delà du dicible ; quelque chose encore

 

 

L'air de rien

Comme tous ceux qui sont

qui privilégient l'être

le cœur comme un soleil

et l'âme si joyeuse

sous une allure quelconque

anonyme – passe-partout

 

 

Rien que l'âme et le vent

comme si la langue devenait lointaine ;

presque incompréhensible

comme si le cœur aspirait

à moins d'abstraction

à embrasser le réel

à rejoindre – sans doute le plus intime –

le plus précieux du vivant

 

 

L'enfance qui rayonne

sur ces terres si nocturnes et si sérieuses

 

 

Au fond de la forêt

Là où il est encore possible d'échapper

à la folie des hommes

 

 

A l'heure où la vie nous quitte

la fin du monde – peut-être

L'âme face à son destin

rassemblant ses maigres bagages

avant de sauter à pieds joints

derrière le rêve

 

 

Aux abords du ciel

si distraitement

passant et repassant

sans ressentir l'urgence du plus vrai

 

 

Si étroitement logé

dans un recoin du monde

Et allant de travers

Comme courbé par le manque

et la vérité cachée de ce monde

avec cet air d'automate

qui fait rire les nuages

qui traversent le ciel

 

 

Le cœur à sa place

là où la peur et la blessure

sont les plus vives

là où il n'y a

ni remède, ni solution

au milieu du monde

et face au vent

exactement

 

 

L'infini

si mystérieusement présent

là où il semble si absent

là où il n'y a plus personne

apparemment

 

 

Cette étrange impatience dans le sang

alors que tout s'en va

alors que tout nous quitte

comme si l'on voulait encore en découdre

comme si l'on n'était pas encore prêt à en finir

 

 

De l'or partout où le regard sait se montrer tendre

 

 

De ce pas peut-être

comme si un autre voyage nous attendait

 

 

Le vide à présent

En attente de quelque chose

A l'écoute de ce que la vie va offrir

 

10 août 2025

Carnet n°319 Le cœur engagé dans l'aventure

Mai 2025

Si joyeusement

Ce souffle

Sans même savoir d'où il vient

Sans même savoir où il va

Porté par cette gaieté naturelle

qui contamine tout ce qu'elle effleure ;

tout ce qu'elle pénètre

tout ce qu'elle traverse

 

 

Comme une fièvre qui avance ;

qui s'affirme

Insoucieuse des terres qu'elle conquiert

Sans relâche

Animée par le goût de l'habitude et de la nouveauté

Si sauvage ; si spontanée

Sur son chemin improbable

Sur son chemin si incertain

 

 

Si sensible à l'origine ; au mystère ; à la lumière

 

 

Sous cette lumière

Sans personne

Sans préoccupation

Sans hâte

Le feutre qui éructe lentement son encre

Dessinant les traits d'une figure

que même l'âme ignore

 

 

Le cœur brumeux

Perdu dans le lointain des songes

Et le laissant divaguer

(comme autorisé – à présent)

Ne récompensant pas l'obéissance

Ne réprimant – pas davantage – les incartades

Et oubliant même jusqu'au sens de ces mots

(et jusqu'au sens du reste)

Laissant vivre ; laissant aller

Au gré de ce qui vient

Au gré de ce qui s'impose

 

 

Hors du sommeil

Là où le Divin devient le monde

(Sans doute) plus proche – à cet instant –

du miroir que du reflet

 

 

Ce qui nous emporte

En balayant le monde (et le reste)

 

 

Au détriment du rêve et du superflu

Ce qui est là (si discrètement)

Si réel

En dépit des fables et des mensonges

qui l'entourent ; dont les hommes l'affublent

 

 

Une langue qui se fait (qui sait se faire)

l'écho d'un chant lointain

Peut-être ; sans doute – le plus intime

 

 

Comme un détour dans l'aventure

pour conjurer le hasard et la solitude

détrôner les règles et les lois

épuiser les forces du monde

et soustraire le plus négligeable

 

 

Ces lignes

Comme un hommage – peut-être

au plus infime

au plus précieux

au plus désirable

à ce qui manque (sans doute)

à l’essentiel des hommes

 

 

Ce qui est là

Sans remède

Et déjà dans les bras de la mort

 

 

La nuit

Comme un souffle

L'asile des exilés

Une manière de se retirer

Comme au fond d'une forêt

La possibilité de l'ombre

Sans le moindre interdit

 

 

Le ciel

En soi

Au-dedans de ce petit coin de monde

Au-dedans de cette infime parcelle de vie

 

 

Au fond de la blessure

Cette boue

Comme un baume mensonger

Au lieu du baiser

Au lieu de la tendresse

nécessaires à la guérison

 

 

Le monde

Au loin

Perçu tantôt depuis l'arbre

Tantôt depuis le ciel

 

 

S'approchant

Pas à pas

du poème

Le premier souffle

Le premier cri

La bouche (très légèrement) ouverte

La main (particulièrement) docile et attentive

L'âme humble et inclinée

Le cœur (profondément) reconnaissant

 

 

Chaque matin ; le jour – fidèle

Comme s'il faisait honneur à notre loyauté

 

 

A l'heure où tout se pare ; où tout se cache

Notre (presque) parfaite nudité

 

 

Comme un feu

Cette longue étreinte

Qui consume le jeu ; les ombres ; les mensonges

 

 

Sans se hâter

ce que notre âme abandonne

 

 

D'oubli en oubli

Jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien

 

 

Du silence

Des collines

Des arbres

De la poésie

Le cœur parfaitement comblé

 

 

Lorsque la joie nous arrive

Mille choses y ont contribué

Et mille êtres y ont veillé

Des créatures de chair et de sang

et des âmes invisibles et bienveillantes

Aussi – en plus de la joie –

nous avons le cœur reconnaissant

 

 

Si vaste

Le jour

Devant soi

Dans sa longue traîne de lumière

 

 

Ce monde

Sanctuaire de l'ignorance et de la prétention

Additionnant tous les noms des hommes

Sur la longue liste des infamies

Siècle après siècle

Génération après génération

 

Sable et fumée

En dépit des cadavres –

des corps blessés et des âmes meurtries

Quelque chose (presque) sans importance

 

 

Le cœur éloigné des vicissitudes du monde

Retiré des affres du temps

L'âme au-dessus du gouffre

survolant les sables mouvants

et les têtes condamnées

 

 

Au-delà même de la lumière

« Cette chose » insensée

A la limite du rêve

Une folie peut-être

 

 

A travers le cours du monde

Ces choses étranges

Le silence et le secret

En ces lieux où les hommes passent

sans un regard

sans un mot

comme si cela relevait du rêve ;

du trop lointain ; de l'impossible

 

 

Sur la ligne précise

Le chant du monde

Le chant de l'âme

Ce qui nous étourdit (un peu)

à force d'écoute et d'attention

 

 

Sur ce fil étrange qui relie on ne sait quoi

Entre la mort et le possible

 

 

Assis nonchalamment

Sur les édifices et le nom des hommes

Si haut que tout semble dérisoire

 

 

Au milieu des ombres

Le cœur tremblant

La chair vivante (si vivante)

Malgré la brume

Malgré le vent et l'âme blessée

 

 

Seul

Au cœur de cette résonance

Là où tout s'enflamme

Comme si plus rien n'avait d'importance

 

 

L’œil si large que tout s'est détaché

 

 

Là où Dieu, le monde et le temps

échappent à la mémoire

 

 

Sur ces berges désertes

Le temps craquelé

Sous le vent qui souffle sans précaution

Au sommet du jour

Les paupières aussi ouvertes que possible

 

 

Le cœur précaire et confiant

Au revers de la cruauté

Sans inquiétude particulière

Dans le prolongement

de ce qu'offre la lumière

 

 

Le cœur davantage que la prière

La lumière davantage que la nuit

Aux ordres de ce qui s'impose

A l'heure où le plus grand nombre

ne célèbre que le désir et le néant

 

 

Sans effort

Ce qui s'efface

Comme si était venu

le temps du vent et de la mort

 

 

Au cœur du feu ; la fable

Et l'âme (bien) plus légère – à présent

 

 

Quelque chose – en nous –

sait (devine et comprend)

ce que le cœur et la tête ignorent

 

 

Contre soi

Les battements de cœur de l'arbre

La respiration de la forêt

Les frémissements de la terre

L'essence de la roche

L'incandescence du vivant

Comme un feu insensé

Et cette incroyable résonance

au fond de la chair

 

 

Le ciel baigné de lumière

Sur l'horizon du temps

La main posée sur la pierre blanche

Des éclats de monde plein la poitrine

Et les yeux emplis de larmes

 

La joie de voir la partie réversible de la mort

Le socle sur lequel s'appuie le souffle

de ceux qui quittent ce monde

 

 

Sous la lumière franche du jour

Le noir exposé par l'encre sincère

Le cœur dévoilé

Et quelque chose (aussi – peut-être )

de la légèreté de l'âme

 

 

Le chant à même la lumière

Sans autre leçon que celle du silence

Sans autre message que celui de l'hiver et des nuages

Ce qu'essayent modestement (très modestement)

de livrer les pages de ce carnet

 

 

Là ; en plein cœur

La flèche bleue

qui transforme les soucis et les horizons

en oiseaux invraisemblables

Qui dépose au cœur des ténèbres ;

au cœur du poison

mille larmes et autant de vérités

 

 

Combler – peu à peu – l'écart

entre ce que nous fûmes et ce que nous serons

entre le monde et ce que nous sommes

 

 

Les yeux posés

Sur la pierre crépusculaire

Passionnément

Malgré la nuit alentour

Malgré la nuit qui s'avance

Amoureux de ce qu'elle abrite

Le monde des vivants

 

 

Parmi les nuages et le vent

Parmi les arbres et les étoiles

Parmi les bêtes et les rivières

Parmi la diversité des formes et des couleurs

Là où la danse – le chant et le cri

comptent davantage que ce qui est écrit

Là où la nécessité est la seule loi

Le territoire du sauvage

 

 

Tourbillons de braises et de mots

Autour du feu des gitans

A célébrer on ne sait quoi

A veiller on ne sait quoi

 

Jusqu'au petit jour

La danse ; la fête ; le secret 

 

Assis sur la pierre

Assis à sa table

A creuser son âme

Tant que tout ne sera pas vu

Tant que tout ne sera pas compris

Tant que tout n'aura pas été dit

 

Le chant obscur

qui monte des profondeurs

En silence

Sans auditoire

Révélant (essayant de révéler) l'invisible

A ce qui – en nous – ne sait (encore) le voir

 

 

Poussière peut-être

Poussière sans doute

Et après ?

 

 

Planté là

Au fond de la lumière

Parmi quelques innocences

 

 

En ces lieux de rires et de fête

Comme pour essayer d'oublier

ce monde de misères et de malheurs

 

 

Le cœur, l'or ou l'étoile

Que choisirait la main du mendiant ?

 

 

Quelque chose du bruit – de la fièvre et de l'illusion

par-dessus le réel – le silence et la paix

 

Tout étreint

Jusqu'au plus désincarné

 

 

Ce qui se cherche entre les lignes

L'Absolu de l'âme et du monde

 

 

Aussi proche du ciel que de la pierre

Sans autre désir que ce que dicte le jour

Sans autre horizon que l'instant qui passe

Là où l'on est assis

 

 

Hôte de celui qui nous accompagne

depuis le premier jour ;

depuis le premier pas ;

depuis le premier souffle

 

 

Sans rien inventer

L'espace libre

Ce que le vent amène

Ce que le vent emporte

 

 

En soi

Ce qui est davantage nous que nous-même(s)

 

 

Au fond du silence

Comme une déchirure de l'espace

Un effacement du monde

Quelque chose au-delà du souffle et du sang

Le cœur de la blessure – peut-être

 

 

Là où simplement le rêve s'efface

 

 

Frère des Autres

De ceux qui paraissent si lointains ; si étrangers

De ceux qui n'ont jamais compté dans le cœur des hommes

De ceux qui ne figurent sur aucune des listes (qu'ils ont) établies

 

 

A travers l'histoire

Ce qui s'érige à l'insu de tous

Le récit

L'apothéose du mensonge

Au lieu des faits

Au lieu de la vérité

 

 

Le plus précieux

Glissé au fond du reste

Au fond de soi

Si bien caché – parfois

que l'on croirait que le monde en est dépourvu

 

 

Ce que l'on voit

Et ce qui a lieu

Ce que l'on croit décider

Et ce que les circonstances imposent

 

 

L'infime et l'infini

La puissance et le dérisoire

Main dans la main – si l'on peut dire

A travers l'invisible et ce que l'on voit

 

 

Le vent au cœur de l'épaisseur

Et l'épaisseur au cœur du vent

 

 

Le rêve

Comme un nœud défait

Un voile déchiré

Et cet œil – à présent – qui voit le reste ; de l'autre côté

Comme une trouée dans la nuit épaisse

Un peu de lumière sur les ombres de ce monde

 

 

Comment dire ce qui n'appartient

ni à l'homme ; ni au monde ; ni à la terre ; ni au ciel ?

 

 

Le front si près du ciel

que les nuages courent entre les tempes

Là où tout se mélange

Là où rien n'existe (vraiment)

Là où rien ne peut être (réellement) détruit

Là où tout – sans cesse – se réassemble

Qu'importe ce qui passe

Qu'importe ce qui s'édifie et s'invente

Qu'importe ce qui s'y arrête quelques instants

L'esprit tourné vers lui-même

offrant à ce qui le traverse –

à tous ses hôtes passagers –

l'espace nécessaire

 

 

Dire

Dire encore

Comme s'il y avait toujours à dire

Comme si tout pouvait être dit

Comme si les mots avaient quelque importance

Comme s'ils pouvaient faire la différence

 

Un peu de neige sur le silence

Pas grand-chose – en vérité

 

 

Le poids de plus en plus pesant du monde

sur ce qui s'est – peu à peu – épaissi

au point que le cœur – l'espoir – le ciel ont disparu

 

 

Quelque chose de la nuit

Entre la pierre et l'Absolu

Le signe – peut-être – de notre défaite

 

 

Étonné par le merveilleux

et les assauts de l'infortune

qui frôlent l'âme tremblante

 

 

Ce que l'on déteste

Ce que l'on refuse

Ce que l'on repousse

Ce que l'on rejette

Et qui arrive pourtant

(inéluctablement)

 

 

Comme au premier jour du monde

Les yeux ébaubis

Et l'âme innocente

Comme s'il y avait – au fond de soi –

quelque chose d'inchangé

 

 

Ce chemin qui serpente

entre le noir et la joie

Entre le fabuleux et la mort

Mille fois emprunté

Mille fois recommencé

 

 

L'âme sans cesse oscillant

entre ce qui tremble et ce qui s'interroge

Si peu certaine de cet étrange voyage

 

 

Face à l'invisible

Le cœur battant

Le cœur tremblant

 

 

Au cœur du poème

Des traces de ciel et de silence

Des traces de monde et d'interrogations

Quelque chose qui nous ressemble

 

 

A la cime du regard

Le silence

Cette étrange musique

que seul le cœur entend

 

 

Syllabes de feu et de fonte

Flammes et densité

Sous le front et sur les lèvres

Ce qui tente (très modestement)

d'offrir à l'âme et au regard ;

et – peut-être aussi – un peu au monde

un peu plus de consistance et d'intensité

 

 

L'âme et les yeux fermés

Engagés – trop souvent –

sur le chemin du pire

 

 

Né du feu et de la lumière

Le cœur incandescent

qui enflamme ou éclaire

tout ce qu'il touche ;

tout ce qui le traverse

Comme porteur d'une aube mystérieuse

 

 

Au commencement du ciel

peut-être une larme...

 

 

Au fond de ce recoin du monde

A même l'immensité ; déjà

 

 

Si bleu que tout s'égaye

Jusqu'au sommeil

Jusqu'aux plus obscurs replis

Jusqu'à la tristesse d'être au monde

 

 

Sous le rayonnement de la lumière

Le monde ; cette invention de l'esprit

(presque) aussi mystérieuse que son origine

 

 

Au cœur de la danse

Au cœur d'un silence (presque) jamais reconnu

 

 

Langage peut-être de celui qui se tait

Des mots irréels et silencieux

Un assemblage de sons incompréhensibles

Quelques borborygmes – peut-être

Comme si rien ne pouvait être dit

Comme si rien ne pouvait être transmis

Comme si rien ne pouvait être compris

 

 

Au milieu des remous et des tourbillons

L'âme abandonnée au chaos ;

à son irréalité peut-être

S'interrogeant sur les vagues

et le sens du courant

Et finissant comme le reste

par se fracasser contre la roche

 

 

Si près du bleu et des nuages

Notre vie

 

[Entre inconsistance et immensité]

 

 

Sans ombre

Sans souvenir

L'âme qui sait

L’œil qui voit

Le geste juste

 

 

A la manière du soleil et de l'oiseau

Le regard sur le monde

 

 

Le cœur tenace

Sans référence

Sans nostalgie

Sans tremblement

 

 

Au cœur de ce dédale d'ombres et d'oubli

Où tout est absence et opacité

Où tout est calcul et manigance

Sous le regard d'un Dieu impuissant

Sous le regard d'un Dieu – peut-être – endormi

 

 

Quelque chose – en soi

Comme un phare – une rive

Le seul refuge (bien sûr)

 

 

L'aube si amoureusement effleurée

Qu'importe la nuit

Qu'importe le monde

Qu'importe la chair

pour peu que l'on sache aimer

 

 

Le cœur saupoudré de noir ; de neige ;

de cendre et d'étoiles

Laissant le mélange se réaliser

Autorisant toutes les combinaisons possibles

Et devenant celle qui adviendra

Fidèlement ; loyalement

sans la moindre doléance

sans la moindre réclamation

 

 

Si près de la peau

La chair

Les âmes

Les ombres

Les prunelles

Les rêves

Les désirs

Les barreaux

Tout ce que compte le monde

 

 

Avec ceux qui se sont agenouillés

Avec ceux qui se sont accroupis

Avec ceux dont les flancs sont blessés

Avec ceux dont le cœur saigne

Avec ceux dont les larmes coulent

Fraternellement ; à leur côté

 

 

Le cœur jeté

Comme à la fin du monde

Rideaux du ciel (hermétiquement) fermés

Achevé le temps de la lumière

Le temps du sang pulsé

Le temps de la respiration

Vieille pierre – à présent – sur la chaussée

Vieille pierre recouverte de mousse

Dévoré(e) – peu à peu – par la terre

 

 

Les mains agrippées à la mémoire

De très anciennes traces de vie

Les saisons à la hâte

Les saisons à l'infini

Et ce que les yeux devinent

Caché derrière les rideaux du temps

Quelques larmes

Et des liasses de feuilles

emportées par le vent

 

 

Comme l'arbre

Le vécu qui imprègne l'âme ;

la posture ; les gestes

Toute notre manière d'être au monde

Ce à quoi nous ressemblons

 

 

Le sang peuplé d'arbres et de chants d'oiseaux

L'âme si parfaitement sylvestre

 

 

Allant vers le précipice

Sans se presser

 

 

Le ciel

Le monde

De la matière vivante

Et leur âme si belle ; si fragile

Fabuleux reflets de l'infini

 

 

Soi encore

Sans autre possibilité

 

 

Le cœur fébrile

Le corps fiévreux

L'esprit immobile

 

Ce qui s'agite

Et ce qui dort

chez l'homme

 

 

Sans autre visage que celui de l'homme

Sans autre visage que le sien

 

Ce regard si étroit

 

 

Au commencement de tout

L'étonnement puis – très vite – l'effroi

 

 

La terre

Le ciel

Et l'esprit qui (parfois) s'interroge

 

 

La société des hommes

Un monde dans le monde

Un monde à côté du monde

Et – peu à peu – une monstruosité

galopante et exterminatrice

 

 

Soi

Plus grand que le ciel

 

Entre chimère et vérité

Ce que nous sommes

Ce que nous faisons

Ce que nous disons

 

 

Se taire (très) scrupuleusement

 

 

Au-delà du regard

 

 

Ce qui nous habite

Inintentionnellement

 

 

Le vide métaphysique

pour celui qui sait

comme pour celui qui ignore

 

 

« Suffisamment d'être »

pour expérimenter peut-être –

le cœur nu et l'âme sans bagage

les mille situations de l'existence terrestre

 

 

Happé(s) par ce grand remue-ménage

de l'esprit et du monde

 

Tournoyant sans cesse

Condamné(s) à cette danse endiablée

 

 

Et s'il y avait, au-delà

de l'incompréhension et de la confusion,

encore plus d'incompréhension et de confusion...

 

L'éternel désordre du monde et de l'esprit

 

Quelque chose d'incompréhensible

où rien ne pourrait être discerné

 

Une sorte de joyeux bordel !

[en quelque sorte]

 

 

De moins en moins nécessaires les mots...

Comme si le silence suffisait

 

 

Être – peut-être – sans autre nécessité

 

 

Moins humain que métaphysique – sans doute

A moins que ce ne soit cela être un homme

Une créature vouée aux interrogations fondamentales

plutôt qu'un ventre et un esprit

affamés de vivres et de distractions

 

 

 

Le cœur chapardé

Le cœur chaviré

Le cœur interdit

Le cœur défait

Le cœur incliné

Au fil de ce qui est vécu

 

 

De plus en plus nu et démuni

Comme si l'on se rapprochait

de notre véritable identité

 

 

Si vif ; si brûlant

que tout se consume

à notre approche

 

 

On aimerait parfois être comme les fleurs des fossés

Sans souci de la terre et du ciel

Sans souci du soleil et de la pluie

Majestueux et fragile

Nu et ouvert aux vents

 

 

Si singulièrement vivant

 

 

Le monde englouti par le regard

Et le regard dissipé par la lumière

Que (nous) reste-t-il à voir alors ?

 

 

La joie sauvage et (un peu) exaltée

 

 

Le cœur en friche

Offert au monde

Offert au reste

Offert à l'abandon

Qui a réussi

à apprivoiser la blessure

et à vivre au milieu des illusions

 

 

Au fil des jours

L'écart comblé

entre la pierre et le ciel

entre le rêve et la terre

entre le mot et le geste

entre l'âme et la lumière

Comme si tout était réuni ; à présent

Sur le même socle

Là où le cœur peut prendre son envol

Là où l'on peut (enfin) découvrir son envergure

 

 

Le cœur simple – si simple

 

 

Un jour vient le temps

où l'on n'espère plus rien du monde

 

 

Sans se préparer

Soudain la mort

 

 

L'espérance d'un après ;

d'un au-delà de soi

 

 

A genoux jusqu'à être

 

 

Vivant

Sans se demander pourquoi

 

 

Quelque chose au-dedans

Au fond du sommeil

Au fond du cœur et des yeux fermés

 

 

Tout beau

Tout neuf

Dans nos habits de lumière

 

 

Parcourus

Le monde et l'écume

Et l'âme (autant que possible)

 

Et pourtant le récit de notre voyage

n'en est pas moins chimérique

 

 

Là où le geste remplace le mot

Là où l'âme remplace la langue

Et comprendre (enfin)

que notre manière d'être au monde

en dit davantage que tout discours

 

 

Le rire et l'étonnement

Sur fond d'innocence

Et le cœur qui – peu à peu – découvre l'Amour

Et le geste qui – peu à peu – découvre la justesse

La noblesse de l'âme

Le travail de l'homme

(Sans conteste) un (très) long apprentissage

 

Nudité et lumière

Le triomphe de l'être

L'apothéose de l'homme

 

 

Contre la terre

Si nu

Si sincèrement

que tout semble intime

 

 

Le chant fidèle aux gestes et à l'existence

L'âme (profondément) honnête

Et la besace encore pleine de poèmes

 

 

Paroles sans sermon ; sans plaidoirie

Dispersées sur la neige

Aussi robustes que les bêtes sauvages

Aussi joyeuses que les arbres sous la pluie

 

 

Voix du monde

Venant des 4 points cardinaux

Et se transformant – parfois – en silence

 

 

Tous les lieux-dits du temps

En plus du déclin

En plus du tombeau

 

 

Le cœur

Comme un trait

Une lettre

Un mot

Le début d'une histoire

Ce que le ciel écrira

sur le petit carré blanc de la terre

 

 

La lumière

A travers les grilles

qui pénètre toutes les épaisseurs

et toutes les illusions aussi

 

 

Affamé de ciel et de mots

 

 

Épris de silence et d'obéissance

 

 

Aller

Comme le jour

Comme le rêve

Par-dessus le monde et les larmes

 

 

Plus qu'intimes

Inséparables

 

 

A la distance qui favorise la fraternité

 

 

Le monde né de nos infirmités

De ce que nous n'avons pas réussi à faire

De ce que nous n'avons pas su inventer

 

 

Hors de la mémoire

Notre face à face

Autant que notre manière d'être au monde

 

 

Si désespérément face au ciel

Puis, un jour, d'un seul élan

l'enfer enjambé

 

 

Ce qu'il nous reste à vivre – sans réserve

 

 

Le cœur encore (un peu) captif

Malgré la connaissance des pièges

Malgré la grossièreté des leurres

Comme si l'on ne pouvait s'empêcher

d'inventer des images

Comme si l'on ne pouvait s'empêcher

d'idolâtrer les Dieux

 

 

L'immensité

Dans la main ouverte

Et l'inconnu apprivoisé aussi

Comme un surcroît de vie

Un surcroît de joie

Un surcroît de lumière

Un surcroît de justesse et de lucidité

 

 

Le monde affairé

Dans l'atelier des délires

Quelque chose comme une glissade

sur une pente savonneuse

Quelque chose comme une flammèche

devant un baril de poudre

 

 

Ce qui s'écrit

Sans doute le plus précieux (que « l'on possède »)

Ce qui s'offre sans presque rien en échange

sinon la joie du partage

sinon la joie de léguer (un peu) de son expérience

 

 

Ce qui nous accable

Cette proximité du monde

Ce que sont les hommes

Leur manière de vivre insensée

Le triomphe partout de la bêtise et des malheurs

 

 

A la surface

Et dans les profondeurs

Ici et là

Sans raison

pour accompagner ceux qui jouent

pour réconforter ceux qui pleurent

et secouer (un peu) ceux qui sont endormis

 

 

Un peu de vent

Une manière de vivre

Au-delà de toute certitude

Entre solitude et intimité

 

 

Contre soi

Le reste

Le ciel

La mort

Ce dont nous sommes (encore) séparé(s)

 

 

Sur le chemin de la soif

L'infini et le vent

La chair et l'esprit

Mais aussi le cœur et l'âme

Et l'effacement (progressif) du nom

Ce qui rend possible la découverte de la source ;

et l'assouvissement du plus haut désir ;

de la plus haute ambition

 

 

Aux marges du monde

Dans la chambre de la forêt

Le cœur libéré du nombre

A genoux sur le bleu ; déjà

 

 

A virevolter

Entre le vide et les mots

Entre la solitude et le monde

Au-dessus des figures et des choses

Au milieu de ce qui n'a (presque) plus de poids

 

 

A travers l'impensable

Ce qui se goûte

Incontestablement

Comme arrivé sur l'autre versant de la vie

Nous faufilant – peut-être – à présent

jusqu'au cœur de l'intensité

 

 

Partout

La terre assiégée

La matrice et le socle –

la demeure et le tombeau

du plus grossier

 

 

Le secret hissé au-dessus des têtes

Hissé au-dessus des âmes et du ciel

Le doigt pointé sur les hauteurs

La figure face au vent

Le cœur engagé dans l'aventure

Allant – pas à pas – avec détermination

 

 

Convoqué sans relâche

pour prendre part au monde ;

participer comme élément de l'ensemble

Infime fragment d'un rayon de lune dans la nuit noire

au même titre que le grain de sable au fond de la mer

et la goutte d'eau à la surface des vagues

qui apportent leur contribution

aux marées et à la transformation des rivages

 

 

Respirant ensemble

à travers l'interstice

Et contemplant le monde

à travers la fente façonnée

depuis le premier homme

dans la mystérieuse épaisseur du réel

 

 

Le cœur poli à force de meurtrissures

 

 

Le ciel en héritage

En plus de l'ombre et du rêve

 

 

L'esprit énigmatique

Sans autre fondement que lui-même

 

 

Aux confins du dicible

Juste avant le silence

Aux dernières limites de la parole – peut-être

 

 

Il faudrait inventer une autre langue

faite de silence et de gestes

de présence et d'attention

Une langue parfaitement affranchie des mots

 

 

Quelque chose de l'être – de plus en plus

 

 

Une manière de vivre ; d'étreindre ; de respirer

Une manière de réparer ; de réconforter ; d'encourager

Quelque chose de l'écoute et de l'indicible

Aux ultimes frontières de l'homme – peut-être

 

 

A partir de la beauté ; quelque chose...

 

 

Par-delà les mondes ; le vide

Et par-delà le vide ; les mondes

 

 

Les signes avant-coureurs du silence

Comme un retrait

Un éloignement de l'exubérance

Une explosion des repères et des habitudes

Comme une apothéose en quelque sorte

qui viendrait couronner mille siècles de solitude

 

 

L'âme

A tâtons

Sur son fil

Entre les rivages du monde

et ceux du ciel

Hésitante encore quelques fois

 

 

Comme jetée par la fenêtre du temps

Une brassée d'air pur

Un peu d'éternité

 

 

Autour de la lumière

La langue

Le poème

La prophétie

Tout ce qui se réclame de sa filiation

 

 

A genoux

Au cœur du silence

Face au bleu

Comme face à l'abîme

La solitude (parfaitement) étreinte

L'irruption de la parole

Comme un nouveau-né

accueilli par les bras de l'Amour

Et qu'importe le nombre de visages dans l'assistance

 

 

Quelque chose de l'infini

Au cœur du plus trivial

Au cœur du plus quotidien

 

 

Aller au-delà de l'ivresse et de la prière

au-delà des conséquences et de la mort

Suffisamment innocent pour se confondre

avec le monde ; le vent ; la magie ; le poème

 

 

Ainsi sur la pierre

Dans la plus haute appartenance

traversant l'expérience

 

De lieu en lieu

Sans rien avoir à prouver

Allant au gré des appels

Au gré des nécessités

Au milieu des peurs ; des fissures ; du fracas

 

 

Au-delà des malheurs et de la volonté

Au-delà des images et de la pensée

Sur cette pente sans candidat ;

Sur cette pente sans conquérant

 

 

Le cœur malmené

Le cœur douloureux

Ressassant sa grisaille

Et glissant – peu à peu –

vers les rêves les plus enfantins

 

 

Ce qu'il faut de joie ou d'indifférence

pour oser danser au milieu des tragédies

 

 

Solitaire

Ne sachant conjuguer la rencontre qu'au singulier

Sans masque pour essayer de faire advenir

le plus authentique

 

 

Le cœur si près de la peau

Si près de la pierre

Si près du ciel

Si près du reste

que tout tremble

à chaque battement

 

 

Le cœur au-dessus du monde ; au-dessus des drames ;

au-dessus des plaintes et des cascades de larmes

Et s'inclinant si bas que les mots deviennent inutiles

 

Poussé

Comme le nuage

vers des contrées inconnues

Nous pliant au règne de l'inconsistance –

de la transformation et du vent

 

 

Poussière sans espoir ;

sans compensation

Allant

sans rien certifier

de surprise en surprise

dans les bras de l'inattendu

 

 

Au cœur de l'indéchiffrable

Des visages et des choses

Ce qui ressemble au monde ;

à un voyage ; à une étrange traversée

Ce qui apparaît et ce qui disparaît

Ce qui demeure et ce qui passe

En plus de l'ignorance ;

en plus du rêve ;

en plus de l'incompréhension

 

 

Dans la main

Un peu de vent

Et au bout des doigts

Ce qui s'envole

dans un tourbillon d'air frais

 

 

Le cœur détourné de la cage ;

du délire ; de la roue du monde

Assoiffé de silence et de nudité

Assoiffé d'Absolu et de liberté

Portant (encore) son poids de chaînes et d'illusions

Comme si le voyage n'avait pas (réellement) commencé

 

 

Dans la trajectoire du possible

Le poème

Tandis qu'on a oublié de rire

Tandis que la « vraie vie » n'a pas encore été trouvée

 

 

Quitter l'indécence et l'obscénité

Quitter la folie et la boue

pour découvrir un lieu

où la lumière remplacerait la mort

où l'Amour et l'innocence dicteraient

leurs règles aux vivants

 

 

Le cœur replié

Face aux agissements de l'homme

Ce que l'on déchire ;

et ce que l'on meurtrit

Comme si rien n'était vivant

comme si le monde n'était peuplé que de choses

 

 

Le cœur vivant

Dans la chambre de la forêt

Si proche de l'âme des arbres

A la merci du ciel et du monde

 

 

Face à la main noire et terrifiante de l'homme

Le sourire à l'intérieur

Sous une grimace de circonstance

 

 

Le ciel serré contre soi

Les pieds au cœur de l'expérience

 

 

L'âme silencieuse

devant ce qui vient ;

devant ce qui passe ;

devant ce qui s'en va

 

 

Sans nous hâter

A la manière du jour

Comme si le cœur était assuré

d'arriver à destination

 

 

Obstinément

Ce que voit l’œil

Ce que la tête radote

Le chemin qu'emprunte le monde

Là où le cœur s'engage

Le déjà connu

[et que la mémoire reconnaît]

En des lieux où il n'y a d'aventure

 

 

Comme une longue chaîne de chair et de mots

qui rattache l'âme à l'ombre ; l'esprit au monde

et qui entrave – bien sûr – le pas et la liberté

 

 

La terre

Si près du ciel et des nuages

alors que l'homme – depuis toujours –

vit à hauteur du sol

creuse la même ornière

 

 

Quelque chose de joyeux et de naturel

dans les pas qui cherchent leur pente

 

 

Le cœur encore (un peu) affairé

Apprenant – peu à peu – à délaisser

ce qui a trait au monde

 

 

Si proche de ce que l'on cherche

 

 

Plus personne

Seulement l'hôte des lieux

 

 

A la manière des vagabonds

Allant avec pour seul viatique

un peu de tendresse

 

 

La soif plutôt que la faim

Sans se laisser distraire

par les nécessités du ventre

 

 

Dans le silence du soir

Le chant de la lune

Et la danse des fleurs

 

 

Quelque chose d'englouti qui réapparaît

Au seuil d'un autre monde ;

de mille autres mondes

 

 

Quelque chose plutôt que rien

Et l'impérieuse nécessité de comprendre ;

de vivre ; d'expérimenter

Et ce besoin impératif d'être et d'exister

 

 

Devenir de plus en plus ce que l'on est

au fil des soustractions

 

De moins en moins

comme si c'était la seule direction

 

 

Comprendre sans rien élucider

 

 

De moins en moins de questions

à mesure que l'on sait ; à mesure que l'on sent

 

 

Le mystère vivant

là où les yeux ne voient que l'ordinaire

 

 

Un peu d'éternité hors du temps

 

 

Sans rien perdre ;

sans rien acquérir

La traversée terrestre

Seulement ce qu'il faut vivre

Seulement ce qu'il faut comprendre

 

 

Face au jour

Sans personne

Le regard invité

 

 

Ni passe-temps ; ni épreuve

La vie

Et ce que l'on en fait ; si peu utile

Ce que ne comprennent pas les hommes

 

 

Quelque chose au-delà du désir

 

 

De plus en plus anonyme

De plus en plus austère

De plus en plus démuni

En ce monde de confort ; d'abondance ; de fausse gloire

 

 

La parole parfois si acharnée

cherchant le plus vrai –

et le plus intime – de ce monde

cherchant la vraie vie

Sans toujours laisser à l'âme

le temps de l'éprouver

 

 

A chaque instant

Le cœur du mystère

L'Absolu

Le plus essentiel

vécus depuis l'horizontalité nécessaire

 

 

Des monceaux de mots crachés

depuis le silence

pour faire face

à cet amoncellement de malheurs

 

 

A travers cette nuit façonnée

à coups de tourbillons

à coups de cécité

et d'incompréhension

La douleur et le cri (atroces)

des bêtes et des hommes

 

 

Le recul de l'enfance

face à la démesure de l'innommable

 

 

L'obscurité encore

Comme si la solitude ne suffisait pas

 

 

La nécessité du regard

Ici

Là-bas

Comme un peu de lumière

pour éclairer le monde

 

 

De petites choses

Mille petits riens

Le monde

Ce que font les hommes

Et qui – pourtant – deviennent

des mythes ; des histoires ; des lois

Comme si l'humanité boursouflait son envergure

 

 

Parce que curieux ;

voyageant au-delà des yeux

 

 

La mort au cœur de ce que nous sommes ;

au cœur de ce que nous faisons

parce que la fin – bien sûr – est consubstantielle

à tout ce qui apparaît

 

 

Réduit(s) à un peu d'argile animée

Et (presque) toutes les preuves du monde

pour s'en persuader

 

 

Entre le feu et la rosée

le poème

 

 

Le cœur tourné

vers le trait

vers plus haut

Et la course des nuages

 

 

Comment consentir

à l'indécence et à l'obscénité de ce monde ?

 

 

Comment vivre

là où il n'y a (presque) plus d'âmes vivantes ?

 

 

Sans ambiguïté

L’œil du côté de ce qui est vrai

Le cœur du côté du silence

Et l'âme (encore) si réfractaire

à la manière dont va le monde

 

 

La langue errante

(presque) hasardeuse

Laissant arriver les mots

Comme l'âme

qui s'en remet au ciel

S'abandonnant à ce qui vient

 

 

Le cœur pénétré par la danse des choses

 

 

D'âme à âme

A travers mille courants invisibles

 

 

Au cœur même de l'expérience

 

 

Le merveilleux au cœur du plus rien ;

au cœur de la plus grande humilité

 

 

Poussières de roche et de lumière

 

 

La part inoubliable de ce que nous aurons vécu

Ce qui nous accompagnera toujours

 

 

Dans la même chambre que l'arbre, la pierre et la bête

Sous le même toit de brume et d'étoiles

 

 

Là où il n'y a plus rien à perdre ;

ni plus rien à gagner

Là où il n'y a plus ni mémoire ;

ni devenir ; ni destin

A la source de l'innocence

 

 

Un sourire né de mille siècles

d'exercices relationnels et philosophiques

 

[ce qu'il faut de temps et d'apprentissages

pour parvenir au plus simple ;

au plus essentiel ; au plus nécessaire]

 

 

Au-delà du monde et des mots

Le voyage

Toute réponse

Vers la seule issue possible

 

 

Cet œil

Sur la pierre

qui lit le monde

qui voit le ciel

Et l'âme qui sait

comment les rassembler

dans le geste et les mots

 

 

Le cœur vagabond

au milieu de tant de cris et de sang

 

 

Quelque chose de sombre

Quelque chose de fou

Dans cette longue procession

de masques et de grognements

 

 

Ce qui sert la soif

Et ce qui sert la farce

Emmêlés au fond de l'âme

 

 

Au cœur du monde

Au cœur du vide

Comment concilier le silence et le poème ?

Comment offrir au quotidien la simplicité nécessaire ?

 

 

La forme

née du plus loin

du plus juste

Quelque chose de l'Absolu

transformé en (très provisoire) singularité

 

 

Sans rien perdre

La main ouverte

Ce qui nourrit (bien sûr)

le cœur acquiesçant

 

 

Ce qui est compris

le temps d'un instant

doit être oublié

l'instant suivant

 

 

Si sombre parfois

Ce qui nous entoure

Ce qui nous habite

Ce qui nous traverse

Blâmant et accusant

Méprisant et meurtrissant

ce qui n'aspire qu'à l'innocence

 

 

Le sort de ce qui se brise

voué à se réassembler

d'une plus juste manière

 

 

A chercher (en vain) la solution

en ces lieux sans remède

 

 

Par-dessus le vide

La fièvre régnante

Des gesticulations

Des cris – des crimes et des piétinements

 

[dont on pourrait se moquer

si les cœurs et le monde n'étaient pas si dévastés]

 

 

Le rêve façonné par l'épée

Qu'importe le sang versé

Qu'importe la chair ravagée

Qu'importe les âmes blessées

Qu'importe le bleu au-dessus des têtes

L'ambition criminelle portée partout en étendard

 

Si furieusement humain

Et nous (parfois) si rageusement solitaire

 

 

Peu à peu

Le mépris, le rejet et le bannissement

du monde naturel au profit des inventions

(de toutes les inventions) de l'homme

 

 

Plus loin

Parfois derrière

Ce qui se cherche

et qui échappe au temps

 

 

Sans rien présumer

Sans la moindre croyance

Ce qui est ressenti

 

 

Le pas en accord avec la soif

Quelque chose qui passe

Comme une étape passagère

à mesure que l'errance se précise (si l'on peut dire)

à mesure que l'on trouve son repos dans la foulée

à mesure que l'on comprend qu'il n'y a rien à chercher

 

 

A l'écoute du plus lointain

Manière de suspendre le temps ; d'enjamber le monde ;

de s'abandonner à cette chose – en soi – qui sait

 

 

Quelque chose au-dedans

plus vivant (bien plus vivant) qu'au-dehors

 

 

Emporté si loin par le vent

A la croisée du monde et de l'infini

Comme si l'on était un minuscule nuage ;

rien qu'un peu de brume ;

rien qu'un peu de fumée

 

 

Sans rien du nom

Le cœur

Et la voix qui porte

jusqu'au ciel

 

 

A l'angle du plus rien

Malgré quelques cris encore

Comme si la solitude n'était pas parfaite

 

 

Ce qui s'écrit sur ces pages

Sans parvenir à se fondre parfaitement avec le reste

Des résidus d'âme

Et, de temps en temps, quelques doléances

 

 

Le cœur moins affamé

(beaucoup moins affamé) qu'autrefois

De plus en plus indifférent

aux jours de disette

et aux jours de festin

 

 

Le cœur engourdi

Comme englué dans la mélasse

Là où la vie est la mort

Là où la mort est la vie

Là où les âmes crèvent (littéralement) de faim

Là où les promesses ont le poids du vent

et où il fait trop froid pour tendre la main

 

 

L'âme devenant – peu à peu –

la seule preuve et le seul remède

à ce monde

 

 

Si honnête

et si loyal

en ce monde de mensonges ;

de non-dits ; de trahisons

 

 

L'expérience (éprouvante) du voyage

D'ici à plus loin

sur cette boucle incertaine et sans fin

 

 

Là où va le vent

Là où se pose la plume

Parfois comme fleur au soleil

Parfois comme fleur sous la pluie

Sans même demander son chemin

A la manière des nuages

 

 

Encore si obscurément l'Amour et la lumière

 

 

Le cœur parfois recroquevillé

Au milieu de tous ces visages

Sans rien voir de l'immensité

Sans même parvenir à sourire

devant le risible de ce monde

Les yeux fermés

Et l'esprit claquemuré

qui ne sait plus s'émerveiller

de ce qu'il porte

ni de ce qui l'entoure

 

 

A contempler parfois les reflets dansants du monde

avec le cœur plein de remontrances

 

 

Ce qui nous affame

Et ce qui nous nourrit

si souvent confondus

 

 

L'incertitude

Ce qui finit par devenir le plus familier

 

 

L'âme captive

Sous un ciel vaste et ouvert – pourtant

 

 

Quelque chose de la liberté

au fond de la nasse

 

 

Le réel perçu à la manière d'une trame

 

 

Sans jamais soulever les paupières

De quel sommeil crois-tu t'extirper, l'ami ?

 

 

Le ciel par-dessus la douleur

Inséparables et sans commencement

Qu'importe le nom de Dieu

Qu'importe la connaissance

Qu'importe la sagesse et l'envergure du regard

si la bouche ne sait sourire

si l'esprit ne sait accueillir

si l'âme ne sait s'émerveiller

si le cœur ne sait pardonner

 

 

Hôte – sans doute – des noces les plus intimes

 

 

Le cœur paré pour tous les délires et tous les désastres

 

 

A regarder le ciel

comme si la prière suffisait

 

 

Qu'opposer à l'inhospitalité du monde ?

Sinon un cœur bienveillant

 

 

Quelques traits

Quelques taches

tracés peut-être pour rien

 

 

Aussi lucide que possible

malgré les grilles et la fumée noire

 

 

Le réel poli jusqu'à l'essence

 

 

Des mots

Comme un mince rai de lumière

pour éclairer le cœur et les yeux

et faire briller la poussière comme de l'or

 

 

Aveuglément le plus souvent

A vivre comme derrière une vitre

Comme au milieu d'un mythe

 

 

Qu'importe le geste et la parole

pour peu que le cœur soit écouté

 

28 mai 2025

Carnet n°318 La danse secrète

Avril 2025

Aux angles du monde

Le jour rétréci

La joie amputée

Comme si tout avait été recouvert de terre

 

 

A la manière de l'homme

Cette terre

Ces existences abîmées

 

 

Comme un bloc de ciel

Sur la pierre

Détaché du plus haut

Que l'on aurait arraché – peut-être

 

 

Ici

En soi

Au milieu du monde

Comme si tout commençait

 

 

Le bleu

En tous sens

Recouvrant tout

Jusqu'à la douleur

Jusqu'à la misère

Jusqu'à l'horizon

 

 

Joyeux

Sans même savoir pourquoi

 

 

A partir du souffle et du sang

Le geste et le poème

 

 

Comme attendu au seuil

Rassemblé et à genoux

 

 

Sur la pente bleue

 

 

Le ciel dans le souffle

Et jusqu'au fond des entrailles

 

 

Incliné

Et sans calcul

 

 

Disposé à la source et aux rapprochements

 

 

Au plus profond de l'encrier

Le sang encore

 

 

Comme si tout n'était que chair et douleur

Comme si tout n'était que ciel et cœur changeants

 

 

Toutes les déclinaisons de la terre

Indifféremment

 

 

Ce vivant si rudimentaire

Incrusté dans la trame

Extirpant tout ce qui brille

Arrachant tout ce qui nourrit

Et piétinant le reste

 

[entre le délire et le sommeil ;

quelque chose de féroce

et quelque chose de tenace aussi]

 

 

Contrairement à l’œil ; au pas ; à la terre

Là-haut

Livré au ciel sans horizon

 

 

Quelles forces pourraient transformer ce cœur noir et poussiéreux ?

 

 

A défaut d'Amour ; de silence ; de lumière ;

A défaut de liberté et de joie

Quelques furtives étreintes

Un peu de soleil

Un peu de monde

Mille désirs

Et son lot de distractions

 

[Aussi est-il naturel que nous préférions vivre à l'écart]

 

 

Empli (et davantage même ; débordant) de ce qui ne se vend pas

 

 

Courbés

Le dos

Le temps

Le monde

La mort

Face au silence

Face à la lumière

 

 

Le cœur si naïf

Face au sang

Face au rêve

Comme obligé de croire

 

 

Rien

Contre le rêve

Sinon un autre rêve

(et – si possible – plus grand –

plus beau et plus invraisemblable encore)

 

 

En son propre désert

Vivant

 

Là où nulle part devient sa propre terre

 

 

Pour mille raisons

L'écart et le sauvage

Et cette solitude si vivace

 

 

Ici ou là

Sans rien attendre

Le geste ardent

Le pas solitaire

Allant

Sans rien demander

Porté par le souffle

Sans se soucier

Ni du voyage ;

ni des paysages ;

ni de la destination

 

 

Aujourd'hui

Au-dedans

Infiniment

 

 

Comment pourrait-on déchiffrer quoi que ce soit

Comment pourrait-on comprendre

la portée du regard et l'envergure de l'intime

Avec toutes ces images en tête...

 

 

Au cœur de la danse

Au cœur du rêve

 

 

Le cœur affranchi de la soif

De la même couleur que le reste

Parfois obscur

Parfois lumineux

Qu'importe l'ombre et les visages rencontrés

Qu'importe la proximité du ciel et l'épaisseur de la nuit

Qu'importe les reflets du miroir

 

 

Sans résistance

Face à ce qui s'impose

 

 

Suspendus à la lumière

Ces chaînes

Ces tourments

Cette oppression

 

 

L'ineffable

A l'affût

Sur toutes les pentes

 

 

Malhabile ; embarrassé ; indécis

Dans l'attente d'un sourire ; d'une danse ;

d'un visage ; d'une distraction ; d'un étourdissement

Quelque chose qui donnerait une occupation à la tête ;

et une orientation au pas

 

 

Composé de cet enchevêtrement

vivant et inexplicable

d'invisible et de matière

 

 

Derrière les tressaillements de l'âme

L'ombre

Et au-dessus l’œil qui sait

La main qui caresse

Le cœur qui réconforte

L'esprit serein

 

 

Sans danger

Cet effacement

Comme si l'on faisait disparaître

quelque chose qui n'a jamais existé

 

 

Le cœur bleu

Écoutant le monde et le silence

Sans distinction

 

 

Le chant qui parvient parfois

à transformer le noir en un peu de lumière

et à faire trembler les visages

derrière leur masque

 

 

Le jour venu ; attentivement

 

 

Seul

Aux limites du monde

Aux limites du ciel

Silencieux

Face au plus intime

Face à l'immensité

 

 

Entre les lèvres

Tous les vents du monde

Et ce souffle mystérieux

 

 

Gorgés de vie et d'ardeur

Ces pas à la lisière de l'aurore

Ce regard immense

Nos élans et nos résistances

Toutes nos manières d'exister

Toutes nos façons d'être au monde

 

 

Sans attention

Sans hauteur

Sans profondeur

Tournant en rond sur le même horizon

Sans jamais surplomber ni la laideur ni la désolation

 

 

Aussi loin que possible de cette civilisation haletante et pressée

 

 

Et tous ces corps si ardents et maladroits

Qui se cherchent ; qui se frottent ; qui se houspillent

A grands coups de reins

pour perpétuer l'espèce et l'infamie

 

 

Comme des vagues

A l'horizon

Et quelque chose du rêve

Au fond du regard

 

Un long défilé de nuages

Entre la roche et la lumière

 

 

Allant comme le vent

Pour tout parcourir

Jusqu'au seuil au-delà duquel

le vide est reconnu

comme la seule substance

 

 

S'offrant sans rien dire

Laissant au reste – et à ce qui passe –

le soin de décider

 

 

Comme un vieux soleil

A éclairer l'obscurité des âmes et du monde

 

 

Nous

Comme la vie

Comme le monde

Comme le reste

Entre mystère – merveille et monstruosité

 

 

Le cœur immobile

Au-dessus du monde et des chemins

 

 

Hissé là où la nuit s'est retirée

 

 

Le cœur – les lèvres et les mains – silencieuses

 

 

Au milieu du monde

Au milieu des fleurs

Au milieu du feu

Sans choisir ce qui nous embrase ;

ce qui nous fait trembler ;

ce qui nous fait tourner la tête

 

 

Face au calvaire des hommes

Face aux bêtes qui souffrent plus encore

Face à toutes les monstruosités perpétrées

au bénéfice de quelques-uns

Quelque chose qui s'enfonce au fond de la chair ;

jusqu'au fond de l'âme ;

Toute la tristesse du monde

 

 

Enveloppé par la nuit triste et obscure

Malgré la lumière que dessine la main innocente

 

 

Au corps à corps avec la multitude

Au lieu de célébrer ce surcroît de lumière

 

 

Un cœur de va-nu-pieds

Des gestes simples et sans alliance

Des paroles trempées au fond du silence

Et cette sagesse plus que sauvage

 

 

Assez de rire et d'Amour pour offrir à la hache un peu de résistance

 

 

Jusqu'à l'aube

Ce chaos

Cette longue glissade

Puis cet agenouillement (si compréhensible)

 

 

Émerveillé par la beauté de la terre

Comme de l'or au fond des yeux

Comme de l'or au fond de la chair

 

 

Le souffle et le geste chargés de fleurs et de vent

 

 

Le regard plutôt que les yeux

 

 

Aussi bleu que le reste – en définitive

 

 

La danse rayonnante de l'âme au milieu des fleurs

Des pas comme des soleils au milieu des étoiles

 

 

Un peu de lumière

dans nos éclats de tendresse et de voix

Une manière de chanter la vie ;

de célébrer le soleil ; le jour ;

toutes les forces du monde

 

 

Là où les chemins convergent

Là où les frontières s'effacent

Derrière les grilles

Rendues au labyrinthe

A l'enfer terrestre

Et le regard par-dessus – à présent

Enjambant tous les obstacles ;

l'abîme et les territoires

 

 

Et ce rire – aujourd'hui – sur le voyage et les voyageurs

 

 

La parole

Comme un feu ; un clé ; une besace

Comme une fleur ; un envol ; une offrande

Comme une flèche ; une gifle ; une caresse

Jamais ni comme une décoration ; ni comme un monument

 

 

A pieds joints – à présent

Alors qu'autrefois tout se faisait – tout se vivait – à contrecœur

 

 

Des voix inaudibles sous l'écume noire

Des cris convertis en chuchotements

En mutisme parfois tant est grande la terreur

 

Seul est perceptible le tremblement des âmes

qui déforme l'horizon de pierres

 

 

Depuis si longtemps

Cette peur recroquevillée au fond de l'âme

Ces hantises et ces soupirs

Ces souvenirs inutiles

Ces gesticulations maladroites

Comme si nous avions peu à peu écarté la vie ;

réduit les battements du cœur à un bruit imperceptible et incompris

 

 

Porté(s) par l'envergure du secret dont la tendresse –

lorsqu'elle est ressentie – amortit les coups et panse les plaies

 

 

L’œil éveillé

Ni passeur de mots

Ni passeur d'images

Pourvoyeur de silence et de joie

 

 

Rien du mythe

Quelque chose de l'évidence

A défaut de pouvoir fournir la moindre preuve

 

[Hormis – bien sûr – cette joie au fond du cœur –

comme, peut-être, la plus éloquente des démonstrations]

 

 

Parfois l'âme dialogue avec le ciel

Sans intermédiaire

Sans interprète

Manière – peut-être – de retrouver l'entente originelle

 

 

Sous l'immensité

Les cimes du monde

Et la tête de l'homme

qui dépasse à peine les plus hautes herbes

 

 

La peine de celui qui ignore

L'ardeur de celui qui cherche

La joie de celui qui se rejoint

La gratitude de celui qui comprend

Et le sourire de celui qui sait

 

 

Au milieu de tant de merveilles

 

 

Une poignée de ciel

Quelques brassées de terre

Et sur la roche

L'écume et la douleur

Et la fièvre de ceux qui aimeraient savoir

 

 

Bouts de chemin

Éclats de silence

Paroles abandonnées

Ombres secrètes

Quelque chose de la rumeur

Et cette chair qui tremble

Au cœur du monde

Dans l'espérance (un peu paresseuse) d'un Dieu secourable

 

 

Ce frémissement au fond de la chair ; au fond des yeux

Comme si l'âme avait effleuré le secret

 

 

A rebours

La liberté

Jusqu'au cœur de la danse

Jusqu'au cœur du poème

 

 

Sans édifice

Le feu de l'âme

Et ce qui va

Ce qui va (sans s'arrêter jamais)

 

 

Sans rêve

Sans mensonge possible

Aussi purs que le jour

Les mots qui se transforment (parfois) en poème

 

 

La terre désarmée

Recueillant l'encre – le goudron et le sang

La pisse – la salive – le semence et la sueur

Toutes les substances de l'homme

 

 

Les ailes accrochées à la table de pierre

Au milieu des arbres

Au milieu des fleurs

Et envolant quelque fois la parole

Pour offrir au ciel un poème

 

 

Le feu

Au lieu de la mémoire

La flamme plutôt que les tremblements

L'âme arrachée au plus vieux principe du monde

 

 

Là où la solitude silencieuse est à son comble

 

 

Si seules

Et si dérisoires

Ces lignes qui ne s'adressent à personne

 

 

Sur la pierre

Sans rien attendre – à présent

 

 

Le même pas

Sur le même chemin

Autrefois insensé

Et si savoureux aujourd'hui

 

 

Comme un cri interminable et perdu

Comme si l'écho de la solitude avait réussi à abattre tous les murs

 

 

Comme un froissement de feuille

Entre les doigts de celui qui se laisse rejoindre

 

 

Geste après geste

Pas après pas

Ligne après ligne

La vie

Les pages

Et le chemin

De plus en plus indistincts

 

 

Le regard

Au loin

Porté vers le ciel

Tantôt par la rosée

Tantôt par le vent

Tantôt par l'oiseau

 

 

Rêver moins

Et vivre davantage

 

 

Aller là où est le plus vrai ; le plus intense ; le plus intime ; le plus vivant

Là où le regard danse avec les âmes ; l'eau ; la terre ; l'air et le feu

 

 

Inaccessible peut-être

Et quand bien même...

 

 

Sur le dos

Son poids de peine(s) et de nuit

Et les paupières lourdes

Comme si le noir avait tout obscurci

Comme si plus rien ne séparait le dehors du dedans

Comme si l'on était (tous) condamné(s) au même ciel et à la même ornière

Si tristement (pour les uns)

Et si joyeusement (pour les autres)

 

 

Brisé

Le carcan de l'homme

Décousues

Ses paupières

Disparues

Ses frontières et sa prétention

Ouverts

Son cœur et ses mains

Voilà l'une de nos rares prières

 

 

A l'orée du plus lointain

L'âme à l'affût

L'écoute posée

Par-dessus le songe

 

 

Là où le silence est un chant

Là où le silence est une fleur

Là où le silence est une pierre

Là où le silence est un oiseau

Nous écoutons ; nous respirons ;

nous contemplons ; nous prenons notre envol

 

 

Les gestes

Couleur de l'âme

 

 

Transformée

L'enfance obscure

Convertie

En lumière et en innocence

 

 

Alors que tout s'écarte

Nous résistons

 

Alors que tout s'en va

Nous demeurons

 

Alors que tout s'oublie

Nous célébrons

 

Pour que demain recommence le jour

 

 

La danse secrète

 

Au milieu du monde

Comme un tourbillon de lumière

Au milieu de la chair

Comme un peu de tendresse

Au milieu des malheurs

Comme un peu d'espérance

Et ce sourire qui consent à

ce qui se perpétue ;

et à ce qui passe sur la pierre

 

 

Tout contre soi

Le silence et la voix

L'ombre et le mot

Le miroir et le ciel

Ne reste plus qu'à convertir

le monde et le cri en poème

 

 

Derrière le(s) visage(s)

Les même paysages qu'ici

Quelque chose du désir

Du sable et des empreintes de pas

Des épreuves et des pentes

Ce qui rend possible la rencontre

 

 

Quelque chose de l'enfance perdue

Dans ces mots que personne ne prononce

Dans ces sourires figés

Dans ces cœurs meurtris

Dans ces existences sans grâce

 

 

Entre le ciel et la pierre

Sous les nuages et le vent

Attablé au cœur du sauvage

Attablé au cœur de l'enfance

Sans un regard pour ce qui n'a ni feuilles, ni fleurs ;

ni plumes ; ni poils ; ni écailles

 

 

Seul

Et, sans doute, plus si loin du secret

 

 

Au cœur de cette vie

située au cœur de la tendresse et du silence

Là où le regard a remplacé

ce pour quoi l'homme se bat

 

 

Le bleu

Jusqu'à travers l'ardeur

 

 

Lui – peut-être

Sans même le vouloir

Sans même exister – sans doute

Contemplant l'absence

Écoutant le silence

Le chant de la pierre

La respiration des arbres

Les battements du cœur

L'éclosion de la chair

Puis – plus tard – ses déchirements

Ses désirs ; ses luttes ; ses gémissements

Puis – plus tard encore – le long râle qui précède la mort

Parmi tous les autres

Au milieu du monde

 

L'âme ; la terre ; la vie

Plus hautes que les humiliations

Et moins (beaucoup moins) vindicatives que l'esprit de l'homme

Et plus résilientes aussi

S'adaptant au jour le jour

Qu'importe les exactions

Qu'importe la tyrannie

Qu'importe le désastre

Se transformant au fil des transformations

Accueillant jusqu'à l'impensable ; jusqu'à l'impossible

Seuls phœnix de ce monde

 

Au milieu des créatures décimées

Au milieu des survivants ébahis

Au milieu des assassinats et des dévastations

Au milieu de ceux qui ont les mains pleines de sang

 

 

Peut-être

Depuis toujours

 

 

Dans cette absence de temps

Le rire

Et tous les possibles

 

 

Quelque chose comme une présence ; comme une écoute

En soi ; dehors ; partout

 

 

Enclose dans la mémoire

La lumière

Enfouie sous tout ce que nous avons vécu

depuis le premier jour du monde

 

 

Rien

Depuis l'enfance

Sinon attendre que les ombres passent

Sinon attendre que quelque chose arrive

 

 

Si près de ce qui grince

De ce qui se réfugie

De ce qui gêne

De ce que l'on jette

De ce qui crie

Silencieusement

Modestement

Anonymement

De plus en plus

 

 

Au cœur des cercles

Des tremblements

 

Au cœur des tremblements

Le silence

 

Et au cœur du silence

L'autre monde

 

Celui où tout est vivant et habité

 

 

Demeurant

Là où tout bouge ; évolue ; se transforme

Souriant

Là où tout tremble ; crie ; gémit ; espère

Sans ignorer l'absence et la mort

Sans ignorer ce qui erre ;

ni ce qui est déterminant

 

En toute connaissance de cause

 

 

Longtemps

Depuis le premier jour

 

 

Inexplicablement

Croyez-vous ?

 

 

Ce qui précède le poème

L'âme et le silence

Et ce qui le suit

Le geste quotidien

 

 

La vie et la nécessité

Soi et le reste

De moins en moins distinctement

 

 

Monde jamais à part

Tout est sur l'inventaire

Y compris les exceptions ;

et ce qui imagine échapper à la règle

 

 

Voix silencieuse

Le jour

Au-dehors

Sans visage

Sans obscurité

Écoutant le monde

Regardant les choses

 

Témoignant du voyage

 

 

Têtes vides

Dans leur délire

Dans leur rengaine

Et faisant (malheureusement) tourner le monde

 

 

Personne

Pas même soi

Rien que le jour et le silence

 

 

Là-bas

Les bruits du monde

Et ce besoin d'enfance inassouvi

 

 

Comme aimanté

L'esprit incliné vers l'ombre

Chargé de désirs et de peines

Débordant de souvenirs

 

 

Là où s'est retiré le ciel

Là où s'est retiré le silence

La tête dans le bruit

Les mains dans la terre

Le cœur chaviré

Et l'âme en peine

 

 

Sans plus de certitude

Brume et lumière enchevêtrées

Et ce qui passe

Et ce qui meurt

En un éclair

 

 

Plus haut que le monde

Plus haut que l'horizon

Ce qui se tient là

En soi

Devant nos yeux

 

 

Et ce qui persiste après l'effacement

 

 

Du néant qui dure

Porté par la foule

Et qui disparaîtra

Aussitôt que le cœur fera loi

 

 

Sans référence

Fidèle seulement

Et si loyal

Et si innocent

 

 

Sans parti-pris ; la démesure

Pourvu qu'elle offre l'ivresse

 

 

Le cœur froissé

Entre les mains du monde

Entre les mains du temps

Moitié nuage et moitié sang

 

 

Au-dedans

Le répit

Ce monde sans vérité (établie)

Tout en instant et en ressenti

 

 

Loin déjà

A travers l'eau qui court

A travers le vent qui emporte

A travers la terre devenue socle

Là-bas

Sur l'horizon

La lumière

 

 

Le bleu disséminé un peu partout

 

 

Pays de pierre et de prière

Royaume du labour et de l'espérance

Mains dures et âpres plantées dans la terre

Mains jointes au niveau du cœur

Comme si cela pouvait contenter l'âme

 

 

Le Divin

A s'y perdre

Morceaux d'écume et de lumière

 

 

Entre les mots

Ce qui se dit

Et ce que l'on peut entendre

lorsque le cœur est penché

sur le poème

 

 

Par intermittence

Le feu et la folie

Et le reste du temps

L'inquiétude et l'ennui

Sans rien trouver à redire

 

 

Le cœur amoureux

Veillant sur les cendres

Attendant (peut-être) ce qui pourrait en émerger

 

 

Perpétuellement

Au milieu des masques et des sacrifices

Mais où sont donc passées la joie et l'authenticité ?

 

 

Ni prélude

Ni épilogue

Ni rature

Ni brouillon

D'un seul trait

La vie ; le geste ; le poème

Naturels et spontanés

 

 

Le temps courbé

Comme la fleur par le vent

Comme l'échine par le monde

Comme le cœur par le sang

Lorsque l’œil s'ouvre à la lumière

Aux premières heures du jour

 

 

Le geste lent de la main qui s'avance

Le front posé contre les choses

[Dans leur exact prolongement]

L’œil (très innocemment) ouvert

Comme si tout était animé

par la justesse et la lumière

 

 

Rien que l'effacement

Et le bruit de la pluie

 

Rien qu'un sourire

Et le monde aussi réel qu'un peu de brume

 

Et pourtant – chaque jour – le cœur s'épanche

Et des larmes coulent pour tout ce sang versé

 

 

A écouter ce que rien ne peut blesser

Pas même le sable qui s'écoule

Pas même le vent qui emporte tout

 

 

Le cœur écarté

Trop réfractaire aux affaires du monde

Jugé (bien) trop sensible

Et inapte aux profits et aux intérêts

 

 

Qu'importe ce que la main écrit

Pour peu que l'âme dicte sa parole

 

 

Ce que nous léguerons

En ce monde ravagé

Nos gènes destructeurs et nos larmes

[ce qui perpétuera la dévastation et le chagrin qui va avec...]

 

 

Au-delà même du jour

 

 

Vers ce qui semble – en ce monde –

(à la fois) le plus réconfortant et le plus tranchant

 

Le cœur si vaste

Le regard si vif

 

 

Au fond de la plaie

L'esprit et l'ombre

Se livrant bataille

Essayant d'arracher l'autre à la chair

Renforçant ainsi l'épaisseur

Accroissant ainsi la douleur

 

 

Depuis toujours

L’œil fermé

Et la lumière

 

 

Face au monde

Sans rien oublier

 

 

Le regard dans la main

Prêt à tout reconnaître

Prêt à tout accueillir

 

 

Comme un doigt qui dessine dans la neige

Comme un cri depuis trop longtemps retenu

Comme une chair maltraitée depuis le premier jour du monde

 

Le chant des âmes

Le cœur sur la roche dure et froide

 

Ce qui nous traverse en quelques instants

Et qui (nous) paraît parfois une éternité

 

 

Le silence si bleu

que tout semble infini

Et si puissant

que tout vacille

 

 

Tombé peut-être du plus haut

La main grande ouverte

Le cœur affranchi

Quelque chose – sans doute – du salut

Ici même

En ce monde

 

 

Sans cérémonie

Dans l'entre-deux de tout

Subjugué par ce chatoiement ;

ce chant ; cette danse ;

Et ces tremblements communs

Buvant à même la source

Eau – soif et bouche ; confondues

L’œil (presque) brûlé par tant de beauté

Comme si le regard s'était installé au cœur de l'immensité

 

 

Le cœur par-dessus l'horizon

Comme si s'achevait la course incessante

Et cette main tendue devant soi – à présent

 

 

Silencieusement

Sans rien attendre

 

 

Au milieu des étoiles que la nuit fait tomber

 

 

Sous le signe de cette présence

Cette vie

Et ce monde

[En dépit de tout]

 

 

Tout est bleu

Ici-bas

Jusqu'aux voiles devant les yeux

Et jusqu'à l'écume qui danse (juste) derrière

 

 

A regarder arriver

A regarder s'en aller

Et – entre les deux – à regarder

la danse (un peu triste) ; les pitreries et les grimaces

Ce monde peuplé de courants d'air

(plus ou moins drôles – plus ou moins embarrassés)

 

 

Face au ciel

Face à la terre

Face à l'arbre

Face à fleur

Face à la bête

Face la pierre

La même joie

La même gratitude

Et le même sentiment du sacré

 

Plus incliné devant l'arbre et la bête que devant l'homme

 

 

Le cœur dépossédé

Entre les étoiles et la mort

 

 

Sous la lumière

Aveuglé

Comme en territoire étranger

 

 

Nuages et visages émiettés par le vent

Émiettés par le monde

Émiettés par la mort

Sous l’œil hilare de celui qui voit

Cherchant un refuge dans les hauteurs

L'appui du ciel

En vain

 

 

Ni ici ; ni ailleurs

Ni maintenant ; ni jamais

Cette illusoire vérité

 

Et ce qui se tient sagement

Au milieu des hypothèses

Au milieu des doigts pointés

Au milieu de la cacophonie

 

 

Au terme de l'aventure

L'après-monde

Le silence

Et le reste brûlant

Au milieu de hautes flammes

 

 

Le cœur détroussé

A la manière de l'ombre qui s'approche de la lumière

Flottant dans ses pauvres habits d'étoiles

Laissant traîner son âme au-dehors ; dans la neige

L'abandonnant au froid ; au désespoir et à la faim

Tournant autour du silence ; hésitant et malhabile

Allant et venant ; les yeux fermés

Cherchant désespérément le moyen d'y pénétrer ;

Avec le désir fou d'y séjourner aussi longtemps que possible

 

 

La main immense

Devenue aujourd'hui presque soleil

 

 

 

Le cœur bleu

Sur cette terre printanière

Au bord de l'enfance

Chargé de si peu de souvenirs

Que tout prend les couleurs de l'innocence

 

 

Face au jour

Cette fenêtre éternelle

A trembler encore

Parmi les herbes

Sur la pierre

 

 

Et la main qui, soudain, arrête la nuit

Et le cœur qui, soudain, offre sa couleur

Et le monde qui, soudain, s'illumine

 

 

Sans savoir

Aller

Aller encore

Aller toujours

De lieu en lieu

Au fil des chemins

Au fil de l'encre et des pages

Vers le silence et l'infini

Sans doute le seul appel ; et la seule certitude

 

 

Sous le ciel clair

Le voyage

Et la danse

Sans que rien nous retienne

 

 

Comme si l'ignorance et la faim pouvaient faire pardonner l'infamie

 

 

En secret

Celui qui va

Celui qui offre

Celui qui sait

 

 

Aux mains du même mystère

Depuis le premier jour

Depuis le premier pas

 

 

Là où se pose la graine

Là où pousse la fleur

Là où porte le vent

 

Qu'importe ce que le destin dessine

 

 

Indéniablement

Parmi la rumeur

Cette heure passagère (et heureuse)

Propice au sourire

Si douce

Et si fragile dans sa lumière

 

 

L’œuvre sans cesse recommencée du monde

Terre après terre

Règne après règne

Civilisation après civilisation

Siècle après siècle

Jour après jour

Ce qui s'édifie et ce qui s'écroule

Sisyphe gigantesque et dérisoire

Dans l'espace infini

 

 

Ivre de ce jour si pur

Le bleu au creux de la voix

Comme un air de flûte ; un air (un peu) lointain

L'image du monde retourné ; côté pile – peut-être

Tous les masques ôtés

Vivant en deçà (bien en deçà) du temps

Vivant au-delà (bien au-delà) de la douleur

Sans bruit

Si humblement

 

 

Toujours dans l'histoire

Et hors de l'histoire aussi

Depuis longtemps déjà

Ombres, masques et fantômes devant

Faisant croire (malgré eux) au grand cirque (et à l'importance du spectacle)

Et cet immense sourire au-dessus de la farce

 

 

Assis sur la pierre

A contempler le monde

La beauté des uns

La barbarie des autres

Le naufrage de tous

Et le sommeil contre lequel

on se tient bien au chaud

 

 

L'écume et le vent

Voyageant ensemble

Entre l’œil et la lune

Et plus près

Et plus loin

Parfois

Comme si l'on était las de cette danse quotidienne

 

 

Aimer ce parfum et cette ivresse dessinés par l'inconnu

 

 

A chaque jour

Le monde recommencé

 

 

Dans ce coin de chambre

L'ombre étoilée

Cet autre visage du monde

Cette part de lumière qui s'ignore (encore)

Quelque chose de l'infini

Et quelque chose de l'image aussi

 

 

Sans même se souvenir

de celui qui ignore

Un peu d'enfance soulevée

La mort rangée quelque part

Et recouverte de choses et d'oubli

Comme un tourbillon d'écume

Et la danse du vent

riant – au-dessus – à gorge déployée

 

 

Ce qui nous brûlait autrefois

Au fond de l'âme

Devant les yeux

Tremblant face aux flammes

Implorant le feu

Le regard simple et ardent ; à présent

Comme si plus rien ne pouvait nous jeter dans le brasier

Comme si le cœur pouvait choisir sa manière de s'embraser

 

 

Dans les trémulations de la lumière

 

 

Une écuelle tendue sous les étoiles

L'âme remplie d'espoir

qui patiente sur la pierre grise

 

 

Appuyé contre le ciel

Le pas sur la route

Le visage tourné vers la lumière

Les yeux entre le rêve et la brume

Et l'âme quelque part

Comme si quelque chose – en soi – marchait tout seul

 

 

Sous le chant des grands arbres

La danse des fleurs

Le vol des oiseaux

Et les yeux ; et le cœur – tremblants à l'heure du rendez-vous

 

 

Sans jamais cesser

L'espoir et le sang versé

Les cendres et l'étreinte

[L'invisible et la matière main dans la main]

 

 

Par-delà le rêve et le mensonge

L'âme honnête

Et l’œil franc

 

 

Au coin du jour

Sous la lumière quotidienne

La voix douce

Le geste tranquille

Comme un léger flottement dans l'air

L'âme qui traverse les heures

 

 

Visage d'en face

Peau contre peau

Laissant tout se défaire

Laissant tout s'agencer

Comme si entre nos lèvres

se tenait un bouquet de fleurs vivantes

 

 

Nous regardant

Comme si l'enfance

était gravée

sur notre front

 

 

Le visage sur la terre

Collé contre la roche

Contre l'écorce

Contre le ciel simple

Contre le silence

Contre la mince enveloppe des choses

Contre la peau (si fragile) des bêtes

Contre ce qui s'approche

Contre ce qui frappe à la porte

Contre ce qui s'en va (à l'heure inévitable du départ)

Toute cette chair ; tout cet Amour ; tout ce qui ne se voit pas

Et qui fait trembler notre âme

Et qui nous fait vaciller quelques fois

 

 

La paume

Au bord du ciel

Abandonnant l'espoir

Abandonnant ses secrets

Invitant le visage et les larmes

Invitant le cri

Invitant la nuit

Et le moins désirable

Laissant à la vie le soin de décider

Le cœur – à présent – assez sage ; assez mûr ; assez façonné

 

 

Le jour brûlé

Comme si tout n'était qu'un rêve

Comme si tout méritait d'être jeté au feu

La chair vaincue

L'âme en peine

Le cœur arraché

La terre ravagée

La douleur cuisante

Et ce que la mort nous laissera

Le regard infirme

Et le rêve piétiné

 

Ce à quoi seront arrivé les hommes

 

 

Les pieds dans l'écume

Le cœur en plein ciel

Et l'âme qui danse avec le vent

Notre manière d'être vivant

Notre manière d'aller de par le monde

 

 

A la nuit tombée

Le vent qui murmure

A travers les frondaisons

Le silence et la pluie

Quelque chose d'une parole

que très peu savent écouter

 

 

La main qui trace

son petit sillon d'encre sinueux

Une route peut-être

Un itinéraire imprécis

Vers la lumière

La fin du jour

La fin du monde

Une délivrance – sans doute

 

 

Ici où là

Comme ci ou comme ça

Sans que nul y puisse rien

 

 

Là où les yeux ne peuvent voir

Là où les pas ne peuvent aller

Lorsque le cœur réussit à s'ouvrir

 

 

Au commencement de tout

L’œil qui s'ouvre

L’œil qui voit

Le jamais vu

Comme la toute première fois

 

 

Ce que cherchent

Les yeux ; les mains ; l'âme

Ce refuge au cœur du monde

Cette lumière au cœur de la nuit

Cette paix au cœur du chaos

 

 

Si clair

Ce qui est vu

Ce qui est donné

Comme un miracle

 

 

Là où sont les signes

Alors que tout périt

Les mains tremblantes

Les yeux au fond du sommeil

Et l'arbre si droit dans la lumière

Et cette caresse du ciel sur l'âme

 

 

Dire ce qu'expriment les yeux des bêtes

Leur âme et leurs tremblements

Et leur plainte digne et silencieuse

Sous la main assassine et le rire indifférent des hommes

 

 

Parfois

Au lieu de dire

Se taire et sourire

 

 

Depuis toujours

La pierre

L'inconnu

La tendresse

Le mystère

Et ce que la lumière éclaire

 

 

Jusqu'à l'oubli

Cet étrange passage du temps

Immobile

Sous les feuillages

Aux confins du feu

Au cœur de la nuit froide et noire

 

 

Quelque chose en deçà de la mémoire

Un peu d'aurore

Un peu de vent

Ce qui luit

Et ce qui souffle

En soi

Encore

Assez mystérieusement

 

 

Traversant en silence ces siècles si bruyants

 

 

En secret

Comme si la mort

A chaque fois

Nous agenouillait

 

 

L'esprit ; le cœur ; la chair

Chavirés ; blessés ; meurtris

Par la sauvagerie du monde

 

[Qui – quelle créature – est né(e)

pour vivre au milieu de tant d'horreurs et d'adversité ?

Et qui saurait y résister sans la moindre protection ?]

 

 

Devant nos yeux

Le monde

Sans savoir

S'il nous faut rire ou pleurer

 

Rien qu'un peu d'ombre

Pour ces mains mendiantes et ces cœurs tremblants

 

Rien qu'un peu de ciel

Pour ces âmes passantes

 

 

Au cœur de la lumière

Cet Amour que l'on retrouve parfois au fond des yeux

 

 

Combien de rives nous faudra-t-il visiter ?

Combien d'obstacles nous faudra-t-il franchir ?

Combien de pièges nous faudra-t-il éviter ?

Combien d'étoiles nous faudra-t-il apprivoiser ?

Pour nous sentir vivant et en paix

Et retrouver l'innocence et la joie du premier jour

 

 

Sans plus savoir

Ce qu'est le silence

Ce qu'est l'oubli

Tandis que le monde s'affaire

Tandis que le cœur se croit encore vivant

 

 

Sous l'arbre

Sans ombre

Avec tous les reflets

abandonnés derrière soi

Comme notre hôte

Parfaitement

ouvert à ce qui passe

Parfaitement

impassible

et lumineux

 

 

Le visage dans l'écume

Et l'âme au milieu des étoiles

Avec – au fond du cœur – cette étrange flamme

Et – dans les yeux – l'innocence qui pétille

 

 

 

Entre le ciel et la poussière

L'aube décharnée

Les larmes au bord des paupières

Avec au-dessus des têtes

Un bout de ciel déchiré

Malheureux

En dépit de Dieu

[En dépit de toutes les preuves de son existence]

 

 

L’œil si lourd

Sous ce ciel sans charme

Sur cette terre pierreuse

Au milieu des yeux qui ne sont que des miroirs

 

 

Si las parfois du monde

 

 

Tout est liens et solitude

 

 

Le cœur amoureux de ce rire entêté – en nous –

qui ne veut ni se taire ni mourir

 

 

Avec encore quelques rêves accrochés à la poitrine

 

 

Au loin le cri de la chouette

Dans la forêt sombre

Et ce temps suspendu

Au-dedans de la roulotte

Et le silence joyeux

de celui qui est là

L'oreille attentive

Et le cœur reconnaissant

d'être l'hôte passager de ces lieux

 

 

En sa compagnie réconciliée

Loin du monde ; de la foule ; des Autres

Loin du royaume et de la monstruosité

Sans question

Sans réponse

Dans la lumière

de celui qui commence à voir – peut-être

 

 

Au fond du cœur secret

Là où tout se rue dans le vide

 

 

L'horizon clair

Le bleu parsemé de feuilles

A l'abri des rêves et de l'écho du monde

Par-dessus les pierres

Par-dessus les blessures et le sang

L'âme délicate et silencieuse

Dans son refuge de terre

Infiniment reconnaissante

 

 

Quelque part

Au cœur du monde

Au milieu des prières silencieuses

Parmi ceux qui n'ont besoin ni de mots ; ni de mains

A nous emplir de la joie et de la beauté

que l'humanité n'a pas encore réussi à souiller

 

 

Le cœur plein de mensonges et d'épines

Comme si l'on vivait encore trop près des hommes

 

 

L'âme simple et joyeuse en ces lieux sans cérémonie

 

 

Sans même un visage ;

sans même un nom –

auquel se raccrocher

 

 

Rien que ces mots

Et ce sourire au-dessus des âmes

Au-dessus du monde

Et notre main –

et notre cœur – besogneux

 

 

Au loin

Le murmure

Le léger bruissement de la source

Caché au cœur des vivants

Par-dessous l'effervescence

Et par-dessous les cris

Entre la chair et l'âme

Et que les yeux reflètent quelques fois

 

 

Ces pages

Tantôt caresses

Tantôt poing levé

Parfois épreuve

Parfois rencontre

Sourire et lucarne sans pudeur

Presque toujours

Appel irrésistible

et absolue nécessité

Invariablement

 

 

Sur la pente du désamour

L'âme raidie

Le geste las

La main crispée

Glissant ; glissant

Jusqu'aux pieds du monde

 

 

Le cœur silencieux

Comme un ciel au-dedans

Affranchi de la nuit

En dépit du monde si proche

 

 

La vie

Pleine et joyeuse

Devant les yeux

Comme un feu tranquille et continu

Et cette allégresse au-dedans

pour célébrer ce qui passe

 

 

Un sourire enfantin

Lorsque – chaque matin – la lumière réapparaît

Quelque chose de la beauté

dans les yeux confiants

Peut-être la possibilité d'un cœur

et d'un monde – plus apaisés

 

 

L'homme

Tête en bas

Du haut de son vertige

 

 

Nous faufilant subrepticement – avec les bêtes –

dans les interstices laissés par les hommes

 

 

Deux étoiles à la place des yeux

Au fond de cette nuit trop noire

 

 

L'encre bâtisseuse ; à sa manière

Édifiant les possibles

Invitant la lumière

à se déployer dans la pénombre

Imprimant sur la page

le rêve des hommes

Œuvrant à l'exercice intime

Visant – peut-être – le plus précieux ;

et le plus lointain aussi – sans doute

 

 

La joie immuable de celui

qui se laisse mener par le vent

Qu'importe les lieux ; les paysages ;

les difficultés du voyage

Le cœur clair et lumineux

 

 

Cette joie douce et tendre

Qui mêle la gratitude et l'émerveillement

Face aux choses du monde

Face aux visages qui échappent au sommeil

Loin des injures et des offenses

Loin des brimades et des cris

 

 

La peau et l'âme contre l'arbre

La chair si près de l'humus

Le cœur si près du ciel

La tête entre les nuages et la poussière ;

entre la terre et la rosée

Encore (un peu) hésitante

 

 

La nuit habitée

Glissant sur la pierre

Sous les feux rouges du soleil

Obscurément

De plus en plus

Nous approchant du plus lointain reflet

Arc-bouté sur l'intime

En dépit de la cendre sous nos pieds

 

 

Le cœur bleui par la lumière

Comme de l'or entre les mains de Dieu

Devinant notre plus secret désir

Offrant le feu et le ciel ;

un peu de poésie et d'éternité

 

 

Aux limites de l'immensité

Ce qui se murmure

L'écho d'une parole lointaine (si lointaine)

Comme le prolongement apaisé du premier cri

De seuil en seuil

Jusqu'à la pleine liberté

 

 

Quelques rêves

Déposés sur la pierre ;

abandonnés par ceux qui s'avancent

le front bas ; l'âme inclinée

En ce lieu où chaque pas fait naître une fleur

où chaque mot est un oiseau qui s'envole

au-dessus des malheurs et des cris

 

 

Parfois poignard de pierre

Sur ce chemin d'infortune

La respiration sauvage

La sueur qui perle sur la peau

Et ces bracelets d'or aux poignets

pour célébrer la nuit poétique

 

 

Abandonné(s) au pied de la solitude

Les yeux brûlants

L'âme joyeuse

Au cœur de la rencontre

Le sang gorgé d'ardeur

La chair comme un chapelet

A réciter ensemble la même prière

 

 

Le cœur assis

Au cœur des saisons

Sur la pierre qui reflète le ciel

 

 

Miroir sans rêve

offrant un rire

aux reflets qui passent

Un peu d'aurore à ceux qui ont peur

Juste assez de lumière pour cesser de croire

 

 

Venu(s) – peut-être (qui sait ?) –

du fond d'un songe

Allant ainsi

de visage en visage

d'une âme à l'autre

Sans jamais se perdre

Sans jamais se retrouver

 

 

Le regard souriant

Glissant d'un instant à l'autre

Jour après jour

Invariablement

Avec tant de force et d'ardeur

 

 

Le long du tremblement

Cette invisible tendresse

Douce et puissante

Si douce que coulent des larmes de joie

Si puissante que l'on sent la chair palpiter

Comme si l'on était étreint de l'intérieur

 

 

Le cœur posé

Contre les flancs de la terre

Si proche que l'on sent la respiration du monde

Si proche que l'on voit danser ensemble la vie et la mort

 

 

L’œil intime et silencieux

Anonyme (parfaitement anonyme)

Sous un ciel sans hasard

Après avoir délaissé le sillon de la soif

pour une petite pierre blanche

éclairée par la lumière

 

 

Aux mains du monde

Comme si nos vies et notre sang

n'appartenaient à personne

Comme s'il nous fallait obéir

aux impératifs des morts et des vivants

 

 

L’œil rivé au peuple des étoiles

Comme si notre destin en dépendait

 

 

A notre place

Hors de l'édifice

Loin de l'épaisseur du temps

Allant penché

Suspendu au même rêve

 

 

Comme le chant qui monte

Le poème se dérobe

échappe à l'âme de celui qui le compose

 

 

Sans rien imaginer

Entre mirage et merveilles

Au cœur de l'écume

Les yeux ; le bleu ; la blessure

Ce qui glisse lentement vers l'invisible

 

 

Lentement

Le plus lointain

A travers cette longue absence –

peu à peu – convertie en silence

 

 

Dans l'air

Comme un parfum d'enfance

Ciel et soleil des premières fois

Lorsque le cœur frémissait devant l'inconnu

Lorsque l'âme savait jouer avec légèreté

Lorsqu'il n'y avait ni peur ni mémoire

Lorsque les joues se coloraient de bleu

rien qu'à respirer

 

 

Sous le signe de ce qui reste ; de ce qui passe

Sans rien attendre ni de l'écho ; ni des reflets

Allant à travers tous les songes

De la terre vers le ciel

Du carré vers le cercle

Du plus infime territoire vers l'immensité

De la frontière vers l'obéissance

Là où se trouve la véritable liberté

 

 

Couronné du tremblement des humbles

Sans trône

Sans légende

Assis au-dessus du sommeil

Les lèvres si près du feu

Et le visage pas même étonné

devant les fantaisies du monde

 

 

Juchées sur la parole

Entre la bouche et l'arc-en-ciel

Promise à tous ceux qui cherchent

A tous ceux qui ont peur et qui prient

Un peu de tendresse

Un peu de lumière

Un peu de vérité

Assez – sans doute – pour oser

aller seul vers le silence

 

 

Quelque chose de la foudre

Au bord du poème

Passé de l'âme à l'encre

Comme un feu ; une faim

Et peut-être une colère – quelques fois

Et ce qu'il faut de lumière

pour aider l'âme à s'affranchir du monde

 

 

L'écho et le secret

Enchevêtrés

Dans la même parole

Déguisée tantôt en cri

Tantôt en murmure

Tantôt en silence

 

 

Sous le vent

Le monde et le silence

Les sages et les affamés

Et le long défilé des nuages (parfaitement) indifférents

 

 

Peu à peu

Le sourire et le silence

Au lieu des grimaces bruyantes d'autrefois

 

 

Aujourd'hui

Le cœur contre la pierre

Les reflets (tous les reflets) du monde

au fond du regard

Et ce que la main dessine

à l'encre noire

 

 

Le cœur encore nocturne et casanier

En dépit de la lumière

 

 

Ces étranges reflets

Au fond des yeux

Comme arrivé aux confins du songe – peut-être

 

 

L'âme transparente

Au cœur de l'énigme

Au cœur de la chair

Sans pouvoir faire (le plus souvent)

la moindre distinction

 

 

L'expérience (simultanée)

de la pierre et du regard

Ce qui est ressenti

Ce qui est entrevu

Et ce que l'on devine

entre les éclats et les reflets

 

 

Mille étoiles

Entre les mains

Et ne sachant qu'en faire

 

 

Le cœur métamorphosé

Abandonnant le cri et le couteau

à ceux qui poursuivent leur voyage

à ceux qui ne veulent pas quitter l'illusion

 

6 mai 2025

Carnet n°317 Et si le monde était l'exil

Mars 2025

En deçà du monde

Là où il n'y a ni route, ni voyageur

Là où le pas devient léger

Comme un souffle

Porté par les vents

Qui mènent au-delà du monde

 

 

Brouillon

Quelque chose comme des graffitis

Portrait d'une âme en quête

Récit d'une (longue) traversée

Entre ce qui précède l'homme et ce qui le prolonge

Sans que rien soit certain

 

 

Devant le monde et l’immensité

Tantôt face au vide

Tantôt face à un mur

Et l'ardeur qui pousse à comprendre et à franchir

 

 

Plein de corps et d'absence

Pleins de coups – de cris et de silence

Ce monde

Cette danse

Cet étrange voyage (sans retour)

 

 

Au cœur de l'étreinte

Cette joie ; cette intimité ; cette tendresse

Aussi inconsistantes que le reste

 

 

Hors du rang

L'âme

Dans les bras de Dieu

Au cœur de l'enfance

S'abandonnant

 

 

Un arbre

Une pierre

Une fleur

Un peu de vent

Et cette entaille au fond du cœur

Le monde tel que nous le vivons

 

 

De plus en plus discrets ; incisifs ; naturels

De moins en moins discutables

Les mots et les gestes

L'âme et l'existence

Fidèles (si fidèles) à leur pente

(Sans rien avoir à prouver à quiconque ;

sans jamais rien demander à personne)

 

 

Ici

Au cœur de l'étreinte

Alors que la tête traîne encore Dieu sait où

 

 

Attentif à la limite

Et à l'épuisement

Et à conserver quelques forces

Pour les derniers franchissements

 

 

Sans trop savoir quoi dire

Face au monde

Face au silence

Et de moins en moins capable de témoigner

 

 

Sans autre chose à dire que ce qui se vit

Le cœur (presque) parfaitement accolé au reste

Et ses battements calqués sur la respiration de la terre

Sans doute moins homme qu'il n'y paraît

A la manière de la pierre – de la fleur et de l'arbre (malgré lui)

 

 

Des mots

Lancés comme des fleurs vivantes

A la face du monde

 

 

Au milieu des herbes folles (et des fleurs dansantes)

Au milieu des nuages et de la rosée

Alors que la mort et le vent emportent tout

 

 

Rassemblé en prière

Rassemblé en choses vivantes

Ce qui se dit

Et ce qui se tait aussi

 

 

Sans savoir

Et troublé au plus haut point

Par ces masques et ces instincts érigés en monument

Par cette longue (très longue) série de cruautés et d'abominations

Abandonnant le préférable

Pour laisser (peu à peu) advenir l'impensable

 

 

Là où l'on se tient

Sous le joug de ce qui s'impose

Là où tout s’amoncelle

Là où tout s'embrase

Là où tout disparaît

Visage après visage

Pierre après pierre

Jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien

 

 

S'abandonnant aux reflets

Au milieu des épreuves

Puis enjambant le monde et les miroirs

Cessant d'être sous la coupe de ce qui croit exister

 

 

Temps ; gestes ; vies – éparpillés

Comme mille éclats ; mille plaies ; mille tentatives – autour de la mort

A travers lesquels l'infini danse et se déploie

Plongeant en eux ; les traversant ; les transformant

Œuvrant et jouant sans relâche

 

 

Outil de l'éternité

Comme les pas dans la neige

Comme le vent dans les arbres

Et presque personne pour rendre grâce

à l'empreinte éclatante de l'invisible

(qui – bien sûr – s'en moque)

 

 

La chair fidèle

Le cœur docile

L'esprit loyal

Unis à l'âme et au geste silencieux

 

 

Sans parole

La justesse

 

 

Instant – peut-être

Qui peut savoir

Comme un temps écoulé

Comme un monde oublié

Comme un cœur sur la pierre

Avec un peu de chair autour

Et un œil qui voit (encore très partiellement – sans doute)

Et un esprit moins aveuglé (assurément)

Posant un pied devant l'autre

Pour s'assurer de l'inimportance des pas

 

 

Parfois se dire

Et puis – après réflexion – se taire

Pour aller au-delà de la parole

A la manière du geste spontané

Laisser faire

Accueillir et accepter

Devenir (devenir entièrement) ce qui surgit

Et disparaître derrière ce qui apparaît

Puis s'enfoncer

Pour retrouver ce retrait des profondeurs

Avant que ne surgissent d'autres nécessités

 

 

Passager d'un Autre

Et hôte aussi de quelques-uns

Comme si le ciel et la terre avaient été mélangés

avant d'être (très) singulièrement répartis

 

 

Le cœur frotté au monde et au mystère

 

 

Entre terre et lumière

Entre allégresse et labilité

 

 

De l'autre côté du ciel

Le même monde

L’œil – sans doute – plus sensible et moins soupçonneux

 

 

Quelque chose de Dieu en l'homme (bien sûr)

[Jusque dans ses gestes les plus barbares]

 

 

Qu'importe ce que nous vivons

Et qu'importe ce que nous faisons vivre

Car tout – sans doute – a été consenti

 

 

Devant le mystère

Le cœur (trop souvent) frappé de stupeur et d'amnésie

 

 

Aux mains de ce qui nous engendre ;

de ce qui nous façonne ;

de ce qui nous achève

En train d'apparaître ;

de continuer et d'en finir – perpétuellement

Comme prisonniers du temps et de l'épaisseur

A travers le feu – le souffle et la lumière

Foyer de toutes les forces

Et nous faisant chahuter

(et caresser quelques fois – bien plus rarement)

par toutes celles qui nous entourent

 

 

Comme le sable ; l'eau et le vent

En dépit de tout

 

 

A travers le souffle ; l'esprit ; le pas

La sensation d'un ailleurs ; présent partout

Balayant le monde et les visages

Balayant le sommeil et la mort

Déposant au fond de chaque âme et de chaque chose –

d'infimes bouts d'infini

Quelque chose (bien sûr) du refuge

Au milieu de tous ces coups

Au milieu de tous ces cris

 

 

Continuer

Jusqu'à tout transformer en soi et en rien

Jusqu'à tout convertir en rire

Sans doute le seul chemin

La seule issue

La seule possibilité

 

 

Où que l'on soit

Le même ciel – au-dessus des têtes

Qui nous regarde

Et qui – parfois (bien plus rarement) – nous habite

 

 

Témoigner

Comme le geste

Au cœur de l'instant

[Sans jamais s'inscrire dans la durée]

 

 

Alors que là-haut

Alors que partout

Bien sur

 

Fragile (très fragile) ici

Et qu'importe

 

 

Au-dedans de ce qui vit – en nous

Comme un toit sur nos errances

Un chemin relié à tous les autres

Un temple qui mène au fond du cœur

Et aux paumes ouvertes aussi (bien sûr)

 

 

Quelque chose de Dieu

Au fond de l'âme ; de la chair ; de l'esprit

Au cœur des gestes ; des pas et des mots

Qu'importe alors le chemin et le voyage

Qu'importe alors la nuit et l'ardeur à chercher la lumière

 

 

Au bout

De quoi ?

De la vie ; de l'attente ; du passage

Après tant d'efforts et d'espoir

Après tant de peurs et de nuit

Et pour quoi ?

 

 

Au bout déjà

Avant de parvenir à quoi que ce soit

 

 

Au-dedans du manque

Ce que nous cherchons

Si désespérément

Ce dont nous débordons – pourtant

Et que nous apprenons – peu à peu – à reconnaître

A mesure que le cœur s'explore ; se vide ; s'offre ; s'abandonne

 

 

Et cette joie

Et cette inconsistance

Au-dedans du vent

Comme au cœur de la lumière

Face à ce qui vient

Face à ce qui s'en va

 

 

Allant (essayant d'aller)

Comme toujours

Au-delà du mensonge et de la confusion

Au-delà même du témoignage

Sans rien connaître (pourtant) ; ni de l'Amour ; ni de la lumière ; ni de la vérité

[Enfoui(s) – en nous – si profondément]

 

 

La chair du monde

L'esprit des Dieux

Le cœur des rêves

Et l'âme des Autres

Glissant entre le feutre et la feuille

Et devenant (parfois) l'encre du poème

 

 

Le cœur dispersé

Comme le vent qui sèche les larmes

Comme l'âme du monde

Seul ; au milieu des pierres et des étoiles

Avec dans la chair

Le ciel et la sauvagerie

Ce qui est nécessaire aux vivants (et, quelques fois, à la poésie)

 

 

Mélangé au rêve et au périssable

Mélangé à l'horreur et à la folie

Ce qui n'a de nom

Et qui nous offre aussi sa tendresse

 

 

Grandissant

Au-dedans

Accroissant le territoire ; la terre d'accueil

Repoussant les bords du monde vers l'horizon

Apprivoisant (peu à peu) l'étrangeté (toute l'étrangeté)

La transformant en familier ; puis lui offrant une place au cœur de l'intime

Laissant tout se creuser

Réduisant l'importance et l'épaisseur

Renforçant l'inconsistance

Refusant le règne du monde et du temps

S'abandonnant

Disparaissant (sans même s'en apercevoir)

N'existant déjà plus

 

 

Simplement

Proche et présent

 

 

Le cœur penché

Et les pieds encore dans les éboulis

Sur cette pente étrange

Au-dessus (juste au-dessus) des sables mouvants

Où se débat la chair empêtrée

 

 

Peu à peu

Moins que rien

Avec à l'intérieur

Cette force invisible

 

Apprenant (peu à peu) à devenir comme le vent

 

 

Près du silence

Les yeux ouverts

Sur le mystère et l'énigme du monde

Et la main ; et le cœur – de plus en plus – caressants

 

 

A la verticale de ce qui voit

Le feu des origines

Cette danse ardente

Qui engendra les mondes

 

 

Hissé au-dessus du soleil

Comme l'arbre et l'oiseau

Comme le jour et les étoiles

Debout

Le front bien haut

 

 

Le geste magique de celui qui sait ; de celui qui sent

Aussi juste que la vie

Aussi tranchant que la mort

 

 

Au-delà des nuées

Encore très approximativement (sans doute)

Comme une trouée de lumière

Un contact avec le souffle et l'invisible

Au cœur de la respiration du monde

Comme une autre manière de se tenir debout ; de se sentir vivant

Moins épais

Plus fragile et friable

Et invulnérable sans doute

Comme si le vent avait remplacé la matière – l'espoir et la peur

 

 

Infiniment

Dans le refus (naturel) des frontières

Dans l'impossibilité de revendiquer le moindre territoire

Trop avisé (sans doute) pour accorder une place

au mensonge – au lointain – à l'étrangeté

 

 

L'intimité du monde

Comme si le lointain s'était rapproché

Comme si le cœur l'avait absorbé

Afin de vivre les yeux (innocemment) fermés

 

 

Comme abandonné

Offert à la pluralité

Offert à l'indistinction

Sans se soucier des hommes ; du monde ; du temps

Ni même de la nuit ; du rêve ; de la mort

Esquissant (simplement) un discret sourire

 

 

Disparaissant

Au fond de la blessure

Le cœur appuyé contre le silence

 

 

La nuit parfaite

Comme le reflet du mystère

 

 

Au creux de la lumière

Ce souvenir qui nous hante

 

 

Qu'importe le mythe ; la fable ; le rêve

Qu'importe le monde

Et ce qui se dit sur eux

Pour celui qui voit ; pour celui qui sent

Pour celui qui reconnaît la lumière au fond du sommeil

 

 

Rire devant la soif – l'impatience et l’acharnement des uns

et l'indolence et l'oisiveté des autres

Et devant ce pas de côté inutile

pour échapper aux bruits et à l'effervescence du monde

Infime parcelle de la trame

Si parfaitement indissociable du reste (de tout le reste)

[et sachant que rien ne peut être évité]

 

 

Figures du monde

Fenêtre sur la nuit

Un peu d'encre jetée dans l'âme

Autant de vaines tentatives

Quant au reste et à la suite

Que dire ?

 

 

Sans mot

Sans personne

Sans même la lumière

 

 

Sur les bras

Le jour ; la peine ; le rêve ;

la misère ; le monde ;

la vie ; la mort ; la gloire ; la lumière ;

la sagesse ; la folie

Ce qui pèse (ce qui finit par peser) de tout son poids

Vaudrait mieux s'abandonner –

offrir son existence et son âme – à ce qui passe

Et ne rien retenir lorsque cela nous quitte ;

lorsque cela s'en va

 

 

Criblé (s) d'éclats

Retrouvant (en quelque sorte) l'envers de la lumière

Le cœur de notre vie

Un pied déjà dans la tombe

Et l'autre (encore) dans la matrice

Écartelé(s) par le voyage

Tourmenté(s) par les catastrophes

Celles d'autrefois et celles à venir

Prisonnier(s) du passage (à vrai dire)

Comme englué(s) dans la matière

Dans l'étau invisible

 

 

Dieu

Entre les mains de tant de forces

Laissant faire

Se laissant faire

S'abandonnant aux règnes

Au milieu du monde

Au milieu des pierres

Au milieu des bêtes et des hommes

Au cœur de la solitude

Au fond de l'abîme

Et au-dessus

Comme l'empreinte du ciel sur la chair et l'esprit

Offrant aux âmes leur destin

Sans rien maudire ; sans rien contester

Ni l'éden – ni les enfers

Ni le dehors – ni le dedans

où (presque) tout est plongé

 

 

 

Tout sait être

Tout sait trouver sa place et son chemin

En dépit de ce que l'on pense des choses ; des Autres ; du monde

des hommes ; des fleurs ; des arbres ; des pierres ; des bêtes

 

 

Lentement

Très lentement

Aller et venir

Autour du même seuil

Autour de tous les seuils

Trouver un passage

Pour retourner là où tout a commencé

 

 

De plus en plus démuni et dénudé

De plus en plus proche du plus grand dénuement

et de la plus grande fragilité

A mesure que grandissent – en nous – la force et la lucidité

 

 

Ainsi

Au seuil

Sans retour possible

En équilibre

Sur le fil intérieur

 

 

Sans certitude ; sans assurance ;

sans la moindre garantie –

d'approcher la lumière – de ressentir la tendresse –

d'entrevoir la vérité – de pénétrer le mystère

Et si vous saviez comme l'on s'en moque...

 

 

Le cœur flottant

Le cœur pierreux

A la manière d'un destin

Une signature de l'air et de l'eau

Une signature du feu et de la terre

Une manière de vivre

Au milieu des âmes et de la chair

 

 

Un peu de soi

Un peu de vie

Et beaucoup du reste

 

 

Éclats de chair et de ciel

Éclats de jour et de poème

Ce qui s'insère

Dans le passage

Sous l’œil qui voit

 

 

Aveuglément

Qu'importe la lumière

Qu'importe l'obscurité

Bout(s) de vie sans bilan

Sans début ; sans fin ; sans recommencement

Entre la joie et le sang

Entre le sortilège et les larmes

Au milieu des choses et des possibles

Au milieu des prières et des épreuves

Sous le règne du jeu et de la transformation

Allant ; allant (ne cessant jamais d'aller)

 

 

Le jour pressenti

Par le cœur aveugle

Dans la pénombre du monde

Caché derrière ce qui vient nous défaire

 

 

A trop dire

Sans voir

Puis, de plus en plus silencieux

A mesure que l'énigme s'éclaire

 

 

A tournoyer

Au cœur de la confusion

Au cœur de l'épaisseur

Sans l'appui de l'esprit

 

 

Le ciel et l'âme

Et quelques fragments du monde

cachés au fond du poème

Jeté(s) par-dessus l'ignorance et la prétention ;

par-dessus mille choses dérisoires

Comme un cri ; une prière – lancé(e) vers le ciel –

presque sans raison

 

 

Comme un arbre

Comme une fleur

Au milieu des bêtes et des lutins

Au milieu des elfes et des dryades

Au milieu de tous les esprits de la forêt

Bras tendus

Prêt(s) à toutes les étreintes

A toutes les écorchures

A toutes les dévorations

A toutes les catastrophes

A toutes les célébrations

 

 

En soi

Tous les signes ; déjà –

de ce que nous sommes ;

de ce que nous serons

 

 

Comme un soleil

Sur le monde

Sur l'âme

Sur la peau

Sur le poème

Ce regard de tendresse

Cet œil sensible et caressant

Attentif à conserver intacts le contact et l'innocence

 

 

L'âme

Tentant sa chance

En dépit des risques ; des mises en garde ; de l'épaisseur

S'offrant à ce qui passe

[et qu'importe si cela l'élève ou l'écrase]

S'abandonnant sans résistance aux forces du monde

 

 

Allant

A la manière de l'arbre qui s'étire invisiblement

Comme tiré du dehors

Comme poussé du dedans

Croissant à son rythme

Sans jamais être – ni se sentir – écartelé

Dans une ascension involontaire et naturelle

 

 

Sous la lune qui sourit

A la manière d'une figure immense

Offerte

Au-delà de tous rituels

Flottant dans le ciel

Sous une lumière

Qui laisse intacts l'ombre et le mystère

 

 

Aller

Jusqu'à l'impossibilité du monde

Jusqu'à l'effacement du temps

Pour entrevoir

Derrière les voiles déchirés

Le vide fascinant de l'espace

Traversé par quelques rêves

 

 

Des étoiles et de la matière ;

un peu de poussière dans le ciel

 

 

Le cœur épris

Au seuil de l'impossible

Au seuil de l'impensable

Arrimé à l'envergure

Au plus près de l'immobile

Rivé à l’œil

Dans lequel tout se tient

 

 

La matière

Ballottée et ballottant

Apparaissant et disparaissant

Au gré des vagues

Et l'esprit

A l'origine des mondes – des courants et des vents

S'amusant de ces danses chaotiques

 

 

Tout contre soi

Ce qui nous est confié

Sans doute – le plus précieux

Et qui pourrait

En un tour de main

Nous être arraché

 

L'innocence plongée dans le magma épais du monde

Montant et descendant

Circulant et s'immobilisant

Riant d'être engluée dans cette coulée imaginaire

 

 

La terre au cœur

Vécue

Sans pensée

Sans appétit

Si amoureusement

 

 

Si près de la peau des bêtes

De l'écorce des arbres

Du tapis de feuilles et de roche qu'effleurent les pieds

Et de leur âme ; plus vivante (bien plus vivante) que celle des hommes

 

 

Cette joie ; cette tendresse ; ce soulagement

En voyant les bêtes sauvages

Échapper à l'homme

Et en voyant la liberté (et parfois, la résistance à l'oppression)

de celles qu'il a domestiquées

 

 

Laisser ce qui blesse se transformer en sa propre chair

Grâce au travail (involontaire) de l'âme – de la tendresse et du temps

 

 

De l'intérieur

Le monde

Le secret

L'Amour

La lumière

Comme si tout était absorbé

 

Le cœur plein

De ceux qui n'ont pas de réponse ;

qui restent silencieux

mais qui sentent et savent

 

 

Sans mensonge

Sans emprise

Seul donc

 

 

Le poids de l'ombre

Sur le dos

Et qui s'affole

A la vue de la lumière

 

 

Le cœur maintenu

A l'intérieur

Là où la fissure s'est élargie

 

 

Entre le vide et l'épaisseur

Le temps que dure l'effacement

 

 

Et si le monde était l'exil

Et si la solitude était le royaume

Et s'il n'y avait d'autres lieux que l'Amour et la lumière

 

 

Le ciel

Par-dessus la peau

Et – au-dedans – ce qui vieillit

Ce qui est amené à mourir

Ce qui est amené à pourrir

Et plus haut

Et plus profond encore

Ce qui échappe au monde et au temps

Et le lieu aussi de tous les recommencements

 

 

Par-delà la terre et le ciel

Par-delà la vie et la mort

Par-delà le corps et le poème

Ce que contient le souffle et le sang

Le plus vieux rêve du monde – peut-être

 

 

Sur le même fil – étrange et vivant –

que celui où la mort danse de manière ininterrompue

 

 

Rien

Du dehors

Seulement l'étrangeté et l'hébétude

Et cette tendresse

A l'intérieur

Qui apprend – peu à peu – à rayonner

A se répandre de cercle en cercle

Jusqu'à tout recouvrir

Jusqu'à submerger le moins aimable et le plus lointain

 

 

Peu de bruit (si peu de bruit)

Quelques gestes

Quelques pas

Des rires

Peu importe la poigne du temps

Le cœur penché

Sur l'ombre ; le manque ; l'invisible

Ce qui nous traverse momentanément

 

 

Ces larmes

Dans les yeux ouverts

Alors que d'autres (la plupart des Autres)

Rient le cœur fermé

 

 

Vivant

Au fond de la voix

Ce qui se tait

Ce qui se crie

Et qui se transforme parfois en poème

 

 

Le poème transformant, parfois, le monde

en lanières de chair offertes aux âmes révulsées

 

 

 

L'invisible et le vent

Traversant tout

Comme un territoire à saccager

Manière d'offrir assez de violence et de nudité

Pour bâtir (rejoindre plus précisément) un empire vide et innocent

Une terre sans frontière où l'on pourrait se tenir debout

Et vivre fragile et confiant

 

 

Au fil des mots qui se répètent

Le visage de plus en plus caché

L'âme de plus en plus droite

Les pages de moins en moins compréhensibles – peut-être

Comme une offrande au ciel et au monde

Et qu'importe ce qu'ils en font

Suffisamment habité pour être joyeux au cœur du silence

 

 

L'âme

Si près des choses

Qu'en se penchant sur elle(s)

On entend battre le cœur du monde

 

 

Davantage qu'un corps ; qu'une âme ;

Davantage que quelques mots offerts au monde

Presque rien pourtant

Et capable aussi – étonnamment – d'accueillir le plus qu'infini

 

 

Paroles murmurées

Depuis l'autre côté du cœur

Là où le hasard et le monde ne sont plus même des idées

 

 

Allant là où rien ne peut finir

Là où rien n'a jamais (véritablement) commencé

 

 

Sur la pierre grise

Des siècles

Comme une fête

Comme un refus

Comme au seuil d'un ciel interdit

Se balançant

Entre le monde et le possible

Jusqu'au dernier souffle

 

 

Face à l'inquiétant mystère

La main rassurante de Dieu

Par-dessus nos prières

 

 

Quelque chose d'enfantin

Dans la vie des hommes

Et quelque chose de l'enfance

Dans l'existence de celui qui sait

 

 

Sur la pente de l'invisible...

Tant de glissades

Tant de culbutes

Et presque jamais de franchissement

 

 

Là où va le poème

porté par le vent

Au fond du cœur quelques fois

Avec quelques larmes en guise de réponse

En guise de remerciement

Comme la plus belle des récompenses – sans doute

 

 

Là où le chemin s'arrête

Le cœur, lui (bien sûr), continue

 

 

Comme s'il n'y avait

Ni rêve ; ni monde

Juste ce grand « je ne sais pas »

Avec lequel il faut apprendre à vivre (aussi joyeusement que possible)

 

 

Par où passer ?

Par la terre ?

Par le ciel ?

Par le geste ?

Par les mots ?

Et si l'on restait là plutôt

A s'étreindre et à contempler

 

 

Bien plus loin que l'histoire

Bien plus loin que là où vont les pieds

Bien plus loin que là où se posent les yeux

 

 

Dans l'atelier de l'âme

Silencieusement (si silencieusement)

Sans alphabet

Sans rien faire

Sans rien inventer

Sans rien fabriquer

Pour laisser émerger

Du fond du mystère

L’accueil ; l'Amour ; le recueillement

Et, parfois, le refus et la rébellion

Selon le poids du rêve ; le poids du monde ; et l'inclinaison du cœur (du moment)

 

 

A travers les siècles

Malgré tout

Intimidé

Et sans assurance

Les yeux haut sur le visage

Presque détachés

Comme posés entre le monde et le ciel

 

 

Dans ce recoin de l'espace

L'âme

Sous les vents bleus

Alors que partout s'enhardit la haine

Alors que partout la douleur défigure le monde

 

 

Aller

Sans plus savoir

Vivre

Sans mur

Sans se heurter

Se laissant porter (et emporter aussi – bien sûr)

Dans le flux du monde

Les courants de l'espace

Indéfiniment

Aller

Sans pouvoir comprendre ; ni mettre des mots sur ce que l'on traverse

 

 

De temps en temps

Immobile

Puis, reprendre la route

Continuer cet étrange voyage

Là où il n'y a ni voyageur ; ni mouvement ; ni paysage

Seulement ce qui passe

 

 

Au milieu d'un énigmatique défilé de figures et de choses

Au milieu d'un étrange cortège de rêves et de fantômes

 

 

Être

Devant le jour

Le monde et l'infini

Le silence et la lumière

L'ardeur et la violence

L'ignorance et l'infamie

La sagesse et la paix

Exactement

Comme si l'on était devant soi

 

 

Plus lentement

Dans les interstices de la lumière

Le jour fragile

Le cœur étreint

Dans l'intimité vivante du monde

L'innocence et la sauvagerie réunies

Là où Dieu a posé la main

Là où nous avons eu l'audace de faire quelques pas

 

 

La malice du piège qui nous fait croire au miracle

Et la malice du miracle qui nous fait croire au piège

 

Et si tout n'était – en fait – qu'un rêve

Quelque chose qui nous ferait croire

tantôt au miracle – tantôt au piège –

tantôt au deux simultanément

Presque sans jamais entrevoir la malice du rêve

 

 

Alors que tout est là

Que tout se tient entre le silence et le monde

Ce dont rend compte parfois le poème

 

 

En quelques mots

Dire

Ce qui est

Ce qui passe

Ce qui reste

Ce que l'on pense et ressent

 

Témoigner de toutes ces façons d'être au monde ;

de toutes ces façons de célébrer la terre et le ciel

 

 

 

Comme coincé(s) – semble-t-il –

entre le mur des rêves et le mur des prières

Vivant sans savoir – en somme

Préférant imaginer

Préférant espérer

Réduit(s) peut-être aux fonctions les plus naïves de l'esprit

Sans voir le ciel – ni entre les murs ; ni en soi

Ne le contemplant que de temps en temps au-dessus des têtes

 

 

Avec la force d'un Autre

Entre les mains

Entre les tempes

Et entre les parois du cœur aussi

Serviteur(s) docile(s)

Qui que nous soyons

Quoi que nous en pensions

 

 

Nous rapprochant

Peut-être

Dans l'arrière-cour des souffles

Là où bien trop peu d'hommes osent s'aventurer

 

 

 

Comme un bout de nuage

Au fond de la tête

Qui favoriserait

Cet air si rêveur

La légèreté des pas

Et le bleu de la parole – quelques fois

 

 

Un peu de vérité

Et sans doute même davantage

Au fond de la bouche qui se tait

Et parfois même dans ce qui en sort

 

 

Là où surgit la lumière

Le cœur et la chair étonnés

De voir sortir de l'ombre

Tant de rêves et d'obscurité

Tant de possibles et d'adversité

 

 

Entre le monde et la mort

Nos gestes

Le mystère

Et le sang des Autres

 

 

Le monde

Offert aux yeux et aux mains

Nourrissant le contact

Et l'étreinte

Et la possibilité de la joie

[pour les plus sensibles]

 

 

L'homme

Comme toute autre créature

[ni moins ; ni davantage]

Maille composée d'invisible et de matière

Dans la grande trame mystérieuse

 

 

Tombé là

Tout tremblant

Sans bouger

Sans rien trouver

Comme plongé au fond d'un œil

Comme plongé au fond d'un cœur battant

 

Et, parfois, une chair à délivrer de toutes les emprises

 

 

Au milieu des images et de la mémoire

Loin (si loin) du réel

Comme derrière un épais rideau

Jeté entre l’œil et le monde

Entre la tête et le reste

Regardant ce qui passe

A travers ce voile opaque

 

 

Si plein de mystère et de cosmos

Alors que le sang coule

Alors que le monde s'enflamme

Le cœur se balance

Entre la matière et la lumière

Entre le rêve et le possible

Toujours partagé

Comme s'il habitait (simultanément) les deux royaumes

La patrie de l'homme

 

 

Ici

Éternellement

Et quelques fois

A sa place

Lorsque le rêve quitte le sommeil

Lorsque la parole quitte le langage

Lorsque le geste quitte le monde

Lorsque le pas quitte la route toute tracée

Lorsque l'on ose aller – et se montrer – nu(s)

Tel(s) que nous sommes

 

 

Sur la pierre

La peau caressée

Comme celle des bêtes

 

Et dans le ciel

L'âme embrassée

Comme celle des Dieux

 

Et les uns assoiffés (toujours assoiffés) de sang

Et les autres ; les mains jointes en prière

 

Le cœur de l'homme ; depuis toujours si partagé

 

 

Ici

La joie

Et là

Ce qui nous entoure

Si mystérieusement mélangés

 

 

Sans autre manière de vivre

Guidée par la mémoire et les instincts

 

 

Longé le monde

L’œil attaché au mur

Allant plus loin

Tournant en rond

S'enfonçant dans l'épaisseur

 

 

Le soleil rouge

Sur cette terre sans hasard

Au cœur du manque

Là où les yeux cherchent (et se cherchent)

Là où les mains s'empoignent et se servent

Animés par le désir et la faim

Plus que les bêtes encore

 

 

Posés

Ensemble

De la même couleur que l'air

 

 

Le cœur en fuite

Le cœur combattant

En ce monde

Où la faim est meurtrière

Et où le gîte et la reproduction relèvent (si souvent) du territoire

 

 

Assez tendrement

Le cœur et la main qui s'avancent

Vers la mâchoire (toutes les mâchoires) du monde

 

 

Comme une offrande

A ceux qui prennent

A ceux qui s'emparent

A ceux (lorsqu'il leur arrive d'y penser) qui n'y voient que folie ou sacrifice

Jamais un geste d'Amour

Jamais un geste de bonté

 

 

La main de l'abondance

Au cœur de notre misère

Comme si Dieu avait embrassé le monde

Et laissé quelques traces ; quelques empreintes sur la pierre

Là où la nuit – les rêves et les mythes – n'ont pas réussi à s'installer

 

 

Aussi digne devant Dieu

que devant ce qui nous rend dégueulasse ;

que devant ce qui peut nous déglinguer ;

que devant ce qui nous fait dégringoler

 

 

Le cœur posé au loin

Contre la douleur

Entre la cage et le ciel

Le poids du monde

Sur les épaules

 

 

A rire de l'indistinction

Sous cette lumière (encore bien) trop imprécise

 

 

Comme un arbre

Comme le vent

Et ce que le monde ignore

 

 

Parfaitement fou – peut-être

Mais bien plus joyeux qu'autrefois

 

 

Fou aux yeux du monde

Alors que – bien sûr – la lucidité s'aiguise

 

 

L’œil aussi tranchant qu'une lame

Non pour découper le réel (comme le fait l'esprit de l'homme)

Mais pour détacher l'essentiel du superflu ;

la lumière de ses scories ;

la tendresse de ses imitations

[Sans ignorer – bien sûr – que tout se mélange (très) joyeusement ;

et qu'il n'y a rien à trier ; rien à rejeter ; rien à conserver ;

sachant que l'on se moque autant de l'essentiel que du superflu ;

autant de la lumière que de ses scories ;

autant de la tendresse que de ses imitations –

sachant que le réel n'est qu'une sorte de rêve]

 

 

Au fond de la caverne

Encore

Celui qui sommeille

 

 

Celui qui crie

Celui qui chasse

Celui qui défend son territoire

L'animal à deux pattes

 

 

Dans l'exact prolongement des malheurs

Notre tête

Comme une flèche en plein cœur

Et l'âme (un peu) au-dessus

 

 

Au-delà du désir

Au-delà de l'oubli

 

 

Inséparable du monde ; du reste

Ce que nous sommes

Ce qui nous traverse

Ce que nous vivons

Comme si rien n'existait vraiment – en somme

 

Et tout – bien sûr – se transformant

Comme si rien ne pouvait exister hors de la grande trame

 

 

Dans l’entremêlement des souffles ; des vibrations ; des destins

Nous autres

Le monde

 

 

Nos vies

Des liens ; des visages ; des choses ;

Des rencontres et des échanges

Une foule de détails

Rien que des détails

Presque rien – en somme

 

 

Nous sommes la distance qui sépare l'infime de l'infini

 

 

Pieds nus

Haut perché (si haut perché)

Bien au-dessus du monde

Bien au-dessus de la raison

A contempler le ciel

La douleur

Les pierres et les fleurs

Le bleu de la terre

Le cœur aussi libre que les nuages

 

 

Sans jamais cesser

Cette ardeur

Qui anime toute chose

 

 

Passant partout

Et réussissant même à traverser l'épaisseur et le temps

 

 

De moins en moins perceptible

Comme le souffle des vivants

Comme l'air qui enveloppe le monde

Comme le silence au fond du cœur

 

 

Comme un rebut de lumière

Enrobé de terre

Enveloppé de nuit

Que la peur anime

Que la faim anime

Que le rêve anime

Et qui n'aspire – en vérité – qu'à trouver

un peu de tendresse et de paix

(qu'à retrouver son origine)

 

 

Le cœur en friche

Entouré de pointes

Les siennes

Et celles des Autres

Errant en quête d'Amour

Dans un désert de piques et de glace

 

 

Matière anonyme

Matière émiettée

A peine une ombre

Sur la pierre

Et l'envie (irrépressible) d'avant

Et ce qui aspire à revenir ; à recoller ; à retrouver

Et le souvenir qui dure

Et le reste ; et l'étrangeté – (toujours) pourchassé(e)

Au lieu de célébrer l'effacement et la métamorphose

 

 

Là où rien ne demeure

Derrière cette vitre sale

Où s'épuisent les yeux

Où s'épuisent les âmes

Remuant des feuilles et du sable

Remuant de la ferraille et des rêves

Remuant de la chair et des promesses

Les mains rougies par le froid et le sang

Sans rien reconnaître du monde

Sans rien savoir de l’œil qui voit

 

 

Dans l'espérance d'un possible

Dans l'attente d'un accès

 

Sachant – bien sûr – que rien n'arrivera

Sinon le connu – la tristesse et la lassitude

 

Jamais le silence ni la joie

Jamais l'ineffable ni le merveilleux

 

 

Perpétuellement

L'oubli

Et pour toujours – sans doute

 

La vie comme un rêve

 

 

Au cœur de l'expérience

L'illisible

Et au-dedans

Et au-dessus

Et tout autour

La mort – l'Amour et le possible

 

 

Au cœur de l'éphémère

Cette croix

Et ces bras tendus

 

Des caresses et des coups

Et la promesse de l'éternité

 

 

Aux yeux des Autres

Des jours

 

Et en soi

L'enfance

Ce qui ne peut périr

Bien davantage qu'un recommencement

 

 

Comme un passage

A côté du monde

 

Et cette obsession de la perte

A l'envers

Pour goûter cette joie de voir tout nous quitter

Pour goûter cette joie de n'être plus rien

 

 

Ici

A travers toutes les déclinaisons de l'invisible

 

 

Là où est l’œil est la lumière

Là où est le cœur est la tendresse

Et là où ils se posent est la sagesse

 

 

De nouveau

Autour

Et encerclé

Comme si le monde était redevenu le monde

Comme si le temps était redevenu le temps

Comme si le vent s'en était allé

Comme si la lumière nous avait abandonné

 

Et ce qu'il reste ?

Nous et la nuit

Nous et nos larmes

Nous et ces visages hostiles

Nous et le mystère

Éloignés (si éloignés) les uns des autres

Incroyablement séparés

 

 

La main qui court sur la page

Les mots qui coulent

Et le cœur qui bat

Et les larmes sur nos joues

Comme si tout était à sa place

 

 

Au cœur du vent

Qui (fort heureusement) fera tout disparaître

 

 

Terres de désirs ; de massacres ; de promesses

Terres de rêves et de manières

Terres d'absence et de prétention

Terres de futilités

Où l'innocence et le merveilleux

Sont relégués à l'enfance et à l'au-delà

[Et – dans le meilleur des cas – à une forme d'utopie]

 

 

(Un peu) philosophe par nécessité

(Un peu) poète par accident

[Et à force aussi de travail – sans doute]

(Un peu) atypique par naissance

(Assez) solitaire par goût

Homme (malgré lui) par la forme

(Si) proche du reste par sensibilité

Et presque rien par essence

 

 

Obstinément

Le rêve et la mort

 

 

Abandonné au fond des ténèbres

Entre les mains de la lumière – pourtant

 

Et façonné par les rencontres

Ce cœur si solitaire

 

 

Ce que nous sommes

Ce qui est

Les liens

Et ce qui vient

[Presque sans nous tromper]

 

 

Le cœur cabossé

Soigné par l'étreinte

 

Et le cœur complet

Plus sensible que pompe à sang

 

 

Le cœur cerclé de monde

A l'abri des heurts et du bruit

Comme un mur

Au-dedans

Pour protéger l'innocence ; le silence ; la fragilité

 

 

A ne plus savoir que faire

Sur la pierre

De ces éclats de promesse

De ce besoin de solitude et d'espace

De cette soif de lumière

De ces coups et de cette poussière

Comme si nous étions en exil

Comme si notre vrai foyer était ailleurs

 

 

Sans réserve

Sans tension

Cette puissance qui œuvre

Et à laquelle rien ne résiste

 

 

Et cette lutte

Contre le monde

Contre le temps

Aussi efficace que deux bras tendus

qui essaieraient d'arrêter l'océan

 

 

Dieu

infailliblement

Jusqu'au cœur du tourbillon

Jusqu'au fond des ténèbres

Jusqu'à la plus lointaine périphérie de la lumière

 

 

Ce bleu absolu

Maladroitement esquissé par la main

La seule réalité – sans doute

Déguisé en mondes

Déguisé en choses et en visages

Déguisé en rêves

Déguisé en rencontres et en événements

 

 

Comme une percée

A l'envers du monde

A l'envers de la question

De l'autre côté du ciel

De l'autre côté du rêve

Sur les ruines de ce que nous avons su

De ce que nous avons vu

De ce que nous avons cru

 

 

Le cœur souriant

Avec un poème noué à chaque coin des lèvres

Un silence des hauteurs

Un refuge (une sorte de refuge) azuré

L'âme (totalement) hors de portée

Et le visage encore barbouillé de monde

 

 

De la neige au fond des yeux

Comme un peu d'innocence

Alors que la main de l'homme est rougie par le sang

 

 

Sans autre habitude que celle de ne pas en avoir

(qu'elles nous quittent ou qu'on les perde)

En plus de quelques autres – bien sûr...

 

 

L’œil qui scrute les formes et les couleurs

Et ce qui voit

Au-dedans et par-dessus ce qui semble voir

 

 

Comme posés là

Entre les mots

Ce silence et cette joie

[si discrets – à peine perceptibles

que presque personne ne les remarque]

 

 

Le cœur sans distance

Accroché à cette épaisseur informe et changeante

[Que certains appellent le monde ; et que d'autres –

plus lucides peut-être – appellent le réel]

Et même amoureux quelques fois

 

Aussi intime avec les hauteurs qu'avec les couches souterraines

Aussi intime avec le dedans qu'avec les parcelles les plus lointaines

 

 

Au chevet (et à l'écoute – bien sûr) de l'âme du monde

Que la plupart ignorent

Dont la plupart se moque

 

 

Saupoudrés de rêve

L'usage

La terreur

Le cri

Le monde

Quelque chose de l'après et de l'espérance

Pour rester debout – peut-être

Pour supporter l'insupportable – sans doute

 

 

A recouvrir les rêves et la roche de nos ambitions

La puissance dérisoire de l'homme brandie en étendard insensé

 

 

Un pas de côté

En compagnie de personne

Avec (pourtant) de l'Amour plein les bras

 

 

Si près de la pierre et de l'étoile

Le cœur à la verticale

Le cœur enchanté

Là où l'homme ne voit qu'un territoire à exploiter

 

Et, soudain, à cette pensée

Le cœur qui chavire

Le cœur bouleversé

 

 

Autour de soi

Au cœur du monde

Ces murs de bruits

Hauts ; longs ; infranchissables

Contre lesquels se fracasse le silence

 

 

Du bleu à l'autre côté du monde

Puis le long chemin du retour

 

Comme immergé(s) dans le passage

[qu'importe l'étape à laquelle nous sommes]

 

 

Sous le joug de l'espoir et du devenir

En ce monde où « plus tard » n'arrive jamais

En ce monde où tout se déroule dans l'instant

Comme si le temps était cloué sur un mur qui n'existe pas

 

 

Le cœur dans l'herbe

A jouer avec l'âme des fleurs

 

Le cœur sur la roche

A écouter l'âme de la terre

 

 

Adossé au ciel

Sans se demander pourquoi

Avec la chair en contrebas

Bousculée par le monde

Et – peu à peu – grignotée par le temps

 

 

Passionnément (si passionnément)

Comme le vent

Ce feu

Cette fièvre brûlante

Cette ardeur invisible

Animant le monde

Animant les pas

Animant les âmes et les mains

Embrasant les cœurs et la terre

 

 

Derrière l'horizon

Là où s'est caché le mystère

Protégé par les plus lointaines étoiles

 

 

Le cœur-monde

Immergé(s) dans cette combinaison sans hasard

 

 

Entre les lignes

Le ciel

La rivière et le vent

La bête

L'arbre et la fleur

L’étoile

La roche et la rosée

L'inventaire du plus intime

[Et sans doute du plus désirable]

La chair commune

La seule vie possible

Et notre âme agenouillée

Et notre cœur reconnaissant

 

 

L'hiver déjà

Vers lequel va le monde

L’œil gelé

La chair gelée

Le cœur gelé

Emportés eux aussi

Au bout duquel il n'y aura (sans doute) plus d'espoir

 

 

Les mains nues

Les yeux emplis de tendresse (et de bonté)

Au milieu du plus fragile

De ce qui est à la merci du reste

Et qui ne l'est pas ?

 

 

Toujours

Sans même vouloir aller plus loin

Laissant le vent décider du voyage

[du rythme ; de l'itinéraire ; de la destination]

 

 

Présent

Au cœur du jeu

Si près de là où tout se joue

 

 

Face à la lumière opaque et dégradée

Face à ce monde épais et sombre

Sans même voir les voiles devant nos yeux

 

 

Au lieu du jour

Le cœur

Sans référence

Œuvrant à son métier

Aimant sans préférence

 

 

L'origine bien en vue

La destination du voyage

Comme une simple étape dans la boucle

 

 

A travers nous

(Bien sûr) le parcours de la lumière

 

 

A l'intérieur

Cet espace

Ce recul

Et au-dehors

(Apparemment) rien d'inhabituel

 

 

Quelque chose du sort

Assez puissant pour dessiner un destin

Dans cette main qui se tend

Dans cette main qui caresse

Dans cette main qui frappe

Dans cette main qui se retire

 

 

Libre du monde comme du mystère

Laissant être et laissant faire

 

 

Être

Soi

Autant que le reste (autant que toute la diversité du monde)

Et plus encore

 

 

Sans bouger

Tout qui vient à soi

Par tous les pores

Par tous les orifices

Ce qui entre

Sans même prendre la peine de frapper à la porte

Déjà chez eux

Et sûr (à présent) de l'hospitalité

 

 

Sans clôture

Sans écriteau

Le cœur ouvert

L'espace commun

 

 

Au plus simple

Sans perplexité

Le geste

La parole

Le pas

La vie

Et à peu près rien d'autre

 

 

Le cœur déposé

Sans consigne

Sans regret

Comme une offrande

 

Au nom du sans nom

 

 

L'encre jetée comme une poignée de fleurs vivantes

Joyeusement

Et avec ferveur

Sans rien attendre des mains qui la recevront

 

 

A la manière du silence qui accompagne le monde

 

 

Le poème

Comme l'oiseau

Dans le ciel noir

Allant par-dessus la nuit

Chercher un peu de jour

 

 

Au bord du monde

Comme l'herbe des fossés

Comme l'aube qui vacille

Comme le rêve qui s'éclipse

Comme l'âme qui vit à l'écart

Dans l'attente d'un peu de lumière

 

 

Dire

En si peu de mots

(A la fois) tout et rien

Si peu de choses – en vérité

 

 

La nuit

De plus en plus claire

(Sans doute) pas si loin de la lumière

Alors que le monde transforme

(a l'air de transformer) l'obscurité en néant

 

 

De plus en plus loin

Le brouhaha du monde

Les bruissements de l'âme

 

Le cœur – l’œil et la main

Au milieu des arbres

Au milieu des bêtes

Là où est la chair

Là où est la vie

Ce vers quoi nous penchons naturellement

 

 

Sur ce carré de terre

Où tout est réuni

 

 

(Peut-être) plus près du regard que de l'épaisseur

En dépit de leur alliance

En dépit de leur danse perpétuelle

 

 

 

Le cœur dressé ; le cœur joyeux ; le cœur caressant

 

 

Sur cette terre

Pavée de rêves et de jour(s)

Le lieu de l'homme et du langage

Et en deçà

Et au-delà

Et au-dedans même

Autre chose

Bien plus qu'un « ailleurs »

Bien plus qu'un « autrement »

Bien plus qu'un « pas encore »

Le repère de l'ineffable

 

 

Recouverts

Le baiser des bêtes

La tendresse du Divin

La possibilité d'un autre monde

Sur cette terre (bien) trop humaine

 

 

Le cœur émoussé

A force d'inattention

 

Posé là

Devant personne

 

 

Et la possibilité de l'Amour au cœur même de cette folie

 

12 avril 2025

Carnet n°316 Écoutant ce qui demeure

février 2025

A demi-mot

De travers

Si malaisante

Sous cette hauteur étoilée

Cette étrange navigation

Vers des lieux que nul ne (re)connaît

 

 

Au seuil

Et tout autour

En ces lieux de pleine liberté

Au-dedans même de ce monde

Là où le front s'incline

Là où le cœur danse

Dans ce vent qui (nous) pousse vers nulle part

 

 

A la jonction de l’œil et du monde

Dans l'intimité de la trame

Ce tissu sans accroc ; sans interstice

Où chacun (chaque chose – chaque visage)

est une maille vivante – fragile – provisoire

(incroyablement provisoire) tissée

avec tous les fils de l'écheveau

Au cœur de cette poésie vivante

Nous sommes

De toute évidence ; nous sommes

 

 

Au bord du cercle

Formé par les mondes

L’œil

Et l'esprit aventureux

Porté parfois à croire ; porté d'autres fois à refuser

Laissant l'âme se défaire des derniers tracas humains

 

 

Si singulièrement coloré ;

presque parfaitement bleu

Ce qui suit sa pente

Les paumes pas nécessairement jointes

Parfois à la manière des nuages

D'autres fois à la manière du vent

Au cœur de ce silence perpétuel

Au cœur de cette matière si changeante

De la chair ; des mondes ;

et des yeux quelques fois

Sans rien dire

Sans rien corrompre

Sans rien meurtrir

Parcourant l'espace en quelques instants – à peine

 

 

Entièrement offerts

Ce souffle ; ce monde ; cette chair

Et cette parole aussi

Sans que rien nous manque

Sans rien désirer

Sans rien espérer

Sans que cela nous coûte (non plus)

Simple rêve et simple rumeur peut-être

Traversant le sommeil et l'épaisseur

A la manière d'une réponse – sans doute

 

 

Ici ; jusqu'ici

Guidé(s)

Le cœur ; le mot ; la flèche

Comme un peu de silence

Comme un peu de lumière

Comme un peu de tendresse

Et qu'importe si certains y voient autre chose

 

 

A travers la vie – le monde – le temps

Ce qui semblait impossible

L'Amour et la lumière

L'infini et le silence

 

 

Au cœur du bleu

Sans souvenir

Sans rien dire

Comme si l'on n'en avait jamais fait le tour

 

 

Le cœur seul

Sur la pierre disparue

 

 

Allant sans soif

Indifférents

Sans penser au chemin

Sans même imaginer la possibilité d'un voyage

Sans jamais s'occuper des visages

Rivés au rêve et à la chair (rien qu'au rêve et à la chair)

Oubliant l'âme

Et négligeant le reste (tout le reste)

Fantômes humains

Comme à la dérive

A la périphérie de l'imaginaire

 

 

Le cœur épuisé

Au milieu de toutes ces traces de sang sur la pierre

Sans bruit ; sans bruit

Et la lumière qui s'en est allée

 

 

A la source des mondes

L’œil et la fièvre

L'éternel recommencement de la promesse

Là où tout se jette

Là où tout séjourne (pendant quelque temps)

Là où tout se transforme (et bien davantage)

Ce que quelques-uns comprennent (fort heureusement)

 

 

Dans la compagnie des arbres et des nuages

 

 

Écoutant ce qui demeure

Au lieu des bruissements du monde

Au lieu des mensonges du temps

Ce qu'enseigne le silence

 

 

Avant la pierre

Et avant le temps

Le cœur oublié

L'espace perdu

Traversé par les nuages et le vent

 

 

Ce qui initia les mondes

Pas le désir ; pas l'intention

L'ardeur

Cette fièvre ; cette folie

La nécessité de l'expression

Ce qui a besoin d'apparaître

Ce qui agit de toute éternité

[Et l’œil – un peu au-dessus –

et trop rarement au-dedans –

contemplant la danse (un peu) absurde]

 

 

Cette hauteur dans la voix

Comme ce qui est éclairé

Comme ce qui persiste

A peine le temps d'un souffle

 

 

Recommençant à chaque instant

 

 

Du vent et de la poussière

Ce que le cœur rencontre

dans son voyage vers le sacré

 

 

La route ; comme un rêve

Un pas de plus vers l'inconsistance

 

 

L'âme taillée pour accueillir –

faire face à l'incertitude

et se soumettre à toutes les folies

Sans mise en garde

Sans garantie

 

 

Le cœur courageux ; et encourageant

 

 

Par-delà l'obscur

Par-delà les griffes du vivant

Par-delà le monde

Par-delà le temps

Vers le plus intime (et, sans doute, le plus vrai) de cette existence

 

 

Caressée l'enfance

Du bout de l'âme

Sans rien défaire du monde

Sans rien défaire du temps

 

 

A genoux

Sur la pierre

Sous la neige

L'apparence d'une forme

Quelque chose du bleu

Par-dessus le rêve

A travers la trame du monde

Le vent

 

 

Tout s'efface

Le monde

Les visages et les noms

Les certitudes et les questions

Et même le mystère

Lorsque la vie cesse d'être une énigme à résoudre ;

une vérité à saisir

Lorsque notre manière d'être vivant

nous plonge au cœur du plus intime

Lorsque le fond de l'âme sait se faire silencieux

 

 

Combien de fois

La chair brutalisée

Le cœur bouleversé

L'âme tourmentée

Les adieux au monde

Et les yeux rougis

Avant que tout ne tombe dans l'oubli

 

 

Loin ; si loin

Alors que le temps passe (semble passer)

Avec le reste

Et les larmes

Et l'oubli des années

Flocon ; brin d'herbe ; tourbillon d'air – à peine

Ignorés par le monde

Transformés par la vie

Transformés par la mort

Et allant encore

Vers d'autres cieux

Le cœur (presque) toujours (un peu) ébréché

 

 

Paroles offertes

Taches d'encre jetées en l'air

qui s'éparpillent dans le silence ;

au fond du cœur et sur la pierre

 

 

Le cœur auxiliaire

Aussi précieux que le souffle

En ce monde

Et au-delà

Et partout ailleurs

Nécessaire à tous les élans

A tous les voyages

Ne laissant aucune trace sur la neige

Ne laissant aucune trace dans la boue

Ne laissant aucune trace sur la pierre

Aussi bleu que les rives et le ciel qu'il traverse

 

 

Le ciel et le monde aussi légers que l'âme

Aussi légers que le vent

N'existant que dans les yeux de ceux qui voient ;

dans la tête de ceux qui pensent ;

dans l'imaginaire de ceux qui croient

Et parcourus indifféremment par tous les autres

Et enjambés (sans même s'en apercevoir)

par ceux qui fréquentent les hauteurs

Pas même une chose

Pas même un souffle

Pas même un rêve

Rien...

 

 

Au fond de l'interstice

Entre deux mondes

Entre tous les mondes

Un passage ; mille passages – peut-être

 

 

Figures de l'infini et de la mort

Qui se nourrissent des souffles du monde

Plongé(e)(s) dans le cœur et la chair des vivants

Invoquant l'infini

Exhortant les yeux à se tourner vers le ciel

A traverser la nuit

A écarter les étoiles (toutes les étoiles)

Et à attendre la lumière

 

 

Empoigné(s) par le plus incertain – peut-être

Jour après jour

Sans rien abandonner

La parole jetée comme des tourbillons de vent

Prêtant l'oreille à l'immensité

Et laissant les âmes danser

Au milieu du monde

Au milieu du temps

 

 

Sans rien

Sans jamais rien quitter

Allant ; allant – ne cessant jamais d'aller pourtant

De monde en monde

Pour arpenter l'espace

A la manière de l'esprit

 

 

Au fond des yeux

Le monde et le vent

Le ciel et le temps

Et quelques rêves peut-être

Et l'impossible sans doute

Comme dans le cœur de tous les vivants

 

 

Là où le bleu joue sur la pierre

Là où l'âme est invitée

Passant tantôt par la parole ;

tantôt par le geste ; tantôt par le pas

Ne quittant – pourtant – ni le silence ;

ni les profondeurs ; ni l'immobilité

 

 

Alors que le jour se lève

Et que le monde s'affaire

Cherchant l'or et la tendresse

Laissant la nuit tout recouvrir

Laissant la lumière aller vers d'autres terres

Abandonnant l'homme à son délire ; à sa folle ivresse

 

 

Effeuillée la douleur

Si mal aimée pourtant

Le cœur ému (si ému)

L’œil sensible (si sensible) à la beauté

Sautillant d'une rive à l'autre

Par-dessus la nuit et le monde endormi

Par-dessus la danse et la folie des hommes

Par-dessus les rêves et la mort

Allant là où il n'y a plus de raison d'espérer

 

 

Le cœur renversé

Jusqu'à soi

A la manière du sang versé sur la pierre

A la manière de l'encre jetée sur la feuille de papier

 

 

Comme emporté

Face au ciel

 

 

Dans la voix

Le murmure inclus

Ce que la parole éclaire

Et ce qu'elle est obligé de taire

 

 

La mort

Comme une échelle posée contre la douleur

Et l'âme qui grimpe

Et l’œil qui voit de l'autre côté

 

 

La main tendue

Vers le silence

Et la lumière

 

 

Traverser

S'affranchir encore

Là où persiste l'épaisseur

 

 

Les têtes pleines de rêves

Et les mains hésitantes

Devant le tambour du temps

Laissant le monde enjamber les saisons

Laissant le sang des bêtes se répandre

Laissant les grands arbres se coucher

Rien dans l'urne des jours

Le cœur vide

Le cœur si désolé

Et rien dans la paume tendue

Et rien sur les lèvres pour consoler

Comme si le monde avait été abandonné

[Et notre chagrin que rien ne pourrait consoler]

 

 

Sur la poutrelle des rêves

Qui surplombe le monde

Posée au milieu des nuages

Entre la lumière et le temps

Comme quelque chose d'offert ;

une échappée – peut-être –

pour ceux qui cherchent un passage

 

 

Rien que des reflets

Entre les ombres et le feu

Au milieu des fantômes et des flammes qui dansent

 

 

Parole criblée de silence

Aussi proche du cœur que du monde

Aussi proche du ciel que du sang

Et qui enjambe tout sur son passage

 

 

Au fond des yeux

Un peu de bleu

Le reflet du reste

Un orage de papier

Un cœur ombrageux

Une pierre pour contempler ce qui s'enfuit

Les mains jointes au chant

Manière de célébrer la faiblesse et la fragilité

Toute l'imperfection du monde

Et quelques larmes aussi (bien sûr)

 

 

L'âme au milieu du monde

Au milieu des Autres

En plein sommeil

 

 

Au milieu des cris

Au milieu des bruits

Comme un peu de neige

Par jour de grand vent

La possibilité de la magie ou du néant

Au lieu du cœur

Au lieu du ciel

Et là – soudain – comme un peu de poésie

L'espace – à peine – de quelques instants

 

 

Le cœur décapité

Jeté du haut du monde

Sans doute notre portrait

(peut-être – notre portrait craché)

[A travers tous nos gestes]

 

 

Ce qui s'expose ;

ce qui se montre ;

ce qui s'exhibe

Et ce qu'impose la faim

Dans ce bain d'ignorance et de prétention

(que chacun – bien sûr – feint encore d'ignorer)

[Rien que de la chair et des noms ;

lancés en l'air (un peu au hasard)

et qui ne forment qu'un amas de bruits et de mots]

 

 

De seuil en seuil

Jusqu'au bord

 

 

Avant rien

Après rien

Pendant rien

Mais que sommes-nous alors ?

Et qui donc se pose la question

 

 

Géographie du cœur

Comme si le vide s'était déguisé

Laissant intact le mystère

Laissant sans réponse toutes les questions

Nous laissant trébucher sur la lumière

 

 

Dans la chambre lointaine

Entouré(e) d'arbres et de livres

Au milieu des bêtes et du silence

Là où l'innocence s'est réfugiée

 

 

Allant ; allant (ne cessant jamais d'aller)

Sur ce continent sans horizon

A la manière des vagabonds

Comme le vent qui caresse la pierre

Comme le cœur qui interroge la mort

Comme les hommes face au mystère

Vers le visage de Dieu – peut-être

 

 

Si près des yeux

Le cœur chaviré

La parole délirante

Comme de vieux restes de rêves

Et ce qui ose encore résister à la folie du monde

 

 

Au fond de la source

La nasse ; de l'or ; les mains des Dieux

Du sable qui s'écoule

La chair du monde

Les rivages du temps

Le sort des âmes

Le destin des vivants

Le sort de tout

Et ce que nous ignorons encore

 

 

Le cœur

A travers la parole et la blessure

A travers le désordre et le renoncement

A travers toutes les lois du monde

Sans rien offenser

Sans le moindre chagrin

Comme oubliés

L'âme légère – si légère – à présent

 

 

Tout autour du jour

La joie serrée contre la chair

Le cœur serré contre le sang

Et la faim aveugle

Comme si Dieu s'était trompé de rêve

 

 

A force de rire

A force d'aimer

Peut-être parviendrons-nous à transformer le piège ;

à découvrir au milieu des cris et de la mort

un peu de douceur et de liberté

 

 

Si généreusement

La lumière

Tressée avec les rêves et les hurlements

Repliée au fond de la cécité

Enroulée autour des paupières fermées

Enfoncée dans les profondeurs les plus lointaines

Qui – après l'avoir vue – pourrait encore en douter

 

 

L’œil sur sa fin

Face au monde

Trop docile – peut-être

Trop peu affranchi des forces obscures ; encore trop ensommeillé

Et pas assez aventureux

Trop obscurément ouvert – sans doute

 

 

De la pierre à la fleur

Sans repos

Sans répit

Avant que la main de l'homme ne s'abatte

Avant que la mort n'advienne

Comme un pied de nez au monde

Et un clin d’œil au temps qui passe

 

 

Le cœur buvant à même le ciel

Au milieu de la danse

Au milieu des étoiles

Laissant approcher tous ceux qui ont soif

 

 

Alors que tout s'écarte

Le cœur – soudain – embrassé par le ciel

Comme si quelque chose résistait à la mort

Pour un (très court) instant

 

 

Ici

Pour vivre

Sans naître

Sans renoncer

Sans mourir

Sans implorer

Comme si une partie du secret

nous avait été révélée

 

 

Terre naturelle

Loin des rives fréquentées

Le cœur brûlant

Sur le seuil qui surplombe les rêves

La lumière (en partie) apprivoisée

 

 

Comme un soleil dans le pas

Sur la même terre qu'autrefois – pourtant

Comme si l'or et la lumière avait remplacé la roche et la chair

 

 

Le ciel bu jusqu'à la lie

Et allant avec cette ivresse

Au milieu des ombres

Au milieu des tombes

Nous moquant (un peu) des morts et des vivants

 

 

Sans autres frères

Sans autres maîtres

Que les pierres – les arbres

Les fleurs – les bêtes

Les rivières – les nuages et le vent

 

 

Le cœur triste

A la vue de ce long cortège

Au milieu des sacrifices

Si désireux de s'enfuir

De courir contre les vents du monde

De quitter ces rives où coule trop de sang

 

 

L’œil posé parfois (un peu) au-dessus de ce qui souffre

 

 

De la couleur du silence

Ce chant qui monte

Cette prière ; agenouillé

Comme un indice

Quelque chose – peut-être – de Dieu

au fond de la voix ; entre les mains

La preuve d'une chair habitée

 

 

Si brièvement

A peine le temps de s'en apercevoir

 

 

Entre la mort et le silence

La solitude

Et – pas si paradoxalement – le plus vivant

 

 

Le cœur mélangé au reste

Tourné dans toutes les directions

Sans territoire ; sans étrangeté

Livré au monde ; au ciel ; au mystère ; à l'inconnu ; à lui-même

 

 

De quoi est fait le cœur de celui qui s'oppose à la barbarie de l'homme

 

 

Dans l’œil du temps

L'âme immobile

L'esprit tranquille

Et le silence

Ce qu'ignorent ceux qui vivent (encore) à la périphérie ;

(presque) toujours inquiets ; bavards et tourmentés

 

 

Seul

A contempler la beauté du monde

Émerveillé

Et le cœur qui se raidit

dès qu'approche un homme

 

 

La nuit

Tout autour

Le cœur sous les étoiles

Exactement sur l'horizon

Là où le ciel et la terre se confondent

La où le bleu remplace (enfin) le rêve

 

 

Partout où vit l'homme

Le geste frondeur

Et le silence ; et la tendresse ;

et l'intimité ; et le sauvage –

que l'on protège de ses assauts assassins

 

 

Allant

Sans poids

Comme le monde

L'univers et le vent

 

 

Vivant

A la manière de celui qui contemple

 

 

Plus qu'un verbe

Dieu ; initiateur du rêve

Présent jusqu'au fond des yeux

Jusqu'au fond de la chair

Jusqu'au fond même du refus

 

 

Ici

Sans rien accomplir

Sans même aller

Sans même penser

Sans même donner corps au rêve

Refusant toute histoire

Refusant de faire partie de l'inventaire

Et se laissant pourtant caresser

Et se laissant pourtant chahuter

Et se laissant pourtant meurtrir

Et le temps venu se laissant cueillir par la mort

[Retrouvant enfin parfaitement le reste]

 

Si proche(s)

De ce que nous fûmes

De ce que nous sommes

De ce que nous serons toujours

Du ciel

Des rivières et du vent

De la pierre et du feu

De tout ce qui est vivant

 

 

A jamais

Le bleu et le silence

Et aussi (bien sûr) toutes les possibilités du monde

 

 

Son poids de ténèbres – si souvent

Dans ce qui mange

Dans ce qui pense

Dans ce qui aime

Dans ce qui désire

En ce monde où tout s'attrape

En ce monde où l'on croit pouvoir tout saisir

Alors qu'il n'y a rien à manger ; rien à penser ;

rien à aimer, rien à désirer ;

et (bien sûr) personne qui ne mange ; personne qui ne pense ;

personne qui n'aime ; personne qui ne désire

 

 

Éclats peut-être

D'ombres ; de peur ; de cris et de recoins

Mais aussi d'infini ; de lumière et de joie

Quelques mots

Un poème sans doute

Des larmes qui coulent

Un peu de rosée sur la terre et le visage de Dieu

Sans jamais oublier ni la figure des hommes ; ni la part qui revient au vent

 

 

De quoi se tenir – peut-être

Sans honte

Devant le monde et devant Dieu

 

 

Comme un regard qui traverserait le temps

De siècle en siècle

Jusqu'à effacer les frontières et les chemins

Jusqu'à partager l'infini entre les âmes

 

 

Là où disparaissent le monde et le temps...

Là où s'effacent les visages et les noms...

Là où le Divin remplace les apparences...

 

 

Sous le ciel

L’œil ; le nombre ; le secret

Ce qui se tient au creux de la main

Ce qui se tient au fond du cœur

L'indivisible dont nul ne peut s'extraire

L'indivisible dont rien ne peut être écarté

 

 

Le visage de Dieu

déguisé en mains tendues et en étreintes affectueuses

Et parfois (bien souvent) en coups que l'on assène ;

et en lames qui s'enfoncent et qui tranchent

 

 

Sans rien dire

Sur la pierre

Au centre du cercle

Alors que la nuit nous enserre

 

 

Du monde d'ici

De la vie terrestre

Et du langage humain

Dans ces pauvres cages

(que l'on considère – trop souvent – comme des palais)

Ivres du sang versé qui recouvre la lumière ;

et jusqu'à l'espérance des bêtes

Mais – pour l'heure – sans autre monde que celui-ci

Sans autre parole que celle-là

Sans autre clarté que le jour qui se lève

(et qui éclaire trop rarement le cœur et l'esprit de l'homme)

 

 

Comme un chant sacrifié pour respecter le silence et le sommeil des hommes

 

 

Comme l'âme tourmentée du monde

Un peu perdu au milieu des étoiles

A craindre le feu et le vent

A danser sur la pierre

Au milieu des bêtes et des hommes

En attendant que la mort emporte la chair ;

avant que la mort – peut-être – ne nous révèle son secret

 

 

Éclats encore

Dans cet œil frappé de cécité

Au fond de la chambre close

Rouges sur la neige

Et l'âme enfoncée dans la chair

Et Dieu dans le rêve

Anonyme au milieu des visages

 

 

Hôte ; assurément

De ce qui nous traverse

Et de ce que l'on traverse

Sans franchir la moindre frontière

Sans enjamber le moindre obstacle

Sans contourner le moindre territoire

Sans rencontrer le moindre lointain

S'extirpant (très légèrement) du sommeil – peut-être

 

 

Jeté au fond de l'âme

Avec des restes de monde et de mémoire

Aspiré par le plus funeste

Et lumineux et (infiniment) gai – pourtant

 

 

Le fond du cœur

Et le fond du rêve

A égalité face à la mort

A égalité face à l'Amour

Comme si la lumière n'avait aucun parti-pris

 

 

Sans la moindre éloquence

Le poète

Comme la pierre

Et moins que la fleur

Et moins que le langage des choses

Et moins que le silence qui loge au fond du cœur

 

 

A la merci de tous les passages

Traversé comme le ciel

Laissant se heurter les âmes et les continents

Laissant le vent emporter toutes les promesses

Ne négligeant rien

Comme un cœur attentif

S'abandonnant

Comme un visage endormi

 

 

Sur la pierre

Porté(s) par la nuit opaque

Le cœur scellé dans l'ombre

En dépit du Divin logé dans la chair

Dans cet interminable cortège

Qui laisse derrière lui

De longues traînées de poussière et de sang

 

 

Le cœur ensablé

Comme si l'or s'était transformé en plomb

Comme si la vie n'était plus qu'obscurité

Lorsque la mort nous ferme les yeux

Lorsque l'âme aveugle se laisse emporter

 

 

Maintenant

Sur cette terre montueuse

Si légèrement

A petits pas

A mesure que le ciel se rapproche

Pas si lointain

Pas si inaccessible

Une fois que l'abîme a été franchi

 

 

Au fond de l'obscurité

Le monde

La patrie des hommes

Là où tout brûle

Là où rien ne peut rester vivant

Sauf la désespérance

Et ce qui s'est réfugié

sous la cendre et la poussière

 

 

A chaque mort

A chaque fois

Crier

Et ce refus

Et ces larmes

Comme au seuil de l'insupportable

Sans rien comprendre de la continuité – de la transformation – des possibilités

 

 

Le cœur ouvert

Comme la fleur

A la merci de ce qui passe

 

 

Présent oublié – peut-être

Cette manière d'aller sur la pierre

L'âme si haut placée

Le cœur si intime

La chair si proche du monde

Sans rien écarter de l'homme

Sans rien écarter de la nuit

 

 

A nos côtés

Sous les rires

Le jour effondré

Et l’œil jamais étranger

Qu'importe la lumière ; l'errance ; la confusion

 

 

Si proche de ce qui ne se voit pas

Et de ce qui ne compte pas

En ce monde

 

 

Comme après la mort

Le familier et l'étrangeté inversés

Et le cœur si chamboulé de découvrir l'infinité des mondes

 

 

Alors que Dieu est là

Et que tout invite à le voir

Et que tout invite à le rencontrer

On se tient fièrement sur la pierre

La main en visière pour regarder l'horizon

 

 

Dire encore

Le cœur sur la pierre

Comme la fleur offerte au vent

 

 

La feuille noircie de mots

Comme la roche couverte de neige et de morts

Encre et sang figés

Sur le linceul captif des apparences

Alors que le vrai se tient (presque toujours)

au-dessus du monde et au-dedans de l'âme

 

 

Ici

Sans personne

Sans que rien nous appartienne

Comme si une (infime) part du secret

nous avait été révélée

 

 

Le cœur frigorifié

Sous la neige et le vent

Et cette trappe au fond de l'âme

Pour s'abriter des tempêtes

 

 

Quelque chose du Divin

Au cœur de ce silence

Au cœur de cette immobilité

 

 

Sans inquiétude

Au milieu des arbres

Depuis des millénaires

 

 

Seule cette prière qui brûle

Au milieu des cendres

 

 

Vivre et dire encore

Comme le don d'un Autre

Quelque chose que l'on nous prête

Une disposition fragile

Que feront disparaître le silence et la mort

 

 

Ne restera pas la moindre empreinte ;

ni de nos lignes ; ni de nos pas

Comme si l'on vivait (de plus en plus)

la parole et le chemin

à la manière du geste et du souffle

 

 

A l'origine

L’œil et le monde fabriqués

avec un peu de chair et de ciel ;

peints avec un peu de lumière et de sang

Le sort enclos au-dedans du possible

A exister sans très bien savoir pourquoi ;

sans très bien savoir comment

Laissant filer la chance

Et s'abandonnant au destin

 

 

Embrassant tout d'un seul regard

Sans pouvoir (pourtant) se défaire de l’œil de l'homme

 

 

L'encre du poème

Qui rend grâce au monde et à la mort

A toute l'imperfection de cette existence

 

 

Perdre et périr

Comme si c'était là les seuls possibles

 

 

Frères

Depuis tant de millénaires

A essuyer tant de malheurs

A nous voir si déchirés

Et nous jeter les uns contre les autres

Comme si nous avions perdu le lien sacré des origines

 

 

Nous aventurant (comme emporté par le courant)

Là où s'achève le rêve

Au-delà même du poème

Là où le réel n'est plus qu'incertitude

Là où il n'y a ni mensonge ; ni vérité

Là où le cœur n'est plus même un refuge

Là où il n'y a plus ni âme ; ni monde ; ni mystère

Là où tout retour est – peut-être – impossible

A moins qu'il n'existe un autre rêve après le rêve

A moins que le voyage ne soit que mille chemins

sur la même boucle

 

 

Au loin

Le monde

Le pays des hommes

Le cœur posé

Sans rien exiger de la terre

L'âme silencieuse et sans réponse

Allongée sur la pierre

Au milieu des fleurs

 

 

Le jour ; le monde ; la mort

Enjambés par celui qui a réussi

à hisser son œil jusqu'au ciel

Et qui dévale – à présent – la terre noire

sans un regard pour les âmes insensibles et affairées

 

 

Le cœur

Comme une pierre jetée au fond de l'océan

Terriblement étranger à ce qui l'environne

Comme un peu de chair jeté au feu

Hurlant sa douleur

 

 

Le cœur funambule

Sur le fil du poème

Laissant (enfin) éclater sa tristesse et sa joie ;

ses murmures et ses cris

Retenus depuis si longtemps

 

 

Invention – peut-être

La vie ; le monde ; la mort

En dépit de ce que voient les yeux

En dépit de ce qu'endure la chair

En dépit de ce qu'éprouve le cœur

En dépit de ce que comprend l'esprit

 

 

Le cœur offert au silence

Et tant de fois repris par le monde

Et tant de fois meurtris par les coups

Se livrant encore

Fidèle à son destin

 

 

Tantôt Dieu ; tantôt le monde

Et l'homme de temps en temps

 

 

Arc-bouté contre le monde

Le cœur révolté

Allié de l'infini et du vent

Allié des pierres et des fleurs

Allié des arbres et des bêtes

Allié des larmes et du poing levé

Sachant accueillir l’œil et la main las de cette cruauté

 

 

Détaché des doctrines et des tragédies

Le cœur sauvé par le silence

Prêtant ses flancs aux bouches affamées

Œuvrant sur la pierre

Comme l'encre du poète sur la feuille de papier

 

 

Le cœur à la belle étoile

Allongé dans l'obscurité

Attendant patiemment le jour

 

 

Le cœur assagi

Arraché à son propre cri

Arraché à sa cécité et à son mécontentement

Comme peu à peu dévoré(s) par le ciel

 

 

Allant encore

Comme la terre qui tourne

Comme le soleil qui se lève

Sans comprendre la nature du mouvement

Allant seulement

Porté par son ardeur

 

 

Sans jamais s'interrompre ; cette vitalité

Si souvent transformée en sauvagerie et en brutalité

Et si rarement en discernement et en gestes sages

 

 

De la couleur de celui qui gouverne ; la terre

Au lieu de tendre vers la transparence de celui qui voit

Au lieu de tendre vers la lumière de celui qui sait

 

 

Si près

Que tout est happé

Que tout devient intime

Que le sang brille comme de l'or

Que la terre devient notre chair

Que le ciel devient notre toit

Et que le vent devient notre plus sûr allié

 

 

Derrière les paupières

Et les rêves grillagés

Comme une bête fébrile

Comme une bête enragée

L'âme dans sa cage

Le cœur hostile et étranger

Tentant sa chance

Et qu'importe que la chair ;

qu'importe que le monde –

soient malmenés

 

 

Rien qu'une couronne d'épines

Tantôt sur la tête ;

tantôt entre nos mains misérables

S'enfonçant dans la chair

Livrant le cœur et le monde

à la douleur et aux tourments

 

 

Passant et demeurant

Simultanément

Et abandonnant au temps

ce qui doit se transformer

 

 

Les lèvres tremblantes

Face aux mains assassines

Face à la chair déchirée

Et que dire de l'âme qui voit ;

de l'âme qui sait ;

et du cœur qui nous accompagne

depuis si longtemps

 

 

Comme l'ombre projetée par la lumière

Nos vies ; nos gestes ; nos pas

Tous ce que nous faisons

Et tout ce que nous sommes

Comme une apparence passagère –

abandonnée entre les ténèbres et la pénombre du monde

 

 

Le trait livré à la mort et à la lumière

Comme tout ce qui vit sur cette terre

 

 

Sur la pente épineuse

L'esprit troublé

La chair blessée

Le cœur accablé

Envahis par le monde

Investis par le temps

Contraint d'abandonner le plus précieux

Pour privilégier la mémoire et l'espérance

 

 

Au cœur du silence

Et comme plongé au fond de soi

Derrière les apparences du monde

Dans l'intimité de l'âme

Cet Autre tant recherché

 

 

Le front comme celui des bêtes

La chair comme celle des pierres

Le cœur comme celui des arbres

Et l'âme comme celle des fleurs

Plus si humain que ça – en somme

 

 

Le cœur mal aimé

Maudit dans sa parole et ses silences

Malheureux comme les pierres

 

 

L'âme comme un livre ouvert

Comme l'accomplissement d'une prière

Attentive à tous les malheurs

Soucieuse de résister à la folie des hommes

Et allant quelques fois jusqu'à refuser

l'étrange assentiment de Dieu

 

 

Arbres – herbes et bêtes immolés

Sacrifiés

Par toutes ces mains cannibales

Ignorant les cris et l'effroi ;

et les plaintes silencieuses

Heureux du chaos du monde et des étoiles

Croyant participer aux fêtes et aux festins des Dieux

 

 

Le cœur

Sans contour

Et comme posé à l'envers

Au milieu du vent

 

 

Portés par le néant

Les mains ; la bouche ;

les pas ; le cœur – de l'homme

 

 

Sous les éboulements du monde

Et sous les coulures du temps

Nous autres ; les vivants

 

 

Et nous (plus précisément) ;

isolé au cœur de nos lignes

Comme exilé au milieu des mots

Derrière ces rangées d'arbres et de livres

 

 

Entre la pierre et le vent

Sans territoire

Sans allié

Sans abri

Sans protection

Allant au gré de ce qui pousse ;

au gré de ce qui (nous) appelle

Dans le sens de la roue qui tourne

Allant ; allant – à travers les jours et la nuit

L'esprit (presque toujours) docile

L'âme (presque toujours) joyeuse

Le cœur (presque toujours) partant

 

 

Le cœur chapardé

Comme si l'on avait volé le seul refuge ;

le dernier espoir – peut-être (qui sait...)

 

 

Toute une vie

A attendre

Dans le noir

Au milieu des ombres et des reflets

Sans rien (re)connaître de la lumière

 

 

A regarder le ciel

Dans l'espoir d'une rencontre

Comme si quelque chose pouvait tomber

Comme si Dieu pouvait passer par là

 

 

Le cœur volatilisé

Par la main qui rôde

Par l’œil qui rêve

Par le monde qui s'en moque

Sans même avoir besoin d'exister

 

 

Entre la terre et le sommeil

L’œil à l'affût

Et entre le rêve et le ciel

Le cœur qui s'interroge

 

 

Le soi-monde

Sans mot dire

Sans le moindre commentaire

Mais l’œil ouvert

A la manière d'un secret ;

à la manière d'une (discrète) confidence

 

 

La main vide

Face au ciel

Face au monde

Et l'âme offerte et abandonnée

 

 

Comme si la parole courrait à contre-sens

de ce qui se dit (et de ce qui s'entend) en ce monde

Frondeuse au milieu des bavards et des bavardages

Privilégiant le cercle plutôt que le carré

Livrant (en partie) – peut-être –

ce que cherchent (inconsciemment parfois) les hommes

Un peu de lumière ; juste assez pour continuer

à vivre au milieu de la pénombre et des malheurs

 

 

Monde inventé

Avec ses masques et ses fantômes

Avec ses caresses et ses coups de hache

Avec ses pièges et ses promesses

Avec ses espoirs et ses traditions

Comme si l'on devait marcher

avec un cadavre sur les bras

 

 

Le cœur entravé

Sans maître

Sans (réelle) liberté

Avec – partout – la possibilité de l'enfer

Et avec – en soi – la possibilité de la prière

Comme si l'on nous forçait à vivre

dans un perpétuel ajournement de la lumière

 

 

Entre Dieu et la bête

Entre la solitude et le monde

Entre le silence et le chant

Entre la pénombre et la lumière

Bref ; à l'intersection de tous les territoires

Et en proie (bien sûr) à toutes leurs promesses

Et soumis (bien sûr) à toutes leurs servitudes

 

 

Assurément

Au-dessus

Et autour

Et au-dedans

Et invisible

Comme Dieu

Comme le silence et l'âme du monde

Comme la prière des innocents

 

 

Au-delà du monde

Là où les territoires disparaissent

Là où tous les fragments se réassemblent

Comme si tout était Un

En ce lieu sans géographie

 

 

Par là où tout s'engouffre

Œil puis cœur

Chair et âme

Là où tout s'enflamme

Là où tout déborde

Comme l'esprit et le vent

Manière – sans doute – de quitter

le territoire mensonger du monde et du temps

 

 

L'âme de ceux qui cherchent

Le silence de ceux qui savent

Ce qu'offre la parole

Autant que le geste quelques fois

Lorsque les mots se font (savent se faire) poème

Et que le poème se fiche dans le cœur comme une flèche

Faisant trembler l'esprit – le sang – la chair

Parfois claque ; parfois caresse

Et étreinte de temps en temps

Et tant pis pour les yeux fermés

Et tant pis pour les yeux indifférents

 

 

A l'endroit du passage

Face au monde

Et face à l'éternité

Une partie de la douleur

Sans bien mesurer ni la valeur ; ni l'intensité – de la transformation

Le cœur comme retourné ; retrouvant (peut-être) sa position initiale

 

 

Le cœur éprouvé

Las du périple

Cherchant le lieu qui échappe au voyage

Cherchant le pas qui échappe à l'horizon

 

 

Ici

Sans rien savoir

Sans rien pouvoir

Sans rien reconnaître

Visitant le monde (et l'explorant quelques fois)

Comme coincé dans cette étrange parenthèse du temps

Découvrant moins souvent l'indicible que le néant

Et bien seul (assurément)

Au cours de ce voyage

Entre Dieu et la pierre

 

 

Au bout des doigts

Cette étoile

Et ce ciel

Au bout de l'étoile

Depuis cette terre

Où l'âme semble posée de travers

Où tout est si pentu que le cœur paraît bancal

 

 

Qu'importe l'ignorance et la douleur

Qu'importe le monde et la mort

Qu'importe l'Autre – l'obscurité et la joie

Qu'importe la vérité

Qu'importe les promesses et les possibles

Et qu'importe même ce qui est

Puisque tout est vide

Puisque rien n'existe vraiment

 

 

Le cœur ignoré

A tourner en rond

Enlisé entre les souvenirs et l'espérance

Entre les promesses et la boue

Dans un temps suspendu

 

 

L’œil et l'âme

La lune et l'encre

Cherchant le ciel

Derrière la nuit

Déchiffrant (essayant de déchiffrer) le monde

Comme un poème de chair et de sang

 

 

L’œil posé

Entre le rêve et l'infini

Mélangeant tout à la terre

Alourdissant le sommeil et le monde

Laissant filer le réel

Laissant recouvrir l'invisible de poussière et d'illusions

 

14 mars 2025

Carnet n°315 Devant un Dieu invisible

Janvier 2025

Le cœur écarlate...

Penché sur l'ivresse et la faim...

En plus de la douleur...

En plus du fardeau de vivre...

 

 

Seul(s) ; au cours de cette longue nuit énigmatique...

[Comme une traversée de l'abîme ; sans issue – sans échappée – sans horizon...]

[Comme si l'on s'enfonçait dans une impasse que presque personne (en ce monde) ne considère ainsi...]

 

 

L'âme à portée de lumière...

 

 

Le cœur primitif...

La peau sous le soleil...

Dans ce perpétuel aller et retour entre la terre et le secret...

La main promise au monde...

Le pas au vent...

Et l'esprit au ciel...

A travers le cours naturel des choses...

 

 

Si sensible à ce qui est vivant et à la tendresse de ce qui se déploie au fond de l'âme...

 

*

 

Le cœur décroché...

Devant un Dieu invisible...

Nu...

Sans masque...

Sans souveraineté (sans la moindre souveraineté)...

Comme un drap qui flotte au vent...

Comme un arbre face au ciel...

Au bord (tout au bord) des rives de l'enfance...

 

 

Au cœur même de la parole...

Le lieu où le monde s'estompe...

Le lieu où le temps s'étiole...

Le lieu où l'invisible (parfois) se révèle...

 

 

Le cœur simple...

Témoignant – peut-être – du visage le plus désirable...

Loin des affres et de l'effroi...

Ne cherchant pas même un réconfort auprès du ciel...

Ne demandant rien au monde...

Ne demandant rien à personne...

Laissant les circonstances décider...

Laissant le destin se dessiner...

 

 

Au-dessus du front...

Ce qui célèbre la terre – le ciel – le vent...

[Une chose bien au-delà de la pensée...]

Ce qui s'immisce (un peu) partout...

Jusqu'au fond de la chair...

Jusqu'au fond du langage...

Bien plus qu'un héritage...

(Sans doute) – notre seul trésor...

 

 

Au terme de l'absence...

Ce qui nous rend à l'Amour...

Sans autre espérance...

Le cœur comblé...

 

 

Rien qu'une main immense pour effacer l'ombre et l'épaisseur (avec toute la douceur dont elle est capable)...

 

 

Comme un rire...

Au-dessus de la mort...

Quelque chose qui joue au milieu des tombes...

Le cœur réconcilié – peut-être...

 

*

 

D'un monde à l'autre...

A travers le même voyage...

Porté(s) par le souffle et la force des rêves...

Parcourant l'infini de long en large...

Dans la mesure des possibles...

 

 

Sous l'apparence du monde et du temps...

L'incroyable puissance...

Et l'inconsistance des choses...

 

 

L'existence ; à la manière d'un nuage...

Et pas davantage...

 

 

Au fond de la voix...

Le chant secret...

Le mystère pressenti...

Ce qui se faufile entre les rêves et la pensée...

Passant et repassant...

S'étalant ; et se révélant à travers nos intuitions et nos tremblements...

Nous secouant de rires et de larmes [sans que nous puissions faire la différence entre ce qui relève de la tristesse et ce qui relève de la joie]...

 

 

Avant le monde et le temps...

Lorsque l'oubli était la seule loi...

Le cœur (très) légèrement posé au-dessus de la chair...

Aux ordres du vent...

Sans autre horizon que l'infini...

Étranger au sommeil et à la faim...

Étranger à la mort et à la nuit...

L'âme droite et sincère (incorruptible – d'une certaine manière)...

Comme si tout était (parfaitement) habité par le mystère...

 

 

D'un côté ; l'espace de la multitude – de l'effervescence – des passions et des possibilités où gesticulent – et s'entremêlent – la chair – les cœurs – les âmes...

Et de l'autre ; ce qui perçoit – l’œil-témoin – en quelque sorte – neutre – tranquille – solitaire – parfaitement impartial...

Comme deux parts – deux dimensions – deux entités peut-être – qui jamais ne s'entrelacent...

 

 

Ce qui se déverse ; et ce qui nous pénètre...

Selon l'inclinaison du cœur...

 

 

A l'ombre d'un ciel sans rival...

 

 

Le cœur attelé à cette tâche étrange et indéfinissable...

 

*

 

Là où plus rien n'est certain...

Ni le monde ; ni l'existence...

Pas même la lumière...

 

 

Au cœur de cette danse étrange où l'Amour et l'absence se confondent...

 

 

Hors d'atteinte...

Malgré la nuit et l'engloutissement...

Comme si quelque chose – en nous – était inaltérable...

 

 

Si furtivement ; la chair – le monde – le rêve...

Sur le socle éternel...

Comme une brève apparition...

Un peu d'air qui tourbillonne dans l'immensité silencieuse...

 

 

Là où tout s'épuise...

Là où tout recommence...

Au seuil...

A tous les seuils – simultanément...

 

 

A ce point désigné...

A ce point scintillant...

Comme la preuve vivante d'une lumière et d'un destin...

Au-delà (bien au-delà) de ce qu'imaginent les hommes...

 

 

Dépossédé(s)...

Nous défaisant – peu à peu...

Jusqu'au plus parfait dénuement...

Comme le plus grand (et – peut-être – le plus insensé) des présents...

Vers la plénitude et l'effacement...

 

 

De plus en plus humble et obéissant...

De moins en moins capable de nous enorgueillir – de travestir et d'arbitrer...

 

 

En passant...

D'un monde à l'autre...

Effaçant – peu à peu – toutes les frontières – toutes les lignes de démarcation...

 

*

 

Ce qui accompagne l'élan et le geste...

Tout au long du voyage...

Jusqu'à la transformation de la perspective ; et au-delà encore...

Sans jamais apparaître explicitement ; sans jamais s'éloigner non plus...

[Parfaitement indissociable de ce que nous sommes – en définitive...]

 

 

Si peu de jours...

Entre les murs...

De l'indifférence et des désagréments...

Sous le joug de l'absence...

Rien ; ni personne – pourtant...

En dépit des hantises...

En dépit de l'acharnement...

 

 

Comme un puits creusé dans l'épaisseur...

Quelque chose de l'abîme et de la lumière – simultanément...

Accompagnant parfois le songe ; parfois le souffle ; parfois le sang...

 

 

Traversant le monde et la nuit...

Jusqu'au temps des origines...

Jusqu'au soleil des profondeurs...

Le cœur (toujours) silencieux...

 

 

Le cœur brouillé...

L'âme brouillonne...

Entre la dernière larme et l'instant qui passe...

L’œil (parfois) un peu mélancolique...

 

 

Les lèvres farouches...

Les mots vagabonds...

Déjà en retrait...

Déjà ailleurs...

Sans jamais quitter leur refuge...

Sans jamais demeurer nulle part...

Explorant tous les lieux ; à toutes les altitudes et à toutes les profondeurs...

 

 

Sans rien dire du monde...

Sans commentaire sur le voyage et les voyageurs...

Nous en allant – déjà...

 

*

 

De passage...

Traversant tous les territoires...

Rive après rive...

Monde après monde...

Tournoyant ; et nous transformant au gré des nécessités et des apprentissages...

Dans le tumulte des jeux...

Au milieu des âmes indifférentes...

Sur cet interminable chemin...

 

 

Ce qu'il (nous) faut traverser pour rejoindre l'innocence...

 

 

Le cœur inaltérable ; en dépit des coups...

 

 

Au temps de l'étreinte...

Par-dessus les braises rougeoyantes...

Le visage automnal...

L'âme sur le seuil...

Le cœur (presque) parfaitement ouvert...

 

 

Au cœur même de la lumière...

Le noir – l'épaisseur – l'opacité...

 

 

Ce qui étanche la soif...

Ce qui transforme la nuit...

Au fil des aventures...

L'essence même du voyage...

 

 

Qui aurait la bêtise de croire que l'on pourrait avilir – souiller – corrompre – le bleu de ce monde...

 

 

Au cœur de ce long défilé de fauves un peu fébriles ; assez féroces pour jeter dans les flammes tout ce qui pourrait entraver l'accès à leur pitance ou troubler leur festin...

 

 

Le feutre qui s'évertue tantôt à décrire les couleurs de la lumière ; tantôt à dessiner les contours de l'infini : allant ainsi (cahin-caha) de signe en signe – ligne après ligne ; esquissant peut-être quelque chose qui ressemblerait à l'homme – au monde – au Divin...

 

 

Dieu ; en dépit de l'indifférence et du dérisoire...

 

 

Le cœur obsédé par le mensonge et la vérité...

 

 

L'homme ; entre le ciel nu et la terre travestie...

 

*

 

Le cœur (enfin) étreint et caressé...

Lui qui a dû soustraire tant de choses (jusqu'à la dernière étoile dans le ciel)...

Après tant d'affres et d'effroi ; après tant de néant...

Le vide joyeux – à présent...

En dépit de la chair qui réclame encore (parfois) un peu de tendresse...

 

 

Au cœur de la forêt...

La lune rouge au-dessus des cimes...

Sur tous les horizons ; par tous les chemins – la beauté et la poésie...

Sans question ; sans réponse...

Nous abandonnant aux larmes qui coulent (presque) sans raison...

 

 

Parmi les ombres...

Au cœur de l'inachevable...

A travers les coulures du temps...

Le monde qui s'estompe (très progressivement)...

 

 

La terre et le ciel ; à toutes les altitudes...

Multipliant ainsi les possibles – les chevauchements et les rencontres...

Et nous autres ; apprenant – peu à peu – à nous confondre avec le reste ; à nous laisser absorber...

 

 

Le cœur dansant...

Au rythme de la lumière...

Jusqu'au zénith...

Jusqu'au plein soleil...

 

 

Au fil des aventures ; mille arrachements...

Un peu de joie...

Un peu d'éternité...

L'âme espiègle...

Le cœur brûlant...

Et ce qu'il faut de vérité et de fantaisie...

 

 

Le cœur surpris par la magie (insoupçonnée) du monde...

L'âme enjouée...

Le pas léger...

Au milieu des fleurs et des nuages...

Contemplant toutes les beautés de la terre et du ciel...

 

*

 

Si furtivement...

L'existence...

Le temps (à peine) de tenter sa chance...

De vivre quelques expériences...

D'ouvrir son âme à la beauté...

D'écrire quelques poèmes...

D'approcher (un peu) l'innocence et la vérité...

D'offrir (à ce/ceux que l'on rencontre/nt) toute la tendresse que le cœur contient...

 

 

Ce qui vit – en nous...

Les figures (toutes les figures) du monde...

Ce qui nous assaille...

Ce qui nous hante...

Ce que l'on déteste...

Si peu de chose de l'innocence...

(Sans doute) pas encore parvenu au cœur de la résonance...

 

 

Jusqu'à l'irreconstituable...

 

 

Debout ; comme pour défier les malheurs et la mort...

Le ruissellement du sang...

Et le (perpétuel) passage du temps...

L'épée à la main...

A traverser ainsi les jours...

Au royaume du tragique (et du provisoire)...

Au royaume de l'ignorance et de la cruauté...

L'histoire de l'homme ; l'histoire des larmes...

[Depuis le commencement du monde...]

 

 

Comme un chagrin ; un naufrage – ce voyage (cette sorte de voyage)...

Dans la compagnie des ombres et des rêves...

Sans un seul visage (réellement) vivant...

Sans une seule âme (réellement) vivace...

Au milieu de la mort et du sommeil...

Sous ces astres lointains et mystérieux...

Comme si nous étions un spectacle pour ceux qui nous regardent du ciel...

 

*

 

Le cœur bruyant...

Cherchant sa voie – sa rive – un asile...

Au lieu de sa pitance habituelle...

Et découvrant – peu à peu – un chemin ; et les joies du voyage...

Quelque chose (à la fois) de l'intime et du lointain...

Quelque chose (à la fois) de l'incertitude et de la clarté...

Un souffle ; et mille courants ; et mille possibles...

La saveur de l'inconnu...

Et le merveilleux que l'on apprend à côtoyer au cours du périple...

 

 

A travers nos pas...

Toutes les hypothèses de l'homme...

Des questions ancrées dans la mémoire et le connaissable...

Qui relègue l'inconnu à l'ineffable...

Et ce qui célèbre l'étreinte et le secret...

La légèreté de la terre...

La magie de l'enfance...

Le frémissement face à l'immensité et à l'invisible...

Ce que l'on ne peut découvrir que seul – et en soi...

Le ciel à sa portée...

 

 

Sous le souffle...

Là où puise la puissance ; l'ardeur partagée...

Au cœur de la nuit...

Au milieu des étoiles...

A cette source invisible (et inépuisable)...

En ces lieux où tout est étreinte et transparence...

En ces lieux où les chemins naissent et disparaissent...

 

 

De grands signes...

Le cœur luisant...

Perché au-dessus des rires...

Et les yeux à la dérive...

Au milieu des pleurs et des pierres...

Et l'âme dans leur sillage...

L'espérance et la chair à bout de souffle...

Comme absorbé(s) par le regard...

Comme si soudain l'infini se révélait...

L'esprit en pleine confusion...

 

*

 

Sans carte ; sans territoire ; sans personne...

La géographie de l'exil...

Des interstices et des recoins...

Dans les marges laissées par le monde...

 

 

Allant ; sans rien savoir – sans rien connaître...

Devenant (pourtant) les mondes et les chemins...

Devenant l'histoire et l'étrangeté (apparente)...

Abandonnant les cercles et les traces trop visibles sur le sable...

Côtoyant – peu à peu – l'imperceptible...

 

 

A la manière du monde...

Des lieux et du vent...

Tantôt brume ; tantôt paysage...

Ce qui flotte comme un parfum tenace...

Au milieu des Autres qui ne nous voient pas...

Au milieu des Autres qui ne voient rien...

Au milieu des Autres qui – peut-être – n'existent pas...

A notre place ; de façon si humble et anonyme...

 

 

Recouvert par le rêve...

Ce ciel inventé...

Entre les mains de ceux qui croient – qui présument – qui espèrent...

Entre les mains de ceux qui louent (trop ostentatoirement) le Divin...

Imaginant mille excuses ; mille complaisances ; mille absurdités...

Au lieu de sentir l'envergure du cœur ; le bleu de l'âme traversée par la tendresse ; et ces lèvres aimantes hissées hors du secret...

Par-dessus les ombres – les prières et les reflets coutumiers...

 

 

Si solitairement vivant(s)...

Et relié(s) – pourtant – au reste (à tout le reste)...

Entre imaginaire – sentiment et réalité...

Sans savoir faire la différence entre la vérité et ce qui relève de l'invention...

Plongé(s) (et pour encore longtemps peut-être) dans une sorte de confusion (plus ou moins inconfortable)...

 

*

 

Sans jamais s'habituer aux mœurs de ce monde...

A travers le manque et la soif...

Puis, à travers la gratitude et la joie...

Sans jamais (pouvoir) interrompre ce périple...

Par tous les chemins possibles (et imaginables)...

Vers ce qui nous porte...

Vers ce qui demeure...

Le cœur – de plus en plus – sensible – intense – habité...

 

 

Partout ; en dépit des ombres...

En dépit des peurs et des épreuves...

En dépit des obstacles...

En dépit de l'incertitude...

En dépit du monde et du temps apparents...

Cette joie ; cette tendresse ; cette confiance...

[Que rien se saurait ébranler...]

 

 

Tout ; jusqu'à la capitulation...

Pour que l'on puisse (enfin) s'habiter ; se laisser absorber ; et devenir tout ce qui se présente (sans rien décider – sans rien hiérarchiser)...

 

 

Au bord...

Bien qu'encore vivant...

Les mains serrant un peu de sable et de vent...

L'âme légèrement inquiète...

Sans plus savoir...

Sans plus pouvoir...

Entre terre et ciel ; littéralement...

Et le secret sur le bout de la langue – évidemment...

 

 

Là où s'initie le refuge...

Au-delà de l'attente...

Au-delà même de la fin des temps...

A travers la tendresse et la lumière...

Avec un surcroît d'ardeur et de joie...

Comme si l'on s'abandonnait au plus vieux rêve du monde...

Laissant arriver tous les malheurs ; les laissant colorer les âmes ; puis, les laissant disparaître...

 

 

A la merci de la vie – de la mort – du chemin...

 

 

Quelque chose (à la fois) du ciel – de la brindille et de l'oiseau...

 

*

 

Le cœur accompli ; au terme du parcours – peut-être...

Comme un bain de fraîcheur et d'innocence...

Un ressaisissement...

Quelque chose comme une chance...

Heureux de voir les fantômes et les hantises nous quitter...

(Presque) parfaitement désossé ; et sans rien vouloir reconstituer...

Œuvrant ainsi – comme d'autres – à la (dé)réalisation du monde...

 

 

Comme des interstices emboîtés...

Ces existences obscures...

Cette chair sans visage...

Ne durant guère plus que quelques jours...

Et ne trouvant en ce bas monde (presque) jamais un asile ; et un havre moins encore...

Des sillons de poussière et de vent – seulement...

Comme au fond d'un abîme...

Sans jamais voir le jour...

 

 

Au cœur de l'atelier...

Sous la clarté promise...

A vivre le jour...

Sans un mot...

Sans espérance...

Portant le miracle comme une cape...

Sous les caresses de ce qui autrefois nous accablait...

 

 

Les mains plongées dans le ciel terrestre...

A la manière des arbres et des nuages...

A la manière de la rosée et de l'oiseau...

L'âme hissée au-dessus des hommes...

En dépit du cœur laissé au milieu du sang...

 

 

Vêtu de larmes et de joie...

Les seuls habits de l'âme...

Et la tendresse – en soi – pour accueillir – et prendre soin du reste...

 

 

Porté ailleurs ; plus haut – peut-être...

Loin des plaies et des charniers...

Loin de ceux qui souffrent...

Loin de ceux qui crient...

Loin de ceux qui crèvent...

Agenouillé face au monde comme face au secret...

Enfoncé jusqu'au fond de ce regard où tout prend place ; où tout prend fin ; où tout s'efface...

 

 

De soi encore ; il est question...

Par-dessus et par-dessous...

Partout où l'on peut aller ; partout où l'on peut se faufiler...

Sans qu'existe le moindre dehors...

 

 

Là où règne le silence...

Au-dessus de la parole...

Au-dessus des royaumes et des arènes...

Au-dessus des rois et des orateurs...

Au-dessus des combattants...

Au-dessus des plaintes et des cris...

Si près de nous ; ce que nous sommes...

Contrairement à ce qu'imaginent les âmes trop tristes – trop fières – trop querelleuses – trop bavardes ; bien trop terrestres (sans doute)...

 

*

 

Là où mènent les pas...

Là où le ciel se déploie...

En ces lieux de silence et d'abandon...

En ces lieux de convergence où naissent les souffles et les possibles...

 

 

Ce que l'on croyait inaccessible...

En soi...

Au cœur de l'inconnu...

Au cœur de l'incertitude...

Sur cette rive étrange (presque irréelle) bordée de rires et de doutes...

 

 

En un instant...

Le sable – l'oubli et l'immobilité...

Sans ailleurs possible...

Pas même en hypothèse...

Au cœur de cette absence où tout se passe...

 

 

A la pointe du chant...

Le goût de l'étreinte...

Le surprenant prolongement de l'intimité...

Entre le nuage et la tendresse...

Si solitairement ; si amoureusement – ce qui s'expérimente au cœur des liens...

 

 

Sans personne...

Simplement des silhouettes accrochées à des fils...

Entre les mains du mystère qui aime tout entremêler...

Et nous tenant là...

A la merci du ciel et du reste...

Comme si quelque chose – en nous – était actionné...

Comme si quelque chose – en nous – acquiesçait...

Comme si quelque chose – en nous – consentait à toutes les expériences...

 

 

Le cœur dépenaillé...

Assailli par toutes les peines...

Arraché à l'inavouable...

Fissuré de toutes parts...

Et rêvant en secret de félicité et d'infini...

 

*

 

Le plus sombre...

Comme effacé...

Évanoui avec l'idée du monde...

Les portes (grandes) ouvertes...

Face à l'éphémère et à la mort ; invariablement...

Sans prêter attention à la singularité des visages ; ni à la sonorité des noms...

Sans rien devenir...

Sans ailleurs ; sans réponse ; sans issue...

Là où nulle part devient (sans doute) l'intervalle à vivre...

Là où la figure révèle (malgré elle) l'infini qu'elle porte...

Là où les lois de l'invisible se substituent (réellement) aux principes humains...

 

 

Ni monde ; ni chemin...

Du sable et du vent...

Et, parfois, un poème ; et, d'autres fois, une main tendue...

Pas grand-chose en définitive...

 

 

Au bord du monde...

Au-dessus des ombres et des âmes grises...

Les yeux encore un peu hagards...

A travers cette danse tempétueuse...

Comme à la pointe du rêve...

Le délire défait par cette apparente déraison...

 

 

De la poussière et du vent...

Au fil des visages (et des noms) que l'on nous donne ; et que l'on rencontre...

Intériorisant – peu à peu – le monde et l'appel...

Ce que nous sommes depuis l'origine (en fin de compte)...

 

 

Affranchi de nos servitudes anciennes...

Le vent par-dessus la boue – le poids et la peine...

Le cœur encore (très) légèrement embarrassé...

Au bras d'un Amour immense...

Sans que rien nous hâte ; nous agite ; nous hante – ni dans la tête – ni dans le sang...

 

*

 

Seul...

Loin des visages indifférents...

Entre soi et soi ; l'entente – et le gouffre quelques fois...

Comme un abîme au fond duquel tout glisse imperceptiblement...

Un espace à explorer ; et que le cœur tarde – peut-être – à investir...

L'âme trop préoccupée – sans doute – par le récit de sa traversée...

 

 

Errant encore...

Comme si l'on voulait (malgré soi) prolonger le périple...

 

 

Sans autre visage que le sien...

En dépit des figures rencontrées...

Sans famille – sans communauté – sans appartenance...

Au cœur de sa propre intimité...

Et un peu triste (parfois) de ce tête à tête lorsque l'infini prend des airs de retranchement...

 

 

Le cœur redessiné par le rire...

Comme (substantiellement) élargi...

Les bords repoussant la terre ; effleurant le ciel...

Comme un soleil sur la mort et les vivants...

 

 

Reflets (à la fois) des larmes et de l'ivresse...

Debout sur la cendre...

Au cœur du secret – peut-être...

 

 

Le cœur commun et solitaire...

Bouleversé par l'ampleur de la blessure et la profusion de flèches fichées dans la chair...

Accompagné (fort heureusement) par la lumière capable de percer l'épaisseur ; de rendre caduques les lois (infâmes) des hommes ; de renverser la hiérarchie des valeurs ; de rendre sensé ce que l'on a toujours trouvé absurde – inconséquent – impossible...

 

 

La tête dressée...

Contemplant le monde à ses pieds...

Et continuant de marcher au milieu des malheurs...

 

*

 

Au cœur du cercle...

Au cœur du passage...

Épuisés les questions sans réponse ; les futilités et les saisons ; les manques et les convoitises...

Jetés dans un grand feu avec Dieu – le monde – l'impossible – la vérité – les visages et le temps...

Pour qu'il ne reste que l'innocence et l'oubli...

 

Le ciel contemplé à travers les fleurs et le vent ; à travers la mort et les nuages...

Quelque chose au-delà (bien au-delà) du nom ; au-delà du lieu ; au-delà de tous les symboles auxquels les hommes l'ont associé...

Honnêtement (le plus honnêtement possible)...

Sans rien inventer...

 

 

On est ce qui s'oublie ; ce que l'on a imaginé...

On est ce qui n'existe pas...

 

 

Au pied de la plus ancienne loi...

Le flambeau éternel au lieu du spectacle...

Le cœur posé au fond de l'azur...

 

 

Objet du rien...

Et pas davantage...

A peine quelque chose...

Comme un (très) léger bruissement dans l'air...

Abandonnant quelques taches d'encre ici et là (qui dégoulinent parfois sur la peau du monde)...

L'âme promise au reste...

Le corps à la roue de la fortune...

Et l'esprit à la pleine lumière...

 

 

Cette veille étrange au fond des yeux...

Comme une chandelle allumée au cœur de la nuit...

Attribut de l'homme sous un ciel sans étoile...

Et attribut du feu aussi...

Manière (très) terrestre – sans doute – d'habiter le monde...

 

*

 

Le bleu à l'intérieur...

Et la fragilité de la fleur...

En dépit des voiles qui recouvrent les yeux et la lumière...

En dépit des résistances...

En dépit de l'épaisseur...

Ce qui frémit – en soi ; et qui nous enseigne et nous déconstruit...

Un peu d'infini...

Et ce liant pour nous assembler au reste...

Et cette éternité au fond du cœur...

L'esprit porté bien au-delà des ambitions humaines...

 

 

L'encre si légère...

Chargée d'assez de lumière pour contrebalancer le poids et la couleur du monde...

Manière de donner à la voix l'ardeur d'une flèche capable de transpercer la chair et d'atteindre le ciel caché derrière l'épaisseur...

 

 

Qu'importe que l'on ait le cœur et les yeux ouverts...

 

 

Aveuglément...

La soif confondue avec le reste...

Dans ce bain de désirs et de crachats...

Au milieu des idoles suspendues au-dessus des têtes...

Impatiemment...

Comme si le cœur était recouvert de voiles...

Comme si un feu brûlait au fond de la chair...

 

 

Les lèvres ruisselantes...

Le visage hissé au-dessus des servitudes...

Comme si une île – un monde – un royaume – émergeait de l'épaisseur horizontale...

Livrés (à la fois) au silence et aux bouches bavardes...

 

*

 

Au milieu des fleurs et de la rosée...

De la beauté ; de la tendresse ; de la poésie...

Tout ce dont le cœur a besoin...

 

 

A travers les jeux bruyants des hommes...

Les morsures fleuries et passionnées...

L'épaisseur du monde...

Jour et nuit ; sans le moindre répit...

 

 

La paume sur la pierre...

Le feutre à la main...

Sous le ciel immense...

Au cœur de la forêt...

 

 

Si proche de l'invisible que notre visage disparaît parfois...

 

 

Au fond du cœur...

Une violence cachée...

Et un mépris pour les hommes...

Que reflètent nos gestes et notre parole (mais aussi – bien sûr – notre mode de vie et notre manière d'habiter le monde)...

[Comme s'il était impossible d'échapper à ce qui nous habite...]

[Comme s'il était impossible de vivre et d'agir d'une autre façon que celle qui s'impose naturellement...]

 

 

Personne ; ici-bas – sinon des silhouettes actionnées par une main mystérieuse...

 

 

Le monde qui répand son feu et ses cendres...

Traînées de poudre et de malheurs...

Les fers aux pieds...

Et le sacrifice en collier...

L'inguérissable faim portée en infâme étendard...

 

 

Aux abords de l'infranchissable...

A travers l'amplification de l'écho...

Marchant sur l'étroite crête...

Du monde vers le plus mystérieux...

 

 

Les mains à l'ouvrage...

L'âme sensible...

Le cœur engagé...

Mais l'esprit affranchi des affaires du monde...

 

 

Parmi les fantômes aux vies monotones – inchangées – illusoires...

Guidés par la peur et la pusillanimité...

Le manque accroché au cœur...

Le manque partout ; jusqu'au fond du cri que l'on tait ; jusqu'au cœur des crachats que l'on ravale...

L'aveuglement et la couardise qu'aucun geste – qu'aucune parole – ne saurait soustraire à la misère terrestre...

 

*

 

Comme un chant lointain ; né du plus intime – sans doute...

Enfoui dans nos profondeurs...

Bruissant et circulant...

Faisant frémir les âmes sensibles...

Portant au sublime ; et – quelques fois – y conduisant...

 

 

Au cœur de l'imperfection...

Au cœur de l'inachevé...

Parfaitement joyeux et vivant...

 

 

Le cœur qui penche (invariablement) du côté des plus faibles ; de ceux que l'on n'a jamais écoutés ; de ceux que l'on a toujours privé d'existence et de droits...

 

 

Sur cette route étrangère...

Allant sans répit...

Allant à travers l'étroitesse et l'épaisseur...

Allant sans rien atteindre ; sans rien rejoindre...

Pour la simple joie d'aller ; de traverser les mondes et les existences...

 

 

Vivre ; aller à la manière de celui qui voyage...

 

 

Sans espérance...

Le cri de la soif...

Dans ce monde façonné par (et pour) la faim et les affamés...

 

 

Comme un bruit de larmes...

Dans nos yeux – et notre cœur – blessés...

Allant au milieu des fleurs...

Éclaboussé(e)(s) de sang...

 

 

Bien décidé à vivre hors de ce monde qui ignore (ou méprise) l'invisible ; et qui asservit (et tyrannise) les non-humains...

 

 

Le cœur (parfois) désespéré de ne rien trouver...

Avec (à l'esprit pourtant) la conviction que ce vide et cette absence de certitudes sont les signes d'une lucidité qui s'aiguise...

 

 

Des vagues et l'océan...

Et tous ces esquifs – fragiles – dérisoires – prétentieux – ballottés par les flots...

 

 

Comme couronné...

En dépit de cette solitude parfois (un peu) chagrine et embarrassée...

 

*

 

Le lieu de la perte...

Comme la parole brûlante...

L'âme dévouée...

Les arbres silencieux...

Le monde insensé...

Ce que le ciel éclaire...

Ce dont témoigne (parfois) le poème...

Quelque part – un regard sur la terre...

 

 

Tâches que l'on enchaîne...

De manière mécanique et somnolente...

Comme au milieu de la nuit..

Les bras somnambuliques...

Et le cœur absent...

 

 

Le (mystérieux) miracle du vivant ; jamais épargné – pourtant – par les épreuves – la douleur – les interrogations...

 

 

Comme privé de terre et de rêves...

Comme au fond de l'eau...

Comme dansant dans l'air...

Minuscule tourbillon de chair et de sang...

Brinquebalé par les flots et les vents...

Sous les yeux indifférents du monde...

 

 

Sous les étoiles...

Au cœur des saisons...

L’œil attentif aux métamorphoses du monde...

A travers les voiles déchirés des illusions...

Quelque chose – peut-être – de l'homme...

 

 

Sans prétention...

Sur les chemins colorés de la terre...

Nous éloignant du trop blanc et du trop noir des yeux...

Nous éloignant des mauvais jours...

La porte ouverte sur la lumière...

Le cœur dans l'intimité des choses...

La chair au fond de l'épaisseur...

Sans étrangeté ; sans afféterie...

Qu'importe ce qu'il nous reste à vivre ; à comprendre ; à dire ; à traverser...

 

 

A l'approche de l'inespéré...

Le reste souriant...

Et nous ; (presque) absent(s)...

 

*

 

Les heures claires...

Entre le ciel et le monde...

La parole de plus en plus lointaine et étrangère...

 

 

Au cœur du langage...

Ce feu et ce vent...

Cette terre inconnue ; inhabitable peut-être...

Et la parole dansante...

 

 

Alors que tout s'éloigne ; le ciel – le monde et les visages...

Alors que tout s'efface ; les certitudes – les évidences – les vérités...

Reste le vide ; et ce chemin (invisible) qui semble se dessiner au cœur de la débâcle...

 

 

Le cœur reconnaissant...

En amont du sommeil...

En amont de la rupture...

En amont de l'étonnement...

Comme si tout tournait autour de l'impossible...

 

 

Le poème parfois capable de laisser passer un peu de lumière ; et de laisser entrevoir un peu de ciel...

 

 

Les cœurs corsetés...

Comme la pierre – les arbres et les bêtes – entre les mains des hommes...

Soumis à cette folle ivresse du pouvoir – de la domination – de la dictature – qui favorise les chaînes – l'asservissement et la mort...

Sur cette terre où ne fleurissent que la douleur – les larmes et les cris...

 

 

La joie pressentie sur cette route sans trace ; en ces lieux sans rêve où le ciel n'est plus une question ; où Dieu a le visage de ce que l'on rencontre...

 

 

Que trouverait-on sous les masques de chair ? Qui sait ? Peut-être serions-nous surpris...

 

 

A s'y méprendre ; ce qui prend les apparences du rêve et du sommeil ; ce qui prend les habits de la mort et de la cruauté...

Serait-ce la main de Dieu nous offrant un miroir ; nous plongeant parfois dans le monde ; nous hissant parfois au-dessus...

 

*

 

Au cœur de la nuit...

Au milieu des choses et des visages...

La parole flottante...

Et les yeux rieurs...

Plus certain ni des ombres ; ni des tremblements ; ni de la lumière...

 

 

En ces lieux impalpables où tout n'est qu'incertitudes et vibrations...

Parfois trace ; parfois pierre ; parfois surgissement fugace (presque fulgurance)...

Affranchi(s) du doute qui règne au fond du cœur des hommes...

Capable(s) d'enjamber la blessure – le sommeil et la prétention...

Sans retour ; sans devenir ; sans recommencement – possibles...

 

 

Là où il n'y a de vérité...

Là où tout respire et vous étreint...

Qui que vous soyez ; quoi que vous fassiez...

Qu'importe vos croyances et vos convictions...

 

 

Comment offrir une parole qui soit digne de la vérité (ou, plus précisément, de ce qui est perçu – et considéré – comme la vérité) ; elle qui n'est trop souvent qu'un miroir incomplet (et décevant) de l'homme – du monde – des siècles – n'offrant qu'un ramas de reflets dérisoires et approximatifs...

 

 

Le cœur docile et désossé...

(Enfin) digne du monde et du mystère...

Sur lequel peut (enfin) se pencher la lumière...

 

 

Le cœur célébré par le poème...

Chahuté par les créatures et les circonstances...

Négligé par les lois de ce monde...

Jugé – en ces tristes contrées – comme moins nécessaire à la sensibilité qu'à la circulation du sang...

 

*

 

Sillon de terre et de silence...

A travers l'épaisseur et le sommeil du monde...

L'âme au milieu des arbres...

La tête au milieu des fleurs...

Entre pierre et ciel...

 

 

Ce qui accompagne les pas...

De lieu en lieu...

Sans étape...

Sans itinéraire...

Sans connaître la destination*...

Simple mouvement...

Danse dérisoire (et presque imperceptible) au cœur de l'espace...

* et presque certain qu'il n'y en a pas – qu'il n'y en a jamais eu et qu'il n'y en aura jamais...

 

 

Au cœur de cet écart nécessaire pour vivre le silence et la joie...

Loin des coups et des cris ; loin de la faim et des intérêts personnels considérés comme les seules possibilités de ce monde...

 

 

Le cœur vacant...

Hors du cercle des pensées – à présent...

Porté par la parole silencieuse...

Relié au geste et à l'innocence...

Aussi sensible au monde que soucieux du secret...

Passé (si l'on peut dire) de l'autre côté de la prière...

Là où la lumière devient vivante...

 

 

Quelques mots sur le manque...

Comme un miroir...

Qui célèbre (involontairement) la mémoire...

N'offrant que des images ; à peine un bruissement obscur et monotone...

Si loin du chant et du poème qui – eux seuls – peuvent prétendre à la danse et à la beauté...

 

 

Humain sans alibi...

Ignorant les raisons de cette halte terrestre...

Poursuivant son périple (tant bien que mal) en dépit des heurts et du sommeil ambiant...

Le reflet du bleu déjà dans ses yeux grands ouverts...

 

 

Encore plus vive la main avisée...

Comme porteuse d'un bout de ciel inamovible...

Sensible aux cœurs sans légende – aux aveux sincères et aux engagements désintéressés...

Promenant ses caresses sur les peaux griffées – les cœurs mutilés – les âmes déchirées...

Arpentant les rives les plus désolées de ce monde...

 

 

A force de rien...

Advient (parfois) le sourire de celui qui sait...

Comme un peu d'âme hissée jusqu'à la lune...

Et un peu de chair abandonnée aux bouches affamées...

Sans même une croix à porter ; un chapelet à égrainer ; un temple où prier ; un Dieu à vénérer...

Porteur seulement d'assez d'innocence pour se montrer (un tant soit peu) humain...

 

*

 

Chemin de perte et d'éparpillement...

Le temps du monde...

Avant le silence...

 

 

Comme le sacre du plus simple...

Qu'importe le bleu du sable...

Qu'importe le bleu du ciel...

Le temps fané...

Et – à la place – ce qui s'écoule du cœur...

L'invisible langage...

Ce qui fait pousser les fleurs...

Ce qui transforme le cri en poème...

Ce qui tend la main à la douleur...

Cette joie d'être au monde...

En dépit de la nuit qui a recouvert les figures et les âmes...

 

 

Si proche du cœur que tout devient larme...

Si proche du feu que tout devient flamme...

Si sensible ; si ardent...

 

 

Au-dessus de la fosse (si laborieusement) creusée...

L'étoile de l'homme...

Le rêve du monde...

Cette chose étrange que l'on a badigeonné de lumière...

Trois fois rien – en vérité...

Un peu de vent offert aux âmes crédules...

 

 

Là où tout se teinte du secret...

De la couleur du temps...

Comme le monde et l'infini...

Comme l'âme des pierres et des vivants...

Sous la chair apparente...

 

 

Le cœur (parfaitement) conquis...

Comme l'inconnu (re)devenu rive familière...

Revivifiant le simple et le sauvage ; la possibilité d'aller comme le vent ; de jeter des ponts entre les âmes ; d'offrir au souffle l'ardeur et l'endurance...

 

*

 

Le cœur défait...

Comme un poème sans mot...

Ce qui pourrait attrister les hommes...

Mais qui est une grâce – en vérité...

Qui efface les postures et les fables...

Et qui ne laisse que l'innocence...

 

 

Rien ; ni personne...

Pas même le plus infime...

Tout ; balayé avec le monde et le temps...

Plus que le vide...

Et le cœur battant...

 

 

Quelque chose de l'impossible...

Avec ce silence déjà au fond de la voix...

Avec cette joie déjà au fond du cri...

 

 

Les yeux posés sur le bleu inexplicable du monde...

 

 

Le cœur indéfinissable ; aussi vaste que le ciel ; aussi inconsistant que les nuages ; aussi délicat que la rosée...

 

 

Le cœur désert...

Comme la clé de la soif...

Et la possibilité du bleu...

Au milieu des âmes (un peu) perdues...

 

 

Là où l'ombre règne...

Au cœur des épreuves et de la confusion...

La chance – peut-être – d'un horizon...

 

 

Au fond de la chair périssable...

En ce lieu si restreint – si éphémère – si limité – où s'invitent pourtant quelques possibles (et parfois même le plus remarquable)...

En ce lieu où siègent la terre et le ciel...

En ce lieu où se logent le cœur et le Divin...

Dans cet enchevêtrement (assez) improbable – existe quelques chose qui ressemble à une vérité vivante...

 

 

La tristesse des âmes...

En ce monde sans Amour ; si peu soucieux du silence ; si peu sensible à la lumière...

Où Dieu n'est qu'un rêve ; un Absolu inaccessible ; une icône devant laquelle s'agenouiller...

 

*

 

Si abstraitement vivant...

Le cœur éteint...

La tête (presque totalement) absorbée par le monde et le temps...

Au milieu des rêves et des choses...

Parfaitement ceinturé(s) – en quelque sorte...

 

 

Aussi ignoré(s) qu'ignorant(s)...

Et assez étrangement étranger(s)...

Traversé(s) et traversant...

Et tremblant(s) quelques fois...

Ravivant les larmes et la mémoire...

Et ne se souvenant (presque) jamais du mystère...

Vivant(s) – paraît-il...

A la manière d'un rêve (sans doute)...

 

 

Comme enfoncé(s) dans l'épaisseur...

Au cœur du cercle pourtant...

A égales distances du néant et de la lumière...

Subordonné(s) aux lois des hommes...

Espérant (sans vraiment y croire) les consignes d'un Dieu lointain...

Et attendant (assez) patiemment la mort...

 

 

Au cœur de l'écume...

Nos aventures terrestres...

Le cœur inquiet...

Face au spectacle...

 

 

Des milliards de créatures (une infinité sans doute) ; et autant de solitudes côte à côte – en dépit de ce qui relie l'invisible et la chair ; en dépit de la trame vivante (où rien ne peut être exclu) ; en dépit de l'unicité de la matière et de l'esprit...

 

 

Le souffle sombre...

Circulant au-dessus des âmes...

Et les faisant basculer vers l'épaisseur ou le mystère selon qu'elles penchent du côté des fables du monde ou du côté du silence...

 

 

Tous ces fragments de la trame vivante...

Comme un grand corps aveugle...

Soumis à la volonté du ciel (et, parfois, aux caprices des hommes)...

 

 

Le rêve – le vent et la mort...

Peut-être les reflets les plus fidèles du vivant...

 

*

 

Tant de traces et de déchirements...

Au milieu des âmes et des visages...

Rien que du vent et du désarroi...

Et des jurons aussi...

A force de blessures...

A force d'indifférence...

A force d'incompréhension...

 

 

Si seul(s) vers la source...

 

 

Toujours la route – la terre – le ciel et les étoiles...

Et le même désir d'aller au bout du voyage...

 

 

Traces d'enfance...

Dans le cœur qui frémit...

Au fond de la chair qui tremble...

Sous les masques des vivants...

Et sur le visage de la mort...

 

 

Au milieu des nuages...

Au-dessus du sommeil...

Le silence...

Et plus haut ; la lumière...

Et son rayonnement diffus sur la mort – la faim et le sang...

 

 

Au cœur (et autour) des arènes du monde...

Des cris et de la férocité...

L'obscurité des jeux et des spectateurs...

Et plus haut ; et plus loin ; et au-dedans ; et partout aussi (bien sûr) – la lumière – la tendresse et la paix – que chacun cherche et ignore...

 

*

 

Voir encore...

La parole creuser...

L'écume écartée (très provisoirement)...

Le silence millénaire...

Et cette lumière vivante...

Dans cet au-dedans (si) indéfinissable...

 

 

Aux lisières de la nuit...

Cette chair chargée de sang...

Ces longs convois de visages...

Remontant (essayant de remonter) le temps...

Essayant de quitter le monde...

Avec impatience et acharnement...

Le cœur craintif (toujours aussi craintif)...

Le cri déchirant...

Sur cette route étrange et interminable....

 

 

Le visage sévère...

Offrant la parole (et, peut-être – de temps à autre, un peu de vérité)...

Mais refusant la plainte et le commentaire...

Évitant les cercles où fleurissent (presque toujours) le bavardage et le superflu...

 

 

Infatigable pèlerin du réel (ou du rêve – peut-être – qui peut savoir)...

Au murmure insaisissable...

Au cœur (toujours) amoureux du monde...

Sur cette route incroyablement – infiniment – modulable...

Au fil des existences...

Mort après mort...

Au fil des morts...

Vie après vie...

Le même voyage...

Ne cessant de franchir (sans même s'en douter) toutes les bornes du temps...

 

 

A travers la fenêtre ; la forêt...

Et l'oiseau au creux de la main...

Le cœur gorgé de ciel et de chant...

Transporté(s) par le vent...

Avec tous les rêves du monde...

 

 

Au milieu de tant d'offenses et d'atrocités...

Au milieu de tant d'ignorance et d'infirmités...

La chair déchirée...

Le cœur bouleversé...

L'esprit épouvanté...

L'âme horrifiée...

Et ce qui sait ; (presque) jamais déconcerté par le monde tel qu'il est...

 

*

 

Et si le monde n'était que le monde...

Et s'il n'était qu'un rêve ; qu'un amas de poussière...

Que seraient donc nos vies...

 

 

Sans rien amasser...

Sans rien écarter...

Sans rien vouloir...

Sans rien décider...

Passant sans raison du sommeil à l’œil qui voit...

Passant sans raison de la lumière à la pénombre...

Allant ; allant ; ne cessant jamais d'aller...

Poussé(s) par les vents...

 

 

Arpentant cet espace sans rive...

Voyageant sous l’œil immobile...

 

 

Sans autre patrie que le silence...

Sans autre royaume que la lumière...

Sans autre règne que l'Amour...

En dépit de ce que l'on vit...

En dépit de ce que l'on voit...

 

 

Dans ce monde de cendres et de poussière...

Des destins aux prises avec le feu et la terre...

Comme coincé(s) entre la possibilité de l'étreinte et la faim...

Et éclairé(s) par un peu de lumière...

 

 

Tout ondoyant...

Tout glissant (peu à peu)...

Tout se transformant...

Dans cette absence du monde...

 

 

Ces existences passablement douloureuses...

Accablées et accablantes...

Chahutées et chahutant...

Encombrées et encombrantes...

En dépit de leur inconsistance...

En dépit de leur irréalité...

 

 

Le soleil et l'aventure...

Au fond des yeux de l'homme...

Ce besoin d'ailleurs...

Cet appel de la lumière et du lointain...

De cercle en cercle ; jusqu'à l'intérieur...

 

*

 

Vies invisibles...

A l'écart et dans les interstices du monde (humain) – si étroit – si invasif – si grossier...

Le seul que connaissent les hommes...

Le seul qu'ils puissent imaginer...

Bâtissant ; édifiant ; inventant...

Sans rien voir de la pluralité de ce monde...

 

 

Paroles des lisières...

Le cœur (à peu près) apaisé...

L'âme presque sans effroi...

Du lieu de l'exil...

Là où s'offrent le silence et la lumière...

 

Comme du sable...

Le monde ; les choses ; les destins ; les visages ; la parole...

La vie ; les rêves ; la mort...

Ce que nous voyons...

Ce que nous croyons...

Ce que nous inventons...

Ce que nous bâtissons...

Ce que nous fabriquons...

Ce qui nous effraye...

Ce qui suscite le désir...

Ce que nous sommes...

Ce qui nous traverse...

Ce que nous traversons...

Si indéfinissable ; si impalpable...

Pure irréalité – en somme...

 

 

Quelques mots...

Aussi inutiles – absurdes – inconséquents – que le reste...

Et que la lumière laisse pourtant advenir...

Pour le plaisir du jeu – du geste – de l'apparition...

 

 

Ici...

Sans entrave...

Penché sur notre besogne quotidienne...

Au milieu des arbres et des mots...

 

 

Si sensible à ce qui nous absente...

 

 

Dieu pour seule impatience. Et encore...

 

 

Des paroles et des gestes

Le cœur simple...

Sans emblème ; sans intention...

Et des pas aussi (quelques pas)...

Sans bagage ; sans destination...

Pas grand-chose – en vérité...

Et aussi dérisoire que le reste (bien sûr)...

 

18 janvier 2025

Carnet n°314 Là où l'on s'incline

Décembre 2024

Ni plus ni moins...

Nocturne et silencieux...

Comme les bêtes et les choses...

Comme les livres et les étoiles...

Ignorant les formes ignorantes...

S'extirpant du rêve et des tourments...

Et s'offrant à la vie comme tout ce qui est mortel...

 

 

Nous dévouant – comme nos lignes – à ce qu'il y a de moins instinctif en l'homme ; à sa part la plus précieuse – la plus haute – la plus sacrée...

 

*

 

Au-delà des yeux ; des jeux – le plus lointain...

De la couleur du jour...

Passant tous les seuils...

Jusqu'au cœur du secret...

 

 

Comme partout ; obscurément...

En dépit des rites et des lieux sacrés...

L'homme inchangé ; à l'histoire – à la mémoire – au savoir – (presque) sans conséquence...

 

 

Quelque chose ; peu à peu...

Comme un rire – un rêve – un flottement...

Une dérive vers l'enfance...

Au milieu des fantômes et de l'oubli...

Se balançant au-dessus du monde et du temps...

 

 

Au plus près du bleu...

La danse – le silence – le chant...

Une manière de se tenir face à ce qui abaisse – à ce qui écrase – à ce qui meurtrit...

 

 

Divaguant – sans doute...

Entre l'effroi et l'incompréhension...

Émergeant parfois de la boue...

Côtoyant parfois les cimes...

Sûr d'à peu près rien...

Pas même certain de la véracité de l'expérience...

Et sans autre manière d'être au monde...

 

 

Libre des chaînes créées par le langage...

Comme des barbelés tissés entre les mots...

Sans compter la charge du sens et de la mémoire...

Musique seulement reliant tous les sons...

Façon – peut-être – de danser au-dessus du monde...

Façon – peut-être – de se hisser au-dessus des cimes...

 

 

Comme des taches de temps – partout ; et qui s'étalent – à la manière de l'angoisse et du sang...

Nous rappelant (âprement) notre condition de mortel voué à la matière et à l'ignorance...

 

*

 

Ce qui peuple la lumière...

En plus du sourire et des gestes silencieux...

 

 

Au milieu des pierres...

Au milieu du ciel...

Au milieu des cimes...

Au milieu des frondaisons...

Partout à la fois (d'une certaine manière)...

 

 

Les yeux posés sur l'étrange beauté du monde...

Tout étreint par le cœur sensible ; jusqu'au moindre nuage – jusqu'à la moindre brindille – jusqu'au moindre souffle de vent...

 

 

Sous les tremblements...

L'enfance nue...

Le cœur traversé par le silence...

Au seuil de l'évanouissement...

Devant tant de merveilles...

 

 

L'ombre du monde sur la terre...

La vie fragile et vaillante...

La figure face au vent...

Les yeux posés sur le long défilé des vivants...

Le cours des choses...

Et la ronde du temps...

 

 

Au cœur de la matière...

Sur le territoire de l'homme...

De la terre ; de la roche ; de la boue...

Et ces cris (tous ces cris) qui montent ; tentatives désespérées – sans doute – pour s'extirper de ce trou ; s'alléger ; aller vers l'air ; côtoyer le vent ; se rapprocher du ciel et des étoiles ; tutoyer les Dieux et la lumière...

 

 

Le cœur pacifique...

Jouet de tant de joutes sanglantes...

Drapé de chair et de rêves...

Enfoncé dans l'épaisseur...

Tremblant de peur et de froid...

Cherchant à échapper à la barbarie de ce monde...

Inlassablement livré (pourtant) aux querelles et à l'obscurité...

 

 

Comme des rafales sur les reflets dansants...

Comme un parfum d'enfance dans l'air...

Quelque chose du règne du dessus...

Sur cette terre où seuls le grossier et le rêve sont célébrés...

 

*

 

Comme arrachés à la torpeur...

Et retrouvant leur vocation...

Eux si infailliblement voués au voyage...

En dépit des escales (parfois nécessaires)...

L'esprit nomade et le cœur vagabond...

Toujours en chemin vers la lumière...

 

 

Le langage si près du silence...

L'esprit au seuil du réel...

L'âme proche de la vérité – peut-être...

Sans jamais (pourtant) se départir du cœur humain...

 

 

Le vide et la tendresse reconnus comme la seule famille d'appartenance...

 

 

La couleur des gestes ; parfaitement bleu – en dépit de quelques restes de nuit...

 

 

Si délicatement vivant ; comme un sourire au milieu des malheurs ; un peu de soleil au milieu de la nuit ; une main tendue au cœur de l'hiver...

 

 

Le visage penché sur le ciel – le silence – les saisons...

De ce regard sans raison...

Innocent et sans conséquence...

Sans mémoire ; ni a priori...

Semblable à une poignée d'or jetée dans la poussière ; semblable à un soleil au fond de la nuit...

Quelque chose de la beauté au milieu des tremblements...

 

 

Comme une offrande ; un geste de fraternité...

Au milieu des figures tristes ; des voix inaudibles ; des ombres grises...

Cette manière si sensible – si respectueuse – si attentive – d'être au monde...

 

 

Une partie du silence portée en secret...

Au fond de la chair...

Au fond des yeux...

Au fond du cœur...

 

 

Ici ; au milieu des étoiles...

 

*

 

Libres le vent et la voix...

Tourbillonnant dans l’œuvre à vivre...

Filant comme une flèche...

Sans se soucier ni de l'écho ; ni de la réponse...

 

 

Nous détachant de la multitude...

Nous creusant ; nous vidant...

Dans cette plénitude (un peu) empourprée...

A la manière d'une rivière remontant vers sa source (en passant par le ciel – bien sûr)...

 

 

Le cœur porté ; le cœur ébloui – par l'Absolu présent sur la pierre...

 

 

Si infirme ; si obscur...

En dépit de la courbure de la lumière...

En dépit de son parcours invisible au fond du cœur...

Encore trop peu pénétré – sans doute...

 

 

Au cœur du songe...

L'âme éventrée...

La blessure béante...

Les gémissements et les cris...

Le poids du monde et du temps sur la chair des vivants...

En dépit de ce que (nous) murmure la tendresse...

 

 

Seul sur la pierre...

A vivre en silence...

Au milieu du ciel...

 

 

Dans les bras de l'invisible ; parfois secoué(s) – parfois cajolé(s) – parfois blessé(s) – parfois soigné(s) ; toujours étreint(s)...

 

 

A travers l'écume bleue...

Le voyage et le pas...

Comme tous ceux qui – avant nous – se sont frayés un chemin – ont trouvé un passage – au-delà des croyances des hommes – à travers l'épaisseur du monde et du temps...

 

*

 

Sous les reflets du jour...

Quelque chose du rêve qui aurait été trempé dans la boue...

Comme un froissement de roche peut-être...

Ou une résurgence au milieu des éboulis...

Au pays des tremblements...

Où tout est remué par le cours des choses...

Le cœur – la chair – la pierre...

Jusqu'aux nuages ; jusqu'aux étoiles ; jusqu'aux habitants du ciel...

 

 

Comme un accroissement de lumière...

Dans le geste docile...

Dans cette vie qui s'embrasse à pleine bouche...

Silencieusement (très silencieusement) pourtant...

Refusant d'offenser ceux qui dorment et ceux qui rêvent...

Oubliant toutes les frontières et tous les noms...

Agissant sans étendard et (le plus souvent) dans l'intérêt de tous...

 

 

Sur cette terre d'innocence où chacun offre toute la tendresse et toute la lumière dont il est capable...

 

 

La furie du vent qui bouscule les âmes...

Qui fait tout basculer du côté du vide...

Laissant apparaître partout des éclats de lumière et des lambeaux de ciel...

Faisant tout remonter vers la source...

A la manière d'un étrange et surprenant voyage...

 

 

Comme un feu allumé entre le sillon et la cime...

Sur une sorte de sente silencieuse...

Parsemée de pierres et d'écume...

Traversant tous les horizons jusqu'au bleu ; jusqu'à la pointe de l'étoile...

 

 

Le ciel encore...

Comme couché dans l'herbe...

Posé au fond des âmes et des gestes...

Au milieu de ceux qui l'honorent...

Au milieu de ceux qui l'ignorent...

Le front gorgé d'images...

La bouche encore bien trop bavarde...

(Très) pâles reflets de ce qui, un jour, les a traversés...

 

*

 

Écouter ce que nous sommes...

Et y consentir profondément (de manière absolue et inconditionnelle)...

A travers le jeu et la joie dépourvus de règles et d'exigences...

A la lumière du ciel...

A l'aune du regard...

En accord avec le monde – les âmes et les choses...

En accord avec les astres – les fables et les circonstances...

Qu'importe que tout finisse exsangue – déchiré – anéanti...

 

 

Un soleil entre les lèvres ; non pour dire mais pour embrasser en silence...

 

 

Dans le ciel...

Le rêve passant...

Au-dessus des âmes étonnées...

Guidé par les souffles du monde...

 

 

Dressée vers le ciel...

Cette lumière dispersée...

A travers ces sillons de cendre et de nuit...

Sur la pierre incertaine...

Les mains tremblantes...

Le feu au fond du sang...

Manière – peut-être – d'esquisser un chemin ; d'inventer une sente profondément singulière...

 

 

Près de soi ; sous l'étoile inclinée...

Des ombres et des offrandes...

Un parfum de ciel et d'obscurité...

Quelque chose taillé pour la route et le silence...

 

 

Au plus haut du bleu...

Ce lieu où convergent tous les chemins...

Qui éparpille les couleurs...

Qui colore les visages...

Qui transforme le monde en une étrange transparence...

Qui s'offre à tout ce que l'esprit a inventé...

 

*

 

Le cœur (assez) mystérieusement obscur...

Se creusant dans la lumière...

Sans se hâter ; se déployant...

Déchirant la nuit dans laquelle tout a été plongé...

Apprenant peu à peu à rayonner – en quelque sorte...

 

 

La joie grave – presque sévère...

Et le rire discret – presque silencieux...

Si étranger à l'exubérance et à la frivolité de ce monde...

Dans le parfait prolongement de ce retrait métaphysique ; de cet exil solitaire [au cours duquel tout s'est déployé]...

 

 

Des lieux – des visages et des choses...

Dans leurs vibrations particulières...

Reflétant la lumière à leur manière...

Parts singulières du ciel parfaitement inséparables (évidemment)...

 

 

Ce qui consent – ce qui se déchire – ce qui résiste – ce qui demeure...

Et en filigrane ; de manière inépuisable – ce qui s'impose – ce qui insiste – ce qui recommence...

 

 

Le temps suspendu...

Le cœur recouvert de bleu...

Et au fond de l’œil ; la lumière qui a remplacé l'attente et la peur...

Ce qui remonte lentement (très lentement) des ténèbres...

De l'absence au silence par tous les chemins possibles...

 

 

Par-dessus les visages et les siècles...

Par-dessus les étoiles et le sang...

Ce qui naît sous les tremblements...

Bien plus qu'une vie ; bien plus qu'un cri ; bien plus qu'un peu de chair et de peau...

Un cœur éclairé qui tente de s'extirper du sommeil ; de sa gangue de rêve...

Émergeant – peu à peu – au milieu de tous les possibles...

 

 

Comme des taches de ciel...

Au milieu du sang...

Au milieu des songes...

Au milieu des cris...

Au cœur de tout ce noir qui, sans cesse, se réinvente...

Comme si la lumière – elle aussi – ne pouvait s'achever...

 

*

 

De cœur en cœur...

Dans ce manque (apparent) de Dieu...

 

 

A piétiner les pierres et les rêves...

Croyant œuvrer au nom du Divin...

Et imprimant le plus vil sur les âmes et le monde...

Accroissant (substantiellement) la déchirure...

Révélant l’innommable qui habite les profondeurs de l'homme...

Quelque chose de la bêtise et de la cruauté...

En dépit d'un ciel (presque toujours) favorable et indulgent...

 

 

A grands traits obscurs...

Le fond de l'âme et du regard...

 

 

Sur la blessure initiale...

Comme un très mince puits de lumière...

Un passage où peut s'engouffrer un peu de ciel...

Capable d'offrir à l'âme – à la chair – au monde – un surcroît d'innocence et d'envergure...

 

 

Sur la pierre grise...

Les vents du monde...

Et cette tristesse silencieuse...

Au fond de notre cœur noir...

Au fond de nos yeux hagards ; drapés de voiles – bordés de brume et de rosée...

L'hiver à l'orée du visage...

 

 

Toute une vie de labeur et de nécessités...

Toute une vie de silence et de prières...

 

 

Dans la chambre silencieuse du fond des bois...

Sous les étoiles...

Sur cette pierre si peu piétinée...

Le cœur ouvert...

Les mains en prière...

Les gestes enveloppés de lumière...

Ce que le solitaire peut (modestement) offrir au monde...

 

*

 

A l'écart des hommes...

Cherchant les liens – l'origine et la lumière...

Sans participer au grand cirque – sans accroître l'obscurité de ce monde...

 

 

Le cœur vaillant...

Sous la lumière...

Serrant la soif contre ses flancs...

Distribuant les richesses trouvées sur le chemin...

Transformant sa faim...

Offrant au monde la couleur des étoiles ; et révélant aux étoiles les couleurs du monde...

Laissant tout advenir ; laissant tout s'effacer...

Seul – si seul – sur la pierre ; et sous le vent adverse...

 

 

Auxiliaire de la vie passante...

Accompagnant l'âme – la langue et la main...

Le front appuyé contre le ciel et la lumière...

 

 

Le cœur démesuré...

Peu à peu gagné par l'innocence...

Gorgé de joie...

Crépitant dans l'infini...

Au milieu des ombres et des miroirs...

 

 

De la lumière...

Jusqu'au fond de l'obscurité...

 

 

En déséquilibre...

Comme au bord du naufrage...

Au milieu de l'absence...

Le cœur serré ; l'âme repliée...

A attendre le soleil ; un sourire ; un peu de lumière...

L’œil aux aguets...

 

*

 

Le long du ciel...

Cet étrange chemin...

Peuplé de cris – de désirs – d'éternité...

 

 

Au milieu des âmes qui cherchent la lumière à tâtons...

 

 

Un peu d'encre jetée sur l'écume...

Au milieu des gestes rituels...

Soulevant les âmes – la chair – les sens...

Et révélant (enfin) cette douleur née de la lumière...

 

 

Au cœur des possibles...

Tous ces bruits ; tous ces élans ; toutes ces tentatives...

Sur cette couche épaisse d'immondices et d'excréments...

La lie civilisationnelle ; le socle qui a remplacé la pierre ; et sur lequel – à présent – s'édifient tous les rêves...

 

 

Au-dedans des yeux...

Le renversement de l'abîme...

Le basculement du temps...

Le plein dévoilement de la blessure...

Comme si l'on ôtait tous ses masques au vivant...

 

 

Jonché de pierres et de chemins...

De rêves et de visages...

De possibles et de douleurs...

Ce monde où tout semble régi par le mystère...

 

 

Le visage tourné vers le ciel...

Le corps offert au monde...

Le cœur incliné sur la pierre froide...

Tout entier livré au destin...

A travers nos adieux silencieux...

 

 

Le cœur encore à l'écart ; en dépit de ce qui s'offre...

 

*

 

Sur la pierre...

L'âme – le ciel et le contentement...

La chair – la misère et l'accablement...

La vie et la mort au fil des saisons...

L’œil et le sommeil dans leur éternel face à face...

A travers tous les cycles terrestres...

 

 

En nous ; le passage – les cimes et les tréfonds...

Et mille illusions aussi...

En plus de l'essence...

En plus des apparences...

 

 

Si haut que l'absence est la lumière...

Si bas que la connaissance est la pierre...

Et nous – comme le reste – à la jonction...

Au cœur des liens et des passages...

Au cœur de tous les possibles...

 

 

Sur ce sentier qui serpente entre le monde et les mots...

De l'encre ; du sang ; de la lumière...

Ce qui vient après le gris ; (juste) avant la neige...

Dans cet entre-deux du temps où le silence et les images s'emmêlent ; où le chant et les illusions dansent ensemble...

Sans très bien savoir pourquoi la vie nous a placé(s) là...

 

 

Sous les éboulis du monde et du temps...

Le brouillon du poème...

 

 

Ce qui s'élance si légèrement vers le ciel...

Aussi haut que puissent le porter les lèvres...

 

*

 

Au-dessus de soi...

Comme des traces...

Et, quelques fois, des restes d'espérance...

Et plus haut encore ; cette lumière dont nul ne parle jamais...

L'âme tressaillante à son approche...

Et qui nous donne à voir tous les jeux du monde ; et nous éclaire (en partie) sur leurs règles obscures...

 

 

Expérimentant en ce bas monde le poids (considérable) de la nécessité et le rôle (magistral) de la métamorphose dans le destin des âmes...

 

 

Parole apaisée – à présent...

Entre poésie et témoignage ; destiné(e) – peut-être – à ce qui n'est pas encore né en l'homme...

 

 

La joue contre la roche...

Sur la feuille blanche ; sans cesse recommencée...

Ce mince filet d'encre et de sang...

 

 

L'âme troublée – embarrassée – accablée (si souvent) par ce qui la traverse...

Abandonnant là quelques mots ; quelques taches – sur ce dérisoire temple de papier...

 

 

Le cœur au-dessus de la grisaille ; de ceux qui crient et qui crèvent...

Cherchant à traverser la brume...

A initier – peut-être – un chemin sensible au milieu des morts et des vivants...

Quelque chose de la joie – du silence et de l'éternité (sûrement)...

 

 

Si près des ombres...

Ce ciel et ce vent qui étreignent le front ; qui prennent la main ; qui soutiennent le corps ; qui accompagnent le cœur...

Tout au long de cette (brève) traversée...

Au cœur de cet étrange cortège de visages...

Au milieu des silhouettes – des parfums – des couleurs...

 

*

 

Aux heures les plus nocturnes de l'existence...

Lorsque le cœur se charge de plaintes et de sanglots...

Lorsque la lumière déserte la terre...

Subsiste – au fond de la chair – un très léger murmure – à peine un bruissement – le chant de l'âme qui invoque la tendresse ; qui réclame un sourire – une caresse – une main – un baiser – pour consoler le visage en pleurs...

 

 

Dieu plongé avec nous – au cœur de la misère ; au fond de l'épaisseur et de l'obscurité...

 

 

Les corps serrés les uns contre les autres ; et les cœurs si lointains – si indifférents...

 

 

Comme des enfants jouant à la vie...

Avec des cris de joie...

Et tant de solitude et de larmes aussi...

 

 

Presque rien – en ce monde...

Le plus tragique et le plus sublime...

Ce que l'on oubliera bientôt ; et ce qui nous bouleversera profondément...

 

 

Le cœur trimbalé...

Avec comme des chaînes attachées au front...

Et de longues traînées d'étoiles au fond des yeux...

A la botte du rêve – en somme ; qui piège l'âme – la chair et le monde...

 

 

Ombres fébriles et présomptueuses...

Taillées pour le geste et l'absence...

Défiant l'Absolu à coups de désirs et d'intentions...

Réduisant l'infini à quelques espoirs ; à quelques horizons...

 

 

Sans se hâter...

Le cœur à la place des lèvres ; à la place des yeux...

Sans enjeu ; et défiant – pourtant – le sens commun...

Comme une raison au-delà de la raison...

Cette sagesse qui ressemble à la folie...

Où tout est permis sans que nul se sente offensé...

 

 

Le visage détrôné...

En amont du front...

Là où le temps s'efface...

Au plus près du bleu – sans doute...

 

 

Le cœur frissonnant...

A mesure que se dessinent les mots...

Fragments d'âme et de ciel hasardeusement assemblés...

Au gré des images et des intuitions...

Ainsi naît le poème...

 

 

Au pied du plus immobile...

Ce qui succède au voyage...

Le cœur parfaitement silencieux...

 

 

Dans la fulgurance de l'éclair autant que dans la danse éternelle...

 

 

Comme la montagne et l'oiseau ; ce cri qui monte et se perd dans l'immensité...

 

*

 

La voix encore...

Témoignant du rouge et de la lumière...

De la joie et du cœur obscur...

Survolant les rives et l'absence...

Les yeux fermés...

Confiante dans ce qu'elle porte ; dans ce qui s'élève...

Par-delà les mondes...

Vers le ciel ; les âmes ; le plus simple...

 

 

Beauté du moindre souffle...

Les lèvres au bord de la source...

Penché sur le monde...

Attentif à tous les mortels...

A ce qui se murmure...

Au creux du mystère...

 

 

Sur le sol...

Sous les étoiles...

Ce qui pousse vers la lumière...

 

 

Là où l'on s'incline...

Là où l'âme se tient en silence...

Le cœur tremblant...

La main sur la poitrine...

Le regard émergeant (peu à peu) au fond des yeux...

En ce lieu ignoré – mystérieux – si près du monde pourtant...

 

 

Sur l'épaule...

Tout ce sable ; tout ce vent...

A genoux sur la pierre...

Éreinté par la charge...

Le visage fermé...

Tel un Sisyphe abandonné par le monde et les Dieux...

Portant sa mauvaise fortune sur tous les chemins...

 

 

Le cœur si innocemment craquelé...

A force de rire et de ciel...

 

*

 

Plus loin...

Sans jamais trahir l'innocence...

Tourbillonnant parfois...

A travers un élan authentique...

Mariant l'infini à la pierre...

Le cœur à la langue...

L'esprit œuvrant sans ambition...

S'abandonnant à ce qui vient...

Qu'importe la résistance et l'asymétrie...

 

 

La voix...

A la dérobée...

Déchirant la langue parfois...

Essayant d'inventer quelque chose...

Par-dessus la cendre et les étoiles anciennes...

Un élan de simplicité...

Une parole capable de réunir le monde et le mystère – la misère et l'émerveillement ; le vrai – le laid et l'insondable...

 

Tous tournant autour du piège – du sourire – du mystère...

Autour de la même chose – en vérité – mais perçue différemment selon le lieu où on l'observe et l'intensité de la lumière...

 

 

A cet instant où les yeux se troublent...

A cet instant où le cœur se cabre et tremble...

A cet instant où le miracle remplace le monde et le temps...

 

 

Au-dessus des masques et de la grisaille...

Au-dessus de la mémoire et des cris...

Au-dessus de ce si peu de vie...

Le plein ciel et la lumière...

 

*

 

Dieu ; sous les apparences du monde...

 

 

Au milieu des visages qui n'offrent qu'un peu de nuit et d'indifférence...

 

 

Au faîte de la solitude...

Au milieu de la fièvre et de la cécité...

Au milieu de l'ignorance et de la barbarie...

Gorgé – pourtant – de tendresse et de lumière...

 

 

A travers l'âme...

Les traits esquissés par le feutre sombre...

Abandonnant un peu de lumière sur le blanc de la page (et dans les cœurs sensibles quelques fois)...

Comme une flamme fragile dans la nuit du monde ; un modeste promontoire pour contempler le ciel ; un peu de tendresse ; et un peu de sacré aussi – peut-être ; en ces lieux qui ne célèbrent que le profane et la grossièreté...

 

 

Phare minuscule dans le grand jour sans nuage...

Notre manière de nous tenir au milieu du monde et d'offrir une parole dont nul n'a que faire...

 

 

Chambre à soi...

Installé sur ce qui flotte...

Au cœur de l'inconsistance...

Sur la pierre...

Mains jointes à l'infini...

Le ciel au fond du cœur...

L'âme si joyeuse...

Avec – un peu partout – les reflets de notre visage...

A jongler (assez maladroitement) avec la lumière et les mots...

Et rendant aussi hommage à la nuit...

Allant encore les yeux fermés – peut-être...

 

 

Au cœur même de la clarté...

Quelque chose de la tendresse et de l'errance...

Quelque chose de la transparence et de l'oubli...

Et quelque chose aussi du nuage et du silence...

 

*

 

Le long du noir...

Effleurant le souffle...

Caressant la terre...

Œuvrant à toutes les tâches...

Élargissant les possibles et la mémoire...

S'associant au monde et au temps pour accroître sa puissance et son territoire...

Devenant le sommeil et la lumière...

S'imposant simultanément à tout et à tous...

Comme le souverain absolu ; le seigneur sans rival...

 

 

Allant comme le rêve et l'écume...

Là où on l'appelle...

La où le manque se fait (trop) cruel...

Là où l'aube est encore si lointaine...

A peu près partout – en somme...

 

 

Au seuil...

Face à ce qui passe...

Refleurissant les rives et le ciel...

Tous les chemins qui traversent la terre...

Tous les chemins qui mènent à la lumière...

 

 

Là où le chemin se perd – disparaît...

Au-delà de l'espace et du temps...

Le cœur toujours battant...

Au terme de cette longue chaîne d'expériences et de bouleversements...

Le prolongement du voyage – en somme...

 

 

Sans rien déplacer...

Sans rien entasser...

Le voyage...

Vers l'oubli et la nudité...

En dépit de notre rêve de lumière...

En dépit de l'idée du monde qui (nous) colle à la peau...

 

 

Rien qu'un instant ; un peu d'éternité...

 

 

Les traits si furtifs du monde – du visage – du poème...

A peine le temps de quelques larmes...

A peine le temps d'en rire...

Que tout déjà se dissipe – s'efface – rejoint l'écume et le vent – poursuit son périple et ses métamorphoses...

 

*

 

Du haut de la déchirure...

Cette affolante glissade du monde vers l'abîme...

A corps perdu...

Si aveuglément...

Comme l'apothéose de l'ignorance (et son parachèvement sans doute)...

 

 

Le visage penché sur les mots...

Du fond de l'âme ; désirés...

Au-delà des choses...

Au-delà de la douleur...

Au-delà même du monde...

Comme un signe de réconciliation avec ce qui nous traverse ; avec ce qui nous est offert ; avec ce que l'on nous a légué(s)...

 

 

Comme un chargement de rêves et d'illusions à porter jusqu'à la délivrance...

 

 

Par-delà l'idée étroite de la mort ; un passage – une issue peut-être – à trouver...

 

 

Sous la lumière (parfois) vacillante...

Comme transpercé(s) par la douleur...

Nous laissant submerger par la nuit...

Nous laissant absorber par l'épaisseur...

Nous laissant envahir par l'opacité...

Pas si différent(s) du reste – en somme...

 

 

A l'image du nuage et de la fleur...

Aussi humblement présent...

 

 

Le cœur caressant et caressé...

A même la trame...

A même la peau du monde...

Au seuil du ciel (déjà)...

Comme inextricablement enchevêtré au reste...

Révélant l'envergure de l'expérience – du mystère – du regard ; la beauté de toute existence ; la sensibilité de ce qui ressent ; et la souveraineté de ce qui voit...

 

 

Ce qui aime...

Et ce qui danse...

Sans jamais s'arrêter...

 

*

 

A travers la voix...

Le feu dispersé...

Le silence...

Et la respiration du monde...

Quelque chose de l'homme et du ciel...

Un peu de lumière – peut-être...

 

 

L'existence ; entre expérience(s) – épreuve(s) et passage(s) ; et la possibilité de découvrir des fragments du mystère (par bribes – par pans ou par lambeaux selon nos capacités et nos aspirations)...

Mille choses – mille découvertes – mille apprentissages – à la mesure de ce que nous sommes...

 

 

D'une découverte à l'autre ; jusqu'à l'impossible – jusqu'à l'impensable...

 

 

Les yeux hagards...

Les bras ballants...

Comme si l'on attendait (assez passivement) le déploiement du rêve...

 

 

La douleur apaisée...

Le cœur soutenu...

En dépit de quelques restes de noir...

En dépit du visage barbouillé...

En dépit de l'inévitable déclin...

 

 

Comme un rire...

Au milieu du silence...

Au milieu du ciel clair...

Au milieu des vents qui font vaciller...

 

 

A regarder les vivants survivre et s'entraider ; se débattre et se quereller...

A travers des gestes et des alliances millénaires (qui se font et se défont au fil des jours et des saisons)...

Sous la même lumière...

L'écume et le ciel silencieux...

 

 

Répertoriant (assez vainement) toutes les choses de ce monde (formes – états – idées – sentiments – liens – combinaisons – possibilités etc etc)...

Nous livrant – en quelque sorte – à un inventaire (un peu fou et) impossible...

 

*

 

Des mots...

Quelque chose...

Un peu de ciel...

Et le courage des bêtes...

Ce qu'offre le monde...

 

 

Condamnés au moins glorieux de l'homme...

Le monde ; la chair ; les âmes...

 

 

Jusqu'au délire ; jusqu'au grand n'importe quoi – cette ignorance monstrueuse...

 

 

Enchaîné – opprimé – mutilé – exploité – massacré ; ce qui vit sous le joug de l'homme...

 

 

Jusqu'à la perdition ; ce triomphe catastrophique...

 

 

De passage sur ce sable où tout semble si triste et si mortel...

 

 

Ce que le monde réclame ; que le cri transperce (réussisse à transpercer) la pierre – l'épaisseur de la pierre – pour atteindre le cœur de l'homme...

 

 

Sans se souvenir du temps d'avant le temps ; du monde d'avant le monde...

L'identité déceptive que l'on affiche...

Comme si le rêve avait remplacé le réel...

Comme s'il n'y avait de consistance sous le nom...

Rien qu'un peu de vent et de fantaisie (assez souvent mêlé à la peur de vivre et de mourir)...

 

 

Une éclaircie – parfois – entre les tempes ; entre les lèvres ; entre les doigts...

Comme un peu de lumière...

Quelque chose de sensible...

Quelque chose de vivant...

Des traces de bleu...

Comme un élan vers le silence...

Une folle aspiration à se laisser (enfin) habiter...

 

 

La joie de s'abandonner aux frémissements de la trame...

Le cœur soulevé...

S'agrandissant à chaque secousse...

Et se laissant porter par ce qui nous paraissait autrefois si insupportable...

 

*

 

Sans rien blâmer du désir et des choses du sang...

Les lèvres pourtant poisseuses...

Et l'ivresse (bien sûr) assujettie au plaisir et à la mort...

 

 

Sous les feuillages...

L'âme dressée...

Le cœur déployé...

Et la beauté du royaume qui nous exhorte au silence et à l'humilité...

 

 

Jetés par-dessus la rampe...

Les rêves – les fables – les illusions ; tout ce qui encombre le cœur – le corps – la tête...

Pour que nous puissions danser avec le reste ; avec tout ce qui s'invite ; avec tout ce qui s'impose...

 

 

L'âme sensible et brûlante...

Le cœur austère et accueillant...

 

 

Comme si l'on pouvait choisir son existence...

Comme si l'on pouvait choisir sa voix...

Un peu homme ; un peu poète – apparemment...

 

 

Toujours en chemin...

Sous le ciel...

Sans destination...

Le mystère vissé au fond de l'âme...

 

 

Ici comme ailleurs ; le même horizon...

Et la poussière soulevée par les pas...

Et le bleu comme enfoncé au fond des yeux...

A parcourir la terre au milieu des reflets...

Sans rien reconnaître de son visage...

Sous le règne (affligeant) du miroir...

 

 

Le cœur dévêtu...

A humer l'odeur de l'écume lointaine...

Si proche du silence et du secret ; à présent...

 

 

Le cœur disloqué à force d'arrachements...

Toujours présent pourtant...

Comme la chair déchirée...

Penchant tantôt vers le monde ; tantôt vers le secret...

Jusqu'à l'insoutenable ; jusqu'à l’écartèlement...

 

 

Face à l'instant...

Face au monde...

Face à la mort...

Toutes les possibilités de l'être...

Et ce à quoi nous sommes assujetti(s)...

 

 

Le nom (parfaitement) effacé...

Le visage (en partie) absorbé par la terre...

Noué à la pierre – en quelque sorte...

Et solidaire du reste (bien sûr)...

Dans le prolongement du ciel et des profondeurs...

Lieu du passage...

Infime interface exactement...

 

 

Né(s) d'un sourire...

D'une attirance – sans doute...

D'une complicité – peut-être...

D'une convergence de la chair...

D'une rencontre gamétique – assurément...

L'expression d'un désir...

Et au-delà des apparences ; le produit d'un jeu et d'une nécessité ; la manifestation d'une alliance entre l'invisible et la matière – entre l'ardeur et l'esprit...

 

 

Au bord d'un ciel sans horizon...

Au-dessus d'un abîme qui a effacé le monde...

Un lieu d'oubli où la vie et la mort dansent ensemble (très amoureusement)...

Un lieu de silence et de célébration...

Un lieu de passage où se réinventent (et où se réinitient parfois) le voyage et les voyageurs...

 

 

Au fil des pas ; la lumière et la transparence...

Sous les feuillages protecteurs...

L'écho sans fin du bleu...

Jusqu'à ces taches de sang qui jonchent le sol...

Jusqu'au cœur de ces siècles sans mystère...

A travers le vent – le feu et la mémoire des pierres...

Le goût de l'origine et de la terre...

 

 

A recevoir ; sans rien chercher – sans rien fouiller ; lorsque l'on s'est (suffisamment) affranchi du visage et du nom ; lorsque l'essentiel des illusions a perdu son emprise sur notre manière de vivre...

 

*

 

Là où tout est forêt...

Là où tout est herbe et loups...

Là où tout est passage...

En ce lieu de grand vent et de sauvagerie...

En ce lieu où les hommes ne s'attardent plus...

 

 

Ce qu'offre la lumière...

En plus du monde ; le rire...

Ce qu'aucun geste ne saurait atteindre...

Le cœur en fête...

Par-dessus l'épaisseur...

 

 

Au milieu des arbres...

Les lèvres serrées...

Par-dessus la faim...

Cette joie à l’œuvre...

Qui se moque du froid...

Et qui célèbre le silence...

Le monde collé contre soi...

Au faîte – sans doute – de notre bonne fortune...

 

 

Dans la brume qui s'étire et nous enveloppe...

Amplifiant l'absence sur cette roche sans consistance...

Nous drapant de ciel – en quelque sorte...

Manière – sans doute – de nous rendre parfaitement indistinct(s) des paysages...

 

 

Comme un horizon d'appels et de cris...

Un mur de plaintes incontournable...

Constitués de tous les malheurs terrestres...

L'écume sombre des choses de ce monde – en quelque sorte...

 

 

A la verticale du temps...

Au milieu des reflets...

Ce qui gît ; abandonné à la nuit et au silence – abandonné à l'oubli...

Ces restes (tous ces restes) de mémoire...

Et ces éclats (tous ces éclats) de miroirs brisés...

 

*

 

Si proche des profondeurs silencieuses...

De l'autre côté des murailles...

Aux confins de la nuit traversée...

Caressé par la longue chevelure du vent...

Entre les mains de ce qui ne peut s'assombrir...

Sans autre témoin que l’œil qui voit ; que le cœur qui sait...

 

Du côté des mains en prière...

Comme plongé dans les eaux glacées de la lumière...

Et encore partiellement présent dans l'ombre qui s'étale sur la pierre...

Zigzaguant (essayant de zigzaguer) entre les rêves et le sang – entre le sommeil et les vivants...

Sans savoir où aller...

Sans savoir quel versant du ciel choisir...

Se laissant porter par les vents de la terre...

 

 

Après avoir traversé la grève...

Après avoir dérouté le temps...

Redevenant ce sable qui s'écoulait autrefois entre nos doigts si malhabiles ; entre nos mains si pressées...

Redevenant (enfin) ce sable sur lequel – enfant – on s'allongeait...

 

 

Au cœur des flammes...

Des ombres et des miroirs...

Au milieu des tremblements...

Quelque chose de vivant...

Sous la cendre...

A travers les reflets...

Comme un voyage vers tous les peut-être...

 

 

Le cœur ensoleillé...

En dépit de ce qui s'écorche sur la pierre...

En dépit de ce qui soupire face à la douleur...

Le bleu et le silence...

Au milieu des visages et des vents qui tourbillonnent...

 

 

La terre blessée par nos ambitions – nos défaillances – nos yeux fermés...

Transformant tout en or – en cendres et en poussière...

Asservissant – et anéantissant – tout ce que l'on touche...

Fruits de toutes les basses besognes de l'homme...

S'acharnant sur le vivant (si tenace – si résilient)...

Et chaque jour ; tout qui continue ; et tout qui recommence...

A travers les forces qui s'affrontent depuis la nuit des temps ; celles qui détruisent et celles qui résistent et reconstruisent...

 

*

 

A s'étendre jusqu'aux confins de l'hiver...

Au milieu des âmes et des visages...

Du givre – de la glace – de la neige...

Le cœur livide à force de froid (tant est grande – et insupportable – l'indifférence)...

 

 

Pour de (très) lumineuses raisons...

L'absence – l'exil – le désert...

Quelque chose d'un chemin de fortune...

Et une manière de s'éloigner du pire (composé d'obscurité – de bêtise et de barbarie)...

Pour retrouver la tendresse et la joie que l'âme réclame depuis si longtemps (et que le monde – bien sûr – ne peut lui offrir)...

 

 

Le cœur (à la fois) sensible et sans pitié...

Maître du jeu et jouet docile des circonstances...

Qu'importe les joueurs...

Qu'importe ce qui se joue...

Continuant (en dépit des obstacles – en dépit de l'adversité) à accompagner le chant du monde vers le silence...

En franchissant (un à un) tous les seuils ; et allant même au-delà du possible (jusqu'à l'impensable)...

 

 

Au cœur du rêve ; le même horizon qu'au cœur du monde ; qu'au fond de la blessure...

Des ombres (étranges) qui dansent sur la pierre...

Et ce qui demeure...

En dépit des tremblements...

En dépit de ce qui scintille dans la nuit...

Le feu – le vent – le silence – (sans doute) éternellement...

 

 

Sans se reconnaître (fort étrangement) ni dans les limites ; ni dans l'infini...

Être étrange – être hybride – être de l'entre-deux – en somme...

Au milieu de tous les possibles...

Au milieu de toutes les restrictions...

 

 

Rien ; ni personne...

Et au milieu de nulle part – sans doute...

 

 

Au fond de l'âme...

Au fond du jour...

La même tendresse...

Le même sommeil...

Le même silence...

Ce qui ruisselle...

A travers les songes et le sang...

A travers le regard et l'innocence...

Nés de la source qui a enfanté le monde et le mystère...

Et cette lumière capable d'éclairer tous les seuils...

 

*

 

Le cœur transformé en refuge pour échapper à la misère du monde ; aux larmes et au règne du feu et du sang...

 

 

Dans l'intimité de ce qui nous entoure ; de ce qui nous enserre ; puis disparaissant ; s'éparpillant au milieu du reste...

 

 

Le visage penché tantôt sur la beauté ; tantôt sur l'absence...

Sans rien nommer ; sans faire la moindre distinction...

Le cœur acquiesçant (avec la même joie) à la banalité et à l'extravagance – à l'extase et au chagrin...

S'abandonnant à ce qui s'offre...

Se laissant porter par ce qui vient...

 

 

La chair meurtrie par le monde...

L'âme ébouriffée par la lumière...

 

 

Au cœur du plus simple...

Le geste joyeux...

La voix chantante...

Le cœur réconcilié...

Le regard apaisé...

Au milieu des choses de ce monde...

 

 

Alors que les siècles tremblent – frémissent – frissonnent...

Le cœur à l'écart...

Le courage rassemblé au fond de l'âme...

Le ciel contre la peau...

 

 

La nuit ; sans bruit...

Obstinément...

Alors que l'écho de la lumière se cogne un peu partout...

Contre les parois du monde et de la chair...

 

*

 

A la manière d'une nuit désastreuse...

Le règne de l'homme...

Avec ses rêves d'argile et de vent...

Le moins favorable pour la terre et ses habitants...

 

 

Quelques fois...

Un peu de lumière sur le chemin des aveugles...

Un rire sur la comédie du monde...

Sans parvenir toutefois à sécher les larmes ; à apaiser les cœurs ; à orienter les pas maladroits...

 

 

Ce qui insiste – avec tant d'obstination dans le sang ; tantôt la lumière – tantôt l'obscurité – tantôt la tendresse – tantôt la cruauté...

 

 

Seul sous le vent...

Le cœur happé par la nécessité du ciel...

Échappant à la terre des hommes...

Et rejoignant (avec joie) ces rives étrangères à leurs rêves et à leurs ambitions...

 

 

Au fond du reflet...

Ce qui nous hante...

La vérité incertaine et changeante...

 

 

Au milieu des cendres – de la nuit – des étoiles...

Sans savoir où poser les yeux...

Sans savoir où poser les pieds...

Veillant autant à se perdre qu'à aimer...

Contemplant les flammes et le ciel...

S'enivrant du parfum du vent...

Devinant (parfois) les visages cachés derrière le feu – les rêves – l'obscurité...

Allant aussi loin que là où (nous) portent l'âme et les mots...

 

 

Au bord du bleu...

Dans cette noirceur invisible – transparente...

A sentir le tranchant de la roche et de la lumière...

 

*

 

Naufragé(s) du désir et du sang...

Échoué(s) au cœur de la nuit...

En ce royaume de cendres et de larmes...

 

 

Le cœur crevassé à force de piques et de froid...

Monument sans stèle ; posé à même la roche mouvante et noire...

 

 

Porté par la parole des profondeurs...

Tout un destin – en somme...

Du ressassement à l'absence...

Et le cœur toujours penché sur sa tâche...

En dépit du silence...

 

 

Le regard clair...

Sur la pierre luisante...

Arrosé(s) de lumière...

 

 

Sur notre assise...

Sans tête...

Et ce rire...

Comme un feu féroce...

Une manière de faire fuir les hommes ; et d'établir son royaume loin des figures tristes et trop sérieuses...

 

 

Comme un cœur noir creusé à coups de pelle...

Laissant émerger l'odeur de la mort...

Nappe nauséabonde recouvrant l'herbe – l'argile – le ciel – les paupières...

Obstruant tous les horizons...

Anéantissant tous les élans...

Les remplaçant par une sorte de vertige ; un irrépressible écœurement...

Nous réduisant à vivre à l'ombre des choses ; dans l'arrière-monde du plus intime...

 

 

Quelque chose ; quelque part...

Parfois pierre ; parfois chemin...

Parfois rumeur ; parfois angoisse...

Parfois vertige ; parfois tendresse...

Inséparable de ce qui semble exister en-dehors de nous...

 

 

Peut-être songe ; peut-être âme du monde...

Cette lumière sur la pierre...

Et ce qui se redresse lentement (très lentement) au fond du cœur endolori...

 

*

 

L'échange simple et sage...

A travers le cœur vivant...

Le meilleur que l'on puisse offrir...

[Manière de privilégier la fraternité et l'intérêt du plus grand nombre plutôt le commerce et le profit personnel...]

 

 

La chair sans la tête...

L'âme rieuse...

Ce qui s'embrase (involontairement)...

Comme un peu de lumière...

Un peu de vent...

Au service de l'intime...

Ce qui s'accomplit...

Sous ce ciel immense...

 

 

Embrassé ; le destin terrestre...

Avec son mystère et ses sacs de pierres...

Le cœur (un peu) brumeux...

Le pas (franchement) hésitant...

Avec ses embrassades et ses trahisons...

Au cœur de toutes les nécessités...

Ce qu'il nous faut expérimenter...

 

 

La chair renouvelée...

Passant sans souvenir – sans espoir...

Attentif à ce qui vient...

Au cœur de l'écoute...

Sous l'étoile retournée...

Aux portes du silence...

Sans rien chercher ; ni la lumière (et moins encore le clinquant)...

Se mêlant aux mouvements (à tous les mouvements) du monde...

Les yeux humbles ; le dos courbé...

Sans rien demander aux ombres qui nous accompagnent...

Sans rien demander en échange de notre prodigalité...

 

 

L'essence même du Divin dans le bleu de la blessure...

Se laissant toucher par les rumeurs de la terre et le ciel enflammé...

Par tous les reflets et l'épaisseur de la pierre...

Sans rien savoir ; sans rien attendre...

Loyal et obéissant...

 

*

 

Au cœur de la chambre de la forêt...

La porte ouverte sur la vie sauvage...

La tête sous les feuillages...

Le dos appuyé contre un tronc...

Le séant posé sur la pierre...

Dans le (joyeux) tutoiement de la terre et du ciel...

L'âme (parfaitement) heureuse et apaisée...

 

 

Au fond du souffle et du sang...

Le secret du vivant...

Ce qui circule...

Ce qui nous traverse...

Ce qui nous anime...

Ce qui nous sustente...

Nous autres ; infimes parcelles de la trame – infimes portions du réseau – infimes maillons de la chaîne...

Bouts d'infini collés au reste...

Tout (parfaitement) relié – bien sûr...

Et l'esprit ; et le cœur ; et la chair – en commun – sans la moindre appartenance individuelle...

 

 

L'aube ; jusqu'au fond des yeux...

 

19 décembre 2024

Carnet n°313 Un manteau d'étoiles et de sang

Novembre 2024 – A Bhagawan

Monde d'herbe et de roche...

Le verbe (parfois) auréolé de ciel et de vent...

Les bras longs comme des racines...

L'âme taillée dans la pierre...

La tête comme un soleil noir...

Et ce qu'il faut d'usure pour échapper à la nuit...

Et ce qu'il faut d'ardeur pour tutoyer la lumière...

 

 

Bordé(s) d'os et d'étoiles...

Renvoyé(s) au périmètre noir...

Le feu au fond de la langue...

Pour aligner les signes et conjurer le sort...

 

 

Comme un mirage...

La main ouverte...

L'âme digne...

Juste au-dessus du miracle – peut-être...

 

*

 

Le cœur pendu...

Aveuglément...

 

 

Le dedans entaillé...

Sans sommation...

Comme le reste – voué à disparaître...

 

 

Parole ramassée un peu au hasard...

Et adressée à la mort et à la fragilité...

 

 

Seul et tressaillant...

Face à l'Absolu...

 

 

Le cœur exalté par les noces du ciel et des saisons...

Et ce parfum de liberté qui flotte à tous les seuils...

 

 

Encore beaucoup trop homme – peut-être – pour laisser entièrement le chemin décider...

 

 

L'Autre (parfois) bien moins compréhensible que Dieu (ou son absence)...

 

 

Le cœur jeté en avant...

De l'autre côté du monde...

Jusqu'à s'y perdre...

 

 

Là où la route s'arrête...

Là où tout se fige...

Et, au loin (encore imperceptible), la terre des morts...

Vers laquelle on s'avance sans hâte...

 

 

Aux confins de l'attente...

En ce lieu de réconciliation où la main se tend ; où le ciel descend ; où la terre écarte les rêves et les étoiles ; où tout se transforme en destin...

Là où la chair et l'esprit s'affranchissent des meurtrissures...

Là où la cécité et les questions enjambent les remparts du temps pour se convertir en silence et en lumière...

 

*

 

Géographie de l'exil...

Avec ses ciels et ses souterrains...

Avec ses îles et ses lisières...

Aux confins de tous les cercles humains...

Dans tous ces lieux où peut s'inscrire le voyage...

 

 

L'étendue réduit au front et au désir d'immortalité...

 

 

Et cette nuit dans le sang qui recouvre tous les gestes...

Et ces pierres (toutes ces pierres) qui portent le secret...

En plus (bien sûr) des malheurs...

Depuis le (tout) premier ancêtre...

 

 

Étranger (de plus en plus) à ces lieux de commerce [où tout est converti en marchandise]...

A ces terres sans ciel où l'on ne se prosterne plus que devant l'or et la richesse...

 

 

L'enfer (avec toutes ses lois et tous ses ornements) que l'on a construit sur ce qui ressemblait à un éden rude et sans pitié...

 

 

Encore le cri...

Comme si le monde existait...

Comme si l'on avait été banni de tous les royaumes...

Comme si l'on était (tous) les fils de l'ombre...

Allant d'un délire à l'autre ; assurément...

Brinquebalés ici et là ; toujours à la pointe de l'écume...

 

 

A souffrir sous le vent...

Recouvert(s) par la fatigue et les eaux noires...

La rectitude fanée au fond des yeux...

Et la route sinueuse – en soi...

Et toutes les menaces du monde ; au-dehors...

Sans pourvoir choisir ; sans pouvoir décider...

Sauf (peut-être) l'effort à fournir pour tenter de venir à bout de la pente sur laquelle (irrémédiablement) nous glissons...

 

 

Assez fou(s) pour vivre dans l'oubli du feu ; et pour mourir sous un ciel sans Dieu...

 

*

 

Entièrement retiré...

Comme soustrait à la tectonique du monde...

Lèvres au-dedans...

Paroles pour soi...

Et à la place du visage ; une vague ressemblance – peut-être ; une partie du reflet – sans doute...

 

 

Témoin de l’œil qui voit ; en plus de celui qui regarde...

 

 

Désencombré à force de murmures ; puis, à force de silence...

 

 

Vers cette solitude fracassante...

 

 

Rien que le verbe sur l'ossature du monde...

Un ciel iconique sur la prétendue immaturité des morts et des vivants...

Qui peut (vraiment) savoir...

 

 

De la neige – au-dedans...

Et un labyrinthe aussi (bien sûr)...

 

 

Négativement...

Jusqu'au silence...

[Apophatiquement diraient – peut-être – les cuistres!]

 

 

Croire...

[à ce que l'on nous dit]

Sans peine...

Sans même un pourquoi...

 

 

D'un geste...

Ce qui éclaire...

Ce qui obscurcit...

Sans très bien savoir ce que Dieu a voulu...

 

 

A serpenter sous le ciel...

Sur un chemin dont très peu savent où il mène...

 

 

Sans souci ; celui qui s'adonne au sommeil ; comme celui qui vit dans l'intimité du mystère – laissant (tous deux) le monde à ses affaires [mais pour des raisons très différentes – bien sûr]...

 

 

A laisser venir ce que d'Autres n'ont jamais attendu...

 

*

 

D'un seul trait...

La vie ; la mort ; le poème...

 

 

A notre place...

Dans ce haut lieu de la lumière...

 

 

Entre les mondes...

Abandonnée à chaque recommencement...

Cette étendue de bruits et de tentatives ; où s'entassent tous les détritus – jamais emportés par ceux qui quittent la vie – ni par ceux qui quittent la mort...

Comme le fond d'un abîme peuplé d'élans et de cris que l'on perçoit (que l'on peut percevoir) lorsque l'on se penche à l'extrême bord des rives qui se font face...

 

 

L’œil plongé dans le gouffre...

Comme un regard sur ceux qu'il engloutit...

Un peu de lumière sur les drames (tous les drames) qui peuplent ses tréfonds...

 

 

Morceaux de soi ; enfantés et enfantant...

Ce qui – peu à peu – s'éloigne de l'origine (en la prolongeant)...

Vers le plus lointain...

Et – pourtant – sans cesse appelés à revenir vers la source...

Tous ; à double sens – sur cette route incertaine...

 

 

A genoux...

Au milieu des malheurs...

Le cœur guidant l'ardeur [lorsque la tête a été détrônée]...

Sur une sente de plus en plus étroite...

 

 

Ensemble ; emportés on ne sait où...

Et faisant (parfois) un pas de côté pour essayer de comprendre (un peu)...

 

 

Nous ; avec une poignée d'Autres...

Jeté(s) entre l'Amour et la cendre...

Au milieu de l'or et de la poussière...

 

*

 

Au-dessus des ventres et des alphabets du monde...

A regarder la mort tout emporter ; les jours effacer les visages et les noms...

Sous cette lumière qui se moque bien de nos peines et de nos plaintes...

 

 

Sur cette terre de cris et de saccage d'où partent tant de chemins qui traversent l'écume et la mémoire ; preuve (s'il en est) qu'il existe des issues à ce monde de peurs et de pensées ; à ce monde de violence et de frivolités...

 

 

Au-delà des frontières les plus lointaines...

En ces lieux sans funérailles où la mort a noué alliance avec les pierres et les étoiles ; où le silence et la joie se vivent (littéralement) à la verticale...

 

 

Cette pierre noire encore...

Au fond du cœur...

Et le parti-pris du monde...

Face à la tendresse...

[Ce à quoi on ne peut (bien sûr) se résoudre...]

 

 

La folie...

Moins loin qu'on ne le croit...

De cercle en cercle...

Trop souvent ; la couleur donnée à l'aventure...

 

 

Moins visible qu'hier...

Alors que le cœur peine à témoigner...

Alors que le poème patiente au fond du silence...

Quelque chose du ciel et du vent...

Ce qui nous invite ; et devrait (aussi) nous inciter...

 

 

De rêves et de mots...

Comme un peu de neige sur le monde...

Et son âme ; et son essence – toujours aussi méconnues...

 

*

 

A la conjonction des astres...

Ce qui glisse sur le monde...

A travers les âmes...

Dans un langage (toujours) étranger aux hommes...

 

 

Tant d'âmes mortelles aspirent à l'éternité...

Et la chair du poème – elle aussi – prête à défier le temps...

 

 

La parole que chaque ligne perpétue...

Comme un cri continu né des douleurs (de toutes les douleurs) accumulées depuis que le monde est monde ; depuis que l'homme essaie d'émerger de sa gangue de terre...

 

 

Face au vide ; l'innocence...

Comme un vertige indécent – presque scandaleux...

 

 

En dépit des cœurs éventrés...

Le vide et la tendresse – plongés dans la chair du monde...

Au fond (tout au fond) de la douleur des vivants...

 

 

Les âmes de ce monde...

Avec leur poids de tristesse et de peine(s)...

Comme prisonnières de l'épaisseur grise...

 

 

A la pointe du rêve...

Les existences et les malheurs...

Ce que l'on se dit...

Ce qui se raconte...

Et ce que l'on tait...

Une manière – sans doute – de conjurer l'histoire et l'expérience...

[Sans la moindre conséquence – pourtant – sur la souffrance ressentie]...

 

 

Sans rien offrir...

Sans rien recevoir...

Ce qui échoit à chacun...

[Jouet(s) – en quelque sorte – d'un double jeu à somme nulle...]

 

*

 

Intérieurement possible...

Tous les infinis ouverts...

 

 

La chair persécutée...

De mille manières...

Par tous les appétits...

 

 

Suspendue à la mort...

Notre présence...

 

 

Cet étrange face à face entre le ciel et le front...

Si amoureusement ; si aveuglément ; si asymétriquement...

 

 

La lumière ; comme engourdie au fond de l'âme...

 

 

Dans les bras du ciel et de la solitude...

Amoureusement étreint...

 

 

Au-delà des signes...

Et même un peu plus loin que le silence...

 

 

A chaque souffle ; la même possibilité...

Qu'importe à quoi nous sommes attachés...

 

 

Hissé sur l'autre versant de l'expérience...

Là où tout se révèle sans importance...

 

 

Sur cette terre si tourmentée...

La gorge nouée ; la voix étranglée...

Comme cerné par l'inutile et le découragement...

A essayer (en vain) de s'extraire ; de s'extirper de la nasse...

Tôt ou tard rattrapé par l'ignorance et la négligence du sacré...

 

 

Des poèmes jetés sur le bord du chemin...

Une parole livrée aux ronces et à la boue...

Comme le monde – sans doute ; quelque part – offerts à l'oubli...

Détrônés par ce qu'on leur préfère ; l'ivresse – le sang – la folie...

 

 

A respirer – malgré nous – l'odeur de la mort...

La peur qui se mêle au sang...

Le voyage organique...

Le feu de la psyché ; troublé – en désordre – (réellement) sens dessus dessous...

Et l'ardeur qui nous fait courir ; qui nous fait nous précipiter ; et qui nous fait revenir aussi...

Sur la pierre toujours...

Et dans les bras autant que l'on peut...

Sans rien dire...

Sans rien revendiquer...

Comme un simple périple...

[Et un très modeste témoignage aussi...]

 

 

Là ; immobile – à présent...

Sans que rien ne s'annonce...

Sans que personne ne se prononce...

L'air encore vivant...

Au milieu de tant de rien(s)...

 

 

Sur cette route qui s'éloigne des lieux...

Affranchie (ou qui semble affranchie) des états et du temps...

Prolongement – peut-être – de la peur et du cri nés de l'expérience du monde et de l'incompréhension d'être en vie...

Manière d'aller – bien sûr – au-delà de l'homme ; au-delà du monde et de la douleur...

Sur le versant le plus lointain de l'esprit...

Vers l'invisible et le silence...

Vers l'Amour et la lumière...

 

 

Dans cette odeur (si particulière) de pierre foulée...

Le souffle ardent ; le souffle aveugle...

Allant ; toujours allant...

Comme poussé par une mystérieuse nécessité...

Portant son poids (inéluctable – indéfectible) de folie...

Le sommeil juché sur les épaules...

Assez sauvagement (suffisamment, en tout cas, pour effrayer les âmes condamnées à l'obéissance)...

Creusant dans la roche de larges sillons gris qui enfoncent encore plus profondément les pas dans la terre et l'obscurité...

Et s'écartant inexorablement du bleu (parfois entrevu – et, si souvent, promis) ; et excluant même toute possibilité de franchissement...

 

*

 

Aveugle aux distorsions de l'esprit ; à la faillibilité des âmes ; aux dédales langagiers...

Ravi de voir le monde aller comme il va...

Ouvertement dédaigneux du mystère...

L'homme face à ses hantises ; au cœur du chaos qu'il a créé...

 

 

De l'autre côté...

Là où la pente remplace le mythe...

Là où tous les écarts se réduisent...

Là où l'on s'agenouille face aux forces invisibles...

Là où l'on se soucie du sort de la poussière...

Là où le sommeil n'est qu'un état de la lumière...

 

 

La ligne divaguant pour éluder la réponse ; et entretenir (sciemment) l'incertitude quant à la nature de la question et du questionneur...

 

 

Au fond du poème...

Dans ses plus obscurs recoins...

Quelque chose du temps qui passe...

Un peu d'hier ; un peu d'aujourd'hui ; un peu de demain...

Sur fond d'éternité...

Un hymne à l'immuable et au provisoire [qui le traverse en un éclair]...

 

 

Penché (assez tristement) sur ce qui s'achève...

Comme soumis à la nostalgie et à la peur de ce qui adviendra...

 

 

Porté – sans aucun doute – par le merveilleux du monde et du langage...

Autant que par la lumière et cette ardeur inépuisable...

 

 

De la même nature que l'épaisseur et le ruissellement...

Une forme d'inertie en mouvement...

Avec des cascades – des cycles et des recommencements...

Combinaisons de lumière et d'éléments naturels...

Figures éternelles du passage...

 

*

 

Là où le cœur pousse...

Jusqu'à la dérive parfois...

Sur cette pierre mille fois piétinée...

Sous des étoiles trop peu brillantes (sans doute trop éloignées)...

Cherchant un passage dans la nuit pour échapper aux vicissitudes du destin...

Aller vers une terre nouvelle...

Et dénicher un ciel tout neuf...

 

 

La tête offerte aux vents et à la mort...

Condamnée à toutes les sentences...

Découpée dans l'obscurité...

Encore livrée aux tourments passés...

Jetée dans les bourrasques...

Cherchant un lieu – une âme accueillante – une main qui saurait la redresser et lui offrir un peu de dignité...

 

 

Au commencement du temps...

Ce vaste monde déjà existant...

Où tout était porté à la solitude...

Sans jamais négliger le reste ; sans jamais négliger l'ensemble...

(Presque toujours) gorgé de ciel et de sollicitude...

Et offrant à tous les yeux un peu de lumière...

 

 

Les mains offertes à l'immensité...

Avec le cœur par-dessus...

Obéissant aux nécessités du ciel et du monde...

Instruments de toutes les œuvres à accomplir...

 

 

Ce que révèle (ce que peut révéler) la parole...

Au-delà de l'indicible du monde...

Les lois de l'abîme...

Et les secrets – et le langage (parfois un peu abscons) – du ciel...

 

 

Là où tout semble si lointain...

Le ciel ; les visages ; les choses – la moindre circonstance...

 

*

 

Sous le masque du sommeil...

Tant de merveilles méconnues...

Tant de choses à découvrir...

 

 

Tout (plus ou moins) tressé à l'insignifiance...

Jusqu'aux plus grandes gloires [œuvres – découvertes et inventions]...

 

 

Des mots ; (assez) machinalement...

Comme un collier de bruits (pour les oreilles du monde)...

Dans la nuit installée...

Qui semblent si peu téméraires...

Et qui invitent – pourtant – à traverser le langage et l'obscurité...

 

 

A force de rêves et de croyances...

La respiration noire...

La danse des images déployée...

Contre le réel et la possibilité du monde...

 

 

Comme écartelé(s) entre le miroir et l'infini ; entre le silence et la voix...

Au cœur même de l'alternative...

 

 

Ce qui nous traverse...

L'autre mort – sûrement ; celle qu'il nous faut vivre de notre vivant...

L'expérience du bord et de l'abîme...

L'angoisse du vide et de l'effacement...

Ce qui émerge des plus lointaines profondeurs (assez rarement fréquentées par le genre humain)...

 

 

D'un seul regard...

Ce que l'on sait...

Ce qui restera...

Et ce qu'il faudra abandonner...

 

 

Au cœur de l'invisible – peu à peu décrypté...

La vie – la mort et le mystère...

Les gestes précis ; le buste (légèrement) incliné...

L'âme silencieuse...

(Sans doute) l'essence de la simplicité...

Ce que nous cherchons tous à découvrir ; et à expérimenter...

 

 

[En hommage à Bhagawan – au cours de sa dysthanasie – du 8 au 17 novembre 2024]

A l'intersection des mondes et du secret...

L'ombre – la solitude – la lumière...

Ce qui nous est donné à vivre – sans la moindre interruption...

 

Les possédés du monde...

Et leur mainmise sur l'âme...

La peau hurlante...

L'effort ininterrompu pour ne pas mourir...

Sans croyance...

Allongé sur les cailloux...

 

Des traces de rage et de rouge...

Où que l'on soit ; où que l'on aille...

Quoi que l'on découvre ; le cœur – la tête – le monde...

Comme un gigantesque réseau d'ardeur et de sang où se fomentent les festins et les révolutions...

 

Insoupçonnables ; la trace et la plaie...

Le passage de l'invisible...

Ses empreintes terribles sur la chair...

L'esprit trop peu familier de la douleur...

Traversé par un déferlement de cris et de sensations...

 

Autour de soi...

Tant de têtes et de tombes...

Jusqu'à l'horizon...

Presque parfaitement alignées...

Entourées de murs et de grilles...

Sans que nul ne se connaisse...

Sans que nul ne daigne s'intéresser au reste...

 

La tête lancée dans le vent...

Sous les auspices de la mort et des étoiles...

Le temps imparti ; le temps convenu...

A expérimenter le manque et la douleur ; à vivre l'aventure...

 

Sans soi...

L'absence comme portée au pinacle...

Ainsi se défait l'essentiel du jeu...

La tournure de l'âme – du monde – de l'espace...

 

Assis sur le sol...

A écouter les fleurs – les nuages et les étoiles ; la leçon inaugurale du monde...

 

Parmi les pierres...

La respiration et la peur...

Quelque chose de vivant qui ressent et transpire...

Un peu de la source et un peu d'ardeur...

Et qui a la couleur du sang...

 

Le cœur saillant...

A travers la peau...

Le besoin de paix et de lumière...

Et ces étoiles glissées au fond de l'âme...

Et la musique des hauteurs qui nous accompagne...

 

L'âme – toutes les âmes...

Au milieu des rires et des loups...

Couverte-s d'un long manteau de nuit...

Cherchant la grâce au milieu des pierres et des visages...

 

Rien d'impossible encore...

Malgré le merveilleux qui, peu à peu, disparaît de ce monde...

 

Si démuni face à la douleur...

Plongé dans les affres...

L'âme et la chair repliées...

Les nerfs trempés dans le feu...

Sur cette terre où rien ne peut être évité ; où aucune créature n'échappe à son destin...

 

Des plaies ; comme des tombes ouvertes...

D'où ne s'élèvent que des plaintes et des cris...

D'où ne suintent que ce sang noir et cette désespérance de la chair...

 

Et des signes de vie ; encore....

Dans l’œil qui a vu passer la mort...

 

Le cœur baigné de larmes...

Le front écrasé de souffrance...

La vie enfoncée dans le corps comme un pieu...

L’œil encore grand ouvert...

Et l'âme retournée par tant de douleur...

 

Pas soi ; par-delà le mur...

Un peu d'absence...

Et l'oubli du nom...

L'essentiel du jeu...

Emporté – avec les choses – de l'autre côté du monde...

 

Dans la paume creusée par la lumière ; de l'or à la place du temps ; à la place du sable ; le rêve de chacun – sans doute...

 

Et cette terre noire dans la prunelle ; enfouie au fond du sommeil – avec des morceaux de vie qui obstruent l'espace et enfoncent la tristesse à l'intérieur...

 

Ce/ceux dont on se sépare – la mort dans l'âme – retrouvant le reste ; son/leur vrai visage – peut-être...

 

L'esprit hanté par la nuit...

La profondeur des racines...

La corruptibilité de la chair et de la pierre...

Le lent (le très lent) pourrissement du monde...

Comme plongé au fond d'un brasier d'obscurité...

Prêt à être englouti...

 

De soi ; du monde ; du regard...

Intriqués assez mystérieusement...

Qu'importe l'intensité de la lumière de ce qui voit...

 

Le ciel partagé en autant de parts que nécessaire ; s'offrant tantôt sous les traits de la tendresse – tantôt à travers le geste et la parole de celui qui sait...

 

Davantage qu'un regard sur la mort...

L'âme engagée à la fois dans les ténèbres et la clarté...

Le corps (tout) tremblant...

Le cœur courageux...

Apprenant, peu à peu, à se libérer des prières – des sortilèges – de tous les envoûtements...

 

Le silence...

Aux racines du secret...

Sur cette terre de pierres et de nuages...

Sans autre signe que les étoiles et la lumière...

Avant que ne naisse(nt) le vivant (et les instincts)...

Les premiers pas de la mémoire (alors que l'esprit s'épanouissait dans l'absence d'histoire)...

Le début du rêve et des alliances ; dans le prolongement du manque et de la faim...

Le remplacement du murmure et du frémissement par les pulsions et la mort...

Ce qui a (bien sûr) encore cours aujourd'hui...

 

Par devers soi (fort heureusement) ; au-dessus des sévices et de la désespérance ; au-dessus même des quelques restes d'espoir qui persistent (presque toujours) dans les malheurs...

L'accueil de ce qui est ; l'obéissance à ce qui s'impose (à ce qu'offre la vie) ; réceptacle de ce qui nous traverse – émotions – sentiments – intuitions ; manière – peut-être – de faire face aux circonstances désastreuses...

 

A l'ombre de l'espace...

Tous ces ciels...

Et toutes ces fables...

Les mythes des origines et de la fin du monde...

Comme s'il nous fallait (impérativement) un début et un dénouement...

Quelque chose qui ressemblerait à notre histoire (avec les mêmes apparences)...

Alors que tout demeure mystérieux et indéchiffrable...

 

Sans arrêt ; l'émergence – la destruction et le recommencement...

 

Sans réponse...

Appliquant (très précisément) les sentences et les lois...

L'âme et la chair bleuies par le ciel ou les coups (et, parfois, par les deux – simultanément)...

Tout ; à peu près de la même trempe ; quémandant quelques fois un peu de répit – un peu d'assistance – malgré le courage et la ténacité...

 

Sous la terre ; sous les cendres...

Les mêmes rêves qu'au-dessus du monde...

Se laissant faire...

Sur le versant de la mort ; la vie abandonnée aux rumeurs...

Tout mêlé au jeu des contraires et à la puissance des songes...

 

Indifféremment l'âme ou la chair...

Selon la couleur du rêve et l'intensité du feu au fond des yeux...

Quelque chose voué à traverser l'enfance et la nuit...

Manière – peut-être – de s'affranchir du monde et de la langue...

 

Là où s'achèvent l'élan et l'ardeur...

Au seuil du passage...

De la terre noire au bleu du visage...

Comme si l'âme était arrivée au bord du ciel ; aux lisières de l'indicible...

 

 

[En hommage à Bhagawan (suite) – au cours des jours qui ont suivi son décès]

La douleur qui s'éloigne...

Par le cœur lézardé...

Les mains posées sur les larmes...

Le corps offert au monde sans pitié...

Ainsi s'achève cette étape du périple...

A travers la mort apparente...

 

Murmures encore...

Alors que l'esprit s'éloigne déjà de la pierre et du temps des âges ; cherche un passage à travers le sang et la fin des saisons...

 

Cœur brûlant...

L’œil bien au-dessus du gravier gris...

Porté par le vent et ceux qui l'ont (passionnément) aimé...

Oubliant le monde...

En quête d'une autre rive – d'un ailleurs où l'on parlerait une langue nouvelle – un lieu où le merveilleux remplacerait la morsure (effroyable) des vivants...

 

Contre soi...

Collé encore...

Le cœur boursouflé...

Et l'âme en pleurs...

Cherchant le souffle commun ; et le vent qui éparpillerait le malheur et la tristesse...

Vers ce devenir qui éloignerait des broussailles – des forêts et du sang...

 

Sans remuer la terre...

Au large de la débâcle...

Sans nom ; sans lien ; sans geôlier...

Sans se soucier de la renaissance...

Vers le plus large...

Au-delà du monde ; au-delà du cri...

 

Par-dessus la roche...

Par-dessus même la parole...

Ce qui s'achève...

Et ce qui recommence...

Jusque sous les cendres de la nuit qui brûle encore...

Le cœur habité – à présent – par l'étoile...

Allant – à petits pas – vers l'origine et le secret...

 

A même le monde et la mort...

Le silence – le regard – le poème...

Une manière (à la fois) de célébrer et de conjurer la solitude – au milieu des visages et des ombres...

 

Monde hors du monde...

Bâti par les yeux de l'innocence...

Au milieu des os et de la lumière...

A l'intersection de l'exil et du ciel...

Sur cette rive où les âmes se redressent (commencent à se redresser)...

 

Passant ; passant et repassant...

Au large de ceux qui restent...

Là où les grilles jamais ne se referment...

Sans se soucier des gestes ; ni des autres figurants...

Dans cette joie sans douleur ; et infiniment partagée...

Parmi des âmes sans idole...

Amoureux des lieux et de l'éphémère où ils sont plongés...

 

Ici ; sans se hâter...

Avant que le jour ne se lève...

Au milieu des lumières ; peut-être encore au milieu du monde...

Sur cette crête entre la lune et le brouillard...

Sur ce fil où passent tous les voyageurs...

Ceux qui quittent les fables et traversent la mort...

 

Inscrit(s) au plus haut de l'aventure ; les mains tendues vers ce qui les attend...

 

Le long du rivage des vivants...

Le défilé des âmes sans chair...

Au milieu des danses fébriles et des fantômes...

Avec des rêves d'exil et d'horizons nouveaux...

Sous des astres et des ciels inconnus...

Ce que – à chaque mort – nous redécouvrons...

 

Rien ; sous l'ancien front...

Le délitement de toutes les installations...

La décomposition du provisoire ; s'entremêlant avec le reste et reformant d'étranges combinaisons...

Se parant pour la parade des initiés...

Surplombant (pour quelque temps) le sommeil des vivants...

Cherchant un nouveau lieu ; un nouveau déguisement ; une raison de s'affranchir des vieilles terres et de recommencer...

 

Par-dessus tous les ciels et toutes les murailles...

La nuit comme inversée...

Tous les ancêtres visités...

Loin de la pierre ; et loin des malheurs...

Et se rapprochant (bien sûr) du mystère...

 

Au seuil de l'invisible...

En ce lieu énigmatique de la métamorphose...

Au cœur même de l'esprit...

Là où tout se transforme en sable...

Là où tout est sensibilité et poème...

Là où le chant remplace le tumulte et les tourments...

Là où nous sommes ; exactement...

 

Les lèvres jointes sur la chair...

Retrouvant – peut-être – le plus sacré du monde...

Le séant sur la pierre...

Le visage face au vent...

Retrouvant l'équilibre et le balancement naturels...

Quelque chose comme des éclats de silence et de lumière...

 

Le feu de l'âme et du sang ; se rejoignant...

Ensoleillant les yeux et la chair...

Rappelant la présence du Divin aux vivants...

 

Abandonné(e) – peu à peu – le cœur muraillé – l'ancienne demeure du sang...

Centre – à son insu – de manœuvres nocturnes...

Offert au monde (selon d'ancestrales coutumes)...

Carrefour de la vie – des malheurs et du secret...

Et point de ralliement pour ce qui commence et ce qui finit...

 

Lieu du nombre et du ciel – à présent...

Lieu du devenir et des temps anciens...

Quelque part ; au-dessus de l'éblouissement...

 

Là où les âmes se réunissent...

Sur ces hauteurs retirées...

Loin des brimades et des grimaces...

Sensibles (encore sensibles) aux ressemblances...

Sortant de leur boîte caverneuse...

D'un pas fébrile ou mécanique...

Allant un peu partout ; s'éparpillant sur tous les versants...

Pour se répandre en murmure et en mémoire...

 

A la verticale du jour...

Comme si la chair (l'ancienne chair) était célébrée...

Habillé(s) d'âme et de lumière...

Sous un épais manteau de silence...

Déambulant – un par un – dans le passage...

Le sourire posé sur les rouages du mystère...

L’œil déjà ailleurs...

Le cœur confiant...

A monter ou à descendre le long de l'interminable procession...

Loin du monde ; et loin des songes – des vivants...

Vers un autre rêve – sans doute...

 

Sans se souvenir...

Imaginant seulement d'autres rives et d'autres chemins...

Sous le vent féroce...

A l'intersection de tous les cercles...

Laissant les possibles (tous les possibles) se dessiner...

 

Après la mort...

Dans toutes les mémoires...

Le cœur déjà tourné vers l'Absolu...

Au milieu des solitudes entassées...

Par-dessus les cendres ; et par-dessus les tombeaux...

Dans l'accomplissement des dernières volontés...

 

Vers le retour...

Le front (tous les fronts) renversé(s)...

Au milieu des obstacles et des courants contradictoires...

Au bord de tous les abîmes...

Sur le fil suspendu...

Entre l'innocence et la lumière...

Laissant tous les lieux défiler...

Et l'itinéraire s'esquisser – d'un seul trait – jusqu'au seuil du recommencement...

Moitié au-dehors ; moitié au-dedans...

 

Le cœur atteint...

Sur la peau millénaire...

Sous la haute toiture du monde...

Prêt à se déployer...

Au milieu des esprits et des ombres...

Achevant de traverser la nuit...

Et encore en dehors de la vie...

Sur cet étrange chemin d'os – de neige et de rosée...

A l'ombre de l'Amour qui veille au parfait prolongement des destinées...

 

Et cette parole (cette modeste parole) prononcée pour les âmes (toutes les âmes) qui peuplent le monde et qui ont quitté la pierre...

A travers le sort commun...

Entre la providence et l'infortune...

Défiant le hasard et les nécessités...

Redressant – peu à peu – leur figure éteinte – leur visage de poussière...

Sur le chemin de l'après ; en dépit de la tristesse des vivants...

Prêt(e)(s) à transformer ce qui apparaît en piste et en possibilité...

 

*

 

Écartées les ombres du recours...

Au cœur des songes – des dormeurs et des vents...

Le secret collé contre le visage...

Sautant de pierre en pierre ; de rire en rire...

Aux lisières de l'enfance...

La lumière ; comme une pluie d'été...

Ruisselant sous les paupières confiantes...

En dépit de l'adversité du monde...

En dépit de l'hostilité des circonstances...

 

 

Le labeur (incessant – harassant) de l'âme sur la terre...

Au milieu des ombres...

Avec une minuscule fenêtre posée sur les épaules...

Manière d'aller ; et d'avancer dans le passage ; et de frôler les plus hautes étoiles – quelques fois...

Blotties contre le front...

Essayant de découvrir le territoire de l'enfance...

Sans jamais s'inquiéter du défilement des saisons ; sans jamais s'encombrer du temps des âges...

 

 

L’œil jeté par-dessus le ciel...

En des lieux lointains ; presque inimaginables ; presque une prouesse...

Par-delà la nuit déguisée en gouffre...

Un doigt sur les lèvres pour suspendre la surprise ; et conserver le silence...

Manière – peut-être – de quitter le monde ; d'enjamber la mort ; d'échapper à leur lois scélérates ; de toucher au plus sacré ; de revenir en un lieu que nous n'avons jamais réellement quitté...

 

 

A se frotter à tous les sentiers...

Jusqu'à effilocher l'étoffe ; jusqu'à déchirer la peau...

Envoûté par l'au-delà du monde et de la langue...

Prêt à survoler les plaintes et les ventres affamés ; à succomber à tous les enivrements ; à se mettre au service des circonstances...

 

*

Les mains tendues...

Au-delà des couleurs ; au-delà du sommeil...

A travers un champ de fenêtres et de rêves...

Au milieu de tant d'obstacles ; de tant d'impossibilités...

Le ciel – pourtant – peu à peu – s'élargissant...

Devant l'âme frémissante...

Comme si s'initiait – à présent – le temps du plus vaste...

 

 

Sur cette sente resserrée...

Sans rien porter...

Sinon ce sourire face à l'immensité...

Remontant sans frémir toute l'étendue...

A petits pas...

Longeant l'horreur et le merveilleux...

Drapé de lumière et de temps...

Abandonnant au monde l'espoir et les cris...

A l'orée de la joie...

Devinant au loin le chant de la liberté et de l'oubli...

 

 

Sans personne...

Au-dessus des échos mensongers...

Sans même jeter un œil aux spectacles du monde...

Abandonnant le savoir et le temps...

Essayant de s'immoler par le regard ; de fusionner avec l'épaisseur et le vent ; de pénétrer l'écoute et la légèreté...

Dans l'espoir de rejoindre ce qui vient après l'espérance...

 

 

Jour après jour...

A travers l'après-vie qui – peu à peu – se déroule...

A travers la mémoire et les noms qui – peu à peu – s'effacent...

Fidèle au cœur qui murmure...

Porté vers le secret et la lumière...

Traversant tous les labyrinthes...

Sans crainte des détours et des sortilèges...

Affrontant les vagues – l'écume et les courants...

Défiant les déferlantes et les profondeurs...

L'âme détachée du monde...

Sans jamais s'écarter ni du ciel ; ni du chemin...

 

 

Au cœur de l'étendue...

Au-delà du dédale ; des routes ; des stèles et des charniers...

Au-delà même de ce qui survit au passage des hommes et de la mort...

A pieds joints sur ce qui nous empale et nous emporte...

Laissant Dieu – et son mystérieux sourire – envahir le fond du cœur...

Comme un étrange (et savoureux) bras d'honneur aux impératifs du destin...

 

*

 

Au plus fort de la tendresse...

Cette danse avec la chair et la mort...

Qui semble aussi insensée que le sacrifice et le sang versé...

Sans trahison – pourtant...

Fidèle à l’œil qui voit ; au cœur qui sait...

 

 

La caresse de l'éternité sur ces amas d'os et de cendres...

Quelque chose d'apaisé entre les lèvres – entre les mains – entre les bras...

Le goût de l'étreinte ; en plus de la lumière qui guide les gestes et les pas...

 

 

A veiller si près du cercle des secrets...

L'âme plongée au cœur de la matière...

Et la matière plongée au fond de l'âme...

Inséparables (parfaitement inséparables) – en vérité...

Autant que le cœur et l'infini...

 

 

Au cœur du mystère...

Des alliances et des emboîtements...

Du silence et de la cécité...

Tout un réseau de signes et d'échos...

Un jeu de miroirs où se reflètent les songes éparpillés...

Et Dieu – sans doute – à travers la transparence des assemblages...

[De toute évidence – toujours à nos côtés...]

 

 

Échappant aux pièges du monde et du langage...

Refusant la ruse et l'abstraction...

L'esprit libre de la chair se réveillant – peu à peu – de son long sommeil...

En dépit des apparences...

En dépit de ce que l'on croit...

En dépit de ce que l'on nous dit...

 

 

Ce que les morts murmurent à l'oreille des vivants ; assez incompréhensible – la plupart du temps...

 

*

 

L'ancien temps...

Au cœur même de la moelle...

Dans le recoin le plus reculé du cœur...

A travers le défilé apparent des jours...

Là où s'initient le recommencement et la possibilité du franchissement...

[Le lieu que le poème parvient parfois à approcher...]

 

 

Là où tout voyage...

Là où tout s'intériorise...

Là où l'âme devient l'hôte ordinaire de l'esprit et du monde...

Au-delà du rêve et du langage des hommes...

 

 

La tête suspendue à la possibilité d'un Dieu...

Et allant ainsi – hésitant – sans savoir – jusqu'au dernier souffle...

 

 

Réduit à cette lumière au fond de l’œil ; à ce feu indéchiffrable...

 

 

Retranché dans ce coin du monde où la sensibilité et le sauvage sont célébrés ; où l'arbre est l'égal de l'homme ; où la bête est respectée ; où la pierre ne sert qu'à contempler...

 

 

A l'écoute des murmures de la matière vivante...

Entre le souffle et le cri...

Quelque chose des lieux et du secret...

Quelque chose de l'écume et de la trame...

Au-delà de la douleur et du vertige...

Ce qui s'étonne – peut-être – de cette éternité plongée au cœur de l'éphémère...

 

 

Au fil des apparitions...

L'aube – la cage et la possibilité...

Hors de la perception des vivants...

La présence (à la fois) puissante et ténue de ceux qui ne respirent plus...

Au cœur de ce qui libère et de ce qui assiège...

Comme acculé(s) dans ce recoin de l'espace où ne subsiste que l'essentiel – le noyau insécable...

Et poussé(s) – pourtant – à rejoindre le ciel en dépit des obstacles ; à trouver un passage en dépit de l’extrême instabilité de l'esprit...

 

 

Échappant (très provisoirement) aux jeux du monde et au joug de la mort auxquels est soumis ce qui passe (tout ce qui passe) entre le sol et le ciel...

 

*

 

Derrière le plus étrange – parfois – le plus familier...

Au croisement du dehors et des profondeurs...

L'intime réapparaissant...

Comme un soleil dans la pénombre ordinaire...

 

 

Rien de l'assise ; rien de la certitude...

Comme du vent ; la vérité...

 

 

Au fond du cœur ; le vide autant que l'évidence...

Plongé dans cet étrange corps à corps entre ce qui façonne les chemins – les frontières et les territoires et ce qui les anéantit...

 

 

Sur l'horizon désert...

Le cœur audacieux...

Qui ose renverser les perspectives ancestrales...

Qui ose faire tourner la roue à l'envers...

Qui ose inventer de nouveaux horizons...

Qui engage la solitude du regard...

Et qui peut mener au-delà du monde ; au-delà même de l'homme...

 

 

Tout dans le cœur ; réuni...

 

 

Sans jamais rechigner...

L'esprit tenace...

Face à la nuit dressée comme un rempart...

 

 

Vers l'autre versant du monde ; la part silencieuse de l'âme ; le lieu du secret...

 

 

Sans autre élan que celui de l'origine...

A explorer toutes les terres inconnues du monde – du langage – du mystère...

Traversant – pas à pas – tous les espaces offerts à la curiosité...

 

*

 

Le regard posé sur ce qui viendra après le sang...

 

 

De la même couleur que le jour ; celui qui traverse la nuit au bras de l'Amour [insoucieux du monde et si sensible à la lumière]...

 

 

Au milieu de toutes ces âmes sans royaume...

Aux gestes si prévisibles...

Et que les vents inquiètent...

Lorsqu'ils soufflent sur leur horizon...

 

 

Vivre à la manière du cœur qui bat...

Aussi sensible à la douleur qu'à la joie...

 

 

Les yeux (et une partie de l'âme) encore enfouis au fond du sommeil...

Toujours à la merci de quelques rêves et de quelques tourments passés...

Plongé(s) dans la machinerie nocturne ; cette mécanique de l'absence...

Entre une main tendue et un bâillement...

Au seuil (assez indécis) du vivre prochain...

 

 

Comme soustraite au temps...

La seule consolation...

Sans même le savoir...

Sous la plus discrète des constellations...

Dans la main d'un géant devenu soleil...

 

 

Comme un souffle accroché à la chevelure des Dieux...

Flottant au vent...

Se gonflant et se rétractant...

A la manière d'une respiration ; parfois celle du ciel ; parfois celle du monde...

Témoignant de toutes les forces et de toutes les présences qui l'animent (sans en omettre une seule)...

 

*

 

Passeur(s) de temps ; traversant (aussi) l'espace (une partie de l'espace) – abandonnant les visages connus et les expériences traversées ; les souvenirs – toutes les circonstances passées pour redevenir le-les jouet-s docile-s du vent – la-les marionnette-s innocente-s de l'existence qui pourra-pourront (de nouveau) acquiescer à tous les jeux du monde...

 

 

L'âme vagabonde...

Dans cet entre-deux sacré...

Tournoyant dans toutes les farandoles...

Guidée par les instincts et les aspirations...

Survolant tous les paysages en quête d'un nouveau chemin – d'un nouveau visage...

 

 

Un reflet de lune dans l’œil ; manière d'offrir un peu de rêve et de légèreté à la perspective et à la matière...

 

 

Le cœur encore ruisselant...

Laissant l'infini se déverser au-dehors...

Se mêler à toutes les farces et à tous les drames...

 

 

Au fond de l'âme ; ce qui s'initie ; ce qui (peu à peu) se façonne – comme un passage pour le recommencement – capable de laisser passer assez d'ardeur et de lumière...

 

 

Entre l’œil et l'ombre...

Se laissant traverser par tous les possibles...

 

 

Disparaissant – peu à peu – des rêves et du monde...

 

 

Laissant émerger ce qui se cache derrière le chagrin...

Notre vrai visage ; sous le masque du vivant...

 

*

 

Droit et dressé...

Courageux...

Porté à l'oubli...

Le cœur innocent...

Comme la fleur sur la pierre...

 

 

D'herbe et de nuit...

D'étoiles et de sang...

Cette longue cape sur l'échine des âmes endormies...

Attendant le jour...

Rêvant et se jouant du monde en secret...

 

 

Au milieu des nuages...

Le cœur partagé (encore partagé) entre le chagrin et la lumière...

Au-dessus des mondes ; au-dessus des cercles des vivants...

Sous les auspices du ciel...

Se laissant guider par les vents – les rêves et la rosée...

Prêt(s) à s'offrir ; prêt(s) à succomber – aux plus impératives nécessités...

 

21 novembre 2024

Carnet n°312 Un œil au cœur de la fable

Octobre 2024

Au fond de tous les sommeils ; le même feu...

Cette ardeur oubliée...

 

 

La beauté du monde sous les paupières fermées...

La grâce et le parfum de l'invisible...

A la place du petit théâtre des rêves...

 

 

Sans inquiétude...

Sous le soleil du jour...

Sous les caresses de l'infini...

La chair trémulante...

Les dernières résistances qui – peu à peu – se défont...

 

 

La main tendue vers cette bête tapie au fond de la poitrine ; tapie au fond du sang...

Qui tapisse la tête de mille soucis ; et recouvre ce rire étrange caché au fond du chagrin...

Faisant – peu à peu – glisser notre voyage vers la tristesse et la peine...

[Au lieu de renouer avec la légèreté de ceux qui négligent le monde ; le reste ; de ceux qui se détournent de l'inquiétude et des tourments]...

 

*

 

Au-delà de la multitude et du langage...

A l'ombre du verbe...

A la source de la parole – peut-être...

Le ciel ouvert...

Ce qui nous creuse pour offrir au cœur un peu de lumière...

 

 

Un chemin...

Sans interrogation...

A la lisière de l'invraisemblable...

Sans jamais s'épuiser...

Traversant le froid et la nuit...

Aussi heureux sous la pierre que sous la lumière...

 

 

Dans cette brume étrange (et si étrangère)...

A suivre ces traces si anciennes sur la roche...

Le visage cerné par le silence...

Et l'âme déjà débordante de joie...

 

 

Tout file ; glisse ; s'échappe – sans même notre consentement...

Et ce qui – sans cesse – cogne sous notre front ; aux portes de la mémoire...

Mille souvenirs [au milieu d'autres souvenirs] ; mille pensées [au milieu d'autres pensées]...

L'inquiétude ; et le parfum tenace des illusions...

Un œil sur le monde ; à l'affût d'un refuge ; d'un repère rassurant...

Sans oser regarder l'éphémère s'effacer ; et le vide, peu à peu, le remplacer...

 

 

L'âme si impuissante face au désordre du monde...

La vie sens dessus dessous...

Le cœur trop penché – peut-être – vers ce qui l'inquiète ; vers ce qui l'accable ; vers ce qui l'obscurcit...

Au-delà (bien au-delà) des images et du hasard...

Sur cet étrange chemin ; avec quelques restes de torpeur et des relents d'angoisse (assez tenaces)...

Hors du territoire clôturé...

Nous éloignant ; sans destination précise...

Vers un ciel imaginaire – peut-être ; vers une errance et une chute inéluctables...

 

*

 

Le cœur enfoui...

L'âme (encore) passablement nocturne...

Sous un ciel souterrain...

Sur cette route sombre où ne circulent que les silhouettes et les ombres – grises et taciturnes...

Dans un long cortège ; cheminant à double sens ; les uns se dirigeant vers les morts ; et les autres vers les vivants...

 

 

A remonter la route et le temps...

Moins chargé qu'autrefois...

Avec sous le bras un peu d'éternité...

Sous le regard sévère des vivants...

Traversant tous les cercles où l'on inventorie les choses futiles amassées par la main et l'esprit...

Avec de grands bruits au fond de la gorge ; et la poitrine gonflée d'orgueil et d'ambition...

Nous éloignant sans un regard – sans un adieu – de ceux qui nous ressemblent et qui nous sont toujours restés étrangers...

 

 

Le vrai ; dans la nuit ; comme une avancée – une trouée de lumière....

A la manière d'une lame qui transperce l'épaisseur...

Un œil au cœur de la fable ; prêt à déjouer les jeux et les tours de magie...

Un peu d'intelligence au milieu du monde...

 

 

Sans mémoire ; sans avenir...

Sans la moindre chance supplémentaire...

A travers l'effritement du temps...

L'élimination – peu à peu – du plus futile ; de l'inexistant – nécessaire pour faire place à l'essentiel – au plus élémentaire ; à ce qui réclame toutes nos forces et toute notre attention...

 

 

Sous le vent tempétueux des saisons...

Le cœur à la renverse...

L'âme en déséquilibre sur son socle fragile...

Le corps en prière...

Tourné vers tous les visages de la terre...

Incliné vers le sol – offrant au monde un peu de tendresse et de joie...

 

*

 

Derrière tous les visages du monde ; ce chant étrange ; comme né de l'ombre et de la matière...

Entre le murmure et la plainte...

Se faufilant pour trouver un passage vers la lumière...

 

 

Une plaie si profonde...

Dissimulée sous quelques sourires...

Là où s'affrontent – en joutes étranges – inégales – méconnues – l'inespéré et l'innommable...

Lutte silencieuse entre la lumière et ses reflets ; entre le visage de la vérité et les masques de chair qu'elle a dû inventer pour investir la matière et se familiariser avec ses lois implacables et grossières...

 

 

Tant de noms rayés sur la carte...

Tant de visages oubliés...

Tant de lieux demeurés inconnus (ou étrangers)...

Et l'âme bleuie par cet autre voyage – ce périple intérieur – invisible ; et toutes les rencontres avec ce qui ne se voit pas...

 

 

Trois fois rien...

Le chemin qui mène du ventre au cœur...

La tête (toute) tremblante devant les reflets du monde ; tous les paysages traversés...

Le périple plein de périls et de surprises...

Avec dans la main ; le plus nécessaire...

Et au-dedans ; l'essentiel...

Comme si tout vivait (déjà) sous le règne de l'invisible et de la tendresse...

 

 

Le cœur (franchement) décidé...

Le pas véloce (mais fugace)...

Le corps aussi expressif que possible...

Tout entier offert aux âmes rencontrées...

Si ému par l'innocence et la beauté...

Et glissant – peu à peu – vers la seule issue possible ; vers cette solitude joyeuse ; vers cette perspective si méconnue – si peu fréquentée...

 

*

 

Dans l'ombre protectrice...

L'image seulement...

Rien qui ne compte (réellement)...

Comme une vague ressemblance – peut-être...

Quelque chose de froid et de figé ; sans âme – sans chair – sans tremblement...

 

 

En soi...

Comme des fluides – des courants ; un ressac...

Et mille fatigues...

Et mille déchirements...

Et autant d'obstacles et de frontières...

Comme si l'on était (encore) incapable de s'affranchir du cœur organique...

 

 

L’œil vif et attentif...

Sur l'Amour comme sur le sommeil...

Essayant de percer la brume et de décrocher toutes nos vieilles lunes ; de dénicher le socle commun sous les apparences...

 

 

Au fond de l'espace...

Le cœur séparé...

Appartenant – pourtant – à l'essence même du secret...

En dépit des hontes et des interrogations...

En dépit des sortilèges et des recoins...

Se tenant là ; et certainement pas au bout de ses surprises...

 

 

Comme éparpillé dans le néant...

Comme poussé (sans cesse) en avant...

Au fond de la nuit...

Au fond de l'aveuglement...

Les paumes appuyées contre les parois...

Le cœur particulièrement réticent...

 

 

Si près de la tendresse...

L'enfance repliée ; apeurée par cette violence et toutes ces effusions de sang...

Si peu familière de ces discordances ; de ce manque de gratitude et d'assistance...

 

*

 

Déferlant...

Comme la vague ; comme l'eau de la rivière sous l'averse...

La semence se déversant à la manière d'un torrent de graines pour alimenter le renouvellement de la chair et du sang ; les battements de cœur du vivant...

Toute la matière du monde...

Ce qui vit sous l'eau – dans l'air – sur la roche – sous la pierre...

 

 

Ce que les mots dissimulent...

Ce que révèle la parole...

La lumière ; au-dessus des têtes – au fond du cœur...

 

 

Sans savoir comment effacer les rêves – les fables – les visages – les saisons...

Toutes les figures du royaume...

Mais – contre toute attente – emportés, un jour, avec leurs bruits...

A travers le délitement du sommeil nécessaire au silence et à l'oubli...

 

 

Hors du tumulte...

Aux lisières du monde...

Le cœur solitaire...

Assis sous les grands arbres...

Sous le ciel rouge...

A l'ombre des frondaisons...

Sur la pierre grise...

Silencieux...

Attentif à toutes les respirations...

 

 

Peut-être un regard...

Un sourire...

Un cœur écorché...

Et du bleu...

Comme un peu d'aventure...

 

 

Fenêtres fermées sur la nuit...

Mais encore hanté par la bêtise (et la bassesse) des hommes ; par les privilèges qu'ils s'octroient ; par l’iniquité et l'infamie de leurs gestes et de leur règne...

Témoin de tant de choses ; de tant d'absence – que notre cœur doit épancher son sang noir ; son dégoût – sa colère – son hostilité...

 

*

 

Sans hâte...

Au cœur de l'intimité...

Au rythme du flocon qui tombe...

Au rythme de la neige qui fond...

Chair contre chair...

En toutes circonstances...

Qu'importe la saison...

Qu'importe que la mort rôde au-dessus de toutes les têtes...

 

 

Tout emporté...

Avec le voyage...

Dans cette errance un peu folle sous les étoiles...

Un peu naïve ; mais inoubliable...

Et fort instructive lorsque le regard sait se mêler aux souffles de la terre...

Comme si tous les élans s'inscrivaient dans le bleu de la poussière...

 

 

Vers cette solitude silencieuse...

A travers tant de bruit(s) et de voix...

 

 

Dérivant...

Sans alternative...

Emporté ici et là par les courants...

Comme une eau vive et docile...

Entre deux îles ; entre deux archipels...

Entre deux états...

Sous le ciel ; depuis toujours...

Notre destin au long cours...

 

 

Sur la pente...

L'âme dansante...

Dans l'effleurement de l'invisible...

A travers cet affolement, parfois, sur la pierre...

Cette (incroyable) aptitude à aller ; à passer ; à traverser...

Par essence – circulante...

S'abandonnant à toutes les circonstances ; à toutes les aventures ; à toutes les expériences...

D'un corps à l'autre ; d'une rive à l'autre ; d'un monde à l'autre...

 

 

L'être ; déjà caché derrière le visage – au cœur des gestes – au fond de la parole...

L'âme à nu sous la peau...

Ce qui jaillira de manière spontanée ou réfléchie...

Ce qui fera semblant de vieillir avec la chair...

Ce que nous sommes – si singulièrement ; notre façon d'habiter le monde et de faire face aux circonstances...

 

 

Le cœur – parfois – (un peu) trop théâtral...

Comme si le monde était un cirque – une scène – propice aux clowneries et au spectacle...

 

 

Tourbillons de temps...

[Comme si l'esprit était (presque toujours) prisonnier de cette croyance en l'implacable défilement des jours...]

Des heures perdues aux premiers instants (réellement) vécus...

Comme une lutte (inévitable) entre la mémoire et la liberté ; entre l'incertitude et l'anxiété...

 

 

Ici ; sans même la nécessité de durer ; ni de suivre la moindre règle ; ni (bien sûr) de léguer quelque chose au monde...

 

*

 

Enchanté...

Au cœur de l'hiver...

Au cœur même des affres et de l'effroi...

A travers la lumière...

 

 

Sans rien oublier...

La mort attentive (si attentive) à la respiration des vivants...

Si prompte à les envoyer dans l'entre-deux des mondes...

Entre le dernier souffle et le tombeau...

Sur la crête ; le chemin des lisières...

 

 

A la jonction du sable et des questions...

En réponse à tous les rêves...

Le cœur ; l'esprit ; les pas – qui se dérobent...

 

 

Le cœur apprivoisé...

[A travers l'emménagement mystérieux de l'Amour...]

Ce qui, peu à peu, s'installe dans les veines et le sang...

Ce qui, peu à peu, remplace la sauvagerie et les instincts...

Ce qui se réalise de manière silencieuse...

Pour de (très) lumineuses raisons...

Depuis que le monde est monde ; depuis que l'espace est peuplé de créatures...

 

 

Au cœur de la tendresse...

L'âme caressée ; caressante...

Si proche de l'indéchiffrable...

 

 

Assis au pied d'un hêtre...

Plongé dans les hauteurs et les profondeurs parfumées de la terre...

Le cœur suspendu et attentif...

Laissant émerger cette douceur un peu sauvage...

Entre les racines et les frondaisons...

Entre le ciel et l'humus...

Comme une danse (presque) immobile ; d'étranges vibrations – comme un frémissement sensible – intensément tangible et vivant...

La peau contre l'écorce...

L'âme chavirée qui laisse dialoguer (en silence) la sève et le sang...

 

*

 

Plongé(s) dans cet étrange mélange de visages et de sommeil...

Les yeux gorgés de fatigue...

L'âme harassée...

Au milieu des bruits et de la tristesse (trop souvent déguisée en frivolité)...

A chercher le jeu – l'ivresse et l'oubli non pour se rejoindre mais pour échapper à son (nécessaire) face à face...

 

 

Un peu de bleu griffonné sur la page...

Un peu d'encre offert au monde ; un peu d'âme et de silence offert aux yeux attentifs...

Manière de sourire au milieu du sang et des cendres ; et, pour les plus aventureux, une invitation (peut-être) à se réjouir au cœur de l'incertitude...

 

 

Au cœur même de la rencontre...

La douleur et la joie ; la solitude et le partage ; le silence et la parole ; et la possibilité de la lumière...

 

 

Ni soi ; ni le reste...

Inexistant – peut-être...

Ou déjà effacé...

 

 

Le langage abstrait de ceux qui savent (de ceux qui croient savoir)...

Le verbe ampoulé des Dieux...

Le bavardage des hommes...

Et le silence par-dessus qui invite à se taire ; à remplacer le mot par une plus juste manière d'habiter le monde...

 

 

Depuis si longtemps ; le ciel...

Bien avant la douleur – l'existence et le pardon...

Bien avant l'émergence des mythes et des traditions...

L'enfance du monde au cours de laquelle la chair et le souffle étaient communs...

Avant que n'apparaissent l'appropriation – la raison – l’œil rivé sur les dissemblances ; les visages grimaçants devant le cœur qui commence à se craqueler...

 

*

 

Silence accru...

Dans l'épaisseur de l'air...

Aux portes d'une autre terre et d'un ciel moins lointain...

Savoureux ; le souffle – le vertige et la métamorphose...

Comme si, soudain, le chemin nous dévoilait ses hauteurs – ses écarts – ses passerelles – ses souterrains et ses secrets...

Et la joie des pierres et des pas posés et caressants...

Toute la poésie du voyage – en somme...

 

 

Sans réponse...

Face au monde...

L'émerveillement...

 

 

Le même mystère au-dehors et au-dedans ; et les deux espaces à réunir (bien sûr)...

 

 

Le ciel et les saisons...

Ce qui réjouit le cœur et les yeux...

Au milieu des arbres ; jusqu'à ce que l'âme devienne verte et verticale...

 

 

Que dire de soi ?

Hormis l'essence et l'expérience du monde...

A travers la longue suite de circonstances...

L'infini – l'Amour et la mort...

La sensibilité et l'intelligence nécessaires...

Ce qui sera (sans doute) décisif pour les temps (tous les temps) à venir...

 

 

Tout s'exerce – en définitive...

[Le cœur labouré par les nécessités du monde et les exigences du mystère...]

Nous façonnant – peu à peu ; par éclats...

Jusqu'à ce que nous soyons capables de tout renverser ; d'échapper à l'usure ; d'extirper des profondeurs d'incroyables gisements ; de dénicher l'infini et la lumière en des lieux où ne semblent régner que le dérisoire et l'obscurité...

 

*

 

Là où pointent le verbe et le vent...

Vers l'innocence ; l'inoffensif ; l'abandon...

Vers le silence et l'immensité...

Là où l'essence échappe au monde – à la matière – aux paroles et aux prières ; et qui demeure indéchiffrable (en dépit de tous les noms attribués au Divin)...

 

 

A travers l'écoute ; l'étreinte...

Sans le jeu de la pensée...

Cette incroyable manière d'habiter le monde ; sans rien séparer – en laissant toutes les apparitions se déployer ; toutes les disparitions s'effacer ; sans jamais manipuler ce qui nous échoit ; abandonnant tous les phénomènes à leurs mouvements naturels...

 

 

S'abandonner au bleu et aux fils tissés...

Au cœur de la trame ; au cœur de l'immensité...

Au cœur du monde et du silence...

Au cœur de l'infrastructure et hors d'elle (bien sûr) ; simultanément...

 

 

Le cœur attendri par le chuchotement des pierres ; la danse des arbres ; la manière dont les bêtes habitent la terre...

Ce joyeusement vivre...

L'âme (à la fois) en soi et morceau du reste...

Riche (incroyablement riche) de cette impossibilité de circonscrire...

 

 

Ni lumière ; ni illusion...

Dans la perfection du mélange – de l'enchevêtrement – de la confusion et du passage...

Idéalement éphémère(s) et intriqué(s) pour goûter à l'éternité et aux basculements des mondes...

 

 

Quelque chose de la pourriture et de l'éternité...

Quelque chose du monde et du mystère...

Quelque chose du tremblement et de la souveraineté...

Comme une évidence ; et un étroit chemin de crête et d'interstices ; à l'intersection de tous les cercles...

 

 

Blotties contre la tendresse ; les forces inemployées...

Au cœur de la solitude ; ce qui peut se déployer à la lisière de l'impossible...

 

*

 

Terre – sans doute – de tous les liens et de toutes les ruptures...

Ce qui demeure et ce qui se transforme...

Reflets changeants et source immuable...

 

 

Ce qui a été vécu ; à travers le sommeil...

Ce qui a recouvert l'invisible et l'étendue...

Le plus éphémère et le plus grossier...

 

 

Des mots incertains...

Le temps d'une traversée...

A pas feutrés...

Peut-être un visage ; peut-être un voyage ; peut-être un poème...

Qui sait ce que l'on va trouver...

 

 

Derrière le mur...

Ce qui s'approche...

Ce que l'on reconnaît...

Le ciel ; et les yeux (un peu) inquiets...

 

 

Jeté(s) entre les paumes du temps...

Jouet(s) des âges traversés...

Le sablier à la main...

Sans conteste ; ni controverse – possibles...

Jusqu'à ce que le Dieu souverain nous hisse sur son perchoir ; au milieu des siens...

 

 

Mystérieuses les strates géologiques du vivant...

Par épisode ; par secousse ; par à-coups...

A travers le murmure de la petite histoire...

Imperceptible par les cœurs contemporains qui pensent que tout s'est construit au fil des conquêtes...

 

 

Par bribes...

Le cœur – le ciel – le monde – l'esprit – l'invisible et la matière...

Comme un puzzle vivant où tout s'assemble – et se transforme – perpétuellement...

 

 

Dans les bras d'un Dieu discret dont on ne perçoit que le silence et l'invisibilité...

 

*

 

L'aube ; à travers l'encre et le chant...

Du plus profond de la nuit jusqu'à ce visage lumineux façonné par le voyage...

 

 

Là où tout prend corps...

A force de tendresse et de silence...

 

 

Vivre ; habiter la terre et le ciel à la manière des nuages...

 

 

Sans autre lieu que la perte et la disparition...

Aux antipodes de l'absence...

Grâce à ce long (et étrange) voyage vers l'oubli...

 

 

Sans ombre – sans trace – sans statut...

Pas même un souvenir...

Un rêve – peut-être...

 

 

Aux lisières – imperceptibles et vertigineuses – de l'invisible...

 

 

Le cœur à l'ouvrage...

Sur la pierre grise et glissante...

Sous un ciel incertain...

Aux lisières de l'homme...

Et ce qu'il nous restera à parcourir une fois la dernière frontière franchie...

 

 

La vie traversée...

En sentant grandir – en soi – la gratitude et la beauté...

Le renversement des ombres au profit du bleu...

Ce qui s'est longtemps cherché derrière le trouble et l'inconsistance...

Le plus inexorable ; ce à quoi l'on ne peut échapper – en vérité...

 

 

Le cœur tremblant devant ce que l'on ne peut nommer...

Protégé par ce manteau de lune et de nuit qui recouvre les épaules des vagabonds qui n'ont pour gîte que la joie et les fossés ; et sur le visage – un sourire comme une grâce ; et au fond de l'âme – Dieu – le ciel – l'extase [la meilleure compagnie dont puissent rêver les hommes]...

 

*

 

Disparaître de son vivant...

A travers la brume épaisse...

Vers le cercle d'accueil sans nom...

 

 

Vertigineusement...

Le pas libre sur la corde...

Avec toutes les interrogations préalablement jetées dans le vide (avec les derniers doutes)...

Au-dessus des rêves et du monde...

Sans la moindre insolence...

 

 

Le naufrage – extérieurement perçu comme un échec ; et intérieurement comme un accomplissement capable de (nous) faire accéder à toutes les immensités ; horizon – ciel et profondeurs (simultanément)...

 

 

Si lointains ; la nuit – le poids – le monde...

Tous les lieux de l'égarement – du théâtre – de l'absurdité...

 

 

Quelque chose ; à peine...

Un peu de ciel – de matière – de silence...

Un élan – peut-être...

Reconnaissable entre mille tant tout est teinté de bleu ; la pierre – la chair et l'horizon...

Partout où l'infini a réussi à se glisser...

 

 

Coulée de ciel invisible...

Submergeant la terre...

Dieu se mêlant à la chair et au sang...

Offrant à l'âme un peu d'envergure et au cœur un peu de lumière...

 

A travers les noces de l'espace et du temps...

Au milieu des ombres...

Tant de merveilles...

Et l'âme (encore) toute retournée...

 

*

 

Le peu de poids du monde et des mots...

A l'ombre du silence...

 

 

Un cri dans la nuit et l'indifférence que la voix parvient, parfois, à transformer en poème ; comme une caresse – un réconfort (un peu de chaleur et de lumière) offert à l'âme et à la chair encore plongées dans le froid et l'obscurité...

 

 

Le cœur infini et silencieux...

Traversé par les rêves et le vent...

Acquiesçant à tous les voisinages – à toutes les proximités ; sans un seul battement de cils...

 

 

Le corps ici ; la tête ailleurs...

Et l'âme – déjà – sur l'autre rive ; un peu partout (en vérité)...

A contempler le défilé monotone des jours – l'indifférence des visages et les coups du sort...

Le cœur porté par la lumière en dépit des ombres et du sang...

 

 

Le cœur...

Sous l'emprise des appels et de l'ardeur...

Porté à s'aventurer ; à se mêler au monde et à l'encre du poème...

En dépit des malheurs et des malédictions...

En dépit des risques de corruption...

 

 

En plus du noir ; ce qu'il reste de notre humanité ; comme un secret oublié au fond de la chair...

 

*

 

A l'orée du mystère...

Les heures consentantes...

Le cœur apaisé...

La nuit et l'ardeur ; (à peu près) intactes – pourtant...

Au plus près de l'inachevé ; au plus près de l'accomplissement...

Le geste précis ; le souffle vertigineux...

Plongé dans la respiration (naturelle) du monde...

En dépit de la persistance de la mort et des tragédies...

 

 

La prière déposée et silencieuse...

Sans génuflexion spectaculaire...

Le corps et le cœur ; épuisés...

Livré(e)(s) aux mains du ciel et aux nécessités du reste...

Prêt(e)(s) à succomber au sommeil et à la nuit...

Se laissant traverser par le chant qui monte du fond de la terre ; sans même espérer rejoindre les plus modestes cercles de sagesse ; sans même espérer accéder à Dieu ou à la lumière...

 

 

Dans sa besogne solitaire...

Le cœur ouvert...

Sans ornement...

Sans répit...

En dépit du sommeil...

En dépit de la pente sur laquelle glisse le monde...

Porté par son élan naturel...

 

 

La nuit épaisse...

Autour de la mort ; autour des vivants...

Rendant difficile l'accès au moindre passage...

Le cœur encore gorgé de fables et de glaise...

Glissant – pourtant – (assez) imperceptiblement vers le sensible...

Devenant – (presque) à son insu – l'allié de l'invisible et du naturel...

 

*

 

L'esprit sans mémoire ; sans blason...

Comme allongé sur la main ouverte...

Qu'importe l'hostilité du monde...

Qu'importe le noir de la terre et du ciel...

Répondant au seul appel nécessaire...

Embrassant la seule perspective possible...

 

 

La voix discrète...

Portée par le silence et la lumière...

Éparpillant d'infimes éclats de sagesse...

Comme un chant initié au fond de l'âme ; offert à ceux qui vivent sans même l'idée du ciel ; portés – l'essentiel du temps – par les bruits de la tête et du monde...

 

 

Ici ; sans hésiter...

Dans la gueule du bleu ; immobile et offert ; prêt à être englouti ou à être jeté sur les routes du monde...

 

 

Au milieu du monde – des Autres – des traces...

Les fables et l'invisible...

Se construisant – se différenciant – s'entremêlant – se défaisant – sans hâte...

Au rythme des courants qui les traversent...

 

 

Entre les mains des Dieux ; les cœurs assassins et la chair tendre et sacrifiée...

Nous ; ici – si modestement...

Actionné(s) – comme le reste – par l'ardeur et les intentions (énigmatiques) du mystère...

 

 

Le lieu où se rejoignent – et s'affrontent – toutes les forces et toutes les volontés...

Cercle de convergence et champ de bataille...

Le cœur – le corps – la tête – le monde – l'esprit et l'âme...

Ce qui semble séparé et qui ne l'a – pourtant – jamais été...

Formant un étrange (et monstrueux) agglomérat de vide – de matières et de mouvements porté par la danse incessante des échanges et des recombinaisons...

 

*

 

Au bord du plus lointain...

Sans être encore réel – pourtant...

Au cœur du rêve – peut-être...

Ce qui nous regarde...

Ce que nous sommes...

Sans même en avoir l'air...

 

 

Les bruits du monde – peu à peu – convertis en murmure – en début de poème...

Dans la parfaite continuité du silence...

Ce qui nous accompagne...

Comme l'écho du temps qui passe...

 

 

A s'imaginer au centre du cercle...

Alors que la périphérie n'a cessé de s'étendre...

A la manière d'une invention – d'un éparpillement ou d'un oubli – peut-être...

Et ce que l'on perçoit du monde depuis la même fenêtre...

 

 

Dieu au pied du monde...

Laissant tout s'empourprer de honte et de sang...

Laissant la terre et les astres tourner selon leur inclinaison...

Laissant tout arriver ; laissant tout se défaire – admirablement...

 

 

Au fond du sommeil...

Notre visage et l'inconnu...

Ce qui pourrait nous surprendre à notre réveil...

 

 

Le cœur désormais accolé aux flèches et aux fleurs...

Participant à tous les massacres et à toutes les offrandes...

Le visage (très légèrement) souriant au-dessus des rives et des rixes...

Et ce qu'il faut de ciel pour que l'âme et la main restent (suffisamment) ouvertes...

 

*

 

L’œil qui perce la géométrie du monde ; à peine surpris de découvrir l'ampleur de l'invisible ; sa géologie et son commerce avec la matière ; l'apparence des territoires – ciels et gouffres – l'opacité des passages – la géographie des reflets et des ombres ; toute la poésie de l'univers...

 

 

Soi ; incertain et plus qu'irréfutable...

Comme un abîme de réalité ; avec ses chimères et sa transparence (et son inclinaison – plus ou moins consciente – pour l'infini)...

Le goût de la présence et de l'éphémère...

Et la fantaisie – bien sûr – de toute idée de vérité...

 

 

Éclairés – le regard et la nuit...

Les apparitions et les effacements...

Les choses et les âmes ; dans leur intimité...

Ce qui participe à l'avènement de la lumière et à dissiper l'illusion du temps et de l'individualité...

 

 

Voyageur(s) ; tantôt se rapprochant ; tantôt s'éloignant ; de soi – du monde – de l'origine...

Perpétuel(s) vagabond(s) arpentant les mêmes territoires ; sans autre bagage que les (très provisoires) déguisements qu'il nous faut revêtir...

Traversant inlassablement la vie – la douleur – le temps et la mort...

Parmi les Autres ; au milieu du reste – qui nous semblent tantôt étrangers – tantôt de simples reflets de nous-même(s)...

Jamais (vraiment) éloigné(s) ni de l'Amour ; ni du silence ; ni de la lumière...

A travers mille itinéraires ; pour faire – peut-être – le tour de ses propres terres...

 

*

 

Au fond des heures ; Dieu et la mort...

Des pans de ciel au-dessus de l'argile...

Du silence par-dessus la parole...

Le cœur dans son mystère...

Le chant de l'âme...

Parmi les plus hautes cimes du monde...

Ce que l'on recommanderait volontiers à ceux qui aimeraient retrouver les joies (et la liberté) de l'enfance...

 

 

Dieu de doute et de douceur – de droiture et de douleur...

Parmi tant d'autres (bien sûr)...

Alors qu'en ce monde les hommes s'adonnent à tous les rites ; à tous les cultes ; à toutes les cérémonies ; usant de tous les instruments [propitiatoires et apotropaïques] à leur disposition pour essayer de survivre au milieu des forces invisibles ; et pour parvenir aussi, peut-être, à tutoyer quelques entités célestes...

 

 

Témoin ordinaire de la haine ; de toutes les détestations en vigueur en ce monde ; et Dieu sait qu'elles sont nombreuses ; et Dieu sait que chaque tête – chaque cercle – affrontent tous les autres ; et que chacun a mille raisons de détester ce qui lui semble hostile ou étranger...

 

 

Sur la route des voyageurs...

Parmi ceux qui cherchent des certitudes et des vérités...

Parmi ceux qui affrontent dignement l'inconnu...

Parmi ceux qui ignorent qu'ils sont en chemin...

Chacun avec ses interrogations ; face au même mystère...

 

*

 

L'encre poisseuse du sommeil ; apparente – tapageuse – indécente – qui dégouline sur l'épaisseur de la page...

Et qui rêve de découvertes et d'aventures ; au milieu des étoiles ; et qui est déjà bien en peine de s'extraire de son périmètre coutumier ; de s'arracher à ses (pauvres) chimères...

 

 

Le cœur creusé jusqu'au silence...

Au milieu des flammes et de la soif...

Au milieu des foules impassibles...

Au milieu des âmes inquiètes...

Qui apprend – peu à peu – à échapper au monde – aux manques et aux tourments...

Sur le point de s'engager au fond du regard ; de pénétrer l'essence des choses ; d'occuper la place laissée par les instincts...

 

 

Le chemin de la chair (sans cesse – renaissante)...

Sous la lumière ; malgré la misère et le pourrissement...

Les corps en ruine sous le marbre et les larmes...

Les destins plus solides que l'on croit...

Par là où passent les âmes...

Par là où se dévoile le secret...

 

 

Face à cette agglomération de lèvres et de poussière...

Le cœur, peu à peu, lézardé ; fissuré par les secousses ; et trop souvent éprouvé par les querelles et les dissensions...

Par-dessous la peau...

Là où le Divin se creuse...

Au milieu des larmes et du sang...

A travers le souffle qui, peu à peu, s'épuise...

L'âme toujours (plus ou moins) débordée par ses croyances...

 

 

Le sourire dans la gorge...

Au-dessus (bien au-dessus) de la souffrance...

 

*

 

Le visible déconstruit ; et relié à ce que les hommes ne peuvent voir...

Fenêtre sur le sable et l'infini...

Terres des mondes...

Lieu où s'invente l'inconnu...

 

 

Ici et ailleurs...

Le même désir de lumière...

Le même cœur vagabond...

Le regard perché (un peu) au-dessus du monde ; et descendant, parfois, au milieu de la foule...

S'abandonnant (malgré lui) au jeu des miroirs...

Là où s'inscrivent les rêves et les reflets...

Sous un ciel immense...

L'âme toujours (légèrement) taciturne...

Barricadé(e) derrière quelques restes d'enfance...

Les yeux fermés ; et découvrant, peu à peu, les surprises (toutes les surprises) du voyage...

 

 

La lumière ; déjà – dans l'imaginaire et l'aveuglement ; et le long (et rude) chemin pour s'extirper de la cécité (naturelle) de l'homme...

 

 

Au cœur du bleu ; déjà...

En dépit de ce qui demeure au milieu du monde...

Sans (jamais) pouvoir échapper ni aux ténèbres ; ni à la faim des vivants...

Laissant entrevoir l'inséparabilité des éléments et l'inimportance des lieux et des destins...

 

 

Tous ; soumis à ce long voyage où l'esprit doit apprendre à se familiariser avec la peine – le silence et le vent...

 

 

Dieu nous donnant la main...

Au milieu des existences harmonieusement agencées ; des souffles accolés ; des âmes enclines à partager leur intimité...

Nous apprenant le sens du silence – de l'étreinte – du partage ; et la manière de respirer ensemble...

 

 

Nous répétant inlassablement au fil des pages – des saisons – du chemin...

 

*

 

D'un monde de parcelles et d'absence à un monde habité...

De façon parfois confuse ; et sans la moindre volonté...

A travers cet étrange équilibre exigé par les circonstances...

Comme si, un jour, l'âme éprouvait le besoin d'effacer les frontières et les prétentions...

 

 

D'un possible à l'autre...

Et presque toujours habillés d'oripeaux...

Au cœur des invariants humains – pourtant...

En ces heures puériles et sombres où le monde s'est résolu à vivre...

 

 

Dans la sensation de l'illimité...

La soif étanchée...

Et le cœur fou de joie...

 

Imbibé(s) de bleu et d'obscurité...

La chair vacante ; éructant ses dernières douleurs...

L'esprit capable – à présent – de renier ses mensonges et ses déguisements...

Avec (encore) mille éclats d'étoiles et de rêves ; au creux de la voix...

Ce que le temps a édicté à la terre...

Ce à quoi le monde ne peut renoncer...

Au milieu de l'abondance...

Comme si les hommes étaient toujours attablés autour de la nuit la plus ancienne...

 

 

Bouts de choses ; bouts de monde...

A travers l'écorce et la parole tressées ensemble...

Au milieu de mille autres énigmes...

La simplicité de l'âme et le ciel morcelé...

Ce qu'enseignent toutes les expériences ; le moindre séjour sur terre...

 

*

 

Entre le sable et la fable...

L'homme et la lune ; avec leurs mythes et leur reflet...

Tantôt caresse ; tantôt supplice...

Selon les têtes et les saisons...

Gisements de miracles et de désastres...

Entre les mains malicieuses du temps...

 

 

Les yeux baissés sur les contingences...

En dépit d'un cœur inscrit dans la possibilité d'un plus haut...

L'invisible au milieu des drames...

La lumière à la verticale du vent...

Au-dessus des rêves et du sommeil...

Au-dessus du sang et des assassins...

En dépit de la nuit qui dure (et dont on peine à s'extirper)...

 

 

Comme des mots perdus...

Des traces imperceptibles sur la roche noire ; marquée pourtant par l'incessant passage de l'invisible...

 

 

Portes ouvertes sur le bleu...

Le regard et la terre mêlés au fond de la chair...

Sous le regard des arbres et des fleurs ; des bêtes et des pierres...

A travers la brume qui, peu à peu, se dissipe...

Par-delà l'enchevêtrement du monde et du temps...

Du côté de l'innocence plutôt que du côté de la pensée...

En dépit de l'hostilité (et de la sournoiserie) de ceux qui peuplent la terre...

 

 

Au chevet du plus fragile et du plus précieux...

Comme un peu de tendresse dans l'indifférence ambiante...

Le goût de la gratitude et du sacré dans un monde qui (trop souvent) ne célèbre que la chose et le nom...

Étreints les cris et l'infortune ; la mort et les noces mystérieuses...

Endossant le rôle d'instrument nécessaire à la célébration de la danse entre le vivant et le Divin...

Manière – sans doute – de résister à l'insensibilité et à l'aveuglement contemporains...

 

*

 

Traces d'ombres et de voix...

Sur le chemin...

Dans la nuit de l'âme...

Comme un chant ; une esquisse...

Initiés par une main immense...

Au cœur du gouffre...

Un œil pointé sur le monde et le dedans...

Quelque chose d'indéchiffrable qui, peu à peu, se dévoile et se déploie...

 

 

Si proche de tout ce qui passe ; de tout ce qui erre ; et de tout ce qui demeure aussi...

A la manière d'une épaule qui supporterait la tête ensommeillée des hommes et la main (un peu lourde) d'un Dieu gigantesque...

Se laissant effleurer par tant de figures et de mirages...

Socle – peut-être (allez savoir...) – de tous les mondes – de tous les voyages – de tous les passages...

Si lumineusement et si obscurément (à la fois)...

Seul refuge ; et seule patrie (sans doute) pour ceux qui arpentent (assez confusément) ces rives étranges où se mêlent les pires tragédies et les fêtes les plus joyeuses...

 

 

Moins avisé qu'on ne pourrait le penser...

Et plus mort que vivant – peut-être...

Étant donné cet appui (forcené) sur la mémoire...

La vie de tout son poids...

Puis, s'amenuisant à mesure que disparaissent les souvenirs et les traces...

 

 

Soumis à tous les sortilèges...

En plus de la rudesse hivernale...

Allant de lieu en lieu ; d'un corps à l'autre...

Survolant tous les mondes...

Sans se souvenir jamais...

 

 

Rompu déjà à toutes les résistances...

Sur ce chemin vers le plus intime...

La chair et le secret ; entremêlés...

Le visage éclairé par la source du temps et les saisons qui défilent...

Traversant la terre et le ciel sans la moindre escale ; sans le moindre appui ; sans la moindre finalité...

 

*

 

Aimer autant le monde que l'indéfinissable ; autant le temps que l'inachevable...

L'âme comme posée entre le jour et la nuit...

Un pied sur chaque territoire...

Au milieu du vide et du sang...

Au cœur de la magie et de tous les désenchantements...

 

 

Le regard par-dessus la fable...

Au fond de l'abîme et de la voix...

Face à la terre frémissante ; face au cœur stupéfait...

Cette part d'ombre et d'absence...

Et ces milliards d'âmes (plus ou moins justement) incarnées...

De lieu en lieu ; interminablement – sans jamais rencontrer personne...

 

 

Sur la pierre impassible...

Tous ces corps sans éclat...

La lumière – pourtant – descendue aux pieds des Dieux...

Et cet œil immense piégé par la spirale du temps...

Auprès – sans doute – d'âmes trop sérieuses et trop peu savantes pour se prêter aux jeux de la lumière...

 

 

Le cœur serré – sans gloire...

Comme enseveli sous des éboulis de pierres...

Sous la pluie drue et le froid hivernal...

Avec le secret tatoué à l'intérieur ; recouvert de promesses et d'oubli...

Sujet à toutes les fortunes et à tous les malheurs...

Comme jeté (pour ainsi dire) de l'autre côté du rêve...

 

 

Inapte au sommeil et au souvenir...

Bon qu'à perdre et à soustraire...

Les yeux grands ouverts sur le monde et la nuit (presque indissociables aujourd'hui)...

Au plus près de l'enfance – pourtant...

Alors que les existences défilent (presque toujours) entre les ténèbres et la lumière...

Au milieu des couleurs et des apparences...

 

*

 

A travers l'épaisseur...

L'étreinte souterraine et silencieuse...

Qu'importe la densité de la terre et la consistance du ciel...

Au cœur des tragédies...

Jusqu'à l'extrême pointe de l'âme...

Comme un débordement de tendresse sur le monde et les vivants...

 

 

Vivre encore...

Au-delà des batailles ; au-delà de la férocité...

Au-delà du sommeil et de la folie...

Interminablement...

Par-dessus les frontières et la finitude...

 

 

En soi ; l'hommage à ceux qui vivent humblement...

Discrètement ; au cœur du monde...

Au milieu des semences et des instincts...

Apte(s) à tout porter jusqu'à la célébration...

Sans (jamais) se soucier de l'envergure des âmes et de l'intensité du chagrin...

 

 

Entre tous les seuils...

Ce qui passe ; et ce qui demeure...

(Sans doute) le plus beau voyage...

Au milieu de la nuit...

Parmi si peu d'amis ; si peu de visages...

Là où la brume s'épaissit ; là où le rêve nous engloutit...

Plus certain de ce qui existe...

L'âme encline à s'abandonner à ce qui la tient...

 

 

Chemin suspendu...

Au bord inférieur du rêve...

Lentement ; très lentement...

Le temps que le remède agisse...

Le temps que la vie se déroule (un peu)...

Le temps que la soif s'assèche ; et que tout se convertisse en silence...

 

 

De ciel ; de pierre et de vent...

La chair ; les choses ; les âmes...

Et le poids du cœur qui (assez souvent) fait la différence...

 

*

 

Enraciné au mystère...

Par de (très) énigmatiques canaux...

Dans une sorte d'engloutissement triomphal...

Le vivant sur fond de lumière et de nuit...

Lieu de leurs noces perpétuelles...

Tremblant et illisible...

Impalpable et grossier...

Si proche du rêve...

Entre presque rien et presque tout...

Assemblage pétrifié et périssable (à peu près ce que l'on voit) ou assemblage changeant et inaltérable (ce que l'on est à même de deviner) – de combinaisons et de liens...

 

 

Ici ; sans s'efforcer ni à l'espoir ; ni à la pensée...

Sans même se soucier des limites et des faiblesses (en tous genres)...

Sachant si peu...

Et capable pourtant de combiner de mille manières l'air – l'eau – la terre – le feu ; de s'offrir à la danse ; et de s'aventurer dans tous les recoins de l'espace...

 

 

Nous ; étonnantes créatures (intrinsèquement) liées à l'esprit et à la matière ; aptes à la douleur et au cri – à la joie et aux tourments – à la mort et à l'Amour – au langage et au silence...

Maillons – sans doute – d'une chaîne intermittente et infinie ; nés des forces cosmiques ; et animés par l'invisible et une ardeur intarissable...

 

 

Au plus haut du miracle ; le silence et l'absence...

Là où la terre est un soleil...

 

 

Sans jamais se dérober au labeur de l'homme...

Le sang frémissant jusqu'au lieu du salut...

A l’extrême pointe du monde ; là où le visage et la main deviennent plus proches du bleu que du sang...

 

 

Au cœur de la transformation ; ce qui s'insinue (assez) insidieusement...

Les mains de l'invisible à l’œuvre...

Un peu d'âme au milieu des reflets...

 

 

Le cœur rompu à toutes les aventures ; à tous les mensonges et à toutes les mainmises aussi...

Gorgé de tous les souffles...

Porteur de tant de gestes – de tant de naissances – de tant de tentatives...

Agissant toujours en (fidèle et infaillible) auxiliaire de la vie et de la tendresse...

 

*

 

Sans lendemain possible...

Le jour...

Et le peu de poids du monde...

Avec – dans l’œil – le reflet de la lune...

Comme si l'on était éternellement condamné à l'éphémère...

Un peu perdu(s) au milieu des illusions...

 

 

Sur ces terres tumultueuses...

Baignées de ciel ; baignées de bleu...

Et ensevelies – de temps en temps – par les éboulis...

 

 

Sous le règne des pierres entrecoupé (parfois) de quelques éclaircies...

Comme un peu de lumière au milieu de la nuit...

 

 

Le sceau du destin sur le visage et l'inclinaison du cœur...

Au milieu de la peur et des instincts...

 

 

Une fenêtre immense sur la lumière...

Au fond de chaque gourbi...

 

A proximité du temps...

La vie ; la mort ; le monde ; le rêve ; le sang...

Circulant sur le même périmètre...

Simultanément...

Traversant et traversés...

Au milieu des âmes et des ventres affamés...

Sur cette terre tombée au fond de la nuit...

 

 

Taches disséminées autour du sommeil...

Couleur d'encre et d'étoile...

Quelque chose (bien sûr) du mélange qui circule entre l'image et l'émotion...

Matière des profondeurs mêlée au Divin et à la confusion...

Et qui parvient (parfois) à se révéler sur la feuille ; comme au fond des yeux et du cœur tremblant...

 

 

A force de bleu ; (implacablement) ce que nous devenons – la vie plutôt que le songe...

 

*

 

Le cœur entendu...

Comme trois coups frappés à la porte de l'âme...

Alors que tout passe...

Alors que tout est plongé dans le sommeil...

 

 

Le temps renversé jusqu'à l'origine – jusqu'au silence – jusqu'à l'étreinte...

Ce que donne (parfois) à entendre le poème...

 

 

Sous une étoile trop lointaine...

Pour renoncer à l'effroi...

 

 

Voyage sans aveu...

Sous un ciel qui fait tout vaciller...

Sur une terre bien peu propice aux confidences et aux amours partagées...

 

 

Le poids du cœur dans la parole...

Pour résister aux drames – aux désastres – aux tourments...

Pour tenter d'atténuer l'hostilité et la tristesse...

 

 

Fendre l'épaisseur du monde...

A coups de tendresse et de tremblements...

[Rien qu'avec un peu d'encre et de beauté]...

 

30 octobre 2024

Carnet n°311 Allant sans savoir

Septembre 2024

L'invisible et la lumière...

La beauté de la terre...

Et la justesse du silence...

Tout est là ; donné instantanément...

 

 

Face au monde ; sans trembler ; sans rien dire ; sans s'émerveiller...

Ce qui fait – peut-être ; ce qui fait – sans doute – de nous des créatures infirmes...

 

 

A travers la liberté de la langue...

L'expression du poète...

Dans son atelier ; sa forge ; sa fosse d'effacement...

A marteler les mots sur l'enclume...

Sous la direction (attentive) de l'âme – de l’œil et de l'oreille...

Sans la nécessité de l'homme...

 

 

Encore au cœur de la rupture et de l'inachèvement...

 

*

 

A travers tant de bonheur et de beauté...

De si fantastiques naufrages...

L’œil rivé sur le seul horizon possible (la seule perspective envisageable)...

L'air presque détaché devant la perte à venir ; et la fin (apparente) du voyage...

Ne pouvant croire (un seul instant) que le périple pourrait s'achever dans ce ridicule et cette dérision...

Au-delà de ce destin si funeste (et un rien tragique peut-être)...

Ayant la sagesse d'imaginer d'autres mondes – d'autres sentes – d'autres célébrations...

 

 

Si sincèrement engagé...

Un peu de jour à la ceinture...

Au-dessus des jeux (et des joutes) dérisoires...

(Peut-être) vers le plus haut lieu sans prophète...

L'âme coiffée d'une indiscutable clarté...

Le cœur et le geste parfaitement alignés ; entre la pierre et l'étoile...

 

 

Là où les noces se célèbrent...

Qu'importe ce qui s'unit ; l'âme – la vie – la mort – le monde – le regard – le cœur – la chair...

Sous la lumière ; tout tourbillonne et se confond...

Expressions(s) seulement du même mystère...

 

 

D'heure en heure...

Alors que les pierres s'érodent...

Millénaire après millénaire...

Comme coincé(s) entre hier et aujourd'hui ; entre aujourd'hui et demain ; entre les souvenirs et la prière...

Entremêlé(s) pourtant (d'une incroyable manière) aux os et à la poussière ; à tous ces restes de monde et de morts...

 

 

Dans l'évidence d'une chute et d'un ciel ; simultanément...

Perpétuellement parcouru par le temps et la lumière...

Planant ; flottant – rêvant peut-être...

 

*

 

Comme tant de choses ici-bas..

Posés là (assez) tristement...

Avec cette ardeur sans âme...

Abandonnés à leur funeste destin...

Sous un ciel (à leurs yeux) sans substance...

 

 

Ici-même...

Sans rien reconnaître du monde et des visages...

Le chagrin parfaitement intact...

Le destin sans la moindre nécessité...

A s'affairer partout et à amasser mille choses sans intérêt...

 

 

Le livre ouvert...

Le monde offert...

Obscurément d'abord...

Avant que naisse le chemin vers la lumière...

Un long périple au-dedans du regard...

A travers la parole errante et le cœur (si viscéralement) vagabond...

Le labeur (l'incroyable labeur) de l'âme...

Ce qu'il (nous) faut creuser pour aménager un modeste (un très modeste) passage...

 

 

Implacablement; la voix qui s'élève...

Comme un souffle des profondeurs...

La voix d'un géant trop longtemps oubliée – peut-être...

Enfouie sous les figures hilares et les jeux futiles...

Et planant – à présent – invisible et puissante – au-dessus du monde...

 

 

Le Divin...

Au milieu des ombres...

Éternellement ; naturellement ; instantanément...

Dévoué autant à ce qui l'ignore qu'à ce qui l'honore...

Une main portant chaque vie...

Soutenant le cœur dans ses épreuves...

Encourageant l'âme et réconfortant la chair meurtrie...

Comme un peu de ciel (insuffisamment sans doute) offert à ce qui se sent un peu à l'étroit dans sa gangue de terre...

 

*

 

Immobile...

Dans la légèreté de l'air...

Comme si quelque chose s'était tu...

Comme si le lointain (le plus lointain) s'était rapproché...

A la manière d'une apparition...

A la manière d'une délivrance...

Sans crier gare...

Sans tambour ni trompette...

Sans applaudissement...

Comme un présent anonyme et silencieux...

 

 

Dans l’œil ; le détachement des reflets...

Sans que la beauté du monde ne soit arrachée (bien au contraire)...

 

 

L’œil affranchi des apparences...

Comme si l'essence, à présent, brillait au fond de la chair ; traversait la peau ; resplendissait partout...

 

 

Ce qu'est Dieu pour l'homme...

Et ce qu'est l'homme pour Dieu...

Se célébrant (ensemble) lors de festivités solitaires et silencieuses...

Les battements du cœur et la respiration des étoiles (presque) parfaitement synchronisés...

Dans un hymne à l'universel et à la singularité...

Enchevêtrant (ne cessant d'enchevêtrer) l'infime et l'infini ; et toutes leurs perspectives...

 

 

Sous la fièvre apparente ; l'espace et le silence – la parfaite tranquillité...

Le temps déraciné...

Comme au commencement du monde...

Au cœur d'une d'aube lumineuse ; rêvée peut-être...

 

 

L'âme – dans ses profondeurs ; comme plongée au fond de la chair vivante...

Acquiesçant à tous les désirs...

Prête à tout expérimenter ; à tout découvrir ; à s'abandonner à toutes les aventures...

 

*

 

Écorché parfois par le jour ; parfois par la pierre...

Vivant sans certitude (sans la moindre certitude)...

Allant sans savoir...

Les yeux presque fermés...

Explorant toutes les rives du monde...

Laissant les visages apparaître et disparaître...

S'abandonnant au bleu et au noir du ciel et de la sente...

S'en remettant tantôt à la lumière ; tantôt à l'obscurité...

Confiant en la source des couleurs et des chemins...

Se fiant aux nécessités de l'âme et du voyage...

Le cœur empli (presque toujours) d'une immense gratitude...

 

 

De lieu en lieu ; jusqu'au vertige...

 

 

L'âme et la chair pétries ; comme une argile encore trop brute ; comme une terre encore trop grossière...

Malaxées – pourtant – par la lumière...

Par les mains de Dieu...

Dans l'atelier du monde...

Depuis la nuit des temps...

 

 

De temps en temps ; égaré entre l'éclipse et l'apparition...

Là où s'approfondissent les nécessités ; là où se creuse l'absence indispensable...

 

 

A travers le souffle qui traverse l'espace...

La vie – l'âme – le monde...

A chaque instant...

Ce qui meurt ; et ce qui renaît – et recommence – dans tous les tréfonds...

 

 

Le geste bleu...

Qui accueille ce qui s'avance...

Auréolé d'une lumière peu commune...

Habité (simultanément) par le souffle et le silence...

Offrant à l'âme le vertige et la joie...

Et à ce qui passe un peu d'apaisement...

Et capable – bien sûr – de contenter la faim (assez durablement)...

 

 

Face à l'abîme ; toutes les solitudes du monde...

 

*

 

Au commencement de la lumière...

Le regard exhumé...

Arraché à la terre...

Rendu à l'espace...

Offert aux vivants...

 

 

Comme plongé(s) au cœur de la tendresse et de la barbarie...

Avec, d'un côté de la balance, le poids de la rosée ; une seule goutte (infime – dérisoire)...

Et, de l'autre, l'épaisseur des âmes et la noirceur (toute la noirceur) du monde...

Et l'homme – en déséquilibre sur le fléau – oscillant sans cesse ; toujours (presque toujours) instable...

Fidèle (parfaitement fidèle) aux forces de la terre et du ciel...

 

 

Dans la braise (encore ardente) de la blessure...

Comme un frémissement ; le début d'une joie – peut-être...

Comme si quelque chose refusait de céder ; de s'abandonner (totalement) à la douleur...

Le poids de l'innocence empêchant – peut-être – une parfaite soumission au malheur...

Le cœur encore assez vaillant pour résister à l'infirmité et à l'anéantissement...

 

 

Sur le sol...

Le sceau et le sang des vivants...

Le monde et le temps...

Enlacés (sans même le savoir)...

Tiraillés (encore tiraillés) par le froid et la faim...

Condamnés (toujours condamnés) à la peur et à l'espoir...

Bannis de tous les autres royaumes...

En dépit du ciel au-dessus des têtes...

 

 

Sous le ciel maussade...

Jour et nuit ; entre les mains du monde...

Alors que les miroirs invitent à toutes les chimères...

Alors que la fièvre plonge au fond des ténèbres ; condamne à errer (indéfiniment) au cœur de l'obscur...

Alors que partout le sommeil sévit...

Une émancipation (pourtant) reste possible...

A travers l'âme – le souffle – les fleurs – la neige – la poésie et le silence...

Le début d'un long voyage qui ne s'achèvera qu'avec l'évidence de la lumière...

 

*

 

Ce qui passe...

Dessinant des cercles et des sillons ; laissant des traces (quelques traces) – dans l'air et le vent...

Créant, à chaque passage, de dérisoires (et très éphémères) tourbillons...

Et s'imaginant léguer au monde un héritage ; quelque chose d'essentiel et de (très) précieux...

 

 

Se déguisant ; et croyant se métamorphoser...

Usant de ruses et de parures...

Les corps et les âmes...

De lieu en lieu...

Sans jamais rencontrer personne ; sans jamais arriver nulle part...

Sans même avoir le goût du voyage et de l'errance...

S'abîmant ; et répandant leurs substances...

S'abandonnant (simplement) aux circonstances...

 

 

Personne ; face au miroir sans reflet ; comme si l'on appartenait déjà à l'invisible...

 

 

Ainsi ; les yeux ouverts (grands ouverts)...

Devant le jaillissement du plus inouï...

A travers l'immonde et l'inaudible (et bien pire quelques fois)...

Escaladant et dévalant toutes les pentes du monde...

Traversant tous les territoires du jeu et du sommeil...

Anéantissant toutes les fictions et toutes les pensées...

Transformant les ombres en feu ; et les cendres en terres nouvelles...

Transperçant l'épaisseur et l'obscurité...

Pour laisser (enfin) apparaître d'autres mondes ; d'autres manières d'être vivant ; une multitude de réalités enchevêtrées...

 

 

La main haute ; portant le monde et la lumière...

Et les jetant dans les paumes du ciel...

Abandonnant les ombres et les frontières...

Révélant l'espace nu et l'innocence ; et les laissant se déployer librement...

 

*

 

Furieusement dégradés...

Les reflets du monde...

Comme dissous par la lumière...

Et dans le cœur...

La parole brûlante...

Si près du silence qu'elle pourrait faire éclater la langue ; pulvériser l'idée de la terre et du ciel – pour repeindre en bleu tout ce qu'elle a enflammé...

 

 

Aux dernières extrémités de l'ombre...

L'humanité aux yeux fermés...

La folie du monde ; ses danses bruyantes et ses tourbillons mal inspirés...

La course destructrice du temps...

Et le poème plus lourd que le vent...

 

 

Les yeux déchirés...

Le front obscurci...

L'âme écrasée...

Par toutes ces bouches pleines de rires et de mots ; pleines de chair et de sang...

Le cœur bâillonné...

La sagesse empêchée...

Rien pour conjurer le malheur ; pas même la possibilité du silence...

 

 

En soi ; cette veille si longue...

La tête un peu étonnée ; un peu étourdie – par ces danses (toutes ces danses) étranges autour d'elle...

Du fond de la nuit jusqu'au plus haut vertige...

Avant que n'apparaisse la lumière...

 

 

Le corps percé d'épines...

Et le cœur obstiné qui s'insurge au lieu d'éponger le sang ; au lieu de laisser l'âme se transformer en main ouverte – dévouée – fidèle – obéissante – amoureuse...

 

*

 

Le cœur bleui...

Par la proximité des arbres et de la lumière...

Comme si le ciel déversait (une partie de) son encre sur le monde...

Faisant surgir (à son insu) une fenêtre trop longtemps négligée par les créatures terrestres...

Offrant un peu de réel et de clarté à ce qui ressemble à un rêve ; à cette abominable (et terrifiante) obscurité...

 

 

Paresseusement agrippé(s) à l'ombre et à la roche...

Au lieu de célébrer la neige et le feu ; le vent et la lumière...

La nuit si obstinément...

Comme si elle était, pour le monde, le seul destin possible...

Depuis des millions d'années...

Comme si le ciel n'était qu'un décor et l'âme une entité imaginaire...

Une simple (et très maladroite) manière – peut-être – de traverser l'existence...

 

 

A cœur et à ciel ouverts...

Là où tout s'invite ; là où tout ruisselle...

Là où tout est verbe et monde...

Là où la grâce fleurit (jusqu'au fond même des plus infâmes tourbillons)...

Là où tout s'éclaire...

A travers le scintillement (magique et, parfois, trompeur) des reflets...

 

 

Archipel de bouches et de mains...

Posées là sans espérance...

Sans rien expérimenter sinon (bien sûr) le manque – la faim – la misère et la mendicité...

Et le cœur ; et la chair ; et l'esprit – qui, partout, cherchent – se querellent – s'épuisent...

Comme des insectes autour d'un réverbère...

 

 

Au cœur d'un cortège irréel...

Au-dessus des pièges tendus...

Au fond de la faille qui traverse la matière et les noms ; à la manière d'un étroit corridor qui débouche sur l'espace et le silence...

 

*

 

Sans rien peser ; l'âme – la vie – le monde – le cœur et le temps...

Et ce qui monte (ce qui semble monter) de la terre...

Et ce qui descend (ce qui semble descendre) du ciel...

Et ce qui se rencontre, parfois, à mi-chemin...

Ce dont la lumière et la mort sont – tous les jours – les silencieux témoins...

 

 

Sous les yeux de l'invisible...

Ce qui est...

Et ce qui passe...

 

 

Alors que tout s'éloigne – nous quitte – disparaît...

Alors que tout s'efface...

Un jour ; tout réapparaît – revient – nous rejoint – d'une autre manière...

Comme si rien – ni personne – ne pouvait être écarté...

 

 

Alors que le monde et les âmes on toujours été condamnés au désordre – au vacarme – aux tourments comment pourraient-ils espérer, un jour, trouver la joie – la paix et le silence...

 

 

Corps et âme jetés au monde ; offerts aux caprices de l'esprit...

Ce qui nous happe ; instantanément...

Sans pouvoir y échapper...

Jouets de l'existence et de l'imaginaire (les plus débridés – quelques fois)...

Comme si la plus épouvantable réalité pouvait être précipitée au fond du cœur ; au fond de la chair ; au fond des yeux...

 

 

Dans la tourmente...

Le cœur épouvanté...

La blessure et le secret – mâtinés de ciel et de monde – plongés au fond de l'âme...

Comment s'étonner dès lors que l’esprit (humain) ait tant de peine à échapper à l'inquiétude et à la douleur ; et qu'il éprouve toutes les difficultés du monde à déchiffrer le mystère...

 

 

Condamné(s) à l'éternel recommencement du monde et du temps...

 

 

Rien qu'un cœur et un monde habités ; la seule (notre seule) réalité – peut-être...

 

*

 

Sur l'autel d'un autre monde...

Hissé(s) avec toutes nos potentialités...

Et ce que nous n'avons pas réussi à conserver intact abandonné – avec nos pourritures et nos infirmités – sur ces rives peuplées de fronts insensés...

 

 

Ici ; au cœur même de l'aveuglement...

Parfois – un miracle...

Une transformation silencieuse...

Ce que l'on arrache à la consistance (apparente)...

Ce que l'on offre à l'étreinte et à la lumière...

Avec ce merveilleux parfum de liberté qui flotte au fond de l'âme...

 

 

Comme une aube – éternellement – martelée par le passage du temps...

 

 

Sur ces terres vierges de traces...

L'âme dans son sanctuaire...

Et le corps dans son abri de fortune...

Et les pas qui glissent entre l'invisible et le monde...

Renversés ; la tête taciturne et l'effroi...

Abandonnés au rêve et au sommeil d'autrefois...

Heureux – à présent – de chaque heure nouvelle ; et de ce qui, sans cesse, surgit comme un privilège – une chance – une bénédiction...

Livré (inlassablement) aux changements et aux métamorphoses...

 

 

Minuscule ; si dérisoire...

Au cœur de ce monde...

Parmi toutes ces figures et toutes ces œuvres...

Ce qui ne pourrait – pourtant – ni se vivre ; ni s’exprimer – d'une autre manière...

 

 

Si haut que tout a été exclu ; que tout a été condamné à arpenter les bas-fonds et à fantasmer sur l'envol (et la réintégration)...

 

*

 

Circulairement...

Ce qui revient et recommence...

Ce qui – inlassablement – se répète...

Les mondes et les existences ; les histoires et les destins...

Et ce qui échappe aux règles (ce qui a toujours échappé aux règles)...

Sans la moindre tergiversation ; sans le moindre bégaiement...

La source ; sous les paupières closes ; dans la tête qui s'obstine ; dans la main qui s'acharne ; comme au fond du cœur qui sait – qui sent – qui s'offre...

 

 

Au-delà du bavardage ; la parole...

Au-delà de la parole ; le verbe...

Au-delà du verbe ; le silence...

Ce que parvient – parfois – à refléter le poème ; lorsque le feutre et la feuille s'abandonnent à l'écoute ; lorsque ce qui advient n'a plus même le désir – cette ambition un peu folle – ni de s'exprimer ; ni d'être entendu...

 

 

Ici ; si discrètement...

Inconnu(s)...

Le cœur encore imparfaitement dévoilé...

Si dépourvu(s)...

Face à l'Amour comme face à la mort...

Indigène(s) – pourtant – depuis des millénaires...

A languir au fond de ce passage qui s'éternise...

Entre la pénombre et la lumière...

Entre l'infini et la poussière...

Apprenant (peu à peu) à se faire l'indispensable passerelle...

 

 

Des amoncellements d'ombres et de morts...

Sous les yeux (fermés) des assassins...

Le cœur des bêtes – encore palpitant – jeté en tas pour apaiser la faim de chair et de sang...

Sans jamais enfreindre (bien sûr) la loi des hommes...

Mais piétinant (de la plus affreuse manière) ce qui relève de l'Amour – de la tendresse – de la sensibilité...

 

*

 

Sous la cendre...

Comme au fond de la blessure – du gouffre – du cri...

Dans tous les recoins du monde – de la chair et de l'esprit...

Au cœur du vivant comme au cœur de la pierre...

Partout – en vérité...

La même lumière...

 

 

Là où ça vibre ; quelque chose (toujours) rayonne...

Et l'âme – lorsqu'elle devient sensible – se fait caisse de résonance ; le lieu de la plus haute intimité avec le monde – les visages et les choses...

Qu'importe ce qu'il y a devant soi ; et la manière dont on est accueilli...

 

 

Transpercé ; pénétré ; traversé...

Et ce qu'il reste...

Ce rayonnement ; cette vibration ; cette (incroyable) résonance...

Puis tout s'éteint ; se vide ; et recommence...

 

 

Avec soi...

Aussi profondément que possible...

Inspiré – et pénétré – par l'invisible...

Encore entaché, parfois, par quelques (vieux) restes de monde et de temps...

L'âme (presque) affranchie – pourtant...

S'abandonnant indifféremment à tout ce qui nous traverse ; des remous – du ressac – des courants...

Entre la surface et les profondeurs ; entre la terre et le ciel...

Ouvert aux changements et aux métamorphoses ; et (même – bien sûr) aux transfigurations...

 

 

Porté par le monde ; la matière du monde ; et l'ardeur du reste...

Sans rien penser...

Sans rien savoir...

Et devinant (pourtant) quelques fois...

Mais préférant s'offrir – innocemment – aux délices et aux épines du voyage (en effleurant, parfois, le pire)...

Laissant tout arriver ; laissant tout passer ; laissant tout devenir ; laissant tout s'effacer...

 

*

 

Offert(s) aux vents ; aux mondes ; aux siècles – que l'on expérimente jusqu'à l'ivresse...

 

 

Sur le versant secret du jour...

Au milieu des ombres – des désirs et des interdits...

Entre la chambre et la chute...

Entre le soleil et le monde...

Entre le vide et le bruit...

Les yeux à peine ouverts...

Nous approchant (peu à peu) de l'invisible pressenti (depuis toujours) par le cœur...

 

*

 

Enchaîné(s) à l'impensable...

Comme un fil emmêlé à tous les autres fils de la trame ; à l'écheveau vivant et infini – sujet à tous les élans et à toutes les transformations...

Parfaitement indestructible...

Alors que les nœuds, ici et là, se font et se défont – en quelques instants – apparaissant et disparaissant les uns après les autres – indéfiniment...

Comme le jeu – et la respiration – du maillage ; se développant – se sabordant – se reconquérant ; se réinventant toujours...

Sachant convertir, de manière continue, son unicité en pluralité – en profusion – en exubérance ; créant toutes les combinaisons imaginables pour goûter, à travers elles, l'infinie diversité des états – des mondes – des possibles...

 

 

Entouré(s) par la nuit immense...

Au milieu des créatures et des choses ; au milieu des mouvements et des bruits...

D'instant en instant ; de toute éternité...

Ce qui demeure ; ce qui apparaît ; ce qui s'éteint...

Sans jamais réussir à percer le mystère (que nous sommes – que nous portons – qui nous entoure)...

 

 

La main tendue...

Le cœur déployé...

Face à l'invisible...

Si loin des hommes et des astres...

Sous l’œil indifférent de l'Absolu qui se moque bien de nos larmes et de nos prières...

 

 

Qu'importe l'état de l'âme et de la chair...

Ce qui compte ; la proximité de l'Amour et de la lumière...

 

 

La joie du cœur capable de convertir le monde et la mort en lieux de tendresse et de paix...

 

*

 

Face au monde...

L’œil vierge...

Sans rite ; sans flèche ; sans manuel...

L'âme sensible ; prête à se laisser traverser...

Le cœur qui sent et reconnaît...

Ce qui existe depuis toujours...

Le seul visage au-dedans de tous les autres...

Ce qui se tient immobile parmi les reflets dansants...

 

 

Dans l’œil et le langage…

La pierre et le tourbillon...

Le vide et la loi des hommes...

L'ombre et le chant...

L'infini et le sommeil...

Ce que nous séparons ; et qui, en réalité, ne peut être dissocié...

Comme un entrelacs de tuyauterie (visible et invisible) qui relie les corps et les âmes ; dans lesquels circulent le même air ; la même terre ; la même eau ; le même feu ; mille courants – mille combinaisons – mille possibles...

 

 

Sans rien être...

Le poids du monde et des noms qui s'allège...

Comme la réminiscence de la première constellation...

Et un retour à l'enfance des origines...

Ce qui précéda les mythes et les civilisations...

Le plus intime ; sans doute...

Cet œil sensible – perpétuel – inamovible – qui traverse le temps...

A l'intérieur...

Capable de refléter tous les degrés de la lumière...

Et qui donne à la matière ce large éventail entre la transparence et l'opacité...

 

Des taches d'encre disséminées ici et là...

Tantôt prolongement du silence ; tantôt prolongement de la nuit...

Selon l'origine de la parole ; et la profondeur (et l'envergure) de ce qui la reçoit...

 

 

L'âme et le feutre – toujours aussi libres ; imprévisibles ; souverains...

Abandonnant quelques traces dérisoires – changeantes et bariolées – sur le modeste carré de la page...

 

*

 

A la pointe de l'âme ; la lumière du monde...

Ce qu'offre la main ouverte ; et le poème – quelques fois...

 

 

Dans l'immensité sauvage...

La chambre et le verbe...

La possibilité de la solitude et du ciel...

La grâce qui s'offre à celui qui s'est écarté du monde...

 

 

Dans les profondeurs de la traversée...

Des ailes et des petits pas...

L'exploration minutieuse et la fulgurance...

L’œil attentif à toutes les hauteurs...

Au carrefour de toutes les perspectives...

Qui offrent mille surprises et la possibilité de l'inconnu sur des terres mille fois arpentées...

 

 

Au fil des circonstances ; mille choses – mille possibles...

L'inclinaison de la pente – l'intensité du souffle – la justesse du geste...

L'envergure de l'accueil – le degré d'intimité avec le reste...

Ce qui (nous) sépare du silence et de l'effacement...

Tous les périples ; des plus ordinaires aux plus aventureux – des plus légers aux plus sérieux – des plus misérables aux plus joyeux...

 

 

Toujours seul ; à l’extrémité de soi...

Puis, tout bascule dans la plus complète confusion à travers cet incroyable brassage de formes – de textures – de couleurs ; ce qui pourrait ressembler (de près ou de loin) à une perpétuelle métamorphose ; à une hybridation extraordinairement changeante...

Un savoureux mélange qui relève (à la fois) de la dissolution et des retrouvailles (inespérées à bien des égards)...

 

 

Le voyage ; le chemin...

A travers tant de rêves – de douleurs – de visages...

A travers tant de paroles – de rencontres – de paysages...

Ce qui passe (en un éclair)...

Sous nos yeux ignorants...

 

 

Le dehors et le dedans ; comme deux mondes séparés et parallèles qui forment un étrange labyrinthe auquel il est (presque) impossible d'échapper ; mais que l'on peut apprendre à dissoudre par un long (et ardent) labeur de l'âme et de l'esprit...

 

*

 

Nu...

Sur l'étendue déserte...

Des tourbillons d'air sur la pierre...

Le souffle de la traversée...

D'ici à plus loin...

Et ainsi – toujours – de lieu en lieu...

Sans jamais vraiment se mouvoir – en réalité...

 

 

Ignorés (en ce monde) ; la joie – le silence – l'infini...

Cet étrange mélange d'air et de chute ; d'envol et de feu – combiné (aussi – bien sûr) avec quelque chose de l'ineffable...

Assez éloigné de l'idée du sacré à laquelle se réfèrent (si souvent) les hommes...

Et – pourtant – le plus précieux auquel on puisse accéder (sur cette terre)...

Le lieu au fond duquel tout s'initie ; tout s'accomplit ; tout se résorbe...

Le lieu au fond duquel tout renaît et recommence...

 

 

Sur le sol...

Sous le règne de l'ascendance bleue...

Au plus haut du creux ; sur ce tertre façonné par les millénaires ; un mât de cocagne...

Et hissé(es) au faîte de la hampe ; la possibilité (enfin visible) du ciel ; et mille manières d'y accéder pour donner aux rêves et au monde un peu de réalité...

 

 

Entouré par la nuit et le mutisme...

Alors que le vent – sans cesse – change de sillon ; bouleverse son itinéraire ; transforme son tracé...

Et rien (jamais rien) concernant l'altitude ; ni la hauteur du ciel...

Et rien (jamais rien) concernant les passerelles – les circonstances favorables – les possibilités de l'homme...

Seulement le bleu et les liens ; et ce qui se déroule sous l’œil indifférent...

 

 

Jusqu'à soi...

Et même un peu plus loin...

Et même au-delà...

Traversé(s) de bout en bout...

 

*

 

Ici ; comme là-bas ; comme partout ailleurs...

Ce qui passe ; et ce qui demeure...

Au cœur du vide – des tourbillons – des chimères...

Quelque chose du vent – du goût et de la perte...

Et mille inclinaisons possibles...

Ce qui pousse le corps – le cœur – la tête...

Sans jamais rien atteindre ; sans jamais rien franchir...

Ce qui aimerait s'interrompre ; et ce qui aimerait continuer...

Toujours sur la route...

Comme si nul n'était en mesure de décider...

 

 

Au niveau du front ; le désir – la brûlure – l'infirmité...

Ce qui nous empêche de voir ; et ce qui nous enjoint de franchir tous les obstacles...

Qu'importe la turbulence des jours...

Qu'importe ce qui peuple le monde...

Qu'importe les chemins (et les territoires à explorer)...

Ce qui soumet l'âme aux nécessités de l'existence ; et l'existence aux nécessités de l'âme...

 

 

Entre les mondes ; le vide et la voix...

La vie invisible...

Et cette oreille affranchie des fables...

Et cet œil affranchi du sommeil et du rêve...

Tous les interstices où se glisse (où peut se glisser) le jour...

Ce qui ne peut être effacé...

Ce que la nuit et la mort ne peuvent corrompre...

Et ce passage qui mène de l'autre côté de la douleur ; jusqu'à cette étrange étendue où ne règnent que le silence et la lumière...

 

 

L'âme offerte...

Le cœur ouvert...

L'esprit disponible...

Le corps dévoué...

A tout ce qui se présente...

A tout ce qui se croit perdu...

Instruments de cette compagnie sans limite ; capable de se partager en autant de parts que lui réclame le monde...

 

 

En soi ; l'épaisseur – peu à peu – creusée par l'inespéré ; qui, parfois, prend les traits du monde ; et qui, d'autres fois, demeure invisible et mystérieux...

 

*

 

Les récoltes du monde et de la route...

Fruits des yeux curieux et étonnés qui tombent dans l'escarcelle de l'âme...

 

 

A la source de ce qui sait se contenter...

Traversant ; et se laissant traverser...

De la pierre au ciel...

Le champ libre...

L'espace vide...

Sans que rien ne soit (jamais) séparé...

 

 

Le cœur libre ; le cœur prisonnier...

Le cœur joyeux ; le cœur dévasté...

Le cœur vaste ; le cœur étriqué...

Tantôt ombre ; tantôt lumière...

Tantôt bruit ; tantôt silence...

Tantôt insensible ; tantôt marqué au fer rouge...

Comme le reste ; n'échappant à rien – jouet de ce qui s'impose...

 

 

Le cœur sur la page ; aussi fragile que ce qui l'a déposé...

A travers cette encre rouge et brûlante...

Ces infimes taches de lumière jetées contre les murs ; et, quelques fois, sur les visages...

Ce à quoi on ne peut renoncer...

 

 

Le bleu…

Et ce qui circule au fond de la parole...

Comme un ciel au milieu du monde...

Et mille passages offerts aux vivants...

 

 

Vacillant...

Dans nos propres bras...

Fraction(s) du monde et de lumière...

Les mains jointes...

Alors que tout se retire...

Alors que tout est abandonné...

 

 

Comme une fleur...

Sous la neige...

Sous le ciel...

Sous le vent...

Offert à tous les yeux ; à toutes les bouches ; à toutes les mains...

Sachant vivre sans rien conserver (pour soi)...

 

*

 

La terre labourée...

L'écume explorée...

Les pierres retournées...

Et le ventre ; et la main ; et l'âme – toujours aussi vides...

Comme si l'on ne pouvait rien attraper...

 

 

Et le ciel ; encore loin d'être descendu...

 

 

L’œil ; englué dans sa fascination des reflets...

Entre l'ombre et le feu...

A regarder la lumière comme une étrangère – presque comme une intruse – tant le réel lui est peu familier...

A comparer les silhouettes dans la pénombre ou l'obscurité...

Sans jamais s'interroger sur la source de ce qui voit ; sans jamais reconnaître ce qui éclaire ce qui est vu...

Au milieu du jour – pourtant ; et les paupières apparemment ouvertes...

 

 

Le ciel sur la table...

Frère du reste...

La parole bleue ; univoque...

Sensible aux choses et aux âmes...

Comme si elles étaient nôtres...

Et comme si notre joie ne dépendait pas d'elles...

Nous-même(s) ; en plein cœur – en plein monde...

 

 

Le cœur fleuri...

Le cœur percé...

Qu'importe les grimaces et le gris des façades...

Qu'importe les tourments et la sensibilité des âmes...

Parvenu au faîte du corps ; à la lisière du ciel ; là où les frontières deviennent inutiles ; là où l'immobilité et le franchissement s'imbriquent – s'absorbent – se mélangent ; là où les lieux – les choses et les apparences n'ont plus d'importance ; là où tout se confond avec le mystère et la joie...

 

*

 

Peine perdue que d'essayer de fuir...

Au mieux ; quelques échappées dans l'imaginaire...

Comment ignorer que tout ramène à la nuit et à l'insignifiance...

Ce centre à partir duquel commence le voyage vers l'inséparabilité...

 

 

Le repos parfait...

Qui – toujours – succède au vent ; et qui le précède aussi – bien sûr...

Et nous ; adossé(s) à l'un et à l'autre ; brinquebalé(s) ici et là – au gré des reliefs – au gré des courants – entre la pénombre et la clarté – entre le noir et le soleil...

 

 

Sans rien retenir...

Tantôt dans la chambre ; tantôt sur la pierre...

A la fois près du ciel et des bas-fonds...

Allant sans certitude...

Poussé et emporté...

Tiré et repoussé...

L’œil tantôt derrière la vitre ; tantôt dans les ornières du chemin...

 

 

Au creux du verbe ; ce surcroît de silence...

Vraisemblablement ; au plus près de l'écoute...

Le plus familier à travers ce qui s'exprime...

La plus haute intimité (sans doute) à laquelle peuvent prétendre l'esprit et le mot...

 

 

Soumis encore au presque rien du monde...

La tête (toute) retournée...

Ensorcelée par l'idée du manque...

Condamné aux désirs et aux apparences...

Sans savoir que l'invisible et la matière se partagent de manière équitable (sans même le désirer ; sans même avoir besoin d'agir)...

 

 

D'une extrémité à l'autre...

Dans une longue glissade involontaire...

Au milieu des peurs et des assauts...

Au milieu des carences et des excès...

Des choses et d'autres...

Quelques gestes ; quelques pas ; quelques paroles...

Sans rien atteindre ; si ce n'est ce que l'on est déjà...

 

*

 

Le monde en face...

Et ce qui ne se voit pas...

A travers le souffle...

Transperçant toutes les épaisseurs...

 

 

Si près de la lumière...

Sur l'étendue...

Le vent et la rosée...

A même la terre...

Et le feu – si vivant – à l'intérieur...

 

 

Comme un ciel dans l'obscurité...

Parfois interstice ; parfois ouverture...

Le front effleuré...

L'âme (en partie) rendue à son territoire...

Et nous ; quoi que nous fassions – (toujours) entre la fortune et l'infirmité...

 

 

Exactement sous le pas ; le début et la fin du jour...

Et, au fond du cœur, le feu nécessaire pour traverser cette terre trop noire......

 

 

Au cœur de ce défilé d'ombres et de silhouettes...

Sans autre découverte que le dehors ; ce à quoi ressemble le monde...

Avec ses mouvements incessants – incompréhensibles – inexplicables...

Sur un sol qui semble si ancien...

Les pieds – et l'esprit – plus ou moins agiles...

L'âme plus ou moins présente ; plus ou moins déterminée ; plus ou moins encline à participer...

Et qu'il faut habiter sans relâche pour conserver l'équilibre – et qu'il faut sans cesse aligner sur les lois des contrées arpentées pour éviter que tout nous paraisse encore plus étranger...

 

 

La parole ; à sa place...

Comme le cœur et le corps...

Entre la boue et la lumière...

A la manière d'un murmure – d'un discret promontoire – posé sur la pierre ; à la périphérie de l'étendue...

Capable d'offrir à ce qui passe l'encouragement nécessaire pour poursuivre le périple jusqu'au fond du regard...

 

*

 

Au cœur même de la voix...

La terre et le ciel...

Le silence et le monde...

Ce qui ne peut ni s'éclipser ; ni être exclu...

Au plus proche du seuil...

Là où les yeux et le jour se confondent...

 

 

A vivre sans rien démêler...

Au-delà (bien au-delà) de l'ambition la plus démesurée...

Dans le retournement de l'horizon...

Et l'effacement de tous les attributs...

 

Condamné à l'usure ; à l'abandon ; à la clarté...

Et à ne plus pouvoir, un jour, distinguer le meilleur du pire...

 

 

La paroi des possibles repoussée jusqu'à l'infini...

L'âme et les pieds libres...

Comme l'esprit et la chair – affranchis depuis toujours...

 

 

Si haut ; dans la fumée...

L'incertitude du territoire et des pas...

Quelque chose qui est là – peut-être ; et qui n'en a pas l'air...

Si étranger à la volonté ; aux conventions ; à toute idée d'avenir et de conservation...

Qui se donne (tout entier) sans rien attendre ; sans rien demander...

Et qui n'est pas sans savoir (bien sûr) le temps (tout le temps) qu'il nous faudra pour le rejoindre...

 

 

Quelques fois ; l'esprit qui glisse vers le dehors et l'angoisse...

Comme si l'on rejoignait le monde et le temps...

Comme si l'on renonçait au ciel et à la lumière...

L'âme réduite à sa plus simple expression...

 

 

A (bonne) distance de la soif et de la pensée...

Mais – sans doute – pas au même endroit de la perspective...

Le sage et l'homme ordinaire...

 

*

 

Ce qui s'empare du cœur...

Comme des éclats de lumière...

L'âme tremblante...

Le ciel au fond de la chair – au fond du sang...

Le sang si proche du souffle ; la chair si proche du vent...

Le monde au-dedans...

L'étendue habitée...

Le plus haut degré d'intimité – peut-être – avec ce que nous offre l'existence terrestre...

Comme une étrange et (très) singulière poétique du vivant...

 

 

Ce contre quoi l'on bute...

Ce que l'on heurte (plus ou moins violemment)...

Quelque chose entre le rêve et la rosée...

Ce qui nous invite à regarder – et à toucher – le réel avec (un peu) plus d'attention et de poésie...

Une manière de déplacer l'âme vers la périphérie ; de décaler le centre ; de le rapprocher de ce que nous appelons le monde...

 

 

Ce qui nous éloigne – impitoyablement – de l'homme nous rapproche – indiscutablement – du monde ; du réel ignoré...

Indépendamment du dehors et des dispositions intérieures...

Retrouvant – peu à peu – le pays natal ; l’emplacement des origines ; le lieu que nous n'avons quitté qu'en apparence...

 

 

Le monde ; l'histoire ; ce que nous sommes...

Comme le ciel ; pervertis – falsifiés...

L'homme pris en flagrant délit de mensonge...

L'âme négligée ; au profit de l'esprit et de la chair invités à se soumettre à tous les délires...

Plongé(s) dans cette forme de propagande (et de récit)...

Sous le joug (terrifiant) du commerce et de l'idéologie...

 

 

Hissée jusqu'ici ; la parole vraie...

Ce qui émerge du cœur ; sans passer par la pensée ; sans être recomposé par la raison...

L'authentique et l'incontournable ; affranchis de toute forme de censure...

Simplement ; ce qui doit être dit...

 

*

 

Au dernier souffle ; le soleil...

Avant le plein silence...

 

 

Là où nous n'habiterons pas...

Au plus noir du monde...

Au plus froid de l'âme...

Partout où le cœur et la lumière ont été bannis...

 

 

Jusqu'à nous...

Le long labeur de l'effacement...

 

 

La figure – jamais bafouée ; ni par le monde ; ni par le vent...

Quelque chose au-dessus et au-dedans...

Et la même chose partout ailleurs...

Le regard ; le jour ; ce qui accueille sans volonté ; sans même le savoir...

L'espace se déguisant – se dissimulant – se révélant ; jouant avec lui-même...

 

 

Intervalle encore...

Interstice parfois...

Dans lesquels se jettent des signes incompréhensibles et des sons imprononçables...

De manière quotidienne...

Comme si une nouvelle langue tentait (peut-être en vain) de s'inventer...

 

 

Choses circulant...

Aux quatre coins du monde...

Aux quatre coins du temps...

Fractions perceptibles de l’innommable...

Obéissant à tous les impératifs...

Intensément provisoires...

 

 

Sautant ici et là...

Sans s'attarder...

S'invitant là où c'est possible...

Sans réelle volonté...

Prêt (toujours prêt) à découvrir de nouvelles contrées ou à retrouver des lieux déjà arpentés...

 

*

 

Plus loin que là où mène la route...

Plus haut que le ciel...

A l'exact emplacement du bleu et de la lumière...

En ce lieu où se rencontrent le jour et l'horizon...

Là où l'âme est parvenue à se glisser...

Entre l'air et le feu...

Dans ce recoin du monde (presque) oublié...

 

 

L'épaule contre la roche...

Le long de cette nuit sans allié...

Dans l'effleurement des herbes hautes...

De l'autre côté du monde...

Là où il n'y a qu'un seul cœur...

 

 

Un pied au-dehors...

Et l'autre à l'intérieur...

Le front ensoleillé...

A la frontière du monde...

Là où l'invisible commence à résonner...

 

 

Ici ; à nous soustraire...

Happé par cette faille étrange au fond de laquelle tout s'immobilise...

De plus en plus intensément...

Vers ce dénuement ; vers cet effacement...

Nous abandonner...

Pour embrasser notre plus essentiel destin...

 

 

Une halte...

Plongé dans l'émerveillement...

La vie ; le monde – si enclins à renouveler la surprise...

L'âme bouleversée par tant de déchirures et de déconvenues ; et par cette (incroyable) capacité de résilience et de réinvention...

Le cœur si vaste pour ne rien exclure de la fête...

 

 

Plus que le mot ; le monde...

Plus que le monde ; l'étoile...

Plus que l'étoile ; le silence…

Plus que le silence ; l'Amour et la lumière...

Et plus que tout ; la possibilité de tout habiter sans rien écarter ; sans rien endommager ; sans offenser personne...

 

*

 

Sous les écorchures du monde ; de l'âme – la beauté...

Le soleil enfoui...

Le secret au cœur de l'épaisseur...

Ce qui donne au souffle son ardeur ; et son éclat...

Comme plongé dans le vertige et l'allégresse des profondeurs...

 

 

Des baisers de poussière ; par brassées...

Sur tous les visages de la terre...

Et ignoré ; ce qui palpite sous la pierre...

En dépit des larmes ; en dépit des fleurs...

 

 

Ce qui effleure le pas ; le bleu de la route...

 

 

Le ciel descendu si bas que la terre a disparu...

Comme un rêve...

Ce que le cœur a imaginé pour survivre sous ces rudes climats...

 

 

Sans savoir ; sans pouvoir ; sans rien posséder...

Présent ; ici – seulement...

Nu ; attentif ; disponible...

Disposé à accueillir ce qui vient – un ouragan – une brise légère – une poignée de main – une âme hostile – un corps en déclin – des bras grands ouverts...

Le cœur (très légèrement) incliné...

Sensible au souffle et aux vibrations ; à l'invisible derrière les visages et les choses...

Sans jamais avoir l'imbécillité de se croire nécessaire – précieux – irremplaçable...

Porté par cette sagesse qui jamais ne dit son nom...

 

 

Aussi bleu que tous les rêves du monde...

Aussi perdu que le reste...

Allant (joyeusement) vers sa perte...

Sans jamais imaginer que tout puisse être définitivement perdu...

 

 

Dans le prolongement du regard...

La terre – le monde – la joie – le jeu – les cris – le vent...

Tout ce qui se manifeste naturellement...

 

*

 

Le monde et le temps parcourus ; et, peu à peu, incorporés...

Sans plus laisser de trace dans l'âme ; à présent...

Cheminant encore entre les silhouettes et les pierres...

Instant après instant...

Sans jamais savoir (mais devinant parfois)...

Allant non plus pour se résoudre ; mais pour la joie d'aller (et, quelques fois, de se laisser surprendre)...

 

 

Sur la route...

Au fil des saisons...

Au gré des circonstances...

Là où le vent (nous) porte...

 

 

Comme le ciel...

Sans fin ; le voyage...

 

 

Ce qui se retire...

Et notre pas entre le nuage et la poussière...

 

 

Si désinvoltement ; au cœur du temps – l'instant...

Derrière les apparences ; l'âme du monde...

Ce que la langue ne sait nommer...

La couleur de l'invisible ; le parfum du vent...

L'alignement parfait des âmes et des étoiles...

Le pas de côté nécessaire pour écouter (et entendre) le murmure discret des choses...

Tout ce qui paraît essentiel ; et que les hommes, apparemment, continuent d'ignorer...

 

 

Ce que l'on arrache au monde ; à la traversée quelques fois...

Des monceaux de matière ; mille manières d'exister ; et la possibilité des retrouvailles...

Et ce qu'il reste ; des amas de choses insensées et cette inquiétude grandissante...

 

 

Nous-même(s) ; à notre mesure...

Épousant la clarté et l'envergure...

L'invisible et le regard...

L'infini et la pierre...

L'esprit et la lettre...

Nous abandonnant sans résistance à tout ce qui se donne ; à tout ce qui s'invite ; à tout ce qui s'approche...

 

*

 

De l'autre côté de soi ; du monde...

Et tout ce qui fait obstacle à la traversée...

Embâcle invisible – bien sûr...

Manière de décourager le voyageur ; ou d'exciter son ardeur et sa curiosité...

Sans faire halte ; sans (jamais) reculer...

Continuant d'aller sans question – sans raison ; pour faire le tour du mystère – peut-être...

 

 

Là où nous sommes...

Et là où nous allons...

Parfois le même lieu ; parfois séparés d'un pas ; parfois distants l'un de l'autre (lorsque les circonstances éloignent des nécessités de l'âme)...

Mais la même route – à chaque fois – pour réaliser l'absence de séparation...

Une distance franchie par l'esprit qui nécessite la même enjambée ; le même pas de côté...

 

 

Sur la pierre...

Le ciel entrevu...

Et tous les présages lus en un éclair...

Ce qui réussit – parfois (assez rarement – il est vrai) – à percer l'épaisseur...

A éventrer la gangue des secrets...

A dévoiler le mystère au grand jour...

 

 

L'âme éclairée...

A la lisière du bleu...

Le lointain se rapprochant – peu à peu...

A la verticale du dénouement...

L'extinction des désirs...

La résorption des frontières...

La désagrégation des territoires...

 

 

Le regard posé sur ce qui nous quitte...

Les yeux encore tristes – quelques fois...

Le cœur toujours un peu nostalgique et réfractaire...

 

*

 

Entre les mains ; le plus tangible...

Et en deçà ; et au-delà – l'infini...

Ce qui s'invite ; ce qui s'impose ; ce qui s'absente ; ce qui s'éloigne ; ce qui se défait ; ce qui se détache ; ce qui disparaît...

La clé de tous les déchiffrements...

 

 

Accolé aux pierres et aux saisons...

Le chemin ; d'un seul trait...

Entre le feutre et la foulée...

A la manière d'un bruit qui court...

Pas complètement certain d'exister...

Un peu à la façon d'un rêve...

 

 

Qu'importe que le ciel et la route s'écartent...

Un pied sur chaque horizon...

Et l'âme pour les relier...

 

 

Chemin de terre ou de nuage...

Le même pas agile ; sous les orages et dans la poussière...

 

21 septembre 2024

Carnet n°310 Derrière les mots

Août 2024

Paroles écorchées ; paroles arrachées...

Les tripes à l'air...

Traversées par le feu et le sang...

Entre le vent et les doigts pointés...

Le verbe et le geste (ce verbe et ce geste en particulier) ignorés par tant de visages et de voix ; condamnés par tant de lèvres réprobatrices...

 

 

L'angoisse de la mort ; en filigrane...

A travers tous les actes de l'homme...

Jusqu'à son dernier souffle...

Jusqu'à l'oubli de son âme ; étonnamment...

 

 

La terre montée à cru...

Et l'enfance jetée par-dessus bord...

Et tout balafrant ; et tout massacrant...

Et tout balafré ; et tout massacré...

A la hâte ; sans le moindre répit ; sans la moindre élégance...

Hanté par le manque et la misère (vécus depuis des millénaires)...

Comme une débauche indécente – aujourd'hui ; à la manière d'une célébration (d'une odieuse célébration) de l'abondance ; pour conjurer le sort (sans doute) et satisfaire (très provisoirement) la chair et l'esprit...

 

*

 

Au-dessus de la pierre...

La route tracée à même le jour ; la lumière...

Le pas léger ; sans toucher terre...

Sans nom – sans chair...

A jouer avec le monde et le temps...

Les Autres loin derrière soi ; comme décalé(s)...

 

 

Derrière les mots...

Ce qui sait ; ce qui sait et se partage (quelques fois)...

Témoignant de la matière – de la texture – de la couleur – du monde ; comme de l'invisible et du reste...

A travers cette manière (si singulière) d'aller sans chemin – sans densité – sans contrainte...

Grâce à ce regard attentif [libéré du besoin de spectacle(s) et de spectateur(s)]...

 

 

Qu'importe (après tout) la distance qui semble séparer le monde du cœur...

Toujours au-dedans ; en définitive...

 

 

(Sans doute) plus proche – à présent – de l'ineffable que du monde...

Entre le reptilien et la fulgurance...

Comme un retour (une sorte de retour) aux origines...

Avec du bleu sur cette table (sur cette table où semble naître le verbe) ; comme des bouts de ciel en suspension au-dessus du bois...

Avec, parfois, l'empreinte de la lumière...

Comme si une cascade dégoulinait sur le noir du monde ; sur la folie des âmes ; sur le sommeil des hommes...

 

 

A la manière d'un séjour in(dé)finiment prolongé...

Entre la roche et les étoiles ; entre le ciel et les pierres blanches...

Comme plongé au cœur de cet étrange regard qui ruisselle sur le monde...

Alors que chacun s'accroche tantôt aux cimes ; tantôt au sang (selon les impératifs de l'âme et les nécessités de la chair)...

 

*

 

Terre où l'on ne vit plus guère...

Qui grouille d'un (trop) grand nombre de vivants portés à l'artifice et aux mensonges (qui semblent donner à leur vie un peu de consistance et lui ôter son poids de misère et de honte)...

Se payant de mots (au sujet de la richesse – du bonheur – de la liberté)...

Répétant à l'envi leurs mille litanies...

Entassant encore mille choses dans leurs réserves déjà débordantes...

Éliminant (tentant d'éliminer) les obstacles et les aspérités ; les douleurs et les anfractuosités...

Célébrant leur existence lisse et confortable ; aisée et sans épaisseur ; divertissante et dénaturalisée...

Face à un mur (immense) que chacun refuse de voir...

 

 

Ni instinct ; ni évidence...

Au nom de la distraction...

La tête (parfaitement) captive...

Ajournant toute réelle découverte ; la moindre exploration ; et jusqu'au moindre pas (trop coûteux – trop éreintant – sans doute)...

Occupé(s) ; s'affairant et s'accroissant ; sans même se demander pourquoi...

 

 

Cœur à l'écoute...

Intensément silencieux...

A même la chair du monde...

Comme sur l'étendue bleue...

Dans la chambre ; sous les arbres...

Quelle que soit l'attractivité du ciel ; quelle que soit l'étrangeté des horizons...

Aussi lumineux ; aussi obscurs – soient-ils...

Dressé ; et traversé par la lumière...

Laissant là les défis et les discordances...

Épousant l'espace ; et repoussant les murs (lorsqu'il le faut)...

 

 

L’œil éclairé ; et éclairant le monde...

Au cœur de la rencontre...

Qu'importe l'écho ; et l'envergure des âmes qui nous font face...

Sans attente ; sans support ; sans mémoire...

Docile ; comme l'air qui court ; comme l'eau qui coule...

A la manière de la rivière et du vent...

A travers mille gestes et mille signes auxquels le quotidien (nous) invite ; et auxquels les mains et l'encre se soumettent ; offerts naturellement (sans rituel ni cérémonie) à ce qui est là ; à ce qui vient ou se présente...

 

*

 

Continuant d'aller ; sans même y penser...

Puisant (involontairement) dans cette force présente au-delà la fatigue (au-delà même de l'exténuation)...

Le pas tenace ; le front fébrile...

Au milieu des éboulis...

A mi-pente (exactement) ; quelque part entre le haut et le bas...

Le cœur battant...

Comme un novice innocent ; aussi naïf que le débutant le plus inexpérimenté...

Sans question pourtant (et depuis longtemps) face aux livres et aux miroirs...

Le geste et le mot de moins en moins pesants...

 

 

Le temps ; comme une embardée de l'espace (une forme d'excroissance née de l'emballement du mouvement)...

Avec le sol qui se dérobe...

Comme si le poids ne pesait presque plus rien sur la terre...

Le regard vif et profond ; porté au loin (sur l'horizon le plus éloigné)...

Au-delà du monde ; au-delà de l'attente ; au-delà du devenir...

Témoignant – peut-être – d'un territoire ancien (si ancien que nul ne s'en souvient aujourd'hui)...

 

 

Comme délivré du pire (et de la durée)...

Au cœur d'un vide parfaitement agencé...

Adapté à chacun (et, en particulier, à ceux qui favorisent la vie solitaire et naturelle)...

Fournissant à ces derniers (en plus du reste) la provende et la liberté...

Pour peu que leur cœur soit guidé par le feu et l'effacement...

Laissant le monde à ses danses – à ses pitreries – à ses mille mouvements...

 

 

Réunissant (essayant de réunir) l’œil et le mot...

L'invisible et la matière...

L'infime et l'infini...

Le nécessaire et le contingent...

L'essentiel et l'accessoire...

L'intimité et le détachement...

Tout ce qui nous habite ; tout ce qui nous traverse ; tout ce qui nous anime...

 

 

A la lisière du possible...

L'ineffable...

Sans jamais nous blesser (ou nous affaiblir)...

Engageant l'âme dans l'intensité et le silence...

Le cœur fouillé (de fond en comble) par ce qui le traverse...

Changeant de couleurs (et se transformant – bien sûr) au fil des expériences...

Laissant les rencontres démanteler les murs du monde et du temps...

 

*

 

A foulées naturelles ; sans jamais s'éreinter...

Hors du territoire des hommes...

N'en finissant plus d'être joyeux (à présent)...

Parmi les pierres et les herbes hautes...

Au milieu des arbres et de la lumière...

Aussi léger que la terre (poussiéreuse) sous les pas...

Avec le nécessaire pour seul bagage...

Le souffle puissant et le cœur tranquille...

Goûtant et contemplant ; infiniment – à perte de vue – l'incertitude et l'étendue...

 

 

Nous éloignant de la lassitude et du recroquevillement...

En s'autorisant à dire la joie (ineffable) de s'écarter de la foule...

Dans ce monde sans refuge où l'abondance et le bruit écœurent et assomment...

Ici-même ; sans qu'il nous plaise de quitter ces lieux (ou d'y demeurer)...

Le rire ; au-dessus de tout ; inaccessible par les chemins du monde et de la langue...

 

 

L’œil ; hors du tumulte...

Au-dessus du monde (depuis si longtemps – depuis l'origine sans doute)...

Et qui retrouve (peu à peu) sa place à travers le déchirement des voiles...

Se désenvoûtant – en quelque sorte...

Appuyé (dans sa démarche et cette perspective) par un cœur intense et incorruptible...

Plongé dans les profondeurs d'un ciel sans promesse...

A même l'ombre et la trame du monde et des choses...

A même les cris et les affrontements...

A même les mouvements de la chair et de l'âme...

Se logeant partout où il lui est possible de se glisser...

 

 

Le cœur et le sang plus sauvages...

Par saccades ; infiniment nécessaires...

Comme des remparts contre les chimères...

Sur cette pente escarpée comme sur un fil...

Et partout comme si le monde était un entremêlement de cordes et de câbles...

Fidèle à toutes les exigences du ciel...

Entre les mains de la lumière ; à la merci des créatures et des Dieux...

Laissant tout s'enflammer – se consumer et disparaître...

 

 

Comme étranger à ce (perpétuel) corps-à-corps entre le monde et la langue...

Au fond de cet interstice discret (presque secret) ; là où naissent (là où peuvent naître) le silence et le poème...

 

*

 

Le courage d'aller encore...

Malgré l'usure ; malgré l'épuisement...

Sans peur ; à travers l'air et le temps...

Traversant les états et le monde...

Sensible à ce qui résonne ; aux lieux où pourrait se jouer quelque chose...

Sans croyance ; à la portée de chaque vivant...

Sans autre opportunité que ce qui s'offre (à chaque instant)...

 

 

Parmi ces restes (presque incongrus) de silence et de temps...

Tourné vers d'autres avantages que les siens...

Les gestes ; dans le prolongement du vrai...

Sans rêve ; au cœur même de l'étreinte...

Sans nier (sans pouvoir nier) ni le désordre ; ni la confusion (lorsqu'ils se manifestent)...

 

 

Plongé au cœur de l'indifférence ; au fond de cette nuit sans trêve ; au milieu des yeux (et des hommes)...

Sur ces rives où l'on nous a jeté(s)...

A remarquer ce qui (en général) ne se voit pas...

En dépit de la cécité humaine ; en dépit des voiles qui obstruent la vue de ceux qui se croient clairvoyants...

 

 

Tout – ignoré par les yeux – les cœurs – les mains – les âmes ; magistralement négligé...

Sous le règne de l'absence...

Et comme emporté...

Glissant au fond des gouffres (au fond de tous les gouffres)...

Tombant entre les mains de la faim et de l'infamie...

En dépit de nos (pauvres) efforts pour endiguer la chute de ce qui dégringole...

Nous faisant ainsi basculer (ne cessant ainsi de nous faire basculer) là où commence – peut-être – le vrai voyage...

 

 

Planant – lentement (très lentement) – au-dessus des décombres ; au-dessus de tous ces territoires – édifices et frontières – aujourd'hui mutilés (et autrefois si vivants – si vivaces – si fièrement construits et entretenus)...

Sur ce sol si ancien ; et si froissé par endroits...

Témoin de tant d'abominations...

Tombeau de presque tous...

Devant nos yeux fermés ; devant nos cœurs sans âme...

Devant nous autres ; si médiocrement vivants...

Si pauvrement humains...

Si chichement fraternels...

Oscillant (sans cesse – et sans même pouvoir en décider) entre le néant et la flaque de sang...

 

*

 

Le cœur brûlant ; entêté...

Arrachant des pans entiers de monde et de temps...

La poigne ferme...

La mâchoire serrée...

Comme réduit au reste et aux résidus...

Aussi fort que possible...

 

 

Le geste obstiné...

Porté à creuser au-dedans et à effacer les bords (à supprimer toute forme de frontière et de superflu)...

Passablement volontariste ; puis s'abandonnant (peu à peu) au rythme de la terre ; au rythme de la pierre ; au rythme des vents ; et au souffle des Dieux – sans doute...

 

 

De plus en plus simple ; la vie – le geste – le mot ; à mesure que le manque s'amenuise...

Se rapprochant de ce rire qui célèbre ce qui a été achevé et se moque de ce qu'il reste à accomplir...

 

 

Nos vies ; comme des pas sur le sable mouillé qu'effacent (inlassablement) les vagues et les marées...

Éphémères et dérisoires (bien davantage qu'on ne le croit)...

 

 

Par-delà la pierre meurtrie...

Par-delà l'âme mal aimée...

Entre le vide et le vrai...

A travers mille possibles et la fin (apparente)...

Sans espoir ; ni acharnement...

Familiarisant (peu à peu) l'oreille avec ce qui vibre sous la voûte ; avec le frémissement imperceptible des formes de ce monde...

 

 

Le monde en face...

Le cœur engagé ; expérimentant tous les élans ; investissant (avec la même ardeur) les ruptures et les rapprochements...

L’œil ouvert (autant que possible) ; en dépit de la cécité ambiante...

 

 

Le monde ; la mort et la poussière...

Sans jamais rien toucher...

Exclu(s) de toutes les étreintes...

Comme condamné(s) aux lieux où l'amour n'est que manque et blessures...

Au fond de cette tête à délivrer...

Le cœur prisonnier ; reclus derrière ses barreaux...

 

*

 

Le monde ; sans rien envisager...

Ni la pitié ; ni la considération...

Étrangement neutre...

Sans rien endosser ; sans rien amasser ; sans rien espérer...

Passant à la manière du vent...

 

 

Le jour ; derrière – (assez) silencieusement...

Sans parole superflue...

Voué (essentiellement) aux gestes ordinaires...

Le cœur défenestré...

Comme expulsé du corps pour explorer le dehors (ce que les hommes appellent le dehors)...

Les yeux fermés ; de l'intérieur...

Progressant sans lanterne ; sans bagage ; sans répit ; sans destination...

Pour le jeu et la joie...

Faisant (au gré des événements) le tour de la confusion et de la lumière ; et les mélangeant aux lèvres et aux mains – manière de dire et de rire autant des opportunités que des désagréments...

 

 

Si peu de chose...

Comme si l'on marchait au-dedans d'un rêve sans périphérie...

Avec des odeurs et des exaspérations...

Avec des gouffres et des grincements de dents...

Sur une pente abrupte...

Entre la pierre et le ciel...

Au cœur de toutes les histoires ; mille énigmes – mille défis – mille embarras...

Sans pouvoir résoudre la moindre chose (le moindre problème) ; comme si nous étions la principale inconnue de cette mystérieuse équation...

 

 

La nuit (partiellement) fracassée contre la roche...

Et nous (en partie) composé(s) de cet émiettement...

Paré(s) – en quelque sorte – pour la vie terrestre...

Jusque dans les yeux qui s'étirent (paresseusement) sur l'horizon...

Jusqu'au cœur pas le moins du monde troublé par cette étrange infirmité...

Oscillant (sans cesse) entre la caresse et le crime...

Porté(s) à toutes les faims et à toutes les folies...

Retranché(s) derrière nos murs ; comme au fond d'un piège...

Le voyage (si l'on peut qualifier ainsi ce séjour indolent) confiné sur la même pierre...

 

*

 

Là ; où se (re)trouver...

Au bord de la nuit...

Au-delà des résonances du monde...

Au plus près du silence – peut-être...

Emporté (il y a bien longtemps) par ce rire si ancien...

Comme si l'on nous avait mis le pied à l'étrier...

Pour parcourir – avec patience et opiniâtreté – le territoire de la soif ; et dénicher le lieu de la source...

En dépit des forces qui (peu à peu) s'amenuisent...

 

 

Entièrement nu...

Comme l'arbre et la pierre...

Comme l'insecte et l'oiseau...

Comme toutes les herbes et toutes les bêtes...

Comme les étoiles dans le ciel...

Habillés par le silence et le vent...

Bien au-delà des parures et des ornements...

 

 

D'un seul tenant ; soi et le reste...

A expérimenter les mêmes événements...

A éprouver les mêmes peines (et les mêmes joies – bien sûr)...

A respirer le même air...

A boire la même eau...

A vivre – tous ensemble ; sous le même ciel...

Dans l'espace commun...

 

 

Au-delà des légendes du monde...

Au-delà des mythes des hommes...

Par-dessus la fièvre et la boue...

Au milieu des flammes qui ravagent la terre...

Par intermittence ; apparaissant et disparaissant sur les échiquiers et les champs de bataille...

Entre la peau et le vent...

Au seuil de l'enfance...

Le cœur ; toujours ébahi par les jeux et les danses ; par le bleu et les yeux aveugles...

 

 

Entre les entrailles et l'écume du monde...

Dans le flux et le reflux de l'essentiel...

Ce qui anime les choses vivantes...

Au milieu des âmes tantôt hostiles tantôt hospitalières...

Enveloppé(e)(s) de ciel et de mort...

A tenter de gravir ces amas de reflets qui obstruent (qui semblent obstruer) le passage et la lumière...

Essayant (en vain) de s'extirper du piège...

 

*

 

Sans (jamais) ménager ses forces...

Face à ce qui persiste...

Face à ce qui emporte...

Patiemment (très patiemment) ; les yeux fermés...

Pris dans les méandres et les remous...

Brinquebalé(s) entre les rives...

Jusqu'à l'épuisement...

Jusqu'à l'abandon (parfois)...

Et s'agrippant (assez maladroitement) à la roche jusqu'au dernier souffle (très souvent)...

 

 

De l'intérieur...

Là où naissent les désirs – les dangers – les obstacles ; et le besoin de liberté...

Allant jusqu'à l'éparpillement...

Allant (parfois) jusqu'à tout perdre...

En abattant les murs ; en éventrant les remparts ; en transperçant les armures...

En laissant le vent disloquer toutes les structures...

En oubliant le sommeil...

En privilégiant le silence et l'effacement...

 

 

Là où tout peut basculer ; entre les ténèbres et la lumière...

 

 

Dans l'intensité du vivre...

La joie et le verbe ; jaillissant...

Sans formule ; sans même que soit nécessaire la soif...

Ce qui nous soulève et nous emporte...

Plus loin que ce que nous croyons être...

Jusqu'au pays de l'enfance...

Jusqu'au royaume qui laisse sans voix...

Au cœur même de l'invisible...

Dans ce qui ressemble à l'infini...

 

 

Dans le vrai de la parole...

A la manière d'un geste sans artifice...

D'un (seul) trait de lumière...

Du ciel à la roche...

Traversant l'espace (en un éclair)...

Pénétrant l'âme et la chair...

Et réussissant, parfois, à se loger au fond du cœur...

Offrant ainsi un surcroît de vie et de clarté ; un surcroît d'envergure et de profondeur – transformant (à la fois) le monde et notre manière de le percevoir...

 

*

 

Tournoyant...

Jusqu'à tout enchevêtrer...

Jusqu'à tout rendre indistinct...

Jusqu'à tout confondre...

Une manière (sans doute) d'inviter la lumière et le poème...

Au cœur du monde ; et sur la table...

Dans cet espace commun (que si peu imaginent ainsi)...

Avec (pourtant) quelques restes de savoirs humains ; parfaitement inutiles – ici...

Plongé au cœur de cette perspective qui rend obsolètes l'expérience et les livres...

Imposant des gestes et des mots sans mémoire...

 

 

Aussi nu que possible...

A force de vérités...

L'essentiel et la joie ; par-dessus le provisoire et le superflu (et au-dedans aussi – bien sûr)...

Vibrant au rythme du plus naturel...

Profondément ; sans filet – sans appui – sans secours...

 

 

Inspirant (et inspiré parfois)...

Comme plongé au fond de soi...

A l'abri du rêve...

Cette manière d'être – de vivre – de dire...

Inscrite si profondément – si naturellement – dans le souffle et le rythme secret du monde...

Comme l'arbre et la fleur ; entre le sol et le ciel...

Comme les bêtes des bois...

Guère intimidé(s) par l'immensité et le bleu de la terre...

La vie – toute la vie – concentrée dans le regard et le geste (rendant ainsi caduque toute forme de prière)...

 

 

Incertaine et établie (en quelque sorte) ; la parole...

L'âme désentravée ; visiblement ; à même le cœur – le rire – le visage et la peau...

Devenus si brûlants et anonymes...

Ne s'adressant à personne...

Célébrant (pour eux-mêmes) tous les possibles ; le mystère et le merveilleux du monde...

 

*

 

Dans le désordre (apparent) de la terre...

Sans ressembler à ce qui nous oppresse...

A contre-courant de la foule...

Traversant la mêlée sans hâte ; comme une matière inerte (et molle)...

Abandonnant à leur sort toutes les mains agrippées au même rêve et au même sommeil...

Pour nous rapprocher de l'enfance qui réclame notre présence ; sa part de jeu et d'attention...

 

 

Dans la respiration de l'espace...

A la manière d'un chemin invisible ; une façon (peut-être) de rassembler les territoires ; d'élargir la perspective ; d'offrir au regard toute son amplitude et une ardeur accrue au pas...

Comme un vivant désir ; un doigt plongé au-dedans du ciel...

 

 

Lové contre le silence et la lumière ; dans ce coin du monde sans ombre – sans bruit – sans écho...

 

 

Sur le bord...

Entre le haut et le bas...

Entre le silence et le mot...

Assez loin des hommes pour échapper à l'enfer du nombre...

Au-delà des lignées et des filiations...

Porté par un souffle mystérieux...

Déposé ici et là (en des lieux qui, au fond, n'ont aucune importance)...

Brûlant les livres et les lèvres...

En offrant à tous le bleu qui se dispense de nom...

 

 

Aussi seul ici que là-bas...

Aussi seul aujourd'hui qu'autrefois...

Sans que rien ne soit arraché...

Sans que rien ne soit limité...

(Un peu) à l'écart ; simplement...

Au milieu de rien ; au milieu des choses...

Au milieu de la foule ; au milieu de personne...

A travers l'étreinte – le vertige et l'éternel recommencement...

Comme le (modeste) trait d'union entre l'homme et le ciel ; entre la terre et ce qui (vu d'ici) semble éternel...

 

*

 

Revenu ; de la traversée de l'écume...

L'air hébété ; l'âme défaite ; la tête (un peu) perdue...

Laissant le regard – le monde et la perspective encore plus flous qu'autrefois...

Dans une sorte de désordre sans obstacle ; de fouillis ontologique...

Mêlant (avec naturel) le plus proche et le plus lointain ; le plus étrange et le plus banal...

A travers la (progressive) dissipation des frontières...

A travers le libre déploiement des mouvements...

S'abandonnant (de plus en plus) à chaque nouvelle vague...

Tout au long du voyage ; au gré des courants qui rassemblent – qui emportent et dispersent...

 

 

Comme une manière plus vivante d'être au monde...

Du dedans ; et sans la moindre emprise...

La geste délié ; la bouche silencieuse...

Par-dessus les pièges du monde...

De plus en plus familièrement...

 

 

Au cœur du vide...

Comme un vacillement...

Quelques pas sur une corde distendue...

Une marche à même la trame ; au milieu des déchirements – des ruptures et des extensions – comme si, soudain, tout était devenu notre chair (souple – tailladée et particulièrement extensible)...

Sans rien ajouter ; sans rien retrancher...

Parfaitement nôtre...

Et de plus en plus perçue comme une évidence ; au gré des éclaircissements...

Dans un souffle continu...

Adossé(e)(s) – depuis toujours (et sans même le savoir) – au plus ancien silence...

 

 

La parole ; comme un écho du plus lointain et du plus intime (assez savamment enchevêtrés)...

Exprimant l'ineffable et le silence autant à travers ce qui se dit qu'à travers ce qui est tu...

 

 

Nous ; à peine une silhouette découpée dans l'ombre et la roche ; à laquelle on a offert un peu de feu et de vent ; et que l'on a saupoudrée d'un peu de lumière – et qui s'évertue – non seulement – à chercher le Divin (ce qu'il y a de Divin en elle et alentour) – mais qui tente de s'affranchir des frontières qui la séparent (artificiellement) des autres silhouettes – sans endommager la moindre chose ; sans défigurer le moindre visage...

 

*

 

La langue cimentée ; comme scellée dans la matière ou sculptée dans la roche...

Pesante – épaisse ; inappropriée pour dire les choses du ciel ; tout juste bonne à permettre les échanges (ordinaires) entre les créatures de ce monde...

Et la poésie ; manière – peut-être – d'inscrire l'invisible dans le sillon verbal (si tellurique – si prosaïque) de l'homme...

 

 

Ce qui part...

Ce qui reste...

Entre les mains de celui qui sait...

 

 

Le cœur serré (si fort) du dehors ; comme écrasé...

Sans rien croire – pourtant – des bruits qui courent...

Dans la poigne (ferme et impitoyable) du monde...

 

 

Du fond de l'eau ; comme les larmes qui montent...

Gorgé de tristesse et de questions...

 

 

Sans filiation...

La parole sauvage ; si familière (à présent)...

A pas feutrés...

Pour personne...

Comme jetée par-dessus le monde...

Traversant l'espace...

Sans jamais s'écarter du souffle naturel...

Et nous revenant (ou se posant un peu plus loin) dans une traînée de ciel et de poussière...

 

 

Rien ; sur la route...

Des pierres au-dehors...

Et des voix au-dedans...

Au milieu de la lumière...

 

 

Ici ; à la merci du ciel...

Au service du reste...

Apprenant à s'amuser ; au fil des usages...

Et réduit(s) à (presque) rien lorsque la lumière et l'infini nous rappellent...

 

*

 

Sans rien demander...

(Presque) sans respirer...

Au plus près de la lisière qui sépare le monde et l'Absolu...

Dans ce recoin (passablement) délaissé...

A la mesure du vrai...

Sans que rien ne manque...

 

 

Là ; où tout se poursuit (ou presque)...

Sur ces chemins à défricher...

Sûr de rien ; ni des pas ; ni du ciel ; ni des espaces à traverser...

La main de la mort sur l'épaule ; et celle de la tendresse qui enjoint à l'âme de poursuivre son périple...

 

 

Ligne sans fin ; mille fois brisée – raturée – défaillante parfois ; sans cesse repoussée – jamais anéantie – toujours inachevée...

Jusqu'à l'extrême pointe de l'âme et de l'espace...

Comme la marque d'un don involontaire...

 

 

Au cœur de la trame...

Tout ce qui passe...

Sans rien trahir ; malgré l'indifférence et les massacres...

Et des chemins ; et des possibles – à perte de vue...

 

Présent...

En instrument docile et anecdotique...

Obéissant jusqu'au dernier souffle ; jusqu'au dénouement provisoire...

Avec sous la dent et le pas – tout ce sable ; et avec dans l'âme et les gestes – tous ces nœuds – dont nul ne sait que faire...

 

*

 

Allant ; sans rien savoir – mais joyeux – à présent...

Comme ivre d'Amour et de lumière...

Ballotté entre les rives ; à travers le (savoureux) vertige de l'incertain – sans (jamais) quitter les bras de l'infini...

(Presque) sans bouger...

Au pays de la tendresse et du silence...

Sans autre que soi (ce que le reste – en réalité – est devenu)...

 

 

Longtemps avant la mort ; le cœur usé par les événements et la fréquentation du monde ; l'esprit hanté par la mémoire et le devenir ; l'âme épuisée par tant de contraintes et d'impossibilités ;...

Alors que rien ne semble (véritablement) exister ; ni la vie – ni l'autre – ni le monde – ni le temps – ni l'individualité...

 

 

Collé à ce qui accuse et condamne...

Comme la nuit au fond de l’œil...

Malgré les frémissements de l'âme – les battements de cils – les pulsations du cœur – l'envergure de l'espace et du regard...

 

 

Les yeux ; par-dessus la ligne de crête...

Sur ces horizons enchevêtrés...

Reliés à tous les écarts – à toutes les marges – à tous les tertres – à tous les exils...

Au-delà (bien au-delà) de la fange métaphysique...

Attirés par la lumière et son rayonnement sur la pierre...

Fascinés par tout ce qui est capable d'effacer les frontières et les interdits...

 

 

Autour de soi ; tant de visage inconnus – ignares et indifférents...

Là depuis toujours (sûrement)...

Comme le décor (peu exaltant) de notre voyage...

Une manière, sans doute, de nous faire hâter le pas ; de nous inviter à écourter le séjour (et la traversée) terrestre(s)...

 

 

Adossé(e)(s) au plus sauvage...

La chair vivante...

L'âme farouche et solitaire...

Et au fond de la besace ; rien qui ne se désagrège...

A même la route ; à même la pente...

Ce que nous sommes – l'essentiel...

Et tout ce qui nous échappe aussi (bien sûr)...

 

*

 

Le monde et le temps ; déconstruits...

Brique après brique (ou à coups de boutoir)...

Pour faire apparaître une nouvelle perspective ; une nouvelle façon de voyager...

L’œil – de plus en plus clair ; et ce qui est vu – de moins en moins flou – après avoir été acculé au fond de l'impasse...

Longeant l'invisible et effleurant l'être (sans même s'en apercevoir)...

Sous une lumière (pourtant) naturelle...

Au milieu des couleurs...

Parmi les cris et les chants...

 

 

L’âme – l'œil et la main ; dans leur dialogue secret...

Penchés ensemble sur une (infime) partie du mystère...

En ces lieux qui appellent à la convergence du geste et du bleu ; et une manière (aussi) d'influer sur le verbe et le pas ; de guider le cœur et le corps dans leur danse avec le ciel ; et d'offrir à l'esprit le silence nécessaire...

 

 

Tous feux éteints ; et la brûlure à l'intérieur...

Si près de la chair du monde ; le cœur aussi rouge qu'un soleil...

 

 

Ensorcelé par la folie de ce monde...

Le cœur engourdi ; envoûté – en quelque sorte – par la fougue et le rythme endiablé...

Laissant filer l’œil et l'âme aussi loin que possible...

 

 

Le cœur affaibli – corrompu – et, parfois même, altéré – par les lois de ce monde et les contraintes de la lumière (prisonnière de l’épaisseur et de l'opacité)...

Contraint à l'exil ; de rejoindre ce lieu si ancien [négligé par (presque) tous les descendants du premier homme] ; et d’œuvrer à cette nécessaire intimité avec l'esprit – le corps – l'espace – pour retrouver son envergure initiale...

 

 

Le mot – parfois – à la hauteur du secret...

Très naturellement (sans le moindre artifice)...

Désarmant la nuit – l'orgueil et la volonté...

Se débarrassant du linceul de la pensée qui recouvre les infinies possibilités du verbe...

Accueillant toutes les faims et s'essayant à toutes les voies...

Silencieusement ; sans se laisser distraire ; sans rien revendiquer...

 

*

 

Là ; ce qui nous enveloppe...

Comme un peu de lumière sur ces (quelques) restes de douleur...

Tranquillement ; sans s'affairer – sans essayer de fuir – sans essayer de s'approprier...

Dans l'immobilité nocturne...

Dans l'intimité du cœur...

Le corps réceptif...

L'esprit attentif...

Venu du fond des âges pour égayer notre visage ; et nous rappeler le sourire des origines...

Comme une fenêtre dans l'obscurité...

 

 

L’œil et la main crépusculaires portés naturellement vers le plus flou (et le plus sombre) du ciel ; vers ce mélange hasardeux d'épaisseur et de symboles ; à l'envergure – et à la densité – bien trop humaines pour refléter la moindre réalité...

Il serait, sans doute, préférable (et plus judicieux) d'apprendre à respirer le parfum des fleurs et de laisser l'âme se rouler dans la poussière si l'on espère, un jour, approcher l'infini...

 

 

Dans le rêve comme dans la prière ; si proche d'un Dieu qui nous semble si lointain...

 

 

Là où se brisent les rails...

La route éparpillée en minuscules éclats...

Écrasé(e)(s) par le besoin de liberté ; et le poids de l'incertitude...

Inventant une pente sans repère ; sans autre guidance que les nécessités et les circonstances...

Comme sur un fil suspendu au milieu des vents ; à même la trame du réel (composée de tous les destins transformés en dérisoires bouts d'étoffe)...

 

 

Là où la lumière remplace le sable et le pas...

Pieds nus...

A parcourir l'espace (en quelques enjambées)...

Sans rien corrompre ; sans rien endommager...

A la manière d'une brise légère...

 

 

Dans l'interstice creusé par le jour ; au milieu des immondices et de la folie...

 

*

 

Ici ; tout à la fois...

L'arbre et le vent ; l'herbe et le ciel ; la pierre et l'oiseau...

Toutes les figures du monde...

La main tournée vers le reste ; comme l’œil et l'âme – les lèvres et la voix...

A demeurer là (aussi longtemps que vivra le corps)...

 

 

Sans rien savoir ; sans rien chercher ; sans rien attendre...

Comme effacés ; tous les désirs et toutes les questions...

Seul ; au milieu des arbres...

Seul ; au milieu des bêtes...

Au milieu des cris et des jeux de ceux qui habitent les sous-bois...

Seul ; sous le ciel...

Comme si tout s'était détaché...

Comme si tout s'était éclairé...

Comme s'il ne restait que cette joie affranchie des circonstances et des individualités...

 

 

La lumière bleue sur cette transparence (sur ce monde devenu transparence)...

Sans jamais nous éblouir ; sans jamais s'interrompre...

 

 

A la pointe des yeux ; ce chemin et cette marche (étranges)...

Éclaboussé(s) de ciel et de poussière...

A travers cette lumière qui traverse le monde ; qui transperce la chair...

Au cœur même des flammes ; au fond même du feu...

Ce qui nous anime ; et ce qui nous cherche...

Et ce qui apparaît (bien sûr – sans conteste) ; à l'instant où l'on s'abandonne ; à l'instant où l'on accepte de se laisser saisir...

 

 

De l'autre côté de l'ombre...

Depuis toujours...

Ce qui nous attend...

 

 

A travers l'épaisseur vivante ; notre vrai visage...

Sur fond de silence...

La gorge nouée par l'émerveillement...

 

 

Le verbe adossé au précipice...

Et qui se déploie ; et qui se déroule – au-dessus du vide...

Comme un fil (sans le moindre funambule) qui arpente l'espace...

Comme si les mots étaient tissés au cœur même de la trame du monde...

 

*

 

Sur le sol ; l’œil rompu...

Au milieu des feuilles mortes...

Tombés avec le vent...

Et recouverts – à présent – par la neige...

Les âmes et les arbres dénudés...

Sous un ciel sans reproche...

Fidèles (incroyablement fidèles) aux cycles du temps...

 

 

Mille choses dans la main ouverte...

Sans rien exiger...

Au-delà de tous les règnes ; au-delà de toutes les lois...

A l'angle du ciel et de cette perspective nouvelle...

Là où les courants convergent (puissants et salvateurs)...

Sans tambour ni trompette...

Au milieu de nulle part...

Au cœur du monde ; en ces lieux où l'espace n'est plus encombré ; en ces lieux où le cœur et les pas ne sont plus entravés...

 

 

Le monde encore ; comme un rêve...

Et le cœur à la place des yeux...

Alors que la nuit persiste (avec cette profusion de choses et de crimes)...

Comme dans un immense théâtre...

Alors que le poème circule (avec peine) au-dessus des voix ; au-dessus des cris ; emportant avec lui quelques particules du mystère ; et les laissant tomber parfois sur la tête des hommes ; parfois (avec un peu de chance) au fond de leur âme...

 

 

Entre le silence et le chant...

Ce qui jaillit du cœur...

Le geste et le pas...

Et le poème – quelques fois...

 

 

Sur ce sol gorgé d'immondices et de sang...

Encore entouré de ténèbres...

Quelques empreintes et nos pieds nus...

 

 

Au milieu de cette odeur de morts et de bois brûlé...

Comme si une chape invisible avait recouvert les vivants ; les têtes absentes ; toutes ces âmes si proches de la folie...

 

 

Ce que refuse (et réfute) ce monde…

Le peu de vérité (offert par la parole)...

En dépit de l'inquiétude et de l'égarement...

 

*

 

La vie dépouillée...

L'âme dénudée...

Sans arme – sans appui – sans artifice...

Traversées par la lumière et le vent ; et la parole nécessaire...

 

 

Foyer sylvestre...

Sur ces hautes terres...

Résistant à la folie et à l'accablement...

L'avant-poste du silence (en quelque sorte)...

Là où viennent mourir la fatigue et le bruit...

Sur cette roche...

Au milieu des fleurs...

Sous les frondaisons protectrices...

Les yeux et l'âme colorés de vert...

Le cœur ouvert...

Seul face au monde...

Seul face à Dieu...

 

 

La main qui effleure l'air – l'âme – le mystère...

De l'autre côté de soi ; là où se rencontrent la terre et le ciel ; là où se mêlent l'invisible et la matière ; là où le secret est murmuré au cœur incorruptible ; là où l'on s'efface ; dans tous les lieux propices à la solitude – au silence – à l'abandon...

 

 

Lignes de (presque) parfaite présence...

A travers ce que nous sommes (à titre individuel) ; cet infini singulier (l'une de ses innombrables expressions)...

Comme une voix qui émergerait des voiles...

Portée par le vent...

Sans autres obstacles que ceux du monde...

Traversant ces rives (ces tristes rives) où ne règnent que l'absence et le désarroi...

Avant de s'éteindre (silencieusement) dans l'immensité...

 

 

L'âme chagrine et tourmentée...

Appuyée contre les grilles de sa cage étroite – jonchée de pelures anciennes et de vieux masques figés dans l'habitude et la tristesse...

Attendant que la porte s'entrouvre...

 

 

Et l'âme désincarcérée...

Sur le perchoir de l'incertitude...

Ébouriffée par cette enfance si joueuse (et si enjouée)...

Avec l'immensité (au-dedans et devant les yeux) pour seul horizon...

L’œil et le cœur libres (enfin libres) ; qui savourent cette indépendance nouvelle née de l'effacement du visage et du nom ; et qui accueillent le reste – et ce qui s'impose – avec une joie encore (un peu) timide...

Et les pas – bien sûr – qui poursuivent (très naturellement) le voyage...

 

*

 

Le cœur tantôt cerné par le froid ; tantôt au-dessus des flammes...

A contempler ce qui passe...

Hors du monde...

A se laisser traverser par le souffle forestier et le rythme de ceux qui peuplent les sous-bois...

Guère embarrassé par le temps qui passe...

Sous la lumière : sans même interroger le silence et l'espace...

Vivant depuis toujours ; comme l'instrument du Divin – peut-être...

 

 

Au-dehors...

Sur la roche...

L'herbe et les arbres...

Les fleurs et les bêtes...

La tâche difficile (et un peu rebutante) des vivants...

Et les hommes encore assoupis ; et se croyant si seuls...

Sans rien savoir ; et s'essayant (parfois) à de très savants calculs...

Sachant si peu se contenter (presque toujours insatisfaits)...

Forcés d'arpenter les terres de l'âme et du monde ; poussés par la faim (cette insatiable faim) ; tantôt celle du ventre ; tantôt celle de l'esprit...

Sous un ciel énigmatique et (désespérément) silencieux...

 

 

Allant là où rien ne pèse...

Aussi léger que l'air...

Sans torpeur ; ni extravagance...

S'abandonnant aux forces du vent...

Laissant le monde et le temps se disloquer...

Comme si l'esprit avait fait exploser le cadre et le carcan...

 

 

Le rêve crucifié...

L'âme allant (assez sereinement) vers sa perte...

Échappant à la barbarie ordinaire du monde ; à cette sorte de perversion du sauvage qui balaye tout aveuglement d'un revers de main...

S'abandonnant au plus naturel...

Refusant de s'adonner – comme le reste – aux jeux et à la confusion ; à l'ignorance et au temps qui passe ; à tous les mouvements artificiels – mimétiques – inutiles...

 

 

Sous la pluie drue...

La suite de l'aventure...

Sans jamais tenter de devenir...

Se laissant traverser par la douleur et la mort...

S'abandonnant au voyage – au chemin – aux événements – à l'inévitable (sans doute)...

 

*

 

Rien que l'heure présente ; et ce qu'elle offre au corps – au cœur – à l'âme...

Sans même savoir pourquoi...

Comme une alliance – peut-être – avec l'invisible ; avec ce qui nous semble le plus nécessaire – le plus précieux – le plus sacré...

A la lumière de rien...

Sans le moindre commentaire ; sans la moindre explication...

Le refus – encore parfois (il est vrai) – au bord des lèvres*...

* lorsque ce qui est donné à vivre blesse ou contrarie de manière excessive...

 

Tout – en un instant – qui acquiesce ou se rétracte ; sans calcul – sans réfutation possible...

Comme un ordre légitime ; indiscutable – que l'on ne peut laisser à la porte du destin...

Comme un événement potentiellement décisif capable de transformer le voyage – la route et les pas ; le cœur – l'esprit et notre manière d'habiter le monde...

 

 

Lié au sauvage et au ciel (plus qu'à toutes autres choses)...

Au cœur de l'espace ; au cœur de l'intime...

Sur la pierre vaste et nue...

La matière pétrie par des mains immenses...

Hors de portée des gestes humains...

Le secret – si serré – dans les paumes du vent...

Et la parole, parfois, aussi tranchante que la lumière...

 

 

Nous ; pas encore...

Toujours soi et le reste ; pas totalement familiers ; pas toujours ensemble ; pas prêts, peut-être, pour la parfaite communion...

Le cœur toujours (un peu) réfractaire...

Encore trop gorgé (sans doute) d'individualité et de sang...

 

 

En perdition (assez obscurément)...

Entre la folie de ce monde et le silence...

Dans cette forme de simplicité et d'abandon...

Et ce que l'âme rejoint...

Ce coin que fuient les hommes ; ce coin où tout se perd et se retrouve ; ce coin où tout est pareil et semble différent...

Le monde (à peine) au bout des yeux...

 

*

 

Très peu de mots...

Quelque chose de la parole – plutôt...

Au cœur de l'hiver...

Au milieu de la nuit...

Comme un pas sur la roche froide...

Comme deux pieds qui s’enfoncent dans la neige...

Alors que les mains soumettent les vivants et répandent la mort...

Alors que les bêtes offrent leur chair et leur sang...

Alors que les âmes volent au-dessus des charniers...

Alors que – partout – les yeux se ferment...

Un chant anonyme et minuscule monte en silence pour se mêler au vent ; et que personne (presque personne), en ce monde, n'entend...

 

 

Comme une longue (une très longue) glissade qui nous écarte (peu à peu) du monde et du bruit...

Et qui devient de plus en plus savoureuse à mesure qu'on s'éloigne du sol ; que l'effort nous quitte ; que la terre et le ciel se transforment en parfaite aire de jeu...

 

 

Obscurément...

Au fond du gouffre...

Tous ces cris...

Comme une dissonance qui s'élève au-dessus des têtes...

Presque toutes promises aux éclaboussures et à la boue...

 

 

Le temps emmuré...

La figure sans obstacle...

L'âme portée au plus intime...

Dans un ruissellement de silence et de joie...

 

 

Comme frappé de stupeur...

Le cœur précipité dans le vide...

Soumis aux tiraillements de la chair...

Le ciel transpercé...

L'invisible révélé dans son règne qui anime et fige (à discrétion) les âmes et le sang...

A la manière d'une tyrannie indiscutable...

 

*

 

Figure de sable et de vent...

Posée (si provisoirement) sur la pierre...

Aussi droite que possible...

Dansant sous la lumière...

A la limite de l'abîme et du bleu...

Entre le rire – les larmes et l'impossible...

Avec quelque chose du ciel ; en plus épais et en plus grossier – sans doute...

Et dont les gestes seraient (légèrement) corrompus...

 

 

Parallèles à ce monde...

Tant d'univers – de strates et de perspectives ; inaccessibles à l’œil et à la raison...

Et – par conséquent – parfaitement inconnus (et pire – occultés)...

Comme si leur existence pouvait remettre en cause l'importance que nous nous accordons...

Comme si leur reconnaissance pouvait reléguer notre présence à une affaire dérisoire...

 

 

Au cœur de cet enchevêtrement de riens...

Le ciel et la nuit ; entrelacés...

La proximité de l'aube...

Ce qui nous pénètre et nous abandonne...

Un peu à la manière de la lumière (et de tous les autres secrets du monde)...

Le lieu où l'on se risque (où il faut, bien sûr, se risquer)...

L'espace qu'il convient de traverser...

Avec l'âme parfaitement engagée dans l'expérience...

 

 

Sans doute – de façon décisive ; la forêt...

La terre et la pierre...

Les bêtes et les fleurs...

Le ciel et le silence...

La solitude...

Là où – peu à peu – glissent tous les mots et tous les pas...

Vers cet espace ; vers cette lumière – qui attirent l’œil et l'âme...

De plus en plus proche(s)...

Sans s'être encore pleinement dévoilé(e)(s)...

 

 

Se désagrégeant – peu à peu...

Sur l'étendue (parfaitement) immobile...

De la plus authentique manière...

Comme une roche aux prises avec la pluie et le vent ; avec les tremblements des profondeurs...

La chair et le monde face à leur destin...

A travers cette lente métamorphose...

 

*

 

A travers cet (étrange) accord entre le cœur et le ciel...

Sur une simple planche de bois...

La parole qui se pose ; et s'étend aussi loin que possible...

Vers les profondeurs ; vers toutes les immensités...

A la manière du regard...

Sans même la nécessité du livre et de l’œil...

 

 

Des choses et d'autres...

L'esprit engagé – en quelque sorte – dans son expérience du monde...

 

 

Ici ; comme une pierre jetée au fond du ciel...

 

 

Incorporé(s) ; de mille manières...

Parfois à travers l'aube ; parfois à travers l'angoisse ; parfois à travers le frémissement du cœur...

A travers la moindre faille et la moindre résonance – en vérité...

Sans rien précipiter...

Au rythme où cela advient ; au rythme où cela se livre...

Passant d'une texture (et d'une couleur) à l'autre(s)...

Nous abandonnant (autant que possible) aux exigences de ce qui nous traverse...

Laissant la vie – le monde – le reste – dessiner le chemin et façonner le voyage...

 

 

A travers l'enfance souveraine (et sous-jacente)...

La marque de l'innocence et de l'authenticité...

Qu'importe l'étendue du labyrinthe et l'adversité du monde...

Qu'importe les blessures reçues et infligées...

Qu'importe la curiosité de l'esprit pour ce qui l'entoure...

La persistance du bleu au fond du regard...

Comme une manière (imparfaite – très imparfaite bien sûr) de résister à l'infamie et à la monstruosité...

 

 

Personne...

Apparemment personne...

A travers cet œil gorgé d'illusions et d'à peu près...

Pas même seul (pourtant) semble-t-il...

Et rien en face sinon ce grand vide ; avec, peut-être, le monde imparfaitement déplié au-dedans...

Et la crainte d'être ce que l'on est (et de le devenir encore plus parfaitement) qui paralyse l'âme et le pas ; et qui les confine aux apparences...

Bref – plongé(s) au cœur d'un monde désertique ; sans dehors – et où l'on n'est pas même certain de pouvoir se rencontrer...

Quant à espérer se rejoindre ; il convient sûrement de ne pas (trop) y compter...

 

 

On ne sait pas...

On ne sait plus (si tant est que l'on ait déjà su)...

 

 

Hors jeu ; comme expulsé des apparences du monde et des plaisirs sans importance...

 

*

 

Une tendresse naturelle et quotidienne...

Quelque chose (bien) au-delà des mots et de la chair...

Comme un fleuve et un ciel...

Une vaste étendue et un flux intarissable...

Entre le cœur et le front...

Entre l’œil et les entrailles...

Entre l'âme et la peau...

Et qui s'insinuent jusque dans le souffle et le sang ; jusqu'au fond de la moelle...

 

 

(Bien) plus qu'une terre...

Et (sans doute même) davantage qu'un refuge...

L'origine peut-être...

Le support de la lumière...

La possibilité de l'Amour dans ce monde insensible...

Un peu de ciel offert à l'espace et au temps...

Un peu de bleu (perceptible) sur la roche dure et froide...

 

 

Sans détour...

Assez inespérément...

Comme abouché avec l'invisible...

La lumière transperçant les eaux noires du monde...

Au cœur même de la chaîne insécable...

Dans un ruissellement de ciel (inépuisable)...

Une invitation à la désobéissance et à la démesure...

En dépit de l’exiguïté du territoire...

 

 

L'obscurité brûlante à force d'être martelée...

Le front audacieux face à l'étrangeté...

Au cœur de l'espace...

Au fond de la lumière...

Ce qui se dérobe...

Ce qui se rétracte...

A travers la chair transpercée...

A travers l'âme malmenée...

 

 

En dépit de la profusion de signes ; rien sur la page...

La parole comme absorbée par le silence...

 

*

 

A mesure que la boue s'entasse...

L'âme qui s'extrait de la matière du monde...

Au-dessus des empreintes trop grossières (bien trop grossières) pour mener au pays du silence...

De plus en plus attentive aux traces invisibles – aux signes imperceptibles ; à ce que le ciel dépose en secret sur cette terre (pourtant maudite à bien des égards)...

 

 

Entre le sol et l'écume...

Étrangement ; comme un espace de respiration...

Un interstice peuplé d'étrangeté...

Le lieu de l'évidence où peuvent se glisser l'âme et les yeux...

A l'abri des remous...

Là où tout s'efface ; là où ne peuvent pénétrer ni le monde ; ni le temps...

 

 

L'âme simple et dépouillée...

Le cœur enclin à toutes les expériences...

Et la chair prête à s'offrir à ce qui la réclame...

 

 

Si vivace ; à travers ce battement d'ailes...

Comme une invitation au franchissement...

Une manière – peut-être – de rendre justice à cet élan si puissant ; si ancien...

Une sorte d'encouragement ; et une récompense (allez savoir...) pour tant de ténacité...

 

 

Le souffle et le silence...

A travers les tentatives (toutes les tentatives) du monde...

A travers les élans (tous les élans) du cœur exalté...

Ce qui se déploie à l'intérieur...

Pour soigner ce qui a été blessé – écrasé – anéanti...

Le verbe et la vie – guérisseurs (chacun à sa manière) – qui invitent à plonger dans la plaie pour ôter la chair – et les parties de l'âme – gangrenées...

 

 

Infailliblement ; le trait...

Et l'envergure de ce qui est exploré...

Territoire indéfinissable ; à la fois commun et singulier – intérieur et extérieur – proche et lointain – intime et étranger – infini et délimité – accessible et hors de portée...

Terres étranges...

 

*

 

Loin du rêve et du mensonge ; de toutes les turpitudes du monde...

Loin du temps fragmenté ; des murs qui rétrécissent le regard et confinent la marche au même tour de piste...

Par mille détours...

A l'écoute de ce qui crie au fond du cœur pour nous rappeler la nécessité du Divin et les exigences du voyage...

Caisse de résonance où le reste doit (impérativement) être entendu pour que se manifestent les instincts les plus naturels (et les plus profonds)...

 

 

Au cœur de l'hiver...

Cette brûlure au fond de la chair...

Au-dehors ; l'éternel recommencement du monde et du temps...

A travers les cycles (irréguliers) de la lumière...

Et en soi ; et partout – le plus sensible à l’œuvre ; comme si l'infini avait réussi à imprégner le regard et la matière...

 

 

Sans prise sur l'épaisseur...

Sans peur face à l'anéantissement...

Porté par ce qui monte de la terre ; et qui effleure le ciel avant de la retrouver...

Sans la nécessité des yeux et des mots...

Dans ce retournement (inespéré) de l'âme ; égale à elle-même – pourtant – depuis le début du voyage...

Livré(e) à la poussière et au vent ; à ce qu'est le monde – en réalité...

 

 

La persistance du lieu de l'enfance...

Sous les chemins de la raison abandonnés...

Comme au temps de la première parole ; à travers ce balbutiement dont nul ne se souvient...

Survivant – peut-être – au milieu des pans d'innocence effondrés...

Par-dessous le rire et la peine des hommes...

Toujours relégué au cœur des plus profonds souterrains du pays des ombres...

 

 

Infailliblement...

Comme la place de l'invisible en ce monde de croyances et de grossièretés...

Aussi essentiel que l'air respiré par les vivants...

Ce qui s'impose...

Sans même que nous y réfléchissions...

Comme l'une des plus hautes nécessités...

 

 

Se tenir là...

Au milieu des blessures et de l'éblouissement...

Le regard clair et sans visée...

L'âme libérée des cordes qui l'entravaient autrefois...

A l'écoute de ce qui entre et sort ; de ce qui monte et descend ; de ce qui surgit et disparaît ; de tout ce qui semble se mouvoir ; de tout ce qui semble exister...

A travers cette perpétuelle recomposition de la matière et de l'espace...

Ce qui contemple les larmes et la joie ; les caresses et les crimes – d'une égale manière ; parfaitement imperturbable...

 

*

 

Là où la mort emporte...

A l'heure où l'on déserte les tombes...

Lorsque les vivants détournent la tête ou ont quitté les lieux...

Par vagues ; par grappes ; par deux ; ou seule...

Vers le ciel...

Les âmes légères ; si légères...

 

 

La peine ; si serrée contre soi...

Alors que le vent éloigne les malédictions (toutes les malédictions)...

Alors que le ciel accueille les prières (toutes les prières)...

Sans compter ce que le temps efface ; et ce que le cœur absorbe...

Que reste-t-il de la douleur au fond de l'âme ?

Plus grand-chose...

Quelques restes qui tomberont bientôt dans l'oubli...

 

11 septembre 2024

Carnet n°309 Au bord du monde – la lumière

Juillet 2024

Dans les franges délaissées de l'histoire...

De (très) brefs passages...

Comme si les marges étaient propitiatoires...

Comme si le bleu de la terre suffisait à notre survie...

Sans rien espérer – pourtant...

A genoux et à l'écoute ; seulement...

Disposé (particulièrement disposé) au libre déroulement des circonstances...

 

 

Quelque chose du dedans ; en ce monde apparent...

Rien qui ne se refuse...

La main sur le cœur...

La poitrine prête à s'embraser...

Essayant (assez naturellement) de faire coïncider la parole et les voix de la forêt...

Sans naïveté ; au milieu des bêtes et des bois...

La pitance de l'âme offerte par le mystère ; ce qu'ignorent les hommes qui fouillent au milieu de la fange...

 

*

 

Sur la pierre silencieuse...

Ce qui monte du fond de la poitrine...

Comme les vents qui circulent entre les étoiles...

Comme le bleu de la lumière qui éclaire l'âme des voyageurs...

Comme la main du ciel qui apaise les cœurs oppressés...

Un peu plus qu'un rêve – sans doute...

 

 

Ce que les yeux devinent face au silence...

Ce qu'ignore (ce que continue d'ignorer) la tête...

Et la nuit qui – soudain – s'éclaire...

Et la glaise qui – soudain – paraît moins grise...

Et les arbres qui se penchent vers nous pour nous confier une part (infime) des secrets du monde...

 

 

Immobile depuis des siècles...

Puis jaillissant ; à travers l'invisible...

Comme un immense soleil...

 

 

Détaché(s) du monde humain...

En pleine forêt ; au carrefour des forces naturelles...

Dans la proximité du plus sauvage...

La vie et la mort entrelacées au fond de l'âme...

Prêt(s) à tuer ; prêt(s) à se faire dévorer...

Se jouant des drames et de la gravité...

Sur le bord du mystère...

A travers cette danse joyeuse...

 

 

Dans l'enchantement du vivant...

Au plus simple du trait...

Quelque chose du monde ; et quelque chose du ciel...

L'âme gorgée de cette terre sans territoire ; et de cette lumière sans créancier...

Au cœur de ce royaume invisible où cohabitent pacifiquement les morts et les vivants...

Compagnon sans tristesse – sans pays ni bannière...

 

*

 

Miroir poli jusqu'à l'écorchure...

Jusqu'à rendre flous tous les reflets...

Lueur dans l'écume ; se hissant jusqu'au bleu ; puis se hissant jusqu'à la lumière...

Plumes dansantes dans le vent...

Voyage au-dessus des siècles...

Silencieusement ; à travers le ciel...

 

 

Comme des poignées de terre lancées sur la pierre...

Comme des poignées de ciel lancées en l'air...

Nos vies sans écho...

Refusant de remonter le cours de l'histoire et du temps...

De suivre les traces de l'aube ; d'écouter les voix lointaines (et déconcertantes) ; de se frayer un chemin entre le monde et l'indicible...

 

 

Comme à la cime de l'exil...

Présageant le silence ; au-dessus de l'écume...

A la manière de l'oiseau sur sa branche...

Attendant le soleil...

Ce qui viendra couronner cette longue traversée du ciel...

 

 

Comme si l'on devait mourir...

Et s'agenouiller sur nos brûlures...

Et supporter l'odieuse compagnie des hommes...

Et les affres de la séparation...

Et l'indifférence de ce (très) long cortège de visages...

Assis (bêtement assis) au milieu du monde et des choses...

 

 

Rien derrière la figure nue...

Le souffle ; et le mystère (enfin) résolu...

Ce qui se rejoint ; ce qui n'a (en réalité) jamais été séparé...

A demeure ; depuis l'origine...

Et le plus merveilleux sourire ; et le plus merveilleux silence (offerts – à la fin – sans la moindre contrepartie)...

 

 

Là où l'on ne regarde pas (là où il est impossible de regarder)...

Sous la couronne ; derrière la dignité...

L'état de l'être ; au milieu de la foule ; au milieu de la chambre – au fond de chaque solitude...

Ce qui nous surpasse ; au-dessus de tous les rangs...

Ce qui advient ; ce qui se révèle ; ce que nous expérimentons – lorsque nous parvenons à nous effacer – lorsque l'âme (sans même s'en apercevoir – ni même s'en soucier) franchit le dernier degré de l'humilité...

 

*

 

A l'écoute des murmures de la terre blessée...

Les yeux mi-clos...

Oubliant (pour quelques instants) le verbe et le ciel ; ou, peut-être, s'en faisant l'exact prolongement...

Elle ; si peu regardée ; si peu entendue ; et tant parcourue ; et tant exploitée...

Au-dessus des mains jointes et tremblantes ; au-dessus des têtes inattentives...

Sans la lumière nécessaire pour l'éclairer...

Plongé(e)(s) dans une sorte de nuit fuligineuse...

Sans le moindre feu ; ni la moindre étoile...

Au milieu d'élans délétères et insensés...

A vivre (bien) trop obscurément – sans doute...

 

 

Chemin de silence...

A travers la voix...

Sur cette terre de transes et de chants...

Quelques pas de danse : et ce qu'il reste (bien sûr) à inventer...

Pour vivre plus joyeux sur la pierre...

 

 

Tout recouvert de bleu et de lumière...

Jusqu'à l'angoisse (fondamentale) d'exister...

 

 

A hauteur de mortel...

Et à l'altitude du cœur...

Ce qui peut être découvert...

Sans la moindre conclusion possible...

 

 

Au jour de l'en-bas...

Quelque part sur la terre...

Au milieu des feux ; au milieu de la nuit...

Sans qu'interviennent le hasard et le destin...

L'âme dans son numéro de funambule...

 

 

A vrai dire ; le silence...

Dans cette sorte de balancement au-dessus du monde...

Entre l'aube et le sommeil...

Sans attendre la fin des jeux (ni la mort des joueurs)...

Étrangement (très étrangement) introduit par l'étreinte...

Au commencement – peut-être – du tertre sans drapeau...

 

*

 

Le cœur sanglotant...

Face aux visages du temps ; face à toutes les figures des siècles...

Sous les étoiles ; au fond du feu ; au milieu du sang...

Trop près de l'écume et des cris...

Trop près de la chair et de la cendre...

Alors que la lumière brille toujours à travers cet étrange sommeil...

 

 

Tant de tragédies sur la pierre grise...

Sans même s'annoncer ; déferlant...

Faisant tout vaciller ; et, en particulier, les âmes peu expérimentées (trop peu familières des drames terrestres)...

Errant comme des ombres (inconsolables) sur la roche ; fouettées par l'écume noire du monde qui fait tomber les corps ; qui fait chavirer les cœurs...

Laissant tout ahuri et dévasté après leur passage...

 

 

Si bas que partout la poussière nous accompagne...

Sans famille ni compagnon...

(En partie) affranchi des vieilles histoires...

Vagabond des lisières (entre monde et forêts) cherchant le repos et la paix...

D'arbre en arbre ; comme l'écureuil – le singe et l'oiseau...

De plus en plus hardi ; à mesure que s'estompent le poids et la gravité...

De plus en plus déterminé ; à mesure que s'accroît le besoin de solitude et de liberté...

 

 

D'un souffle à l'autre...

L'âme détachée...

Abandonnant le monde à ses fables ; et à la fouille (désespérée) des sous-sols et des recoins...

Indifférent à ce qui pourrait arriver...

Ni particulièrement pressé de quitter cette terre ; ni vraiment désireux d'y demeurer...

Associé aux cycles ; et traversant (avec plus ou moins de légèreté) les circonstances...

 

*

 

Blessé par l'absence...

Et l'exacerbation de la nuit ; du jour presque toujours crépusculaire...

Comme si les dernières étoiles s'étaient éteintes...

Sous un ciel de cendre...

Sous une neige noire...

Les vivants livrés à une étrange amputation ; à cette sorte d'incapacité à vivre pleinement...

 

 

Le silence (parfois) effleuré par la tristesse...

Comme à la pointe des larmes ; et toujours très indigemment (bien sûr) ; au plus prêt du presque rien...

Comme si l'on franchissait le seuil le plus bas d'une promesse annoncée par le Dieu des plus modestes (par le Dieu des plus malheureux)...

La bouche luisante de lumière par-dessus la nuit – les cris et le sang...

 

 

Le geste bleu...

La langue innocente...

Et qui parviennent (parfois) à chasser la morsure et le froid...

Déployant le cœur comme un miroir...

Et découvrant les âmes nues qui tremblent derrière leurs (pauvres) habits de gala...

 

 

Combien de chemins ; d'errances ; de dérives doit expérimenter celui qui marche ; celui qui cherche...

Vivant assez péniblement (le plus souvent) ; et sans réelle joie...

De lieu en lieu...

De visage en visage...

D'existence en existence...

Chimère après chimère...

Désillusion après désillusion...

Sans très bien savoir où diriger ses pas ; sans très bien savoir pourquoi...

Mais continuant d'avancer ; et de se rapprocher de ce lieu improbable où tout s'efface et se transforme (peu à peu ou brutalement) en tendresse et en lumière...

 

 

Et ce qui nous brûle au-dedans...

Sans la moindre explication...

Et qui doit trouver quelque part son apaisement et sa résolution...

 

*

 

Le cœur blessé ; le cœur colérique...

Soumis à la chair triste ou fébrile...

Des larmes à la fureur ; à travers tous les excès émotionnels...

Soumis aux pitoyables élans qui se trament sous le front...

Sans autre consolation que le reste et l'abandon ; encore trop lointains (et inaccessibles – bien sûr)...

 

 

Entre les mains...

Tout ; de tout...

A travers mille possibles – un long cortège de circonstances...

Effleurant parfois l'écume ; parfois les profondeurs ; parfois le ciel ; parfois l'enfance...

Découvrant (peu à peu) ce qui monte du sommeil ; des rives originelles...

Jusqu'au dénuement ; jusqu'à toucher ce presque rien du bout des doigts...

 

 

Dans le désordre apparent du monde...

Ce que l'on ne voit pas ; et qui entremêle (si intimement) les destins...

Comme si tous les visages constituaient une seule figure (parfaitement indissociables)...

En dépit de la possibilité (apparente) de s'éloigner ; l'opportunité (toujours intacte) de se retrouver...

Au gré de ce qui nous habite ; au gré de ce qui nous anime...

Sans rien hiérarchiser ; ni les états – ni les circonstances – ni les capacités...

Effacement après effacement...

Oubli après oubli...

Enchaînant sans discontinuer les adieux et les rapprochements...

 

 

Jusqu'à la pointe du jour...

Après ces tempêtes (si rudes)...

Au milieu du ciel...

Assez nonchalamment...

Le sourire aux lèvres...

Les yeux par-dessus les horizons déblayés...

Parmi les rafales ; au plus près de la lumière ; longtemps après la débâcle – avant de disparaître (comme le reste) et de laisser à la place du monde (et de l'espace) un immense néant...

 

 

Les mains tendues vers la vie (et les vivants)...

Alors que partout rôde la mort ; alors que les forces invisibles circulent au fond de l'âme...

Au gré des pas qui, parfois, piétinent dans la poussière ; qui, parfois, enjambent les frontières...

Bruyamment ; alors que tout se disperse ; alors que tout disparaît (y compris le monde – bien sûr)...

 

 

Que restera-t-il donc de nos vies ; de nos œuvres ; de notre bref passage en ce monde ? Rien – des traces dans la neige fondue...

 

*

 

Les couleurs du temps et de la solitude...

Avec cette lumière (oblique) sur le visage...

Ému jusqu'aux larmes par la beauté des arbres ; des bêtes ; de la roche ; des nuages et du ciel...

Reconnaissant (très sincèrement reconnaissant) pour ce qui est offert...

Devant tant de vie et de joie ; au milieu de la forêt...

Quelque chose (bien sûr) de la chair – du cœur et du silence...

L'ineffable (sans doute) qui investit le fond de l'âme...

 

 

Derrière la figure du sauvage...

L'intériorité naturelle et l'instinct...

Ce qui maintient l'âme ardente sous le ciel ; et le corps vivant sur la pierre...

Qu'importe l'adversité du monde et l'hostilité des circonstances...

Qu'importe la présence ou l'absence des Autres (qu'importe le degré de solitude)...

Cette force brute au fond du regard...

Et cet irrépressible besoin de liberté qui rend le cœur indomptable...

 

 

Tachetés d'étoiles et de vent...

Ceux qui parcourent le monde...

Ceux qui – quoi qu'il arrive – continuent d'aller...

Jusqu'à l'extinction de toutes les questions...

Jusqu'à ce que la joie remplace la mort...

Jusqu'à ce que s'effacent tous les anciens horizons...

Pour que la lumière puisse briller (enfin)...

Les pas à même le jour (sans même que les pieds touchent terre – à la fin du périple)...

Et sans jamais (bien sûr) atteindre la moindre destination...

 

 

Le cœur aimanté par le vrai...

Abandonnant là toute autre affaire...

Et les affres des vivants...

Et le souci de la mort...

Et le corps ; et la tête ; et l'âme – dans leurs cercles de souffrances – de croyances – d'appartenances...

Tenant le sommeil du bout des doigts pour le jeter (sans malice ni rancœur) au fond de la nuit...

Oubliant toutes les promesses du monde pour une perspective sans alternative qui exige un engagement total (une sorte de plongeon irréversible)...

 

*

 

Pendant un instant...

Le geste et la lumière ; alignés (et transparents)...

L'équilibre (parfait) entre l'immobilité et le mouvement...

 

 

Attentif et silencieux...

Au milieu des Autres...

Au milieu des éboulis du temps...

Abandonnant quelque chose du labyrinthe...

Une illusion peut-être...

Le reflet des apparences...

A travers l'arrêt du défilement de l'histoire (de toutes les histoires – avec leurs innombrables personnages)...

 

 

Du côté de la vie retirée...

Avec un peu de clarté sous les paupières...

Sans image ; rien que le ciel et le feu...

Et la force du vent...

Ce qui traverse la vie – le monde – l'espace – en un éclair...

 

 

Le cœur rieur et incliné...

En dépit du monde ; en dépit du plus sordide...

Ce qui jaillit ; comme l'encre et le sang...

Et qui tache le monde (comme la page et la peau) pour essayer de percer la brume qui enveloppe les âmes ; et inviter le monde à cette fête étrange – silencieuse et solitaire – infiniment respectueuse ; que très peu connaissent ou savent célébrer (au quotidien)...

 

 

Fantôme de neige aux sandales de bois...

A l'allure de chevreuil...

Serpentant entre les taillis...

Rendu timide par la naissance du jour...

Allant aussi rapide que l'éclair ; aussi éphémère que la rosée...

 

 

En tête de cortège ; le ciel et les cœurs humbles...

La terre sous les pas...

Le regard lourd sous la charge ; le fardeau de misères...

Comme échoué(s) là ; dans ce recoin du monde pourvoyeur de tant de malheurs...

Sur ces rives où les créatures sont aux prises avec tant d'hostilité...

 

 

Épouvantablement malhabile...

La main opportune...

Le cœur querelleur...

La tête qui désire...

L'âme qui implore...

Ce que nous expérimentons (tous) ; et que nous ne savons – pourtant – ni offrir ; ni recevoir...

 

*

 

Sous le ciel ; quelques signes...

Des paroles et des gestes...

Et ce qu'il faut de tendresse et de silence...

 

 

Du bleu encore...

A en perdre la raison...

Et sur la peau ; et sur le front ; ce vent salvateur...

Et l'incroyable beauté de la terre...

Parmi les visages et les étoiles...

En ce lieu où le cœur peut (enfin) transformer son envergure...

En ce lieu où l'on peut (enfin) se mettre au service de ce qui nous habite et nous entoure...

 

 

L'infini perlé de sourires...

Les lèvres silencieuses ; le cœur ébahi...

Au bord du monde ; la lumière...

Ce qui parvient à éclairer (un peu) la grisaille des visages et des jours ; ce qui parvient à égayer (un peu) les cœurs tristes et inquiets...

 

 

Sous l'incessant ruissellement de la lumière...

Parmi les esprits et les sorciers...

A quelques encablures de la source...

Seul au milieu des arbres...

L'Absolu de la terre à nos pieds...

L'âme (sans question) enveloppée d'un ciel sans réponse...

 

 

En compagnie de l'âme...

Sans désir ; sans personne ; sans intention...

Le buste (humblement) incliné ; le cœur (particulièrement) paisible ; l'esprit attentif...

Loin des visages impassibles...

Sur la pierre ; comme quelqu'un qui a (soudain) reconnu l'instance immortelle...

Et, avec cette apparition, la dimension sacrée de l'existence et du monde...

 

 

Tous les états passagers de l'invisible et de la matière ; et tous les degrés possibles de compréhension ; combinés de mille manières...

 

*

 

Sous une nuit sans étoile...

La terre bleue ; sans âge...

Et sur la pierre ; ces danses rythmées par la mort ; et le temps imparti...

Des traversées temporaires...

Les âmes (très) légèrement flottantes...

A l'orée du sommeil...

Avec la tête qui, très souvent, dodeline ; et qui, parfois, parvient à s'incliner...

Quelque chose d'éternel – pourtant – dans cette brièveté (la récurrence du passage – peut-être)...

 

 

Pour peu que le verbe et le geste essaient d'approcher le plus vrai...

Au-delà (bien au-delà) de ce qui semble juste et authentique à l’œil humain...

L'infime reflet de l'infini...

Une présence invisible – palpable et affranchie du temps...

Ce qui permet une (réelle) intimité avec les visages et les choses de ce monde...

Une contemplation soumise au règne de l'émerveillement et de l'oubli...

 

 

Hors du troupeau noir...

Dans les montagnes enneigées...

Alors que l'âme tremble sous la lumière...

Et que les masques se sont effilochés depuis longtemps...

Le cœur ébouriffé et silencieux...

Au fond d'une solitude qui a su apaiser cette soif si ardente...

 

 

Un peu de clarté sur l'enfance...

Les yeux grands ouverts...

L'âme transparente...

Aussi léger que l'air...

Aussi bleu que l'immensité...

Essayant de percer l'impénétrable...

Grâce au feu capable de ranimer la vie ; de réchauffer la chair ; d'éclairer le monde...

En dépit des tremblements...

Dans cette sorte de passage...

Quelques pas de danse...

En attendant l'aube...

 

 

Au milieu du vide...

La chair souffreteuse ; et si froide par endroits...

Recouverte d'étoffe et d'absence...

Chérissant les postures et la tristesse (en dépit de ce que pense la tête)...

Manquant si cruellement de tendresse...

 

 

Sur cette terre jonchée de choses...

Sous un ciel enrubanné de nuit...

Pendant quelques instants (à peine)...

En ce monde trop ancien pour reconnaître la possibilité de la lumière...

L'envergure de l'espace que l'on croit apercevoir à travers les barreaux de la tête et du temps...

 

 

Envolé(e) le rêve un peu fou de liberté...

Le ciel penché sur les âmes

La course aisée à travers le monde...

Le parfait déploiement de l'innocence...

Le règne permanent de l'émerveillement...

Ce que l'expérience humaine finit par rendre (assez) évident...

 

 

Oubliées l'angoisse et l'âme blessée...

Défaites la mémoire et les sentes toutes tracées...

Laissant place au jeu et à l'incertitude...

A la joie qui regarde la mort en riant...

Au regard qui éclaire ce sur quoi se posent les yeux...

 

*

 

Comme une étincelle dans le froid...

Une lueur dans le noir...

Locataire de ses pas (pour quelques jours ou pour toujours peut-être)...

Dans cette nuit glacée qui n'en finit pas (qui n'en finira – sans doute – jamais)...

 

 

Le cœur si corruptible...

Le miracle (sans doute) trop rare...

Et les yeux obscurcis (particulièrement obscurcis)...

Avec le dos voûté ; et qui se courbe davantage au fil des pas...

Et cette tendresse introuvable ; que l'on réclame (un peu) partout ; et que personne – en ce monde – n'est capable d'offrir...

 

 

Porté par le chant...

Sous ce ciel sombre...

Un peu perdu au milieu des masques...

A l'affût de ce qui est encore vivant...

Cherchant un peu de lumière pour essayer d'apaiser les tourments et le chagrin...

Avant que tout ne soit recouvert du même linceul noir...

 

 

La mort au bout des doigts...

Aussi lourde que quelques grains de poussière...

Et qui semble mettre fin au voyage des vivants...

Et qui semble rebuter le rire et la légèreté ; et chasser l'insouciance et la joie...

A chaque instant ; ainsi – ce qui s'abat (implacablement)...

 

 

Comme un rêve foudroyant...

Les yeux aussi haut que possible ; essayant de suivre – en contrebas – la course du monde ; et – au-dessus et en dessous – les traces de l'invisible (qui accompagne tous les mouvements de la matière)...

Et qui se déchaîne avec les tempêtes...

Et qui s'assagit au contact du ciel...

Jetant sur les voyageurs mille poignées de possibles (au milieu des malheurs) ; à peine de quoi survivre ; et mille poignées de temps (au milieu de la maladie et de la mort) – à peine de quoi devenir...

 

*

 

Hanté par ce que voilent les visages...

Cet espace protégé – en quelque sorte...

Cette présence patiente et sans couleur...

Et vers lui ; et vers elle ; comme un appel urgent ; une terrible secousse ; un irrésistible élan – capables d'impulser un long voyage à travers les images et le temps...

 

 

Sans même savoir ce que vivre signifie (réellement)...

L'attente d'une ivresse ; d'une clarté – peut-être...

Une main passée à travers la vitre...

Un long chemin vers ce qui porte à la tendresse et à la joie ; vers ce qui efface l'individualité – cette perspective capable de mettre le cœur – l'âme – les paroles et les gestes – au service du reste (ce qui semble assez improbable au regard des attitudes et des postures adoptées par les créatures de ce monde)...

 

 

Sans oser s'accroupir...

Face contre terre...

A la merci du monde et de la lumière...

Trop fidèle (sans doute) à la cadence des hommes (et à leurs ambitions absurdes)...

Trop peu attentif à la résonance...

Le dedans presque répudié...

Accumulant les épreuves sans jamais se confronter au mystère...

 

 

Relégué(s) dans ce recoin où seules comptent les contingences et les opportunités...

Comme coincé(s) entre l'ignorance et la mort...

S'affairant à son profit (ou au profit des cercles* que l'on s'est inventé pour lutter contre la solitude)...

* et auxquels on croit appartenir...

Cheminant sans aisance et refusant de faire face au ciel...

Préférant les territoires circonscrits à l'espace ; et la captivité au voyage...

 

*

 

L'âme et la chair livrées au monde et à la lumière...

Et l'esprit engagé dans cet abandon...

Voilà les conditions nécessaires pour rejoindre l'espace dissimulé par l'écume...

 

 

Vers le jour...

Cet autre chemin...

 

 

Quelques signes sur la pierre...

Quelque chose qui s'accroche ; qui rêve (sans doute) de s'attarder un peu...

Dans l'espoir – peut-être – d'une reconnaissance – d'un rayonnement – d'un peu de lumière...

Et qui (fort heureusement) finira – comme le reste – par tomber dans l'oubli...

 

 

A ne plus rien croire...

A voir au-delà des yeux...

Dans le recommencement du rire et du jour...

Le cœur (un peu) claudiquant...

Au milieu des ombres trébuchantes...

Pas certain du chemin qui se dessine...

Mais assuré des aléas du monde ; et de l'imprévisibilité de l'écume et des vents...

Allant là (essayant d'aller là) où l'enfance résiste ; là où l'innocence rechigne à être remplacée...

 

 

A travers le feuillage clair ; le ciel...

La traversée rafraîchissante de l'espace...

Dans la proximité (pourtant) des fleurs et des pierres...

Dans l'intimité de tous les visages du monde et de la terre...

A regarder s'avancer l'ignominie et le merveilleux...

Comme si le cœur palpitait au bout des doigts...

 

 

Notre marche ; cette étrange traversée du temps...

Au milieu du monde et des existences...

Vers cette tendresse au fond du cœur ; au fond des choses ; au fond des yeux...

Les gestes aussi précis que possible...

Quelque chose qui vacille au-dehors ; et qui se redresse au-dedans...

Comme un sourire...

Et un abandon à ce qui est là...

A la fois si proche de la lumière et du déclin...

Avec un peu de vent ; ce qui souffle sur les têtes et les âmes...

Au milieu des possibles...

Entre tous les désastres et toutes les fortunes...

Ces quelques instants sur la terre...

 

 

Au milieu des reflets...

Parfois très haut ; parfois au fond du gouffre...

Quand bien même seraient dérisoires nos chutes et nos ascensions (toutes nos chutes et toutes nos ascensions)...

 

 

A pas feutrés...

Ce qui effleure le ciel et l'abîme ; l'âme et la chair...

Depuis toujours...

Au cœur des extases comme au cœur des catastrophes...

Au milieu du vide – des étoiles et des hommes...

Dans le sens du vent ; ce qui est vivant...

La matière (si fidèlement) affiliée au temps...

Et l'esprit accompagnant tous les mouvements sans arrière-pensée...

 

 

Invité(s) ici...

A jouer des coudes...

A donner des coups...

Engagé(s) dans toutes les batailles...

Seul(s) au milieu des Autres (au milieu de tous les Autres)...

Attaqué(s) et attaquant ; harcelant(s) et se défendant...

Expérimentant tous les états de la chair – du cœur – de l'esprit ; l'infinité des postures et des possibles de ce monde...

Entre le ciel et la roche...

Entre la matière et l'invisible...

A la jonction – peut-être...

 

*

 

Le baiser (patient) de la tendresse sur l'âme (enfin) consentante...

Comme la main du silence sur la bouche trop bavarde...

Et l'apparition de ce visage après le déversement des eaux noires...

Passerelles fragiles entre ce monde et l'autre rive...

 

 

Comme un craquement au fond du cœur...

Un bruit de pas dans la neige...

Une bûche qui crépite dans les flammes...

L'esprit incliné devant l'âme ; l'âme inclinée devant la chair ; et la chair inclinée devant ce qui constitue (à ses yeux) le ciel et le monde...

Quelque chose du plus sacré qui se révèle – sans jamais se départir de sa discrétion...

Et notre sourire (parfaitement) anonyme...

 

 

Quelque chose du noir et de la retenue...

Comme coincé entre la nuit et le temps...

Une pensée sombre et (un peu) timorée – peut-être...

Un visage timide et renfrogné...

Un cœur bruyant et angoissé...

Une âme solitaire et réservée...

Dans un recoin du monde qui échappe à la lumière...

Une petite chose triste ; sans appui – sans réconfort – sans clarté...

 

 

Entre nos lèvres ; plus de noms ; plus de mots...

Quelque chose du silence et de la beauté...

Le souffle d'une perspective infinie ; et notre élan vers elle...

 

 

Un cœur et une voix authentiques...

Garants (peut-être) de l'essentiel...

Par-dessus les niaiseries et le temps...

D'île en île ; en enjambant toutes les rives du monde...

 

*

 

Comme face à un miroir sans reflet...

Le monde – à présent...

Yeux dans les yeux avec le vide – en quelque sorte...

Sans personne ; ni d'un côté – ni de l'autre...

Sans écume ; sans image ; sans commentaire...

Une page vierge – immense et provisoire...

Sur laquelle se dessine – à l'encre blanche – la (permanente) pulsation du vivant...

 

 

Au bord d'un silence inoubliable...

Entre le ciel et la mort ; l'âme attentive...

Et par-dessus tout ; la vie naturelle et le cœur authentique...

 

 

Quelque chose du rire et de l'oubli...

Comme si la lumière avait remplacé les tremblements...

Comme si le silence avait recouvert le monde...

 

 

Le bruit de la mort ; silencieusement...

Sans s'interposer...

Et trébuchant parfois...

A perte de vue...

Sans même le temps de maudire et de détester...

Et qui s'abat (impitoyablement)...

 

 

Face aux hostilités...

Autre chose que l'Amour...

Sa part (impartageable) de misère...

Sous les reflets de la lumière...

Au-dessus du commerce auquel se livrent toutes les créatures de la terre...

Entre le sol et le ciel...

Entre les couches les plus basses du ciel et les plus hautes strates du sol...

Encore plongé au milieu du cirque – en somme...

 

*

 

Lumière hors du temps...

Légère – flottante...

Offrant à l'âme sa clarté...

Traversant la chair...

Transformant les yeux en regard...

Libérant le cœur du plus dérisoire...

Remplaçant les larmes et l'angoisse par un sourire...

Effaçant l'Autre et le monde...

Nous invitant à retrouver l'espace ; et à le réinvestir pacifiquement (sans rien déchirer – sans rien imposer – sans rien exploiter)...

 

 

Consentir (enfin) à se faire l'instrument (conscient et acquiesçant) de la tendresse ; et à agir en son nom de manière invisible et anonyme (comme tout ce qui est à son service)...

 

 

Sans se souvenir...

L'odeur de la terre...

Le bruit de la pluie...

Le caresse du vent...

L'ambiance des sous-bois...

Le goût des larmes ; et celui de la souffrance et du sang...

Les tremblements de l'âme et de la main...

La voix qui résonne...

Le cœur brûlant...

Le geste réticent (et, parfois, embarrassé)...

La parole qui invite au plus intime...

Sans rien trahir ; sans rien demander...

 

 

Cette façon d'aller sans souci...

Sur des chemins ignorés pendant des siècles...

D'apparence abrupt(e)(s)...

Et invisible(s) (pour l'essentiel)...

Rien des grandes choses imaginées...

L'espace nu et incertain...

L'âme modeste et obéissante...

Selon les consignes du ciel...

Au plus près de la terre...

A travers mille gestes dérisoires (et naturels)...

 

 

Debout ; face au monde et à la mort...

Sans autre bagage que le feu à opposer aux batailles et aux funérailles...

Et un silence à offrir aux victimes et aux bourreaux...

Et une (tout aussi) juste place au reste...

Dans la simplicité de l'être qui efface les visages et les noms...

 

 

Un peu de ciel et de rosée ; accrochés à la ceinture...

Et le vent qui porte ; et le vent qui pousse...

Au milieu des arbres et des fleurs...

 

*

 

Contre le silence ; le corps et le chemin...

S'opposant (assez farouchement) d'abord ; puis, allant (peu à peu) vers lui ; essayant d'épouser ses contours – sa forme – son essence...

S'abandonnant ; et laissant faire...

 

 

Dans la courbure du temps...

Ce long voyage...

De l'absence à l'autre pays...

 

 

Partout où l'on va ; là où la vie pousse – porte et entraîne...

Le pas parfois effleurant la pierre ; parfois côtoyant les cimes ; parfois tutoyant le ciel et les étoiles ; prolongeant le chemin (d'une certaine manière)...

Devenant le voyage ; sans but – sans escale – sans destination (pour la joie et l'irrépressible nécessité d'aller)...

Écoutant le vent ; obéissant aux circonstances...

Parfaitement – magistralement – vivant...

A travers le mouvement et l'immobilité...

Sous le règne de l'incertitude (et selon les lois de l'invisible)...

 

 

Rien...

Partiellement introduit – pourtant...

Entre les mondes...

Sans auditoire...

Au cœur de l'espace-spectacle-et-spectateur...

Avec l'âme au centre...

Et qui influence tous les cercles alentour...

Comme la plus haute raison...

Comme si tout était nôtre ; jusqu'au plus lointain – jusqu'au sommeil – jusqu'à la pire infamie...

A travers ce qui advient et ce qui s'efface (au fil des nécessités ressenties)...

 

 

A travers la brume ; le monde et la mort...

Face au froid...

A la merci de ce qui a la capacité de s'imposer (sans même le savoir ; sans même y avoir été invité)...

Provoquant parfois le pire ; parfois le rire – tantôt farce et bouffonnerie – tantôt calvaire et catastrophe...

 

 

Sans rien voir...

Comme si tout se réduisait à la tête (au contenu de la tête)...

Comme si rien n'existait vraiment ; comme si rien n'était vrai – ni autour ; ni au-dedans...

 

*

 

Le temps figé...

Sur le visage de l'Absolu...

Couvert de lumière et de monde...

Laissant faire ; allant son chemin – en quelque sorte...

A travers tous les règnes de la matière et de l'esprit...

Aussi loin que possible ; et repassant (assez régulièrement) par l'origine...

 

 

Ivre des relents et des reflux...

D'un temps si ancien...

Hanté par le parfum (récurrent) des saisons et l'odeur (un peu âcre) des vivants...

Le monde et le sang...

A travers les échos qui se fracassent sur les ombres qui dansent sur la pierre...

(Presque) immobile en attendant le jour...

 

 

Ébloui par la pierre et le ciel...

Par le merveilleux du monde et la diversité du vivant...

Par-dessus les décombres du temps...

Et par l'indiscipline des âmes qui continuent de jouer...

Au milieu de l'hérésie et des insanités...

 

 

Les lèvres tremblantes...

La faim apaisée...

A travers cette manière de se nourrir (d'invisible)...

Nu ; au milieu de l'abondance ; heureux au milieu de la beauté...

Les mains vides et le cœur (parfaitement) comblé...

 

 

Sans obligation – sans contrat (sans rien devoir)...

Seul ; et offert aux mille visages de la terre...

(En partie) affranchi des lois humaines...

Et auprès duquel quelques-uns (parfois) se risquent...

Portant le viatique de l'âme ; le seul bagage de l'homme...

Marchant dans la nuit à la manière d'un funambule...

Au milieu des figures indifférentes...

Un peu au-dessus du monde...

Quittant cette nuit – et ses fables – sans dette (ni assistance)...

Se rapprochant (peu à peu) du jour – de la lumière – de cette chose si commune (que si peu conçoivent ; que si peu devinent ; que si peu parviennent à rejoindre)...

 

*

 

La terre et le cœur ; brisés...

Comme passés sous l'horizon...

Au pays des larmes ; au pays du feu...

Criblés d'horreurs et de mensonges...

Protégeant (essayant de protéger) le vivant ; le plus précieux – peut-être...

A la lisière du monde et du temps...

 

 

Ici ; le soleil et le silence...

Sur ce chemin qui ne mène nulle part...

En ces terres montueuses et sylvestres...

Lieu du sauvage ; lieu du passage...

Traversé sans habit ; ni bagage...

Et que l'on ne peut jamais (en vérité) ni totalement rejoindre ni totalement quitter...

 

 

Des pas sur la pierre coupante...

Le cœur taillé par le frottement de la roche...

Nos existences devenues (presque parfaitement) minérales...

En attendant (avec impatience et anxiété) ce qui pourrait attendrir (un peu) notre chair – notre vie – notre âme...

 

 

A même l'esprit – les rives – la cendre ; le monde – la mémoire et l'oubli...

Les ombres et la fièvre...

Tout ce que nous délaisserons pour accéder à l'autre terre...

 

Ce long voyage...

Autour de soi...

Sur cette route étrange composée d'espace et de temps ; d'expériences et de rencontres ; de pensées et d'émotions...

Dans ce perpétuel entre-deux du dehors et du dedans...

Le sentiment d'une traversée ; d'un cheminement vers le mystère...

Avec Dieu à chaque instant ; à chaque pas ; tout au long du chemin...

Partout...

Et toujours à nos côtés (bien sûr)...

Au cœur des impasses comme au cœur des vents...

A s'y méprendre ; et jusqu'à nous confondre (au fil du périple)...

Et de plus en plus heureux (évidemment) de lui céder la place et le pas...

 

 

Acquiesçant à l'être – au monde – à l'homme...

Au Diable et à Dieu...

A ce qui nous porte et à ce qui nous efface...

A ce qui nous renforce et à ce qui nous affaiblit...

Aux lieux que l'on quitte et aux lieux qui nous appellent...

A ce/ceux que l'on abandonne et à ce/ceux que l'on rejoint...

Au fil des carrefours – des ruptures – des rencontres – des remous...

A travers mille liens – mille jonctions – mille suppressions...

Dans le prolongement et la discontinuité du regard et des pas...

 

*

 

Des ombres oubliées...

Le cœur frémissant...

Entre l'écho et la résonance...

Comme un cri ; un appel – peut-être...

La nécessité du ciel trop longtemps négligée...

En ces lieux où se mêlent (si souvent) l'obscur – la braise et l'absence...

 

 

Du bleu ; partout...

Du songe au silence...

Des choses au regard...

Jusqu'au plus infime détail de ce monde...

 

 

Main et miroir ; tendus...

Comme la nuit – la mort – la pierre...

Quelque chose du visage et de son double reflété dans l'ombre...

Ce qui invite et ce qui repousse ; et qui laisse libres le refus et la possibilité...

 

 

Coupé du temps et du secours des hommes...

Dans le sillage de l'âme...

Dans la proximité du ciel ; à la lisière d'un espace de tendresse et d'hospitalité...

Loin des tribunaux du monde ; loin des cercles humains...

Tout ; embrassé d'un seul regard...

Comme un jeu d'enfant...

Dans la délectable (et surprenante) intimité des choses...

 

 

D'un continent à l'autre...

Effleurant l'existence et le monde...

Depuis les profondeurs...

Sans pouvoir se rappeler du jour où a débuté le voyage ; cet incessant va-et-vient entre l'origine et la périphérie...

A travers l'invisible et la matière...

La douleur et le plaisir comme emprisonnés au fond de la chair...

Et le dégoût et le désir logés – quelque part – au fond de la tête...

Accueillant (avec joie) ce qui s'invite (et ce qui s'impose) ; abandonnant (sans s'émouvoir) ce qui nous quitte (et disparaît)...

Ne refusant rien ; pas même d'avoir de temps en temps le cœur (un peu) fermé...

 

*

 

Parmi les choses...

Des bouts de ciel...

Des visages blessés...

Des paupières closes...

Des âmes vacillantes...

Ce que l'on croit être (et devenir) sur la pierre...

Et tous ces cœurs tremblants ; et toutes ces lèvres crispées – face à l'ampleur du mystère...

 

 

Au milieu des ombres et des angoisses...

Tous ces morts ; et ces vivants si tenaces...

Comme du bleu à la pointe de l'horizon...

Et de la poussière de temps que font voler les pas pressés...

A travers le (perpétuel) recommencement du jeu...

Et l'assise (si établie) des miroirs...

Comme au spectacle...

Avec des souvenirs – du sang et des cris...

Mille drames auxquels sont confrontées toutes les créatures de la terre...

 

 

Sans tenir compte de ce qui résonne...

Ce sommeil et cette paresse incurables

Comme rivés aux siècles et à la pierre...

Sans jamais regarder par-dessus...

N'osant s'écarter de l'argile ; quitter ces terres (en partie) protégées des vents...

Écartant l'esprit et l'âme au profit de la chair et de la pensée...

Privilégiant toujours le monde (le plus grossier de ce monde) au détriment de l'invisible...

Demeurant là (presque inertes) au lieu de circuler librement ; au gré de ce qui nous pousse et nous appelle...

 

 

Porté autant par la plume que par le pas...

Sans jamais remonter le courant...

Allant là où mènent les vents...

Sur la pente naturelle ; glissant avec aisance...

Le visage contre la lumière...

Le corps en plein jour...

L'âme (à la fois) gouvernail et témoin...

Glissant (imperceptiblement) vers le grand large ; là où le bleu rayonne (de manière indiscutable)...

 

*

 

Quelque chose au fond de l'âme...

Comme un puits de lumière...

Un ciel sans limite...

Un horizon de silence...

Entouré(s) de bruits et d'absence – d'écume et de chair...

 

 

Du bleu au fond du regard solitaire...

Et des mains nourries par le savoir et le sang...

A même la pierre...

Indifférent à la danse des ombres...

 

 

Du cœur et des mots...

Sans rien nommer du monde...

Dessinant – peut-être – à la manière du temps – une invitation...

Le désir d'un long voyage...

Offrant – peut-être – le feu et le vent nécessaires pour aller (un peu) plus loin que l'horizon de pierres...

 

 

Pour soi ; l'âme loyale...

Échappant au monde et au temps...

A l'assaut du mal – des épreuves – de la souffrance...

Dédaigneuse (pourtant) de toute victoire...

Se laissant apprivoiser ; et se laissant même (très souvent) déborder par les excès du cœur...

Offrant sa force – son Amour et sa liberté...

Déterminée – peut-être – à remplacer (pacifiquement) le règne (et les lois) institué(es) ici-bas par les créatures...

 

 

De rive en rive...

Le cœur à la recherche d'un refuge...

D'une lumière derrière les apparences du monde...

D'une liberté capable d'enjamber la mort...

D'une vérité au-delà du savoir...

D'une profonde intimité avec les choses...

D'un silence...

D'une paix capable d'effacer tous les désirs...

 

*

 

A la lueur du plus modeste...

L'allée des rois ; la porte ouverte...

Le ciel aussi blanc que dans les rêves...

Les épaules en plein jour...

La chevelure bleue ; comme la peau (et le reste)...

Sans personne pour commenter la métamorphose...

Ce qui se célèbre jusque dans son effacement...

 

 

Nous-même(s) ; bien avant la terre et les étoiles...

Bien avant l'angoisse et les yeux fébriles...

Bien avant le monde (et le reste)...

Bien avant la faim et la misère...

Et si difficile(s) à apprivoiser – pourtant...

 

 

Ici ; jusqu'à disparaître (parfois) au cours de cette longue veille...

Vivant à la manière de la neige et du vent...

Étincelant comme un minuscule soleil...

Aussi vaste que le ciel – au-dedans...

Le visage – pourtant – si près du sol et des choses...

Avec cette lumière ineffable au fond du regard...

Les pieds posés sur la roche ; le corps dressé sur la pierre ; debout face au rêve ; ou au-dedans – peut-être...

 

 

Dans la fugacité de l'ombre entrouverte...

La nuit qui s'immisce ; lourde et humide – parfaitement noire...

Tandis que le bleu s'évapore sous les paupières ; se disperse sur l'horizon...

Nous plongeant dans les ténèbres...

 

 

Du feu dans le sang...

A nous ronger l'âme...

Transperçant la peau ; glissant sous la pierre...

Blessant le seuil ; et affaiblissant (bien sûr) la possibilité du franchissement...

 

 

L’œil (tout) retourné par le décor ; sa texture – sa monotonie – son exiguïté...

A travers l'éclatement des couleurs...

Le ciel plus haut que jamais...

Et l'absence de ceux qui peuplent ces rives...

Comme l'obstruction du seul passage...

Comme si le regard était sur le point d'exploser...

 

 

Dans l'élan premier de l'errance...

Le besoin (irrépressible) d'infini...

Comme la quête du silence...

En ligne de mire : l'Absolu et la grande paix...

Et nous laissant emporter (bien sûr)...

 

 

Les mains conciliantes...

En adéquation avec les nécessités de la terre...

Le cœur célébrant...

En adéquation avec les lois du ciel...

Comme naufragé sur cet archipel du monde...

Au milieu de tant de visages étrangers (indifférents ou patibulaires)...

Comme si – en définitive – peu de chose séparait l'enfer du paradis...

 

 

La tête méprisante...

Comme doté d'un cœur de pacotille...

Le monde blâmé jusqu'à la déraison...

Si lourd ; à s'enfoncer plus bas que terre...

Le soleil noir sur les épaules...

Sur le point d'être englouti...

 

*

 

Dans le cœur brutal...

Cette nuit brûlante...

Sur fond de ciel orangé...

Des pierres en flammes...

Comme au milieu d'un grand brasier d'écume et de poussière...

Le monde calciné...

Et l'Amour en cendres (qui gît sous nos pieds)...

 

 

A travers l'étreinte...

L'assurance d'une veille...

En dépit de la rumeur et de l'absence...

Si près du front ; si près du noir...

Traversant les masques et transperçant l'armure...

Touchant l'âme (dans un très léger effleurement)...

Chuchotant des secrets à la manière du vent...

Presque en silence...

Avec cette façon si particulière d'habiter le monde ; et de hanter l'esprit...

 

 

Comme abandonné à la pointe de l'homme ; à la pointe du monde – peut-être...

Sans Dieu ; ni ami...

Seul ; sur cette péninsule privée d'humanité...

Occupé (encore trop occupé – peut-être) à chercher au-delà du nom et de la tombe ; ce territoire où le cœur est souverain...

 

 

Loin de la foule – là-bas – qui lynche (à tour de bras)...

Comme installée au fond de cette mémoire étroite (et délétère)...

Ne venant jamais à bout ni de ses désirs ; ni de sa haine...

En ces lieux de désœuvrement et d'intranquillité...

En ces lieux de mort et de bannissement...

Où nul ne se sent (réellement) heureux au milieu des Autres ; ni même à son aise protégé par toutes ces frontières et toutes ces lois...

 

 

Arrivé là – peut-être – où la vie et la mort se rejoignent ; là où la tête et les étoiles sont si proches de l'expérience...

Au fond de l'âme...

Sans lacune ; ni reproche...

Dans l'incertitude et la précarité nécessaires...

 

*

 

La voix du seuil enfin capable de franchir les murs de l'enceinte...

De l'incarcération à l'immensité...

Tout tremblant ; et déjà éclaboussé de bleu...

La porte – soudain – grande ouverte...

Témoin de tous les déferlements...

Au-dessus du labyrinthe...

A rire comme coulent les fontaines...

Alors que la terre est si proche ; et le chemin encore inachevé...

 

 

De quoi vivre au pays des arbres...

Après avoir refusé l'or et le rêve...

Pour rallumer ce sourire (si ancien – et depuis si longtemps disparu) au fond des yeux...

Au milieu des vivants...

Dans le cœur...

Au royaume de l'invisible...

La tendresse (parfaitement) satisfaite...

Pour réussir à offrir des gestes inspirés des fleurs qui s'ouvrent et suivent le soleil avant de se refermer et de s'incliner vers le sol...

Dans le silence des terres profondes...

 

 

La vie et le verbe ; métamorphosés...

Dans le sillage (invisible) de l'âme...

Le silence à la proue...

Et, à la poupe, la terre des hommes qui s'éloigne...

Et la mort ; au-dessus – en dessous – au-dedans et alentour – un peu partout – pour guider toutes les métamorphoses...

 

 

Là où naissent les mondes ; et les possibles...

Dans les replis secrets (et insaisissables) de l'Amour et de l'esprit...

Au cœur de cet invisible mêlé de matière...

A travers ce dialogue entre l'infini et la poussière...

Par-delà toutes les espérances...

En son cœur ; le plus vivant...

Sans jamais nous trahir ; sans jamais nous tourner le dos...

 

 

L'âme – ni réellement heureuse – ni franchement prisonnière – dans son costume d'argile ; au fond de sa carapace de terre...

Encore hésitante – sans doute – à habiter (même si provisoirement) cette chair et ce monde si grossiers...

 

*

 

A travers l'écume étincelante du monde...

Le jour (parfaitement) déployé...

Le bleu et la lumière comme habillés de mouvements et de matière...

Comme une danse lointaine ; entre l'horizon et l'intimité...

Au milieu de voix nées d'un temps si ancien que leurs paroles émergent du plus profond silence...

Et nous autres – créatures ; pas si égarées ; pas si ignorantes ; pas si obscurément vivantes – comme essaient de nous le faire croire certains apôtres du verbe et de la nuit...

 

 

A travers le rayonnement de l'offrande ; l'incroyable partage...

Au plus près de l'effacement et de l'oubli...

Lorsque les gestes savent s'affranchir du corps – du nom – de l'âme...

Lorsque la tristesse et la joie se confondent – se dissolvent (l'une dans l'autre) – n'existent plus...

Dans le (parfait) retrait du cœur...

L'intense déploiement de la lumière...

 

 

L'invisible du monde ; hors de l'ambition des hommes ; hors de tout présage humain (excepté, peut-être, chez quelques-uns – bien rares)...

Eux (en général) ; trop aveuglés ; agissant obscurément...

Les yeux enveloppés d'un épais bandeau noir ; le regard caché derrière soi...

Entre le soleil et le jour qui passe...

Pas mûrs ; pas prêts – pour emprunter l'étroit passage – l'unique perspective...

Allant ; passant – sans s'occuper du monde ; ni du malheur des Autres...

Préférant l'abondance à la terre ; l'espérance au ciel ; la jouissance à l'attention ; la distraction à la main tendue – aux visages en larmes – aux cœurs démunis – aux âmes dépourvues...

Sans autre perspective que soi...

L'humanité commune ; si étroite – si affligeante – si funeste...

 

 

A se réjouir de ce qui est offert...

Sans désir ; sans reproche ; sans certitude (non plus)...

Comme quelqu'un (peut-être) qui marcherait sur un (étrange) arc-en-ciel ; sans pouvoir toucher ni la terre ; ni le ciel...

Sans autre certificat que son expérience (cette expérience si fragile qui – jamais – ne pourra être brandie comme une garantie)...

 

 

Sur les rives d'un ciel sans Dieu...

Dans la nécessité – pourtant – du lieu et du lien...

A travers le pays de l'hôte ; et ce qui s'invite à la fête...

Ainsi (sans doute) se déroule notre (long) voyage...

 

*

 

Le mirage du monde ; apparu (autrefois) en un instant ; et disparu (aujourd'hui) de la même manière...

Comme nos existences et nos blessures...

Comme l'ennuyeux (et trop prévisible) chemin des hommes...

Le cœur de plus en plus joyeux ; face à l'incertitude...

Et cet émerveillement face au déploiement du bleu et du silence...

Ce que réclamait l'âme depuis si longtemps...

 

 

Entre ciel et silence ; nos sourires et nos tremblements...

Le cœur autrefois si languissant ; ferme et tendre à présent...

En dépit de la proximité des hommes (tenus – fort heureusement – à une distance suffisante)...

Sans la mélancolie de l'exil – du partage – de l'abandon...

Heureux au milieu des bêtes et des arbres ; au cœur de notre communauté d'adoption...

 

 

Là ; sous le cœur suspendu...

Le déroulement naturel du voyage (qui signe – bien sûr – l'extinction de toute volonté)...

L'âme juste et tendre...

L'esprit en paix...

Comme rentré au bercail...

Alors que les danses – partout – s'enchaînent ; se succèdent ; s'éternisent...

Alors que le spectacle (et le grand cirque) continue(nt) ; et ne sont – sans doute – pas prêts de s'arrêter...

 

 

Au milieu du monde...

Sans s'affairer...

Sans rien remettre au lendemain...

Ce qui nous incombe...

En dépit de l'absence de visages...

Face à l'éternité...

A l'écoute ; et au service de ce qui vient...

 

 

Au-dessus du destin...

L'âme dans sa surprise...

Sans principe ; laissant la vie – le monde – le reste – décider...

 

*

 

Vents d'ailleurs ; partagés sur la pierre...

Vivifiant les destins ou les emportant...

Semblables au présage et à l'écho...

Prolongeant la sente empruntée...

Offrant à ceux qui le souhaitent un surcroît de monde ou de solitude...

 

 

Comme la rosée en prière...

Sous la lumière matinale...

Qui rafraîchit la terre...

Avec quelques restes de ciel nés pendant la nuit...

 

 

Alors que tout se fige...

Alors que tout se crispe...

L'émergence d'un sourire sans attente qui perce les voiles...

Né comme le soleil et la pluie...

Sans personne pour apposer une signature au bas de l’œuvre offerte ou proposée...

Parfaitement anonyme ; parfaitement provisoire ; parfaitement inachevé...

 

4 juillet 2024

Carnet n°308 A l'orée du plus intime

Juin 2024

Exsangue et déchiré ; alors qu'advient le plus léger...

Comme un souffle à travers l'ombre et la folie du monde...

Sans plaie...

Seul – à présent – face à la lumière...

 

 

Le cœur pur ; sans attachement...

Aussi lumineux qu'avant la naissance du temps...

A la manière de l'oiseau qui traverse le monde – le ciel – le jour...

 

 

Soi – de plus en plus ; et pourtant infiniment reconnaissable...

En dépit du temps consacré au voyage ; en dépit de la transformation...

Sans doute – davantage homme qu'autrefois...

 

 

L'Amour en amont de tout élan...

Et le cœur au centre du geste...

La seule lumière – et le seul dédommagement – que l'on peut offrir au monde...

 

*

 

Le signe – peut-être – du changement...

Le cœur si près de la sève...

A deviser avec les lutins et les esprits de la forêt...

A l'abri des regards humains...

Dans la pénombre magique des sous-bois...

Comme un éblouissement...

 

 

Quelque chose dans l’œil...

Avec le geste qui honore (comme s'il n'était voué qu'à cela)...

Et le corps incliné...

Et le cœur qui célèbre...

Comme si Dieu avait investi le fond de l'âme...

 

 

La chair qui s'offre au monde ; et l'âme à l'invisible...

Dans le renversement (naturel) de l'usage et de la faim...

Comme un avant-goût de liberté ; les prémices – peut-être – d'une perspective nouvelle...

 

 

Si l'on pouvait...

Au plus profond du cœur...

Si sensible aux âmes qui passent ; et à toutes les larmes sur la pierre...

 

 

Aussi attentif à l'hôte (qui accueille) qu'à ce qui vient à notre rencontre...

 

 

Ce qui embrasse et étreint...

Au cœur d'un monde indifférent où tout emprisonne et tourmente...

 

 

Au cœur de la nuit...

Ce qui dégringole de la lumière...

Du même ciel pourtant que celui qui fait couler la pluie...

Afin de consoler ceux qui ont perdu toute espérance...

 

 

Invisible ; comme effacé...

Ce qui loge au fond du cœur...

Une sorte de sourire ineffable...

Qui ne peut se résoudre à vivre dans ce qui ressemble à un enfer...

Au milieu de visages indifférents et haineux...

Et désespérant de ne trouver un lieu où il serait (enfin) possible de vivre et d'aimer...

 

*

 

Sur l'autre rive...

Le cœur (en partie) lavé de sa laideur...

Un peu au-dessus du territoire des hommes...

Comme rehaussé – en quelque sorte...

Sans blâmer quiconque (bien sûr)...

Autorisant – à présent – la spontanéité et le jaillissement naturel...

Comme si l'incarcération (et les épreuves) enfin s'achevai(en)t...

 

 

Semblables à la nuit ; et au sommeil...

Ces âmes sombres ; ces figures tristes et somnambuliques – cette myriade de fantômes...

Le signe qu'un Diable malicieux est intervenu au cours de la création...

Révélant le poids (assez terrifiant) de l'ignorance – et des ténèbres – dans le mystère et le jeu (l'incroyable jeu) des vivants...

La volonté (délibérée – sans doute) d'entraver les possibilités du monde – et ce voyage (ce long voyage) vers la lumière...

 

 

Poussé jusqu'à l'impossibilité du monde...

L'âme trop accablée – sans doute...

Et le cœur en déficit (structurel) de joie...

 

 

La danse des âmes dans le grand ciel où s'entrecroisent les destins...

Au milieu des vents qui emmêlent l'ombre des morts et la silhouette des vivants...

 

 

Honorés – et sauvés déjà – l'esprit et la chair lorsque l'âme aperçoit le scintillement de la faux dans la lumière...

 

 

Entre la boue et le ciel ; ce qui essaie (assez) maladroitement de se tenir debout...

Là où la tendresse est si rare ; et constitue, pourtant, le seul appui...

 

 

Sur ce long chemin...

L'absence...

Le même voyage...

En tous lieux...

Partout...

Là où l'on ne rencontre personne et où l'on ne parle que de soi...

 

 

Sans rien posséder sinon cet or qui ne se voit pas...

 

*

 

Rien qu'un éloignement nécessaire...

L'âme encore assoiffée...

Au bord de la déchirure et du dessèchement...

Refusant toute transaction ; et que soient entendus les remords...

La question toujours aussi brûlante au fond de la poitrine...

Comme reclus dans ce cœur devenu – peut-être – trop solitaire...

 

 

Des mains...

Tout au long de la survie...

Mille gestes de nécessité – (assez) péniblement réalisés...

Avec un fond de révolte au fond de cette faim de bête...

A travers la douleur ; le dévoilement du pire (pour les vivants)...

De désillusion en désillusion – jusqu'à l'asphyxie ; jusqu'au vertige ; jusqu'à la chute ; jusqu'à l'abandon...

Selon l'inclinaison (et la maturité) de l'âme ; l'une des plus belles ou l'une des plus terribles agonies...

 

 

Et ce que les yeux découvrent (ou devinent) à l'instant de la mort ; ce que l'âme avisée savait déjà depuis longtemps (bien sûr)...

 

 

Le noir ancestral ; aujourd'hui (en partie) effacé...

A travers le pourrissement et la dépossession...

La transformation naturelle de la terre...

Vers la beauté (ou ce qui s’apparente à la beauté) ; en dépit des malheurs ; en dépit de ce qu'il (nous) reste de folie...

 

 

Sur la peau ; la texture de ce ciel si lointain...

Alors que la tristesse croupit au fond des eaux noires ; sous les décombres et les gravats...

Alors que toute la vie s'est effondrée ; et qu'il ne reste que quelques ossements que le temps achèvera de blanchir...

Ce qui émerge (ce qui commence – à peine – à émerger)...

Alors que la perte cherche sa perfection...

Ce qui advient ; indépendamment du temps vécu et de l'ardeur à chercher...

 

*

 

Brisé ; par la course du temps...

Semblable à tous les Autres...

Avec les yeux qui devinent (ou qui savent déjà – peut-être)...

Et aussi – par notre faute – sans doute...

Assez proche du secret pour se rendre compte...

Ce que nous apprenons au cours de cette (brève) expérience du monde...

 

 

Nous ; trop noir(s) au-dedans pour alléger le signe – honorer la feuille – ennoblir le livre...

Alors que la fosse se dessine au loin ; et déjà nous appelle...

Alors que la chair sera (sans doute) amenée à vivre encore un peu...

Quelle place accorder à ces dérisoires débris ; à ces quelques poussières d'infini...

 

 

Si proche de la main coupable et de la bête que l'on assassine...

A travers cette humanité équivoque dont le cœur, si souvent, ne sait de quel côté pencher...

 

 

A l'approche du poème ; ce qui (nous) blesse encore...

La cruauté du monde...

En dépit de la tendresse au fond des yeux...

Et ce qui nous sauve ; le bleu au creux des mots...

Comme un baume sur les blessures (toujours) à vif...

Un peu de lumière dans la nuit de l'homme...

Ce qui traîne ; ce qui s'attarde encore un peu...

 

 

A l'heure du passage...

L'enfouissement du pire...

Et le plus regrettable – sans doute – qui se heurte à l'impossibilité de l'oubli...

L'âme tremblante ; au fond de la chair terrifiée...

 

 

A travers tant d'ombres et d'absence...

A travers tant d'abondance et de superflu...

Le goût des choses ; et la force d'aller encore...

 

 

Entre les ombres et les chimères...

A jouer sans fin...

En attendant le feu nécessaire au voyage et l'invitation du mystère à percer ses secrets...

 

*

 

Plus haut ; vers le Mystère...

Entre les profondeurs et la lumière...

Comme une parole ; un poème peut-être...

Ce qui vient de la joie ; quelque chose du vertige...

A travers l'abolition des frontières...

Un étrange mélange de chair et d'infini...

 

 

Dans cet entre-deux brûlant...

La matière métamorphique...

Défigurée par la chaleur et le poids...

La voix trébuchante ; comme si les mots s'entrechoquaient à l'intérieur...

Oubliant le langage commun...

Comme des borborygmes inintelligibles...

Des pensées gorgées de rêves qui s'échauffent à force de se frotter à l'impossibilité du réel...

Si maladroitement aligné(e)s au monde et aux forces invisibles...

Bouts de roche et de lumière grossièrement régurgités ; allant tout de guingois et claudiquant d'une atroce manière...

 

 

Errer encore...

Sans rien posséder ; pas même ce sourire...

Allant vers demain...

Sans autre peine que les siennes...

Sans autre visage que le sien...

 

 

Peu importe les lieux visités et les visages rencontrés...

Peu importe notre tâche et l'adversité du monde...

A marcher sans se retourner...

Parcourant les paysages ; et traversant les circonstances – sans rien retenir – sans rien conserver...

 

 

Là où l'absence et la lumière se confondent...

Là où l'on ne peut aller sans s'être dévêtu ; sans que l'âme apparaisse par-dessus la chair ; sans que l'Amour soit perceptible au-dedans du cœur ; sans que la clarté et l'innocence aient tout remplacé...

 

*

 

A l'échelle de l'âme ; le jour et le monde moins essentiels qu'il n'y paraît...

Et l'être plus exigeant (bien plus exigeant) que la lumière et la mort qui édictent pourtant (très) précisément leurs lois...

La figure au milieu des vents ; au-dessus des têtes – au faîte du possible...

Avec, au fond des yeux, quelque chose de la perte et de l'égarement – et un peu de tristesse aussi sans doute (ce qui, au regard de ce que nous sommes*, semble inévitable)...

* d'une partie de ce que nous sommes...

 

 

Du haut du cri...

Ce qui s'enroule autour de la fatigue...

Le visage si las de voir l'âme courir sans répit après le mystère...

A travers ce feu qui embrase le corps et la vie (tout entière) ; et qui donne son rythme (un peu fou) à ce qui nous entoure...

Bien décidé – aujourd'hui – à délaisser l'inessentiel sur les rives du temps...

Le regard (déjà) posé au loin ; attentif à tous les signes d'un ailleurs ; à la possibilité d'une autre terre...

 

 

Emporté là où le vent est la seule présence – le seul allié et la seule boussole...

Sans rien chercher – pourtant ; sans même décider des lieux à découvrir ; et à traverser...

Allant là où ça pousse ; et aimant ce qui vient...

Allant par-delà la nuit pour échapper aux ombres et aux maléfices...

Allant par-delà le jour ; et aimant la possibilité de vivre...

Expérimentant la place de l'homme ; au milieu des pièges et des fantômes ; au milieu d'une obscurité si noire qu'elle a tout recouvert...

 

 

Un peu plus haut que le visible...

A l'orée (sans doute) d'un ailleurs assez déconcertant...

Au commencement – peut-être – de l'oubli (érigé en règle absolue)...

Les mains plongées au fond de l'âme pour essayer de repêcher ce que la tristesse y a déposé depuis des siècles...

 

 

Jusqu'au lieu de l'enfance où le monde n'est ni mensonger ; ni déloyal...

Là où l'âme peut servir ce qui la traverse ; et où il (nous) est possible d'aimer toutes les figures du rêve et du réel – toutes les silhouettes de chair et de papier...

 

*

 

Au seuil franchi...

Par-dessus les siècles entachés de sang...

Sur la pierre fracturée...

Ce que la mémoire dégueule encore...

Et ce qui se dérobe (ce qui parvient à se dérober)...

Pour échapper aux franges de l'histoire...

Et ce que l'esprit retiendra ; ce qui se cache au fond de l'âme – l'insondable mystère auquel nous aurons consacré l'essentiel de nos pas...

 

 

Dans l'atelier du temps...

Là où les pas résonnent...

A travers ces livres oubliés (et dont nul n'a depuis longtemps tourné les pages)...

A travers le bruit des siècles...

A travers les drames ; et la somnolence des âmes...

Le déroulement de la grande (et des petites) histoire(s)...

La misère (insupportable) des bêtes ; la peine endurée par les hommes – et le saccage (en règle) du reste...

L'incessant tic-tac des horloges...

Ce qui tarde à quitter ce monde...

Et les secrets (tous les secrets) que l'on continuera de taire...

 

 

La tristesse éprouvée...

En voyant ce qui se déploie dans le monde...

Et cette honte ; et cette rage – devant l'inconséquence des hommes...

Et l'impuissance de l'âme...

Profondément meurtri ; cet amour pour toutes les créatures – pour toutes les formes de vie et toutes les manières d'habiter la terre...

 

 

Advient ce que l'on avait – peut-être – le plus redouté ; l'isolement – l'absence d'appui – la disparition (quasi totale) du socle et des repères...

Comme au milieu de nulle part ; au cœur d'un espace désert...

Le monde et les Autres comme simple décor (vaguement vivant et terriblement changeant) n'offrant que quelques opportunités passagères...

Plus seul que jamais ; alors que partout semblent se renforcer les cercles – les communautés – les territoires ; autant que l'audace et la vigueur du rêve...

 

 

Devant les atrocités et la déraison des hommes ; il faudrait s'inspirer de l'indifférence des pierres et des nuages – de la patience silencieuse des arbres – de l’innocence joyeuse des fleurs et de l'obéissance indolente des bêtes...

Prendre exemple sur les seuls maîtres de sagesse crédibles en ce monde...

 

*

 

Le silence ; à travers le prisme de l'âme...

Si proche du monde – pourtant...

Entouré du cosmos ; encerclé par le vide – peut-être...

Et ce qui circule à l'intérieur...

D'étoile en étoile...

Alors que toutes les rives s'éloignent ; alors que toutes les routes s'effacent...

 

 

Dans l'oubli du superflu...

Le quotidien illimité...

Sans contrainte horaire...

Sur le même fil interminable...

Cet incroyable chemin de découvertes...

A travers les yeux (pourtant si lacunaires et si déconcertants) de l'homme...

 

 

Ce qui s'inverse...

Comme un perpétuel renouveau...

Affranchi des exigences du monde et du temps...

Dans ce mouvement qui traverse l'espace...

Sans dehors ni dedans...

A travers cet étrange voyage au cours duquel chacun cherche (un peu partout et si désespérément) l’œil posé depuis toujours au centre du cercle...

 

 

Archipel de temps dans l'espace...

Là où les jours se comptent...

Là où la chair vieillit...

Là où l'esprit s'impatiente...

Au bord de ce qui veille...

Aux lisières de l'éternité (la plus accessible – la plus élémentaire)...

 

 

Sous le trouble ; l'excès de monde...

Et le cœur qui se craquelle...

Sous les vents des hautes terres...

A peine surpris par la douleur...

Ce qui nous incite à écouter (avec plus d'attention) ces quelques restes d'enfance réfugiés sous les paupières...

 

 

Qu'un feu sur ces rives oubliées...

Et quelques graines éparpillées qui attendent la pluie...

Ce que pourrait offrir la meilleure saison ou la main (besogneuse et délicate) d'un Dieu munificent...

 

*

 

Sans attirail superflu...

Ce qui se tient très approximativement auprès des choses...

Dans le feu du vivant qui confine, parfois, à la folie...

Là où l'intime et le lointain tantôt se rejoignent ; tantôt se séparent...

A travers cette dérive sans entrave...

 

 

A la naissance de la matière et du temps ; le mensonge consubstantiel...

L'illusion de l'origine et du commencement...

Et cette ronde (ininterrompue) de reflets que nous prenons pour de la chair vivante...

Manière (sans doute) de remplacer ce qui n'a pu être enfanté en ce monde ; (manifestement) trop éloigné de la lumière ; et trop décalé au regard de ce qui semble (réellement) exister...

 

 

Au-dedans d'un monde qui ressemble tantôt à une fête – tantôt à une possibilité – tantôt à une malédiction (selon les choses sur lesquelles se posent les yeux)...

Comme un territoire enclavé ; un espace-temps circonscrit (et recroquevillé sur lui-même)...

Sans signe notable de changement (depuis des millénaires)...

Ce qui se tisse (assez naturellement) avec l'indifférence et l’imbécillité...

Quelque chose d'aussi peu réel que ce à quoi nous ressemblons...

Comme cette terre en suspension au milieu des étoiles...

 

 

Rien que l'abandon et l'effacement...

Ce que nous apprennent (ce que ne cessent de nous apprendre) la vie – le monde – le chemin...

 

 

Si dérisoire(s) ; si provisoire(s) – au cœur de cette trame tissée de matière et de vent...

Et qui geint encore quelques fois ; en dépit de l'obéissance...

 

 

Si peu de chose ; presque plus rien – à force d'avoir été creusé ; après avoir subi tant de pertes...

Un peu d'âme ; un peu de chair – seulement...

Une figure assez quelconque...

Une existence pareille à toutes les autres...

 

*

 

Entrelacés ; le silence et le chant...

Le monde et la prière...

Le vide et la matière...

L'Amour et ce qu'engendre l'ignorance...

Comme une danse à laquelle chacun – chaque chose – est convié(e)...

 

 

La voix lancée par-dessus les têtes et les cris...

A la manière d'un pont – d'une main tendue – ou d'un poing brandi quelques fois...

Reflet de cette tendresse ou de cette rage pour ces âmes qui participent à la terreur et aux atrocités ; qui attisent le feu et versent le sang ; qui contribuent à l'inhospitalité de ce monde...

 

 

Dans le cœur – trop confusément – ce mélange d'ignorance et de vérité – de sagesse et de folie – de tendresse et d'animosité – d'espoir et d'angoisse ; tout ce qui fait de nous des hommes...

 

 

Le regard posé d'une égale façon sur les profondeurs et la futilité des choses...

Quelque chose dont se moquent les sages et les ignorants (qui ne perçoivent – chacun à leur manière – qu'un seul espace sans la moindre hiérarchie – sans la moindre séparation)...

 

 

Soumis – comme le reste – à la folie et à l'indifférence de ce monde...

Qu'importe l'ampleur du regard ; l'intensité du cœur ; la place de l'Absolu dans l'esprit et le poids de l'Amour dans le geste ;

 

 

Là – juste au-dessus de la prière – ce murmure – cette hésitation entre la solitude et les hommes ; entre la joie et les plaisirs du monde...

 

 

Livré(s) à cette main sans secours ; dans ce monde où l'ailleurs est une fable ; où il faut faire face de toute son âme à ce qui entrave la possibilité de la lumière...

 

*

 

Sans souci – sans tracas...

Celui qui se moque du monde et du temps ; et qui abandonne les conventions et le culte des idoles pour obéir (de manière naturelle et authentique) au Divin...

Esclave ni des hommes ; ni des caprices de la tête ; ni des fantaisies du cœur...

Aussi proche du ciel que le vent et l'oiseau...

Sans plus savoir qui il est ; ni où il va...

Marié à la liberté et à la joie autant qu'à la solitude de l'âme...

 

 

A la rencontre de ce qui nous appelle...

Délaissant les coups et les calomnies pour faire un pas de côté (qui s’avère – presque toujours – décisif pour la suite du voyage)...

 

 

Au milieu des feuilles et des mots...

Entre syllabes et dryades...

Là où s'invente une nouvelle façon d'être au monde...

Là où le cœur et les yeux débordent de tendresse...

Là où s'initient la parole et la fraternité...

Ivre de silence et d'amitiés...

Parmi les arbres, les bêtes et les poèmes...

En ces lieux qui (nous) offrent la joie ; et la possibilité d'être (réellement) un homme...

 

 

Ce que la vie dévoile...

Ce mélange de souvenir et de lumière...

Les yeux comme une lampe dans le noir...

Et l'encre ; et l'âme – légères (si légères)...

 

 

Sous un ciel de veille...

La main dansante...

La voix chantante...

Et le pas si passager...

Que rien ne reste ; que rien ne résiste...

 

 

Des notes ; ce que les doigts dessinent sur le sable...

Et ce monde ; comme un empire de poussière né du désir des vivants...

Et le souffle puissant qui déferle encore sur les apparences fragiles et incertaines ; sur ce que nous avons l'air d'être...

Encouragé (sans doute) par ce qui se cache au fond des âmes...

 

*

 

Transmis avec l'expérience...

Le souci de la soustraction...

La légèreté...

La nécessité de l'oubli...

Le regard sur l'instant...

Sur la vie ; pas davantage que ce qui est ; que ce qui passe ; que ce qui disparaît...

Et sur la mort ; qu'une idée que l'on assimile à l'absence...

Mais qui – en ce monde – peut se targuer d'être (à la fois) réellement vivant et parfaitement présent...

 

 

Tout s'étire ; comme ce jour sans fin...

Comme l'aurore née de la nuit...

Comme cette joie, parfois, au bord de l'agonie...

A la manière du vivant infatigable et obstiné...

 

 

Alors que grandissent la peur et la peine...

En ce monde où rien ne reluit...

Et que la parole se déverse sans bruit...

Le cœur voit clair...

Et l'esprit s'est affranchi de toute affirmation...

Au seuil d'un regard qui ne peut rien partager...

 

 

Lancés aux trousses du réel (que l'on ne pourra, bien sûr, jamais rattraper)...

Les yeux obnubilés par les obstacles (et leur contournement)...

Arpentant ces lieux où rien ne peut se révéler ; où seule la chair semble vieillir...

L'âme errante ; le cœur si ignorant qu'il s'égare dans tous les lieux qu'il traverse...

A nous enfoncer – semble-t-il – dans le même mensonge ; avec cet entêtement forcené...

 

*

 

Tout a été fouillé ; jusqu'à l'origine du monde...

Le corps – la terre – la tête – l'espace...

Peu (trop peu) ont tenté d'explorer l'âme qui est, sans doute, la seule à pouvoir offrir quelques réponses (satisfaisantes)...

 

 

Moins d'échanges ; et plus d'étreintes ; voilà ce que l'Amour propose...

 

 

Tant de fables dont nous ne retiendrons rien ; sauf, peut-être, l'insatiable curiosité de l'oreille qui cherche des réponses véritables...

 

 

Trop infidèle à ce qui (nous) est absolument loyal...

Encore trop plein de ruses et de désirs pour s'offrir à l'Absolu et à l'éphémère sans chercher une satisfaction ou une récompense...

Encore trop peu de lumière et d'innocence à l'intérieur...

 

 

A nos côtés...

Ce qui guide nos pas...

Au fond du silence...

Dans le merveilleux du monde...

Et le secret de la lumière...

Alors que tout tombe en ruine...

Alors qu'il ne reste de notre vie qu'un peu de poussière...

 

 

Comme un vieil homme – aujourd'hui – dont la chair et l'âme frémissent encore ; et dont le chant s'inspire de la beauté du monde et du bruit que fait la neige en tombant ; et dont le cœur penche (irrésistiblement) du côté de la tendresse et de l'étreinte...

Sans doute ; plus proche (bien plus proche) du ciel qu'autrefois...

 

 

Les yeux clos sur l'ombre et la mémoire...

Entre la rosée et l'horizon ; ce qui nous appelle...

En dépit de l'inquiétude et de l'ignardise...

Comme un chemin ; une manière d'aller vers le plus intègre ; et de se rapprocher de ce qui enjambe si joyeusement la mort...

 

*

 

A écouter le souffle des (sur)vivants...

Cherchant jusqu'à la plus infime respiration sous la pierre fracturée...

Au milieu des ruines et de la poussière ; au milieu de la dévastation...

Sous des lambeaux de ciel sanguinolents...

Ce que les hommes ont laissé de la terre...

 

 

(Encore) trop gorgés de questions et d'impatience...

Au commencement – à peine – de la (très longue) course...

Réduits (jusqu'à présent) à penser – à croire – à imaginer...

Comme si cela suffisait à faire de nous des hommes...

 

 

Encore brouillé ; au fond de la mémoire...

Et mélangé à quelques restes d'étoffe et de poèmes...

Au cœur du désastre...

La tête auréolée de rêves et de vérité...

Partagé entre l'entassement et l'abandon...

Et sur le point – pourtant – de s'en remettre à l'usage...

 

 

Déjà au-dedans de la vieillesse naissante...

La tête hors de la chambre...

A chercher encore un lieu pour l'âme...

Le cœur toujours confronté à son (rude) apprentissage...

 

Toujours entre l'ignorance et la mort ; sur cette (étroite) bande de terre à défricher...

En dépit de notre (presque parfaite) obéissance à ce qui s'impose...

 

 

Au seuil de l’effacement...

Et ce qu'il reste de pas vers le plus intime...

 

 

Compagnon indéfectible de ceux que l'on méprise ; de ceux que l'on maltraite ; de ceux que l'on condamne et assassine ; de ceux que l'on relègue aux marges et à la périphérie...

Et amoureux (plus que jamais) de ceux qui habitent au fond des bois ; au plus loin de l'homme (au plus loin du cœur de l'homme) – dans la proximité du plus sauvage...

 

 

Des collines et des pans de ciel ; au lieu des quatre murs habituels...

Et du vent à la place de l'étoffe...

Et des frères parmi les arbres et les bêtes...

Et comme refuge ; cette roulotte posée au milieu des arbres ; loin du bruit – des hommes et du mensonge...

Attentif à ce que réclament le monde et le quotidien...

A vivre en harmonie avec ce qui nous habite et nous environne...

 

 

Quelques gestes ; quelques lignes ; quelques pas...

A la merci de ce qui nous échoit ; et autant que possible – le cœur ouvert...

Seul ; à danser en silence – dans les bras joyeux du vent qui nous invite à un peu (plus) d'exubérance...

 

*

 

Que dire du ciel ; de ce passage sur la pierre ; du soleil et des saisons...

S'est-on suffisamment découvert – exploré – rejoint...

A-t-on engrangé assez de lumière pour la suite du voyage...

 

 

A quatre pattes ; cette vie furtive...

A tire-d'ailes...

Comme une fugue dans le vent...

De terrier en terrier...

Sans jamais quitter cette rive – pourtant...

Et le même Dieu depuis déjà plusieurs éternités...

Aux prises avec le délire de l'homme qui s'imagine maître du temps et des destins...

 

 

Terre et ciel – si aguerris face à l'inexorable...

 

 

Le rêve et la tristesse ; affaiblis...

Sur le point de se disloquer...

Comme face à un mur lézardé ; la fuite et la possibilité...

Sur les pas des anciens évadés ; (presque) à la manière d'un jeu...

Abandonnant le monde à ses attentes ; et les alliances perverties...

A grandes enjambées ; sans s'évertuer à l'impossible ; sans s'efforcer à ce qui nous est le plus éloigné – le plus étranger...

Allant vers ce qui (nous) est naturel...

Nous laissant porter par ce qui nous constitue...

Comme un chemin vers ce qui nous rassemble...

 

 

Sans bruit...

La voix appuyée sur le silence...

A demi-mot ; la route qui s'éclaire...

Et ces restes de neige qui ont relayé le jour et la prière...

Comme un oiseau niché au fond de la lumière...

 

 

Perpétuellement ; la parole murmurée à ces âmes inattentives – si peu sages – si ensommeillées...

A travers l'hiver (et l'aridité) ; guidé(e) par cette lumière intarissable...

 

*

 

La vie ; la mort...

Sous le même ciel...

Comme une danse au voisinage de la vérité...

Avec tous les costumes des vivants...

Et tout l'attirail des macchabées...

Comme les pôles magnétiques entre lesquels sont tendus tous les fils...

Sur lesquels chacun marche – de l'origine à l'origine – en empruntant tous les détours nécessaires...

Ce qui frise (parfois) le délire – l'exubérance – la fantaisie...

 

 

Défait de toute appartenance...

Et libre de rien – pourtant...

Encore plus obéissant qu'autrefois (et plus consciemment peut-être)...

Jusqu'à s'abandonner au rêve – quelques fois...

Jusqu'à laisser la folie courir sur le dos du monde...

La figure tournée vers la pierre ; et l'âme entre les mains du ciel...

Parcourant ainsi l'espace (et le temps)...

A la manière de l'homme...

Entre l'invisible et le plus grossier...

 

 

Comme l'oiseau (sans histoire) qui préfère le chant à la parole ; et le silence au chant – et qui prête pourtant gracieusement sa voix à tout ce qui le traverse...

A la fois antichambre – fenêtre et voyage...

Comme la roche – le soleil et le vent ; dont chacun fait usage (à sa convenance – et selon ses nécessités) ; et que seuls les plus sensibles savent remercier...

Avec dans les yeux, à la fois, la lumière et la nuit originelles...

Ce que l'on offre (nous autres) comme de l'or (et qui n'est apprécié que par ceux qui en connaissent la valeur)...

 

 

Désormais ; notre vie...

Ici ; comme tout ce qui arrive...

Dans la transparence de l'air et de l'âme...

Aussi léger que le vent...

Comme le bruit de la rivière ; et ce qui brille dans les yeux des hommes encore encerclés par les voix de la nuit et les fantômes du temps...

 

*

 

En mouvement ; la vie – le rêve...

Escaladant les murs...

Dévalant les pentes...

S'insinuant au fond de la chair ; dans toutes les têtes...

Déguisés (très souvent) en aurore naissante ; en promesse de lumière...

 

 

En milieu hostile ; un peu partout – là où il y a des hommes...

Si familiers de leurs désirs ; de leurs ambitions ; de leurs messages...

Injures ; pièges ; poisons ; coups de pied et de fusil...

Objets de tous les rejets ; de toutes les brimades ; de toutes les barbaries...

Interdits sur l'ensemble du territoire (humain)...

Mutilés – blessés – étripés – massacrés ; exterminés jusqu'au dernier...

 

 

Indifférents aux reflets du plus intime...

Passant et repassant ; jusqu'au dégoût ; jusqu'au regard qui se détourne...

Et rêvant – pourtant – d'enthousiasme et de vérité...

Refusant (jusqu'à présent) de célébrer quelque chose d'inconnu au milieu des rêves – au milieu des illusions – au milieu de la folie ambiante...

 

 

Ce que l'on doit à la terre et à l'absence d'espérance...

Et à cette fenêtre ; posée à travers tous les obstacles...

Lumière sur l'expérience...

Et encouragement à apprendre ; puis (évidemment) à désapprendre...

Jusqu'au dépouillement le plus exigeant....

Jusqu'à la plus grande clarté du cœur et des yeux...

Accessible(s) à l'homme...

 

*

 

Celui qui approche la mort...

Autour du vide...

Quelle que fut son existence...

Au bout du compte ; comme à chaque instant (en réalité) – face à soi...

Dans l'irrésolution ou l'accomplissement...

A la manière dont on aura traversé les circonstances pour arriver jusque-là...

 

 

Si honnête que l'on en est devenu infréquentable...

Révélant ainsi le goût (si prononcé – si naturel) du mensonge et de la posture chez l'homme ; et l'impossibilité (bien sûr) de faire monde (ou société) sans faux-semblants – sans compromissions – sans arrangements...

 

 

Tous les états possibles du cœur – de l'esprit – de la chair ; sous le même ciel...

L'infini décliné en autant de combinaisons possibles – en quelque sorte...

 

 

Laissant tout s'imposer ; comme la seule manière de vivre ; la plus naturelle – sans doute ; offrant ainsi la pente la plus aisée aux nécessités et aux inclinations...

 

 

Si explicitement étranger...

Dans ces méandres peuplés d'étranges voyageurs...

De la poussière sur le front ; et de la glace au fond du cœur...

Les yeux ensommeillés ; et la démarche somnambulique...

Comme happés par la danse ; et les mille manières de vivre...

S'avançant et reculant ; s'engageant et s'enfuyant...

Comme si chacun cherchait la meilleure situation ; la meilleure compagnie ; le bénéfice le plus grand...

Fantômes et silhouettes de l'ombre ; si perdus – si affamés – si désespérés (de ne rien trouver à leur convenance)...

 

 

A l'orée du plus intime ; quelque chose (bien sûr) du mystère...

Sans que soient nécessaires le labeur et l'accomplissement...

A la manière du soleil qui brille en toutes saisons ; et de la pierre qui sait s'en faire l'exact reflet...

A la manière de l'espace perceptible (et habitable) depuis toutes les périphéries (qu'importe le lieu où l'on se trouve et la distance qui semble nous séparer du centre apparent)...

 

 

En réponse aux larmes ; ce chant...

Comme une caresse légère ; une main tendue...

Pour aider à révéler ce qui se cache au fond de l’œil embrumé ; cette lueur – un espoir peut-être – cette chose assez mal définie qui cherche un peu de lumière – un peu de tendresse – derrière l'indifférence des visages et la tristesse de ce monde...

 

*

 

Émouvants (si émouvants) ; ce monde – ces existences – ces itinéraires ; nos assuétudes et nos liens – innombrables ; et cette manière (si désespérée) de nous agripper aux visages et aux choses ...

Ce patrimoine de chair et de sensibilité...

Tous ces destins gorgés de peur et d'espoir...

Oscillant toujours entre la misère et le merveilleux...

Entre la solitude et la société...

Tant de choses, ici, qui nous rassemblent et nous distinguent...

Nés de cette origine commune ; et allant vers le même lieu...

De mille façons différentes ; et par mille sentes singulières...

Comme un (très) long voyage à travers l'apparence du temps...

 

 

Le parfum de l'invisible...

Essentiel dans notre géographie de l'intime...

Au milieu de ce fourbi (insensé) et de ces ombres (innombrables)...

A travers ces appels et ces pentes...

Au fil du chemin ; sans jamais résister à ce qui s'impose ; sans jamais s'opposer à ses inclinations...

 

 

Le monde au fond du regard...

Sans pouvoir s'échapper...

Collé à la terre ; et collé au nom...

Léger dans l’œil ; et embourbé (pourtant) dans les replis de la mémoire...

Comme l'air que l'on se donne...

Et qui, vu d'ici, nous semble voué à l'abîme et aux tremblements...

Comme si l'on se trouvait dans l'arrière-cour des saisons ; là où tout est taché de poussière et de sang...

 

 

Au-delà des combats et des ambitions ; au-delà des lois et des règnes les plus communs...

Ce qu'offre (inéluctablement) la lumière...

Alors que le monde hésite (semble hésiter) encore ; lui qui n'a d'yeux que pour le rêve et l'ivresse...

Ce qui coule et se répand ; à travers l'invisible ; en dépit des résistances et des refus ; en dépit de toutes les portes fermées...

L'inépuisable et l'émerveillement...

Dans l'âme et sur la pierre ; encore (tout) ruisselants...

 

*

 

Sur une terre moins rêveuse...

Pas même étonné des (nouvelles) exigences de l'âme...

Comme le souvenir d'un territoire très ancien...

La gorge nouée ; le cœur serré (sans très bien savoir pourquoi)...

Si soucieux – à présent – de lumière et de liberté...

Comme si quelque chose commençait à vibrer au fond de la chair (ressenti jusque dans la moelle des os)...

L'inconnu piétiné par le monde d'aujourd'hui...

 

 

Lancés à travers le temps...

De jour en jour...

De pas en pas...

De page en page...

L'homme et l’œuvre obéissant à la nécessité ; et comme le reste – guidés par toutes les forces invisibles qui accompagnent les destins ; poussant – attirant – invitant – incitant – repoussant – s'opposant – bannissant – décourageant...

 

 

Dans l'accueil et le ravissement de tout ce qui naît – s'entrecroise – échange et disparaît avant de revenir sous d'autres traits (ou d'une autre manière)...

 

 

Bouleversé par la grâce de ce qui s'abandonne...

Les cheveux ébouriffés par le vent ; l'esprit, l'âme et la chair (peu à peu) modelés par les circonstances...

Le cœur au plus près du ciel et des étoiles...

Sans peur ; face aux effondrements – face aux renversements ; face aux perpétuelles transformations...

Emporté(s) par les tourbillons et la force des éléments...

Laissant les événements décider du sort et de la destination...

Jamais las de se laisser traverser – imposer – envahir – délaisser – emporter – tantôt par le feu et la joie – tantôt par les malheurs et la faim...

Comme s'il s'agissait seulement d'être le lieu du passage et de la rencontre ; comme s'il s'agissait seulement de ne jamais empêcher le mouvement...

 

 

Découvert ; dans l'éclat – tout ce qui nous révèle...

A travers le (long) défilé des choses et du temps ; à travers la (longue) procession des visages...

Ce qui honore d'une égale façon la terre, la nuit, le ciel et la lumière...

 

*

 

Dans la courbure sans fin du réel...

Non cartographié(e) (bien sûr)...

Au-delà (bien au-delà) du rêve et de l'imaginaire...

A même la trame ; et ses mille réseaux...

A travers tous les mouvements possibles ; bien plus extravagants et fantaisistes que les (très) élémentaires circulations temporelles – horizontales et verticales...

Sans même pouvoir choisir dans le grand catalogue des combinaisons...

Allant ainsi ; au gré de ce qui nous porte...

 

 

Embrassé (à la fois) par la force et l'abandon...

Libre (si l'on peut dire) ; en dépit de toutes les influences...

A notre aise dans l'espace ; bien davantage qu'au milieu de la foule...

Nous aménageant – peu à peu – une destinée sans certitude ; dans la (parfaite) continuité des pas qui ont inauguré cet étrange voyage vers l'inconnu...

 

 

Sans pensée...

Sans aveu d'insécurité...

Avec le silence dans les parages...

Et l'odeur des sous-bois...

Au cœur de cette étendue si familière...

L’œil attentif à ce qui nous habite ; à ce qui nous entoure ; au moindre bruissement du dedans et du dehors...

Et les mains ouvertes...

Comme pour honorer (en silence) ce qui passe si furtivement sur cette terre...

 

 

L'âme brûlante...

Ravi(e) de ce regard clair...

A travers l'invisible ; et les hauteurs...

Ce qui surgit ; et ce qui s'écoule au fond de la chair...

Toutes ces substances vivantes qui débordent ; et que, sans cesse, nous échangeons...

A travers nos mains (plus ou moins) agissantes ; à travers nos cœurs (plus ou moins) consentants...

Notre participation à l’œuvre commune – en somme...

Tout ce qui permet de faire monde ; en dépit de nos résistances...

 

*

 

Alors que tout revient vers soi ; jusqu'au dernier parti ; jusqu'au dernier invité...

Après avoir fait le tour des astres ; un (tout) petit périple dans l'espace – en vérité...

Le cœur accueille – peut enfin accueillir – tout ce qu'il avait autrefois refusé – banni – détesté – refoulé – répudié...

Rattrapant – en quelque sorte – le temps perdu ; passé à satisfaire ses (très étroites) préférences...

Capable d'honorer – à présent (et de manière très naturelle) ces inévitables (et très logiques) retrouvailles...

 

 

Des hommes (quelques hommes) à peine esquissés ; taillés dans la glaise avec un peu de ciel – un peu de vent et de lumière ; pas assez sans doute – et trop maladroitement – pour transformer ces amas de chair et de sang en créatures de clarté et d'innocence et toutes les arènes de ce monde en promontoires vers l'infini...

 

 

Sous l'emprise (assez diabolique) de l'écho...

Comme un semblant de fête...

Quelque chose qui cherche à s'enfoncer ; et à remplacer les fondations – peut-être...

Si loin des cimes – de l'homme – de la lumière...

A s'insinuer partout où la peur reste vivace...

 

 

Seul ; avec sa tendresse en bandoulière...

Allant là où jamais la parole ne rebute (ni n'épouvante)...

Là où rien n'est factice ni mensonger...

Là où l'ivresse est (totalement) naturelle...

Pas un travail ; une vocation ; une manière de résister à la peur – à l'artifice et à la forfanterie – qui ont (à peu près) tout envahi...

 

 

Au seuil de l'âge des possibles...

Sans berge – sans livre – sans appui...

Le lieu de vie ; à la lisière de l'homme...

Ce qui s'offre ; et ne peut se conquérir (d'aucune manière)...

 

*

 

Et cette fièvre noire qui écorche la chair ; et qui tourmente l'âme...

Attachées (malgré elles) à l'aventure du vivant...

Comme coincées entre la violence et les baisers...

Au cœur de tous les empires ; de toutes les catastrophes...

Au fil des existences ; guidées par les cris – les peurs – les promesses et les voluptés...

Contraintes de renoncer (provisoirement) au silence ; aussi longtemps (sans doute) que durera le monde...

 

Pierres posées sur la sente (non sinueuse) des siècles...

A la manière d'un escalier que peu (très peu) se risquent à emprunter pour remonter le temps...

Presque rien (pourtant) au regard des naissances et des morts successives ; au regard des existences affairées ; au regard des âmes (presque toujours) aveugles à ce qui semble séparer les territoires et les dimensions ; obligeant ainsi les êtres à revenir indéfiniment et à inventer leur propre chemin pour essayer de rejoindre ce lieu ou toutes les frontières se dissolvent...

 

 

En compagnie des oiseaux...

Le cœur (encore) recouvert de suie...

Avec ce feu – à l'intérieur – qui brûle toujours (d'impatience)...

En pleurs face au mystère...

Et en adoration ; à travers cette prière adressée à on ne sait qui...

Sans la moindre assurance (pourtant) de parvenir sur l'autre rive ; jusqu'au lieu du salut...

Et déjà ébloui par ces défaites (par toutes ces défaites) inévitables...

(Presque) mûr pour la suite du voyage...

 

 

Compagnon du plus vaincu ; de ce qui a été abandonné (et, trop souvent, livré aux pires exactions)...

Cette part du monde glissée au fond du cœur de chacun ; et que la plupart recouvrent de rires et de parures ; et que la plupart protègent d'une armure et de remparts ; et que (presque) tous défendent avec tout un attirail qui rend impossible un échange (authentique) avec le reste ; avec ce qui nous semble autre – étrange – étranger – menaçant...

 

*

 

Comme des fantômes...

Absents ; à côté des choses – des visages – de l'essentiel...

Jouets de tous les destins ; et de cette longue chevauchée vers l'inconnu...

 

 

Une vie sans yeux (ou avec ceux d'un Autre)...

Hagards et récréatifs (autant que faire se peut)...

Ici (pourtant)  ; à ciel découvert...

Comme planqués sur l'arrière-scène du monde où rien ne se voit (où l'on ne peut rien deviner)...

Vacanciers (bien sûr) plutôt que voyageurs...

A se figurer des choses au lieu de regarder et de sentir...

A se claquemurer au lieu d'avancer les yeux confiants vers l'inconnu...

 

 

De manière si improbable – les vivants...

Alors que tout est emmêlé ; et parcouru par tant de forces et de possibilités...

 

 

Tant d'offrandes déposées aux pieds de la vie ; aux pieds de la mort ; aux pieds des Dieux ; aux pieds de toutes les créatures du monde...

Rien qu'une étincelle dans la nuit...

Rien qu'un éclair dans les ténèbres...

Pas grand-chose – en vérité – tant que le cœur ne saura s'offrir (entièrement nu ; parfaitement consentant)...

 

 

A la place de l'air ; ces coulées de souffrances...

Comme une armée de fantômes qui déferlent sur le visage de Dieu...

Rien ; absolument rien – face à l'inimaginable – face à l'immensité...

 

*

 

Obstrué(s) ou voilé(s) – peut-être ; qui peut savoir...

La chair soumise aux fluides et à la faim ; à toutes les lois du ventre...

Et ce désir immense et mystérieux ; qu'aucune chose de ce monde ne peut combler...

Comme si le destin ne laissait qu'un très mince interstice ; une sorte de trou encastré entre l'infini et la poussière ; une fente étroite où ne peuvent s'écouler que les inclinations (naturelles) de la matière et de l'âme ; condamnant l'esprit à se faufiler à travers cet étrange corridor qui n'offre ni assez de perspective – ni assez de lumière – pour trouver la moindre issue – le moindre espace de liberté...

 

 

Comme enveloppé par ce parfum de terre et de sauvagerie...

Les pieds enchevêtrés aux racines...

L'âme plongée au fond du ciel...

Les yeux au-dessus du voyage – scrutant les pas et les chemins arpentés...

Le cœur, sans doute, à égale distance entre l'arbre et l'homme...

 

 

Ce qui ne peut être séparé...

(A la fois) au cœur du vent et de la lumière...

Immobile et mouvant...

Au milieu des morts et des vivants...

Dans le ciel et la poussière...

Et qui invite (et qui incite parfois) ce qui vit sur la pierre à chercher...

 

 

Au cours du long hiver de l'homme ; peu de chose – (finalement)...

Au mieux ; une sorte d'élargissement de l'espace ; et la disparition de (presque) tout ce qu'il contenait...

A la fois plus léger et plus seul...

Et plus humble (évidemment) ; malgré l'évidence...

La voix – le geste et le pas ; sobres et sensibles (bien plus sobres et bien plus sensibles qu'autrefois)...

A moins s'interroger ; et s'appuyant davantage sur l'écoute...

Comme si l'on pouvait accéder [à force de tentatives et de volontés (toujours infructueuses – bien sûr) et à force d'incuries et de désillusions] à une forme étrange de compréhension ; une sorte de réponse (naturelle et intuitive) aux mille situations de l'existence – à toutes les circonstances qu'il nous faut expérimenter ; rien de complexe – rien de théorique ; quelque chose d'une très grande simplicité qui consiste (simplement) à se laisser guider par ce qui est là et obéir (sans résistance) à ce qui s'impose...

 

*

 

Le cœur échangé contre le monde...

D'île en île ; à travers une longue dérive...

En (très) mauvais compagnon...

Sans jamais prêter l'oreille à ce qui habite au-dedans ; et à ce qui existe alentour...

De désir en désastre ; indéfiniment...

Porté par l'absurde espoir d'un possible ; d'un ailleurs ; d'un autrement...

La douleur reléguée au fond de la chair ; et la souffrance au fond de l'esprit...

Les yeux fermés...

Les pas très sévèrement dévoyés...

 

 

Rien que l'envers du regard ; déployé...

Au-dessus de la plaie circulante ; guidé par l'odeur de la séparation laissée par l'itinéraire – l'empreinte des pas depuis l'origine...

Tournant autour du bleu en s'affairant à (à peu près) n'importe quoi...

Les mains rouges et tremblantes...

Tristes et désemparés ; face à la vie – face à la mort...

En dépit de la proximité du silence et de la lumière ; en dépit de la possibilité (permanente) de la joie...

 

 

La chair dansante ; au-dessus des supplices ; et l'âme un peu en surplomb – essayant de tout hisser jusqu'au ciel...

 

 

Au creux de la terre ; ces torrents de larmes qui déferlent...

Face à la mort ; tant d'impuissance...

Le corps démuni ; le cœur docile...

Emportés par cette danse perpétuelle...

Avec mille joies sur fond de drame ; et mille drames sur fond de ciel ; et la lumière (bien sûr) qui continue de s'offrir aux yeux qui aspirent à (mieux) voir...

 

 

Comme une fête où se sont réfugiés le silence et la joie ; enveloppés d'apparences...

A travers ce que nous appelons la souffrance et la tristesse ; à travers ce que nous appelons la douleur et la mort...

Quelque chose que l'on devine (que l'on peut deviner) ; mais qui jamais ne se laisse voir ; mais qui jamais ne se laisse saisir...

Plus rapide que la main ; plus rapide que l'éclair...

La figure discrète (et mystérieuse) de la tendresse et de la lumière ; l'essence même de l'âme et du monde...

 

*

 

Le cœur encore trop asymétrique – sans doute...

Arpentant sans fin ses (interminables) cercles concentriques...

Au milieu de tout – pourtant ; et réclamant – partout – du réconfort et des récompenses...

Exigeant de la douleur qu'elle s'extirpe ; et des Autres qu'ils se penchent – et consolent...

Et la main (bien sûr) dans son parfait prolongement...

 

 

Confusément – le corps et la tête ; la matière et l'esprit ; emmêlés au-dedans de tout ; et dont les fils – si l'on s'amusait à les tirer – mèneraient jusqu'au lieu où se rejoignent (et s'effacent) toutes les frontières...

 

 

Comme un grand soleil sur l'âme et le monde...

Non pas cette gloire étourdissante – cette ivresse des honneurs – après laquelle courent la plupart des hommes...

Plutôt une tendresse discrète ; une tranquillité silencieuse...

Quelque chose qui se tient là depuis longtemps ; depuis toujours – sans doute ; au fond de la solitude...

 

 

Dans l'obscurité – encore...

Comme un miroir...

L'impossibilité du jour...

Et – en soi – le feu éteint ; et ces couches (épaisses) de cendre qui attendent d'être dispersées...

 

 

Là où la course s'achève...

A la naissance de la lumière...

Sur cette terre vouée au Divin...

Et qu'importe ce que furent nos errances sur la pierre...

Et qu'importe le poids de la neige déblayée...

Au-delà du rêve et des singeries (au-delà de tous les rêves et de toutes les singeries)...

Ce à quoi sont (si sérieusement) occupés les hommes...

L'âme qui cède (irrésistiblement) aux délices de la frugalité ; et aux manières de vivre les plus sauvages...

 

 

La hache déposée par-dessus la fourberie...

Aussi dépourvu que joyeux – aujourd'hui...

 

*

 

Quelques fois ; au détour du sang (celui qui circule dans les veines comme celui que l'on verse sur la terre)...

A la manière d'un électro-choc au fond de la chair (et qui secoue jusque dans les recoins les plus reculés de l'âme)...

Ce que le monde a de terrible et de merveilleux ; si mystérieusement incorporé...

 

 

Sans famille ; sans patrie – au milieu des hommes...

Et chez les autres vivants ; affilié à (presque) toutes les communautés ; selon les inclinations – les rencontres et les lieux traversés...

Mais profondément solitaire ; au fond de l'âme...

En dépit de cette sensibilité si vivante...

En dépit de belles (et brèves) amitiés...

 

 

Rien à partager sinon cet étrange chemin ; cette route qui se dessine entre les espoirs éventrés...

Sans ami – sans appui – sans incantation...

Et l'espace qui s'élargit à mesure que l'on quitte la galerie des glaces – les semelles encore truffées d'éclats et de débris...

 

 

Très haut ; sur l'aube (re)naissante...

L’œil étincelant ; le cœur léger...

Effleurant la lumière...

Le séant posé sur la pierre...

L'âme oscillant d'abord entre l'arbre et l'oiseau ; puis (un peu plus tard) entre l'oiseau et le nuage...

Sans même vouloir échapper aux résidus de l'homme (qui persistent au fond de la chair)...

S'abandonnant seulement à ce qui s'approche ; et qui a la couleur de l'Amour et le parfum du plus sacré...

 

 

Longue veille sans trouble – sans nuit...

Jusque là où le regard se prolonge...

Par-dessus le monde...

A travers l'invisible...

Comme sur une crête dans l'espace...

A l'abri de la boue – des bouches et des cris...

Sur une ligne de lumière (intense et sans danger)...

 

*

 

Le sang de l'ignorance et de la tyrannie...

Le geste barbare et le sourire injurieux...

Un coup porté à la sensibilité et à la tendresse...

Sous l'emprise de ces forces qui laminent – et lacèrent – la chair du monde ; et qui violentent les âmes...

A vivre comme si l'on avait (tous) un couteau sous la gorge ; et que mille mains assassines menaçaient à chaque instant de l'enfoncer dans la chair...

 

 

Les tremblements de l'être...

Dans nos yeux si peu fiables...

La langue collée au mot ; et les mots collés à la langue...

Rien de l'étendue et de la rigueur nécessaire...

Quelque chose d'assez mal ajusté...

Comme l'attente d'un secret inavouable...

Sous le costume exotique du rêve...

Le voyage déguisé en séjour – peut-être...

 

 

Le cœur arraché par la brusquerie du monde...

Consentant – pourtant – à la pente empruntée...

Sans refouler la moindre larme ; sans repousser le moindre cri...

Sans jamais faillir...

Le souffle déficient et droit...

Le visage face au vent qui cingle...

Au milieu du feu et du passage...

 

 

A la source du souffle...

L'Autre monde...

Ce qui se dessine au fil de la course...

Ce chemin dissimulé entre les pas...

Ce qui est (très) explicitement caché ; et qui, parfois, se laisse découvrir...

Au centre de l'espace...

A même le regard ; au cœur même de la trame...

Ce qui semble si sombre et si lointain – depuis l’œil de l'homme ; et qui s'avère – pourtant – l'exact contraire de ce qu'il paraît...

Là où siège l'innocence ; le lieu du plus intime...

 

*

 

L’œil tourné vers l'esprit...

Les portes du monde refermées...

Insoucieux de tout cérémonial...

Essayant d'évaluer le poids de la mort et de l'infini sur les vivants...

Au milieu de ce qui se tient sans bruit – sans réclamation – depuis le début de l'histoire...

Là où il est impossible de ne pas être ; là où il est impossible de ne pas vivre ; là où il est impossible de s'installer...

 

 

Passager...

Comme la seule possibilité...

Sans rien dénaturer ; ni la vie – ni la mort – ni les circonstances – ni les émotions...

Au milieu des vagues...

Porté par les courants...

Obéissant et silencieux...

A la merci de ce qui vient...

Le cœur face à ce qui s'approche ; face à l'inconnu ; sous le règne (permanent) de l'incertitude...

Là ; simplement – présent...

 

15 juin 2024

Carnet n°307 Comme à la pointe du rêve

Mai 2024

Au cœur du premier éclat...

L'esprit et les larmes ; déposés au fond de l'âme...

Accessibles par le silence et la douleur...

Dans cet espace trop grand pour soi ; sans presque plus de poids ; aussitôt que l'on se gonfle de prétention ; aussitôt que l'on renonce à s'effacer derrière ses gestes et sa voix...

 

 

Ce que l'on croyait ; étonnamment – franchi avec aisance ; et (très) joyeusement abandonné...

Après des siècles de tristesse ; à tourner autour du mystère – au milieu des illusions – comme au cœur d'une enceinte close – entouré(e) de hauts murs qui protègent du gouffre...

Sans défense depuis le premier pas ; et au creux du cœur – depuis toujours – les clés de ce royaume sans porte (ni frontière)...

 

 

Sous l'étoile la plus haute ; le chemin...

 

*

 

Dieu dans le monde* ; plongé au cœur de la solitude ; en dépit de ce qui l'environne ; en dépit de ce qui l'accompagne ; en dépit de ce qu'il a créé...

Seul ; au milieu des choses et des visages qui sont les siens*...

* Aussi seul avec que sans ; aussi seul avant qu'après. Seul ; éternellement seul**...

** Solitude que chaque créature peut, elle aussi, goûter – comme une manière d'éprouver (à tous les niveaux de la création) la solitude divine...

 

 

Invisible ; et inconnu (pour la plupart)...

Ce qui nous est destiné...

D'un autre temps ; celui d'avant les âges...

Né de l'espace qui précéda la séparation de la terre et du ciel ; et que rien ne peut transformer – en dépit des siècles qui passent...

Le destin* (chaque destin) ; à la manière de mille prophéties écrites depuis bien longtemps ; et qui (nous) resteront (à jamais) indéchiffrables...

* la longue suite des existences (et leur entremêlement)...

 

 

Terre de veille et de désastre...

Sur laquelle est né un monde (assez) trouble – (assez) triste – et (avouons-le) plutôt misérable*...

* en dépit des merveilles existantes...

Tournant et nous emportant...

Vers les mâchoires de la mort (serrées – implacables)...

Sur le fil de la douleur ; comme des acrobates aux prises avec mille tourments et mille chagrins...

Le visage déjà inscrit dans le ciel – pourtant...

Ce qui se déroule ; sur ce chemin – l'âme et le pas inquiets – indécis et tâtonnants...

 

 

Sans l'autre face du monde...

Les mains vides ; la parole tremblante...

L’œil et la chair ; assurés contre rien (ni contre les drames – ni contre l'infortune)...

Entre le pire et la douleur ; essayant d'inventer un chemin...

Dans l'indifférence ; au cœur de la nuit déployée...

A la merci de ce qui veille en surplomb (des têtes et des âmes) ; et qui s'abat de temps en temps...

 

 

L'ombre vénérée qui s'enfonce ; jusqu'à l'anéantissement...

Jusqu'au fond de l'interstice...

Effaçant le peu de lumière qui nous habite...

Sans pouvoir remplacer ces jours de larmes et de malheur(s)...

Comme un déchirement illimité ; au milieu de ces relents de rêves – comme sous le claquement (continu) d'un fouet...

Recouvrant (et détruisant – en partie – peut-être) la part la moins désespérante (et, sans doute, la moins désespérée) de l'homme...

 

 

Sous la semelle (épaisse et crasseuse) de ce qui nous écrase ; la figure déformée par la peur et le poids...

 

*

 

Le cœur endiablé...

Comme le jouet du ciel...

Dans son périple circulaire (une sorte de retournement cyclique de la tristesse et de la joie)...

Sur la balance ; le poids de Dieu (et celui du rire)...

Sans certitude supplémentaire – pourtant...

Tentant de se débarrasser du plus sombre ; sans blesser la chair – sans offenser quiconque...

Sans contrepartie de douleur et de sang...

Dans l'ordre naturel des choses ; et la perspective des étoiles...

 

 

Équipé pour l'impossible...

Au fond de cette chair déguisée...

Suffisamment imprégné(e) du secret pour vivre joyeux sur la pierre...

A côtoyer le ciel et le feu...

Au-delà de toute tentative d'échappée (ou d'extraction)...

Bien plus que des choses et des mots ; l'authenticité de la parole (et du geste) à l'épreuve du monde...

 

 

Le cœur porté par la prière...

Comme en retrait de l'ombre et du sommeil...

L’œil plus ouvert ; et plus silencieux...

Au milieu des siècles et de la mort...

Au milieu des choses et des visages...

Les lèvres entrouvertes ; face au temps qui passe...

Tremblant ; entre le ciel et l'horizon...

 

 

Quelque chose qui meurt et se morfond...

Sous sa couronne d'épines et d'épreuves...

Comme un œil traversé par le sommeil...

 

 

Le cœur attentif...

Alors que le monde tourne ; alors que la mort frappe indistinctement...

Alors que le vent disperse les voix – la cendre et la poussière...

Ce qui se vit ; à travers les rideaux de la solitude et du silence...

L'âme et les mains déjà parsemées de ciel et d'obscurité...

Comme s'il suffisait de s'abandonner aux mouvements ; à la densité ; aux trouées de lumière...

 

 

Là où demeurent le pied et la pierre blanche...

 

*

 

Dans la blancheur auréolée de silence...

La neige assidue ; proche de ce qui fut ; et proche de ce qui sera...

Couchée contre ces ténèbres effrayantes (pleines de vie(s) et d'ardeur)...

Si rouges (encore) de désirs et de sang...

Continuant d'amasser l'ombre et la chair...

La tête toujours entre les pierres et l'eau noire...

 

 

Aussi peu consistant que construit ; ce monde à l'apparence si solide...

De la poussière et du vent...

Né du désir (puissant) d'exister...

De la glaise façonnée à même la pierre...

Mais qui, un jour, s'effondrera ; faute de sable – faute de bras...

 

 

Au cœur de la matière...

Et autour d'elle ; le mystère vivant...

Fidèle à sa formule ; invisible et silencieux...

Et qui constitue le socle du réel ; et qui a façonné – et qui façonne encore – les mondes et les choses ; et qui poursuivra indéfiniment son œuvre (ne cessant jamais d'inventer et d'édifier mille combinaisons – et mille possibilités – à chaque instant)...

L'espace et le temps ; tels qu'on les perçoit...

 

 

Au dernier souffle de vie ; lorsque le silence recouvre les tremblements et les cris ; lorsque l'obscurité remplace (peu à peu) le visage ; lorsque le temps devient confus et que les pistes se brouillent...

Le cœur s'emballe ; et se resserre...

L'âme se métamorphose ; se prépare à rejoindre l'invisible...

L'enfance alors peut remplacer la mort...

 

 

Sur la pierre sans âge...

Le cœur ému (profondément touché)...

Comme à l'origine du monde...

A travers l'étreinte ; ce qui se découvre – ce qui s'explore – ce qui se goûte ; l'intimité de la chair – de l'âme – des choses – du reste...

Et ce qui subsiste ; presque plus rien – sinon ce qu'offre la main ouverte...

Une manière (assez naturelle) de se laisser porter (et transformer) par le vent...

 

 

Sous ce ciel (légèrement) craquelé...

Des bouts d'ailleurs et des morceaux de temps...

Pas si loin de la comédie des heures...

Pas si loin de la tragédie des vivants...

Quelque chose du miroir brisé et de la lumière...

 

*

 

L’œil-et-le-geste-éclair ; avec (bien sûr) la lumière de mèche...

Orageux et foudroyant...

Comme un feu contre la cécité...

Sans autre raison qu'une colère (assez légitime) contre le monde (proportionnelle à la blessure et à l'offense éprouvées)...

Une sorte de réponse (radicale) à la bêtise et à la cruauté ; à l'indifférence et à la lâcheté...

Une manière de gifler la (trop arrogante) communauté humaine ; comme une claque dérisoire pour tenter d'ébranler son hégémonie et sa prétention...

 

 

A grandes enjambées...

L'âme ; vers le lointain...

Cherchant le salut de l'autre côté du sommeil et de l'obscurité...

Paupières largement ouvertes ; le regard pointé vers là où le ciel s'étire...

 

 

Tant de larmes inutiles versées sur ce monde sans horizon...

Entre nos mains ; la splendeur – la possibilité et la consolation...

 

 

Une terre aux abois...

Des hommes qui pleurent sur leur passé...

Enivrés par le feu de leurs mains...

Sous l'ombre (immense) d'un âge déjà ancien...

Dans le mûrissement (artificiel et un peu farfelu) des âmes...

Le monde ; comme une enclume sur laquelle on frappe à coups de peines...

Alors que l'hiver s'étire ; et se tisse de larmes...

Le cœur de plus en plus vide (de plus en plus chagrin)...

 

 

Au faîte des toits d'ardoise...

Celui qui s'envole ; loin des grimaces et des cris ; loin de l'indifférence des foules ; loin des manigances et de l'oubli...

Au-dessus des murs et des tourments...

Entre les cimes et la peau blanche d'un ciel sans visage...

Invitant à sa suite ceux (tous ceux) qui veulent s'affranchir...

 

 

Éparpillé le jour ; et l'horizon éclaboussé de soleil...

 

*

 

Comme de l'or arraché au fond de la terre...

Le rayonnement de la lumière ; par-dessous ce qui semble opaque...

Comme un sommet au plus bas du sommeil...

Un autre monde ; et des lèvres suspendues à la prière...

Une manière d'émerger du gouffre obscur ; de se hisser sur la plus haute pierre...

Avec la main qu'il faut tendre ; et ce que le cœur doit étreindre...

 

 

Ici ; dans l’œil qui voit...

Le cœur aimant...

Ce qui s'offre...

A travers le ruissellement (incontournable) du temps...

Pareil à une pierre qui roule...

Et ce rire face à l'apparente étrangeté...

Sans savoir que tout est confondu ; et qu'il nous faudra encore rejoindre la ronde (maintes et maintes fois) avant d'être amené à comprendre...

 

 

Comme l'écho de l'écume qui parcourt l'horizon ; le verbe de l'homme...

Des mots ; pas une parole...

Nés de lèvres (trop) lourdes et (trop) bavardes ; inaptes au silence ; exagérément fébriles sans doute...

Plus obstacle que lumière ; et qui encombrent ces rives déjà dévastées par l'illusion et le mensonge...

Comme autant de couches supplémentaires qui renforcent notre incapacité à appréhender le réel...

A la manière d'un palabre inutile et sans fin...

 

 

Les yeux brûlants...

Dans le sillage du soleil...

Loin des sentes ensanglantées par la cécité des hommes...

Vers nulle part ; ce passage – entre le vent et la lumière...

Les pas allant au rythme du chant initié par les innocents ; sous la ronde des étoiles...

Serpentant entre l'oubli et le temps...

De manière à s'insérer (à essayer de s'insérer) dans l'aurore naissante...

 

*

 

L'âme mendiante ; face à la tête endettée...

S'acquittant (trop facilement) par la parole...

Comme des promesses de cadavre ; le doigt (très hasardeusement) pointé vers le ciel...

Et la nuit venue ; dévalant ensemble les pentes de l'abîme...

 

 

Derrière ces histoires écrites à la craie ; bien davantage...

Le fond de l'âme...

Et la proximité du mystère ; sa mainmise sur le déroulement (précis) des circonstances...

Dieu parmi les visages et les pierres...

Ce qui circule entre les corps agglutinés...

 

 

Sans mot dire ; des larmes plutôt...

Ce que l'on prête ; ce qui se perd ; ce qui périt...

Traînant au milieu de la nuit...

Dans ces cercles (bien trop) sombres...

 

 

Longtemps après le jour...

Aux confins du monde encore...

En dépit des siècles...

L'âme pétrifiée ; au milieu de la cendre et de la poussière...

Où que l'on soit ; où que l'on aille...

Dans la boue des chemins...

(Si) obstinément...

 

 

Le cœur hanté par la fièvre du monde...

Traçant sa route – parmi les pierres et les vivants ; sans rien voir – si indifférent...

Allant partout sans rien découvrir – sans rien distinguer – sans rien reconnaître...

Le miroir exagérément tourné vers soi (d'une manière monstrueuse et insultante)...

Tout ; de la couleur du vent...

Là ; quelque part – sous le ciel d'aucun pays...

 

 

Le regard ; à perte de vue...

Et rien que lui ; partout – ce que l'on voit...

 

*

 

Les ténèbres effleurées qui, soudain, se réveillent...

En plein sommeil...

Comme relégué(e)(s) à cet interstice du temps où les gestes (et les choses) – indéfiniment – se répètent...

Entre l'ombre et la poussière...

Creusant (sans cesse) le même sillon ; la même ornière...

La tête obsédée par ce qui l'accable et l'importune...

Indécise ; et sans lumière...

 

 

L’œil jamais regardé ; alors que quelque chose, en surplomb, le contemple ; l'accompagne ; le guide (lui aussi) à travers le dédale souterrain du monde et du cœur...

 

 

Couché dans la rosée ; entre l'herbe et le secret...

Le cœur au vent ; et l'âme suspendue...

Tourné vers le seuil...

A la périphérie du cercle ; et déjà (en partie) de l'autre côté...

 

 

Sans plus savoir distinguer l'ombre du silence...

Sur cette terre où le cri s'étire (parfois) jusqu'à la lumière...

Par ces chemins gris et venteux...

A travers mille paysages ; sous ce ciel à moitié brûlé par l'ardeur des prières...

Sur cette pierre incertaine ; au milieu des cendres et de la poussière...

Comme cloué(s) à cette attente interminable qui prend des allures de passage (de longue traversée)...

Seul(s) parmi les choses et les visages...

Séparé(s) du mystère par cette écume infranchissable...

 

 

 

Les pas sous la lampe...

L'âme mise à nu ; devant le miroir sans reflet ; entouré d'ombres et de choses très lointaines...

Comme un voyage ; à travers ces siècles noirs qui mènent, parfois (comme par enchantement), au bleu sans nom ; au bleu sans âge ; encore (trop souvent) impénétrable...

 

 

De rires et de larmes...

L'existence et l'âme...

D'émotion en émotion...

Au milieu du désœuvrement et de l'agitation...

Cette sensibilité ; que nous sommes...

Sans répit ; dans ce cycle – jusqu'à ce que tout s'arrête ; jusqu'à ce que tout s'efface – avant que tout (bien sûr) ne recommence...

 

*

 

Là où le voile se déchire...

L’œil écarté du salut par le sentiment de séparation ; qui prend, soudain, conscience de l'unité du vide et de la matière...

Qu'importe la distance et l'envergure de l'enjambée...

Ce qu'il faut entrevoir pour que l'âme puisse se lancer à l'assaut du gouffre...

 

 

Le bois greffé sur la chair...

Peau contre peau...

Feuilles contre feuilles...

Et ce qui éclot de ce rapprochement – de cette association...

Une parole simple et lumineuse ; gorgée de ce qui fait pousser jusqu'au ciel ; et qui donne envie d'habiter sous les étoiles...

 

 

Là ; à l'abri des ombres et des poings brandis...

Derrière cet amoncellement de terre et de mots...

Du soleil dans une paume ; et de la neige dans l'autre...

Avec un équilibre à trouver entre la solitude et l'amitié ; au cœur des communautés qui ont banni les hommes (ou dont ils se sont, eux-mêmes, exclus)...

 

 

Écrasé par le présage...

Les paupières closes...

Comme foudroyé par le silence...

Dans l'angoisse ; les paumes tendues...

A l'ombre du plus grave...

Les siècles passants...

Le cœur crispé...

Ignoré par le monde et la mort...

Et en sursis – pourtant ; en dépit de l'indifférence ; en dépit des circonstances (apparentes)...

 

 

Bleu ; comme à la pointe du rêve...

En dépit du gris et du sang ; en dépit de cette ambiance sinistre (et désinvolte) ; en dépit de cette mémoire jonchée de cadavres...

Provisoirement hissé jusqu'à ce tertre de pierres...

A peine plus haut que le monde ; à peine plus haut que ce qui fait rage sur cette terre...

 

 

Encore si près du feu et de la blessure...

 

*

 

Toutes ces âmes mendiantes...

Gorgées (pourtant) de possibles...

Si légères au sommet ; et si lourdes sur leur socle ; cherchant des lèvres tendues ; une oreille (plus ou moins attentive) ; une bénédiction ; des alliances pour leur bataille ; un peu de baume pour leurs blessures...

Poussant des cris et des hourras ; au fil des circonstances ; au gré des drames et des opportunités...

(Presque) jamais stupéfaites par tous ces manques ; par toutes ces absences ; par toutes ces réponses décevantes...

 

 

Seul ; à s'étreindre – comme il se doit...

L'ultime désir – en vérité ; et l'unique moyen de parvenir à la paix...

Comme (en partie) affranchi du monde (humain)...

 

 

Dans l’œil ; l'infini et la clôture ; l'oubli du ciel et de la pierre...

Et dans l'âme ; (presque toujours) l'ignorance du chemin pour se rejoindre...

 

 

Attendre encore ; la fin de l'absence – sa (surprenante) transformation...

Sans rien chercher ; sinon l'émergence (involontaire) de ce vide en soi – de cette forme de présence (parfaitement) attentive...

La tête et le séant posés entre l'arbre et la pierre...

Comme une bête solitaire en quête de silence et de lumière...

Quelque part ; au seuil – bientôt...

Alors que le cœur déjà ne sait plus ; alors que l'âme et le monde déjà se confondent...

 

 

A l'écoute du vivant ; et des profondeurs...

L'écho bleu du cœur ; sous l'écume tiède du monde...

Au plus près de la chair entrouverte...

A même la source ; à même l'ardeur...

Là où le miroir reflète moins les ombres ; et davantage les visages qui ne nous ressemblent pas*...

* autant qu'en compte la terre...

Le secret brûlant ; au lieu de la fièvre...

Le mystère à la place du nom...

Et cette tendresse (si souvent acérée) – dans le geste ; qui n'en finit pas ; et qui n'en finira – sans doute – jamais...

 

*

 

Plus ou moins proche de soi – de l'Autre – du monde ; pareil à tous les vivants...

Agissant (toujours) en fonction de ce que l'on est ; de ce que l'on a ; de ce que l'on comprend...

Et ce que nous apprenons (et ce qu'il nous faut apprendre) – au fil des pas...

 

 

Ce qui s'ouvre (en nous) – à mesure que se déchiffrent le langage des arbres ; celui des bêtes ; celui des pierres ; celui du ciel et des étoiles...

 

 

Par-delà la contrée de ceux qui errent...

Au-delà des barrages édifiés par les hommes...

Seul ; dans la nuit ; avant et après la mort...

Au cours de chaque traversée (de l'espace et du temps)...

Rapprochant (peu à peu) le plus lointain ; et faisant tout entrer dans son cercle intime...

 

 

L'âme ivre de rires et de rondes...

Pas même surprise de voir que tout est confondu...

 

 

Du cadavre au ciel ; avant de découvrir de nouvelles rives ; de nouveaux cercles ; de nouveaux territoires...

Une multitude d'autres mondes (plus ou moins éloignés de la terre)...

 

 

Derrière les mots ; le visage...

L'invisible des choses...

Le monde ; sans bouger...

Et l'ensemble du processus ; les mouvements – toute la mécanique du vivant...

En tous lieux ; à même la trame...

Le miroir ; sur lequel se reflètent toutes les figures...

Ce dont on hérite ; et ce qui se perd...

Ce qui n'a de nom ; et tout ce que l'on nomme...

 

 

La même solitude ; en dépit des siècles ; en dépit de la multitude des visages...

 

 

Ce à quoi l'on ne peut appartenir ; inexistant...

Tout déjà – dans la main ; et au fond de l'âme...

Le rire et la peur ; l'attente et l'accomplissement...

Le ciel et la chair (si passagère)...

La tristesse et la lumière...

Ce que nous sommes ; et ce que l'on pense ne pas être...

Cette absence de frontière entre nous...

 

*

 

Loin ; sous la craie blanche ; le véritable dessin...

Le fond du regard ; comme le socle de ce qui s'esquisse...

Bien plus que le support et le message...

Ce qui embrasse la pensée et ce qui l'a initiée...

D'une couleur qui n'existe pas en ce monde ; et que personne, ici, ne peut déceler...

De la même nature que ce qui ne se voit pas...

 

 

Le cœur étroit et territorial...

Dans tous ces recoins sombres où rien ne s'oppose à la nuit...

Et nous ; loin des grilles et des drapeaux que l'on a plantés sur la pierre...

Là où le monde nous a rejeté ; en ces lieux sylvestres (périphériques et reculés) ; parmi ceux qui entonnent des chants de résistance et de rassemblement ; et qui construisent des territoires affranchis des frontières – des limites et des appartenances...

 

 

Imperceptiblement ; ce qui vient à soi...

Du plus lointain souvenir...

Du sang fraîchement versé...

Cette lumière (trop souvent) assombrie...

Dans le dédoublement des reflets qui nous hantent (et nous inquiètent)...

Nous tenant là ; aussi droit(s) que possible...

 

 

Et à présent que nous sommes posé(s) (si provisoirement) parmi les pierres...

A l'aune de cet avenir incertain...

Sous l'apparente protection des feuillages et des étoiles...

L'âme qui veille ; l'esprit qui contemple ; le cœur qui acquiesce ; comme si chacun vaquait à sa tâche ; occupait son emploi naturel...

En dépit des résistances à aimer cette part du monde (et de l'homme) si ignorante – si cruelle – si monstrueuse – (parfaitement) insupportable...

Jusqu'au plus fort – peut-être – de la perte et de l'ignominie...

Ce qu'il faut atteindre – sans doute – pour apprendre à vivre à la hauteur du bleu qui nous habite (et nous entoure)...

 

 

Le monde ; ni conscience ; ni vivant...

Rien que des choses qui se monnaient et s'échangent...

Partout* ; le règne de la marchandise !

* et depuis si longtemps (depuis toujours – sans doute)...

 

*

 

Enjambant le monde (assez désinvoltement) pour s'installer au milieu de nulle part ; sur une pierre posée au seuil de la mort...

Ne laissant aucune trace de cette traversée...

Au-delà de tout exil ; au-delà de toute solitude...

A l'écart de la nuit ; et de la soif...

Le dos appuyé contre le modeste parapet du temps...

Sous un ciel né des profondeurs...

Là où nul ne saurait nous (re)trouver...

 

 

Au-dessus des cercles étrangers ; trop conformes aux lois humaines en vigueur sur tous les territoires du monde (dans tous les lieux que l'homme a envahis) ; peuplés de grilles et de pièges ; à la manière d'une nasse aux allures de rive généreuse ceinturée de murs et de barricades ; et qui semble soustraire ses habitants à un néant terrifiant sans même qu'ils se rendent compte qu'elle les condamne (de manière implacable) à la détention et au mensonge – à l'illusion et à l'embrigadement...

 

 

Face au sourire tremblant des choses ; notre visage...

Comme des éclats de ciel sur la terre froide...

Des mains dans les nôtres ; et l'âme qui se réchauffe au contact de la pierre...

Un peu de tendresse offerte à celui qui sait (res)sentir ce qui ne se voit pas...

 

 

Dans un bruissement de ciel et de chair...

Ce qui fleurit sur cette terre...

De l'herbe aux ailes des oiseaux ; au bord du jour...

Là où la lumière éclaire (un peu) ce qui a été assombri par la densité de la matière...

A la manière d'une main sur une épaule endormie...

Quelques pas vers le bleu ; la source claire...

 

 

Les mains pas même séparées du noir...

Plongées dans la crasse et la puanteur...

La glaise mêlée à l'argile des profondeurs...

D'ici au plus lointain ; la même fange et le même horizon...

Condamné(s) à une absence (totale) de perspective...

A l'ombre du monde ; l'âme sans vertige...

Saisi(s) par l'immobilité et l'éloignement...

Comme englué(s) dans la matière (d'une inextricable manière)...

 

*

 

Plus que la parole ; le geste...

Plus que le geste ; la présence silencieuse...

Jusqu'au jour où tout se mélange pour jaillir (de manière spontanée) au regard des nécessités du monde et des âmes...

 

 

Auprès des mains jointes ; la lampe et la voix...

Ce qui s'offre par-delà les images...

D'autres rives du même monde...

Jusqu'à l'infini vu ; puis, vécu – depuis la chair...

 

 

L’œil fraternel...

Versant des larmes de tristesse et de colère ; comme un appel à la résistance et au rassemblement pour faire face à la mainmise de ce monde et inventer un espace sensible et bienveillant – authentique et désintéressé...

Creusant en nous l'écoute nécessaire ; le socle de tout élan intérieur...

(Avec l'espace au-dedans aussi habité que possible)...

 

 

Toutes les blessures rayées de la carte...

Et au-delà de la guérison ; l'affranchissement...

Et au-delà de l'affranchissement ; le détachement – la liberté du « oui » et du « non » ; l'espace d'acquiescement qui transcende l'idée d'émancipation et de servitude...

L'obéissance à ce qui est ; à ce qui vient ; une présence sensible (et attentive) qui se laisse traverser (sans rien corrompre – sans rien travestir) à la manière du ciel qui accueille le soleil – les nuages – les orages – les étoiles (leur venue, leur passage et leur disparition) d'une égale façon...

 

 

De manière privilégiée ; tous ces présages...

Et cette existence sur la pierre...

Sans se souvenir des histoires ; sans les blessures de la mémoire...

Entre tous les seuils ; sans aucun appui...

Comme porté(s) par le vent ; entre les bords de l'infini ; au milieu de tous les possibles...

Parmi les chants et les étoiles...

Tantôt entre le commencement et la fin ; tantôt entre la fin et le recommencement ; au cœur d'une parfaite continuité et (simultanément) dans l'instant affranchi de la durée...

Sans rien savoir – en réalité...

Entre le bleu et la torture ; entre la fable et le silence ; dans la confusion et l'indétermination...

A la fois immobile(s) et égaré(s) ; et en mouvement ; et dans la lumière...

Sans carte ; sans boussole ni chemin...

Aussi proche(s) et aussi loin que possible...

Séparé(s) et au cœur de la trame ; inachevé(s) et déjà accompli(s)...

 

*

 

L’œil confiant ; derrière la paupière close...

L'inconnu devant soi ; et l'incertitude à l'intérieur ; le socle sur lequel adviendront toutes les circonstances...

 

 

Cette étrange galerie des glaces ; sur la roche...

Et tant de ressemblances dans ces reflets...

Comme si l'on vivait entre frères*...

* entre frères et sœurs...

 

 

Le regard ; à mi-chemin – qui s'inverse ; dans un sens puis, dans l'autre...

D'ici jusqu'à la première étoile ; avant de convoiter le reste...

Dans une (parfaite) allégeance aux traditions et à la nouveauté...

En ignorant – pendant une large part du voyage – cette aspiration (pas si étrange) à tout rendre familier...

 

 

Si près du ciel ; cette prière toute tordue qui monte – qui monte – cahin-caha en cherchant son chemin ; à l'image de celui qui s'est agenouillé en joignant les mains...

 

*

 

Le jour agissant...

A travers la langue – et la lande – ouvertes...

Dans un crépitement de mots et de pas...

Mêlant le visage et la pierre ; le ciel et la terre...

Éclairant l'âme et la nuit...

Offrant sa lumière à tout ce qui acquiesce ; à tout ce qui consent à retrouver sa couleur (et son envergure) originelle(s)...

Donnant à la marche un air de danse ; au voyage, un horizon ; et à la poussière, un peu de joie ; l'ardeur nécessaire pour aller son chemin ; rejoindre la figure qui hante l'esprit depuis si longtemps...

 

 

Alors que tout passe ; sous le front – devant soi...

Le visage démasqué...

La voix légère...

Le bleu qui comble l'absence ; qui occupe la totalité de l’espace...

Le ciel (parfaitement) dégagé ; la terre telle qu'elle est...

Au plus près de ce que l'âme réclame depuis le début de la traversée...

 

*

 

L’œil ; le monde de près...

Ronds ; sous la paupière...

Et perçus différemment de l'extérieur...

Gris ; comme la couleur des rêves et du temps...

Et entourés de barbelés pour rebuter (et faire fuir) l'étranger...

 

 

Sous le vent ; penché...

Le cœur comblé...

Dans cet incessant va-et-vient entre l'abîme et la cime ; au milieu des à-pics...

Une fois encore ; au plus près de la lumière (à mesure que l'ombre se dissipe)...

Contrairement au reste (à une bonne part du reste) ; agglutiné derrière de hautes grilles pour se prémunir (assez vainement) de la chute...

 

 

La lumière ; sous ce ciel pentu...

Et, ici, des obstacles et des épreuves ; mille infortunes...

Et, parfois, quelques prières en voyant toutes ces larmes ; et tout ce sang...

Comme sous une étoile (peu à peu) étouffée par la nuit ; et comme nous ; et comme le reste – terriblement mortelle...

 

 

Nous interrogeant encore...

Face à l'obscurité ; ce manque de lumière...

Questionnant l'âme – le monde – le jour...

Dans l'effleurement du seuil – pourtant...

Écoutant l'écho lointain des voix (humaines)...

Et ces rires (tous ces rires) à la ronde...

Témoin des tremblements de ceux qui vivent sous le joug des hommes...

Devinant ce que le ciel déverse au-dedans ; et ce qu'il déverse à côté...

Nous éloignant avec tous les damnés de la terre...

Dans le sillage des bêtes sauvages (au rythme du feu qui dévore la colline)...

Abandonnant notre rêve de réel ; toutes nos intentions et nos envies d'autrement...

 

 

Le ciel terrassé par la douleur du plus infime...

A travers cet or invisible qui glisse dans l'air ; à travers les yeux ; au fond du cœur – qui coule comme la vie...

Comme l'ardeur et la tendresse ; dans ce (perpétuel) recommencement du jour...

Au milieu du reste ; au milieu des gestes et des mots...

Les résidus d'une âme sensible aux malheurs et à l'éblouissement...

 

*

 

Les mains parvenant (parfois) à se hisser à hauteur de ciel...

Elles – d'origine si modeste ; façonnées (de manière si rudimentaire) dans les bas-fonds...

Nées de l'alliance de l'argile et du feu...

Et promises à un long apprentissage avant de pouvoir servir la lumière...

Laissant d'abord exister et mourir...

S'abandonnant à ce qui passe...

Obéissant aux désirs et aux besoins (à toutes les nécessités)...

Se livrant tantôt au jour ; tantôt à la nuit...

Se laissant dériver sur la pierre ; au milieu du noir ; au fil de ce qui est saisi ; et œuvrant sans répit avant de pouvoir, un jour, rayonner sur la roche grise...

 

 

La tête en bas ; et la croupe par-dessus...

Laissant le vent emporter le pire...

Sur cette ligne brisée ; au milieu des éboulements...

Sous l'ombre désarticulée ; brinquebalé(s)...

Fixé(s) à cette roue qui tourne sans fin ; actionné(e)(s) par des mains mystérieuses...

Grimpant et dégringolant ; chahutant ce qu'elle happe sur son passage ; ce qui a le malheur de s'accrocher à sa course...

 

 

Sur la peau écarlate du monde...

Le vivant fauché par la main de l'homme...

Dans ce mélange de vent et de voix...

L'écume partagée ; entre les larmes et les cris...

Au milieu des pierres et du sang...

Parmi les reflets (funestes et monstrueux) du miroir...

Au cœur de cette immense chambre mortuaire où se rassemblent les âmes perdues – inquiètes – pétrifiées...

 

 

L’œil attentif au plus lointain ; éparpillé dans la brume ; entre le regard et les choses...

Au milieu de l'absence ; parmi ces existences si proches du rêve...

Ici ; sans rien comprendre...

Dévalant ; puis, remontant (assez laborieusement) ces rives posées entre la terre et le ciel...

Face aux cercles de l'histoire ; face à la mort et à l'inconnu...

Hanté(s) par ce qui s'étire et s'absente ; par ce qui s'efface ; par ce qui revient et recommence...

Au bord d'une présence (encore assez) obscure...

 

 

Grimpant dans le noir ; en quête de la première étoile ; de la première lueur...

Au-dessus de soi...

Sans autre souci que cette nuit épaisse...

Sur cette route qui s'enfonce dans ses profondeurs...

En plein sommeil...

Quelques pas qui (nous) mèneront Dieu sait où...

 

 

Au cœur de cette (terrible) tempête...

Dans ces tourbillons de poussière et d'opinions ; le (perpétuel) tournoiement des particules...

Comme installé(e)(s) dans le chaos...

Posé(e)(s) là ; et (presque) aussitôt poussé(e)(s) par le vent ; et emporté(e)(s) plus loin...

Comme une vilaine danse sous un ciel d'orage...

Sans aucun socle (en dépit de ceux que l'on s'invente)...

Avec la paix et le silence – au-dedans et aux alentours ; et que l'esprit (ballotté – chahuté) a bien du mal à imaginer...

 

 

Si proches – ces visages ; en dépit du manque d'intimité...

Sans rien partager ; sinon un peu de terre et de lumière – et ce lot de misères...

Le regard indifférent ; et cette préférence (forcenée – outrancière) pour le miroir et la ressemblance (cette similitude d'apparat)...

Quelques pas – sur la pierre grise – jusqu'à la tombe ; pas si loin de l'immobilité...

 

 

Au plus près de l'inaccessible...

Au cœur de cette étreinte étrange et silencieuse...

Sans mot dire ; dans ces flammes qui consument le monde et le temps ; et qui effacent les frontières et les seuils...

Sans rien devant nous ; sans rien derrière...

Et tout le reste mélangé...

Aussi qu'importe les circonstances et le chemin ; qu'importe que la mort ne laisse qu'un peu de tristesse et de cendre...

Des corps et des âmes ; ensemble – enchevêtrés dans le même espace (à la surface du cœur et de l'esprit)...

 

*

 

Accroché(s) à toute tentative...

Grâce à l'hospitalité de la pierre et de la parole...

Nous-même(s) ; nous construisant...

Puis, nous abandonnant au vent et à l'invisible...

 

 

Le bleu et la nuit ; dans tous ces cercles – entremêlés...

A la mesure de la fumée et des jeux...

Au cœur même du visible...

Au milieu de la cité ; parmi les tours et les temples – entre les grilles et les murs ; à travers ce qui s'édifie et ce qui s'écroule...

Debout face à la lumière ; en dépit du gris ; en dépit des empreintes et des mains pleines de sang...

Encore à la surface du territoire qui nous voile (et obstrue) l'envergure de l'ensemble ; l'étendue des profondeurs...

 

 

Invisiblement ; au cœur...

Alors que tout semble s'effacer ; rien ne disparaît (en vérité)...

Partout ; le fond de la trace...

 

 

Abandonné à l'ombre...

Délaissant le bleu ; et l'histoire derrière la poussière et la cendre...

L'âme couchée sur le sol...

Dans le silence (assourdissant) du monde...

La chair enfouie sous cette terre que l'on continue d'arpenter...

 

 

Là ; dans le chuchotement et le songe des Autres...

(Tout) tremblant dans le passage ; jusqu'à ce frémissement (involontaire) au fond de l'âme...

Le visage si loin de la terre et du ciel...

Ailleurs ; absent(s)...

Comme absorbé(s) par le mouvement...

Tous ces gestes dérisoires ; toutes ces histoires insignifiantes ; toutes ces vies minuscules...

 

 

A travers le chant léger des feuilles dans le vent...

Le parfum bleuté des arbres...

L'imperceptible douceur de la terre...

Sur ces collines silencieuses...

 

 

Au fond de la chair ; les noces qui se célèbrent (discrètement) alors que la tendresse émerge, peu à peu, du cœur apaisé...

Dans l’inoffensive mélancolie du territoire...

 

*

 

Rien au-dehors du regard...

Au cœur même du monde...

A rebours du temps...

Avec le poids de la mort et de la nuit à épuiser ; en plus de celui des vivants...

Façonnant (pourtant) tout ce qui s'engouffre ; et ciselant (pourtant) tout ce qui déborde ; et effaçant le sang ; et réparant l’œuvre des assassins...

Se tenant là où se dressent le néant et la nécessité...

A travers nos paroles et nos gestes ; à travers ce que nous sommes...

Tout au long du voyage ; aussi longtemps que dureront le monde et le temps ; puis, longtemps après encore ; sans doute éternellement (comme au temps d'avant la naissance du temps)...

 

 

D'une main à l'autre ; comme entre deux étoiles...

Le ciel et le monde...

Là où tout s'accroche à l’œil...

Jusqu'à cette traversée du vide au cours de laquelle on apprend à voir...

En dépit de la solitude ; en dépit de la déchéance et de la sauvagerie – apparentes...

 

 

Sur la pierre nue du destin...

Un peu au-dessus des ruisseaux de sang ; de toutes ces vies que nos mains ont transformées en choses inertes...

Comme hors du songe que notre âme a longtemps cherché en ce monde...

Sans rien attendre ; sinon – peut-être – la transformation du regard sur ce décor sinistre (et apparemment immuable)...

 

 

Comme une menace...

Au crépuscule ombragé...

Un cri qui traverse les feuillages ; et qui transperce le cœur...

A travers la rumeur déclinante...

L'enfance étreinte en danger...

Face à tous les périls de ce monde ; se rapprochant...

Le sourire aux lèvres – pourtant ; prêt à accueillir la douleur – la débâcle et la mort ; la fin (nécessairement provisoire) de la tendresse – de la douceur – de la fraternité...

 

*

 

Perdu à jamais ; ce qui passe (en dépit des souvenirs)...

Nous-même(s) ; dans le gouffre déjà – bien qu'encore (très provisoirement) vivant(s)*...

* ce qui y ressemble – en tout cas...

Bout(s) d'argile (assez) grossièrement pétri(s) ; que le temps transforme, peu à peu, en poussière...

De passage ; dans cet interstice où fleurissent les rencontres ; ce que l'on donne – ce qui se perd – ce que l'on reçoit (de temps à autre) ; puis, remis dans le pot commun avant de servir à ceux qui viendront plus tard...

Quelques tourbillons d'air (presque rien) ; un peu de vent – dans l'espace et le néant ; en dépit des coups et de la tendresse...

A peine plus qu'un rêve...

 

 

Dans le silence façonné par la perte...

Des silhouettes sens dessus dessous...

Et des âmes de passage un peu perdues...

 

 

Ce qui s'égrène ; au fil de l'absence...

Ces choses (toutes ces choses) ; entre cendre et reflets...

A travers cette course fugitive ; le frisson des heures silencieuses...

A attendre la lumière ; sans pouvoir échapper à la grisaille de ce monde ; à la pluie de malheurs qui s'abat sur les âmes à peine surprises...

 

 

Aujourd'hui ; alors que les malheurs frappent encore (assez anarchiquement) ceux qui vivent sur la pierre...

Comme tous les jours qu'a connus ce monde...

A quoi pourrait bien servir l'encre ? Est-elle (réellement) capable d'aider les âmes à faire face aux circonstances ? A consentir à leur destin ? Et à s'en affranchir ?

 

 

Ce qui sourd ; ce qui coule ; ce qui suinte...

A travers l'eau noire (des corps) ; cette tristesse face à l'étrangeté des reflets...

Ce manque de clarté ; cette absence – dans la perte qui s'exprime...

Comme un peu de lumière froissée entre nos mains maladroites...

 

*

 

Comme un poids ; sur le nom qu'il faut porter...

La charge des origines terrestres ; à la manière d'un joug inutile ; une façon de prolonger le sillon initié (et entretenu) par notre ascendance ; cette longue série d'aïeux dont nous trimballons (malgré nous) l'héritage...

Contraint(s) d'arpenter pendant de longues années la même parcelle étroite ; comme si notre fardeau ne restreignait pas suffisamment les possibles...

 

 

Un jour – peut-être – ailleurs ; parfaitement nu (et parfaitement seul) ; affranchi des générations et des charges du monde et du temps...

 

 

Notre vie ; à la manière d'une pierre jetée dans un abîme (sans fond)...

Arpentant des bouts d'espace ; entre ces voiles que nous prenons pour des parois...

Toute la lignée sur nos épaules ; dévalant le gouffre à une allure vertigineuse...

Nous enfonçant (continuant de nous enfoncer) dans le vide ; au cours de cet étrange voyage dont personne ne sait (réellement) où il mène...

 

 

Dans ce tournis de signes et d'absence...

A genoux sur la terre ; au milieu des traces (de quelques traces)...

Et cette poussière que l'on jette face au vent...

La tête appuyée sur le reflet du miroir...

L'âme (un peu) triste devant tant d'insignifiance ; et inquiète de ce manque de lumière...

La main tendue vers on ne sait quoi ; comme un appel – un élan de détresse – un geste de survie – pour tenter de satisfaire le plus haut désir de la chair...

 

 

A travers le déchirement indolore du voile...

Entre l’œil et le monde ; entre la chair et la pierre...

Ce que l'on découvre (parfois) ; et qui court au milieu des âmes et des visages ; sous les paupières ; au fond de la mémoire ; à cloche-pied (la plupart du temps) ; et à rebours (très souvent)...

Laissant la main se défaire de l'inutile ; se débarrasser de tous les encombrements...

Penchant tantôt du côté de l'enfance ; tantôt du côté de la mort (selon les inclinaisons – provisoires – du cœur)...

Nous efforçant de mettre au jour toutes les parcelles du mystère...

 

*

 

Quelque chose sur la pierre ; de l'infini et de l'infime...

Entre béance et interstice...

Le plus familier ; et ce que l'on ne peut apprivoiser...

A travers mille manières d'être (de vivre – de mourir – de se transformer)...

A la merci du reste ; comme un destin (le seul possible – sans doute)...

Continuant à être ; sans jamais pouvoir agir à sa guise...

Et s'essayant ainsi, au fil des jours et des voyages, à toutes les nuances du vivant...

 

 

A toute heure...

Le vent et le cœur glacé...

L'indifférence et le rejet...

Sans autre perspective que la noirceur qui a envahi le fond de l'âme...

A la manière d'un destin qui refuse la lumière...

En dépit de cette main tendue vers le monde ; et de ce doigt levé vers le ciel...

De plus en plus loin ; de moins en moins vrai – à mesure que l'on s'enfonce dans la torpeur et le mépris...

 

 

Dans le tressaillement de la langue – parfois...

Entre ces murs étroits ; comme à l'orée du large...

A travers cette ronde (incessante) de syllabes ; orchestrée par le feutre et le silence...

 

 

A deux doigts de l'enfance ; toutes ces luttes fratricides – tous ces crimes cannibales...

Le cœur tout tremblant...

Et la lumière impuissante ; au milieu de ces jeux et de ces danses – sinistres – funestes – (terriblement) mortels...

 

 

Plus vaste que soi ; la parole qui porte...

L'âme qui se penche...

Si proche(s) de la lumière...

Ce qui rayonne au-dessus de la lampe...

 

 

A la fin du rêve ; l'avènement de l'enfance...

Lorsque le geste remplace le mot...

Lorsque la vie remplace la prière...

Tout alors disparaît sous les paupières...

Les circonstances perdent leur consistance (et leur attrait)...

L'âme se dresse pour faire face au monde et à la mort...

Et tout puise dans l'Amour le courage d'être encore...

 

 

Le cœur – peut-être – encore trop partagé...

 

*

 

Séparées et ensemble...

La chair et l'âme ; tantôt isolées – tantôt intriquées...

Soucieuses du devenir du monde...

Entre l'abîme et le ciel...

Dos au mur ; et les mains (désespérément) en prière...

 

 

Le bleu ; au nom du possible (de tous les possibles)...

Trop souvent exclu de la semence (et de ses fruits)...

Associé aux noms (comme une simple promesse – une simple bénédiction) pour tenter de rendre royale et immortelle cette fange animée ; d'offrir un peu d'envergure à ces bouts de chair qui s'imaginent plus nobles que le reste (et très largement supérieurs)...

 

 

Au loin ; la rumeur du monde...

Comme une lassitude...

Et une affreuse grimace (sur les visages)...

Et une ombre qui plane au-dessus des âmes...

Le signe qu'un danger est sur le point de s'abattre sur les vivants...

 

 

A l'origine du monde...

Lorsque le bleu et la terre étaient (parfaitement) confondus ; et que l'on a séparés (d'une effroyable manière)...

Là où siège la blessure – à présent...

Au cœur de l'âme qui continue de psalmodier ses (pauvres) prières – pour les vivants...

 

 

Soudain ; le soleil...

Sans rêve ; sans secret ; à la manière de celui qui voit...

Avec l'oubli (qui veille) au fond de la mémoire....

Immobile ; devenant le passage à travers lequel peut s'insinuer l'enfance...

 

 

Plus tard ; lorsque le vide et le vent auront été apprivoisés – nous pourrons (tout entier) nous abandonner à la danse...

 

*

 

L'enfance sauvage ; comme nouée au fond du cœur...

Allant là où nous allons ; jamais effrayée par ce que nous rencontrons ; ni par les cimes – ni par l'abîme – ni par l'engeance – ni par cette trame étrange où la chair et les reflets sont tissés ensemble...

Et cheminant ainsi jusqu'au berceau du temps ; comme si elle était vouée à nous accompagner sur les chemins du monde et de l'âme ; comme si elle était notre plus sûr soutien pour affronter les dangers et franchir les obstacles...

 

 

Ni plus haut ; ni plus loin – ici-même...

A travers les mille possibles offerts aux destins...

Et nous ; pourtant – pareil(s) aux pierres qui roulent sur leur pente ; pareil(s) aux traces qui s'effacent et aux murs qui s'écroulent...

Allant de par le monde ; et tout autour...

En expérimentant une longue suite de désastres...

Alors que rien n'interdit de demeurer insensible au déroulement du temps et des circonstances...

Ici-même ; alors que tout passe comme un rêve...

 

 

Entre le monde et la forêt ; sur cette (étroite) bande de terre où réside le sauvage...

Les hommes et les bêtes des lisières ; aux marges de toutes les communautés – et qui passent furtivement d'un territoire à l'autre (sans jamais se mêler aux résidents établis ou officiels)...

 

 

Au-delà des fables ; l'enfance bleue auréolée de lumière et de silence...

Qu'importe les cris alentour – les vents qui cinglent ; et les menaces du monde...

Comme protégé par cette innocence que rien ne peut corrompre ni entamer...

 

 

Et cette nuit ancienne ; à l'orée de l'âme...

A la lisière du cœur...

Flottant au-dessus des vivants ; cherchant une faille – un interstice – une vulnérabilité – la possibilité d'un monde – pour se déployer...

Le souffle un peu court d'un cœur abandonné ; le questionnement d'une figure aux yeux inquiets...

Une manière de pénétrer dans l'âme de l'homme ; et de faire corps (sans doute) avec ce qu'elle a de plus sombre...

 

 

Au cœur de la danse ; quelque chose comme une alliance entre l'âme et le monde – et la possibilité de la lumière...

 

*

 

Le drame annoncé...

Là ; au-dedans...

Comme une sentence ; sur l'arrière-scène du monde...

Comme si la lumière s'était lassée (avait fini par se lasser)...

 

 

Rassemblés dans l'âme ; la foule et le désert...

Sans même une frontière pour les séparer...

Sans même savoir qui pèse le plus dans la balance ; et qui nous donne cet air si équivoque et indécis...

 

 

Des yeux levés vers la seule épaule possible...

Les mains contre la peau rugueuse...

La bouche silencieuse...

Et les pieds posés sur la roche pour ce baiser sous les frondaisons...

 

 

Essayant tous les possibles (de manière assez laborieuse)...

Quelques gestes – quelques mots – pour initier la rencontre...

Quelque chose contre le rêve et la grisaille...

Une façon (sans doute) d'échapper au monde et de retrouver les jeux de l'enfance...

 

 

La tête renversée...

Irradiée par la lumière et le silence...

Sans rien penser...

Au cœur même de l'écume...

Tout tremblant ; comme immergé dans un (fabuleux) bain de couleurs...

 

 

Caché ; au milieu des arbres...

Dans cet espace où le silence remplace les bruits du monde...

Là où l'oubli de l'homme et le goût du plus sauvage se font plus vifs...

Là où les offenses disparaissent au profit des alliances naturelles...

Là où l'on devient plus heureux (et plus fraternel) que dans la compagnie de ceux qui nous ressemblent...

 

*

 

Au rythme des pas ; le destin...

Réglé(s) sur la cadence du monde...

Comme la terre qui tourne...

Comme l'orbe des étoiles...

A aller vers ce qui brille ; et à s'enfoncer dans le noir – simultanément...

Comme la seule manière d'exister...

Sans que rien (ni personne) ne puisse s'y opposer...

 

 

Entre le monde et la lumière...

La danse et le chant (silencieux) des arbres...

Ce qui s'élève sans vanité...

A travers l'air et le temps...

Vers le ciel...

A la manière d'un poème...

 

 

La neige ; comme le seul témoignage (crédible) du monde...

Qu'importe les noms et les règnes...

Qu'importe l'ampleur de la nuit et l'intensité du jour...

Qu'importe le nombre d'âmes et d'étoiles...

Une présence éphémère sur une roche immuable...

 

 

Dissimulées au fond du noir ; les couleurs de l'enfance...

Et toutes les déclinaisons de la solitude...

Comme une sente qui s'esquisse (assez péniblement) au milieu des rêves...

En suivant la cendre ; et les traces du feu...

Tout au long du miracle...

 

 

L'âme ; au-dedans – encore toute froissée...

Alors que le temps s'écoule...

Alors que le monde réfute les lois de l'invisible ; et refuse le règne du bleu...

Négligeant cette vie – comme toutes les vies – qui se traînent (qui continuent de se traîner) dans l'épaisseur des siècles...

 

 

Les doigts malhabiles qui essayent de dénouer les nœuds du monde et du temps ; cet entremêlement de matière, d'espace et de sentiments...

De geste inachevé en geste inachevé (et inachevables – sans doute)...

Avec ces corps et ces âmes tissés dans la même trame...

Sans que rien ne puisse être démêlé...

Alors que tout, sans cesse, recommence (sans jamais s’interrompre – sans jamais s'arrêter)...

 

*

 

La silhouette dansante...

Arrivée là où le pire (trop souvent) se décline...

Là où l'écart (aussi) commence à se réduire...

Sur cette roche noire où se mêlent les corps des morts et des vivants...

Dans cet (atroce) entassement de chair...

Au milieu des éclats de voix et des flaques de sang...

Sans qu'aucune loi interdise ni le crime ; ni la célébration des noms ; preuve (s'il en est) de l'immaturité des âmes...

 

 

Indéfectiblement...

Cette danse avec ce qui vient ; avec ce qui passe...

Au cœur de l'espace...

Entre le mystère et l'inconnu (si vastes tous les deux)...

Comme le rêve le plus étrange...

Une manière, peut-être, d'échapper au monde ; et de rejoindre l'autre côté du cœur...

 

 

Entre la terre et l'étoile ; cette vibration de l'air...

Ce frémissement (imperceptible) de la chair...

La caresse du bleu sur les visages et les âmes...

L'oubli de la blessure...

Le monde tel qu'il est ; le monde tel qu'il va...

 

 

A travers les épreuves...

Ce qui transforme l'enfance en possibilité...

 

 

L'âme attentive...

La tête inclinée...

Le cœur ouvert...

Au-delà de la force ou de la défaillance apparente ; la seule posture possible...

L’obéissance joyeuse et naturelle au monde (et aux circonstances)...

L'inclination du vivant à honorer ce qu'il porte et le traverse...

 

 

Comme le bruit de la neige...

Ce qui arrive et (nous) émerveille...

Si présent ; si attentif – que tout semble nous appartenir...

Alors que rien n'existe vraiment...

Alors que tout passe en un instant...

 

*

 

Par bonheur ; le plus délicat...

Sous ces airs de vagabond...

Le mot rare ; le geste juste...

Le cœur brûlant...

Et l'âme si visible...

 

 

Combien de fois ; sans pouvoir compter...

Ni les gestes ; ni les jours...

Depuis que nous habitons l'enfance...

 

 

Là ; au-dessus de la mémoire...

La tête penchée du côté du vertige...

Le cœur au bord de l'ivresse...

Et en lettres blanches ; ce qui s'inscrit sur les vies – sur la chair ; sur les corps à l'épreuve du monde...

Quelque chose (bien sûr) de plus puissant que la mort...

 

 

Le bleu si lointain...

Qui se pose (quelques fois) au bord du cœur...

Et qui s'envole dès que la main tente de s'en emparer...

 

 

Sur la feuille ; un bruissement de ciel et de signes...

Alors que le regard veille sur les hauteurs...

Alors que le vent s'assure que rien ne s'entasse...

Au plus près de l'âme qui accompagne ce qui passe...

 

 

Ce peu de lumière entre les murs du monde...

Sur ces têtes ; sur ces corps ; sur ces cris...

N'éclairant ni le délire des hommes ; ni le silence des sages ; ni la résistance de quelques âmes sensibles...

Et n'expliquant pas davantage cette façon (un peu folle) d'explorer le dédale ; d'arpenter les rêves et les possibles...

Cette manière si humaine d'habiter la terre...

 

 

Rien qu'un soupir ; et cette lumière...

Derrière la vitre contre laquelle sont collés tous les visages...

 

*

 

Pareils à l'horizon...

La vie – le vide – la mort – le monde ; ce qui se cache au fond de l'âme...

Quelque chose à atteindre ; et à traverser...

Et que nous ne parviendrons jamais entièrement à explorer...

 

 

Des amas de paroles ; et mille choses entassées...

Et ce que l'on accumule encore...

Incapable(s) de se défaire de ce qui pourrait nous préserver des malheurs et éloigner la mort...

 

 

A partir du (re)commencement...

La même traversée de l'espace et du temps...

Au rythme des tambours frappés par des paumes géantes...

L'âme debout ; et le corps à l'horizontale...

Délaissant les Autres ; le reste ; les pleurs et les prières – tout ce qui gravite autour des vivants – pour un voyage sans retour – à travers les époques et la matière...

 

 

Ainsi la danse et la mort ; et leurs incidences sur nos vies ; au milieu des éléments...

Ce si peu de chose ; et toutes ces hantises – comme des fantômes (furtifs) au fond de l'esprit...

A regarder (avec impuissance) nos gestes d'ignorant ; et nos pas de marionnette...

Le cœur si ivre ; et si maladroit...

 

 

Auprès des fleurs et des visages qui habitent au fond des bois...

Au milieu (sans doute) du plus sauvage*...

Une voix – un cri ; parmi d'autres voix et d'autres cris...

A l'aune du temps ; le cœur sous la lumière...

Et le sol sur lequel vagabondent les pas...

* du plus sauvage en ces contrées fortement anthropisées...

 

 

Sur la pierre ; le chemin des cimes et des vents...

Le pied léger et silencieux...

La présence de l'Amour...

Sans aucun recours à la mémoire...

Le parfum d'une terre familière...

Au seuil de l'origine dont les frontières (peu à peu) se redessinent...

 

*

 

Une partie du monde ; et ce que nous en connaissons...

Entrecroisé(e) avec ce qui incite l'ombre à se déployer...

Invitant, de manière évidente, au délire...

Comme s'il (nous) fallait grimper (aussi vite que possible) à une échelle infinie...

A quelle fin ? Qui sait ? ; au nom (peut-être) de la folie...

 

 

Derrière le grand chamboulement du monde et des âmes...

Cette parole qui tente d'émerger du rêve (de percer cette épaisse couche de mirages et d'illusions où sont empêtrés les cœurs et les yeux)...

Comme un souffle – un élan – à travers la clameur et le bruit ; vers le ciel qui surplombe ces rives où l'on ne célèbre que le manque et la cécité...

 

 

Comme un ciel noir ; derrière les yeux...

Qui laisse les mains saisir l'épée et transpercer la chair...

Qui remplace l'innocence par la mort et le sang...

Sans sourciller ; sans même un tremblement...

Comme si la faim comptait davantage que les sentiments...

Comme si la vie ne pesait rien (presque rien) sur cette balance où essaient de s'équilibrer les forces du monde...

 

 

L'ombre des jours ; ici – sans doute un peu plus qu'ailleurs...

Comme un aveuglement – une barricade – supplémentaires sur la route empruntée...

Un obstacle (presque rédhibitoire) à l'avènement du bleu ; et à la tendresse du cœur...

Une (véritable) aubaine pour toutes nos diableries...

 

*

 

Personne ; ici (depuis très longtemps – et, sans doute, depuis toujours)...

En ce monde ; à nos côtés – devant nos yeux – dans nos bras...

Seul témoin – peut-être – des présences et des douleurs qui semblent exister...

 

 

Et tous ces mondes au-dedans de celui où nous avons l'air de vivre...

Emplis de souffles qui courent au milieu des âmes et des fantômes...

Le cœur ouvert ; et lancé comme un filin...

Et l'esprit acéré ; tranchant comme une lame rougie au feu de l'expérience...

 

 

A travers la semence noire et parallèle ; l'avènement des pires tragédies – une longue série d'épreuves et de drames...

Galvanisé(e)(s) par le chant guerrier des âmes...

Savourant, au fil des générations, son incontestable succès...

 

7 mai 2024

Carnet n°306 Au jour le jour

Avril 2024

Parfois le souffle que la nuit apporte...

Immobile ; sur notre lit de pierre...

L'âme alerte ; qui attend la débâcle...

Les yeux posés sur l'infini...

Le corps à son seuil...

Et l'esprit par-delà...

Dans cette lumière (déjà) qui tournoie au-dessus des ombres...

Comme caché dans l'un des recoins les plus reculés du cœur...

 

 

Le long du jour ; l'âme apeurée...

A piétiner dans la main de Dieu ; jusqu'à n'être plus personne...

Parmi les ruines humaines ; les yeux pleins de silence et la bouche pleine de cendre...

Lançant la parole comme une corde vers le ciel ; le filin, peut-être, depuis lequel on s'élancera...

 

 

Sans rien dire...

Cheminant au milieu des débris causés par les poings destructeurs...

 

*

 

Le geste du jour ; donné pour rien...

Pour compenser la peine – peut-être...

Dans l'un des recoins (les plus isolés) du hasard...

Acheminé avec les morts et le sang...

Dans le désir du Seul ; l'Amour assuré...

Qu'importe que l'on s'enfonce dans le noir...

La joie cueillie à point...

 

 

Au plus intime ; l'indépassable...

Malgré le ventre – les peines – l'étrangeté des existences...

Le cœur qui bat de manière autonome ; sans caprice – sans volonté...

Dès les premiers instants de l'histoire...

Dans le berceau bleu de la séparation...

 

 

A force de frayeur(s) ; la fuite...

En dépit de la pourriture qui s'entasse...

Alors que règne partout l'odeur de la mort...

A craindre le plus terrible du vivant...

Si étranger aux scintillements...

Dans la nuit et la boue (au fond desquelles nous avons construit notre nid)...

 

 

Et nous ; au cœur de l'automne...

Dans l'étrangeté des mots chuchotés au creux d'oreilles trop lointaines...

L'âme absente ; le cœur recouvert de pierres...

La tâche ingrate ; à vider les fondrières...

Alors qu'un vent glacial s'avance ; et nous fouette le visage...

 

 

Enchevêtrés ; les ossements et le bois vermoulu...

Comme un ciel en poussière...

Ce que nous avons perdu ; à trop vouloir retenir...

 

*

 

Composé(s) de cette boue querelleuse – combative (si martiale) ; née de la séparation apparente ; et qui, sans cesse, s'altère – se mélange – se transforme – s'incorpore – se réagence...

L'esprit ; et nous à sa suite...

Guerriers impitoyables ; défiant le reste ; craignant toute forme de concurrence ; veillant (ardemment) à leur survie (et à leurs intérêts)...

Au faîte de cette émergence minuscule...

A travers ce biais qui nous habite ; et ses (inévitables) conséquences sur le monde...

 

 

Usant du monde comme d'une chose offerte ; en dépit de la fugacité (ou à cause d'elle – peut-être)...

Les yeux ; le territoire et les figures inventés...

Sur la tendresse (un peu rugueuse) de la surface...

Très provisoirement invité(s) ; très sommairement établi(s)...

Comme le long d'un rêve sans issue...

Maugréant à défaut de mot ; fustigeant à défaut de geste...

 

 

Tremblant ; dans le parfum (délicat) des arbres...

Sans inquiétude ; dans la lenteur du mouvement...

En ce lieu qui délivre le cœur de toute appartenance fallacieuse (trop restrictive)...

Nous rapprochant de plus en plus ; à mesure que s'éloignent les illusions...

 

 

Lentement ; ce qui s'approche...

Sur la roche ; vers la fin...

Caressé par le vent des hauteurs...

La bouche encore engluée dans la soif et les cris...

A force de détours ; les rêves qui prennent la place des mots...

Le cœur piégé par l'obscurité ; et l'absence de geste...

Nos vies si tristes (et si étroites) ; prisonnières de ce manque (patent) de lumière et de générosité...

 

 

De nouveau ; l'appel...

Au cœur de la nuit sans écho...

Derrière les apparences du monde...

Sans personne ; tant les âmes se sentent étrangères aux choses...

Sans comprendre ce sortilège ; comme relégué(e)(s) de l'autre côté du temps...

Là où n'existent que la douleur et l'exil...

 

 

Le cœur enfoui sous l'écorce...

Dans le passage sans hâte de l'hiver ; et l'étrangeté de vivre...

A la verticale de l'absence...

L'Amour et le monde ; comme débarrassés de ce qui les défigure – de ce qui les corrompt – de ce qui les condamne...

 

*

 

Approchant nos lèvres solitaires de cette figure étrangère (si proche pourtant)...

A l'âge de l'inaccomplissement...

Vers le visage de la mort...

Les mains de l'enfance ouvertes ; dans des bras (parfaitement) accueillants...

En ce lieu dépourvu de larmes et de temps...

Balayant la tristesse du voyage...

Ravivant le sacré des pas...

 

 

Criant au reste...

Sur ces pierres disjointes...

Le goût de l'incertitude...

A mesure que la présence s'affirme ; à mesure que l'Amour se déploie...

 

 

Inexorablement ; le mystère...

Peu à peu ; de notre vivant...

 

 

De seuil en seuil ; jusqu'à l'ultime franchissement...

Avant le voyage retour ; avant le recommencement...

 

 

Sans le souci des ombres rétives...

Le cœur doux ; la chair tendre...

Dans le paysage ; et derrière le visage – l'oubli de ce qui nous hante...

En deçà des rumeurs du monde...

Alors que l'indéfinissable nous effleure...

La fidélité chevillée au corps...

A se retrouver ici ; au fond du temps ; les pieds posés sur les heures qui passent...

 

 

Nous retrouvant ; devant la beauté du monde...

Rassemblés dans l'aventure...

A nous donner des noms étranges – inventés par une langue analphabète (et embarrassée)...

Sur cette terre qui exacerbe la distance et la peur ; l'arrogance et le mépris du reste...

Nourrissant (de manière pathétique) notre besoin grandissant de certitude(s) et de réconfort ; et célébrant la place prépondérante du rêve...

Comme des caresses factices prodiguées par des mains mensongères (et scélérates)...

Nous éreintant à toutes sortes de tentatives d'extraction ; battant des ailes de manière si maladroite – à travers nos mains jointes en prière...

La tête posée innocemment sur l'autel – comme sur un billot – au milieu du temple...

 

*

 

En silence (et si discrètement) ; cette nomination...

Initiée par les Dieux...

Après le franchissement (assez laborieux) de la tristesse...

Aux confins de l'errance ; à présent...

Le voyage devenu fonctionnel (et involontaire)...

Le cœur fendu d'un large sourire...

Ce qu'offre l'inconnu à ceux qui tracent leur sente (un peu) à l'écart des routes du monde...

 

 

Sous le ciel pluvieux...

Sur le parvis glissant où l'on se tient ; l'âme dansante...

Affranchie des doléances et des objurgations...

A l'ombre du temps...

La figure franche sous le grand soleil invisible...

Aux couleurs de l'azur ; la loyauté...

Celui qui vit au-dedans de tout...

Avec le bleu en récompense ; en trophée discret qui se mêle (très secrètement) au reste...

 

 

A hauteur de la terre ; le jour et la lumière...

L'homme et la pluie...

La chair qui se renouvelle...

L'arbre et la roche...

Tout ce que l'on voit ; tout ce à quoi l'on peut croire (y compris l'au-delà du monde – l'au-delà de la mort)...

Sans pouvoir échapper à ce qui se répète ; et recommence...

 

 

Ce qu'amène le vent ; et ce qu'il emporte...

L'aube ; à travers le souffle ; et la ronde des saisons...

Le monde dans tous les sens...

Et les jours ; et les âmes – qui nous quittent – qui s'en vont et qui reviennent...

Et ce qu'il reste sous les décombres ; au milieu des cendres et de la poussière…

 

 

Au seuil entêtant du nombre...

Le défilé en attente...

Sur les figures noires ; les paupières encrassées...

Le cœur ; entre les mains – prêt à se jeter sur ce qui s'oppose aux jeux de l'enfance...

Immobilisé(s) sur ces rives où l'on tremble ; où l'on amasse ; où l'on persécute et désespère – animé(s) par les mêmes peurs et les mêmes arrière-pensées...

 

*

 

L'âme émue – si furtivement parfois...

Jusqu'aux profondeurs du miroitement ; jusque de l'autre côté du miroir...

Avec tous les reflets qui convergent...

Confirmés par l'espace sans personne ; sans attente...

Comme une coulée d'Amour sur la pierre (plus ou moins longue – plus ou moins dense – plus ou moins effilée)...

 

 

Sans rien implorer...

Ce que l'on avoue ; à travers le sang qui coule...

Dieu dans la chair provisoire...

A toute allure ; en (à peine) quelques jours – la soif comprise...

D'aucun autre royaume pourtant (à moins que tous – bien sûr – ne soient mélangés)...

Le cœur – contre les paumes – ouvert ; prêt à accueillir – sans autre possibilité (sans pouvoir se consacrer à autre chose)...

 

 

Jeté(s) sur l'étendue ; dans la trame grandiose – vivante – monstrueuse ; et n'être destiné(s) qu'à cela...

 

 

Rien qu'un peu de poussière ; si pressée de vivre ; avant d'être emportée vers l'immensité et la lumière...

Des pas tremblants sur une route mille fois empruntée ; au contact de l'inconnu...

Sans la moindre garantie ; pas même celle de pouvoir revenir (et recommencer)...

 

 

Au fond des bois sombres peuplés de bêtes et d'oiseaux...

Dans l'érème couvert de ronces et de bosquets...

Sur le territoire sans chemin...

Le cœur ravi par tant d’absence ; et qui s'enfonce avec quelques étoiles à la main...

 

 

La chair ; sans résistance – face à la hache ensanglantée...

Atterré(e)(s) – abattu(e)(s) – terrassé(e)(s) par les ambitions (cruelles) des hommes...

Dans ce monde sans conscience – sans tendresse...

La tête inquiète ; le corps tendu ; et l'âme lasse de cette ambiance de fête sinistre...

 

*

 

Si peu de jours...

Dans tous les lieux à la fois...

Là où l'on dessine à la craie la pointe des rêves...

Comme une mère solitaire et fatiguée ; lasse d'enfanter des ombres et des chimères ; trop exsangue pour mettre au monde des âmes sans sommeil...

 

 

Sans autre inquiétude que le plus futile...

Si étrangement humain...

Philistin pragmatique (aussi éloigné de l'art que du Divin)...

Réduit à un corps ; animé par le désir...

Entre le rêve et le fantasme ; l'esprit anesthésié...

L'animal – la douleur et la mort ; exclus – bannis – écartés ; que l'on relègue au plus loin...

Et qu'importe que tout tombe en poussière ; et qu'importe que nous ne soyons rien...

Le dérisoire transformé en royaume ; au faîte de toute hiérarchie (personnelle)...

 

 

Des fantômes aux airs désuets ; aux formules incantatoires...

Errant sur l'entière étendue ; (assez) paresseusement – en quête d'on ne sait quoi...

Craignant la mort autant que les vivants...

Essayant de se glisser entre la fable et l'oubli...

Dans les pas de l'ombre ; bifurquant aux premiers signes de clarté ; fuyant tous les lieux où pourrait apparaître la lumière...

Comme condamnés à divaguer éternellement sur ces terres tristes (et sans étoile)...

 

*

 

Le cœur chaviré par la disparition...

Le monde effacé en un instant...

Le vide transformé en néant...

Et la mémoire qui se balance au-dessus du temps...

Le goût de la mort ; jusqu'au fond de la chair ; jusque sous la peau...

Dans le passage déjà façonné de son vivant...

En attendant de glisser plus loin ; vers un ailleurs aux airs de royaume...

 

 

Les yeux fermés ; sur le sol incertain...

Et ce ciel rêvé ; inventé par les esprits soucieux de rapprocher le mystère de leurs pas...

Sans bouger ; le cœur absent – les mains vaguement en prière...

Une sorte de promesse ; trempée dans l'eau consacrée au sacrifice (de l'Autre)...

Rien de l'aventure sur la pierre ; rien du chemin qu'il faut (ardemment) défricher...

Juste un peu de lumière pour donner à l'ombre sa part de merveilleux ; un peu de rêve en ces lieux sinistres...

Une manière d'aller sur une sente bordée de croyances et de superstitions (dont on fait croire qu'elle mène à Dieu)...

 

 

Vers la terre la plus sauvage...

Entre nous et la dépossession ; l'élargissement – à travers le souffle et le pas...

Nous éloignant du probable ; nous éloignant des assassins...

Le cœur plus simple (bien plus simple qu'autrefois)...

Par-dessus les fables ; et par-dessus le sang...

A pieds joints sur le bord du ciel ; l'esprit vide – avec quelques étoiles à la main ; prêt à enjamber le petit parapet des rêves – prêt à sauter dans l'immensité...

 

 

A présent ; l'encre bleue...

Au milieu des images du monde ; des incessants bavardages...

Une parole peut-être (aussi vraie que possible)...

Un chant ; un peu de lumière...

A la manière d'une lampe pour ceux qui voyagent...

 

 

 

A crier sur la pierre grise...

A l'entrée de toutes les grottes...

Un verbe de laideur et de défaite...

Une sorte de langage ; un sabir commun – pour tenter d'exprimer les bruits de l'âme – la nécessité du vent et de la lumière...

Quelque chose de la beauté...

Quelque chose de l'homme ; et du Divin – qui cherchent (ensemble) une issue...

Un autel de toile pour échapper au commerce de l'ombre...

Le cœur (vaillant) qui veille ; au fond de cette vieille suffocation – en quête d'un chemin – d'un possible – capable de nous hisser au-dessus de la clameur et des cris ; une manière (peut-être) d'accéder à ce que l'on ne voit pas...

 

*

 

Au pied de la source...

Le visage épanoui ; l'âme abandonnée...

Le monde mêlé au rêve...

Le cœur léger...

Comme du soleil dans le corps habité...

 

 

Là où Dieu et le temps se sont posés...

L'histoire d'un instant (qui dure, sans doute, un peu moins d'une éternité)...

Plongés au cœur du grand sommeil ; au chevet de l'incurable léthargie des vivants...

Et qui surprendront ceux qui oseront se pencher sur le masque (monstrueux) qu'a revêtu la tendresse...

Un déguisement de circonstance et d'exil ; encroûté de mort et d'oripeaux de chair...

Comme un subterfuge pour tromper l'indifférence...

Une manière – peut-être – de nous faire traverser les apparences (le rideau des illusions) ; une manière – peut-être – de nous rapprocher du lieu sacré...

 

 

Sur le même rivage que la parole et les fleurs mortes...

Indiscipliné et solitaire...

Obéissant aux (seules) injonctions du cœur...

Heureux de plonger au fond de la douleur ; le seul lieu (sans doute) où l'on puisse échapper aux malheurs...

 

 

Sur le dos arqué du monde...

Le grain et la poudre...

Et les peaux (toutes les peaux) qui vieillissent ensemble...

Et, de temps à autre, quelques nuages qui passent ; quelques voix qui s'élèvent (pour se faire entendre)...

Entre les murs de la même enceinte...

 

 

D'un bout à l'autre du monde...

En délaissant le nom ; et toutes les histoires anciennes...

L'âme sans attente ; la figure au vent...

Et l'air que l'on respire dans les intervalles...

Quelques lèvres à notre portée ; à écouter – à embrasser (ou à mordre quelques fois)...

Un peu de bruit...

Et la nuit à porter en bandoulière...

 

 

A l'ombre de l'immensité...

Le regard voilé de bleu et d'espace...

Glissant dans le vent ; entre les montagnes et les étoiles...

Dans un silence parfait...

Le pas sans inquiétude ; le souffle tranquille ; l'âme déterminée – vers la seule possibilité...

 

 

L'ombre immense qui voile les yeux de ceux qui imaginent agir en leur nom...

Le signe du malheur ; lorsque rien n'est partagé – lorsque l'individualité néglige le reste – s'affiche (avec orgueil) – écarte ce à quoi elle est reliée – oublie ce à quoi elle appartient...

Comme un feu tapi sous les étoiles (capable, à terme, de dévaster la terre)...

Comme un écran de fumée (gigantesque) qui enveloppe, peu à peu, la lumière...

Et qui arpentent (qui continuent d'arpenter) ces rives étroites (pas même inquiets – pas même étonnés – par ce manque d'espace)...

Ignorant l'Autre ; ignorant ce qu'ils sont (ce que nous sommes)...

Pas même conscients de tourner (en rond) dans cet (étrange) labyrinthe ; vivant comme s'ils étaient seuls au monde...

 

 

A portée du verbe ; ceux qui prêtent leur âme – leur main ; ceux qui vivent sans étendard – sans écusson ; ceux qui règlent leur geste – et leur voix – sur le ciel (ordonnateur – profondément souverain)...

Entonnant un chant venu de très loin ; initié par la source ; et qui a traversé mille mondes – mille âmes – pour naître (oser naître) au fond de leur gorge ; et teinter l'encre de sa couleur...

La vertu des humbles ; de ceux qui se mettent au service de ce qui les habite – de ce qui les anime (le Divin, en eux, qui ordonne et exige)...

 

 

A l'assaut du temps...

La corde emmêlée ; et qui s'enroule autour de la tête – au fil du voyage...

Comme une chaîne noire qui serpente au milieu du monde ; entre les âmes...

Sans rien présager des pas...

Au fond de la solitude agissante...

Entre Dieu et la possibilité immanente...

A travers l'opacité de ce qui voit...

Dans un espace (de plus en plus) étroit ; jusqu'à ne former qu'un point infime – au terme de la finitude apparente...

 

 

A la lisière...

Au seuil de l'intimité ; juste avant le monde...

Derrière ces murs qui n'en sont pas...

Au milieu des hommes ; au cœur de l'ordinaire...

Parmi le commun ; ce qui se porte à la ceinture...

En dépit du bleu des larmes ; au fond des yeux – de tous les figurants...

 

 

Diserts (presque intarissables) devant les mésaventures du monde ; devant les tribulations des Autres ; et (presque) toujours silencieux face au mystère...

Et ce que l'on parvient (parfois) à exprimer – à entendre – à percevoir  ; à force d'insistances et de prières...

Comme quelques coups frappés à la porte de l'impénétrable ; à la surface des choses – caché au fond de ce qui ne se voit pas...

 

*

 

Étourdi par le vent qui s'engouffre...

Qui frappe le front qui veille et jubile...

Qui agit sur le monde et la mort...

Dans une clarté affairée et murmurante...

Pour mener l’esprit hors du cercle de la tristesse et de la nuit ; au seuil de l'autre rive...

 

 

A chaque jour ; ses révélations et ses éclaircissements...

Comme une poignée de lumière jetée au fond des ténèbres ; dans cette patrie souterraine habitée par des fantômes sans repos...

Implorant Dieu – le monde – la terre – d'une manière si entêtée ; jusqu'aux prémices de l'aurore promise (encore trop lointaine – encore inaccessible)...

Quelque chose (malgré tout) de l'étreinte et de la beauté ; sur ce rivage gris – sans feu – sans foi – que l'on arpente à la lueur d'une flamme si faible qu'elle ne parvient pas même à éclairer son (propre) visage...

 

*

 

Le cœur engoncé ; au milieu des larmes brûlantes...

Sous le feu du trop connu...

Dans cette sorte d'étouffement ; la gorge pleine de rêves et de sable qui ne peut ni hurler ; ni trouver son souffle...

Dans l'assemblage factice des désirs...

Sans même questionner la beauté fugace (et courageuse) des fleurs qui poussent dans les interstices étroits du béton...

En plein ciel ; et dans la lumière – déjà ; en dépit de l'apparente détention...

 

 

Sous la source circulante ; le plus silencieux...

Ce qui patiente avant d'apparaître (dans une expulsion fulgurante ou à petits pas)...

Comme empoigné par les mouvements (les mille mouvements) du monde ; dans tous les sens ; parfaitement droit ou tout de guingois ; au gré des reliefs et des courants qui font et défont la matière (et qui lui donnent ses innombrables orientations)...

 

 

Si lumineusement ; aux premiers instants...

Sans crier gare ; les rênes à la main...

Cheminant au milieu des ruines...

Sous le signe des oiseaux ; sur le fil rouge qui relie (de manière assez chaotique) les civilisations disparues...

A l'écoute de ce qui vibre (encore) sous la poussière...

Dieu (peut-être) effleurant le sommeil millénaire ; et tous les tremblements d'aujourd'hui...

Dans le regard ; aux portes de l'autre monde – déjà...

 

 

Quelques larmes au fond du cœur dépossédé...

Dépourvu d'ailes et de paroles ; dépourvu de toute possibilité...

Comme une fenêtre – pourtant ; dans le ciel glacial de l'hiver...

Les yeux écartelés par la séparation (cette atroce fracture) entre l'âme et le corps...

Comme si le chemin s'enfonçait dans les ténèbres ; comme si le voyageur devait arpenter ce qui ressemble fort aux Enfers...

 

*

 

En ces lieux oubliés...

Au milieu des voix (innombrables)...

Renaissant du corps reclus ; du cœur délaissé...

Sous les ruines (encore fraîches) de l'enfance...

Dans le bouillonnement souterrain...

A notre rencontre...

Perpétuellement...

 

 

Ce que la langue inventorie...

Les routes (toutes les routes) ; d'ici au mystère (aller-retour sans escale)...

Et les détours (inévitables) qui nous retardent et nous éloignent ; à travers le verbe – et les voies qu'il nous faut emprunter...

Comme mille farandoles (et mille étincelles quelques fois) entre la pierre et le ciel...

Sans rien pouvoir restituer ; mais le cœur vaillant – et (presque) toujours avec fidélité...

 

 

La chair usée – souillée ; contaminée et dégradée par le monde et le temps qui passe...

Sans rien déchiffrer du secret ; sans trouver la moindre issue (ni le moindre passage) vers un au-delà de l'horizon quotidien – vers un au-delà des circonstances ordinaires...

Juste un peu de poussière (assez vaguement agglomérée) ; soumise aux épreuves – aux douleurs – à l'adversité...

Avec l'invisible (cette lumière et ce secret encore insaisissables) – disséminé(s) un peu partout ; et, en particulier, au-dedans et alentour...

Et la possibilité (lointaine) d'un éclairage (prémices – bien sûr – de toute compréhension)...

 

 

Le cœur imprégné de faiblesse et de temps...

A la merci du monde et des jours qui passent...

Ne possédant pas davantage que ce qu'il est...

Enfoncé dans la chair vieillissante – ignorante ; accueillant (bon gré mal gré) ce qu'on lui offre...

Maître apparent de son espace ; et si étranger – et si misérable – ailleurs (partout – en réalité)...

Vivant avec l'inquiétude de ce qui le porte et l'entoure...

 

 

Sans rien établir ; ce qui s'associe à l'ouvrage...

Ce qui prend la place de ceux qui sommeillent...

Le dos appuyé contre la clarté...

Avec (toute) l'ampleur de l'obscurité devant soi...

Dans l'ombre de ce qui agite le monde...

Réduit(s) à cette absence ; à cette pauvre ardeur ; sans étai – sans étreinte – sans territoire – face au vent qui cingle l'âme et la chair...

 

*

 

La tête ; derrière soi...

Et le corps lesté dans sa chute...

Répudié(s) tant de fois déjà...

A ne plus croire en rien...

A n'obéir qu'à quelques désirs fugaces (et versatiles)...

A toute heure ; l'ordinaire de l'homme...

A vivre ainsi...

Comme si la vie se déroulait sans heurt – sans ruse – sans tragédie...

 

 

Des mots sans histoire...

Visiblement ; en plein parcours...

D'ici à plus loin...

Sans rien demander...

Offrant une parole destinée à l'espace inhabité – au-delà de ce monde...

Et qu'entendent parfois quelques hommes (qui, bien sûr, ne savent qu'en faire)...

 

 

Sans bruit ; (très) innocemment...

Dans la proximité du souffle qui s'éteint...

Auprès de ceux dont la parole décline (et se raréfie)...

Au seuil d'un autre monde – d'une autre route ; d'une voi(e)(x) plus décisive (peut-être)...

Ce qui pourrait (sans conteste) relayer le désir et la prière...

Un voyage ; par-delà le sommeil et la neige...

Au cœur d'un espace capable de refléter la lumière...

 

 

Désormais ; ce qui se sait...

A travers l'intranquillité...

Cette voix claire et sans visage ; aussi légère que le vent qui la porte...

Né(e) du plus caché ; de derrière ce qui se voit ; du fond de ce qui brille (parfois) dans la nuit la plus noire...

A exposer le plus essentiel ; la vie vivante et impénétrable – ce qui loge dans les profondeurs de l'âme...

Au centre du cercle ; au cœur même de l'être ; porté(e) par l'innocence et la tendresse (que rien ne peut corrompre)...

 

*

 

En quittant les lieux...

Débarrassé des agencements (des insuffisances et des compromissions) de la raison...

Dans la proximité du reste ; très amoureusement accueilli...

Dans l'un des angles du monde les moins fréquentés...

Loin de l'écoumène et des amitiés corrompues...

Du côté des souilles et du vent...

Du côté des bêtes aux aguets et des arbres impassibles...

Dans la proximité du cœur immense...

Ce qui défie l'homme et défait le temps ; ce qui les fait tomber de leur piédestal...

Obligeant l'esprit à éprouver la nudité (et la fragilité) de l'âme en exil ; à expérimenter la solitude ; à questionner le mystère ; à observer le monde ; à plonger au cœur des circonstances...

Laissant les larmes couler ; la bouche crier ; et le corps se morfondre...

Dans le silence...

Dans la tourmente des vents qui parcourent l'espace ; et qui transportent l'écume sombre (et bariolée) des rivages terrestres...

A la lisière des Autres ; au seuil du plus vivant...

Apprenant, peu à peu, à s'abandonner à la confiance – à la quiétude – à la tendresse (à la sensibilité de l'être reléguée, depuis le début du voyage, aux périphéries et aux profondeurs)...

 

*

 

Au plus clair du jour...

L'espace – le vent et la lumière...

Et la tendresse ; comme le faîte du monde...

A travers le jeu et la danse (légère) ; la silhouette qui se faufile entre les obstacles...

Sans nostalgie ; ni la peur de ce qui sera...

Dans l'éternel entre-deux du pas...

 

 

Le verbe voyageur ; initié dans la poussière – entre la pierre et la lumière ; depuis cet espace assez mal défini par l'esprit de l'homme...

S'éloignant du sens ; et se rapprochant du chant...

Dansant entre la vie et la mort ; au cœur de la géographie terrestre – au milieu des éléments...

Compagnon de ceux qui cherchent ; et capable (peut-être) d'aider ceux qui se sont (en partie) laissé trouver – sur ces rives étranges où se mêlent (d'une manière assez inextricable) l'invisible et la matière – l'immanent et le transcendant – les choses du monde et le mystère...

 

*

 

Vivant déjà ; dans le cercueil renversé...

Allant vers le bleu ; sans même y songer...

Encore imbibé de sang et de lumière...

Comme l'oiseau jouant dans le ciel...

Visitant les jardins et les forêts...

Et offrant son chant à quelques étoiles...

A travers la nuit blafarde et sans fenêtre...

(Juste) au-dessus des frondaisons...

 

 

Du sable au miroir ; puis du miroir au sable ; sans trouée – sans rien voir...

Dans le fouillis de la matière ; saupoudrée (ici et là) d'invisible et de mystère...

Avec comme une simplicité (encore indiscernable) au fond du cœur...

Et les yeux rouges ; et les yeux qui s'usent – à force de regarder les choses de ce monde...

Et la mort à l'envers du plus vivant ; à force de vivre au fond de l'absence ; à force de vivre à contretemps...

 

 

L'attente immobile ; avec sur les lèvres – ce sourire – face aux heures qui remontent le cours du temps...

Ce que l'esprit devine (lorsqu'il sait se dessaisir) ; ce que le cœur pressent (lorsqu'il parvient à consentir)...

 

 

Le cœur ; de si loin...

Aveugle à la blessure...

Enveloppé dans un linge de fortune...

Souffrant de cette absence comme d'une brûlure...

L'âme atone ; et corrompue par la terre...

Prisonnière de ce manque de lumière...

Se balançant au-dessus du sang séché...

Le long de cette sente délaissée ; sur ces rives où l'homme brille par sa prétention – son indifférence – sa cécité...

 

 

Là où le vent souffle ; et balaie la terre...

Chassant les imposteurs et les faussaires ; ceux qui empoisonnent le monde de leurs festins sanguinaires...

Dans l'arrière-cour du visible...

Les yeux fermés ; et les mains dégoulinantes de sang...

A deux doigts d'offenser l'Amour ; au seuil d'une nuit sans retour...

En ces lieux où le jour prend des airs de ténèbres inquiétants...

 

*

 

La lumière et le monde ; comme dépossédés...

Quelque chose de l'air et du temps...

Le visage assombri par l'éclat des vivants...

Sans douceur ; et le cœur troué – criblé de flèches et d'infortunes...

L'homme dans sa maladresse ; et dont l'étreinte étouffe ; et, sans cesse, se resserre...

Sur cette terre mystérieuse où rien ne subsiste (sinon la mort)...

 

 

Du plus étroit ; du plus imprécis – de la présence...

Le temps passant...

Et la fange qui s'accumule sous les pieds...

Nous reposant ; sans rien déchiffrer – sans rien défricher (sinon le sol nourricier)...

Semblable(s) au monde...

L'âme agitée ; et l'esprit débordant de son poids...

Sur toutes les traces ; les pieds qui (inexorablement) s'enfoncent...

Dans le sillon des morts et des vivants...

 

 

Alors que l'ombre frappe la terre ; se répand sur le monde (sur ce monde si négligent) ; et se déverse...

Sur la folle ivresse du pouvoir ; sur l'homme aux yeux brillants – au cœur égaré...

Sans larme ; si insoucieux de ses inconséquences...

Croulant sous le poids des désirs ; sous le poids des ambitions...

Balayant (d'un geste trop vif) la lumière dans l'esprit ; condamnant le reste à l'exil et à la misère...

Alors que se retire (discrètement) ce qui (en nous) est capable d'aimer ; comme si la tendresse s'enfonçait derrière le visage ; essayait de migrer vers les profondeurs de la chair ; de rejoindre l'autre côté du cœur – comme pour mettre à l'abri la possibilité du pardon...

 

 

Sous le signe de l'innocence...

Le monde en péril...

La pierre et le passage...

La terre croulant sous trop de poids...

Dans cette lumière (pourtant) ruisselante...

En dépit des soupirs ; et en dépit des plaintes...

Le cœur qui s'éreinte ; puis, qui s'effrite – au milieu du reste – au milieu des ruines – au milieu du monde qui tombe en poussière...

 

 

Sans (grand) espoir d'effacement ; le poing encore levé contre l'immonde...

 

*

 

Auprès des Dieux coupeurs de têtes...

Dans l'ombre de leur pas brutal...

Comme un sortilège glissé au fond du cœur...

A travers l'espace le plus sacré (gorgé de désirs et recouvert de peau)...

Dans le sillage de la mort exigeante et impérieuse (parfaitement tyrannique)...

(Toujours) soumis au plus souverain ; en dépit des fils rompus...

 

 

Dans l'intimité du vivant ; de l'invisible...

Cet espace ; ce chemin – au-dessus des têtes...

Échappant au temps et aux commentaires des hommes...

En deçà du grand ciel noir encombré de rêves et d'illusions...

Au cœur du plus vulnérable...

Sur cette pierre aussi accueillante que l'âme...

Avec dans le geste et la voix ; quelque chose de la tendresse...

Un fragment de ciel ; une (infime) parcelle du secret (que les esprits, en général, ignorent)...

Parvenant (peu à peu) à percer l'épaisse carapace qui protège l'impénétrable...

 

 

A travers le mouvement ; le monde (la matière)...

Ce qui se manifeste ; et ce qui s'efface...

Ce qui apparaît ; et ce qui se cache...

Selon l'ordre du jour ; (assez) secrètement – ce que la nécessité impose...

Arpentant la surface et les profondeurs – jusqu'aux plus infimes replis ; jusqu'aux recoins les plus reculés – de l'âme et de la terre...

Passant sans peine de la lumière à l'obscurité ; du froid au feu...

Partout exposé(s) ; et changeant de nom au gré des parcelles arpentées...

Parfaitement intégré(s) à l'espace (et à l'esprit)...

 

 

Au milieu des astres retirés...

Au-dessus du sable et des oiseaux...

Humant l'air (en souriant)...

Devenant (peu à peu) moins que rien ; l'allié peut-être (l'allié sans doute) de la lumière et du vent...

 

 

Toutes les peines du monde déposées sous la lampe éteinte...

Et les restes du voyage jetés au feu ; par-dessus les masques qui dissimulaient le plus périssable du visage...

Ne portant plus (à présent) que le plus apte à s'affranchir...

 

*

 

De l'autre côté de ce qui est...

Touchant le rêve ; entre l'esprit et la mort – le passage (l'une des rares possibilités)...

Le corps aligné ; dans la perspective – avec le reste...

Dans l'échange ; et la solitude – simultanément...

Au milieu de mille choses (qu'il faut, sans cesse, reconnaître ou réinventer)...

Par-delà le sommeil et la perte...

Comme nous tous ; essayant de vivre les yeux ouverts...

 

 

Entre l'enfance et la douleur...

Lentement (très lentement) ; vers le silence...

Alors que se referment (assez péniblement) les derniers recoins des ténèbres...

L'absence qui, peu à peu, se transforme en possibilité...

A travers le geste qui s'apprend – puis, qui s'incarne et se vit...

En franchissant tous les seuils artificiellement établis...

Le cœur convaincu par la nécessité du voyage...

 

 

Passant ; celui qui est né (comme celui qui est mort)...

Dans l'éternel entre-deux de l'espace et du temps...

Comme empêché(s) – en apparence – par le règne des heures et les règles géographiques (des lieux arpentés) ; coincé(s) – en quelque sorte – entre les mâchoires des dimensions imposées...

Et trop faible(s) [bien trop faible(s) – bien sûr] pour se libérer des contraintes et des conditionnements imposés par le territoire...

Encore trop peu affranchi(s) des flux et des écoulements...

 

 

Au centre de tous les cercles ; entre les cimes et le chaos – le monde et la lumière...

Et ce qui cherche à percer le secret  ; aux confins du plus précieux...

 

 

Au-delà de toute parole...

Cette ivresse qui mêle le monde et le Divin ; le geste et la prière...

Capable d'attendrir le cœur et la main...

 

 

Nous abandonnant (enfin) au discret labeur de l'âme...

 

*

 

Sur le même chemin ; de l'autre côté de la mémoire...

Derrière les baisers rugueux de l'enfance...

Au bout de l'allée – peut-être...

Devenu homme féral ; désynanthropisé – en quelque sorte...

L'âme penchée ; se faufilant entre les herbes et les étoiles...

Retrouvant le goût d'avant le cri ; d'avant le sang...

Lentement ; en remontant le courant de la soif...

 

 

Entre les pierres ; poussées par le vent ; frappées par la peine et la pluie ; toutes les âmes survivantes...

 

 

Dans l'intervalle enroulé...

Autour du rêve et de la nuit...

Au fond de cette fissure où naissent (si souvent) la démesure et la folie...

A travers les visages (tous les visages) de la restriction ; cette (inévitable) inclination de l'infini incarné (de l'esprit incarcéré)...

Investissant tous les lieux où pourrait s'exprimer son besoin de libération ; l'essentiel des élans de ce qui se sent engoncé dans cette étroite gangue de chair...

 

 

Ce qui passe ; comme gravé dans les derniers replis du ciel...

Ce qui se déroule ; sans impatience – sans promesse...

Dans cet interminable trajet (parsemé de hasard apparent)...

Et tous les combats ; à mains nues (bien sûr)...

Et tous les pas ; pieds nus (comme il se doit)...

Chaque mouvement porté par les nécessités (presque toujours impénétrables) du mystère...

Et la chair docile ; en dépit des peurs ; en dépit des cris et des lamentations...

Sur tous les chemins ; en tous les lieux de ce monde...

 

 

Entre les chemins ; le passage...

Le secret que la lumière éclaire (à l'instant opportun)...

Un voyage sans chute ; ni ascension (véritables)...

De simples vibrations ; quelques résonances ; ce qui nous emporte au fil des courants qui parcourent le monde ; le cœur (simplement) obéissant...

Qu'importe la peur et l'obscurité ; qu'importe l'ardeur et la destination...

 

 

Ce que cachent les tremblements de la chair...

Face à ce qui s'offre ; face à ce qui s'impose...

La lumière à tout-va...

Et l'inévitable auquel il faut faire face ; sans compter (bien sûr) l'inimaginable...

 

*

 

A l'écart de ce qui crie...

Loin de ce qui décrète et prescrit ; loin de ce qui ordonne et contraint...

Du haut des jours ; le cœur discret...

Témoin du miracle ordinaire...

Auprès des arbres ; frémissant...

Les mains ouvertes...

Sous le ciel (apparemment) impassible...

Dans l'intimité de la rencontre...

Sans autre absence que celle qui porte au faîte de l'âme...

 

 

Au lieu du jour...

Dans les interstices du cœur fracturé...

Là où l'Amour peut éclore et se déployer ; pénétrer l'âme et le regard ; s'immiscer dans le souffle – dans les gestes – sur les lèvres – sous la peau ; s'imposer dans notre vie ; jusqu'à tout envahir – jusqu'à tout devenir ; jusqu'à inverser les possibles ; et transformer chaque chose – chaque mouvement – en un parfait reflet de son visage...

 

 

Séparée du rire et du reste...

Cette poussière orgueilleuse ; qui fait une fête de son règne dérisoire...

Cette (pauvre) créature composée de terre et de ténèbres...

 

 

Si peu de chose(s) ; face à l'effroi...

Errant dans l'espace comme sur une terre étrangère...

La main distante ; le pas incertain...

A la saison des larmes ; sans (véritable) audace...

Drame après drame ; nous laissant aller à la dérive et à l'égarement...

Alors que le bleu (partout) inonde le monde ; et donne la direction...

 

 

A défaut d'Amour ; ce qu'il reste de la beauté...

Sous le feu encore vivace ; sous les cendres froides...

Dans les remous viciés du grand fleuve ; au cœur même du sommeil...

Dans les vapeurs délirantes de l'esprit...

Comme suspendu(s) à l'aube par un fil fragile...

Nous balançant (assez dangereusement) au-dessus des braises rubescentes ; enveloppé(s) par un épais rideau de fumée grise...

Ainsi (sur)vivons-nous ; sans même connaître l'heure à laquelle se rompra ce qui nous relie au monde – au ciel – au reste...

 

*

 

A proximité de l'Autre...

Dans le lit (torturé) de la tendresse...

Sous des ruissellements de larmes et de sang...

Allant là où l'encre peut (encore) se faire le témoin de l'infortune des vivants...

Sur la roche ; au milieu des choses et du temps...

L'âme et les yeux grands ouverts...

Et la main docile pour esquisser la silhouette triste (et légèrement dansante) du monde sur un petit bout de toile blanche...

 

 

Gonflé(s) de vie et d'ardeur ; jusqu'à transformer le verbe en ciel ; convertir le sommeil en possible ; célébrer la mort et les heures les plus funestes ; jusqu'à habiter un autre monde au cœur même de celui où nous avons l'air de vivre...

 

 

Sur la feuille ; ces hauteurs étourdissantes; ces profondeurs inimaginables...

Dieu et le monde ; ensemble – dansant d'une ivresse semblable (et partagée)...

Brisant le temps et la séparation ; rendant tout confus et indistinct pour offrir à l’œil le plus haut discernement...

 

 

Au fond des yeux ; l’éclaircie...

Comme un baptême de lumière...

Annonçant (peut-être) la fin de la nuit ; la fin de l'hiver...

Ce que l'ombre autrefois désignait ; montrait (au loin) de son doigt rusé...

Jusqu'au jour qui se célèbre comme une fête...

 

 

En deçà de la course ; à présent...

Au milieu d'un reste de rêves ; inerte(s) sur la pierre...

Comme déposé(s) là (à dessein) ; et qui attendent que les vents les emportent (un peu plus loin)...

Le réel – en quelque sorte – émergeant de ses chimères...

Ici même ; en écoutant crépiter le feu...

En contemplant le vivant écartelé par tant de forces ; submergé par tant de possibles...

La hache et le rire dissimulés au fond de l'aube...

Dans la lumière ascendante...

Alors qu'ici tout se dissipe ; alors qu'ici tout se disperse...

Infidèle au monde ; infidèle à Dieu ; et si déloyal envers le reste – (assez) parfaitement humain – en somme...

 

*

 

A force du peu ; la nudité (presque l'effacement)…

Et contre toute attente ; la vie bien plus vraie (et bien plus vivante) qu'autrefois...

Le cœur associé aux mouvements de l'âme et du corps ; ensemble – offrant au monde le plus précieux ; et réintroduisant partout (au fond de l'esprit et au fond des choses) la perspective du plus naturel ; et la possibilité de l'envergure...

Sans s'accrocher aux souvenirs ; sans s'agripper à la chair qui se dégrade (et se désagrège)...

Quelques fragments offerts au vent (ou qui seront adroitement décomposés par les forces souterraines)...

Entre les mains de Dieu ; ce qui a été pris et donné...

Et les cris (et les pleurs) des Autres – dans notre tête – qui se sont tus..

Avec l'assentiment (un peu) inquiet des étoiles...

En ces heures d'étreinte étonnante où prédominent la tendresse – le silence et la joie ; comme une parenthèse inattendue sur cette terre si propice au tapage – au sommeil et au sang...

 

 

Alors que la fissure s'élargit ; et que s'écoulent les substances de l'âme...

Le monde qui s'agite sous nos draps ; au milieu de nos frasques oubliées dans les replis (les plus obscurs) du cœur...

Tout est là qui nous sourit ; et, pourtant, les yeux cherchent ailleurs – plus haut – plus loin – d'autres rives – d'autres rêves ; de nouvelles chimères ; comme si l'esprit voulait s'enivrer plus encore ; étendre la tristesse et la folie à l'étendue tout entière...

 

 

Auprès des arbres et des fleurs...

Le ciel effleuré...

Au-delà du lieu où s'arrêtent les yeux...

Comme si le cœur pouvait prendre la relève et étirer l'espace ; pour transformer le monde en une danse ; en une lumière (un peu étrange – presque saugrenue – vue depuis ces rives trop basses)...

Avec le vent pour souffler sur les braises...

Et l'âme si proche du regard (à présent)...

Afin que tout se consume ; afin que tout se transforme en joie...

 

 

A travers le passage...

Dans ce parcours ; si mal engagé(s)...

A travers la voie qui efface (peu à peu) les traces de ceux qui l'ont empruntée...

Sans savoir où elle mène ; encouragé(s) par ce qui remplace le monde...

(Sans doute) un peu plus loin que là où porte le cœur qui bat...

De l'autre côté de l'âme et de la langue ; sur ces terres interdites aux esprits sans humilité...

 

*

 

Déjà ; absent(s)...

A la rencontre du plus lointain ; l'indépassable – peut-être...

En morceaux ; comme décomposé(s)...

Le visage (pourtant) impassible...

Comme si les cris ne pouvaient s'extirper du fond de la douleur...

Sur la pente dégagée...

En dépit des attaches et des aliénations...

Nous approchant des noces qui se célèbrent après (juste après) le baiser de la mort...

Au cœur de la chair encore pourrissante...

 

 

Sur terre ; cette respiration...

A travers la main ouverte ; le sang qui circule ; le monde alentour...

Ici ; grâce à (à peu près) tout (bien sûr)...

Et si peu de gratitude – pourtant – pour ce qui est [pour les éléments (tous les éléments) qui ont contribué à l'émergence de la terre et du vivant*]...

* et dont nous sommes, bien sûr, l'une des expressions...

Sans même savoir que le cœur attend notre reconnaissance (et notre célébration)...

 

 

Croître encore ; dans l'immobilité (apparente)...

Juste au-dessus des désastres du monde ; juste au-dessus des ravages du temps...

Dans ce recoin inconnu de l'espace...

A gravir le plus haut ; le cœur parfaitement tranquille...

Dans l'ardeur (naturelle) du jour...

Au fil des vents voyageurs qui mèneront au-delà du franchissement (au-delà du pays de ceux qui se croient libres)...

 

 

 

Le séant par terre...

La course comme suspendue...

Dans la compagnie (joyeuse et familière) de la lumière...

La tête ici ; se laissant dériver sans hâte...

Allant de par le monde ; en des lieux (de plus en plus) reculés...

Le regard encore (un peu) teinté des couleurs du pays d'autrefois...

Le cœur pourtant (presque entièrement) évidé...

Au-delà des rives dévastées...

Ce qu'il conviendrait (peut-être) de dire – à présent ; une manière (sans doute) de préciser...

L'étrange (et fascinante) persistance du bleu ; au fil du voyage ; en dépit de la poussière et du feu...

Ce qui survivra (bien sûr) à toutes les tourmentes ; là exactement – sous les paupières ; et devant les yeux...

 

*

 

Au-delà des murs de pierres...

Au-delà de la terre habitée...

Par là où la fleur perce le bitume...

A travers cette puissance fragile qui gouverne le monde ; en dépit des obstacles qui entravent ses mouvements ; en dépit des lames qui entaillent (et mutilent) la chair...

Sans se douter que tout recommence ; et que défilent (indéfiniment) les jours et les saisons...

Ce qui fait pousser l'arbre et l'ombre ; sous la même lumière...

Ce qui existe en deçà des fables et des oppositions ; par-dessous l'évidence ; ce qui émerge des profondeurs – né de cette alliance (invisible) entre la terre et le mystère...

 

 

Croître encore ; alors que tous les seuils sont franchis ; alors que toutes les limites (depuis longtemps) sont dépassées...

Observant (avec attention) le plus infime se transformer...

Du plus étroit jusqu'à la plus ample envergure...

En dépit du dérisoire des choses (de ce monde) ; en dépit des entraves et des fragilités ; en dépit de l'ardeur parfois défaillante...

A la manière du vivant qui jamais ne renonce ; qui toujours s'obstine – s'acharne – repousse et se déploie...

 

 

Au cœur du jour ; tant de maladresse...

Le temps éparpillé ; à travers l'âme et la nuit enchevêtrées...

Ce qui séjourne ici sous forme d'étincelle...

Parmi les eaux qui s'écoulent; et les fluides qui circulent...

Le plus nécessaire (sans doute) – dans toutes ces manières de vivre ; dans toutes ces manières d'aller...

Comme une course folle entre pillards et brigands...

Et qui prend de l'ampleur ; à mesure que se perfectionnent (et se complexifient) les outils – les liens – la structure qui s'organise...

 

 

Tant de passages ; encore...

Au cœur même du sommeil...

A travers le souffle fragile ; à travers la somme des désirs incertains...

L'aube (en partie) repliée ; en dépit de la tendresse derrière le visage (effaré) de la mort...

Ce qui nous est offert (presque à notre insu) ; au seuil du vivant ; à même la rupture et le déchirement...

Dans un enchevêtrement de douleurs et de voluptés ; ce que nul ne pourrait croire de son vivant...

 

 

Ici ; (enfin) un ciel à sa mesure ; le même que celui de l'herbe – de l'arbre et de l'oiseau ; invisible et capable (pourtant) de pénétrer l'ombre et le cœur si orgueilleux de l'homme...

Comme s'il suffisait d'être là ; vivant – et d'attendre les mains ouvertes...

 

*

 

Le cœur frôlé par la lumière...

A travers ces peurs millénaires...

Sous un ciel triste et gris...

Au milieu des Autres ; sur ces rives de misère(s) – sur cette terre d'infortune...

Avec toutes les douleurs au fond de l'âme ; et tous les malheurs qui l'entourent...

Guettant l'opportunité ; une sorte de faille dans la tendresse...

Une manière – peut-être – de piéger le cœur (si maladroitement aligné sur le reste)...

Guidé(s) par l'obstination et le besoin (permanent) de (re)conquête...

 

 

A même la trame ; la danse – au cœur des choses...

A travers les reflets (un peu flous) du monde...

A travers l'écoulement catégorique du temps...

Auprès de la lumière ; déjà – auprès des vivants...

Rassemblant le verbe et l'ardeur pour initier un chant ; et élever la prière jusqu'au faîte du monde...

Et recueillant quelques fois, au fond de l'âme, un ciel improvisé ; joyeux d'offrir aux hommes un sourire – mille possibles ; et l'amplitude du mystère...

 

 

Le pleinement visible...

Mêlé à la lumière qui en voile l'essentiel...

Sur la terre ; dans l'eau ; dans l'air et le feu – éparpillé...

A travers l'espace et le temps ; si proches de la chair...

Sur cette aire où se reflètent toutes les silhouettes qui passent ; et qui envahissent les yeux ; et qui y plongent quelques fois pour atteindre le fond du regard...

Comme des fragments infimes de l'espace (assez) maladroitement recueillis ; et qui constituent pourtant ce que nous connaissons du monde...

 

 

Semblable au murmure...

Ce qui s'éveille au fond de l'âme...

Sans jamais renoncer au monde ; sans jamais s'inquiéter...

Sans même s'interroger sur l'itinéraire ; la suite de la traversée...

Comme si les rives de l'enfance (peu à peu) se rapprochaient...

 

 

Alors que le soc (si laborieusement tiré) tente de fissurer la matière et de lézarder la densité du temps...

Le monde s'étire ; s'élance ; se répand ; trouve mille manières de s'ensemencer...

Rendant tout (encore plus) opaque et confus...

Sans que rien (pourtant) se précise ; sans que le cœur puisse deviner...

Criblé(s) de trous et de tremblements ; comme le corps et la terre – à mesure que se multiplie le nombre des vivants...

Les yeux enferrés dans les profondeurs de l'ombre ; sans voir (sans jamais voir) la lumière ; et oubliant (assez malencontreusement) les conséquences de cette cécité...

 

*

 

S'essayant à toutes les expériences ; ce qui s'offre et ce qui s'impose...

Avec l'assentiment d'un Dieu assez peu orthodoxe (hirsute – dépenaillé et un brin facétieux)...

 

 

Auprès du monde ; la chair sensible – le cœur apaisé...

Dans le mimétisme du jour ; l'âme ascendante...

A l'ombre de l'essentiel...

Fidèle(s) aux mouvements initiés par la vie et la mort ; fidèle(s) à leur ascendance ; et émerveillé(s) du renouveau qu'ils engendrent (et qui les traverse)...

Heureux de cette abondance de combinaisons ; de cette profusion de possibles ; et de la malice des Dieux qui entremêlent les destins d'une (bien) mystérieuse façon...

 

 

Quelques fois, n'étant (presque) plus rien...

Comme le prédisent tous les sages...

A travers le geste ; à travers ce qui contemple ; à travers la parole ; à travers le silence – indistinctement...

 

 

Conscient que le passé se mêle (toujours) à ce qui semble surgir pour la première fois ; sans que rien puisse y échapper ; et a fortiori, bien sûr, cet inévitable retour vers l'origine...

 

 

Sans désarroi ; l'accueil spontané...

De passage ; vers le ciel – (très) exactement...

Dansant ; si près (parfois) du tremblement des choses...

Avec une acuité accrue sur l'autre monde (réservée à l’œil sensible)...

Et sommé(s) d'être aussi caressant(s) que possible ; bien davantage que la main nourricière...

A la charnière des paumes jointes ; ce qui s'envole et ce que l'on reçoit – quelques fragments de ciel qu'il faut ajuster à chaque destinataire...

 

 

Ancré à la terre ; le cœur vivant...

Le regard dépouillé...

Face au désordre du monde...

Face à tous les malheurs et à toutes les malédictions...

Œuvrant sans relâche...

Le destin (toujours) fidèle aux aléas de la traversée...

 

 

L’œil porté à percer l'invisible ; à pénétrer le mystère ; et qui oscille (sans cesse) entre les bords du ciel...

Du bleu à l'intérieur...

Comme s'il s'agissait de nettoyer la crasse sur notre vitre sale ; puis, de passer l'âme et la main à travers...

 

 

Très loin ; la voix qui porte...

Comme une pierre lancée sur l'autre rive...

Et que ne peuvent saisir les fantômes qui traversent le gué...

Trop discrètement – trop secrètement – sans doute...

 

 

Nous balançant – comme les désirs et les rêves – au-dessus de l'abîme ; au-dessus des destins...

 

*

 

Boursouflé d’orgueil...

Gorgé d'air – de paroles et de sang...

L'Homme dans son cri ; dans son chant (qui, presque toujours, oscille entre doléances et oraison)...

Hésitant entre la solitude et la soumission ; entre la règle et la relégation...

Et toujours disposé à célébrer son (misérable) règne en ce monde...

Gueulant son nom par-dessus les bruits...

Et s'étonnant de ne jamais être entendu...

 

 

Devant nous ; le lointain (le trop lointain)...

Les portes de l'exil...

Les marges abandonnées aux périphéries du monde...

Et dans cet espace étrange ; l'interstice au-dedans – qui s'élargit au fil des expériences et des pas...

 

 

Dieu et l'oiseau dans la paume ouverte...

Qu'importe les vicissitudes du voyage et l'envergure de la nuit traversée...

Ce que l'âme découvre ; au-delà du délire – de la fièvre – de la folie...

 

 

Au fond même du sommeil ; le silence – la vastitude – la lumière...

 

*

 

Couleur sommeil ; les profondeurs inexplorées...

Comme le fond de la foule absente...

En toute incertitude...

Parlant et passant ; pour ne rien dire – ne rien faire...

Pareille(s) à une épaisse fumée qui dissimule la lumière...

 

 

Entre la poussière et le fumier ; ce que nous connaissons (ce si peu de savoir)...

Comme une faille ; un (minuscule) interstice ; une infime déchirure – dans l'épaisseur et la densité...

Une lueur (à peine perceptible) dans l'immensité noire...

 

 

Pendant longtemps (si longtemps) ; la plaie et l'aurore (artificiellement) séparées...

A l'ombre de ce qui grandit...

(Très) silencieusement...

Au fil du chemin...

Au fil de la lumière...

Jusqu'au rapprochement ; jusqu'au mélange ; jusqu'au parfait (ré)assemblage...

Ce long (et nécessaire) apprentissage...

 

 

Dans nos rêves d'arbres ; sous le regard candide des dryades...

L'âme à l'abri ; sous les frondaisons...

Le corps dans son terrier ; au milieu des bêtes...

Parmi ces vies minuscules (si minuscules) qui ressemblent tant à la nôtre...

Auprès des siens (en quelque sorte) ; dans la texture chaude de l'humus ; dans la compagnie du plus sauvage...

La chair (à moitié) enterrée ; et quelque chose du cœur très haut perché...

 

 

L'existence pénétrée jusqu'à l'essence...

Et partout l’absence déchiffrée...

Seul ; au milieu des bêtes (si familières de notre présence)...

Les paumes jointes sur le cœur joyeux (sur le cœur apaisé)...

Là où l'éternel et le périssable se saluent – se chevauchent – se célèbrent – rejoignent leurs élans ; pour danser ensemble...

Humble et reconnaissant pour le soleil – pour le vent et le ventre assouvi...

L'âme et la peau ; plongées dans un (immense) bain de tendresse...

 

 

Alors que le regard éclaire les chants du monde...

Dans une sorte d'alliance ; opérant (parfois) un retournement des choses ; et une confusion des sentiments...

Comme une manière (assez singulière – sans doute) d'habiter la terre – l'âme et la chair ; de convertir les larmes et les cendres en une matière transformable ; et une partie de la cécité en lumière...

Un chemin dans le sillage des astres ; une mise en ordre ; un grand nettoyage pour permettre à l'espace et à l'esprit de retrouver leur office naturel...

 

 

Au-dessus des enclos et des bruits...

Au cours de cette (très) étrange leçon de choses ; un peu en hauteur – à la mesure de l'esprit de l'homme (de ce qu'il a de plus ambitieux)...

L'âme et la main tremblantes face aux signes qui s'esquissent quotidiennement...

A travers la parole vagabonde (qui a, bien sûr, cessé de s'interroger) ; incertaine mais vraie – authentique – légitime ; irrécusable (en somme)...

Ce que l’œil avisé devine entre les lignes ; la seule lecture (réellement) propice ; celle que la tête délaisse ; celle qui nourrit le cœur encore affamé...

 

*

 

Près de soi ; plus que jamais – et le reste confondu...

La part qui a toujours manqué ; l'invraisemblable part manquante...

Ce qu'ignorent les âmes horizontales ; et les cœurs à la dérive ; insoucieux (si insoucieux) du secret...

Tous ceux que la nécessité du mystère a provisoirement quittés...

 

 

A l'origine – peut-être ; le fond du pourquoi – aussi vide que ce qui a suivi...

Hissé à hauteur de matière (à laquelle on a – bien sûr – soustrait la densité)...

Des morceaux de pierre et de chair (plus ou moins bien agencés)...

Et un peu d'esprit que l'on a glissé au fond des moins grossiers...

Histoire (a-t-on cru) de gagner du temps ; raccourci auquel il faut, sans cesse, ajouter les mille détours que la tête s'amuse à inventer...

 

 

Le monde ; plongé dans les profondeurs du temps ; comme toutes les figures qui le composent (ce peu de chair) ; et comme le reste (sans même que nous le sachions) tentant d'y échapper...

 

 

Au milieu de la crasse et de l'ignorance...

Traçant notre route ; le souffle (tout) tremblant...

Explorant (peu à peu) l'espace au-dedans (comme l'une des plus sûres manières d'apprendre à être vivant)...

S'éloignant (progressivement) des règles humaines ; et leur substituant les lois naturelles...

Sans rien chercher ; sans suivre la moindre trace...

Emporté au loin ; vers le plus désert – le plus haut ; au bord du ciel – peut-être...

Le cœur et le corps acquiesçants...

Heureux (si heureux) de ce périple (involontaire) qui nous mène vers le plus simple – le plus probe – le plus tendre – le plus seul ; l’essence de l'être – en somme...

Adoptant (presque à notre insu) le seul remède contre la ruse et la barbarie – contre la complexité et la folie des hommes ; le seul remède contre ce qui corrompt l'âme et le monde...

 

 

Nous éloignant plus encore...

Le plus clair du temps...

De tous ceux qui bâtissent leur royaume ; en excluant l'Autre ; en rejetant le monde et l'étranger ; en rechignant à comprendre et à aimer...

Nous rapprochant de l'étreinte ; de la posture la plus intime – peut-être...

Au-delà de toute alliance ; à travers l'effacement des frontières – le reste (tout le reste) incorporé (ou nous absorbé(s) par le reste – dans les deux sens sûrement) ; l'une des rares manières de retrouver l'envergure du cœur originel...

 

*

 

Le cœur recouvert d'affirmations...

Par-dessus les croyances...

La tête inquiète – somnolente et tourmentée...

Aux prises avec un monde impatient – virulent et embarrassé...

Incapable d'être (et de vivre) autrement...

Essayant de glisser le reste (tous les Autres) sous notre botte ; et refusant d'être à leur merci...

Seul ; et cherchant (frénétiquement ou désespérément) des alliances...

En quête de quelques appuis ; d'un peu d'aide (et de tendresse) pour agrémenter la solitude et la misère...

Un peu de chair pour rendre moins pénible (et moins périlleuse) la traversée terrestre...

Ce à quoi ne peut échapper l'homme ordinaire...

 

 

Non arithmétiquement heureux...

Au regard du nombre de choses amassées...

Au regard du nombre de prières et de breloques (propitiatoires et apotropaïques) collectionnées au bénéfice de l'âme...

A tout propos ; pour peu que soient présentes la lumière et la tendresse ; pour peu que ne subsiste rien ni personne au fond du regard ; au fond du geste...

Comme dressé sur la pierre ; (très) attentivement – l'esprit...

Sans aucun linceul sur la fraîcheur...

Et le temps derrière soi ; comme oblitéré...

Quelque chose de l'espace sans porte ni frontière...

Le Divin ; comme habité par lui-même...

 

8 avril 2024

Carnet n°305 Au jour le jour

Mars 2024

Embrasser la dérive ; la succession des errances – et toutes les ruptures nécessaires au voyage...

Jetant son souffle et ses armes – comme son dévolu – sur la terre...

Marchant dans un déséquilibre équivoque ; au milieu de l'indifférence...

Sans se dérober à la douleur ; à la débâcle ; aux effondrements...

Vers la lumière ; le cœur envoûté par ce rayonnement discret ; cette puissance autonome – sans mainmise – sans domination...

Creusant le lit du possible – à même le ciel et le silence – pour donner naissance à un lieu où le geste et la parole pourraient célébrer la joie...

 

 

Rien ; au regard de l'espace...

Quand bien même les conséquences seraient meurtrières...

Ne récusant ni les faits ; ni la folie de ce monde...

Allant (si douloureusement) par les chemins...

Comme après une déflagration...

Dansant dans la poussière avec moins d'ardeur ; et moins de volonté...

Traversant l'existence – les peines et l'affliction – avec plus de respect et de dévotion...

 

*

 

Présent désormais ; en dépit du froid...

Aux limites de la lumière...

Malgré les épreuves et la mort...

Soutenant la flèche et la fuite ; le geste incarné...

Et cet irrésistible sourire face à l'épaisseur de la matière ; face à la grossièreté de l'esprit...

 

 

Sur le chemin ; le passage...

Au milieu des arbres et de la lumière...

Libéré de cette bouche braquée sur la faim...

A travers le silence ; le monde exploré...

Au fond du lit de la fortune...

Le destin éclairé et solitaire ; avec tous les rires – le soleil et les rencontres – à l'intérieur...

 

 

Le désir si proche du silence...

De presque rien à plus rien...

Le cœur en fête ; l'âme en joie...

Face à ce monde stérile – absurde – infernal...

Effacé (peu à peu) par cette présence radieuse – rayonnante – qui se déploie sur la pierre...

 

 

Du côté de la part dansante du monde...

Humble et silencieux au cours du passage...

Vivant comme à la dérobée ; loin des lumières mensongères...

Célébrant la joie et le rayonnement...

A la manière d'un engagement ; le sacre de l'inconnaissable – à travers le sourire et le geste ordinaire...

 

 

L'émergence de l'immensité ; et l'entrée dans l'intime – concomitamment...

Et à recommencer autant de fois que nécessaire...

A l'invitation du silence ; à l'invitation des sommets...

Sans rien ressasser des désastres successifs...

Sans plonger dans le repentir...

Pendant des millénaires...

Le difficile apprentissage de l'humilité...

 

 

Surplombant tous les soleils et toutes les lois...

Ayant (depuis longtemps) renoncé à courir dans les couloirs sombres et labyrinthiques...

Ayant (peu à peu) appris à s'élever silencieusement au-dessus des simagrées – au-dessus de la cécité...

Parcourant l'âme – le monde – l'espace – avec de plus en plus de légèreté...

 

*

 

Le regard sans pitié ; face à la débâcle...

Comme une résistance à la paresse – à l'abondance ; le refus du spectacle...

Au profit du plus élémentaire ; ce qui sous-tend toute survie...

A l'écoute de l'enfance qui cherche et s'oriente ; l’œil attentif – l'âme dévouée...

Sous tous les feux que l'on allume ; le cœur – la joie – le plus opiniâtre...

 

 

Soumis à cette passion (un peu folle) pour l'en deçà et l'au-delà du festin ; l'en deçà et l'au-delà de ces pauvres choses qui se trament sous les étoiles – sur cette pierre minuscule...

Bien plus qu'une fenêtre ; qu'un foyer ; une perspective...

Ce qui libère des entraves et du sang...

Ce qui affranchit de toutes les faims...

Le désir le plus haut – le plus vif ; ce que vise (parfois) l'esprit humain...

 

 

L'allure (bien) plus légère que la peur...

Vers cette terre qui ôte à l'âme tout son poids...

 

 

La nuit parcourue...

Le sourire aux lèvres en voyant le jeu ; les bouches tordues ; les mains suppliantes ; tous ces gouffres qui nous engloutissent (à petit feu)...

Les corps et les âmes malmenés sur la pierre...

Ce si peu d'espace envahi par les fables et les effigies...

La réconciliation (encore) impossible entre le cœur et l'esprit...

Le monde tel qu'il nous apparaît aujourd'hui...

 

 

L'écoute ouverte...

L’ascèse et l'étreinte ; et le plus visible derrière le visage...

Et la voix qui nomme (encore assez furieusement) les choses de ce monde ; le doigt qui pointe l’absence et les excès ; et ce besoin (fondamental) de lumière...

Par tous les chemins ; ce qu'il faut explorer – découvrir – rencontrer – abandonner – pour renverser l'obscur (en lui laissant la part qui lui revient) ; ce qui nous est (innocemment) destiné...

 

*

 

Quelque part ; là où l'absence domine ; là où les têtes impatientes façonnent ce monde obscène et sans tendresse...

Trait pour trait ; notre visage ; alors que l'âme souffre de ce manque d'Amour et de silence...

Comme des meurtriers sans conscience qui fouillent dans le ventre des dépouilles ; et qui arrachent les entrailles de leurs doigts grossiers pour les fourrer dans leur bouche...

Au lieu de servir et de s'incliner ; au lieu d'honorer l'Autre et la différence...

 

 

Trop passant(s) ; trop déraciné(s) – trop peu incorporé(s) au reste – sans doute...

Sans lieu ; et sans ressource...

Face à cet affolement sans faille...

Vivant sans alternative ; le geste et le verbe si pauvres (terriblement appauvris)...

Ânonnant ; au lieu de s'élancer ; triste(s) et transpirant(s) au lieu d'obéir et de suivre la trace...

 

 

Profondément ; la lumière et la nuit...

Ce qui apparaît ; aussi exaltant que les profondeurs...

Certes passager ; et (assez douloureusement) soumis à l'usure et à la disparition...

Mais né pour la fête ; rejoindre la danse ; participer à la célébration ; oser tous les franchissements...

Sur cette ligne de crête qui traverse les mondes...

 

 

Cette pierre ; sur soi...

Et sous cette chair rouge et suffocante ; gorgée d'histoires – de larmes et de sang...

Usant les dents ; usant les rêves ; usant les doigts...

Sous le règne du ventre ; tous les destins...

Ce qui nourrit et ce qui enfante ; la fête et les festins...

Les yeux entre le feu et la mort...

A la traîne de l'âme ; sans aucune intimité – ni avec les choses – ni avec le ciel...

Et brûlant (pourtant) de s'explorer ; et de se reconnaître...

 

*

 

Au faîte ; silencieux...

La douleur éparpillée sans cérémonie...

Entre nous ; le jeu – les astres et le foyer ; ce qui nous tient (tous) ensemble...

Sans mur ; sans indifférence...

Si fraternellement...

 

 

Par instant ; la tête à l'envers – l'âme chahutée – bousculée (et qui bascule quelques fois)...

Abreuvant le désir à la nuit...

Répandant – comme tous les Autres – les cadavres et les tempêtes...

Le cœur abîmé – tapageur – tumultueux ; l'esprit si avide – réifiant le corps (tous les corps) au profit d'un rêve plus sombre que le monde...

 

 

Alternativement [mais le plus souvent entremêlé(e)s] – la clarté et l'illusion ; le geste et le sommeil – le réel et le rêve...

Comme plongé(s) – piégé(s) peut-être – dans une perspective (complexe et plurielle) qui subordonne tout ce qu'elle entraîne dans son sillage...

 

 

Amoureusement ; comme le soleil sous la peau...

Comme une caresse des profondeurs...

Cet être au monde (trop souvent) pendulaire...

A devancer l'aversion...

Assez seul ; et si singulier dans ses manières...

Usant du langage comme d'un chemin ; à travers la forêt – des lignes qui tracent leur sente ; qui dessinent (peut-être) un destin...

Auprès de soi ; une présence ; ce qui nous habite ; et des forces qui nous traversent...

Savoureusement enfoncé(e)(s) ; et du côté (pourtant) du plus élémentaire...

Comme une fête ; au milieu des étoiles et des illusions...

 

 

Peu à peu déclinant ; comme tout ce qui a été édifié...

Disparaissant avec fracas ou sur la pointe des pieds...

Le corps – le souffle ; jusqu'à la route qui s'arrête devant les grilles...

Comme brusquement interrompu(e)(s)...

Sans savoir (ni même deviner) que quelqu'un veille ici ; et nous accompagne de l'autre côté...

 

 

Jamais séparément ; le cœur et la beauté...

Des premières aux dernières fois...

Le visage éclairé par la lumière...

L'infini qui se jette dans nos bras...

Le silence qui (peu à peu) remplace le cri...

L'âme parfaitement présente ; en dépit de la chair dépecée que l'on entasse (un peu) partout...

Le Divin (nécessairement) appelé – et accueilli – jusque dans nos pires excentricités...

 

 

A quelles têtes s'adressent donc ces lignes...

Le feu qui enflamme la noirceur ; et la densité qui remplace l'épaisseur...

Au cœur de cette nuit et de cette matière ; si florissantes...

 

 

L'être ; livré au monde – et se jetant (avec vigueur) dans toutes les batailles...

Le sourire aux lèvres ; le cœur (profondément) engagé...

Et l'esprit dans ses limbes clairs...

Au cœur de toutes nos tentatives ; ce qui se redresse – ce qui périclite – ce qui s'éloigne – ce qui s'incline – ce qui dure (un peu) – ce qui disparaît...

 

 

Dans la continuité du glissement...

D'ici à la source ; en pointillé de toutes les existences...

Sans pouvoir se dérober...

Face au jour comme face à la nuit...

Au milieu des rumeurs et des ombres...

Dans ce (très long) couloir rempli d'horreurs et de cris ; cette sorte d'antichambre de l'inconnu...

Avançant – somme toute – assez machinalement...

 

 

Hors de la horde ; alors que partout scintillent les illusions...

Longeant le long mur de pierres grises...

(Très) naturellement...

Le cœur primesautier...

Passant (soudain) de la tristesse à la félicité...

Le soleil à la place du visage...

Et l'inquiétude qui s'estompe face à l'éclat de la lumière...

Sans rien oublier de la bêtise et de l'obscénité de ce monde ; et des mille possibilités rencontrées au cours de la traversée...

 

 

Cette nuit ; jusqu'à l'autre nuit...

Sur cette terre si peu concernée ; si propice à la création du simulacre...

Et, en nous, sous les secrets ensemencés ; l'intégrité du mystère ; de moins en moins perceptible à mesure que s'intensifie la comédie ; à mesure que s’accentue la cécité...

 

 

A travers les larmes et le vent ; l'esprit triste et ébouriffé – (totalement) inconsolable...

Alors que la saison s'étire vers sa fin...

De quoi se lamenter sur le sort des vivants...

Sans que rien ne puisse nous réconforter...

Toutes lumières éteintes ; jusqu'au seuil de l'immensité...

Et le cœur toujours palpitant ; et presque aussi serré qu'autrefois...

 

 

Alors que s'amplifie la dévastation ; et que s'approfondissent les sillons...

L'aube en son royaume ; (un peu) oubliée – le cœur pensif et le visage penché...

 

 

La longue (la très longue) ligne commencée au sortir de l'enfance...

Vers le plus lumineux...

Et face au soleil ; à présent...

Qui s'est (progressivement) éloignée des dévoiements et des compromissions...

Sans rien déplacer ; sans rien comptabiliser...

Laissant la banalité disparaître et ressurgir ; et disparaître encore...

Témoignant des merveilles et de la boue ; des accolades et des trahisons – à travers toutes les rencontres expérimentées...

S'abandonnant (sans résistance ni surprise) autant aux entraves qu'au mystère...

 

 

Vers l'invisible ; l'insaisissable – le voyage...

Froissant tous les désirs ; tous les projets ; tous les repères...

Offrant l'incertitude et la liberté...

Le goût de soi ; à travers le reste...

Et le goût du reste ; à travers soi...

Finissant par se fondre dans un seul visage...

Sous l'autorité (attentive et bienveillante) du regard...

Le lieu du jeu et de la lumière ; à peine plus loin que le poème…

 

 

Aux cœurs rompus par tous ces cercles nocturnes...

Pris au-dedans même du voile ; au-dedans même de l'épaisseur...

Ce si peu vécu (sans doute par manque de curiosité)...

Au(x)quel(s) s'adresse (pourtant) cette voix claire et sans superstition...

Porté(e) par le feu et le vent...

Offrant son souffle et ses flammes...

Comme le couronnement du destin – cette tâche si banale ; et capable (bien sûr) de s'adresser à chacun...

 

 

Auprès de cette lampe posée sur la pierre...

Au milieu des chants d'oiseaux crépusculaires...

Au cœur du plus quotidien ; au cœur du plus ordinaire ; les gestes et le cœur à découvert...

Sous la lune ; la roulotte établie...

Dans le froid des cimes...

La solitude assise...

Et ce rire qui émerge des profondeurs de la chair...

L'esprit (parfaitement) apaisé ; et l'âme à son aise...

Infiniment vivant ; face à cette lumière fraternelle...

 

*

 

Après l'effondrement ; au-delà de l'altération ; au-delà même de l'anéantissement...

Sous la surface ; ce qui règne – l'invisible à la manœuvre...

L'esprit (curieux et insatisfait) qui apprend (peu à peu) à échapper à l'illettrisme du cœur...

Comme pour s'extirper de cette impasse (de cette sorte d'étau) entre l'enfantement et les viscères ; entre l'asphyxie et la nuit traversée...

Prêt (enfin prêt) à se dégager des conséquences du sang et de l'inconscience...

A sauter par-dessus la balance qui oppose à la peur le dérisoire et l'obstination...

Qu'importe les élans contradictoires ; tant que la nécessité nourrit l'ardeur...

 

 

Sur la coulée du temps ; le devenir...

Entre ces parois si épaisses...

Le cœur appliqué à chérir hypocritement...

Au milieu des crimes – des masques et des déguisements ; au milieu de la danse et des défilés ; au cœur du grand carnaval...

Dans l'assentiment (enthousiaste) de tous les paradigmes de ce monde...

Faisant gonfler la pâte comme le levain...

Cette malheureuse baudruche sur le point d'éclater...

 

 

Le ciel – en soi...

Sous la caresse des arbres ; et jusque dans ce souffle et ce sang qui assurent notre survie...

Face à une foule de visages ; à une armée d'ombres au cœur aussi dur (et aussi froid) que le marbre...

Ce qui s'offre à l'étendue...

Face au déclin d'un monde sans promesse...

L'abandon et la lumière ; comme les seules armes envisageables...

 

 

Comme se répand le jour...

Sur toutes ces têtes piégées au cœur du labyrinthe ; pénétrées par l'ignorance ; atteintes de cécité ; comme dépossédées du plus essentiel...

S'enfonçant dans cette nuit sans perspective ; sans horizon...

Guidées par le plus sombre de l'homme...

Ravageant le monde ; dilapidant les merveilles ; aveugles à tous les miracles...

Courant dans le noir ; construisant (méticuleusement) la débâcle ; aggravant chaque jour l'ignominie ; échafaudant (presque toujours) le pire...

Répandant l'horreur et la mort – sans tressaillir [éclairées par un sourire de satisfaction (incompréhensible) sur les lèvres]...

Anéantissant tout espoir de lumière...

 

*

 

Au cœur du sacrifice ; ce si long sommeil...

Sans aveu ; au bord de l'inexistence...

Comme une parenthèse dans le voyage ; une sorte de séjour (un repos, sans doute, nécessaire)...

Un suspens au cours duquel la violence se déchaîne...

Sans question ; sous le même soleil (depuis tant de millénaires déjà)...

Sans rien comprendre ; sans rien saisir de ce monde apparemment réel...

L'esprit (bien) trop étroit ; (bien) trop épais ; (bien) trop empêché ; bien sûr...

 

 

Enchevêtré(s) dans la trame des choses et du mystère ; et comme entravé(s) par elle...

Parfaitement incapable(s) de déchiffrer cette existence et ce monde qui demeurent (à bien des égards) profondément énigmatiques...

 

 

Précipité par la force ; face à la loi...

Comme l'infini qui heurte un mur de poussière ; qui passe à travers une porte sans porte – qui franchit un seuil (une frontière fictive – une démarcation illusoire – inventée de toutes pièces par l'esprit de l'homme)...

Vers lui-même ; à coup sûr (ou, tout au moins, vers une forme d'élargissement) ; l'espace qui se rejoint (qui tente de se rejoindre) – en quelque sorte...

A travers l'effacement de l'artificiel ; à travers le renversement de l'illégitime...

Glissant (allègrement) vers la subversion nécessaire (requise par l'état pitoyable de ce monde)...

 

 

Au plus bas de l'âme ; au plus bas du monde ; là où les ténèbres rencontrent le cœur...

Sans faille ; sans fable ; sans fraude – possibles...

Sans qu'intercède ni la pensée – ni la prière...

Dans un état d'abandon décisif ; au plus haut degré (peut-être) de la déréliction...

Au-delà du cri et de la plainte ; au-delà des larmes et du refus...

En ce lieu où l'absence et l'obscurité peuvent se transformer en présence et en lumière ; aux confins du vide et de l'individualité...

 

 

Installé là où nul ne vient ; là où nul ne passe (là où nul ne peut venir ; là où nul ne peut passer)...

En ce lieu où la mort est le seul visage ; le seul usage ; la seule possibilité...

Accroché (si fébrilement) à nos lacunes et à nos faiblesses...

Alors que tout se déroule ; que tout se dévoile ; que tout se révèle ; émergeant de la véritable figure du monde...

La porte ouverte ; à genoux devant ce qui se lève ; à genoux devant ce qui s'avance (vers nous)...

Comme une lampe à la place de l'âme défaillante ; à la place du jour défectueux ; et ces larmes (involontaires – intarissables) qui ruissellent face au miracle...

 

*

 

Si férocement logique ; le monde...

Toutes les courbes ; redressées – et alignées...

Du plus anodin au plus essentiel...

Si atrocement industriel...

Et sans cesse répétant – réinventant – recommençant ; jusqu'à l'épuisement ; jusqu'à l'extinction ; jusqu'à l'anéantissement...

Toutes les alliances (naturelles) ; contredites – écrasées – oubliées – évincées – corrompues – détournées...

Sous le règne (absolu) du désir et de la terreur...

Jusqu'à exploiter (jusqu'à inquiéter) le plus infime brin d'herbe...

L’œuvre (monstrueuse) de l'homme...

 

 

Affleurant le reste ; le plus simple...

L'éternelle solution...

Vers ce dénuement lumineux...

Pour retrouver la joie des vivants...

 

 

Sans frontière – sans territoire ; l'étendue...

Propice à toutes les transformations...

Initiant l'élan ; puis laissant faire le reste...

Le monde en actes ; le monde agissant – tel qu'il nous habite ; tel que nous le vivons...

 

 

Place nette ; à l'approche...

Au seuil avancé de l'angoisse...

Avec ce surcroît de fatigue ; en plus du tourment...

Le cœur suffisamment vide – pourtant ; comme si toutes les ombres s'effaçaient...

Emporté(e)(s) par les songes ; dans une sorte de ruissellement...

 

 

Dans l'obscurité du chemin...

En plein hiver...

Le plus vivant...

 

 

La preuve criante de la défaite...

Sur le parvis des jours...

En plus de la source et des eaux boueuses...

A sangloter (inutilement) devant l'entrée du temple...

Face à l'adversité ; face aux reconquêtes (perpétuelles)...

Comme une nuit dans la nuit...

Aux prises avec la pensée complice...

Assis sur la pierre ; sans même le souvenir du premier pas...

Le cœur si mal accordé au sol et au ciel...

Le corps exalté ; inféodé au souffle (très provisoirement) victorieux...

 

*

 

Sur la neige invisible du monde ; l'âme – les yeux ; le geste et la parole...

L'être comme trempé dans la glace et la nuit ; au cœur de la matière la plus sombre et la plus insensible...

Des ombres dépeçant d'autres ombres...

Sous le soleil hiérarchique des valeurs...

D'un bout de chair à l'autre ; toutes les croyances éprouvées...

A gémir en plein vent ; alors que d'autres agonisent (atrocement)...

Mille armées qui s'affrontent ; jusqu'à l'extermination ; jusqu'à l'anéantissement...

L'insanité et la barbarie partout célébrées ; et leurs plus dignes représentants couronnés – et hissés jusqu'aux cimes du royaume...

A se traîner si tristement sur ces rives où, sous les masques de la morale et de la probité, se succèdent (sans s'interrompre) les pires impostures et les farces les plus cruelles...

 

 

Sur le territoire de la démesure ; au milieu des dérives et des trahisons...

Comme si les cœurs et les têtes obéissaient aux plus viles ambitions...

Ce que l'on violente ; ce que l'on asservit – derrière les sourires et les révérences...

Ce qui contamine l'entière étendue ; ce qui s'insinue sous la surface – jusqu'à souiller les profondeurs...

Prisonnier(s) de cet atroce spectacle* ; qui nous glace les sangs ; qui nous joue (à tous) des tours effroyables ; et qui finira (bien sûr) par avoir notre peau...

* qui relève (à la fois) de la mascarade et de l'escroquerie

 

 

Au cœur du quotidien...

Le geste habité ; la parole nue...

Le vide – le vent et la vérité...

La peur et le sommeil ; comme effacés...

Plus qu'un temple ; plus qu'un chemin...

Ce que nous sommes ; ce qui nous constitue...

Parfaitement libres ; parfaitement écoutés ; parfaitement vivants...

 

 

Comme s'il suffisait d'un peu de souffrance et de solitude...

Comme si tout pouvait s'effacer...

Comme si les ombres ne peuplaient que la mémoire...

Comme si l'on n'avait qu'à repousser la violence et le sommeil...

Cette nuit ; et toutes ces lois ; si vivantes – si épaisses ; par-devers soi...

Emporté(s) – déjà – au-delà de l'angoisse...

Au-dessus des cimes et des feux...

L'horizon ouvert ; comme un miracle...

Seuil après seuil ; tout ce que l'on parvient à franchir...

 

*

 

Sur le sol ; hurlant...

Le cœur enragé ; au bord de la suffocation...

Alors que rien n'a encore (véritablement) commencé...

L'esprit vide ; l'âme comme détachée...

Incapable de s'habituer à la puanteur de ce monde ; à l'étroitesse des interstices ; à l'indifférence des vivants...

Comme si un (insupportable) silence recouvrait la terre à la manière d'un linceul...

 

 

Dissident ; indissociable de la révolte ; de cette résistance (nécessaire) à l'oppression...

Porté par un souffle réactif (et viscéral)...

Plutôt le feu que les yeux vides ; que les yeux baissés ; que les yeux qui se détournent...

La bouche hargneuse ; en guise de poème – en guise d'horizon...

Le poing levé vers le ciel ; et cette prière (enflammée) adressée aux hommes...

Essayant d'offrir un peu de lumière à cette profusion d'obscurité (à la manière d'un vent jeté sur la poussière)...

Un geste infime ; à contre-courant ; face à ce qui nous opprime ; face à ce qui nous indigne ; face à ce qui risque (bien sûr) de nous engloutir (avec le monde)...

 

 

Ici ; le trouble...

Ce qui se crie ; dans ce bouillonnement (presque) insupportable...

Au seuil du trop serré...

La gorge au bord de l'asphyxie...

A tenter de reprendre souffle...

Comme un élan (naturel et un peu désespéré) vers l'étendue bleue...

 

 

Incliné ; sans calcul...

Alors que tout est rompu...

Toutes les alliances sur le dos...

Seul ; face à l'insoutenable...

Comme une plongée au cœur de l'inconnu...

 

 

Par-dessous le sang ; l'horreur que l'on exacerbe...

Dans ce monde irréel ; gouverné par le rêve...

Déplaçant des armées et des montagnes...

Accentuant la douleur – le supplice – le carnage...

Au nom de quelques têtes qui s'imaginent savantes (sachantes)...

Au nom du songe dans lequel tout est précipité...

 

 

Ce que nous avons créé ; à la manière d'une bouche – d'un ventre – d'un gouffre – qui engloutit tout ce que nous accomplissons...

 

 

Sans oser se risquer au-delà du songe...

Le monde d'avant la mort (et qui – irrésistiblement – y conduit)...

La vie éparpillée ; qui s'éreinte dans la poussière...

L'inexistence démultipliée...

En plein sommeil...

Qu'importe le jour et les yeux ouverts...

Qu'importe la lumière lancinante...

Au fond du gouffre ; l'errance...

Sur cette bande de terre étroite et trop peuplée...

 

 

Le Dieu pressenti ; et ce qui nous cingle...

L'histoire obsédante dont nul ne peut s'affranchir...

Et l'aube – au loin – insondable ; et que l'on parvient à atteindre pourtant à mesure que l'on s'abandonne ; à mesure qu'on se laisse pénétrer par l'Amour – le monde – les circonstances...

 

 

L'esprit vide...

Les mains dociles...

Le cœur enfin éclairé...

 

*

 

Le souffle prisonnier qui s'évade ; pour échapper à l'étouffement ; pris dans ce tournis qui conduit à l'asphyxie ; pour franchir les frontières – élargir l'horizon – arpenter l'univers...

Comme une rive (des rives – mille rives) nouvelle(s) à explorer...

Dans cet air vicié du déjà vu ; dans ce monde de l'éternelle répétition...

 

 

Ni plus ombre ; ni plus chaîne...

Dédommagé – en quelque sorte – de ce plongeon dans la nudité...

Plus loin que le sang ; plus haut que le ciel des hommes...

Comme cette goutte de rosée ivre du chemin parcouru – du périple qui l'attend – du cycle qui (inlassablement) recommence...

Infime et dérisoire ; mais émancipé(e) du monde et du temps [par son enchevêtrement (infini) avec le reste]...

 

 

Par-delà la fièvre et les embuscades fomentées par le temps...

Dans l'instant affranchi des attentes...

Comme l'écume – consciente des profondeurs immuables qui l'ont fait naître – qui acquiesce (avec d'autant plus de joie) à sa petitesse – à son insignifiance – à sa fugacité...

 

 

Bouche bée ; face à l'obscurité...

L'ombre de la joie partagée...

Sur cette pierre sans prestige où les hôtes – pourtant – sont accueillis...

 

 

Sans rien reconnaître du gîte...

Et passablement désappointé(s)...

Sur ces chemins de sable et de poussière ; enchevêtrées (et obsédantes) – la quête de l'origine et la course à l'étreinte...

Et bientôt gisant au milieu des Autres ; à même la déchirure – à même l'indifférence...

 

 

Le jour comme porté par le visage...

Les mains hautes ; sans dague ni épine...

L'âme (parfaitement) lumineuse ; sans accablement...

Le cœur fort et fidèle...

A travers toutes les expériences...

Ce que nous sommes ; au cœur de la résonance...

(Profondément) incliné ; à la verticale de ce monde ; à la verticale de toutes les assemblées...

 

*

 

Manœuvre du recul et des profondeurs...

Distance haute et langage (assez) mystérieux...

Gestes amples et lents...

L'âme vive – pourtant...

Au milieu des créatures et des choses qui, sans cesse, se renouvellent ; et qui, sans cesse, recommencent...

Notre univers – en somme ; avec ses forces – ses courants et ses danses ; s'essayant simultanément à l'obscurité et à la lumière...

 

 

Parcourus et déchirés ; tous les rêves...

Puis, plus loin – ce qui mène au-dedans...

Comme quelque chose à explorer – à élargir ; un passage peut-être...

Un non-sens (sans doute) à désagréger...

Une sente vers le soleil ; vers la beauté ; sans rien meurtrir ; sans rien amasser...

A la manière d'un équilibriste ; au-dessus des corps et des cris – entre la pierre et l'infini...

 

 

Entre le ciel et la pierre ; celui qui vit – celui qui voit – celui qui se laisse traverser par la poésie...

Comme des éclats d'infini accrochés aux signes – aux yeux – aux gestes – au cœur...

Le secret de l'âme ; ce qui s'expérimente et s'écrit (de manière quotidienne)...

Dans cette trame ; un peu à l'écart du monstrueux...

Ce qui compte ; ce qui s'impose ; le plus juste – l'essentiel (sans doute)...

Tel un fragment dérisoire ; si humble – si infime – si réticulaire...

Ce qui est offert ; de façon (presque) fugitive – l'impénétrable...

 

 

Le soleil et la simplicité des forces naturelles...

Comme un surcroît de temps...

Dans le regard ; le frémissement de l'enfance...

Et tant de fils à démêler ; et tant de sentes à explorer ; et tant de racines à reconnaître...

Vers l'abrupt ; sans pirouette – sans promesse – sans prouesse...

La hache virevoltant pour essayer d'éparpiller les malheurs et les tempêtes ; pour essayer de récupérer un peu d'air – un peu d'or – reconquérir une (infime) portion du territoire...

Et ce à quoi l'on parvient ; à mesure que l'on s'enfonce au cœur du chaos ; à mesure que l'âme et la joie retrouvent leur envergure (initiale)...

 

*

 

Qu'on aille là où les grilles sont des chemins ; jusqu'à se distendre – jusqu'à se liquéfier – pour franchir les limites – atteindre toutes les extrémités...

Sans calcul – sans cécité...

Avec le souffle clair ; et le cœur ardent...

A coup sûr ; hors du labyrinthe – à travers le franchissement (assez aisé) des murs...

Vers ce lieu où ne subsistent que la poussière – la lumière et le vent...

 

 

Parmi les charognes et le sang...

Dans cette nudité solaire – pourtant...

La pensée courbée jusqu'à la rupture...

Un pas dans le regard ; et un autre dans l'abîme...

Jamais à reculons ; jamais avant l'heure...

Au milieu des ombres ; au milieu de ce qui n'a jamais compté ; au milieu de ce qui se désagrège...

Comme l'âme fidèle ; comme la parole vivante...

 

 

L'illusoire insuffisance de l'âme ; face au monde...

Assez ample (qui le sait ?) pour absorber les ombres – les cris et les atrocités...

Ce qui persiste ; ce qui s'obstine dans cette espèce de péché que l'on porte (que l'on semble porter) ; cette manière si orgueilleuse de croire en l'individualité...

 

 

Sans rien réclamer...

Face au délabrement...

Face au déclin du nom...

Seulement l'apparition du chant...

Le temps jeté au feu ; au milieu des souvenirs et des rêves...

Dans ces flammes plus hautes que la mort...

Le voyage ; cette sorte d'éloignement du monde pour célébrer la perte – l'agenouillement – notre (parfaite) capitulation...

 

 

Très lentement ; l'émergence de la lumière...

La figure dressée sur la glaise...

Au milieu du monde dévasté...

Ce qu'il reste ; une fois la tristesse dissipée...

 

*

 

Le cœur ravaudé ; piqué à l'aiguille...

Encore incapable d'accolade...

Après avoir été (sans doute) trop traîné dans la boue ; après avoir été (sans doute) trop déchiré...

Convalescent (peut-être) jusqu'à la fin du voyage...

Vivant pourtant ; sans que rien ne puisse entacher l'Amour ; sans que rien ne puisse entraver l'immensité...

 

 

La lumière pas même voilée par l'insoutenable (bien que nous soyons incapables de le voir depuis ces rives)...

D'ici ; trop de lourdeur et d'opacité ; trop de douleur(s) et de peine(s)...

A remuer tous ces rêves ; tout ce sable...

A ramper sur la terre ; sous ce ciel...

Dans cet entre-deux inconfortable ; (assez) désastreux – et, pourtant, porteur de potentiels...

(Presque) exclusivement – dans le lieu du dehors ; sans même imaginer l'ampleur de l'espace habité...

Seul (si seul) face à l'insanité (apparente) de ce monde...

 

 

Si près de soi ; le jour – la nuit – le ciel – le sol – la fenêtre – l'envol – la dérive – l'effondrement...

Encore trop de possibilités – sans doute...

 

 

Des sanglots ; une pierre dressée vers le ciel et quelques croyances – voilà nos (seules) réponses face à la mort...

L'âme dévastée qui ploie sous le poids de la peine...

L'incompréhension sur les lèvres ; au fond des yeux – devant la chair fragile (et blafarde)...

Sans voir ni l'enfance ; ni le passage – au cœur de cette nuit (si courte – et qui semble, pourtant, interminable) ; comme enfoncé(s) au plus profond de l'hiver..

Si tristement vivant ; d'un jour à l'autre...

Et jusqu'à la fin (apparente) ; avec tant d'amertume et de naïveté...

 

 

 

Trop longtemps ; les reflets du monde dans les yeux...

L'écume projetée sur la rive...

Les seuls reliefs – si souvent...

Sur notre (étroit) lit de pierre...

Dieu penché sur le bois mort...

Entre le désirable et l'éblouissement...

 

*

 

Sans voir le sang...

L'hilarité et l'indifférence ; comme incorporées au cœur...

L'esprit mesquin et intermittent...

A se balancer entre la bouche et le bas-ventre...

Dans une violence froide (et déterminée) ; la main agissante...

Solidaire des crimes (de tous les crimes) ; jamais du reste – jamais des Autres...

Et l'âme tremblante des moins insensibles ;

Dans ce monde de viscères et de poignes qui relègue la terre à un territoire de chasse (à un vulgaire sac à provisions dans lequel on plonge une main avide)...

 

 

La trajectoire ; comme enroulée sur elle-même – autour du feu...

Trémulant dans l'air léger...

Du plus illisible à la clarté ; à mesure que l'on s'enfonce en soi...

 

 

L'infini ; au-delà des configurations et des possibles...

 

 

Ce qui s'entrouvre ; dans ce murmure (à peine audible)...

Au plus sombre du jour ; au plus haut du cri – à travers cette longue plainte (presque) silencieuse...

La bouche remplit d'absence...

L'inconnu encore ; au fond de soi...

Et le cœur antique emporté avec le reste...

Au loin ; vers l'horizon noir...

Ce sur quoi tombent les yeux ; partout à la ronde...

Et ce bleu toujours introuvable...

 

Partagé entre l'ombre et le rire...

Debout ; face au vent moqueur (presque persifleur)...

A travers le miroir et le songe...

La lumière solidaire...

Qu'importe l'envergure des rêves...

Qu'importe l'intensité du trouble et l'épaisseur de la pierre...

Ce qui se cherche ; caché sous le sommeil apparent...

 

 

A travers l'écume et les images en flammes...

Le rougeoiement de l'aube...

Ce qui pourrait advenir ; derrière la figure du possible...

 

*

 

Après tant de mensonges (et de trahisons) ; la riposte naturelle (et légitime) de l'authentique...

Au milieu des masques et des escroqueries...

La seule réponse ; la transgression des conventions...

 

 

Toutes les couleurs courbées vers la lumière...

A la lisière du geste...

Entre l'âme et la main...

Pour rendre inacceptables la douleur et l'obscurité...

Pour oblitérer la férocité et l'indésirable...

Retrouver l'alliance avec le monde...

Être à l'écoute des inflexions persistantes...

Et se laisser traverser par ce qui surgit...

 

 

Dans l'effleurement du temps...

Ce qui s'enfonce ; ce qui nous alourdit – comme le sommeil et la monstruosité...

Et rien que le soleil pour faire face à ce qui nous obscurcit...

 

 

Au milieu des Autres ; du Divin...

Quelque chose dans le geste juste et la parole vraie...

Comme une main et un verbe intègres ; sans fioriture – sans apparat...

Un élan né du dessous du rêve ; de l'autre côté du réel – pour ainsi dire : clair et spontané – parfaitement impartial...

 

 

Sur la pierre noire ; comme acculé(s) – le corps contraint de chercher l'âme – l'esprit – l'espace – la liberté...

 

 

Lentement ; par-delà la voix qui s'élève au-dessus du monde...

Plus haut que le rêve qui surplombe cette terre incertaine et intranquille...

Du feu (pur) jeté sur l'étoffe souillée...

Le cœur frémissant...

Comme un peu d'éternité froissée – entre nos doigts malhabiles – à travers nos gestes si maladroits...

Encore trop loin du soleil ; ce qui tourne (désespérément) autour de la mort...

 

*

 

Attestées ; la neige – la marge et l'obscurité...

Très précisément – touché(s)…

Au plus proche comme au plus lointain...

Le cœur (peu à peu) vidé de sa substance ; au profit de la peur (qui le submerge et l'engorge)...

L'esprit résigné – entravé par ses croyances ; et qui abdique face au monde – face aux circonstances...

Comme si l'on nous inoculait un poison (de façon assez insidieuse)...

Nous condamnant à l'immobilité et à ces (atroces) relents de moisissures...

 

 

Trop loin de la trame ; comme écarté(s)...

Empêtré(s) dans une imposture ; entre la mort et l'irréalité...

Une forme (puissante) de rêve dont on étire les bords ; jusqu'à la limite ; jusqu'à la rupture...

Une manière d'inventer un sol – un ciel – un horizon – une perspective...

Prêt(s) à (presque) tout pour s'offrir le sentiment d'une échappée ; la possibilité d'un mouvement ; l'espérance d'une évasion...

 

 

La cendre (si légère) des morts ; emportée au loin ; et qui efface l'essentiel de l'histoire...

Comme une image (quelques images – peut-être) de plus en plus floue(s) ; et qui se fissure(nt) davantage avec cette poussière d'os qui se disperse...

Avec la complicité du temps...

Et ce qui demeure dans les têtes ; et qui persiste ; et qui résiste ; et qui insiste – comme pour ne pas quitter ce monde – ne pas disparaître ; et ressusciter peut-être...

Dans cette nébuleuse imprécise – vaporeuse – inconsistante ; ce que l'on y découvre (en approchant les yeux) ; mille interstices – mille anfractuosités – dans lesquels sont retranchés quantité de souvenirs vivants...

Comme si ceux qui étaient morts n'avaient pas suffisamment vécu ; n'avaient pas suffisamment existé ; par-devers nous – à nos côtés ; comme si l'esprit voulait (en dépit de tout) conserver la trace de leur bref passage...

 

 

D'une faille à l'autre...

Sur ce chemin de pierre...

Comme tiré vers soi...

Dans les pas lents de l'enfance...

Affectueusement dissimulé(e)...

Sans brouiller les pistes ; en essayant de suivre les traces...

En dépit de ce qu'il reste de terre et de ciel enchevêtrés...

Entre nos rêves et la boue de ce monde...

 

*

 

L'innocence rehaussée par cet afflux de lumière...

Sans remontrance ; sans jamais se soustraire...

Par-delà les filtres et les canaux...

Par-delà le scintillement (trop) ostentatoire...

Plus haut ; juste au-dessus du fil au bout duquel sont suspendus les destins...

 

 

Derrière le grondement sourd (et presque silencieux) des âmes qui dévalent les pentes du monde sur lesquelles on les a jetées...

Sans comprendre leur désir d'ailleurs ; leur impératif de sublimation...

Trop ouvertement du côté de la course et de la terre ; du côté de l'agir et du faire...

Vers l'en-bas...

Comme pour se défaire du linceul noir qui recouvre les secrets...

Prisonniers des tourbillons incessants...

Comme quelque chose jeté en pâture à ceux (à tous ceux) qui sont torturés par la soif depuis trop longtemps...

Un irrépressible élan ; à travers l'éphémère...

 

 

Plus bas que le ciel...

Le costume du prisonnier dont la chair aimerait se défaire...

Le cœur aussi vaste que le monde ; tant que durera le rêve ; et qui pourra se déployer bien davantage après...

Et ce feu que l'on croit éternel...

Et cet infini de lumière (trop souvent inaccessible)...

L'Amour – à nos côtés – depuis le premier jour – depuis le premier pas – pourtant ; le visage caché de l'espace qu'ignorent les figures tristes ; tous les esprits las de marcher dans la boue...

 

 

Le temps de découvrir – et d'expérimenter – la palette des couleurs...

Au cours de cet étrange séjour sur le sol...

Comme coincé(s) entre la vase et la sève ; entre la braise et le sang...

Sous ce ciel si haut ; si lointain – si irréprochable...

L'âme pensive au milieu des choses ; au milieu des danses ; au milieu des ombres...

 

*

 

Le souci de soi ; comme un secret enfoui sous le silence ; et dont on ne peut se défaire...

A la manière d'un feu ; d'une lumière – qui nous anime ; qui nous éclaire – opiniâtrement – (presque) avec brutalité...

Si proche ; en dépit de tout ce qui nous sépare ; comme cousu dans les replis du cœur...

 

 

Ici – déchiré(s) ; comme une torture alors que le plus simple s'invite – s'impose ; alors que l'or ruisselle sur l'âme...

Ensemble ; détaché(s) – inséparable(s)...

Comme étreint(s) alors que l'âtre (et l'être) semble(nt) déserté(s)...

Comme si un poids invisible nous écrasait ; comme si nos pas sur ces chemins trop étroits étaient inutiles ; prisonniers(s) – en quelque sorte – du périmètre du monde...

Si magnifiquement seul(s) ; sans savoir que la solitude rend le cœur léger...

 

 

L'âme troublée par la course du monde ; ce qui pèse (atrocement) sur les âmes...

Comme sous un ciel d'ombres qui a tout recouvert ; jusqu'au désir d'un ailleurs – jusqu'au désir d'un autrement...

Sans compter la douleur de vivre sans Amour ; sans liberté...

 

 

Achevé en un éclair ; au lieu de l'absence...

Le temps courbé par trop de hâte...

Dans un monde sans fondateur ; qui s'organise à travers les relations qu'entretiennent ses membres (tous ses membres)...

Pris entre la mort et la lumière...

Avec un horizon constitué de perspectives et de possibles qui s'expérimentent jusqu'à l'ivresse ; jusqu'à la folie ; jusqu'à l'impossible ; jusqu'au renouvellement (incontournable)...

 

 

Née (pourtant) de la nuit ; cette parole rougeoyante...

Dense – festive – efflorescente – (parfaitement) silencieuse ; en dépit du déferlement (un peu) hiératique – (un peu) tapageur...

Vouée à ce qui demeure au cours du passage ; à l'impérissable logé au cœur de l'éphémère...

 

*

 

L'enfance éternelle – turbulente et trébuchante ; inféodée au jeu – au désir et à la curiosité...

Qu'importe l'envergure du monde – la chair chétive et l'âme apeurée...

Vers l'ardeur et la nouveauté...

Vers le feu et l'étreinte...

Et ce goût (irrécusable) du cœur pour la joie et la liberté...

 

 

Comme si trébucher portait hors de soi (trop loin de son monde familier)...

Comme si l'on n'était pas le reste...

Comme si la lumière naissait du désir de connaître...

Comme si la fraternité était un mirage – une divagation – une extravagance – une folie...

Comme si nul ne voyait l'impéritie et la grossièreté de l'homme...

Comme si l'on ignorait comment habiter cette terre qui continue de tourner (avec une profonde indifférence à la tournure que prend le monde)...

 

 

Renouer (enfin) avec le bancal – l'ébréché – le provisoire et l'infini ; trémulant dans la moindre voix – crissant sous le moindre pas ; inséparables de ce que nous sommes...

 

 

Dans l'ivresse naissante du jour...

Consentant à la langue et au silence...

Dans la pleine solitude de l'âge...

Nous frayant (discrètement) un chemin vers l'infini...

 

 

Dans cette trame étrange élaborée peu à peu (sans arrière-pensée – sans conspiration)...

Faisant glisser, au fil du temps, les marges vers le centre ; agrandissant, sans cesse, son envergure...

A travers une longue (et lente) dérive ; sans bannière – ni corruption...

Fragments d'autres choses...

Sur la crête des cris ; ce goût de l'espace pour lui-même...

Jusqu'au silence ; jusqu'à la lumière – vivants et enchevêtrés...

 

 

Ici ; à travers le geste et la contemplation...

Ce qui s'étreint – ce qui s'atteint – ce qui se réalise...

 

 

Accaparé par le rythme qui creuse ses fondations dans la matière en mouvement...

Sur les ruines du monde d'autrefois...

Sur l'étendue vide...

Dans l'écoute (précieuse) du premier silence...

 

 

Sans rien imaginer...

Tout sens dessus dessous...

Les lèvres (comme le cœur) labourées par le silence...

Le front près du ciel (et sur lequel viennent se poser les oiseaux les moins farouches)...

Dans le ventre ; la puissance de l'arbre...

Et l'âme qui sourit aux aléas du monde...

Ce que les hommes appellent le hasard...

 

 

Nomade ; au pays des arbres...

Entre neige et collines ; entre sève et soleil...

La respiration si proche des saisons...

L'âme légère et les pieds (fermement) posés sur la pierre...

 

 

Le cœur révélé...

Comme si nous portions l'ombre et la faute – le gris et la guerre...

Dans cette manière (si heureuse) d'être...

Envoyant au Diable les principes et les mesures trop précises...

Acceptant Dieu – le feu – la joie ; toute la folie de l'incarnation...

 

*

 

Alors que le cœur adoucit la terre...

Alors que la chair rencontre la pierre...

Tout devient nôtre ; et nous disparaissons – avalé par l'espace (comme si les murs du labyrinthe s'étaient effacés)...

 

 

Là-bas ; au-dehors...

Dans l'interstice étroit de la pensée...

Ce qui produit une parole verbeuse – ampoulée (si dérisoire au regard de ce qu'elle prétend exprimer)...

Et en deçà de toute intention ; ce qui jaillit de l'ombre et de l'en-bas – de la franche humilité – d'un Autre sans doute (encore recroquevillé dans nos profondeurs)...

La flèche juste du dedans ; ici même – à cet instant – un verbe d'envergure capable de traverser l'invisible et la matière pour toucher l'immensité que nous portons en secret (et qui a, sans doute, été très adroitement dissimulée à notre regard par un Dieu malicieux)...

 

 

Le cœur noueux – comme le bois du chêne – qui se déploie vers la lumière ; les hauteurs du monde ; l'enfance (inoubliable) de la terre...

Un trait (un simple trait) qui donne la direction aux vivants ; à toutes les formes d'existence...

Peu à peu – vers son dénouement ; et déjà (bien sûr) enraciné au ciel (parfaitement établi en sa demeure)...

 

 

L'aile qui nous porte vers l'immensité et la mort...

Au-delà de l'attente et de la faim...

Sans modifier le déroulement des destins...

Accueillis dans tous les cercles...

Avec leur or et leurs malédictions...

 

 

Debout ; face aux grilles du monde...

Au plus réel du chagrin...

Au milieu de ce qui dissimule l'invisible ; à travers un voile diaphane...

Passant d'une déception à l'autre ; jusqu'à ce que tout se dissipe – s'efface – se révèle – s'inverse...

 

*

 

Au plus loin ; alors que tout signifie...

Comme si un masque – mille masques – recouvrai(en)t le visage des vivants...

Comme la réplique du même nœud autour de la gorge...

Une (véritable) épreuve au pays du passage...

Sur ces pierres ; comme en suspens...

Le front contre le mur...

Depuis des millénaires que l'on attend...

 

 

Tel un point dans l'espace – précipité dans l'immensité ; pour dessiner un trait de funambule – un fil autour duquel s'enrouler...

 

 

Dans les pattes du monstre-écraseur de créatures...

Comme un (minuscule) caillou dans sa chaussure...

A peser (pourtant) de tout son poids ; pour freiner l'allure – retarder la débâcle – tenter l'impossible...

 

 

Dans le toujours oui de ce qui vient...

La chute – l'abîme – l'envol ; le déploiement ou la restriction...

Bien plus qu'un rêve ; bien plus qu'un cri...

L'acquiescement ; au carrefour de toutes les voies – au cœur de tous les bruits de la terre...

Par-delà le refus – la grossièreté – le sommeil et la folie...

Ce qu'il nous faut vivre (de manière impérative)...

 

 

Dans la proximité (obsédante) du dedans...

Se rapprochant et s'éloignant...

Dans le flux et le reflux de la lumière...

Ici ; sur cette pente de pierre...

Le vide sous les yeux...

Alors que scintillent tous les reflets...

Alors que la vérité partout se révèle...

Nous préférons détourner le regard ; vivre autrement – accroître l'absence et la déchirure – nous éloigner plus encore (comme si notre exil ne nous privait déjà de l'essentiel)...

 

*

 

Nous encore ; alors que le vent passe...

Inconnu dans l'inconnu ; alors que se transmet le connaissable...

L'espérance de l'aube ; comme un tourment...

Quelque chose qu'il faudrait lancer contre les forces réfractaires...

A deux doigts du poing levé...

 

 

Si clairement dans la dissonance ; à présent...

Comme un épuisement du désir qui, autrefois, se dressait dans la boue...

Des tempêtes (en pagaille) sur la tendresse...

Sur le corps du premier venu...

Et l'ivresse face aux tremblements de la lumière...

(Sans doute) à la marge la plus lointaine du monde...

 

 

Des lignes disjointes qui excusent les lacunes – les manquements – l'inauthentique...

La voix dans le corps ; et la langue dans la voix...

Et ce silence qui se détache au fond des choses...

La main glacée ; le cœur coupant et déchiqueté...

 

11 mars 2024

Carnet n°304 Au jour le jour

Février 2024

Un peu de chaleur ; quelque chose...

Une âme vivante ; sur la pierre – sous la peau...

Au fond des bois ; à proximité de cette rivière qui serpente entre la roche et les racines...

La beauté aux lèvres ; le ciel en contrebas...

Si près du sol ; l'Absolu...

Et l'esprit silencieux...

 

 

Comme un dôme ; à la pointe du jour...

Un tertre ; un peu de lumière – peut-être...

Les paumes lancées contre le vent...

En plein vol ; le langage...

La parole engagée...

L'absence pointée par le verbe ; au terme de l'effacement...

Et ce qui viendra ensuite ; ce que nous serons – instantanément...

 

 

Sans rupture ; et sans fin – le regard...

En dépit de l'indolence du monde – du cœur – des âmes...

 

*

 

Devant soi ; les yeux étendus...

Les pas qui défilent ; les voix qui murmurent...

Les ombres (toutes les ombres) projetées par la mort...

Réellement ; comme des vies entre parenthèses...

Des parts surgissantes ; et qui réintégreront bientôt l'immensité ; le fond du regard...

Sans tristesse ; sans le moindre regret ; avec un sourire (énigmatique) sur les lèvres...

 

 

Le long de l'arbre ; sur l'écorce – les mains sensibles...

Si paisiblement ; l'étreinte...

Le corps tactile ; la peau frémissante – comme un échange de sentiments...

Ce qui est partagé ; le plus vif – le plus vivant – peut-être le plus précieux ; ce qui nous constitue...

Quelque chose comme un bout de ciel ; et ce sol qui nous unit...

L'un dans l'autre ; entre nos propres bras...

Une sorte de fenêtre ouverte ; un secret (très délicatement) caressé...

Ce feu commun qui nous relie ; au cœur du même Amour...

Entre émerveillement et abandon ; le rapprochement des cercles intimes...

 

 

Dans les failles du verbe ; la lumière...

Ce qui s'éveille en silence...

Comme un chant délivré ; une offrande au monde...

Une halte à proximité de l'indicible ; quelque chose à sa portée...

 

 

Sur cette rive ondulante (et peut-être rêvée) qui favorise la parole – la rencontre – le rayonnement...

Jusqu'au cœur ; le plus essentiel ; jusqu'à percevoir ce qui ne se voit pas...

Comme un déchirement de l'espace et du temps...

Une sorte d'arrêt (soudain – et assez inespéré) de ce qui nous engendre et nous dévore ; et qui nous propulse au cœur de cet espace caché au fond de l'âme ; en ce lieu qui nous invite à rejoindre le grand vide salutaire ; cette immensité habitée par un feu et un vent impérissables...

 

 

De façon si furieuse (et si sanglante) ; ce qui devrait relever de la grâce et de la magie...

Quelque chose d'effacé dans le regard...

Comme une lumière très ancienne sur le point de disparaître...

 

*

 

Le regard précipité...

Dans l'évidence du spectacle...

A travers ce qui semble réel...

Le monde tel qu'il nous apparaît...

Dans la continuité du temps perçu...

Comme si le rêve prenait forme...

 

 

Ensemble ; les reflets inventés (plus vivaces que jamais) ; et qui semblent constituer le monde...

Cette fraternité d'apparat...

Dans la proximité du sol et du nom...

A la manière d'un droit de naissance...

Palpitant dans le même sommeil...

Entre les parois d'un esprit borné...

Et le vent qui tarde à se lever...

 

 

Le ciel martelé à coups de prières ; à coups d'espérance...

Couvert de cette brume noire née de la terre...

Comme un espace animé ; quelque chose qui semble vivant...

Au-dessus d'un monde de cris et d'ombres qui passent...

 

 

La chute ; le lieu de l'homme...

Réfractaire (si réfractaire pourtant) à ces eaux noires qui emportent...

L'âme hors du temps ; et sans regard – comme égarée dans cette (inévitable) déroute...

Vers la capitulation ; assurément...

 

 

Sans rien peser (sans plus rien peser) dans la fuite...

Ce qui s'éloigne du monde ; au profit de la lumière...

 

 

Au milieu des cris et des pleurs – des rires et des battements de paupières...

Un regard porté au loin ; sur l'horizon...

Ce qui (nous) est nécessaire pour continuer le voyage...

 

 

Habitant la terre et le ciel ; la vie et la mort – avec la même grâce et la même impuissance...

Comme le jour qui se lève ; comme la nuit remplacée...

Oscillant entre l'innocence et l'incrédulité...

Sous l'emprise de ce qui nous habite ; de ce qui nous anime ; de ce qui nous précède ; de ce qui nous surplombe...

Si peu volontairement existant(s)...

 

 

Le corps léger ; sur ces ailes neuves...

Du sol ; et des frémissements...

Ce qui s'élance ; ce qui s'élève...

L'esprit affranchi de tous les pièges ; de toutes les cages – espiègle – aérien – vaporeux...

A se demander ce qui existe encore ; ce qui peut résister à cet allègement – à cette féroce nécessité de ciel (et d'envol)...

 

*

 

L'évidence enchevêtrée au monde ; composé(e) de matière et d'invisible (parfaitement entrelacés)...

Jusque dans le silence noir des masses...

Jusque dans les hurlements coincés au fond des gorges...

Jusqu'au cœur des âmes plongées dans l'impuissance et le désarroi...

Jusque sur les pierres endormies...

Un peu de vent sur rien ; un peu de vent sur personne...

Quelques (dérisoires) désastres sous le ciel étoilé...

Et l'oubli à l’œuvre ; sans cesse – entre la vie et la mort – entre la terre et le ciel ; ce qui passe (en un instant)...

 

 

La gorge déployée ; le chant qui monte (sans jamais s'interrompre)...

Sans rien reconnaître ; le recommencement...

La ferveur de l'élan oscillant, sans cesse, entre ce qui fut et ce qui sera...

Les mots qui coulent – qui se déversent – qui s'étalent ; comme le sang dans les veines des vivants qui se répand (si souvent) sur les rives de ce monde...

Sans rien oublier du reste (bien sûr)...

 

 

A l'intersection de tous les territoires...

Cette chair appartenante...

Comme un vertige ; ce balancement entre le monde et la lumière...

 

 

Au milieu des arbres et des chants d'oiseaux...

Sur la pierre ; le bleu qui respire...

Et ce goût (jamais démenti) pour la vérité à vivre...

 

 

Table rase ; à la verticale...

Comme une fenêtre ouverte sur le monde...

Comme une plongée au cœur du plus intime...

 

 

Ce qui brûle la tête...

Le cœur qui s'enflamme ; le corps (parfaitement) réceptif...

Animé par ce feu ; cette soif si ardente...

Au milieu de ces existences qui se soldent (toutes) par un immense soleil...

 

 

Sur cette terre couleur de ciel...

Le vide ; la solitude ; le mirage de toute présence...

Au cœur même du monde...

 

*

 

Un ; sans Autre – sans le reste ; sinon ces parts nées de lui-même...

Des fragments qui ignorent (à peu près) tout de leur origine commune...

Et qui se vivent – et qui se pensent – séparés ; à la manière de bouts de matière dispersés...

Le cœur si vert – l'âme encore si enfantine – dans cette chair qui se gâte – qui se fane – vouée à une perpétuelle transformation...

Et qui reviennent – et qui recommencent – de mille manières – jusqu'à leur parfaite (et consciente) réintégration...

 

 

Quelques signes sur la (longue) route des siècles. Ce temps d'homme si minuscule ; la petite histoire du monde...

Sous le joug d'une main immense et méconnue ; éternelle et indéfinissable ; que certains attribuent à quelqu'un aux traits (étrangement) humains...

Un peut de nuit ; un peu de brume ; un peu de vent ; échappant aux contours du (trop) visible...

Et nous autres ; quelque chose au milieu de la chair ; et qui s'anime avec un peu de souffle – un peu de feu – un peu de sang ; vivant – bâtissant – cherchant – comme si la vie entière en dépendait...

 

 

L’œil (solitaire) posé sur la beauté des reflets ; nombreux – infimes – illusoires...

Plongé dans la contemplation de cette danse ; comme envoûté par les mirages de ce monde...

 

 

Le cœur ; comme un ciel zébré de rires...

Et en dessous ; le front large et embarrassé – à la vue de toutes ces têtes incrédules (face à tant d'incompréhension)...

A se balancer au-dessus des douleurs du monde...

Manquant – à chaque instant – de tomber dans l'abîme...

Apercevant toutes ces ombres au fond du précipice ; au milieu des cris – des mains tendues – des yeux qui supplient...

Le regard tourné vers le ciel pour invoquer les Dieux ; implorer la providence ; réclamer un miracle (la possibilité d'un renversement)...

Ici-bas comme un passage perpétuellement encombré d'âmes pressées (et passantes) ; montant et descendant au fil des circonstances ; sans rien comprendre aux forces qui les poussent – qui les tirent – qui les animent...

 

 

Les yeux posés sur ce qui nous porte ; le silence – le chant ; l'ardeur et la joie...

Tout ce qui nous traverse ; et la manière dont on habite le monde...

 

 

Et cette nuit étouffante collée à la langue ; qu'il faut détacher d'un coup de fouet qui claque...

Les mains face au vent qui emporte des monceaux de paroles fébriles...

L'âme partagée entre son dévouement au ciel et sa loyauté envers le verbe d'autrefois...

Si indifférente à ce que réclament les oreilles du monde...

 

*

 

Revenir à ce temps d'avant le commencement du temps ; et y plonger profondément pour s'affranchir de la durée...

Puis, sculpter l'effacement du monde (presque de la même manière) en réintégrant l'origine ; ce qui précéda la création de la matière...

Afin de (ré)apprendre à vivre libéré des contraintes et des restrictions ; de cette peur consubstantielle à la naissance du corps...

 

 

Passer outre ce poids qui pèse...

Au-delà du monde ; au-delà (même) du visage...

Ce qui s'enchaîne jusqu'à l'effacement...

 

 

Un parmi d'Autres ; aimant le seul – au milieu de la multitude...

Allant et venant ; de proche en proche...

Sous cette peau ; parmi ces figures et ces âmes – si familières...

Quittant la colère – retrouvant la couleur et la lumière...

Devenant roche et manteau d'étoiles...

Devenant frère et liberté ; presque rien – la possibilité d'un monde (un peu) moins âpre pour les vivants...

 

 

Le cœur parcouru ; qui s'élève paisiblement...

Vers l'aube...

Sur ce sol recouvert de braise et de glace...

A la fois source et support ; comme le geste et les yeux ouverts...

 

 

D'une chair à l'autre ; changeant de silhouette et de langage...

Sans confusion possible avec ce que l'on édifie par orgueil...

Plutôt à la manière d'une passerelle jetée entre ce qui semble (si) dispersé...

Célébrant d'autres réalités que le monde ; et privilégiant des territoires sans tristesse...

Invitant ainsi les fleurs à pousser entre les lèvres – dans les gestes – sous les pas...

Comme une vie revivifiée qui laisserait intactes la terre et l'innocence...

 

 

Ce que ne peut exprimer le langage...

L'impossible à apprendre...

Ce qu'il faut expérimenter au fond de sa chair...

Le cœur aiguisé par le monde – et les siècles ; qui se frottent (qui jamais ne cessent de se frotter)...

Et qui polissent l’esprit (et les choses) jusqu'à la transparence ; au-delà du plus intime ; au-delà de la plus haute nudité...

 

 

Invisiblement ; la vérité qui se révèle...

Dans le pas ressenti...

Dans le geste juste...

Dans la parole spontanée...

Toutes les couleurs du ciel sur le sable foulé ; dans l'air respiré ; dans la main qui offre le nécessaire ; sur les lèvres qui honorent et embrassent...

L'âme ; le visage et le monde ; transformés en soleil ; comme l'unique réconfort possible sur cette terre...

 

*

 

Tourné vers la rencontre ; et la lumière...

L'âme ardente qui veille ; attentive (patiente – sans impétuosité)...

La bouche légèrement entrouverte ; silencieuse...

L'oreille tendue ; qui perçoit le chant lointain – ce son venu du ciel et de la forêt qui dévale les pentes pierreuses...

Le cœur large – ouvert – amoureux...

 

 

[Modeste hommage à Jean Malaurie – le 5 février 2024]

Sur son lit de mort ; sur son lit de glace ; le corps (et le monde) réenchanté(s) – pourtant...

Ami de tant de cercles ; jusqu'au royaume de Thulé …

Sur la trace des pierres et des hommes – au milieu de ce désert peuplé d'ours et de chiens ; sur la piste des anciens ; en quête de l'invisible et du geste sacré...

Ardent défenseur de la sagesse des peuples premiers ; panthéiste (atypique) porté par une insatiable curiosité et un cœur incandescent ; qui a voué sa vie à lancer des ponts entre toutes les rives de la terre et de la connaissance ; à essayer de réconcilier deux manières d'habiter le monde...

Humblement – parmi d'autres hommes – dans l'assemblée ; la parole simple et savante ; et qui s'est toujours élevée face aux outrances de l'ouest ; face aux offenses de ses ressortissants ; ne cessant de blâmer la démesure et l'absurdité des ambitions du monde moderne...

Une âme s'en est allée rejoindre le ciel ; les compagnons de route qui l'ont précédée...

Marchant vers de nouveaux horizons ; au-delà des terres humaines – le vent favorable...

De toutes ses forces ; vers le nord...

 

 

Le cœur flamboyant ; dans ces battements obstinés...

Les yeux clos ; submergés par l'ardeur et l'émotion...

Dans cette longue veille qui a commencé avec la naissance du temps...

La chair frémissante ; sous les caresses du ciel ; l'âme (toute) tremblante...

Le regard empli de vertiges et d'abominations...

Et dans les bras ; le monde – cette fulgurante transparence...

 

 

Le cœur comme piqué d'épines ; face aux murs des hommes...

Partout ; si injustement...

Courbé sur la cendre ; à essayer de sauver du désastre quelques restes vivants...

Réceptacle docile d'un ciel sans cesse ruisselant...

Laissant la semence s'enfoncer dans les ventres – dans la terre ; partout où pourrait se perpétuer la danse de la vie ; et la respiration du monde...

Comme une plongée au fond du temps...

Une manière de multiplier les possibles et les horizons ; autant qu'une tentative de se hisser au-dessus de la multitude – des têtes braillantes – des tourbillons...

 

 

L'âme nue ; comme le corps – comme la terre...

Sous le ciel ; le temps déchiré...

Les mains levées vers les étoiles et la pluie...

Le visage fouetté par le vent...

Dans cette danse ; sur la roche – au milieu de la forêt ; invisible comme le sang qui coule dans nos veines ; et ce sourire (indicible) sous notre front...

A travers le langage des arbres et des bêtes ; cette intimité – comme un lieu (secret) à soi...

 

 

Au chevet de ce dehors si mal en point – à bout de souffle – presque moribond...

La tête lasse ; les yeux au sol ; épuisé...

Découragé par ces guerres sur tous les fronts – dans toutes les têtes – par ces chemins d'irrespect et de compromission – par ces ténèbres éclairées avec quelques lampes incertaines et vacillantes ; par ce rejet de toutes les évidences...

L'impuissance du ciel à crever les yeux ; et à fracasser les cœurs corsetés...

Le mystère et la joie bannis au profit de la tristesse et de l'obscurité...

Ce si peu de lumière dans le monde ; et les esprits...

 

 

L'immensité enfermée ; sans possibilité d'échos – réduite à ses (plus pâles) reflets...

Honnête et univoque – inattaquable – pourtant...

Si vaste au regard du minuscule archipel humain...

Porteuse d'une vérité profonde et silencieuse...

Sans jamais se départir de sa splendeur (malgré toutes ces amputations)...

Qu'importe l'oubli ; et la bêtise de ce monde...

Sur l'autel du silence ; l'espace et le grand feu qui lui est associé ; infiniment résilients ; et réparateurs...

 

 

Écartelé par toutes les directions prises par la volonté (et par la pensée)...

Divisé jusqu'à l'éparpillement...

Et ce morcellement de la vérité (à travers la diversité des actes et de la parole)...

L'imaginaire (bien) trop présent ; à la manière du rêve ; de l'échappée...

Rien du geste habité ; animé par les vents du monde et la conjonction des intentions...

Juste – ample – précis ; au-delà des circonstances apparentes...

Comme une fulgurance de l'esprit ; au-dedans de l'âme et de la chair – dans le parfait alignement des mouvements de la terre et du ciel ; comme un surgissement spontané né des profondeurs les plus mystérieuses...

 

*

 

Le verbe innocent ; qui s'abreuve à la source...

Sans poids – sans secret ; et ne dissimulant jamais sa joie de rencontrer un visage ; et une âme derrière le visage ; et un espace – et un feu – communs – derrière l'âme...

Une manière d'honorer une fraternité (à la fois) libre et enchaînée ; porteuse du mystère qu'elle cherche à résoudre...

Allant de par le monde comme d'un soleil à l'autre en découvrant (peu à peu) l'incontournable inconsistance des rives...

De tout à plus rien ; du monde à personne...

A travers ce voyage insensé...

 

 

 

Au cours de la succession (ininterrompue) des jours...

Et l'obscurité du vivant qui (encore trop souvent) nous harcèle ; pointant du doigt ce qui, en nous, demeure obscur...

Et ce rire ; et cette lumière – sur nos cris – sur nos larmes – sur nos défaites ; annonciateurs du renversement de la tragédie...

 

 

Parmi les arbres ; la parole claire...

Comme un ruissellement de lumière...

Invitant toutes les couleurs du langage ; remplaçant le blanc (un peu insipide) de la page et le noir (un peu triste) de l'encre – toujours trop strictement séparés...

Comme une affirmation du réel qui (enfin) trouve un réceptacle réceptif – ouvert – libre – sans a priori – où les mots peuvent se tisser aux choses de ce monde – à tous les mouvements du vivant...

Offrant ainsi (espérons-le) une danse joyeuse et virevoltante où tout est célébré ; et où rien n'a (véritablement) d'importance...

Une fête de la chair et de l'esprit ; qui associe l'âme à cette orgie de terre et de ciel – honorant (à la fois) l'abondance et le dépouillement – le déguisement et la nudité – la plus terrible cacophonie et le plus haut degré du silence...

 

 

Le regard sur le monde qui se déploie – qui s'échappe – qui se replie – qui réapparaît – qui s'absente – qui s'enfuit – qui succombe – qui s'efface ; suivant (très) précisément l'insolente (et dérisoire) chorégraphie...

 

 

Les yeux aimantés sur la blessure (comme envoûtés)...

Au centre de ce qui a commencé...

Au milieu de la lumière ; sur ce sol sans âge...

Quelque chose de la mort ; et de l'unité perdue...

Sans compter (bien sûr) cette aspiration à rejoindre le jour ; à retrouver le réel ; à vivre (enfin) le silence – la joie et la paix – promis par tous les prophètes...

 

 

Alors que la pierre nous hante...

Face à tous ces édifices construits dans le vacarme...

La tête somnambulique...

Autour de la prophétie ; plongé(e)(s) dans cette longue errance...

L'âme taciturne...

Le cœur effrayé par l'épaisseur du sommeil – les tremblements (inévitables) de la chair et l’étrangeté de cet interminable voyage...

L'esprit aveuglé par ces siècles de contentement paresseux...

Comme un rêve inabouti ; interrompu par cette peur maladive de la métamorphose – de l'abîme – du néant ; ajournant sans cesse ce différent (puis, ce plus rien) qui nous guette...

 

*

 

L'heure passagère ; démultipliée...

Sous des monceaux de ciel...

Et une foison d’étoiles étourdies...

Et des paupières en cercle ; attentives et silencieuses...

Et mille messages lancés aux quatre vents...

Dans l'ordre du monde...

Ce qui finit par advenir ; après les pleurs et la prière...

Avec le même insuccès – pourtant ; comme s'il n'y avait (strictement) rien à faire...

 

 

Dérisoire serviteur du reste...

Soumis à cette (implacable) loi du ciel...

Cloué(e) entre le sang et l'espérance ; la possibilité d'une vie nouvelle...

Comme le fils (hautement) sacrificiel...

L'homme pêcheur, puis l'homme pénitent...

Si loin du papillon de Tchouang-tseu ; mais appartenant au même rêve – sans doute...

 

 

A se balancer entre l'ombre et la nuit...

Contre les parois du monde ; contre les parois de l'esprit...

Dans l'illusion de la matière et l'espérance de la lumière...

En digne (et indécrottable) représentant de l'espèce humaine...

 

 

Le cœur immortel ; sur son trône de vent...

Et l'homme ; sur son trône de terre...

Si proches – pourtant ; en dépit de la matière...

Sous la même arche ; en dépit des noms donnés...

Les yeux vivants...

Et des traces superposées...

Qu'importe (alors) la brume ; qu'importe (alors) le réel...

La même solitude ; et l'immensité de l'espace – à même de tout rapprocher...

 

 

Au-delà des ombres et du blanc escompté...

Ce qui invite les âmes...

A travers cet étroit passage ; le pas sans mémoire...

Et la possibilité du souffle et du feu...

La vie offerte ; sans même la preuve de Dieu ; sans même devoir obéir aux lois des hommes...

Le corps ; amoureusement – jusqu'aux cendres dispersées...

Guidé par le plus haut désir...

Vers le détachement ; en dépit de l'ignorance ; en dépit de la cécité...

L'esprit qui (imperceptiblement) se rapproche...

 

*

 

L'immobilité...

Au milieu du monde ; des âmes errantes et des esprits obstinés ; du temps à la dérive...

Encerclé(e)(s) par cette danse perpétuelle...

L'infini qui se rétracte et se déploie ; sous nos yeux – à la manière d'une respiration sans fin...

Ce qui tourne jusqu'au vertige ; jusqu'au déséquilibre ; jusqu'à l'effondrement...

Les courants – les reflux – les remous ; et le déferlement des vagues scélérates...

Avec, au centre, l’œil – maître des mouvements – le grand ordonnateur des naissances – des morts – des redéploiements...

Sous le règne (permanent) de la métamorphose...

 

 

Soit dissous ; soit dévoré ; le surplus – le superflu – l'évitable...

Sans reniement ; mais sans autre possibilité...

Vers le seul horizon propice au voyage – à l'exploration – à la découverte ; en dépit du dérisoire ; en dépit de l'éphémère...

Le lointain ; à peine nommé – pourtant ; et toutes ces caisses de rêves à déplacer ; au lieu de tout jeter au feu...

 

 

Aux jours passés ; le ciel revenu...

Contre le temps ; le corps frémissant – et les battements (ininterrompus) du cœur...

Et au fond de la place vacante ; la lumière...

Et l'esprit clair (et ouvert) ; sans le moindre souvenir – sans la moindre résistance...

Et comme le reste ; l'invisible dans la somme des traces...

Ce qui est perçu par les yeux (autant que l'on peut voir)...

Et la parole de plus en plus audacieuse ; qui s'essaye au monde – qui s'essaye au vent et aux flammes ; prête à répondre à l'appel ressenti ; vers le vide – assurément...

Vers l'imperceptible ; au-delà de toute vision...

Ici ; sans jamais contester la perte – les faillites – l'abandon...

Dans le dédale du temps ramifié ; soudain – l'immortalité que l'on découvre – au fond d'un recoin obscur (et oublié)...

Et plus loin ; plus lumineux et plus accessibles aux vivants ; au terme d'une succession d'instants perdus – Dieu et l'oubli – le présent – cette promesse d'un éternel recommencement ; ce que certains appellent l'éternité – cette sorte d'interstice (étrange et étroit) – infiniment reconduit – qui s'est (parfaitement) débarrassé de ce qui le précède et de ce qui le suit...

 

*

 

Accoudé au ciel ; comme accordé...

L'âme légère – aérienne ; au-dessus du sol...

Allant et venant ; entre ici et ailleurs – toujours (un peu) plus loin ; jusqu'au vertige ; jusqu'à l'incandescence ; jusqu'à la folie...

Les mains vides...

Le cœur happé par la course ; en infatigable pèlerin...

Le corps vagabond (toujours aussi vagabond)...

Là où résonnent le ciel et la forêt ; au milieu du silence et des oiseaux...

 

 

Comme Dieu devant soi ; le monde...

Comme l'âme vibrante ; Dieu en soi – répondant à l'appel du monde...

A la mesure de l'espace ; le dialogue – ce long voyage jusqu'aux retrouvailles...

Le corps abandonné ; avec le reste...

Pour retrouver le lieu de la joie et de l'intimité...

 

 

Les paupières lourdes ; puis comme arrachées par la lumière...

 

*

 

La tête des Dieux et la tête des hommes – (parfaitement) interchangeables ; et qui se balancent assez négligemment entre la terre et le ciel...

Sur tous ces fils entrelacés...

Jusqu'à fissurer la lumière...

Sans parvenir – pourtant – à dissiper la nuit...

 

 

Le même visage ; maintes et maintes fois...

Sur toutes les îles de l'archipel...

Dans l'espace vide...

De métamorphose en métamorphose...

En ce même lieu...

Pour apprendre à habiter la matière ; et à rendre le vide vivant...

 

 

Le jour qui glisse...

Comme un esquif (fragile) sur les eaux du monde...

Sur la terre tournante...

Sous les étoiles tremblantes...

Entre la voûte et le précipice...

De vertige en vertige...

Et dans son sillage ; ce surprenant spectacle – la danse effarée des ombres...

 

 

Mille manières de parcourir le versant noir du monde...

Avec la nuit alentour ; sous les frondaisons épaisses...

Derrière le grand rideau de feuilles qui protège notre silence ; le territoire (si précaire) du sauvage (habité aussi par quelques solitaires)...

La lumière (étonnamment) braquée sur les étreintes ; et l'entente un peu étrange (si peu commune) entre ceux qui parlent – ceux qui crient et ceux qui poussent...

Sur cette sente vierge (quasiment vierge) de traces...

Au milieu des rires et des murmures (discrets)...

Comme invité au cœur de cette danse secrète...

Ensemble ; et sans pudeur...

 

 

A deux doigts de ce sommeil ravageur...

Échappant (de justesse) à cette fièvre de fantômes affairés – au corps triste et froid – au cœur cadenassé – aux yeux bandés...

En ce lieu où le ciel s'invite sur la roche ; où le monde devient (à la fois) le temple – l'autel et la chose à célébrer ; parmi ceux qui vivent à l'écart ; l'Absolu penché sur cet irréductible territoire...

 

*

 

Sur la feuille ; le monde...

Le silence originel ; dans son dialogue avec l'âme...

Défait(s) des exigences des siècles et du temps...

Témoignant (si volontiers) des évidences perçues les yeux ouverts...

En signes clairs (et abondants) ; presque solaires (presque efflorescents)...

Solitairement entrevu(e)s...

Au plus près (sans doute) de la source ; au plus près (bien sûr) de la roche ; à la portée de l'esprit de l'homme...

 

 

La joie offerte aux obéissants ; soumis aux lois fondamentales et aux mille mouvements qui parcourent l'espace...

Suffisamment vides au-dedans pour se laisser traverser sans encombre ; sans que rien ne puisse former le moindre embâcle*...

* par accumulation des traumatismes – des blessures – des regrets – des désirs – des ressentiments...

Participant (sans attente – sans ambition – sans espérance) au mystère à l’œuvre...

Et conservant intact le secret ; agissant en instruments dociles – joyeux et consentants – des jeux initiés par (toutes) les forces en présence...

 

 

Plus loin que le ciel ; ce que le regard perçoit...

Ne négligeant pourtant ni la terre ; ni la faim...

Laissant tout se déployer ; jusqu'à la plus grande confusion (parfois)...

S'étendant sur ces rives interminables ; et éclairant même les alentours...

Attaché (très attaché) aux forces qui s'opposent et se complètent...

Ne prenant jamais parti ; privilégiant le mélange et la diversité...

Favorisant l'incertitude – l'engagement du cœur et le détachement de l'esprit...

Impartial et précis (si impartial et si précis) dans ce qu'il éclaire...

Projetant sa lumière jusqu'à l'effacement [jusqu'à ce que toutes les choses de l'âme et du monde disparaissent – deviennent des non-sujets (de véritables non-sujets)]...

 

 

Ici ; déchargée la masse des objets...

Et la nuit déversée comme une eau froide...

Laissant briller le plus précieux...

A demeure ; en ces lieux éternels...

A la manière d'un règne ; ce rayonnement...

Le plus haut (sans doute) de l'homme et de la civilisation (jusqu'à présent)...

 

 

Au cœur ; le feu...

Et cet alignement ; dans l'exact prolongement du ciel...

Sous les arbres qui se dressent au passage de la lumière...

Comme face à celui qui règne...

Le mystère (un peu) plus pénétrable ; à mesure du vertige...

Qu'importe l'ampleur (et l'authenticité) du témoignage...

Dominé par l'urgence de l'appel...

Ce qui nous gouverne – si souverain en ce royaume...

 

 

Sous le règne de l'errance…

L'ailleurs agissant (avec force et détermination ; et si involontairement)...

L'âme (naturellement) penchée du côté du versant opposé à la peine...

Déplié sur la pierre...

Et le vent qui s'engouffre ; comme pénétrant dans un temple...

Presque une sorte de socle pour aller – confiant – sur les chemins...

Affranchi des lois de la foule...

Laissant les rencontres nous disperser ; reconstituer l'absence de forme initiale...

D'un pas allègre et joyeux ; si parfaitement consentant...

Dans le vent – la poussière et l'effacement...

 

 

Ici ; l'espace sans le silence...

Les visages affairés ; les cœurs en état d'ébriété...

Et les âmes terrorisées par ce monde ; s'inquiétant (sans doute) à outrance ; mais si peu habituées à cette innocence corrompue et à cette férocité (farouche et fébrile)...

Sans même savoir ce qu'est l'ignorance...

S'imaginant lettré(s) – sensible(s) – savant(s) – civilisé(s) ; s'abandonnant à la plus haute idée de l'homme...

Plongé(s) pourtant dans le bavardage – la bêtise et la barbarie...

Ce que l'on prend pour de l'intelligence et de la lucidité ; ainsi (trop souvent) se considère-t-on au royaume de l'illusion...

 

 

A écouter ce qui sourd ; à travers la roche et le vent...

Ce ruissellement du temps sur les visages...

Au cœur même du jour ; cette nuit inconnue (non reconnue)...

Au fond du ciel ; (pour le moins) malmené...

Et cheminant ainsi sur la terre ; sans la moindre révolte – sans la moindre contestation...

 

 

Sur ces rives (bien) trop terrestres ; l'immensité à la peine...

Le sol occupé – découpé ; ravagé par l'occupant...

Tout qui saigne ; sur la pierre fracassée...

Des plaies béantes et des dépouilles entassées...

Comme un immense mausolée noir et des corps ruisselants...

Comme le règne du pire ; au nom de l'homme – cette démesure et cette ignominie...

 

*

 

Parfois l'Autre ; sans raison...

En un éclair...

Remplissant l'espace (la totalité de l'espace)...

Ainsi se dessine (parfois) le destin...

Sur cette ligne de vie entre la source et l'abîme...

Sous la lumière silencieuse...

L'existence qui s'efface et se déploie ; comme tourne le monde...

 

 

L'oubli ; maintes et maintes fois – déjà...

Sans le moindre souvenir du monde précédent...

Comme une ivresse tourbillonnante ; une sorte de vertige qui fait basculer l'esprit sous le seuil de lucidité...

Pour que l'ombre s'étende ; et recouvre tous les chemins empruntés – tous les horizons parcourus...

Le regard voilé ; derrière cet épais rideau – cette frontière infranchissable...

Et l'âme prête à repartir ; à tout recommencer (un peu différemment – peut-être)...

 

 

Sous la neige noire de l'humiliation ; cette rage forcenée qui donne l'élan nécessaire pour s'extirper du piège...

Ainsi tourne la roue ; de l'obscurité à la lumière...

 

 

Le cœur nomade...

Entre deux rives ; deux patries peut-être...

Entre pierre et ciel...

A la suite du jour errant...

Comme abandonné aux exigences des vivants...

 

 

Ce qui transforme le voyage en itinéraire ; sans imprévu – sans incertitude...

Comme une route ; un circuit – balisés...

Le danger à peine imaginé...

Au revers de la solitude aventureuse...

L'avenir sans autre perspective que cette longue suite de repères sur cette sente mille fois empruntée...

 

 

Dans la foulée du paraître ; la parole codifiée...

Sans restituer (sans pouvoir restituer) l'authenticité du verbe ; et moins encore celle de l'intention – cette manière si sensible d'habiter le monde – cette (incorruptible) fidélité aux ressentis...

 

*

 

Des yeux au geste ; sans sourciller...

Le cœur à la lisière...

Lui autrefois si rêveur – si mélancolique...

Et si fidèle à la légende...

Moins qu'un homme à présent...

Figure du jeu ; bien davantage...

Œuvrant presque clandestinement...

 

 

Les mains liées à la justesse ; au lieu de l'artifice...

Animé(es) par l'intention sous-jacente – antérieure ; simplement obéissantes...

Dédaignant la raison et les conséquences...

Porteuses de cette beauté sans nom ; comme le début d'un rêve ; une spontanéité...

Au service du plus souverain ; au service de la nécessité – neutres (pour ainsi dire)...

Dans le sillage même de la lumière et de l'innocence ; quand bien même devraient-elles répandre les ténèbres...

 

 

La nuit silencieuse ; qui recouvre le sommeil ; et les âmes qui veillent – attentives au retour de la lumière...

Faible fanal dans l'obscurité du monde...

Le cœur au milieu des légendes...

Sur ce sable noir qui engloutit les corps...

La vie face à sa source ; face à ce qui l'éclaire...

Ce grand défi qui s'offre aux vivants...

 

Ce qui s'exhibe ; ce qui s'éclipse...

Au plus près de l'ombre ; toujours...

Sur ce sol flamboyant...

Et les yeux qui font éclore...

Sous la clarté patiente des étoiles...

Ces ténèbres provisoires...

 

 

Le ciel statufié par ceux qui appellent – et prient – celui qu'ils ont élu ; au lieu d'embrasser la vie et l'invisible ; la douleur et la fièvre de l'âme qui cherche Dieu dans chaque geste – à chaque instant – la vérité vivante et quotidienne qui s'offre à tous les cœurs qui se sont dépouillés...

 

*

 

Le ciel courbé par la tristesse ; et ce déversement de sang insensé...

Incapable de stopper la violence et le temps...

Et le monde mû par les eaux des profondeurs...

Tiré du néant ; et projeté vers le plus sensible...

Là où nul ne peut échapper au passage et aux blessures...

A travers ce qui renouvelle le souffle des générations...

 

 

Entrevue de travers ; cette lumière...

L'étoile éternelle qui resplendit jusqu'à l'aube ; de l'autre côté...

A s'imaginer puiser sa force au cœur de la source ; là où l'homme se perd ; là où l'homme s'épanche...

Emporté au-delà ; par cet excès de liberté...

Allant jusqu'à traverser toutes les frontières pour parcourir l'autre versant de l'opacité...

 

 

Au voisinage du monde...

Sans défiance ; sans envie...

Comme tiré par le soleil...

Sur l'arc-en-ciel du jour...

En déséquilibre ; prêt à chuter de l'autre côté du regard...

Assis sous la pluie dense ; l'âme heureuse dans cette chair épaisse (et peureuse)...

Dans cette silhouette si humaine ; l'envol et le prophétique...

Le cœur ravi par cette envergure (enfin) reconnue...

 

 

Le corps enchaîné à la roche...

Et la couleur du temps qui coule dans les veines...

Dans cet élan ; l'essor du regard...

L'ascension sans perspective ; simplement libératrice ; affranchissant des aimantations triviales (si communes)...

Vers la lumière ; au-dessus des ombres et de la vie minérale...

 

*

 

Le jour qui se lève ; et l'âme invitée...

Incertains dans leur émergence...

Comme une parole hésitante...

Et entre deux battements de cœur ; ce qui pourrait advenir ; l'impossible – peut-être...

A la verticale de l'identité ; entre tant d'autres...

 

 

La chair présente ; auréolée de mystère...

Sous ses airs marmoréens ; la fragilité et l'inconsistance...

Érigée et vacillante ; façonnée et tremblante...

Se fanant (irrémédiablement) au fil des saisons...

Sans prestige durable...

Après cette apparition victorieuse (quasi miraculeuse) ; perdant, peu à peu, à tous les jeux...

Hors des retrouvailles ; laissant à l'âme le soin des voyages plus lointains...

Endossant le supplice ; et lui laissant l’extase...

 

 

Sur ces pentes étrangères ; ce désert d'hommes...

Loin de l'écume (grise) du cœur...

L'âme tapissée de solitude...

Et dans la sueur ; et sous la chair – ces restes de rêves vénérés par le monde...

Dans notre chambre de roche et de bois ; en ces lieux des marges où s'organise la résistance ; où se fomentent de maladroites (et nécessaires) révolutions...

Gorgé(s) d'idées – d'ardeur et d'Amour...

Prêt(s) à aborder l'existence et le monde sans la moindre intention (ni la moindre résolution) ; et à irriguer la terre de cet Autre (et de tous ces Autres) qui nous habite(nt)...

 

 

Un jour de caresses et de lumière ; comme une ascension au-dessus de la terre...

Entre l'âme et les mains ; ce qui tremble et circule...

Et nous rejoignant (presque tous) face au même visage...

Sans inquiétude ; le sort qui se décline de mille manières...

Au seuil des apparences ; sur ces hauteurs mystérieuses – toutes ces merveilles qui prolifèrent...

Comme si l'on avait brûlé tous nos vieux restes de sommeil...

 

*

 

Sur le bord déclinant du jour...

Seul face au crépuscule...

Le cœur humble (si humble) devant la nuit qui s'avance...

Cherchant le territoire de l'être...

Derrière l'apparence du monde et du temps...

 

 

Le cœur creusé par les tremblements...

En ce lieu où se résolvent les existences (toutes les existences)...

Délaissant les mythes et les masques ; le cheminement des étoiles...

S'aventurant sur les terres les moins humaines...

Derrière les visages auréolés de fumée noire...

L'Absolu ; et dans son sillage – cette longue traînée bleue...

 

 

Entre les mains du possible...

Le destin écrit sans hasard...

Au-delà de toutes raisons...

Le tendre – la carte et l'horizon...

L'infini – de bout en bout – comme recollé dans nos bras ; et sous la chair rouge et palpitante...

Acceptant (enfin) l'obéissance ; à travers l'âme agenouillée qui accueille ; à travers le cœur conquis qui s'abandonne...

Scellant ainsi la restitution des pleins pouvoirs à ce qui nous habite – à ce qui nous anime – à ce qui nous manœuvre...

 

 

Longtemps après le monde ; cette brume crépusculaire ; cette clarté par trop ténébreuse...

Les yeux percés ; l'âme (un peu) perdue...

Face à tous les présages...

Sourd aux chants qui montent...

Le front lourd face au règne des ombres...

Aux abords de l'inconnu ; le bleu encore – si secrètement...

 

 

Loin de cette procession de visages aux yeux fermés...

Ce long (ce très long) cortège de silhouettes à la démarche d'automate...

Le cœur et les pieds ; enneigés...

A parler sans rien dire...

Déferlant ; au milieu de l'écume...

Transformant (malgré eux) le voyage en mirage – en fantasme – en rêverie ; comme placé(s) sous le signe de l'illusion...

Et léguant à la terre une descendance stupide et désastreuse (depuis tant de générations déjà)...

 

 

Aussi proche de la bête que du Divin...

A hurler à l'Amour ; la main tendue vers l'impossible ; entre le monde et la nuit...

 

*

 

Atteint jusqu'au sang ; et ce qui s'ensuit...

Ni meilleur ; ni moins bon ; simplement différent – sous ses peaux si provisoires...

L'aventure terrestre ; de la roche à l'aurore...

Sur le même chemin ; mais, peu à peu, affranchi de l'hérédité...

Goûtant (progressivement) aux joies du déconditionnement...

Jouant (apprenant à jouer) avec tous les masques ; et nous abandonnant (de bonne grâce) à la nébuleuse des identités...

Nous laissant mener successivement par la lumière et l'opacité ; par le refus et l'obéissance ; par l'étroitesse et l'immensité...

Et revenant (très régulièrement) à ce que l'on était (juste) après les origines ; avant la danse (un peu folle) qui succéda à l'aube ; puis, parcourant (un à un) tous les sillons nés du jeu entre le souffle et le feu...

Ici et ailleurs ; autour et au-dedans...

Sans jamais fuir ; debout (toujours) face à ce qui se présente ; face à ce qui nous échoit...

Dans le provisoire et le fantasmagorique autant qu'au cœur du réel – des profondeurs – du mystère ; aussi droit que possible dans les bottes que nous avons chaussées...

 

 

(Irrésistiblement) marqué(s) par le passage...

Comme projeté(s) vers la chute et les étoiles ; simultanément...

Le corps à la suite du tournis de l'âme...

Autrefois si atrocement entouré...

Le cœur pourtant amoureux ; au milieu des silhouettes inconsistantes – indifférentes – persécutées...

Puis, peu à peu (et sans la moindre raison apparente), happé(s) par le ciel...

 

 

La main hardie (et ardente) des mortels...

Face à la solitude (et à la mort) ; le cœur si courageux...

Malgré l'invasion des images – des reflets – des fantômes ; en dépit des coups – des cris – des crimes – des couleurs...

Au-dessus des profondeurs méditatives...

A la surface des eaux vives qui entourent ces continents peuplés d'étranges créatures...

L'âme de plus en plus dénudée ; qui apprend, au cours du voyage, à explorer l'intimité (et l'envergure) des liens...

Aimant, d'une égale façon, ce qui se rencontre et ce qui se transforme...

Vers l'Amour ; assurément ; la lune en rond – hors du cercle de ceux qui savent...

 

*

 

Sous le linceul du temps

L'horizon découvert...

Ce qui, en nous, aime les fleurs ; et le grand ciel solitaire...

Ici ; comme un homme avec son ombre...

Et là-bas ; plus qu'un sourire ; un peu de lumière...

Se tenant par la main ; face à face – dans cet étrange corps à corps...

Les bras offrant leur bouquet de tendresse et de vérité...

Sans un mot ; à même le geste – le regard – la terre...

 

 

Autour des spectacles ; les mains qui applaudissent...

Et par-dessous ; l'étreinte...

Le cœur plongé dans la chair...

Et le regard ; en surplomb des tragédies...

La veulerie et le sommeil ; l'innocence et la tendresse – comme les sévices les plus atroces – honorés de la même manière...

Jusqu'au fond de l'abîme ; jusqu'aux plus lointaines périphéries de l'arène ; la même ardeur et le même entêtement...

Ainsi tout frappé par le sublime (par touches discrètes) ; en dépit de ce qui crie – en dépit de ce qui se déchire – en dépit des âmes épouvantées...

 

 

Les vestiges d'un très ancien promontoire...

Au-dessus de l'impossible...

Et plus haut encore ; l'intimité qui s'offre à celui qui est de retour (à tous ceux qui sont de retour)...

Après les excès de monde ; l'abondance et la satiété trop facile ; ce qui met un terme à cette odieuse comédie...

 

 

Au-delà de l'ombre ; le plus précoce...

Ce sur quoi débouche ce long sommeil...

Après la rage et l'abandon...

A travers le plus simple ; le territoire habité – comme en terre conquise...

 

 

Si involontairement ; le chemin...

La figure qui révèle l'envers du monde...

Au terme de la quête ; l'inespéré qui s'offre aux âmes exsangues – défaites – agenouillées ; parfaitement capitulantes...

Comme un soleil ; une seconde naissance après l'abdication...

(Enfin) le sacre du plus naturel qui vient se substituer à des siècles d'artifice et de déguisement...

Le temps (béni) de la délivrance...

 

*

 

Depuis peu ; les agréments du voyage ; cette grâce au-dedans même de la peine...

Si désinvolte ; face à l'éternité...

Si précieuse ; la sente empruntée...

Qu'importe ce que l'on a parcouru ; et qu'importe ce qu'il nous reste à parcourir...

Tout ; en dépit de l'indifférence et du poison (patiemment) inoculé...

Sans (jamais) se moquer ; sans même fustiger l'horreur...

L'existence ; pareille à un rêve – à un mystérieux flottement...

 

 

Sans emprise ; la lumière – quelque part...

Avec mille couleurs ; et mille influences – le monde tel qu'il nous apparaît...

A la surface de l'expérience...

Et ce rire ; sans gagner la moindre partie...

Nous évaporant ; nous liquéfiant...

A l'épreuve de l'air et du feu...

Jusqu'à tout subir ; au-delà même de l’insupportable...

 

 

Plus rien ; à côté du chaos...

Le réel et l'âme ; si amoureusement réunis...

Sous le signe tantôt du néant ; tantôt de la fécondité...

Toujours à la manière d'une fête...

Définitivement associés à la danse...

Entre l'aube et la mort ; la saveur et la lumière...

 

 

Si (douloureusement) sensible aux malheurs...

L'Amour comme la seule affirmation ; in(com)parable...

Contre le courant commun ; et le pavillon noir de la propagande si haut hissé avec ses franges en dentelle et son tomentum de velours sombre et soyeux...

De l'écume (corrompue et contaminée) sur les plaies ; comme un onguent tissé d'épines et de mensonges...

Le monde (nous ne le savons que trop) ; tel un grand brasier dans lequel tout se jette (sans qu'aucune tête ne puisse y échapper) ; telle une grande cage au fond de laquelle les créatures tournent en rond en rugissant – comme de grands fauves enfermés derrière des grilles de papier...

 

*

 

Au commencement du tout ; cette fulgurance – comme une rupture avec l'insouciance...

Et dans son sillage ; la naissance de la durée – du devenir – de la finitude et de la mort ; et ce qui leur est consubstantiels ; l'angoisse et l'inquiétude...

Créant cet inévitable entre-deux ; et une sorte d'horizon à atteindre – poussant l'homme à entreprendre (et à obtenir) mille choses (qui varient au gré des valeurs prônées par le monde)...

Sans plus rien de la joie et de l'Absolu ; sans plus rien de la grâce et de la gratuité ; reléguant la folie à une incapacité et l'imaginaire à une forme de distraction...

Éradiquant l'infini des possibles pour ne faire subsister que des moyens pour parvenir (à ses fins) ; réaliser ses ambitions ; donner un sens à l'éphémère et au dérisoire...

Sonnant le glas du réellement vivre – en quelque sorte...

 

 

L'espace de la répugnance...

Et cette vanité vagabonde (dans son parcours si prévisible) ; qui migre au gré des territoires conquis...

Si loin de ce monde ; notre solitude...

Et de cette pratique honnie et répudiée ; pour continuer à vivre humblement et sans itinéraire établi...

 

 

Loin de la foule ; le nécessaire – l'essentiel – la joie – ce qui (nous) est familier...

Au milieu des lèvres et des yeux ; l'inconsistance...

Et pour soi seul ; la mélancolie et le sentiment de trahison...

Comme écrasé par les promesses (presque toujours) dolosives de l'Autre ; puis abandonné au désert et au feu...

Nous éloignant (peu à peu) des simagrées du monde et des amours humaines...

Sans autre destinée que l'infortune (avant d'expérimenter les bienfaits – la grâce et les privilèges – de la solitude)...

 

 

La chute ; un peu plus qu'en songe...

Vers ce néant magnétique (si envoûtant)...

Par des voies si fréquentées ; jusqu'au basculement...

Ce qui sera (sans doute) à jamais...

Qu'importe le monde – l'envergure du cœur – l'errance – la solitude – les possibilités de l'esprit...

De mort en mort ; jusqu'à ce plus rien...

Ainsi s'achève la participation (volontaire et enthousiaste) au grand cirque (avec ses spectacles – ses clowns – ses déguisements – ses numéros périlleux d'équilibriste)...

Au milieu des massacres et de l'innocence où rien n'est épargné ; ni les postures – ni les prières – ni l'empyrée promis par les prophètes...

 

*

 

La nuit filamenteuse ; ramifiée – envahissante ; dont le parfum enivre longtemps après sa disparition...

Comme une portion de ténèbres étoilées qui ravit cette partie du cœur rétive à la lumière...

Ce qui nous sauve de toute légende et de cette idée (absurde et illusoire) de béatitude et de beauté absolues...

Un espace (autorisé – Ô combien) d'oubli et de sommeil ; d'excès et de faiblesse...

La part oubliée de Dieu ; la part du Divin (en réalité) qui favorise (fort heureusement) la chute – l'abîme – l'imperfection de l'invisible et de la matière...

Le soleil de la douleur (dans tout son éclat) ; alors que le jour (et la joie) resplendi(ssen)t...

Là où l'ombre de l'esprit résiste – se rebelle – se déploie...

 

 

Veilleur ; à travers le prisme du cœur rougeoyant...

La solitude destinée ; et lumineuse...

Ce que l'aube infuse ; dans l'âme...

 

 

L'empreinte de la multitude...

Sur la peau vivante (sur la peau sensible) de la terre...

Sans être entendu(e)...

Étrangement déserteur...

D'aucun nom ; d'aucune appartenance apparente...

Issu de mille lignées – pourtant...

De la patrie de l'invisible...

Sans trace ; comme une poussière dans le vent...

Rayonnant du royaume de l'innocence ; à travers le geste – le pas – la parole...

L'âme si discrètement incarnée...

Et à peu près rien d'autre...

 

 

Hissé sans heurt de l'autre côté du miroir ; là où naissent le jour et le monde ; là où la lumière est silencieuse ; là où la douleur disparaît ; là où cesse la malédiction ; là où la défaite écrase toute forme d'ambition ; là où la chute devient triomphale ; là où la solitude rejoint l'Absolu ; là où tout se rencontre – cohabite – se mélange – se confronte – sans la moindre arrière-pensée...

A la verticale des apparences...

 

*

 

Si peu de chose ; le grand ciel de l'homme...

Comme sa plus haute promesse...

Loin de l'Absolu ; de tout impératif...

Avant ce retour qui fait naître tant de larmes et de cris ; simple propédeutique (pourtant) nécessaire à l'émergence d'une joie affranchie des circonstances...

Comme si l'univers se courbait au passage de l'âme (de chaque âme) ; ouvrant le cœur comme une boîte (à trésors) sans fond ; faisant converger toutes les lignes de vie vers le franchissement du temps...

 

 

A travers le souffle ; les prémices de la dépossession...

L'éphémère célébré ; et exultant...

La lumière (intermittente) gravée sur la peau – le fond même de l'âme ; alors que les alliances se tissent sous le ciel silencieux...

Le signe (manifeste) du passage ; malgré l'aube que l'on voudrait éternelle...

 

 

A perte de vue ; le sang – et toutes ces têtes folles...

Ce néant célébré sans indignation...

Avec tous les rêves dessinés à la craie sur la peau – sous la chair – des Autres...

Le cœur opaque et brutal...

Les destins (tous les destins) enfientés par nos actes – nos désirs – nos conspirations...

Ce qui se dilapide ; sous les drapeaux qui flottent au vent (avec fierté – avec ostentation)...

Uniformément ; le signe du malheur...

 

 

Entre toutes les mains ; entre toutes les âmes – ce qui passe (si imperceptiblement)...

De sommeil en sommeil ; sur le même horizon...

Si peu soucieux des choses sensibles ; de cet enchaînement (interminable) d'épreuves – de désastres – de disgrâces – d'infortunes...

Comme un piège qui se referme sur la pierre...

L'envergure de la malédiction qui nous écrase – qui nous dévore – qui nous foudroie ; sans oser relever la tête et regarder dans les yeux ce qui nous tyrannise...

 

*

 

L'espace formé par le regard...

Laissant tout apparaître...

Mille phénomènes ; mille jeux provisoires ; mille formes périssables...

Et laissant battre les cœurs...

De tout leur poids dans la balance...

Pour que l'Amour puisse naître au grand jour ; s'entrelacer à la matière...

Dans ce mélange de visible et d'invisible...

Ce qui revient (bien sûr) à dire ce que nous sommes...

 

 

Présent à soi ; à l'Autre ; à la chair – autant qu'à la lumière...

Le cœur vivant ; le corps animé...

Et qui sait pourtant que nous ne sommes qu'un rêve ; le théâtre d'un esprit sans attache – né, peut-être, d'un rêve précédent...

Comme si l'histoire (toutes les histoires) ; comme si le monde (tous les mondes) – n'étaient qu'une succession de songes ; des bulles d'air dans le vent ; que ne parviendraient à percevoir ni nos têtes infirmes – ni nos cœurs trop insensibles...

Si inaptes encore à discerner le réel...

 

 

S'aventurer ; au bord de l'inconnu – les pieds mêlés à l'ombre et à la magie...

Au crépuscule ; déjà émerveillé par le monde...

Seul ; sans cortège...

Hors de la file folle et inhumaine...

Les yeux brûlés par le mystère...

L'existence (en partie) révolue...

A contempler le silence – les étoiles – les visages...

Presque confondu au reste...

 

 

 

A l'occasion du vivre...

A tort et à travers ; parfois – si joyeusement...

Le bleu déployé au fond du rire...

La langue comme un bouquet de fleurs vivantes...

Orienté vers ce qui transcende le verbe et la pensée...

Depuis cet horizon courbe ; à même le socle de l'enfance...

Inspiré par le cœur et l'enchaînement des circonstances...

L'âme innocente (bien sûr)...

Face à la mort (et à l'absence) ; les larmes – la douleur et la possibilité...

 

*

 

En procession intermédiaire...

Le fantastique en tête...

A la manière du seigneur des lieux...

L'âme – et les yeux – fixés sur son règne...

Remplaçant la rumeur par le chant ; et imposant (naturellement) aux ombres le silence...

 

 

A petits pas ; vers la lumière...

Absorbant la présence sans préliminaire...

Pénétrant l'intimité ; et abandonnant le reflet...

Le front contre les brumes successives...

Et le ruissellement des signes dans le regard...

Le cœur de plus en plus ouvert...

 

 

A la mesure de la plus ancienne envergure...

En dépit de l'itinéraire et des tentatives de repli...

La pente aussi libre que l'être...

Allant vers sa naissance les yeux fermés ; comme porté par le vent...

 

7 février 2024

Carnet n°303 Au jour le jour

Janvier 2024

L'oreille étirée ; vers le moins perceptible...

Heureuse d'être poussée ; jusqu'au miracle...

Et qui n'obéit qu'aux forces du vent (qui parcourt l'espace)...

Et la bouche qui apprend, peu à peu, à rire de toutes les impostures...

Et les yeux qui s'étonnent du nombre (incalculable) de recoins inexplorés ; de tous ces cercles inconnus et concentriques...

Et le cœur – prêt à lever l'ancre – à quitter le sommeil – à reprendre le voyage ; cette longue odyssée à travers les ruines et le néant...

 

 

Aux portes des lieux et des âges sacrés...

Dans l'exploration des plaies et des possibles...

Tout droit le chemin ; à travers l'étendue...

Et dans le dos ; tous les souffles de la terre...

Prêt à affronter toutes les circonstances ; l'angoisse et les malheurs – derrière soi...

 

*

 

Au demeurant ; ce qui éloigne...

Le cœur sans intention ; comme regardant passer le monde et le temps ; (très) vaguement souriant...

Dénué de ruse et de malice ; foncièrement (très foncièrement) innocent...

Libre des forces qui le traversent ; et laissant le reste œuvrer à sa guise...

Témoin, parfois, d'un rapprochement...

Le bleu (parfaitement) ressenti...

La nuit (parfois) interrogée ; comme la neige (en hiver) qui recouvre la roche et l'échine des bêtes...

Obéissant au temps des arbres ; au rythme lent de leurs désirs...

Cherchant – peut-être – la perte ; à retrouver cet état si proche du plus rien...

 

 

L'âme ; sans lieu – déjà...

Et errant comme au premier jour du monde...

Cherchant à comprendre ; jamais à demeurer...

Trop consciente du passage ; de l'admirable fugacité des choses ; de l'incroyable beauté de l'éphémère...

 

 

Ce qui se cherche derrière le désir qui s'embrase ; derrière l'absence...

L'immensité – perceptible à travers l'embrasure...

Et l'impalpable ; et l'infini – au-dessus de la fable...

Et en deçà de la poussière ; les fantômes et l'incompréhension...

Comme s'il suffisait de franchir le seuil des interdits...

 

 

Dans cette nuit tournoyante ; le feu qui se propage ; d'abord, de bouche en bouche – puis, de cœur en cœur...

Et le plus sensible ; remerciant...

Comme un cercle qui s'élargit ; et dans lequel les marges (peu à peu) s'effacent...

Soustrayant au visible ses chaînes...

Agrandissant (de manière considérable) l'étroitesse des cellules ; et l'esprit des prisonniers...

Favorisant ce parfum (assez méconnu) de liberté qui, soudain, emplit l'air et (en partie) les têtes...

A travers les âmes ; quelque chose – peut-être – du Divin auquel on a, pendant si longtemps, adressé ses prières...

 

*

 

Dans le sillage du vide...

Nous ; (profondément) pénétré(s)...

Jusqu'au soleil ; l'âme et la blessure traversées de part en part...

Après cette fièvre et cette attente ; interminables ; à la suite du détachement naturel ; comme une sorte de récompense (estiment, en général, les esprits un peu étroits)...

Comme des ailes nées du désir éteint ; et ce grand ciel au-dedans de la tête ; et cette étendue découverte au centre du cœur...

Ce qui pourrait favoriser la poursuite (inespérée) du voyage (nous qui l'avions tant négligé – nous qui l'avions presque oublié) ; au-dessus des ruines du monde...

 

 

Plus rien du visage ; plus rien du nom ; plus rien de la mort...

Plus rien du cœur ; plus rien de la foule ; plus rien de l'exil...

L’étreinte ; seulement...

Et l'ensemble et la singularité ; (très) étroitement enlacés ; dans un parfait emboîtement...

Comme enveloppé(s) par les bras de l'âme ; par les bras du monde – qui (aujourd'hui) se confondent ; et cet autre ciel (à présent perceptible) au-dedans des choses...

 

 

Désespérément ; la main tendue...

Et avec trop de vanité et d'ostentation ; ceux qui offrent le pain...

Comme une terre chargée d'orgueil – d'ombres et de représailles (toujours possibles)...

D'un côté – le cœur percé qui se vide ; et de l'autre – le cœur exsangue – incapable de se remplir...

Sans jamais s'extraire de cette parfaite asymétrie ; le monde (terriblement affligeant) construit (et entretenu) par les hommes...

 

 

Conjuguer l'absence et l'intensité ; la figure et l'effacement ; le temps et l'éternité...

Dans le bleu (impénétrable) du regard...

L'âme (toute retournée) qui acquiesce à l'inexplicable...

S'extirpant (apprenant, peu à peu, à s'extirper) d'un très profond sommeil...

 

 

A la manière d'une langue qui se risque ; qui s'aventure ; qui explore...

Dans une sorte de pas de côté ; et une profondeur supplémentaire accordée au mystère...

Les mots qui s'affranchissent des règles – du sens – de la mémoire...

Parcourant (essayant de parcourir) le réel ; l'indéchiffrable à notre portée...

Fouillant l'invisible jusqu'à trouver sa couleur...

Allant et faisant halte au gré des surprises – des miroitements – des résonances ; et n'emportant presque rien dans ses bagages ; un peu de nudité ; et ce qu'il faut pour ressentir et remercier...

 

*

 

Corseté(s) par le manque et les revendications...

L'hostilité (plutôt) crépusculaire...

Sans jamais renoncer ; l’œil têtu...

Au bras du loup et de la mort...

Et cette tâche en tête ; si obsessionnellement...

Dans ce long cortège terrestre qui écrase et piétine...

Coupé(s) du jour ; la vie comme à travers des barreaux...

 

 

La main tendue vers le ciel et le chant...

Avec tous les vivants autour de soi...

Ne réclamant rien d'autre que l'intimité ; et aidant l'âme (bien sûr) à s'y employer...

 

 

Plus cœur que tête ; face au miroir...

Ce qu'offre la main heureuse ; et ce que l'âme récolte...

Un peu de lumière ; et un peu de joie – supplémentaires...

Sans rien ignorer des reflets ; sans jamais confondre le sourire des lèvres et celui de l'âme...

Quelque chose du silence (profondément) expérimenté ; quelque chose que l’œil a (très longuement) examiné...

 

 

Plus proche (de plus en plus proche) de la roche – de l'arbre – de la bête que de l'homme...

Plus proche (de plus en plus proche) du sensible – de la lumière – du silence que des bavardages et des (folles) aspirations de ceux auxquels on prête (en général) un visage...

Le cœur (assez) radicalement penché ; au risque de basculer ; de franchir (ou d'effacer de manière définitive) la frontière établie par ceux auxquels on ressemble ; et qu'ils n'ont eu de cesse de consolider pour essayer de se différencier des Autres ; du reste...

Dans le prolongement de l'oreille – du sol et du ciel ; à croître humblement – discrètement ; l'âme émergeant (peu à peu) au-dehors ; de plus en plus certain du chemin et de l'évidence qui se dessinent...

De moins en moins étranger à la respiration de l'invisible...

 

 

A travers l'éternité de l'espace...

Dérisoire fragment d'ignorance – pourtant...

L'esprit émergeant (à peine) de cette longue suite de songes...

Empruntant (sans même le savoir) un itinéraire très ancien – presque pas perceptible...

Entre encre et errance ; sillonnant ces rives où l'on passe en un clin d’œil ; à travers un rideau de larmes et de souvenirs ; et une multitude de monuments humains...

Quelque chose (à la fois) de la solitude et de la cohorte ancestrale ; l'homme et l'éternité – en quelque sorte – dans leur (singulier) face à face...

 

*

 

Perdu(s) à la lumière ; derrière le rideau opaque ; cette frontière devant laquelle les hommes s'affairent ; lancent leurs flèches – leur feu – leurs prières – leurs pensées – leurs paroles – pour essayer d'en franchir les grilles ; et pouvoir ainsi échapper, pensent-ils, aux malheurs et aux malédictions...

Arpentant la terre ; avec cette détresse sur l'épaule ; le poids de millions d'années...

La proie rêvée des Autres ; et le pas si lourd ; et l'âme comme écrasée...

Dormant d'un sommeil de plomb...

Sur ces rives que l'on piétine ; l'essentiel de ceux qui pensent (à tort – bien sûr) être dotés d'une conscience...

 

 

Hanté par l'envol et la volupté...

A travers le filtre de la tristesse...

Prisonnier du rêve et de la nuit...

Comme devant une image ; derrière des grilles peintes par on ne sait qui (pour on ne sait quelle raison)...

La tête dodelinante ; et les yeux baissés sur une (maigre) piste ; l'esquisse d'un (pauvre) chemin...

 

 

Au cœur de ce monde pourrissant ; mille visages ; et autant d'étreintes (malhabiles et malaisées)...

Dans l'ombre immense et fertile du songe...

Dans la tête de l'homme ; pleine de nuit...

Au milieu des tours et des ruines...

La vie – la mort – la soif ; l'inévitable faim du ventre ; et ce qui incite l'âme à cheminer...

Au-dessus de l'épaisseur ; au cœur de ce labyrinthe insensé...

Sur cette sente qu'il faut, sans cesse, réinventer...

 

 

Sous les hurlements insupportables (et, pourtant, silencieux) de ceux (de tous ceux) que l'on assassine sans sourciller...

Le sourire aux lèvres ; et le cœur joyeux...

Sans même comprendre ; sans même deviner – la multitude des drames ; sans rien saisir de l'envergure de la tragédie qui se joue devant tous les yeux...

Comme poussés jusqu'à l'extrême pointe de l'ignorance – de la bêtise – de l'ignominie...

La cruauté ordinaire de l'homme (crasse et quotidienne) ; cette façon (absurde et insultante) d'habiter le monde ; si insensible aux souffrances de ce qui se tient sous sa botte...

 

*

 

A force de creuser le miroir...

Ce qui se révèle ; la danse (inévitable) des reflets ; et l'ombre marionnettiste...

Ce qui se cache derrière la faim et le sang ; derrière les larmes et les rêves...

Ce qui n'a de prix ; ce qui se goûte ; inexorablement – l'insondable réel ; et ce qui se donne par surcroît ; le rire et la joie...

Notre vrai visage – sans doute...

 

 

La tête tiraillée entre la soif et l'étoile...

Comme partagé entre deux possibles...

L'un – l'aventure solitaire et sauvage – incertaine ; et l'autre – la petite naissance avec son cortège d'aisances et de facilités...

Et la voix qui entraîne ; de douleur en douleur ; sur cet étrange chemin d'épines ; sans jamais pouvoir choisir – sans pouvoir (véritablement) s'engager...

 

 

Marcher vers l'appel ; qui se renouvelle ; à travers un chemin – toujours inconnu ; indéfiniment...

Ce qu'on réalise ; avec de plus en plus d'Amour – d'obéissance – de liberté et de joie...

 

 

A vivre sur cette terre de mort ; sur ces rives fatiguées...

Entre le règne des entrailles et celui de la férocité...

Le sauvage qui déferle – par intermittence ; entre deux sommeils...

Abandonnant la beauté ; la livrant en pâture à l'odieuse mécanique...

Vivant entre la menace et la pierre ; entre les griffes et les crocs...

Laissant les jours se succéder ; parfaitement identiques...

 

 

Dans la nuit épaisse (et interminable) ; lézardée de clôtures et de frontières...

Cette marche ; comme pour épuiser un intarissable chagrin ; sans jamais (bien sûr) parvenir à terme ; sans destination précise sinon cette fin apparente...

Et nous livrant ; et nous adonnant – à l'obscur et à la souffrance ; et nous en délectant (malgré nous)...

A la manière de somnambules fantomatiques – la bouche ouverte et les bras tendus devant soi ; nous cognant à toutes les choses en rêvant...

 

*

 

Là où le jour est si intimement lié à la joie...

Le temps effeuillé ; l'âme à la renverse...

Et ce silence au fond des yeux ; au lieu de la fatigue...

Comme un murmure (un long murmure) que nul jamais n'entendra ; à l'intention (seulement) du cœur – de la vie – du reste – que nous sommes (presque intégralement) devenu(s)...

 

 

Le bruit (feutré) des pieds nus dans l'herbe ; au rythme de la danse – le corps et l'âme (langoureusement) enlacés...

Qu'importe les épines ; qu'importe la destinée...

Ce qui a remplacé les gémissements et les cris...

Ce qui a remplacé la nuit et le travail de forçat...

Les yeux emportés par la ronde des pas...

Dans le refuge (insoupçonné) de ce qui nous côtoie...

 

 

Insoucieux du monde et du temps...

Dans cette étrange contre-allée de l'histoire ; (assez) invisiblement...

L'enfance émerveillée...

Sans la moindre querelle ; sans la moindre réclamation...

Qu'importe les ronces – la semence ; et (même) les coups de semonce...

Par-dessus l'obscur ; par-delà les malheurs et les chagrins...

Le cœur suffisamment vide (joyeux et solitaire) pour aller par tous les chemins...

 

 

Si près de l'illisible ; nous autres vivants...

Sans rien espérer ; sans jamais s'efforcer (sinon continuer à être)...

Tantôt sente ; tantôt fenêtre ; sans rien décider – sans rien laisser paraître...

Sur l'épaule ; le jour et le verbe léger...

Et infiniment reconnaissant pour ces jours d'angoisse et d'épuisement qui offrirent, peu à peu, la possibilité d'un dépassement...

 

 

Passager(s) d'un temps (depuis longtemps) révolu...

Encore au cœur de ce monde construit à grands cris...

Sans même percevoir son emprise et le nombre incalculable de promesses non tenues...

Engagé(s) dans l'apparence plutôt que dans ce qui semble inconcevable...

Homme(s) de la parenthèse (à bien des égards)...

 

*

 

Des béquilles et de l'ivresse ; l'esprit enfermé dans sa cage ; son territoire étroit...

D'un reflet à l'autre ; comme s'il s'agissait de soleils...

Comme dans un rêve ; avec ce bruit de chaînes (que l'on n'entend plus)...

Seulement la fièvre et l'envoûtement...

Et quelque chose d'introuvable ; trop éphémère (sans doute) dans cette nuit sans fin...

Ce qui est ; ce que nous sommes et le reste ; constitués de vide et de vent...

 

 

Une lampe ; derrière – accrochée au miroir...

Les clés lancées vers le soleil...

Et les apparences, peu à peu, négligées...

Le visage devenant figure ; puis, reflet ; puis, ombre s'amenuisant et finissant par disparaître...

Et le mystère – à présent – si palpable (si concret) dans ce qui s'observe ; plus de différence – plus de frontière – entre ce qui regarde et ce qui est regardé...

 

 

Au jour passant ; l'innommable...

La cécité du dehors ; et l'absence...

La destruction et le froid...

Sans âme ; sans personne...

Au fond du cœur ; au fond du noir – le même désert – la même désolation...

 

 

Le cœur chapardé...

Dans ce hasard ; cette souffrance – ce (bien trop) visible...

Les vérités du monde ; si dérisoires...

L'illusion d'un territoire ; et (presque) le même songe chez chacun...

Et la même nuit ; assurément – en tous ces lieux...

 

 

A cet instant ; agenouillé...

Aux marges des choses...

Dans ce blanc qui surplombe (très légèrement) le monde...

Le verbe humble et (pourtant) flamboyant...

Comme une (soudaine) trouée de lumière ; une éclaircie sur ce qui tangue ; sur ce qui sombre…

Le bleu ; en dépit des orages et de la couleur (bien trop souvent grise) du ciel – dans les yeux de ceux qui ignorent...

 

*

 

Le silence ; au fond de la respiration...

Comme un espace caché ; une étoile au-dessus de la mort...

Quelque chose au-delà de la pierre...

Du vent pour désarçonner le sommeil ; et secouer les ensommeillés...

L'une des rares manières de (re)découvrir son cœur (intact en dépit des millénaires passés) ; et de comprendre que l'âme a toujours porté des ailes...

 

 

Cette perte qui s'ignore ; sous les paupières...

Comme un soleil égaré ; des yeux fermés...

Un écho qui aurait tout englouti...

Le trajet d'un désir vers son propre deuil...

Des pas entravés...

Le jeu du monde ; et ses (innombrables) conséquences sur l'âme...

Et une main (parfois) qui émerge (un peu désespérément) des décombres...

 

 

Le temps ; entre les mains d'un Dieu trop pressé...

Comme projeté dans l'espace ; à la vitesse de la lumière...

Dans le sillage (bien sûr) du secret...

L'œil fermé sur le trajet...

Et l'esprit qui cherche encore à s'en affranchir...

 

 

A travers la nuit métamorphique...

Le temps d'une existence ; d'un récit...

Un regard sur le désir...

Comme une fenêtre qui s'ouvre sur un flux d'intentions (engendrées par un faisceau de courants mystérieux) ; comme une coïncidence entre un manque et mille possibilités...

La danse de l'âme – en quelque sorte ; sous un visage (apparemment) décidé ; (apparemment) volontaire ; (apparemment) engagé...

Et le feu – dans l'ombre – qui exulte...

 

 

Le cœur frappé ; tantôt par l'engourdissement ; tantôt par la lumière...

Endormi ou ébloui...

Dans l'ombre – toujours – d'une force ; au-dessus ; intérieure – pleinement souveraine...

Et l'esprit – attentif et frémissant – profondément affecté, lui aussi, par ce qui arrive ; par ce qui le traverse...

Soulignant ainsi l'insuffisance des vivants ; cette manière passablement impuissante d'être au monde...

 

*

 

Refuser cette intimité chimérique (bien trop fausse – bien trop feinte – bien trop mimétique)...

Un régal pour les yeux ; mais une torture pour l'âme...

Avec tous ces gestes simulés ; vides (bien sûr) du secret...

Dans la réserve ; alors que l'autre est un feu – une brûlure – une incandescence...

Noire ; et la tête qui prime ; alors que l'autre est un cœur ensoleillé...

Ostentation ; alors que l'autre est oubli – humilité et discrétion...

Au hasard (apparent) des pas ; ce qui nous est donné...

 

 

Solitairement commune...

Comme la joie qui fleurit sur la rumeur et le murmure...

Comme le regard vivant – sur la pierre...

Comme l'invisible caresse sur la plaie...

Comme le mystère qui se rejoint...

A travers nous ; en dépit des malheurs...

 

 

Sur le chemin ; revenu...

Sans plus aller ; se faisant (simplement) plus attentif (et plus réceptif) à l'évidence d'un Dieu perpétuellement présent ; de plus en plus tangible à mesure que s'éteignent les interrogations ; à mesure que cessent les bavardages – tous les bruits de l'esprit...

Identique à autrefois pourtant ; mais suffisamment dépourvu de volonté aujourd'hui pour que puissent advenir l'obéissance et la souveraineté...

L'ascension du regard ; le ciel descendu ; et le monde amoureusement habité...

 

 

Imperceptiblement ; les ombres et les monstres qui se dissipent...

Le temps qui bascule dans l'imprévisible...

Et ce qui s'érige (en vain) vers le ciel ; abandonné...

L'espace au-dedans de l’œil ; qui se déploie...

La joie qui s'intensifie...

Le cœur chanceux (si chanceux) dans sa chute...

Reconnaissant ; alors que le visage s'estompe ; au profit de l'impérieuse figure des forces de vie...

L'équilibre (partiellement) défait entre le désir et le manque...

D'éloignement en approbation ; jusqu'à la disparition (progressive) de ce qui nous hante...

De plus en plus vide – en somme...

 

*

 

Comme rivé au vent ; l'esprit de la lumière...

Dans cette course éternelle...

Au cœur du spectacle...

Au creux de l'hiver ; au creux du néant...

Et des lanternes disséminées sur la route...

Tantôt fortune ; tantôt sommeil...

A travers le même passage...

 

 

L’œil fixé sur la tragédie des ténèbres...

Observant le sang – la sueur et la semence...

Accroché(s) à l'étoile funeste...

Les têtes entassées à la hâte ; par-dessus les corps...

Tout un territoire peuplé de barbares ; entouré de barbelés...

Au milieu des ruines de l'âme...

Abandonné(s) (presque totalement) par l'esprit...

 

 

Marchant encore ; le verbe porté comme une invisible bannière ; au service de toutes les causes (désespérées)...

Sur ces rives (si) crépusculaires...

Sous le règne des passions tristes ; le silence comme suspendu...

Avec la survivance de quelques rêves ; de quelques baisers – volés sur la pierre ; et le souffle de quelques-uns qui vient s'ajouter au vent...

Dans un (immense) désir de tempête ; et la nécessité de tout emporter...

 

 

Rien n'est donné ; tout est donné...

 

 

Pas même possesseur du plus rien ; pas même possesseur du possible...

Homme ; (très) vaguement homme ; moins dans son rapport au monde que dans son identité apparente...

A travers le rayonnement élémentaire des choses...

Ce qui s'impose à l'âme ; et ce que l'âme dicte aux gestes et aux lèvres...

Approchant le jour sans jamais bannir la nuit ; plaçant l'innocence et la sensibilité au premier rang des vertus...

 

 

La figure du monde ; sans que rien ne change (sans que rien ne puisse changer)...

L'impatience et l'obscurité ; sur fond de mystère...

Le désir et la violence ; si profondément...

Aliénés ; en dépit de l'Amour ; en dépit de la lumière...

Qu'importe l'existence ; qu'importe l'effroi ; qu'importe le cri...

Ce qu'énonce (avec insistance) cette voix ; quelque chose que nul ne pourrait récuser...

 

*

 

Le cœur couronné ; bien plus qu'un ciel dessiné à la craie ; bien plus qu'une légende pour légitimer la liberté...

Détruites ; les sentinelles – dans le sillage des grands espaces...

Dans le cortège de l'Amour ; à la proue du monde...

 

 

L’œil humide au carrefour de nulle part...

La tête appuyée sur le visage d'un Autre...

Sans servitude – sans attachement...

Le bleu de l'écume aux lèvres...

Un peu plus qu'une parole ; sans rien bâtir ; sans rien dévoiler des rives promises...

Offrant aux liens la seule place...

Délaissant le carré pour l'ardeur...

Devenant l'espace et la destruction des murs...

 

 

La mort et le vide qui se révèlent à celui qui parvient à traverser le chagrin ; à celui dont l'élan vise le ciel...

 

 

Sans rien accroître ; la source...

Le son de nos pas...

D'un monde à l'autre ; entre silence et sensibilité...

A travers la forêt...

Au milieu des bêtes discrètes et dispersées...

Le souffle sans l'anxiété de la fin...

Sans rien heurter ; l'oubli de la figure et du nom...

L'herbe – la roche – la neige ; le soleil et l'inconnu...

Tout ce qui invite à la connaissance ; au cœur humble et aimant...

 

 

Aux heures les plus intenses de l'étreinte...

Étranger à toute ruse...

Le grand vent – seulement ; et cet étrange va-et-vient entre l'âme et la chair...

Au chevet du plus secret ; auprès de l'hôte pressenti depuis si longtemps...

Alors que l'esprit s'extasie sur la légèreté du monde...

Alors que le cœur se fait (particulièrement) solitaire et joyeux...

Alors que le corps s'enfonce (avec délectation) dans l'intimité de l'enfance...

La vie ; sous un ciel sans poids...

Comme un vertige dans l'espace lassé par l'abondance – la mémoire et le sang...

 

*

 

Sous le jour transparent ; le mystère...

Comme sous la neige ; la terre...

Comme ce qui s'envole vers le ciel...

La gorge déployée ; la bouche silencieuse...

Qu'importe l'attitude face à l'énigme ; face au monde...

Qu'importe l'épaisseur de l'ignorance ; et l'ardeur de la quête...

Des larmes automnales (si souvent)...

Après le temps monotone du rêve...

Et le courage qui vient à manquer face à la douleur ; face à l'inconnu...

L'inévitable expérience de la peur – de l'impossibilité – de la fin (cette sorte d'inaboutissement apparent)...

L'esprit (de l'homme) face à tous les enjeux de l'existence terrestre...

 

 

La parole hâtive (trop hâtive) ; et toujours trop tardive pourtant ; comme condamnée à ce funeste décalage avec le réel ; incapable de s'unir à la vie passante ; de coller au déroulement des circonstances...

Comme si l'on picorait la poussière pour essayer de décrire l'infini et l'éternité...

Mieux vaudrait plonger dans le silence pour expérimenter sa texture – sa légèreté – son épaisseur...

 

 

Sourd aux histoires inventées ; au récit des existences où chaque mot est un mensonge (pour soutirer des rires ou des larmes – quémander la moindre approbation)...

Ombres – partout – dans cette géographie de la fiction (dont l'usage – toujours – dessert et pervertit le réel)...

Sentes et temps de la convivialité apocryphe ; à travers ces figures chaleureuses qui cachent (trop souvent) le calcul et l'indifférence ; quelque chose d'une effroyable froideur...

 

 

Portes ouvertes sur la défaite ; et ses alentours...

Dans cet étrange intervalle de ressemblance...

Ne cherchant plus le chemin ; le laissant apparaître ; puis, renouvelant l'incertitude et le pas...

Pénétrant tantôt le cercle – tantôt la fable ; et qu'importe ce qui est traversé – (presque toujours) submergé par cette joie ruisselante...

Laissant la dérive advenir ; et nous porter jusqu'au centre du souffle...

Au cœur de cette (minuscule et apparente) part du monde ; particulièrement sensible et vivante...

 

*

 

Involontairement ; le silence...

Le pas entre l'herbe et le vent...

L'âme entre la pierre et le vertige...

Le cœur entre le ciel et le sang...

Et le reste ; vivant...

L'esprit sur ces rives étranges...

A demeure ; et affranchi du temps...

Au-dessus de ce qui passe (de ce qui semble passer) ; et qui, peu à peu, se métamorphose (semble se métamorphoser) en songe et en (dés)espérance...

 

 

Dégagé de l'attente et de la soif...

La faim et le sommeil ; satisfaits et asservis [enfin asservis ; comme un (assez juste) renversement de l'assujettissement]...

L'illusion privée de ses pointes ; et se désintégrant (peu à peu) dans ce dont ses frontières la séparaient...

Offrant à la tête son feu ; et à l'âme son allant...

Au cœur de cette solitude (très sensiblement) penchée sur le monde...

Sur le même rivage que le reste...

Délicatement ; l'œuvre (fragile et éphémère) de l'homme...

Le manque et les réclamations ; comme effacés...

Sous le couronnement (et la gouvernance) de ce qui décide ; ce qui s'impose au cœur – en quelque sorte – avec (bien sûr) le consentement nécessaire...

 

 

Le regard ; penché sur l'éphémère...

Apprenant à défricher d'autres chemins que ceux qu'empruntent (habituellement) les hommes...

Libéré de ce temps scandé par les habitudes (qui semble s'inscrire dans la vitalité du corps et le rythme dicté par la tête)...

Glissant partout ; effaçant le superflu ; conservant les nécessités...

Réunissant ce que l'on a (artificiellement) séparé...

Rassemblant le dehors et le dedans ; ce que l'homme assimile au cœur et ce qu'il assimile au monde – réunifiés ; parfaitement rétablis...

D'un seul tenant malgré la diversité (manifeste) de l'invisible et l'éparpillement (apparent) de la matière...

 

 

Emportées ; l'ombre et la parole...

Au fond de cette poitrine qui se déploie – qui s'étend – qui se disperse...

Passant du parcours au cercle ; puis, du cercle au centre...

Traversant (d'un seul trait) le monde et le temps ; se laissant parcourir par les paysages et les saisons...

Escaladant et dévalant toutes les pentes escarpées...

La figure grimaçante face aux chimères ; et cette moue persistante face à la force (inépuisable) des rêves ; face à l'usage permanent du mensonge...

S'affranchissant de tout ce qui fait obstacle...

Marchant seul ; et droit – vers ce qui semble impossible (au plus commun)...

Laissant la vérité émerger dans ses gestes et ses pas ; la laissant remplacer les Dieux et les monuments inventés par les hommes ; la rendant profondément humaine et vivante...

 

*

 

De la douceur encore...

Contre la matière ; et la peau du monde...

La voix gelée au fond de la gorge...

L'âme comme une pierre suspendue au-dessus du vide...

Les mains plongées dans l'abîme et l'illusion...

Devant ces larmes – et ce sang – sur le sol – qui sont (toujours) les nôtres...

 

 

Le cœur métamorphosé en main et en étoile...

Sans plus de raison d'être que l'homme...

Se détachant ; allant comme les nuages...

Offrant à la terre ce qu'elle réclame...

Se souciant aussi peu du monde que les âmes...

Dans cette course sans fin ; l'esprit sans désir – sans prière – sans insistance ; et que la tête habite avec légèreté (à la fois engagé(e) dans les gestes et détaché(e) des histoires des vivants)...

 

 

Au-delà du seuil ; ce qu'il reste à vivre...

Et du monde ; et du temps...

L'espace des choses où apparaissent (parfois) des visages...

Une forme d’espièglerie face à la douleur et à l'adversité...

Une manière (sans doute) de traverser l'impossible...

 

 

Personne ; autour de soi – la parole...

Le monde sans exister ; comme un rêve façonné par la langue...

La possibilité d'un lieu – en quelque sorte ; que le verbe désigne – tente de circonscrire ; et qui demeure (inévitablement) extérieur et étranger...

Comme si pour habiter le réel, il fallait s'affranchir de tout commentaire ; éteindre la mémoire ; plonger (silencieusement) dans ses profondeurs ; et se laisser gagner, peu à peu, par sa texture – ses teintes – sa légèreté – son amplitude – son épaisseur – son inconsistance...

 

 

Sans rien dire de la source claire ; du bleu qui compose – et entoure – la nuit ; des yeux ouverts ; hormis (peut-être) la manifestation de quelques marques de ferveur (et d'émerveillement) ; cette irrésistible admiration pour ces pans de lumière inconnus...

Et l'impérative nécessité de les traverser ; et de se laisser pénétrer – jusqu'à l'infranchissable...

Une fleur légère entre les lèvres ; comme porteur d'un ciel – d'une perspective – d'un horizon – énigmatiques – illimités – indéfinissables...

Les signes (évidents) de l'infini et de l'éternité que l'esprit ne peut appréhender qu'à travers l'innocence ; en dépit des résistances et de la forte incrédulité du cœur humain...

 

*

 

Rien qui n'apaise le sang ; sinon la mort

Les gestes barbares qui déchirent la chair nue...

L'écume furieuse qui cingle ; et s'abat...

Cette guerre éternelle qui ronge le monde ; qui hante les âmes...

Sur tous ces sentiers sombres ; le cœur désarmé – réduit à résister en silence...

 

 

Le cœur creusé par les voyages ; la longue exploration...

Surplombant le monde et le sommeil...

L'esprit droit ; l'âme vouée à s'offrir...

Sans commerce ; sans compromission...

Rien qu'un regard ; et ce long agenouillement auprès des vivants...

Une vie d'homme tombée entre les mains d'un ciel à sa mesure...

 

 

Pressenties ; toutes ces palissades sur la route...

Les difficultés de l'exil...

La gravité des peines ; les plaintes interminables...

Et cette ardeur féconde pour approcher le mystère ; et demeurer dans son cercle...

A la lumière (toujours) de ce qui grandit...

 

 

Porté(s) par la nuit et l'exigence de l'étendue...

Peu à peu rejoint(s) par le silence ; et toutes ses nécessités...

Le chant qui, peu à peu, se dénoue ; et qui gagne en amplitude...

La voix plus basse ; et plus intense...

A contre-sens de ce qui va...

Du côté du retour ; assurément...

Sans rien cacher ni du règne – ni de l'obéissance ; parfaitement docile et souverain...

 

 

Comme emporté ; entraîné dans cette sorte de traversée descendante...

Disposé (de plus en plus) à s'abandonner...

A s'offrir à ce (très léger) frémissement de l'espace...

Ce qui circule ; de la source aux (innombrables) périphéries...

Qu'importe ce qui apparaît ; qu'importe ce qui nous quitte...

L'éternel inachèvement...

Et ces âmes ; et ces visages – tantôt proches – tantôt confondus – tantôt étrangers...

Par la sente la plus rude – la plus étroite – la plus escarpée...

 

 

Le vent ; pour une parole offerte – enflammée – agissante...

Vers la lumière ; ce qui s'élève – inéluctablement...

 

*

 

Forces faméliques et désordonnées...

Sur ces berges désuètes où le temps passe ; étonné(s) – depuis des lustres – sous la même voûte mal éclairée ; en ces lieux où l'or est (à la fois) la cime et la raison...

Ainsi défilent (tristement) les marcheurs et les siècles ; sur cet étrange territoire – vers ce devenir peu glorieux...

 

 

Le seul bagage ; avec le silence...

Face au monde ; cette (grande) sensibilité...

Contre les cris et l'affairement ; contre cette fièvre confuse...

Et la survenue (plus qu'évidente) de l'imprévisible...

Signe du surnaturel (pour les esprits naïfs)...

L'invisible (comme le savent certains) derrière l'apparence et le sommeil ; derrière ce qui semble relever de la magie (ou du miracle)...

A se rejoindre au cœur de cet espace où la lumière étanche la soif et les appétits...

 

 

Parole encore ; sur les jeux et la faim...

Se dépossédant plus que jamais ; le cœur humain...

 

 

Le cœur étreint ; désenchaîné ; duquel suinte une souffrance obsolète (devenue presque inoffensive)...

Au milieu d'infatigables somnolences...

Personne ; jusqu'à s'y perdre...

Et quelques fois (très rarement) ; cette interrogation discrète (presque dissimulée) au fond du regard ; que l'on redresse avant qu'elle ne s'abîme et ne meurt...

Comme emporté(e)(s) par les eaux légères du destin...

 

 

A la merci de la mort et du plus tenace...

Ce que nous sommes (si l'on savait)...

A deux doigts de l'ombre ; et à deux doigts du feu ; sans jamais pouvoir se départir de cette présence...

Si impalpable – si lumineux – sans visage ; et si fragile – et si provisoire – en sa possession...

Dans ce perpétuel balancement ; dans cette incertitude sans échappatoire ; en plus des caractéristiques de l'espace – en plus des risques (très relatifs) de la traversée...

 

*

 

Encore tourmenté par le venin (insidieux et maléfique) du cœur humain...

Comme suspendu à un crochet qui meurtrit les chairs...

L'âme recroquevillée (terrorisée – presque sans force)...

Penché sur cette insupportable plaie...

Sans pouvoir se résigner à cette geôle invisible...

Défiant cette folie ; les paumes en avant...

Le ciel dans les yeux tristes...

Et l'âme tachée de larmes et de sang...

 

 

A l'infini ; sans hasard...

Dans ces (si glorieux) naufrages ; ce à quoi l'on aspire tous (en secret)...

La ferveur anonyme et endiablée...

Cette manière (magistrale) d'émietter les espoirs et les rêves...

L'homme à genoux ; rompu et rampant – comme condamné...

L'esprit étranglé ; écartelé ; sans alibi ; renvoyé à ce qu'il porte ; sans pouvoir compter sur ce qui semble exister...

Puis, un jour – sans crier gare – le renversement du sommeil...

Et le cœur qui (soudain) semble basculer dans l'immensité bleue...

 

*

 

Pierre aux dents affûtées – au ventre vorace...

Comme l'occulte sa légende...

Prédisposé à l'édification et à la destruction (à – somme toute – égales proportions)...

Utilitariste en diable ; pragmatique dans l'âme ; et parfois porté (pas si fréquemment) à réfléchir sur ce qui est vécu [adepte peu exigeant d'une philosophie (assez vague) de l'existence]...

Exploiteur forcené ; et explorateur infatigable...

Cherchant (néanmoins) plus à (sur)vivre qu'à apprivoiser la mort (ou à approcher la vérité)...

Pierre vivante – en quelque sorte – roulant (assez furieusement – assez inconsciemment) sur sa pente...

 

 

L'âme écorchée par la (longue) course...

Ah ! S'il nous était donné de voir son visage...

Destiné(e) à s'abreuver à la source ; à renouveler son émerveillement ; en dépit des misères subies et des malheurs provoqués (plus ou moins intentionnellement)...

L'Amour – invisible encore – entre les mains...

A la tâche (pourtant) depuis bien plus longtemps que l'homme...

 

 

Si vastes ; le rayonnement – et la trace – du cœur sur le monde ; et si invisibles encore (pour l'essentiel)...

L'envol de la parole au-dessus du sable ; et du ciel...

Le désastre du froid sur les fleurs et le sang...

L'espace (méconnu) qui habite le souffle et le feu...

A la mesure du possible de l'homme (et du reste) – bien sûr...

 

 

Aux limites du perceptible ; du plus lointain...

Le mûrissement de ce qui se révèle (peu à peu – très progressivement)...

A travers la nuit ; l'ampleur et l'emprise de l’inconnaissable...

A travers la mémoire ; l'étendue et la lumière...

Et derrière les encombrements déposés depuis des millénaires...

La même unité ; ces liens (si tangibles) entre le cœur et le monde...

 

 

Le cœur offert au verbe – au monde – à la lumière...

En plus des gestes ; et du regard sur les visages et les choses...

Cette intimité miraculeuse qui éloigne les ombres et le hasard ; et qui participe à tous les effondrements – si nécessaires au rétablissement des liens impérissables...

 

*

 

Le jour inencerclable...

Le cœur (tout) piqué de signes ; presque perforé...

Sous le joug de cet infini (parfois) porté à la fureur et à la folie...

A l'ombre d'une immense lumière...

Fourmillant de voix et de possibilités (trop souvent lointaines)...

A notre place ; au milieu du bleu et des vents

Au fil des métamorphoses...

 

 

Comme bercé par cette halte océanique...

L'âme blottie contre le ciel ; et assortie aux couleurs des pierres...

Sans bruit ; les souvenirs qui s'effacent...

Rétablissant le règne de la joie et de l'oubli...

Et toutes les promesses tenues dans le silence...

A force de revenir ; à force de recommencer...

 

 

Au milieu de toutes ces bouches griffues ; les lèvres en prière...

Cherchant Dieu à l'économie (si paresseusement)...

Entre deux fringales ; au milieu de la faim...

Comme un piège auquel nul ne peut se soustraire...

 

 

Vicissitudes des vivants arrimés au monde ; un peu trop triomphalement (sans doute)...

Les yeux déchirés ; le cœur mal ouvert...

Marchant en colonnes sur des voies (très) fréquentées...

Cherchant dans les traditions (la mémoire des générations) à légitimer la brutalité et la barbarie d'aujourd'hui (la brutalité et la barbarie de toujours)...

Penchés distraitement sur les ondulations légères (et quasi consolatoires) du temps...

Au cœur d'une pénombre aux allures de labyrinthe fermé...

S'initiant (sans fantaisie) au passage des saisons ; sans jamais fouiller du côté de l'origine (ou de la vérité) ; ne se consacrant qu'aux récoltes et aux labours ; qu'au labeur pragmatique des non-curieux (qui se refusent à découvrir et à explorer)...

Comme des créatures infiniment terrestres (à l'âme balbutiante – presque souterraine) ; porteuses d'étroites perspectives (incapables même d'imaginer un autre monde)...

 

 

Le jeu des visages et des ombres...

Du buisson à l'étoile ; les mêmes règles...

Et ces cœurs (tous ces cœurs) qui s'agitent...

Et ces têtes (toutes ces têtes) sans envergure – sans interrogation...

 

*

 

Les mains errantes ; sur la terre des possibles...

Cherchant le testament de la lumière ; l'horizon boréal...

Les cœurs arqués sur leur convoitise ; obsessionnellement...

Dans l'attente (assez vaine) d'un ciel réparateur...

Espérant là où subsistent encore quelques étoiles...

 

 

Les hommes dévorant la terre ; niant le bleu ; haïssant l'esprit ; exploitant le reste ; anéantissant (à peu près) tous les possibles...

Et l'empyrée sur toutes ces lèvres fausses...

 

 

Démesurés ; le cœur ancien (le cœur premier) ; et l'insensibilité contemporaine...

Aussi comment se résigner à cette cendre ; à ce (pitoyable) constat...

Et cette espérance en l'avenir dans toutes ces têtes idiotes et analphabètes...

Encore englué(es) dans le rêve et le mensonge...

Ne sachant que tirer parti ; alors qu'il faudrait renouer les liens avec le plus précieux – le plus sacré et s'abandonner aux exigences de l'âme...

 

 

Le cœur étagé – circonscrit – emmuré ; soumis à la monotonie des jours et à la nostalgie du réel...

Au milieu des siècles bruyants ; en ces temps furieux et bavards...

Les jours usés par les coups...

Avec des visages plus ou moins vivants ; selon les habitudes – selon les prédispositions...

Au-delà (bien au-delà) des figures contestataires...

L'esprit du retour ; vers la figure (éternelle) des origines...

 

 

Le ciel ; le regard – silencieux...

Comme cachés par ces chemins de sable qu'empruntent les pas ; et qui éloignent (assez magistralement) de ce qui se cherche...

Échos – portes – changements ; à travers le passage ; l'ordre du monde ; et les lois (toutes les lois) qui régissent les liens...

D'une géographie à l'autre ; grâce aux prières – à la semence – aux (perpétuelles) métamorphoses...

Ce que l'on vit tous ; avec le cœur qui, parfois, devine ; qui, parfois, s'interroge...

 

 

Le cœur hivernal ; alors que le temps se déforme ; alors que l'esprit désapprend ; alors que l'âme délaisse ses (sempiternelles) questions...

A être seulement ; qu'importe l'épaisseur de la nuit ; qu'importe ce qui nous entoure ; qu'importe ce qui nous compose...

Quittant (peu à peu) le singulier pour l'impersonnel ; le seul mode d'existence (en vérité) ; n'en déplaise à ceux qui se prennent (encore) pour des individualités...

Ce qui sonne (bien sûr) le glas de toute quête (préalable inévitable – et, très souvent, éperdu)...

 

 

Sans autre lieu que l'errance...

Sans autre pas que l'inconnu...

Éphémère et incertain...

Pas même sûr d'exister (réellement)...

Ce qui passe ; et ce qui demeure – l'un dans l'autre ; (très) intimement intriqués...

Le père et le fils – dans leur danse étrange ; sous la férule de l'ardeur et de la tendresse...

 

*

 

Là où l'instant demeure ; le bleu exaucé...

Les yeux baignés de joie ; au milieu des ombres...

Entre l'épreuve et la chance ; l'oreille attentive...

Sans autre recours que les lèvres émerveillées ; et ce qui en sort – comme un présent offert (sans panache – sans ostentation)...

Les plus belles matières à vivre (sans le moindre doute)...

 

 

Quelques traces de chair ; dans la mémoire...

Un chemin fauve ; un feu – l'eau (tumultueuse) d'un fleuve...

Puis, la cérémonie de l'oubli ; nécessaire à toute célébration...

Jusqu'aux racines ; jusqu'à la source...

Cette danse entre la terre et les étoiles...

Au milieu des orages et du royaume...

 

 

Entre le cœur et la chair ; la fougue passagère...

Sous les cris et les battements de paupières...

Une chance offerte au regard ; dans cet étrange entre-deux du naître et du mourir...

 

 

Sans jamais aller ; l'ignorance...

Portes ouvertes sur la nuit ; le souffle obscur qui désire...

Et l'absence dissidente (le pas de côté) pour échapper à la fable orgueilleuse ; à cette édifiante hagiographie de l'homme qui occulte ses manquements et ses infirmités ; et sa saisissante incapacité à se hisser à la hauteur de ses prétentions...

Fantôme né de la poussière à la cognition embryonnaire – balbutiante ; et résolument dépourvu de conscience [et ceux qui en doutent n'ont qu'à ouvrir (un peu) les yeux sur la manière dont (presque) chaque homme considère – et traite – ce qu'il pense ne pas être]...

Et (par-dessus tout) privé de cœur (amputé de toute sensibilité)...

Porteur d'une moisson d'idées idiotes et étroites ; initiateur de gestes médiocres et dérisoires – (profondément) maladroit(s)...

Des yeux froids et indifférents greffés sur un bout de chair chaude et animée...

 

*

 

L'attente sibylline ; presque évasive tant la soif mord les yeux ; tant est grand (parfois) le découragement...

Comme un front pierreux devant le paysage ; le défilé (insensé) des têtes (non pensantes) ; cette étrange procession de naïfs qui s'en va (un peu négligemment – un peu inconsciemment) vers la mort...

Loin du soleil ; loin du voyage...

La danse (toujours) un peu triste ; et les yeux de l'âme pas assez ouverts...

Aussi ; qu'importe la lumière ; qu'importe que nous disparaissions...

 

 

Tous les masques tombés ; face à la mort ; face à la lumière...

Et ce qui se reconnaît ; au fond des yeux...

Au cœur de cette fête ; ce goût si singulier pour le vivant (et la vérité)...

 

 

Tombé(s) là ; puis (fort heureusement) rattrapé(s) [en partie rattrapé(s)] par la lumière...

 

 

Comme un chemin buissonnier sous les étoiles...

Avec ce chant qui monte ; depuis l'âme – jusqu'à la gorge ; et que le ciel déploie dans son immensité...

Quittant notre cellule étroite – notre fatigue coutumière – pour cette rive silencieuse sur laquelle n'existent ni le hasard – ni l'absence...

Des yeux privés de désir ; mais gorgés d'Amour...

Le cœur prêt à vivre les mille possibles qu'offrent l'existence et le monde...

 

 

L'être ; impondérablement...

Au milieu des visages et des choses...

Au plus profond ; derrière les apparences...

Avec des échos en chaîne ; une longue suite de résonances...

Ni pose – ni figure ; ce qui se manifeste avec nécessité (avec la plus grande des nécessités)...

A la place du sommeil – des mains en prière et des lèvres pleines d'espérance...

 

*

 

Des liens démesurés ; en dépit des (innombrables) ombres qui habitent l'abîme ; en dépit des solitudes apparentes...

Comme un soleil qui effacerait toutes les inquiétudes...

L'être vers son retour ; après l'impasse de l'homme célébré – maître des spectacles...

 

 

Inspiré par la terre rouge ; et par ces heures passées auprès du monde – dans son sillage ou à son chevet (selon les époques et les circonstances)...

Loin (de plus en plus) de ce naufrage ; du mystère sacrifié – du secret (partout) que l'on dénie...

L'homme abandonné aux reflets de la lune qui recouvrent toute l'étendue terrestre...

A ce point délaissé(e) ; l'esprit – la lumière ; masqué(e) par l'espérance et la prière...

Sans jamais compter l'impossible entre toutes les mains ; ni l'aptitude de la matière à réaliser des miracles...

 

 

Dans ce chenal qui relie le plus simple à la beauté...

Dans ce festin de ciel ; et ce nombre de fois incalculable...

L'âme brûlante ; le cœur en partance ; comme un feu – un voyage – inaltérables...

Comme le déploiement d'un destin riche – involontaire et coloré ; et ce qui, dans les profondeurs, semble être (assez secrètement) à la manœuvre...

 

 

Sous les masques changeants ; des sourires retors et des sabres tranchants...

Et derrière (plus profondément encore) ; l'enfance méconnue – celle qui, trop souvent, cède la place à la peur...

Au fil des astres ; des figures sombres et dansantes – l'orbe du jour ; et ce qui rend possible le passage des crêtes...

A l'ombre de ce grand soleil qui cache (et protège) le monde...

 

 

Éparpillées et opiniâtres ; ces représailles...

Ce qui rôde (instinctivement) sous la lumière...

Au cœur de toutes ces fêtes nocturnes où l'on vocifère – où l'on s’étrille – où l'on s'obstine...

Le ciel brûlant sous le feu de l'escroquerie...

Et le sang des idoles qui abreuve ces terres impies...

L'Amour et la liberté que l'homme muselle et emprisonne ; à coups de calculs – à coups de ruses et et de stratégies...

Jetant les âmes sur ces tristes chemins ; condamnées à traverser ces anciens horizons propices que les rêves ont transformés en lieux funestes...

Moins destin que malédiction ; toutes ces existences inconsolables ; au cours de ce (lugubre et détestable) séjour sur la pierre où s'est, peu à peu, bâti un empire de mort et de tristesse...

 

 

Sur la sente indéchiffrable de l'arbre ; comme si rien ne pouvait nous détourner de cette route...

Vers le moins visible ; assurément – en dépit de la hauteur apparente...

Sans même deviner ce qui se fomente – ce qui se bâtit – au cœur de la pénombre – des profondeurs – de l'obscurité...

A la manière d'un hommage (cryptique) à la surface du monde ; aux premiers temps des origines – au commencement de la mémoire...

Et ce qui sourd – à travers chaque pas – au cours de chaque avancée – le consentement et la gratitude ; et cette joie indéfinissable (et presque magique) d'être vivant...

 

 

La vie oubliée ; sous les gestes poussiéreux – toutes ces existences inertes...

Sans cet élan vers l'inconnu ; sans cet étonnement qui réenchante les jours...

Sans jeter la moindre passerelle entre l'ignorance et ce qui a été abandonné...

Une manière de s'éloigner toujours davantage du plus lointain ; de refuser de transformer les liens ; et d'élargir le territoire de l'intimité...

Sans itinéraire ; sans la moindre trace à suivre – sinon celle des larmes laissées par l'absence...

De rive en rive ; dans cette longue suite de possibles et de retrouvailles – et, parfois, jusqu'à laisser le mystère nous pénétrer – jusqu'à retrouver le cercle – jusqu'à rejoindre le centre du secret...

 

*

 

Rien qu'un rêve – un semblant d'ivresse – au fond des yeux...

Insensibles (si insensibles) aux jeux de l'univers...

Inattentifs (si inattentifs) aux soleils du monde ; et à la liberté offerte...

Presque infirmes tant l'air (nous) semble lourd ; offensés rien qu'en respirant...

 

 

De la terre encore ; dans cet essoufflement...

Comme un épais rideau de poussière ; au fond de la poitrine...

En plus des murs de pierres que l'on doit franchir...

Comme un destin en déshérence ; entre ruines et désert...

Et ce qu'il faut encore abandonner ; au cœur de ce chaos...

 

 

Ce qu'il nous reste de pas ; avant la grande capitulation...

Dans l'obscurité ; la guerre gratuite – et (presque) systématiquement reconduite....

Entre nos mains ; le désir du plus sauvage ; et cet halo de désespoir qui plane comme un énorme nuage noir au-dessus de l'horizon...

 

 

La vie nourricière et silencieuse...

L'âme sobre ; et infiniment sensible...

Et ces pas sur le sol ; et cette paix...

La peau contre celle des arbres ; contre celle du ciel...

Si heureux de cet apprentissage (ininterrompu) de l'innocence et de la lumière...

 

 

Ici ; où il n'est plus question d'ombre et de trace ; où il n'est plus question de source et de désarroi...

Sans indice ; à même le vent qui souffle...

Qu'importe la nuit – le bruit – le froid ; ce que s'obstine à être l'homme...

Sans aile – sans appui ; dans le seul emploi qui nous est offert ; ressentir et contempler – la vie belle – la vie simple – qui se déploie...

Et cette joie ; et ce silence – qui grandissent sous la peau ; et qui ouvrent un passage (une sorte de passage) entre l'espace du dedans et l'espace du dehors ; convergeant en un seul point – en une seule étendue ; que l'on habite (assez involontairement) tantôt avec indifférence – tantôt avec rudesse – mais le plus souvent avec saveur et reconnaissance (tout entier dans cette ardeur qui s'y emploie)...

 

*

 

A la cime du vide ; époustouflé...

L’œil béat ; l'âme chavirée ; le cœur à la renverse...

Comme à la pointe d'une flèche qui pénètre l'espace ; qui se fiche dans le vide – dans tous les centres démultipliés...

Et derrière les apparences du monde – derrière les apparences de la matière – ses contours ; et derrière ces contours – la danse irradiante...

Mille fêtes ; au rythme de la lumière...

A travers la fertilité des bouches ; à travers la fertilité des corps ; dans une pagaille joyeuse (et si réjouissante)...

Et nos yeux (tous nos yeux) qui roulent au milieu du chaos...

 

 

Invisiblement ; les bras ouverts...

A l'image du jour ; le secret de l'homme...

Sous le geste ; le miracle – dans le sillage de celui des origines...

Porteur(s) de cet étrange accord entre la nécessité et le plus intime ; et qui donne la direction...

Et toutes les intentions ; et tous les élans – tournés vers la même lumière...

 

 

Fragments de mille Autres – en soi ; et soi – élément de toutes les combinaisons du reste ; d'un seul tenant ; changeant – mouvant – vivant (si vivant)...

Émerveillé par ces mille compositions – par ces mille chorégraphies – qui ne forment qu'un seul corps – qui ne forment qu'une seule danse...

Et leur apparition ; et leur essor ; et leur effacement – dans l'infini déployé...

Sous la férule de l’œil qui voit...

 

 

La roue du temps ; à travers ses pirouettes et ses cabrioles – comme une toupie folle dans l'espace...

Et l'homme ; ce peu de boue – entre la terre et les étoiles...

Entre le désir et le deuil ; l'inquiétude (comme vissée au cœur)...

Entre les yeux et les heures ; entre le rire et les larmes ; entre Dieu et la mort ; ce qu'il nous faut vivre...

Quelque chose qui circule ; et quelque chose qui demeure...

A se demander (encore) comment tourne le monde ; comment aimer ce qui nous entoure ; ce que deviennent les âmes ; et à quoi peut bien rimer toutes ces existences...

 

 

Ces vies disjointes – croyons-nous – alors qu'il n'existe qu'une seule étendue – sans intervalle – sans interstice ; où se cacher – où trouver refuge...

Tout rassemblé ; tout emboîté – sous la lumière ; comme une chose indéfinissable et, sans cesse, changeante ; sans que rien (ni personne) ne puisse échapper à l’implacable mécanique et à la longue (à la très longue) série de métamorphoses...

Des déséquilibres – des mouvements – des chemins (qui s'inventent – qui se goûtent – qui s'expérimentent) ;

Ce qui se déchire – ce qui se sépare – ce qui se retrouve – ce qui s'étreint...

Ce qui bifurque – ce qui se raccorde ; ce qui recommence – ce qui se réinvente – ce qui s'éteint...

Dans l’œil qui voit ; depuis la source...

 

*

 

La danse de l'espace ; ce qui édifie le monde – et ce qui l'anéantit...

Comme un dialogue (permanent) entre le feu et la mort...

L'invisible et la matière ; main dans la main...

Comme un rêve qu'aurait annoncé le verbe...

La réponse à toutes les interrogations...

Le lieu où apparaissent – et où s'effacent – toutes les formes...

Ce qui se manifeste ; et ce qui se défait – le plus haut degré de la poésie...

 

 

L'encre jetée sur tout ce sang ; comme la preuve de l'homme...

A la fois tête et esprit...

Le rêve vêtu de chair...

Sous la puissance de l'intime ; quelque chose qui allège ; et quelque chose qui aggrave...

Sans jamais pouvoir choisir...

 

 

Et ces yeux éperdus sur l'inaccessible...

 

 

Le mystère et la source ; obstinément...

Jusqu'à vivre l'impensable...

Docilement ; sans interrogation...

A la manière d'un soleil qui rayonne...

A la manière d'une particule de poussière portée par les vents...

A l'écoute ; silencieusement...

Dans le perpétuel recommencement du monde et du temps...

Ici même – à cet instant ; parfaitement vivant...

Jusqu'à l'épuisement de l'ardeur...

 

 

Dispersés sur les pierres ; l'abondance ; la multitude – tous les visages de l'Autre...

Comme baignés de tristesse et de boue...

Dans l'ombre du (toujours) trop lointain...

Le cœur inquiet ; sur ces rives inconnues (et menaçantes)...

Sans rien reconnaître de soi...

Comme caché par le scintillement de la surface...

Le front et l'âme penchés sur la terre – pourtant ; sans espoir – sans la moindre amitié...

Seul(e)(s) et nu(e)(s) ; face à la douleur et à l'incompréhension – plongé(e)(s) dans cette étrange sensation d'avoir été jeté(e)(s) dans le monde...

 

*

 

En deçà – et au-delà – du miroir ; le secret – le passage – le poème...

Cette force contre le froid – l'étroit – la tiédeur...

Cette lumière que cherchent les yeux...

Le chemin de l'indistinction où tout devient notre visage ; cette figure unique lorsque le reste est (enfin) parvenu à nous effacer...

 

 

Le cœur perpétuel ; ni désireux – ni chagriné...

Engagé – pourtant – dans le moindre élan ; et la moindre conséquence (jusqu'aux gestes les plus infimes)...

La cible de personne...

Attentif (seulement)...

Prêt à fondre (en chacun) ; pour peu qu'il y décèle assez de sensibilité...

 

 

Cette fièvre affairée ; si préoccupante...

Comme si toutes les têtes étaient peuplées de pensées étranges – de désirs indicibles ; et qui pousseraient les corps à essayer ; en se heurtant aux murs du réel ; sans souci de la mort – sans souci de l'horizon – sans jamais comprendre la nécessité des limites et de l'impossibilité...

 

 

Le temps clos sur la nuit ; les ruines (froides) de l'âme ; éperdument immergé(s)...

En ces lieux d'absence ; sans recours – sans regard ; là où les cœurs souffrent autant que les corps...

Révélant aux yeux du monde (et d'ailleurs) le sacrifice de cette chair impuissante ; livrée au piège terrestre ; happée par cette roue sombre et violente ; qui finit par bannir les âmes ; et chasser l'espérance et la lumière...

 

 

Sur le chemin sombre et tortueux ; du temps – des paupières ; ce qui se cherche (non sans ruse – non sans mal)...

Des corps – des âmes – des voix – des vies ; si maladroitement habités...

Et sans rien comprendre au silence (ou si rarement)...

Pur Amour – pourtant – au lieu de l'absence (de l'indifférence, si souvent, ressentie)...

Au-delà du monde ; au-delà (bien sûr) de toute pensée...

Ce ciel parfait qui compose – et entoure – ce qui semble exister...

 

*

 

Le silence renversé ; comme la terre des arbres – l'eau des fleuves – les pierres des chemins...

Comme un temps d'ombre et de nuit...

Une parole fantaisiste qui attend l'aurore...

Un néant froissé entre deux paumes...

Des limites ; un adieu...

Et la possibilité du monde...

 

 

Ce lien aux pierres et au ciel...

Lié à la source sauvage ; preuves à l'appui...

Et cette soif que dissimule le sommeil...

Au cœur de ce royaume de sable...

Cet éloignement ; vers le retour (involontaire – pour ainsi dire)...

Si naturellement...

 

 

Sans croire ces cris de forçats...

Cette inquiétude enfantine...

L'arrière des visages...

Ce que l'on dissimule (si maladroitement) ; ce qui nous rend si captif(s)...

Nos vies minuscules et sans miracle ; sous ce ciel sans promesse ; à travers l'effroyable lenteur des métamorphoses...

 

 

L'ordre des choses ; à travers ces grilles apparentes...

Des pierres – des arbres – des bêtes ; et de plus en plus d'hommes – de bruits – de paroles ; le mystère à l’œuvre...

Qu'importe la solidité des barreaux – l'étroitesse des cellules – la couleur de la roche...

Partout ; le sol – le ciel ; et cette ignorance (si angoissante parfois)...

Ce qui se lègue ; à travers les récits...

Entre le premier et le dernier souffle ; mille choses – mille rêves et quelques visages – auxquels on s'accroche (assez désespérément) ; mille coups que l'on donne et que l'on reçoit ; quelques rires et son lot (inévitable) de larmes...

Sans savoir où chercher ; sans savoir où l'esprit doit creuser ; sans savoir comment être au monde ; sans savoir si Dieu (et l'âme) existe(nt) ; sans savoir ce qui nous attend après la mort...

Invariablement humain ; devant le même mur [orbe et (apparemment) infranchissable]...

 

 

Dans le bleu de la parole qui palpite...

Le ciel dessaisi qui s'offre

A se balancer entre l'âme et le monde...

Dans la construction d'une voix qui servirait de pont...

 

*

 

Du côté du vivre droit...

Comme un socle...

Deux bras pour offrir ; en plus du cœur ; en plus de l'expérience ; en plus de la pensée...

Sans prélude ; sans intermédiaire ; sans le moindre profit (personnel)...

La seule manière possible d'être au monde...

 

 

Le verbe jamais séparé du vivre ; jamais séparé du geste...

Dans le même sillage ; et la même appartenance...

Au cœur de l'être ; cette (parfaite) probité du cœur...

 

 

Du silence ; dans presque rien...

Jamais pour s'entendre dire...

Sans même le manque d'une bouche aimante ; de lèvres affectueuses...

L'esprit en paix ; le cœur caressé ; l'âme épanouie...

L'apothéose du temps solitaire...

 

13 janvier 2024

Carnet n°302 Au jour le jour

Décembre 2023

Ce qui navigue – ce qui serpente – ce qui s'insinue...

A travers l'invisible et le mouvement (bien plus qu'une pensée qui traverse le front)...

Sans jamais dégrader le jour ; la lumière (toujours) libre et florissante...

Qu'importe le seuil atteint par l’œil et l'esprit...

Qu'importe les profondeurs de l'âme...

Qu'importe l'écume du cœur...

Voué(s) à la puissance de l'informulable...

 

 

Vers le premier homme ; assurément ; revenu (en train de revenir vers lui – plus précisément)...

Ni près des uns ; ni près des autres...

Parcourant encore l'inconnu ; la terre la plus périphérique ; dans cette sempiternelle liminarité...

Se laissant traverser par toutes les expériences ; par tout ce qui pourrait faire office de réponse...

S'abandonnant aux possibles qui (à leur insu) défrichent le chemin ; cherchent une issue...

Passant ; comme une larme sur la joue...

Le cœur et l'esprit ne pouvant échapper à leur vocation ; la sensibilité et la lumière...

En célébrant la tendresse de l'hôte et de l'hébergement...

En dépit de tout ; dans les pas d'invisibles géants...

 

*

 

Le cœur encore ; comme un feu sous la chair...

Et les reflets du monde qui s'y engouffrent ; et qui, parfois, s'y perdent...

A travers l'âme ; le tumultueux et l'éternel...

L'infini et la pierre à toutes les questions...

Ce qui demeure malgré la ronde...

 

 

Notre visage – le seul Visage peut-être – sur l'autre miroir...

L’œil au milieu des arbres et de la neige...

Posé sur la peau écarlate de la terre ; sur ce qui habille le désir – l'essence – la chair...

Et du côté du monde ; rien que des cris – des larmes – des rumeurs...

Et le sommeil en bannière ; comme le rêve et l'ivresse...

Ni réel – ni lucidité ; des songes (une foison de songes) les yeux grands ouverts...

Et les mains pleines d'argile et de sang ; et la tête gorgée d'images et de mots ; alors qu'ici le cœur se balance entre le ciel et la joie ; comme affranchi des peines terrestres...

 

 

L'oubli – peut-être ; comme la seule fenêtre...

Vers le vide ; le monde décapité...

Et notre langue qui lèche le sable froid...

Et notre âme dans le rythme du tambour...

L'invisible discret (si discret) à nos côtés ; qui nous accompagne (d'une infaillible manière)...

 

 

Lentement ; les rêves qui s'effilochent ; qui, un à un, se détachent...

En équilibre entre le monde et le miracle ; de l'autre côté des mythes – vers la seule possibilité...

Avec mille échanges de lumière au cœur de cette matière circulante...

 

 

Le temps – des hommes ; ce que la route avale...

Et ce que l'on sème ; tantôt sommeil – tantôt ténèbres ; guère autre chose (le plus souvent)...

Mille manières – ici-bas – d'essayer de se maintenir vivant...

 

 

A chaque jour ; ses découvertes – ses révélations – son éclat...

Teinté de ce sentiment (tenace et déterminant) du voyage ; comme vissé au cœur...

Dans cette grande épiphanie solitaire...

A chaque rencontre ; l'aventure de la métamorphose...

 

*

 

Sur les cendres du monde ; l'épanchement...

L’œil de la pyramide ; compatissant (pour un court instant)...

L'échéance qui détourne (très provisoirement) de la pulsion créatrice ; de la folie mégalomaniaque...

Une parenthèse (particulièrement) illisible (et peu appréciée) ; comme condamné(s) à plonger (momentanément) dans la plèbe et l'incompréhension...

L'esprit (très légèrement) claudiquant ; dans une sorte de suspens – un malentendu peut-être – dans la course vers le soleil ; vers le royaume ; dans la construction de l'empire ; dans la quête du Saint Graal...

Puis – très vite – le retour (en force) des illusions ; la reprise (impatiente) de cet étrange destin de bâtisseur(s) ; comme une manière (un peu enfantine et un peu folle) de défier l'éphémère – la mort – l'éternité...

 

 

Le monde meurtrier ; impuissant face à la part indestructible du cœur – de la chair – de l'esprit...

Inattaquable(s) ; ce qu'ils sont (fondamentalement) – dans leur essence...

Comme un espace impossible à atteindre – à étreindre – à anéantir ; sur lequel glissent tous les élans ; et qui rend inoffensives toutes les armes...

Révélant leur absurdité à tous les gestes assassins...

 

 

Dans l'ombre des fleurs ; le nom – ce qui oublie l'étroite appartenance...

Comme une fenêtre à travers laquelle tout se précipite et se perd...

Un ciel mort – en quelque sorte ; auquel on adresse des prières (afin de rassurer la tête qui s'inquiète – qui s'effraie – qui s'affole)...

Des yeux fermés qui veillent sur leur pauvre trésor – sur leurs pauvres secrets...

Tournant en rond (ne pouvant que tourner en rond) ; de seuil en seuil – sans jamais franchir les grilles de leur territoire...

 

 

A la source des yeux ; et dans leur prolongement ; l'illusion (la grande illusion)...

Ce piège aux allures de diamant ; propice au délire – au pillage – à la barbarie...

Comme une corde passée au cou du monde ; au cou des Autres...

Jusqu'au faîte de la nuit ; tous ces élans obstinés...

Jusqu'au fond de la nasse ; dans laquelle finissent même par s'enferrer les esprits les plus exigeants...

 

*

 

L’œil dans la langue qui cherche le silence au cœur des mots ; une lucarne sur l'infini...

Le territoire de l'inconnu ; dans ce tourbillon de signes ; comme une danse entre les lignes et le soleil – entre l'encre et le sang – entre le souffle et la possibilité du monde...

A la manière (non paradoxale) d'un recentrement et d'une échappée ; comme un effacement des frontières – une dissolution de ce qui regarde dans ce qui est regardé ; et inversement ; une connivence si parfaite que tout pourrait disparaître en souffle et en feu...

Mille mouvements dans l'immensité ; et le cœur toujours ardent et immobile...

Ici même ; au milieu des vents...

 

 

Rien qu'une parole ; un peu de terre – un peu de foudre ; notre seul foyer...

 

 

La vie broyée ; sans alternative – sans autre proposition...

La terre atrocement asservie ; sous l'égide (indiscutable) de l'homme...

Les sans-voix (tous les sans-voix du monde) opprimés – réifiés – exploités ; décimés en masse ; presque sans résistance (mais non sans dignité – mais non sans courage) face à la ruse sournoise de leurs oppresseurs...

Fuyant (autant que possible) vers les périphéries ; investissant tous les interstices – tous les recoins laissés vacants...

Vivant à l'écart ; à l'abri des regards...

Et parmi eux ; nous aussi ; derrière les fourrés et les grands arbres enlacés ; à la lisière...

 

 

L'absence de cœur ; l'une des expressions de l'homme ; dans l'exact prolongement de la créature organique...

Le noir sur l'épaule ; allant par tous les chemins ; prospectant – s'installant – s'appropriant – opprimant – asservissant ; avec ses machines – ses ambitions – ses grimaces – ses danses et sa férocité...

Si absorbé par ses appétits et ses convoitises ; ne sachant aimer – ne sachant offrir – ne sachant respecter ; les yeux presque toujours fermés...

Pillard sans scrupule ; laissant derrière ses pas des cendres et du sang ; creusant partout – jusque dans le ciel – des trous et des tombes ; métamorphosant la terre en champ de mines – en champ de ruines – signes (incontestables) de son passage – de sa fièvre – de sa folie...

 

*

 

Dans le bleu des livres plutôt que dans l'obscurité des coffres-forts...

Comme un éclat de lumière ; la possibilité de l'envol ; au-dessus des rives terrestres – au-dessus des prétentions de l'homme ; au commencement de la parole ; et accompagnant (presque toujours) cette naissance...

Au temps du silence et du vertige ; dans la proximité (débordante) du mystère...

A travers les parois si fines – et si poreuses – de l'âme ; la joie balbutiante ; une clarté – les premiers signes de l'aurore peut-être – entre les lignes du poème...

Et la bascule, parfois, dans le cercle infini ; à travers la trajectoire inversée des étoiles ; à la fois vers l'intime et l'immensité ; de seuil en seuil – jusqu'à l'explosion de l'attelage guidé par la raison ; vers le jour – l'éclaircissement – l'apesanteur des origines – la seule destination possible...

 

 

La mort de l'Autre ; la fin du rêve...

L'esprit ; et son cortège de songes...

D'ici à plus loin ; jusqu'au plus noir...

Roulant avec le reste ; à travers toutes ces chimères...

L’œil familier du décor – des parures – des ornements...

Couché dans le souvenir ; sans jamais regarder...

Allant, lui aussi, vers sa propre fin ; comme toutes les choses de ce monde...

 

 

Dans les rouages du temps ; l'oubli...

Le sang et la mélancolie...

Tous les fantômes de la pénombre...

Et les histoires que l'on se raconte à la tombée de la nuit pour apaiser la peur...

La tête close ; et la chair terrifiée...

Et les rides ; et les blessures ; et les larmes – sur la peau ; à mesure que se rapproche le terme...

Quelque chose du bruit et de l'étrangeté...

Quelque chose de l'inquiétude et de la périphérie...

Les yeux tristes (et encore affamés) posés sur cet inévitable inaboutissement ; la seule apothéose (malheureusement) dans cette sinistre suite de jours...

 

*

 

Obstinément vivant ; jusqu'à la lumière...

Sans rien interrompre des origines...

Retiré en soi ; jusqu'à la reprise...

Et le recommencement de tout (avec tant d'insistance)...

La parole ; au-delà du son et du sens...

Auxiliaire des profondeurs...

Avec ces restes de souffle ; en dépit du désastre apparent...

 

 

Le roc entaillé ; jusqu'aux entrailles ; à force d'explosions ; à force d'écrasements...

Le sillon devenu sente ; puis chemin ; puis route ; puis envahi par une foule massive – passive – immobile ; devenant, peu à peu, un espace de vie collectif – une aire commune et familière ; dont se réjouissent tous les thuriféraires du piétinement et de la stagnation ; sans schisme – le signe même du progrès pour ce monde sans (réelle) ambition – dont les membres sont (en général) incapables d'inventer une voie singulière – respectueuse – innocente ; cantonnés à avancer les uns derrière les autres ; œuvrant sans relâche à amplifier les dévastations (parfois irréparables) des espaces naturels et des esprits (étroits et formatés) ; une forme de mutilation du monde ; une forme d'amputation de la sensibilité et de l'intelligence*...

* l'une des pires conséquences sans doute ; rédhibitoire à bien des égards pour la suite de l'histoire...

 

 

Seul ; face à la noirceur du monde...

Les fenêtres grandes ouvertes ; à laisser l'obscurité entrer ; à laisser s'enfuir les rêves...

Remontant le long du temps ; jusqu'à l'origine...

Nous retrouvant avec Dieu – devant soi ; par intermittence – émergeant (de temps à autre) de l'âme pour guider nos pas...

Débordant de nous-même(s) ; si majestueusement silencieux...

Parcourant l'étendue nocturne ; tous les parvis du monde...

Et le mystère dans son sillage...

Le cœur bleu regagnant l'espace intime du regard ; dans l’étroite proximité des visages et des choses...

Le lieu que nous n'avons jamais (réellement) quitté ; juste tiraillé(s) par l'impression tenace (et illusoire) d'une distance ; le sentiment étrange (et désappointant) d'une permanente (et irréparable) séparation...

 

 

La parole ; silencieusement...

Et dans le cœur ; l'immobilité et le vent...

Ce qui s'égare et ce qui demeure...

Dans l’œil ; le temps qui se balance – inexorablement ; alors que nous rejoint l'inespéré ; en dépit de ce que l'on croit ; l'une des rares possibilités en ce monde...

 

*

 

Le visage appuyé contre la tendresse ; qui caresse notre joue de sa main attentive – affectueuse – réconfortante...

Au-dedans du reste aussi...

Insistant sur nos fêlures ; chair et âme...

Ne livrant jamais ses gestes au hasard...

 

 

Transporté ; raidi par le froid...

Comme enfoncé dans la glace...

En état de guerre ; jetant la mort sur tout ce qui passe...

Engoncé dans une enfance naïve – belliqueuse – angoissée (profondément immature)...

Et toutes les larmes qui glissent le long du cœur ; jusqu'à la prochaine tentative...

Sans autre avenir que la même noirceur ; les mêmes possibles – la même éternité...

 

 

Le long d'un murmure ; le soleil...

Comme agissant sur le bois de la solitude...

Parlant aux êtres comme à des frères ; les poussant (peu à peu) dans les bras d'un plus grand que leurs rêves...

 

 

Sur la pierre circulaire ; assis...

Face aux arbres ; face au ciel ; hors saison...

Dans ce temps qui échappe au temps ; au creux de l'hiver...

Loin du monde ; de son vacarme...

L'oreille attentive ; l'âme aux aguets ; les lèvres closes...

Comme un funambule sur le fil du secret...

A travers la fente du mystère ; la lumière...

Comme un nom donné à notre voyage...

 

 

La parole née de l'espace sans mémoire...

Intarissable ; infatigable – pour toutes les mauvaises raisons...

Collectionnant – en quelque sorte – les menus signes de l'irréfutable ; de l'invisible ; de l'indéchiffrable...

A la manière d'une vocation ; une sorte de sacerdoce poétique voué au témoignage...

Carnet(s) de notes d'une traversée ; à travers des expériences et des yeux humains...

Le temps que le soleil décline ; le temps que la nuit passe...

 

*

 

Un chemin à travers le temps...

Et que rien n'arrête ; en dépit du repos apparent...

A travers un monde où tout semble passer – filer – aller vers sa fin...

Avalé – peu à peu – par l'abîme ; comme par une bouche vorace...

Chair de cet appétit ; si près – pourtant – de l'éternité...

Ah ! Si seulement l'esprit pouvait ressentir l'inexistence du temps...

 

 

Sur la crête ; sur le fil ; si fidèlement...

Foi ni en l'homme ; ni en l'avenir...

Sans tristesse face au monde (de plus en plus lointain) ; sans crainte face à l'inéluctable (de plus en plus certain)...

Mêlé à l'invisible ; et voué, tôt ou tard, à l'apercevoir...

Assis sur la pierre ; si tranquillement – l'esprit ; à même la matière...

 

 

A travers les courants qui nous entourent – qui nous traversent – tant de pièges – de guets-apens...

Confronté(s) à des fissures – à des fosses – à des flèches – à des coups – à des cœurs – qui surgissent – qu'on nous lance ; qui nous blessent...

Les accueillant – les célébrant (autant que possible) ; sans jamais (toutefois) parvenir à conjurer le sort terrestre...

 

 

Au creux du temps ; des abysses – comme retenu(s)...

Envoûté(s) par l'ombre (grandissante) des yeux...

Enveloppé(s) [si parfaitement enveloppé(s)] par la brume et le bruit...

Sans rien percevoir des assauts du silence et de la lumière...

 

 

Seul ; sans hommage – sans prière – sans contestation...

Debout ; face au monde et à la mort...

Sans même sourciller...

Confiant en ce passage ; en ce que l'on porte ; en ce que révèle l'intériorité...

 

 

Les apparences (beaucoup) moins flatteuses qu'autrefois...

La foi devenue sévère et exigeante (très exigeante)...

Et en dépit des lois (de toutes les lois) que nous avons enfreintes ; Dieu présent dans le souffle ; présent dans la main – sans restriction...

Flamboyant sans même être reconnu ; sans même être célébré ; et nous – de plus en plus discret – effacé – silencieux – invisible...

Mais amoureusement (si amoureusement) présent ; jusqu'au déraisonnable...

 

 

A sentir le monde ; le cœur ouvert – les yeux fermés...

Le corps lové contre le roc ; absorbé – intégré – et (progressivement) assimilé ; avec des yeux qui dépassent; et le souffle à la pointe de l'âme...

 

*

 

Le temps de la rencontre ; cette étrange lumière sur l'inattendu ; et l'aveu du plus sombre...

A l'étage supérieur de l'obscurité ; et l'attente comme un phare ; dissoute – et, avec elle, l'espérance d'un feu – l'assurance du moindre fanal...

Au fond de la détresse ; sans perspective – sans apitoiement ; en pleine confusion...

Et cette (surprenante) chaleur sous les larmes ; qui bientôt se transformera en rire ; et toute notre bêtise ; et toute notre douleur – embrassées (d'une étonnante manière)...

Et la chair secouée de spasmes ; et le cœur brûlant (jusque dans ses failles)...

La tête impuissante...

A la croisée des courants ; dans l'espace qui accueille ; là où l'Amour aime – sans la moindre restriction...

 

 

La forêt ; au cœur de l'étendue...

Le ciel – la chair ; entremêlés...

Par-dessus la mort et le changement...

Ce qui tient de l'évidence ; au-delà (bien au-delà) des possibilités habituelles de ce monde...

 

 

La main intime et caressante ; sur la peau de l'Autre...

La voix qui se lézarde ; devant tant de beauté ; devant tant d'émotion...

Comme un soleil dans les veines ; entre les tempes ; l'évidence du miracle...

Un peu de lumière ; face à la place vacante...

Le cœur comme écartelé entre la parole et le silence...

Le regard qui dévore la mémoire et la pierre ; qui dénude la pensée ; jusqu'à l'essence...

Dans l'incandescence de l'invisible qui rayonne...

Et jusqu'à s'affranchir de cet instant de grâce ; comme une offrande supplémentaire ; un retour vers le plus simple ; l'esprit le plus élémentaire ; ce qu'il y a de plus digne en l'homme – peut-être...

 

 

Ce qui consume le vivant...

Ce qui ronge les os et la confusion...

Ce qui dévore la terre et la faim...

Et ce qu'il reste ; sous la tristesse – en plus de la surprise...

Un sourire ; une tendresse – et cette ardeur qui fait jaillir une parole brûlante...

 

 

La mort comme une balafre sur le déjà vu...

N'importe où ; n'importe quand...

Et ce que l'on essaie de recoller ; (assez) maladroitement...

 

*

 

A travers la langue ; l'Amour – les mots ; le déploiement de la création ; ce qui s'enfante et grandit ; ce qui renouvelle le cycle...

Mille fois ; comme un miracle ; le fruit de l'alliance entre la lumière et le vent...

Loin (très loin) du hasard et de la folie ; et de mille manières – indéfiniment...

 

 

Dans cet étrange balancement entre le corps et l'éternité...

Sans masque ; sans parure ; l'esprit nu ; sans rien connaître de la mort ; dans un état (extrêmement) vivifiant...

Sans tenter d'anticiper la transformation ; de deviner les effets (bénéfiques ou délétères) de la métamorphose...

Dans un tournoiement ; sur le même fil pourtant...

Sans la moindre promesse ; la chair parfois durable – parfois éphémère...

Traversant la vie – le rêve – le monde ; à l'allure appropriée ; et le terme arrivant (toujours) à point...

 

 

Contaminé(s) jusqu'à la moelle par la couleur des ombres...

Le corps décharné ; l'âme anxieuse...

Privés(s) de sens et de raison...

Le soleil immuable – inflexible – sur son orbe ; la pensée ankylosée ; le cœur versatile...

Les yeux vides (si peu vivants) ; en dépit de l'invisible (très vaguement) pressenti...

En deçà du temps ; en deçà de la plénitude – de l'être sans âge...

Face à la mort ; face aux vivants – le même dénuement ; et cette absence (funeste) de devenir commun...

 

 

L'étreinte et le festin...

Cette présence ; jusqu'au vertige ; affranchie des alliances et des corps à corps...

Sans autre poids que celui (très passager) de la perte...

Avec le goût (inoxydable) de l'éternel ; vissé au cœur...

De jadis à plus jamais ; dans cette extinction (si bénéfique) du temps...

Sur le versant nord ; à l'envers de l'artifice (et des inventions humaines)...

Ce que nous sommes ; ce que nous fûmes ; ce que nous serons ; inéluctablement – le cœur dans son essence ; le plus immuable de l'être...

Aussi loin que possible de la duplicité et du mensonge...

 

*

 

En arrière-plan (à peine perceptible) ; ce qui se balance entre la vie et la mort ; entre la fin et le recommencement ; à la manière d'une respiration infinie – et (presque) inaltérable...

Sans bruit – en soi – autour de soi – partout...

Comme une enfance qui se cherche ; une enfance qui ne sait pas ; et qui aimerait inventer un langage pour donner à voir ce qui ne se voit pas...

 

 

Dans les bras du monde ; le soleil sans l'homme...

Des ailes pour remplacer la mémoire...

Et – partout – des frères au visage différent...

Et le cœur qui se serre en les croisant...

Et le besoin (obstiné) de vivre dans leur intimité ; au plus près de celui qui passe ; au plus près de celui devant lequel nous passons ; la nécessité (presque) vitale d'exalter toute rencontre ; d'intensifier la communion ; de se familiariser avec l'effacement et la dissolution des frontières...

Et l'âme qui abrite un chant si ancien qu'elle ne peut s'empêcher de l'offrir au bleu des figurants...

 

 

La nuit intense ; froide et sirupeuse ; enveloppante ; et qui parvient à recouvrir la grâce et la beauté des plus innocents...

Comme une cire épaisse sur l'esprit ; un rideau de poix qui enferme et englue ; qui emprisonne...

Et là-haut ; un peu plus loin ; quelques étoiles ; un peu de lumière ; comme une promesse pour les moins paresseux (pour les plus valeureux – peut-être) ; ceux qui auront la force d'élever leur âme ; de la hisser au-dessus des enlisements terrestres...

A la manière des arbres et des cœurs brûlants (à la chair irréprochable)...

 

 

Quelques signes dans le jardin peu éclairé...

Une parole offerte ; comme un murmure déposé au creux des âmes curieuses et innocentes – assez insensées pour transgresser les assignations (ce qu'imposent et ce à quoi aspirent les masses) ; et dont se saisiront (peut-être) quelques esprits indociles...

Plus qu'une promesse ; une porte qui s’entrouvre sur mille chemins ; un miroir gigantesque et précis ; comme un encouragement ; deux bras ouverts ; et un doigt pointé sur l'invisible – sur l'immensité ; et la joie ; une affectueuse accolade pour que toute rencontre devienne intime et toute étreinte, vivante ; pour que se révèlent (enfin) le monde – l'être et la nature de l'homme...

 

*

 

Au commencement du monde ; un rire et quelques larmes...

Quelque chose du jeu et de la tentative (une sorte de défi)...

La résultante (sans doute) d'un long désir contradictoire – d'une attraction ambiguë...

Né (peut-être) de la rencontre entre un visage colossal – vertigineux – sans territoire établi – et son reflet aperçu (presque par inadvertance) dans un angle mystérieux – secret – méconnu – de l'espace ; d'abord comme une sorte de clin d’œil du hasard ; puis, comme une obsession (féroce et inflexible) à (re)trouver cet Autre inconnu...

Et le temps (diaboliquement long) pour séparer – fragmenter – et donner forme – au vide ; comme d'infimes parcelles tourbillonnantes de lui-même ; pour inventer la naissance et la mort – le vent – le souffle – l'eau et les rivages – le cri et, en germe, la possibilité du langage...

Voilà pour la genèse (très hypothétique) ; voilà pour le point de départ (disons) conjectural...

Et de cette volonté (assez étrange et assez vague) – générée par quelque chose entre le rêve et la grimace – et qui tient à la fois de l’orgueil démesuré et de la plaisanterie – émergea dans un long gémissement (que les plus sensibles entendent encore et qui s'achèvera avec la fin du monde) une longue suite d'objets – de visages et de spectacles – hétéroclites – particuliers – merveilleux et dérisoires ; voués, d'une manière inéluctable, au retour...

 

 

Plus loin que le jour perçu...

Au-delà (bien au-delà) de la nudité minérale ; au-delà des arbres furieusement échevelés...

La réponse mystérieuse (et persistante) ; offerte sur la roche – quotidiennement ; autant qu'à travers la tendresse de la chair esseulée...

Au fond de ce qui demeure ; à l'abri de l'ombre...

Emporté – peu à peu – par le vent ; le souffle divin...

Dans un éclat de lumière interminable qui éclaire les alentours de la vie et de la mort...

 

 

Dans le vertige (tenace) du va-et-vient...

L'indistinction ; le rassemblement des différences – peu à peu...

Et l'éternité déjà ; dans la proximité de l'Absolu...

Et la lumière ; à tout propos...

Ce qui s'érige ; ce qui se maintient dans le mouvement...

Les signes de la solitude...

Ce qui s'avance dans le noir ; silencieusement – au cœur de la chair ; au milieu des mots...

 

*

 

Sous le souvenir (humble) de la joie...

L'ancienne démarcation née de l'ignorance et du doute ; ce qui sépare la chance et l'infortune – la soumission et la liberté – le désert et l'abondance...

Si loin de cette manière d'aller là où pousse le vent ; et de s'asseoir là où il nous dépose...

Glissant (imperceptiblement) d'ici à ailleurs ; d'ailleurs à plus loin ; jusqu'au pays natal ; puis, revenant – errant – baguenaudant (très souvent) ; nous perdant (quelques fois)...

Écoutant l'enfance qui cherche son origine ; qui aimerait retrouver sa demeure ; et aller partout ; et tout visiter – tout goûter – tout habiter – de la plus déraisonnable des manières...

 

 

Les choses et le cœur généreux...

Et nous ; poussant (ou soulevant) notre pierre comme un fardeau ; un ballot embarrassant...

Dans cette perspective absurde ; (quasi) criminelle...

Estropiant le réel ; à force de labeur – d'efforts – de corvées ; anéantissant toute possibilité de paix – de joie – de gratitude ; à force de peine – de torture – de supplice...

Nous frottant à la matière avec tant de lourdeur et de sérieux ; au lieu d'y voir un jeu ; le désir d'envol d'un miroir ; une sorte de pas de côté ; la nécessité (peut-être) d'un affranchissement...

D'y voir une danse – et mille caresses ; au lieu de cette charge pénible ; de cette longue poussée plaintive...

Voilà résumé ici (presque) tout le malheur de l'homme ; faire de son existence (en ce monde) un poids – un faix – un bagage encombrant – à porter avec douleur et affliction...

 

 

Le cœur qui s'épanche – qui s'écoule – se déverse...

En pleine nuit ; en plein froid...

Quelques larmes ; une minuscule flaque de sang...

Et le corps sur le flanc ; et l'âme renversée…

En dépit des milliers d'années d'expériences et de civilisation...

 

 

Ici même ; commençant – continuant – persévérant – sans pensée ; prolongeant l’œuvre de la longue lignée...

Dans le plus grand silence ; laissant le verbe émerger...

Un chant qui monte pour célébrer le monde et la lumière ; au-dehors – au-dedans ; dans cet (étrange) entremêlement...

Manière de dire ce que – jusqu'alors – on ne voyait pas (ce que – jusqu'alors – on ne pouvait pas voir)...

Le jour né du plus ténu ; et qui, à son tour, enfante l'infime...

Soleil vivant ; et l'invention – la participation (parfois un peu précipitée) – du poème...

Avant le temps des pierres ; avant le déroulement des siècles ; en ce lieu où il n'y avait que le vent et l'espace ; l'Amour et la nuit ; le socle brut (et nébuleux) des possibles...

Et ce long (ce très long) voyage pour que le cri puisse s’élever jusqu'à la gorge ; et surgir, un jour, entre les lèvres...

Sans doute une façon pour le ciel de se déployer ; et de désarçonner ce qui le chevauchait ; le faisant chuter sur ces rives nées d'une très ancienne cicatrice (et toujours suintante) ; livrant l'âme et l'esprit – les visages et les choses – à la fortune terrestre et aux jeux (parfois incompréhensibles) des Dieux...

 

*

 

Au pays des ombres et des tempêtes...

La lanterne au bout des doigts ; sous le souffle venteux...

La langue alerte ; au-delà des rives et des tourbillons traversés...

L'âme humide ; aveuglée par le givre...

Chancelant dans la lande...

Comme figé sous la même étoile ; là où l'on naît ; là où l'on se couche ; là où l'on meurt...

Avec, sous la neige, quelques braises récalcitrantes ; et, sans doute encore, un désir de caresse...

 

 

Au cœur de l'expérience ; le paradoxe...

Le destin malaisé ; le temps à partager...

Comme un défi au feu ; malgré le désir enflammé...

La silhouette tremblante qui trahit sa couardise...

Allant partout ; errant – sans attache – sans gouvernail...

Jusqu'au fond des ténèbres ; là où l'âme demeure...

 

 

Les couleurs ; dans la paume – jetées sur tous les visages ; et teintant les âmes...

Et le verbe – habillé de lumière – lancé par-dessus les têtes...

L'invisible dans les mains jointes...

Se laissant mener par le vertige...

Le cœur, malgré lui, voué à l'Absolu ; à la vérité à vivre...

S'affairant au témoignage de l'expérience terrestre...

Nomade et saltimbanque solitaire...

La poésie comme geste vital ; et le reste (tout le reste), à travers elle, aussi intensément vécu...

Un être au monde (presque exclusivement) tourné vers la ferveur – le regard – le quotidien ; et, dans ce sillage, mille actes fraternels...

Dans un dialogue (permanent) entre la vie – le silence et les mots ; qui, peu à peu, répond à toutes les interrogations (à toutes les curiosités) de l'homme...

 

 

Porté à la chute – et à l'exploration – sans fin ; dans cette fosse où l'on se jette ; dans ce trou où l'on se perd...

Sans rien endommager ; en dépit des déchirures et des cicatrices qui témoignent de la brutalité du voyage ; de la férocité des profondeurs...

 

*

 

Le plus simple ; glissant au fond ; avec l'ivresse...

Veilleur pour l'essentiel...

N'ensommeillant ni l'hôte – ni la matière ; mettant au jour le feu – partout – qui brûle...

Et explorant ; et déployant l'écoute ; au détriment des chimères...

Sans s'attarder ; avec encore quelque chose de soi ; indéniablement...

 

 

Désormais sans honte...

Les forces revenues...

La grâce et la création...

(Presque) oubliées ; l'arrogance et les récriminations...

Sur cette étendue ; mille possibles...

Et les rêves ; et la tendresse ; infiniment partagés...

Au fil du voyage...

Et ainsi ce qui s'apprend – ce qui se révèle...

Le cœur – de plus en plus – anonyme...

 

 

Les rêves largués ; avec le nom...

L'inconnu et le vent ; sur cet horizon précaire...

Les yeux contre la roche ; la caresse du bois...

Puisant dans les profondeurs ; le désir (encore puissant) de faire éclore...

 

 

La terre recouverte...

Sous le linceul du temps...

Chaque jour ; les reflets miroitants ; les gestes – la danse et les excréments...

Chaque jour ; la mort et le même recommencement...

Ce qui monte ; à travers la terre ; à travers le regard ; et ce qui se dissout – peu à peu ou en un éclair...

Cet inépuisable quotidien...

Dans l'espace tourbillonnant ; les aspirations de l'esprit...

Et les vibrations de la matière...

 

 

Aux confins du plus commun ; aux extrémités de la substance ; l'exploration de l'espace puis, l'ascension...

Ce qui efface (peu à peu) les différences...

Les mains qui abandonnent les yeux à leur sort...

Au contact des arbres – du monde ; tissés dans la même trame...

Au contact de l'éternité cachée au fond de la neige – dans les os des morts – dans la moindre étreinte – le moindre enlacement...

A l'exacte jonction du soleil et de la fleur...

La lumière et le silence ; perpétuels...

Et nos racines (particulièrement) vivantes...

 

*

 

A moitié monde ; à moitié passage...

Le plus essentiel ; déjà...

L'aventure solitaire...

Du fond de l'âme...

Sans destination précise ; sans récompense apparente...

Du nom au plus anonyme...

 

 

L'invisible sous l'écume...

Ce que les assassins ignorent ; le prix de la chair...

Et d'autres voies plus âpres encore...

A seule fin de se laisser approcher...

 

 

A même la dévastation ; cette paire d'ailes...

A mieux regarder le ciel ; à vivre hors du nombre...

Sans jamais (pourtant) parvenir à s'affranchir de la terre...

Dans le vertige de tout phénomène ; l'essence...

Authentiquement...

A ne rien comprendre...

 

 

Dieu en embuscade derrière le monde...

 

 

Immobile ; au centre du temps...

Au cœur de la ronde...

Au milieu des errances et des reflets...

Juste en deçà des foules...

Au-dessus des poussières pyramidales...

Sur la crête qui surplombe toutes les voies en escalier...

Avalant les soleils – les tempêtes et les vents...

Au fond de la bouche nourricière ; le miracle en boucle...

 

 

Face aux ratios du recommencement...

Fragments de terre à bâtir...

Avant la mort ; (assez) furieusement...

L’œuvre (le grand œuvre) à ériger en monument...

Le cœur indemne ; en dépit du feu ; en dépit des promesses non tenues...

Sous les souffles qui lacèrent...

Le ciel comme un abîme qui appelle à verser le sang...

En dépit des pierres que l'on porte ; les jambes campées (bien campées) ; et l'âme qui lutte contre l'écume ; en plein front...

 

*

 

En soi-même ; l'entente ; et la vérité vécue...

A se tutoyer jusqu'à l'étourdissement ; avant de disparaître...

Dans une traînée de poudre aussi blanche que la neige...

Pas très loin ; à l'envers du visage – là où se cache cette autre figure ; cette face méconnue...

Au-dedans du pas ; au-dedans de l'horizon...

Dans ce vertige et cette lumière ; ombres comprises...

Dans l'ignorance (provisoire) de son obscurité...

 

 

La poitrine collée à la forêt ; à ses couleurs ; à sa vitalité...

Écoutant à travers les racines – les troncs – les houppiers – les chants de la terre...

Dans les bras d'invisibles géants ; et portés par la fièvre des vivants...

Brûlant les sons ; si fou(s) – si féru(s) de silence...

Et donnant à voir la surprise – l’innocence – et, sans doute, le plus précieux – dans la feuille passante...

Entraîné(s) au-delà (bien au-delà) du rêve et du fardeau que s'acharnent à porter les hommes...

 

 

L'espace ; à travers la géographie poétique...

Sans préférence ; tous les lieux – dans une parfaite résonance...

 

 

La traversée des siècles...

Avec pour seule aspiration ; l'Absolu...

En dépit de l'enfance inconnue ; le cœur choyé...

Et la danse des pas...

Aux confins de la terre ; la lumière ; sous les paupières tremblantes – le corps désarçonné...

La mort et le réel ; si transparents...

Et, dans l'air, cet imperceptible parfum de maturité...

 

 

A travers le passage ; des traces...

Des lèvres ; des pas ; le bruit des ailes qui s'élèvent ; le crépitement des racines qui s'éveillent après un long sommeil...

Le chant des âmes captives qui rêvent de voyage et d'aventure...

Et toutes ces ombres que le soleil désagrège...

Et tous ces restes d'écume que dispersent les vents...

 

 

D'un geste ; tout se brise ; et tout se recompose ; comme si rien n'existait (vraiment) ; comme si les circonstances n'étaient qu'un rêve...

Et, à chaque instant, ignorée (si ignorée) ; la possibilité (miraculeuse) des retrouvailles...

 

*

 

Le seuil franchi de l'étrangeté ; la main familière...

La contemplation de l'étendue...

Comme une fête sans artifice – sans sacrifice – sans ostentation...

En dépit des cruautés de ce monde ; à cause d'elles – peut-être ; une manière de rééquilibrer l'odieuse balance ; avec ses frayeurs et ses (médiocres) espérances...

L'âme et la paix ; inébranlables ; et qu'importe ce que pensent les hommes...

 

 

Porteur de ces lignes ; plus offrande que labeur ; plus découverte que témoignage...

Comme la retranscription d'un vol ; un trait – un éclair – dans la nuit obscure ; un fanal peut-être pour les plus audacieux ; une accolade pour l'esprit ; un encouragement à s'élancer dans les bourrasques – à s'enfoncer dans les déserts – à plonger dans les abîmes – à fréquenter les cimes – à survoler les crêtes ; puis à découvrir, un jour, la nécessité de s'effacer devant l'énigme ; de s'extraire du sommeil pour disparaître dans la géographie du mystère...

 

 

Les mains arrachées au labeur et au temps...

Dans l'espace dessaisi...

Autrefois trop désespérément captif...

Le visage et le ventre attachés au sol...

Au milieu des ombres ; sans un seul geste de secours ; sans la moindre tentative d'extraction...

Puis – on ne sait comment – grimpant le long de l'âme ; s'y hissant pour apercevoir les alentours – l'horizon ; un peu plus loin ; ce que dissimulent les murs de l'enceinte – les barreaux de la cage – les fils d'acier du piège qui nous retient...

Né pour voir – comprendre – et aller au-delà...

Et apprenant – peu à peu – la joie d'être humain...

 

 

Au cœur du vivre ; la poitrine battante...

Seul au milieu de cette immensité verte ; parmi les âmes que les hommes ne voient pas...

Nous reposant dans la lumière...

Sur cette ligne qui traverse le front...

Habitant là ; au-dessus de la pensée...

Proche du ciel – des oiseaux – des terriers...

Le regard attaché à l'orbe du jour ; le séant au milieu des mousses et des étoiles...

 

*

 

Trop loin de la terre ; les yeux rêveurs – crépusculaires ; alors que l'hiver fait rage – ensevelit l'écoute et la lumière ; déloge le cri et l'âme qui se désespère...

Et cette caresse tant attendue qui ne vient pas ; et qui, sans doute, ne viendra jamais...

 

 

Le vent dans la pénombre ; immobilisant les rêves et la danse...

Exacerbant le désespoir ; et le départ des âmes – en ces lieux sans étoile...

Initiant une longue marche contre les parois (vertigineuses) du dedans...

Avec des chutes (à prévoir) et des pentes à gravir...

Seul ; de plus en plus à mesure que le voyage prend forme ; à mesure que l'itinéraire se précise...

Toutes les existences ; toutes les postures et tous les visages – progressivement démasqués...

Et en dépit de tout ; l'étrange périple qui se poursuit ; et, à notre insu, la tradition oubliée – méconnue – qui se perpétue...

 

 

Silencieux – discret – effacé – de plus en plus – dans cette longue procession bavarde – arrogante – tapageuse...

Jusqu'au pas de côté – inévitable ; entraînant l'âme (docile) qui, un jour – elle aussi, décide de s'engager...

Puis (quelque temps plus tard) le cœur, à son tour, s'empare de l'aventure...

Et aujourd'hui ; le corps (toujours hésitant) se balance encore – entre la grâce et la mort ; à deux doigts de basculer...

 

 

A travers une transparence particulière ; quelque chose d'habité – une île peut-être enveloppée d'un voile – d'une distance – chimérique...

Et la joie irriguée ; ce que l'on sent monter dans la poitrine – et qui s'élève plus haut encore...

Vêtu(s) de chair et de temps ; à la manière d'une cape fine et légère...

Au fond de cet abîme partagé ; jusqu'au lieu de la lumière où les choses se déroulent – s'amplifient – s'espacent puis disparaissent...

 

 

Présent ; à la verticale ; autour des corps pétrifiés...

Assailli par le souffle ; le signe (évident) que l'on respire encore...

Et contre toute attente – hissé jusqu'au bleu qui s'étale ; l'âme hésitante – vacillante – (quelque peu) perturbée ; le ventre enlacé par cette nudité outrancière…

Vibrant ; comme le bois brûle – aussi naturellement...

Et tout cela offert (donné pour presque rien) ; en plus de la soif étanchée...

 

 

Le cœur à découvert ; exploré, peu à peu, par le regard...

Prolongeant l'ivresse jusque dans les mains démunies ; laissant entrer le soleil qui transforme (presque aussitôt) l'obscurité en fièvre et les chimères en festin...

 

*

 

L'immensité ; jusqu'au plus profond...

Qu'importe l'obscurité du ventre...

Qu'importe l'innocence des yeux...

Qu'importe les rêves et les expériences...

Ce qui brille – déjà – à travers l'opacité...

Derrière les sentinelles qui nous tiennent la main ; et qui donnent aux âmes leur couleur...

 

 

Quelques pas dans la tristesse ; avant que ne puisse émerger le sourire...

A travers le dédale ; et les gestes qui comptent ; ceux de l'intimité – ceux qui transpercent la brume ambiante – ceux que nul ne peut voir...

Dans le renversement des valeurs (habituellement) prônées...

Délicatement ; comme un funambule sur son fil qui, soudain, se retourne pour marcher sur les mains ; la tête (enfin) à l'endroit...

 

 

A force de poésie – de regard et de silence ; autre chose que le monde ; autre chose que ce que l'on voit (habituellement) ; ce qui nous incite à continuer ; ce qui insuffle la vie ; ce qui éclaire la mort...

La vaillance du cœur face à l'hostilité et à la mélancolie...

 

 

Entre le rire et la caresse ; notre vieille carcasse...

Face à l'ombre de la peur ; ce que réclame le corps...

A cœur ouvert ; qu'importe la profondeur du précipice...

L'âme ensoleillée ; tissée dans la trame (avec tous les miracles de la terre)...

 

 

Quelques pas timides ; sous la lune et les feuillages...

Dans ce corps à corps nocturne et forestier...

Les yeux qui s'ouvrent et s'élèvent...

Comme une fleur sous la neige...

S'abreuvant à la même source que les âmes...

Dans le silence des lèvres ; la bouche éclatante ; la langue qui s'offre – la langue qui nous vient...

 

 

Inaudible l'inouï que l'on crie (que l'on s'autorise à crier)...

Dans le feu magnétique du réel...

Quelques paroles à l'intention des vivants – de ceux qui ont trouvé refuge dans la pénombre du monde ; dans les marges et les interstices délaissés par la communauté des hommes...

 

*

 

A glisser sur la pierre ; la mine réjouie – le nom dans la poche ; si dérisoire...

Sur ce coin de terre ; à cet instant ; alors que le reste (tout le reste) est triste et attaché...

Hors de la fosse commune ; comme un fugitif à courir les bois ; alors que la nuit a recouvert le monde...

 

 

Figurants d'un drame périmé ; dans cette réalité rugueuse – aux murmures suspects...

De vague en vague ; contre les mêmes rochers ; la tête entraînée par le noir...

Et ce sang ; et cette absence de souffle – à la fin – comme la signature (manifeste – incontestable) de la mort...

Des mains munies de pieux – de piques – de pierres ; des pas pressés ; et des figures tristes et confuses...

Allant en cortège au son de tambours invisibles...

Sur tout le territoire...

Avec des remparts en guise de frontières ; et des bannières en guise de salut ; et tentant de hisser ce bazar (cet effroyable fatras) vers le soleil...

 

 

Le langage mélangé ; mêlé aux choses – à l'âme – à l'invisible...

Pointant vers la lampe ; les têtes survivantes ; au-dessus du marasme et de la confusion...

Élevant – en quelque sorte – ce qui peut encore l'être...

Sauvant (essayant de sauver) en chacun ce reste de clarté passablement assombri par l'expérience du monde...

Sur ces terres corrompues et dormantes...

Dans les bras d'un Autre à défaut d'une main familière...

Et sans même espérer...

Un geste plutôt qu'une pensée ; plutôt qu'une fiction qui confine (presque toujours) à la falsification et à l'escroquerie ; et qui, (bien) malgré elle, apporte une paix trompeuse...

Au milieu des ombres qui dansent ; jusqu'à embrasser l'impensable...

 

 

Au-dehors ; le rouge que l'on pressent ; et que l'on a même imaginé en songe...

Toutes les cartes en main ; pour apprendre à terrasser le temps...

Dans l'attente d'une issue ; ou (tout au moins) d'un miroitement ; le signe (la preuve) que ce à quoi nous aspirons est encore vivant...

 

*

 

Les battements du monde ; sous la peau...

Sans pensée ; ce que cherche le cœur...

Traversant chair et miroir pour atteindre le lieu de l'âme ; pouvoir habiter le soleil brûlant...

Situé peut-être (situé sans doute) au milieu du corps ; au milieu du ciel ; en deçà des désirs et des vertiges ; là où l’œil réside ; là où la main tremble devant la vérité – qui se devine – qui se dessine – qui se donne ; comme la seule matière à vivre...

 

 

La langue fauve qui s'efforce de dépeindre le monde ; si féroce face aux viles prouesses des hommes ; et qui creuse jusqu'au fond des yeux ce qui se défait ; les visages – les âmes – les choses ; ce qui semble si froid – et si étriqué – en comparaison du soleil – en comparaison de l'étendue...

Le plus infime de la terre face à la grandeur du mystère...

Et le sable qui s'obstine ; comme si la poussière (le moindre grain de poussière) cherchait à enrayer la mécanique du cœur ; et parvenait à obstruer l'horizon que nous contemplons depuis notre (minuscule) lucarne...

 

 

Courbé sur les chaînes du monde...

Ahuri ; la bouche bée devant toutes ces barricades ; devant tous ces barbelés...

Incapable du moindre geste ; trop estomaqué sans doute...

Et criant haro sur les âmes si promptes à se détourner de cette terrifiante perspective ; si promptes à s'éloigner vers des parcelles moins tristes ; vers des contrées plus tranquilles...

Le cœur quand même interloqué ; à voir tous ces yeux peureux qui ne peuvent se détacher du sol...

Dans ce long pèlerinage ; soumis aux tourbillons et à l'ivresse ; où nul n'est épargné – ni par la barbarie – ni par la bassesse...

 

 

Reflets de soi ; reflets du monde – cristallisés en signes et en vibrations...

Comme un archipel posé – flottant – dérivant – entre deux rives – entre deux continents habités par des ombres et du vent...

Sans jamais avoir la force de céder sa place...

Errant – divaguant (l'essentiel du temps) ; essayant d'aller là où subsistent encore quelques possibles...

 

*

 

L'être excentrique ; le visage souriant...

Pas même fier de son (éphémère) appartenance ; parfaitement conscient (et heureux même) de cheminer vers sa perte...

A travers tous les mythes ; et avant toute (re)formulation du monde ; avant même le règne des ombres...

A la parole (presque) intraduisible ; ancré dans son seul rayonnement ; dans l'évidence du mystère dont on ne peut rien dire...

 

 

Les vents de la disgrâce ; condamnés à tourner...

Accompagnant (seulement) les circonstances ; dans leur exact sillon – précisément ; alors que les courants convergent pour offrir une longue suite d'expériences...

Et tout ; et chacun – obéissant ; l'âme alerte – l'échine courbée – le cœur (plus ou moins) consentant...

 

 

A regarder (attentivement) le ciel et la mort ; et l'âme des vivants...

Et à travers quelques signes ; deviner les malédictions qui frapperont les ignorants ; et ce qu'il reste à découvrir...

 

 

Le cœur fouillé par le cri...

Et toutes ses parts à partager...

Vers la même destination ; à travers les oscillations du temps...

Comme un festin de couleurs ; en dépit du deuil ; en dépit de la mort...

A la manière d'un vent (irréel) qui souffle sur le monde...

Avec – au centre – le regard ; et l'âme au milieu de la splendeur ; assistant (sans la moindre tristesse) à l'exploration et au déblaiement ; certains, sans doute, de retrouver l'essentiel...

 

 

Dans cette brèche si brusquement découverte ; des tourbillons d'apparences – une foison d'apparitions...

Et les mots qui tournent ; de ligne en ligne – de page en page...

Livre après livre ; comme une valse (incessante) de la pensée qui va [de manière inéluctable (et joyeuse)] vers son inachèvement...

 

 

Du côté du retour et de la préservation ; cette insatiable faim...

Ce qu'offre le cœur ; et ce dont l'âme se repaît...

A la manière d'un funambule nocturne ; laissant aller sa plume et traversant les saisons ; cheminant sur son fil au rythme du cœur battant ; la main et le pas – dociles ; sous la férule du vivant – obéissant au règne de ce qui se devine...

 

*

 

Le cœur déplacé ; reconnaissant...

De l'autre côté de l'histoire ; de l'autre côté du temps – hors de portée de toutes les traques...

Sans rien saisir ; et n'échappant à rien – engagé involontaire – en quelque sorte...

Libre (bien plus libre) qu'autrefois...

Si près de l'enfance – à présent...

Riant des siècles et des Dieux sans même sourciller...

S'habillant d'une nudité (légère et joyeuse)...

Regardant le monde au fond des yeux ; et réussissant à traverser les choses les plus épaisses...

Laissant se détacher (naturellement) les chimères et le superflu ; laissant se transformer (spontanément) la bêtise et la folie...

Le cœur redressé ; assurément...

 

 

A travers les murs ; la lumière...

Et ce silence au-dessus des têtes ; au-dessus des tombes...

A travers l'effacement du nom ; et la mémoire renversée ; plus rien pour personne – depuis si longtemps (en vérité)...

Vers ce lieu inconnu où tout est indistinct et (parfaitement) mélangé...

 

 

Le front s'épanouissant – puis s'évanouissant ; transformant (peu à peu) l'enthousiasme en lassitude et en désenchantement avant de disparaître (presque entièrement) ; cédant (progressivement) sa place au corps et au cœur...

Ainsi, sans doute, se découvre (et s'expérimente) le silence ; la paix de l'esprit...

Sans même avoir besoin d'effacer le monde ; sans même avoir besoin de réinventer le temps...

Ce qui demeure ; en plus de la nudité...

Et l'invention – peut-être – d'un langage pour essayer d'esquisser un chemin entre le brouhaha et cette contrée secrète et (très) feutrée...

 

 

Les yeux sur la blessure ; ouverts (grands ouverts) sur la mésentente – sur cette (apparente) séparation qui s’accommode si mal à la résolution de l'énigme...

Vers cette fin – pourtant – qui pousse à recommencer en apprenant (peu à peu) à s'affranchir de l'âge et du temps...

 

 

Au-delà de la chair ; cette (curieuse) transparence...

Comme un halo de beauté ; en dépit du monde dévasté ; en dépit de ce qui s'entasse sur la pierre...

La pourriture – la marmaille – les dents carnassières...

Et ce rire (presque incongru) face à l'obscénité de ce qui brille – de ce qui crie – de ce qui pue...

La liberté (vivante) de s'inscrire – en somnambule – à contre-courant de ce qui semble si indécent – bien trop visible – presque scandaleux...

 

*

 

Il y a ceux qui savent ; et ceux qui s'agitent...

Il y a ceux qui voient ; et ceux qui essaient de deviner...

Selon les questions – les circonstances et les dispositions de l'âme...

Sur cette terre ; sur le cadran – le même monde – le même temps – qui tournent – pourtant ; le jour et la nuit ; dans cette ronde perpétuelle ; et la voix qui interroge l'homme – le ciel – l'esprit ; l'absence ; et le cœur qui ressent, parfois, le parfum de ce qui mûrit...

Jamais juste(s) (en général) ; jusqu'à ce que la mort surgisse...

 

 

Ici et là ; sur la grand-route...

Le cœur dénudé ; si sec – presque exsangue – comme essoré ; à force de rencontres ; à force de mains tendues ; à force de mendicité ; et qui a vu la source se tarir...

L'âme, sans doute, trop humaine...

Et entourée, peut-être, par trop de semblables...

Le vent et la vérité ; qui brûle ; qui emporte – tous les souvenirs – toutes les images ; et jusqu'à l'espoir du moindre changement – de la moindre éclaircie ; presque assuré de ne jamais voir une eau nouvelle pour battre – et brûler – et donner encore...

Impuissant et triste face à ce sort affligeant…

Rien que des coups ; rien que des cendres ; et cette effroyable atrophie qui confine à la souffrance – à la détresse – à la sclérose – à cette (insupportable) paralysie...

 

 

Masse inerte et pierreuse ; comme déposée là ; au milieu de la fumée et des combats ; qu'une seule parole parvient, parfois, à fissurer...

Témoin de ces terribles éboulements ; sous la lune rousse qui, elle aussi, observe (et participe à sa façon)...

Des mots cruels ; à la manière d'une boucherie silencieuse...

Pour en finir avec l'absence et la domination ; pour rééquilibrer les forces ; redonner leur place aux minuscules ; à l'invisible ; à ceux qui ont toujours vécu sous la botte (apparente) de ceux qui gouvernent – de ceux qui décrètent – de ceux qui ordonnent...

Et ce que l'on réclame – ce que l'on exige ; un peu de conscience (un rien de conscience) pour siéger à la table des décisions...

 

 

Vérité encore ; à la place du monde ; et ces ailes naissantes ; et ces possibles qui s'offrent...

Le cœur et le vide qui, (presque) aussitôt, se rassemblent...

Au fond du sanctuaire secret ; là où tout se célèbre – sans sacrifice – sans (même) la nécessité du nom...

Dieu dans son face à face – en quelque sorte...

 

*

 

Glissant (avec aisance) au-dessus des sillons...

Allant vers on ne sait quoi ; l'inconnu (sans doute) qui surgit à chaque instant...

Apprenant à gommer le trop noir et le trop blanc ; à estomper d'un doigt habile les frontières (trop marquées)...

Survolant les angles et, parfois, ces hautes crêtes énigmatiques où la matière se fait rare...

Avec – assurément – de plus en plus de lumière et de joie...

 

 

Nous installant là ; pour quelques instants (pour quelques saisons – à peine)...

Et pour l'essentiel – immobiles – sous la même étoile ; et pour d'autres (plus rares – beaucoup plus rares) parcourant le plein ciel ; explorant ces lieux où la lumière élève ; où les vents redressent ; où rien n'existe vraiment...

Au plus près ; (presque) toujours ; de ce qui compte et ne se voit pas ; au plus près de ce qui se ressent...

Sans rien changer au monde – sans rien changer aux hommes et aux âmes ; que l'on cesse de considérer comme des victimes ou des bourreaux ; laissant libres toutes les circonstances ; et se réaliser tous les possibles...

Le cœur comme un univers au-dedans ; le centre (véritable) – sans doute – autour duquel se déploie la danse...

 

 

Les mains agiles (si agiles) à défaire les ombres...

Retirant, un à un, les voiles qui obstruent ce que pourraient voir les yeux...

Jusqu'au cœur blessé ; enveloppé d'une brume blanche – comme un (épais) résidu d'écume...

Défrichant le chemin ; déblayant le passage ; s'inventant une sente au milieu des obstacles et des entassements...

Ravivant le feu et la simplicité ; exaltant le dénuement et la nudité ; éliminant tout superflu pour que le geste et le pas (chaque geste et chaque pas) (re)deviennent intenses et amoureux ; et porteurs de cette lumière si nécessaire aux âmes et au monde...

 

 

Le cœur blanc des prophètes ; affranchi des secousses et du ressac...

Éloigné du désir et de la mémoire...

Aussi léger qu'un copeau de bois...

Se laissant porter par les vents...

Flottant au-dessus des feux allumés par les foules...

Guidant le monde (de façon humble – discrète et involontaire) sur le chemin qui mène en ce lieu où règnent (sans partage) l'Amour et la lumière...

 

*

 

Bientôt ; ce lieu – cette terre au-delà de la terre – ce continent sans rive...

Au cœur de cette géographie (méconnue) de l'invisible...

Dans ce bleu parfait ; sans frontière – sans quadrillage...

A l'angle du plus rien ; dans ce débordement d'Amour et de lumière...

 

 

Le ciel au-dedans de l'hiver ; sans tache – sans corruption...

Et y plongeant sans jamais se noyer...

Et s'y perdant jusqu'à s'y retrouver...

Qu'importe la couleur de la terre et l'ampleur du chagrin...

Qu'importe la carte et la (longue) liste des pertes et des disparitions...

Sur la feuille ; sous les vents ; vers ces lieux où l'on se laisse porter ; vers ces lieux où la joie s'est libérée du monde et du temps – présente à la jonction (à l'exacte jonction) de l'âme et des circonstances...

 

 

Sur le sol ; du cri à l'oiseau...

Sans jamais compter les pas jusqu'à l'envol...

 

 

Ciel d'ici ; tantôt vide – tantôt lumière...

Et qui lézarde la mémoire ; et qui érige le monde en place vacante...

Écartant ce qui résiste ; détachant ce qui persiste...

Dénué (pourtant) de volonté ; comme l'invisible qui règne...

Dévorant (malgré lui) le temps et ce qui œuvre ; à sa merci...

Laissant la confusion devenir le centre ; et devenant le reste – et ce qui prime...

Comme un vent (violent et inévitable) sur les élans – les idées et les expériences ; sur toutes les tentatives et les manières d'expliquer...

Incandescent ; comme le cœur qui brûle les édifices et les larmes ; et qui donne à la joie une grandeur que lui envie la mort...

 

 

Sans même voir ; cette liesse au milieu du dérisoire...

Le vivant qui rampe ; l'invisible qui se cache – jusqu'à ce que le monde se rompe...

Et partout ; le temps qui ronge (peu à peu) le périssable...

Et ce rire – derrière les drames ; celui de l'essence, sans doute, qui se sait inattaquable...

Ce que savent (naturellement) tous les sages ; et qui (bien sûr) n'en disent rien...

 

*

 

Naufragé(s) d'une existence à la dérive...

Mis au monde ici (pourtant) ; bien que venu(s) (très probablement) d'un ailleurs (plus ou moins) lointain...

Parmi les bêtes et les hommes...

Sur ce sable noir...

En ce lieu de bavards sans parole...

Comme nous ; jetés sur ces tristes rives...

Sans rien devenir ; et étalant (pourtant) leurs désirs et leur espérance...

Du vent ; comme si rien ne pouvait arriver...

 

 

Heurté ; et étourdi ; comme tombé là ; parmi eux – sur ce sol sec et inhospitalier...

Encore étonné ; quelques millénaires plus tard...

Comme dans un rêve ; tous ces mirages érigés...

En dépit du sang et de la douleur ; en dépit de cette béance ressentie au fond de l'âme...

En dépit de la vigueur du corps et de l'intensité des élans...

Quelque chose – en soi – de (parfaitement) désengagé ; comme (très singulièrement) étranger au monde ; notre seule issue – peut-être...

 

 

Les yeux ; entre le sol et le jour...

Dans l'intimité du vide ; et sur la rugosité de la pierre...

Auxiliaires (précieux) de la lumière...

Ouvrant ici-bas tant de possibilités ; et façonnant (malgré eux) l'histoire du monde...

 

 

Ramassis de choses (trop) mortelles...

Aujourd'hui ; confinés au fond de leur chambre...

Dans l'impasse du corps à corps...

Seul(s) face à leur ignorance...

Sans même se révolter face à un Dieu hypothétique ou imposé ; sans même tendre l'oreille à la vérité qui, en eux, cherche à éclore ; sans même envisager la moindre rencontre (ni au-dehors – ni au-dedans)...

Négligeant (avec fierté – et presque avec délectation) l'Absolu ; peu soucieux de ce feu si nécessaire pour essayer de vivre la réalité de l'âme et du monde ; laissant à d'Autres le soin de connaître (et d'apprivoiser) l'intensité du regard et du lien ; rêvant seulement ; ne se souciant que de se soustraire à la condition originelle (du vivant) ; ne cherchant qu'à se distraire et à se réconforter...

Concevant la terre comme un décor ; et un sac dans lequel piocher quelques plaisirs et mille choses pour satisfaire leurs appétits...

Oubliant le plus essentiel (sans doute) ; ce qu'il faut ressentir pour comprendre le sens – les potentialités et l'envergure – de ce (si bref) séjour ; de cette (infime) portion du voyage...

Pas encore (véritablement) des hommes ; des figures incomplètes et rudimentaires ; de (bien) ternes reflets du possible ; de dérisoires fragments du réel [sans profondeur ni (véritable) mystère]...

 

*

 

La chair écorchée...

A nu ; à la lisière de leur territoire...

Sous le ciel gris ; et triste (pour celui qui sait voir)...

Gardien (à sa manière) ; réduit à l'impuissance...

Pas aussi crédule (pourtant) que le pensent les hommes...

L'esprit posé au-dessus des drames et de la pensée...

Convaincu, sans doute, de l'innocence et de la loyauté de toutes les créatures...

Attendant, sans impatience, le règne (généralisé) de l'âme ; et le remplacement (progressif) du vieux monde...

 

 

A la condition des Autres ; pas toujours (très) sensé(s)...

A la surface du plus familier ; tant de choses (celles qui, bien sûr, apparaissent nécessaires)...

Et le reste ; pas connu ; et moins encore désiré...

S'appuyant dessus pourtant ; sans la moindre gratitude ; comme le socle des lois bâti sur d'invisibles piliers...

Protégeant la ronde tribale...

Et la terre – tout autour – transformée en territoire hérissé de pièges – de piques et de frontières ; comme prisonnier(s) de ce minuscule dedans gorgé d'images erronées du dehors...

 

 

Parmi les vivants endormis...

Rideaux tirés sur les souffles et les miracles...

L'étreinte triste ; et la matière inerte...

Les étoiles – au-dessus des têtes – vaguement allumées (et jamais scintillantes)...

A l'image du monde ; glissant dans un long soupir ; ce qui précède le sommeil – (presque) une forme d'hibernation...

La conscience minuscule (horriblement atrophiée) et (assez largement) altérée...

Tous les signes d'une obscurité persistante...

Entre l'être et la poussière ; tous ces visages ; et tous ces lieux communs...

 

 

Et à force de pourriture ; sur cette terre – la puanteur qui s'amplifie ; et qui persiste...

Au milieu de la fièvre – des cadavres – des fantômes...

La roue du temps bloquée sur l'horreur et les gémissements ; et cette terreur qui suinte par tous les trous...

Sans autre espérance que cet (horrible) dénouement...

 

*

 

Brûlant ; l'âme vive – de l'intérieur...

Devant des visages sans forme ; des yeux et des lèvres – seulement ; à peine dessinés...

Comme des traits qui regardent ; qui jaillissent...

Et tant de matière(s) à éclaircir – à démêler ; et tant de manières d'exposer...

Sur ce sentier sans fin qui s'enfuit loin du gris ; emportant avec lui le monde et sa boue sombre...

Si risiblement en exil ; et si risiblement parmi eux...

Et nous tous ; (infiniment) inconsolables – sans doute...

 

 

Le rêve (le grand rêve) parfaitement défiguré...

Dans un égarement (une longue embardée) de la pensée ; gorgée de certitudes et d'illusions...

Et ce que l'esprit – à travers le regard – parvient (parfois) à reconstituer...

Bien plus que des lignes à défricher avec les yeux ; des univers entiers ; capables, peut-être, de rassembler toutes les parts du cœur éparpillées...

Le début d'un chemin que la main a esquissé ; comme un appel irrésistible pour les âmes les plus affamées...

 

 

Au loin ; cette lueur qui persiste...

Et cette (irrépressible) soif qui cherche ; qui effleure la déchirure...

Dans un vertige – une douleur...

Comme emporté progressivement (très progressivement) vers le centre du cercle...

Éventrant les murs ; anéantissant les territoires ; jetant à terre toutes les histoires...

Les mains solides et solitaires ; les lèvres pleines de signes et d'ardeur ; et la poitrine légèrement inclinée (à la fois) vers le sol et le ciel...

Réinventant la langue pour accéder au monde ; au réel (perpétuellement) neuf et sans mémoire...

 

 

Dans cette lumière brûlante...

La nuit qui se déverse ; qui se dissipe (peu à peu)...

Dans un crissement de cendre et de soi...

Ce qui habite – et habille – la chair – les visages et les objets ; trempés dans le feu de l'âme – dans le (délicat) crépitement des flammes...

A travers la précieuse (et précise) douceur des mains...

Le monde qui glisse – imperceptiblement – vers cette sente scintillante sur laquelle tout (presque tout) est (organiquement) amené à recommencer ; à se renouveler ; et à essayer (malgré lui) de parachever la (longue) boucle...

 

*

 

Le sauvage redécouvert...

Sur le sol sylvestre ; roches et racines...

Peu de paroles ; au milieu des âmes silencieuses...

L'invisible agissant ; à même la mousse...

Et nous ; à notre aise...

En phase avec le chant...

Qu'importe la syntaxe ; et qu'importe ce qu'exigent les siècles...

Comme un retour ; le cœur consigné...

Dans le plus grand silence ; la plus belle intimité...

 

 

Dans les bras de la chance...

Sans mépriser la faim ; sans négliger la soif...

Réponses éternellement neuves aux questions les plus anciennes – atemporelles (sans doute)...

Face aux périls ; le ciel ouvert...

Auprès de l'âme ; comme monté sur ses épaules...

Au cœur d'un royaume vivant ; et Dieu à sa place ; jusque dans les plus infimes recoins ; jusque dans les interstices les plus secrets...

Vers tous les chemins ; entre le rêve et la vie ; entre l'Amour et la mort – rien auquel on ne puisse échapper ; et quelques paroles (un poème peut-être) pour dire ce que nul ne peut choisir...

 

 

L'amor fati ; l'existence – jamais (bien sûr) sans les circonstances (et malheureusement – trop souvent – sans le consentement)...

Le dehors délié ; et le dedans en accord...

Dans un parfait emboîtement ; une exacte correspondance des architectures...

Et le reste qui se désintègre...

Jusqu'à la réintégration de l'espace et du silence communs...

Ce à quoi l'homme (sans doute) s'entend le moins – en ce bas-monde...

 

 

La petite musique du cœur ; façonnée par l'esprit (et ses affreuses habitudes)...

Les incessantes manigances que construisent ces amoncellements de savoirs ; mille choses hétéroclites qui s'entassent ; faisant glisser (imperceptiblement) l'homme vers la facilité et les fausses évidences...

Érigeant une tour de la connaissance en une monstrueuse (et monumentale) escroquerie...

Et pour se préserver de ce sortilège – mieux vaudrait (bien sûr) préférer le vide et la neige – l'absence (absolue) de socle...

Ainsi seulement la vérité pourrait nous surprendre ; comme mille flèches décochées (de manière opportune et impromptue) par le mystère ; et qui viendront se ficher au fond de l'âme ; exactement entre le cœur et la chair...

 

*

 

Comme une couleur écarlate ; dans l'âme silencieuse ; un feu sous-jacent – peut-être...

Un espace – une ardeur ; l'essence de ce qui est – de ce qui fut – de ce qui sera...

Sans l'odieuse tyrannie du cœur contraint qui accorde ; qui consent ; qui concède...

Plus haut (bien plus haut) que le faîte du monde ; loin (bien plus loin) que le dernier horizon...

A portée d'innocence ; seulement...

 

 

Près des racines ; là où la pensée patauge – se protège – capitule (ne peut que capituler) ; par incapacité ; par manque d'imagination ; comme devant un seuil impossible à franchir ; à la manière d'un juste retour ; elle qui n'a jamais cessé d'écarter – d'exclure – de destituer – le réel...

Au premier cercle du miracle...

 

 

Le seul paysage ; le jour vivant...

Et cette joie (ineffable) du passage ; que l'on ne peut (bien sûr) partager ; mais qui s'offre au terme (évident – manifeste) d'une longue (et inévitable) quête...

 

8 décembre 2023

Carnet n°301 Au jour le jour

Novembre 2023

Au seuil – déjà – du dernier jour...

Au terme du temps passé...

Derrière les masques ; derrière les choses et les visages auxquels on donne un nom...

Comme décapité(s)...

A la même source pourtant ; la profondeur des yeux ; sur ce chemin inchangé...

Et la parole – toujours – qui se dresse contre les fronts délirants...

 

 

Qu'importe le séjour et l'hostilité des hommes...

Qu'importe l'éclat et l'importance du noir...

Qu'importe la profondeur du piège et la distance qui nous sépare...

Les yeux tressés aux mailles du monde...

Et le cœur ; et le regard – juste au-dessus...

 

 

Entre l'insulte – le sommeil et la promesse...

Dans cette eau blanchie par les rêves...

Sans même connaître l'origine du monde et de l'ignorance...

 

*

 

Le froid ; comme un masque sur le visage ; une manière de dissimuler la lumière...

Comme un cœur errant ; pétrifié dans son mensonge et ses illusions ; cherchant la joie là où la nuit est la plus noire ; cherchant à s'installer là où la mort a remplacé l'Amour...

Dans cette chute abyssale ; jusqu'au fond de l'épaisseur...

Et le bleu partout – pourtant ; jusqu'au lieu où tout est tombé ; jusqu'au lieu où tout est devenu grouillant et grossier...

Comme si chaque chose – chaque figure – savait où il se trouvait ; comme si chaque chose – chaque figure – savait où se retrouver...

 

 

Et le plus sauvage ; dans cette langue qui a enfourché le mouvement...

Dans une longue cavalcade ; vers le silence...

A travers les ombres et le sommeil...

Et par-dessus le monde – au-delà de son resserrement et de ses distorsions ; sans doute – la plus aventureuse des chevauchées...

 

 

Aux premiers jours de la mort ; cette douleur alentour ; et cette lumière – juste au-dessus ; entremêlées...

Sur la monture blanche de l'écume ; auprès de cette méconnaissance mystérieuse qui, peu à peu, s’éclaircit...

Dans le grand ordre des choses (qui semble si peu cohérent – si chaotique – aux yeux des hommes)...

Sans la moindre faute ; de ce qui grouille aux profondeurs – à l'immobilité...

Qu'importe les ornements et l'épitaphe sur la tombe...

 

 

Entre les mains du jour...

L'esprit desserré...

Quittant la mémoire et l'obscurité...

Debout face à la fenêtre ; sur la pierre fleurie ; sur ces rives séculaires...

Dans l'incessant va-et-vient du temps...

Abreuvé(s) d'étoiles et de promesses...

A reculons ; alors que s'infiltre la lumière...

 

*

 

Au cœur de ce nomadisme lunaire – intérieur – hasardeux...

De soi à l'infini ; sans changer de lieu (sans jamais changer de lieu)...

Du bleu-soleil sur la cendre ; sur les ruines et la cendre...

Sans rien effacer ; sans rien trahir...

Cette perpétuelle rechute ; ce perpétuel éparpillement...

L'âme ouverte ; et la matière malléable...

Dans cet infernal chaos...

Cette existence sans arsenal ; le cœur comme seul instrument...

 

 

A l'envers de la pente ; l'autre dévoration...

Ce qui fait irruption ; ce qui irradie...

D'une pierre à l'autre ; (presque) tendrement...

La béance qui, peu à peu, nous avale...

Autour de la corde à laquelle nous sommes (tous) suspendus...

Comme un hommage (très involontaire) à l'invisible ; à l'inconnu...

 

 

Un peu de poussière sur nos constructions...

Puis (très vite) ; des ruines ensevelies sous des monceaux de terre...

 

 

Tout creusé – fouillé – pillé – par le désir...

Jusqu'à l'extinction – jusqu'à l'épuisement ; jusqu'au plus rien...

Dans une sorte d'ivresse funeste ; sans compter les morts et la douleur...

Le tête enfouie au plus noir de l’œil ; en son point le plus aveugle...

Sans même envisager la chute du ciel sur cette débauche de rêves et d'inconscience...

 

 

Dans le cortège des vivants...

Côte à côte ; entre solitude et regroupement ; entre querelle et collaboration...

Sans sacrifice – sans sacrilège ; simplement soumis à l'ordre des choses...

Avec, parfois, le cœur attelé au dépassement des usages et des lois ; au dépassement des ruses et de la faim ; au dépassement des ambitions et des interdits...

S'essayant à cela ; en s'éloignant de ceux qui ignorent – de ceux qui jamais ne s'aventurent hors du périmètre commun ; de ceux qui se contentent de quelques pas...

Sous ce ciel étranger à tout périple – à toute rumeur – à tout frémissement ; ce qui s'avance (et qui n'est, peut-être, lié qu'au désir de l'homme)...

 

 

Dans les rouages du monstre à la marche mécanique...

Enfoui dans la chair ; comme une brèche ouverte...

Avec sur les lèvres ; un peu d'étrangeté...

Comme des bruits rouges ; et cette solitude assez proche de la source...

Et ce cri intarissable...

Entre la neige et les braises (encore fumantes) d'un Dieu introuvable...

Le cœur et les yeux débordant de substance et d'images...

Quelque chose de la soif et du voyage ; en plus du souffle et de l'assentiment...

 

 

L'âme qui se balance entre les rives du temps...

Entre le ciel et la terre ; entre le bleu et le rêve...

Enfoncée dans l'espace intime ; auprès du regard ; auprès de ce qui embrasse...

Présente ici ; le temps de quelques saisons...

 

 

Les pas fructueux offrant au cœur sa part de vent ; et le mystère fiché au milieu des arbres et des fleurs...

 

*

 

Des ailes – du temps ; et le vaste ciel visité...

Sur la ligne ; (assez) divaguant...

Contre la nuit et la faim...

L'âme nue et l'infini ; tissés dans la même trame...

Face au monde ; face au chemin...

Sur cette minuscule pierre qui tourne...

 

 

Le cœur fracturé ; et pénétré par la vie qui s'écoule...

Ruisselant de terre et de sang...

Entre l'Autre et l'inconnu ; un peu de soi...

Et tant de chair ; et tant de voix – englouties...

Capable d'ouvrir la cage ; en dépit des barreaux et des fils d'acier...

 

 

Dans cette obscurité étouffante...

Au cœur même du sommeil ; ce cachot...

Déserté par toutes les promesses de lumière...

La nuit ; comme chaque jour...

Et notre air ahuri et malheureux...

Et notre incompréhension devant tant d'impossibilités...

 

 

La terre à genoux...

Sous le souffle (puissant) qui soulève le monde ; les paupières fermées ; les mains crispées sur les choses ; comme si le sommeil et la terreur pouvaient être défiés – combattus – anéantis...

Du vent – du sable et de l'eau – à profusion – qui se déversent indifféremment sur les visages ; les existences ; comme une brume épaisse ; un lourd rideau de matière ; et cette force capable de surgir (à tout instant) pour débusquer les âmes dans leur refuge ; et les expulser de leur abri...

 

 

Incroyablement mobile ; comme si le cœur courait après le temps...

Envoûté par les charmes (nocturnes) du monde ; l'insidieuse mélopée des intentions...

Le visage caché sous un masque...

A se figurer la marche – à imaginer l'itinéraire ; mais avare du moindre pas véritable (inapte peut-être au voyage)...

A compter les jours ; à se balancer entre la terre et le trésor (supposé) ; au-dessus des chemins...

L'âme trop amère – et trop engourdie sans doute – pour ouvrir les bras ; et embrasser ce qui vient vers elle ; allant seule et silencieuse – (assez) déboussolée – vers un lieu qu'aucune carte ne saurait répertorier...

 

*

 

Dans la nuit passagère ; la couleur du sommeil...

La figure absente...

L'âme ; à travers les rêves ; comme des coups de tête contre les barreaux de cette cage immense...

Le cœur (quasi) analphabète devant la danse du sang ; et tous ces sourires incompréhensibles – impénétrables...

La respiration restreinte...

Et la soif qui se heurte à ce noir édifié comme un mur – comme un rempart – comme une citadelle inexpugnable...

Suspendu(s) au revers de l'Amour ; et alourdi(s) par le poids (écrasant) du monde...

 

 

La voix ; contre le ciel ; plutôt que le voir...

A grands traits ; sur le papier...

Cette sorte de miroir vivant...

Le cœur battant ; contre toute attente...

Et cette pugnacité face aux créatures alentour...

Comme dépossédé ; à cause du nombre (en dépit de l'indifférence)...

Et la tête dans un trou ; et l'âme dans sa tanière ; essayant d'échapper à la mainmise du monde et à l'humiliation...

 

 

Là où demeurent la parole et la pierre...

Intimement liées au ciel et au silence ; au cercle des vivants...

Émergeant de la nuit la plus ancienne...

L’œil de l'épaisseur ; acquérant sa particule nobiliaire ; au-delà de toute formule ; offrant une lumière inespérée aux profondeurs ignorantes...

 

 

La main délicate sur ces restes de cécité...

Dans la droite ligne du souffle...

Sur l'étroite crête de l'âme...

Effleurant la séparation et les figures cachées dans les replis du cœur – dans les interstices de la terre...

Se prêtant à tous les jeux ; explorant tous les espaces de l'homme...

Se confondant même avec le geste involontaire ; nécessaire pour s'affranchir de la faim et du sommeil...

 

*

 

Des traces sur la plaie vivante...

Notre (étrange) hébétude face à l'invisible...

Le gisement de l'infini...

Au-delà du sang et de la fascination...

Au-delà de ce qui grouille dans les entrailles...

Comme une odyssée ; un plongeon au fond de la poitrine...

Le corps et le vide ; au seuil de l'étreinte...

Et le mystère à débusquer entre le chant et la pierre...

 

 

La nuit écorchée...

A la source du jaillissement...

Au cœur du triangle magique...

A travers l'épaisseur ; au milieu des couleurs...

Là où s'entassent les possibles ; la semence et la peur...

Dans le sillage du seul ; à contre-courant du nombre...

A seuil du déchirement ; là où l’accomplissement et la nudité se chevauchent avec ardeur...

Peu à peu ; vers l'effacement...

 

 

L’œil sur la fratrie des visages ; éparpillés ; séparés par ce qui les distingue...

Le ciel ; comme labouré à l'envers ; depuis ces amoncellements de terre...

Sur la pierre ; sous les paupières ; ces prières que l'on crache vers les hauteurs ; dans toutes les directions...

Par-dessus la neige entassée ; par-dessus le sommeil (et les yeux fermés) ; ces mots jetés vers le plus grand ; ces mots mendiants...

 

 

L'or et l'obscur ; dans leur face à face ; dans leur (féroce) tête à tête ; au milieu des figures et des ruines ; attentives et (très) anciennes...

L'un scintillant ; l'autre rayonnant...

Sur leur pente escarpée ; vers le sommet de l'âme ; à la pointe du cœur ; bien au-dessus du front...

Prisonnier(s) de cette danse qui, parfois, prend des allures de pugilat...

 

*

 

Sur ces rives arides et reptiliennes...

Sous le soleil...

Le corps vibrant...

Et la couleur de la lumière...

Sur les traces de ceux qui échappèrent aux dents carnassières des humains...

 

 

Au-dehors ; dans le contact des cieux...

L'âme altérée ; moins simplement qu'elle-même...

Entre la grâce et la faim...

Dans un état non répertorié par le langage...

Au-delà (bien au-delà) de l'idée et du trait...

Comme une transparence ; comme une soustraction...

Là où la nuit commence à se dissiper...

 

 

L'improbable éclaboussant le corps – le cœur – l'esprit ; et par ricochet – le mot – la ligne – la page – le livre ; l'existence et les gestes quotidiens...

Sans peine ; au-dedans...

Alors que les hommes crient (comme les bêtes) ; alors que la vérité scintille dans les âmes défaites ; alors que le monde tourne (continue de tourner) sans même se soucier de nos élans – de nos explorations – de nos découvertes...

Allant ainsi ; d'étreinte en perspective – sur ce fil fragile qui serpente entre l'invisible et l'inconnu ; et qui traverse, peut-être, l'infini de part en part...

 

 

Le tombeau vide ; et le ciel par-dessus ; de plus en plus étrange et énigmatique...

Généreux jusque dans ses gouffres et ses éclipses...

Et l'âme au sortir de l'abîme ; poussée à regarder ce qui gesticule sur la pierre (l'étrange manière qu'ont les vivants de s'agiter et de se débattre face aux circonstances)...

Au milieu des Autres ; et de la stupeur...

Avec des restes d'enfance désirante...

Au cœur du monde ; des aléas et des tremblements...

Sans jamais se méfier de ce que le cœur étreint...

 

 

Au-dessus des grilles ; l’œil...

Et au-dessus de l’œil ; l'hôte et la lumière...

Et plus haut encore ; le vide et l'oubli ; ce lieu qu'aucune géographie ne pourrait inclure ; la partie du monde la plus mystérieuse – la plus méconnue – la plus secrète – la plus immergée...

 

 

Au gré des retraits – des querelles – des dissemblances...

De moins en moins étonné par cet écart – cette distance – cette (effroyable) confusion...

 

*

 

Les bras lourds de tant de vécu ; comme l'âme et la tête ; comme le cœur tiraillé...

Et ces pas qui résonnent sur le chemin désert...

Sur les pierres et les feuilles ; au fond de la forêt...

Entre les cimes et le précipice...

Sans se presser ; comme envoûté ; se déchargeant de tout ce poids ; attiré par la lumière et la respiration naturelle du vivant...

 

 

Sous les ruines pyramidales du monde ; la voix qui s'élève ; l'âme qui se détache...

Loin de la débâcle ; loin de la barbarie et de l'abjection...

Sur ces cendres sombres et ces restes de braise ; le recommencement qui apprend (peu à peu) à s'affranchir du sommeil...

Des yeux ; avec, au-dedans, des éclats de bleu...

Et les dés jetés avec ce qui tombe ; avec ce que le précipice attire et engloutit ; au milieu des débris du temps...

 

 

Le mystère enfoncé dans la chair ; dans l'âme – l'esprit – la terre – la fleur...

Au-dedans même du mouvement ; entre les astres et la pierre...

L'infini jamais (r)attrapé ; seulement nommé par ceux qui ne savent le voir – le vivre – l'habiter...

Quelque part ; dans la nuit (interminable) du monde...

Jouant au milieu des morts et des vivants...

Entre le plus proche et le plus lointain...

Expérimentant partout l'intimité...

 

 

Au milieu des dépouilles ; le ciel immobile...

L’œil fixé au-delà de la mort ; vers le retour – peut-être ; qui sait...

Venu du plus lointain de la mémoire par des chemins enneigés ; avec des traces de pas sur la couverture blanche...

Et des couleurs foisonnantes...

Et un regard capable d'embrasser la vastitude...

Ce monde ; à nos côtés – dans un angle minuscule de l'espace...

Et renouvelant – toujours – le passage et la traversée...

 

*

 

Les livres – les arbres ; la pierre – le bois...

L'ombre et le ciel ; l'intime et l'infini...

Le sauvage – la solitude et la joie...

Humble et effacé ; au milieu de l'essentiel...

La vie qui vient ; le cœur qui bat...

 

 

Ce que la mort et le temps ne peuvent détruire...

Sur le fil ; au bord de l'éparpillement...

Là où la plaie suinte encore ; parfois...

Aveuglé tantôt par la blancheur ; tantôt par l'opacité...

Farouchement abandonné ; à la suite du mythe...

La chair et les chimères qui claudiquent...

Aligné(es) sur la fuite et la nuit...

A l'écart ; au fond des bois...

 

 

Au revers de la renommée ; le poème et le geste quotidien...

Au-dedans du plus proche...

Sur la pierre ; cette étrange intimité...

Sans rien saisir ; la discrétion – la transparence – l'effacement...

Sur les traces de l'invisible ; le cœur vivant...

 

 

Sur la pierre ; encore ; dressé – découvrant la nudité – le ciel et la matière naturelle...

Le cœur adossé au jour...

En ce lieu où l'âme se renouvelle...

A trembler devant la perte ; devant le manque et la mort...

Sans omettre ni la grâce ; ni les mots...

Quelque chose des profondeurs et du miracle... 

 

En ce lieu où se réalisent les serments ; sombre(s) (si souvent)...

Comme une aube à l'éclat terni par la terre (l'excès de terre)...

Le cœur connecté à ce qui porte vers le plus lointain ; (presque) à la périphérie de la nuit ; à l'envers du décor familier ; là où règnent l'origine et l'étrangeté...

Capable d'entendre le silence effacer – peu à peu – le besoin de réponse ; soumettre la tristesse aux exigences de la joie ; transformer l’œil et les larmes en soleil et en soif ; puis, en apaisement...

L'espace de toutes les métamorphoses ; là où s'expérimentent les possibles...

 

*

 

Les yeux sur le souffle ; le visage de personne...

Hors de la trame (présomptueusement) érudite ; (supposément) connaissante...

Plutôt du côté du rêve et de l'errance...

Plutôt quelque chose de la rencontre...

Comme un feu (presque) invisible sous le sommeil ; et les apparences...

Ce qui – peut-être – transformera le monde ; (très) provisoirement...

 

 

Sous le règne du recommencement (quasi) magique des choses...

Là où les traces s'effacent ; là où la couleur apparaît...

Autant que les grilles et la lumière ; autant que le piège et la possibilité de l'issue...

Derrière un épais rideau d'illusions ; et ce qui s'en détache ; et ce qui le traverse ; et ce qui le survole...

Et tous ces signes qui se révèlent à quelques-uns ; exposés là à l'intention des yeux qui rêvent de s'ouvrir ; de s'aventurer au-delà des étoiles et de la raison...

 

 

Bouche ouverte ; rassemblant l'écume et les profondeurs...

Sous le ciel ; l'âme fébrile...

Au-dedans du dédale ; au cœur des cercles outragés – équivoques – litigieux...

Du côté de ceux que l'on immole ; les lèvres cousues – les fers aux pieds...

Comme crucifiés sur la beauté bleutée des pierres ; tous ces pièges ; tous ces cris étouffés...

Et ce qui cherche à transcender toutes les alliances...

 

 

La face arrachée aux images ; rivée à la terre – au chemin – à l'immensité...

Si près du cœur-infini ; si poreux – si sensible à l'étreinte...

Colorant la chair au gré des émotions passagères...

Élargissant (parfois de manière spectaculaire) l'espace du dedans...

Sachant écouter ; et laissant agir la main...

Guettant ce qui vient d'un œil attentif et accueillant ; abandonnant le monde et le temps à ceux qui ne peuvent s'en passer...

 

*

 

Captif(s) du rêve et de l'éphémère...

Captif(s) du dehors et des industries complices...

Comme pris au piège ; coincé(s) dans la spirale...

Sans autre fuite possible que le ciel et le dedans ; qui, à terme, se rejoignent (au bout de quelques pas – en vérité)...

Pénétrant – en quelque sorte – au cœur du mystère ; au fond du même abîme – pourtant ; dans l’œil de la matière ; là où la conscience – à force de présence – s'est effacée...

A jouir des spectacles – de l'âme engagée et du regard qui contemple...

 

 

Plus même étonné par la faim – par le désir et par le monde ; ce qui apparaît puis s'efface ; et la nécessité de revenir et de recommencer...

 

 

Ni faucille – ni infirmité – ni réticence...

L'inconnu et l'incertitude devenus si familiers que tout entre en résonance ; et attise le jeu – le rire et la joie...

 

 

Un pas de côté ; et l’œil au-dessus...

Au milieu d'autres cercles ; au milieu d'autres visages...

A l’œuvre ; eux aussi...

Et dans le sillage du regard ; le réel...

Moitié ciel ; moitié chemin ; dans cet entre-deux...

Et cet espace que l'on arpente ; guidé(s) par l'âme et l'intuition...

Et mille choses à renouveler tant que persisteront l'obscur et l'étrangeté...

 

 

Aussi près que possible de l'insaisissable...

Les uns dans les autres ; jusqu'à la confusion ; jusqu'à l'indistinction...

Enchevêtrés (pour le moins) ; la chair – l'âme – l'esprit...

Sans compter le reste ; et ce qui se trame sous la volonté...

Mille états – mille possibles – mille itinéraires – qui se font et se défont ; quelque chose qui se dessine ; entre l'invisible et le sang ; entre l'ineffable et le plus grossier...

De plus en plus proche(s) ; en somme (ce qui, au vu de l'origine, relève d'une logique implacable)...

Le retour comme une évidence ; sans doute – la voie la plus simple ; ce qui s'impose de manière naturelle...

 

*

 

Au milieu des fleurs et de la pluie...

Les portes ouvertes sur le réel...

Présent ; (très) humblement – parmi les Autres (tous les Autres) ; presque indistinctement...

Animal de la parole – pourtant ; et qui découvre ce qui ne se dit pas ; ce qui ne peut se dire – sans doute...

Donné pour rien ; comme un secret ; pour la joie du commun...

A l'orée des yeux ; de part et d'autre ; déjà l'indicible...

 

 

Comme un grand chamboulement ; à l'intérieur...

Dans tous les recoins du cœur ; jusqu'aux plus lointains replis de l'âme ; jusque dans les plus infimes méandres de l'esprit...

Quelque chose ; sans doute – quelque chose ; mais qui donc serait en mesure de l'affirmer avec assurance – avec certitude...

Rien ; peut-être – ce qui est offert pour survivre ; échapper à l'écrasement et à la suffocation...

L'offrande la plus bouleversante – en vérité ; à peu près tout ; le plus précieux ; l'essentiel (à bien y regarder) sur ce bord (très périphérique) de l'espace...

 

 

Dans l’œil animal ; ces restes de lumière...

Et cette sauvagerie du rêve terrestre...

Ce qui devine ; et ce qui se cache...

L'âme (toujours) au cœur du mouvement...

Le corps gorgé d'ardeur ; et l'esprit, de silence...

Prêt à fuir – à combattre – à vivre – à mourir...

En un éclair ; comme une étincelle ; un claquement de doigts ; l'insaisissable puissance du vivant ; et cette vivacité si passagère...

 

 

Seul(s) ; au cœur de l'étrangeté...

Entouré(s) par tant de mondes – et tant de visages – différents...

Ce qui passe devant les yeux...

Et ces miroirs tenus par ces mains inconnues dans les zones les plus étroites...

A dessiner l'ombre des grilles de nos cages imaginaires...

Devenant notre effroi ; le possible ; et ce qui nous fait face...

Au-dedans de l'esprit et de la chair...

Explorant les profondeurs dans lesquelles on a été plongé...

 

*

 

La soif qui soulève la chair – l'esprit ; toutes les forces et l'inanimé...

Qu'importe ce que nous sommes ; qu'importe ce qui nous entoure ; qu'importe ce que l'on rencontre...

A l'infini ; jusqu'à cette insoluble satiété...

Et l'apprentissage de l'équilibre et de la mesure ; entre le manque et l'impossible...

Le destin de l'homme – peut-être...

 

 

Le grand nord ; et ce vent comme craché au visage...

La parole (plutôt) rare ; dans ce face à face avec le délitement...

Ce qui creuse l'âme jusqu'à la dévastation ; jusqu'au grand renversement...

Comme une grâce ; entre le supplice et le possible...

Réduit à moins que rien ; et, dans l'air, ce bleu qui irradie...

Comme porté jusqu'aux cimes par le ciel ; en dépit du rêve ; en dépit du monstre ; en dépit de la raison et de la démesure...

 

 

Au cœur de la chair ; déjà ; cette lumière épineuse – (presque) réactive...

Comme une prière au milieu du néant ; une île au milieu du sang...

Et les pieds dans cette vase vivante – vivace ; plongé(s) dans cette boue infâme et insidieuse – faussement inerte ; un abîme qui avale et dans lequel l'âme s'enfonce ; essayant vainement d'échapper à la matière et au temps...

Comme un long (un très long) apprentissage...

 

 

Dans l'ombre ; la blessure béante ; grandissante – s'enténébrant...

Ravivant la douleur ; l'intensifiant ; comme un poids – et une brûlure – supplémentaires...

Si sensible à l'étrangeté du monde ; à l'étrangeté de l'Autre...

Écartant tous les murs ; effaçant toutes les frontières ; élargissant le territoire ; et rehaussant la pente pour y accéder ; exacerbant la perception et la porosité...

Devenant (à sa manière) le centre et la lumière ; le lieu de tous les possibles ; bien davantage qu'un angle – qu'un recoin de la périphérie – qui accroîtrait sa perspective et ses sensations...

 

*

 

Sur le sol ; le cœur ; si peu ensoleillé...

Dans l'aveuglement du monde ; de l'homme ; comme face à un mur – devant leurs (innombrables) constructions...

Blessé par ce sang frais qui (sans cesse) se déverse...

L’œil écarquillé...

Et la mort qui se rue sur chaque parcelle...

 

 

Des traces animales dans l'âme...

La peau-infini ; tel un instrument...

Et cette sente à inventer...

Parmi les choses ; et le poids de la lumière...

Comme un écrasement...

Et ce rire lorsque apparaît (enfin) l'Amour...

La gorge écarlate...

L'esprit creusé par ses propres hallucinations...

Comme si on lacérait le vide ; comme si on giflait le vent...

Arc-bouté(s) sur notre refus de la vérité face à l'évidence de la soif...

Relégué(s) au périmètre de l'homme – en somme...

 

 

Au milieu du cœur ; cet écart – ce léger décalage – avec le reste ; comme une incompréhension ; quelque chose de bancal – d'imprécis – d'incomplet...

Ballotté par les vents qui tournoient ; et emporté par les tourbillons que forment les courants qui se rejoignent ou s'affrontent ; extrêmement changeants – tantôt s'élargissant – tantôt s'amenuisant...

A chaque fois ; comme une rencontre – des rencontres ; dans notre isolement...

Et ce que fait durer le temps ; en plus de cette (incroyable) tromperie du territoire...

 

 

La feuille qui a (peu à peu) remplacé la glaise et la pierre ; et le signe qui a (peu à peu) remplacé le cri...

Sans que ne soit transformée, au fond, la nécessité de dire : « regardez donc, mes frères »...

 

 

Ce qui va ; ce qui roule – vers son heure...

Lentement ; vers la lumière...

Entre la chute et l'ascension...

 

*

 

Le jour dansant et miraculé ; à sauter sur la mort ; à dessiner son visage ; à embrasser la confusion...

Et ce trouble dans l'air ; comme une naissance ; une figure désenfouie...

Singulièrement ; derrière tous les masques ; et jusqu'au dernier...

Sous l'apparence du grognement nocturne et solitaire ; l'étreinte – le voyage ; au-delà de tous les livres ; au-delà de tous les fantômes...

Ni supplice – ni séquelle ; au cours de cette (étrange) traversée...

 

 

L'âme et la peau ; poreuses...

Comme cet œil sur les passions et la folie...

Laissant s'écouler le sable ; et l'eau ; et les lois ; et les interdits...

Devenant le feu – la peur – le miracle...

Pris dans la cavalcade des saisons ; du temps en cascade...

Et l'angoisse ; et la terreur – face au monde ; face à l'infamie...

Et le cœur ; et les possibilités – intacts...

Là où mènent les pas ; dans cette tranquille continuité du périple...

 

 

Grimper au faîte de la nuit ; là où il n'y a ni étoiles – ni lumière ; mais des visages insensibles rongés par le souci ; des cœurs couchés dans le noir...

Quelque chose entre le sommeil et la mort...

Là où l'esprit de l'homme piétine...

Au milieu de nulle part ; entre l'enfer et le paradis que nous avons inventés...

 

 

Obéissant(s) et recouvert(s)...

Avant que la chair ne devienne cendres...

L’œil larmoyant...

Particule(s) dans la tempête...

Comme accroché(s) au pire pan du ciel ; celui qui dédaigne et terrifie...

Débroussaillant notre chemin ; au fond de l'inhospitalité...

Engagé(s) de travers (si souvent) dans l'étroit orifice ; et présageant ainsi (avec une quasi certitude) une traversée longue et difficile ; un voyage à l'issue presque impossible...

 

*

 

Ce qui pénètre les yeux ; à travers cette étroite meurtrière...

Comme une mince entaille dans la chair...

Et la lune au-dessus du corps...

Le grand ciel perdu...

Et tout ce noir qui nous engloutit...

Et la langue pour dire la peur et la possibilité...

L'esprit jeté dans la matière ; et qui pousse ; et qui pousse ; comme un rêve de protubérance et d'extirpation ; un grand rêve d'infini et de liberté...

 

 

De chaîne en chaîne ; glissant dans la glaise...

L'âme attachée à la précédente ; attachée à la suivante ; cherchant une issue – un chemin – un abri ; un lieu pour échapper à la trajectoire ; un repli pour s'extraire de la durée et du temps...

Un œil vivant pour se soustraire du piège – du monde – de la mort...

 

 

Cercles invisibles dont est formé le monde...

Des déferlantes de couleurs ; des forces et des puissances qui mêlent leur souffle ; qui jouent à créer des espaces et du temps ; et quelques figurines qui font office de figurants...

Pétrifiant et emportant – tour à tour – toutes les pièces du puzzle ; jusqu'au dernier visage ; jusqu'au dernier rire ; jusqu'à la dernière larme...

Et – peu à peu – la fumée – en soi – qui se dissipe...

 

 

Des traces grises sur le visible...

Entre les temples et la lumière...

Ce à quoi l'homme s'accroche [n'épargnant (presque) jamais sa peine]...

Dialoguant (essayant de dialoguer) avec les Dieux...

Tentant de se familiariser avec l'ineffable et le silence...

Abandonnant trop rarement son langage pour en inventer un autre plus propice à l'intuition et à l'entente ; et que comprendraient ; et que parleraient – les pierres – les plantes – les bêtes ; autant que les émissaires au service du Divin...

 

*

 

Le cœur lové contre le dehors ; hanté par la lumière...

Si près de l'implosion à la vue de tous ses doubles ; à entendre toutes les histoires du monde...

Sans jamais renoncer ; sans jamais s'effacer ; sans jamais se résoudre...

Vaillant dans toutes les tempêtes...

 

 

Au cours – au cœur – de cette énigmatique traversée...

Sur cette terre de si peu ; et – toujours – l'infini en point de mire...

Quelque part ; là-bas – plus loin ; en soi...

Recréant (poussé sans cesse à recréer) le cycle ; et la nuit ; et la venue de l'Autre ; comme une dissipation ; un éparpillement des forces ; un affaiblissement du mouvement...

Et ces hauteurs (toujours) inaccessibles...

Et ces tressaillements ; et ce sang si vif qu'il faut sempiternellement tout recommencer ; avec (approximativement) la même trajectoire...

 

 

Ce que nous ignorons encore ; et ce que nous ignorerons toujours...

Sans effet (pratiquement sans effet) ; là où nous sommes...

Dans ce désert érigé par le temps et les hommes...

Sous le vent et les étoiles ; sous ce ciel tempétueux...

Au milieu du reste ; au milieu des Autres qui (à bien y regarder) nous ressemblent...

Ce voyage en terre d'inhospitalité où l'on met un point d'honneur à survivre (bien davantage qu'à comprendre et à aimer)...

 

 

Ici même ; perdu(s) – oublié(s) – sans le moindre appel ; sans la moindre résonance...

Comme englué(s) dans l'argile ; comme abandonné(s) par le ciel...

Et le chemin qui se dessine ; à travers la parole...

Vers cette lumière épargnée par le carnage...

 

 

Silencieusement ; les noms que l'on épelle...

Face aux grands arbres à l'ossature céleste...

Bénissant les âmes – la légèreté et les scories...

Indistinctement ; indiscutablement – le monde où nous vivons ; le monde que nous sommes...

 

*

 

En équilibre ; sur les interdits...

A la fois l'enfance et le feu ; leur exubérance et leur déploiement...

Inscrit(s) dans l'aventure du vivant – en somme...

Avec un œil sur la route ; et l'autre sur la lumière...

Dans le sens du ciel et du vent...

A hauteur variable ; comme l'ardeur – l'audace et l'exploration...

De l'eau qui coule en des lieux jamais définitifs ; traversant tous les états de l'invisible et de la matière...

A sillonner la vastitude de l'espace ; à jouer avec le temps...

Entre l'origine et le néant ; à travers l'infini et l'éternité ; cet incessant voyage ; entre retour et découverte ; avec, indéfiniment, de nouvelles perspectives ; et tous les recoins à visiter...

 

 

Le temps du passage ; naissance et mort – intimement liées...

Du silence entre les mains qui œuvrent...

Sur ce chemin sans trace...

De l'or et de la fumée...

Ce qui, sans cesse, nous transforme en autre chose...

 

 

Sous le poids (inévitable) du monde...

Les épaules voûtées sur la pierre...

Autour de l'abîme ; la nuit arpentée...

A chercher des mains – un visage – un refuge ; quelque chose pour survivre à la douleur ; quelque chose pour échapper au néant...

 

 

Le cœur déconcerté par le reste ; tantôt hostile – tantôt indifférent...

Dans la boucle de l'être ; du vide – du bleu – des figures et de la matière ; sans bien comprendre le jeu des cercles et des appartenances...

Et l’œil amendé à mesure que se révèle la vérité...

 

*

 

Au commencement du voyage ; le souffle – juste après l'immobilité – nécessaire pour entreprendre le long (le très long) périple pour y revenir...

A travers les pas et les circonstances...

A travers la multitude rencontrée...

A travers la danse et la folie...

A travers l'errance et la direction...

A travers la mesure et les excès...

La ligne ouverte ; comme le cœur ; comme l'âme ; de plus en plus...

A travers l'absence et la cruauté...

A travers l'écoute et la main tendue...

Ce qui ravive l'innocence et la sauvagerie...

Toutes les possibilités ; jusqu'à la destination finale (provisoire) ; jusqu'à l'effacement de toutes les expériences...

Et ainsi ; le retour réussi au centre ; avant une nouvelle expulsion vers la périphérie...

 

 

Là où les yeux baissés renseignent...

A l'envers des traces ; à l'envers de ce qui nous distingue...

Ce qui contient l'étreinte ; au-delà de la prière et du cri...

Ici ; entre la pierre et la langue ; les couleurs du monde...

A mi-chemin entre le royaume des vivants et ce qui rend la mort si souveraine...

 

 

Le cœur grignoté par la pensée ; et l'Autre sous les paupières ; puis, régurgité par petites giclées – entre les lèvres...

A travers la parole qui se déverse au milieu des éboulis – au milieu des hécatombes ; quelque chose de vivant là où ne règnent (trop souvent) que la mort et l'inertie...

De bas en haut ; vers ce qui est désirable ; comme catapulté par-dessus les murs qui enserrent la cour étroite où nous vivons...

A travers les airs ; vers le large – le plein ciel ; naviguant ; pour que la lumière remplace le malheur et la tristesse...

 

 

Détaché du voir ; ce qui devient nôtre ; l'alentour...

A la périphérie de l'âme ; l'ensemble...

A traîner (obscurément) sur la pierre ; dans l'inévitable sillon tracé par nos aînés...

De moins en moins de couleurs et de prières à mesure que se précise le périple ; à mesure que s'élargit le territoire...

Sur un chemin de plus en plus désert ; sans trace – sans nuit – sans couronne...

Avec soi et de l'or tissés dans l'air...

Ce qui s'offre (très naturellement) ; une (bien) plus vaste respiration...

 

*

 

La terreur et le rire ; sous la même lumière...

Ce qui s'abandonne ; et ce qui s’endurcit...

Dans la même poitrine ; cherchant leur équilibre au gré des expériences...

Comme un perpétuel balancement ; quelque chose qui cherche sa résolution...

Sur ces rives étranges où tout semble au-dehors...

 

 

Les vivants sous surveillance ; investissant les lieux ; occupant le terrain – installant leur drapeau dans les interstices du reste...

Animés tantôt par la soif – tantôt par la faim...

Compulsivement reproductifs à seule fin de ne pas disparaître – de continuer à être (de matérialiser leur présence)...

Au milieu des blessures et des chaînes...

Survivant à (presque) toutes les contradictions...

Sur les décombres des mondes précédents ; et initiant (malgré eux) ce qui adviendra dans les temps à venir ; ignorant (pour l'essentiel) l'ensemble qu'ils composent...

 

 

Murmures établis ; en soi...

Pas si douloureusement ; sur le chemin des mots...

Dans cette sorte d'exil ; à l'écart des noms que l'on épelle ; des têtes que l'on glorifie ; à l'écart des semences fructifiées et des ambitions communes...

Hors du ghetto ; aux marges lointaines du collectif...

Hors des cercles prestigieux ; là où le sauvage est relégué ; là où l'existence devient un (véritable) voyage ; une (réelle) aventure...

Si près de la mort – de l'infini – de la possibilité – que tout s'intensifie ; et que l'âme devient merveilleusement vivante...

Hors de portée pour les yeux mimétiques ; pour les âmes suspicieuses et peu inventives...

 

 

Oubliée ; cette partie du cœur ; apparemment transformée en bordure du monde...

Éloignée (si éloignée) de l'innommable...

Plantée entre la terre et l'invisible...

Insensible à ce qui se passe au-dessus de l'abîme...

Au milieu de l'étrangeté ; imperméable aux influences des marges et aux courants inconnus...

Si peu vivante – en somme...

 

*

 

Abandonné(s) à l'ordre du monde ; sans jamais s'atteindre...

Ne rencontrant que l'absence sur le visage – et dans le cœur – de l'Autre...

De terre en terre ; jusqu'à devenir un cadavre esseulé...

Recouvert de cette boue et de ces lambeaux de chair...

La fin du voyage assez inconfortable (et passant – pourtant – inaperçue)...

Comme une lente dissolution ; et, au dernier souffle, un minuscule soulèvement de poussière (à peine perceptible)...

 

 

Sans argument (valable) face à la barbarie – face au sommeil...

L'inévitable du dehors ; et ce qui hante – et ce qui ronge – à l'intérieur...

Comme contaminé(s) par le mécanisme du désir – de la violence – de la torpeur...

Tous les territoires envahis par la nuit...

A gueuler – à gesticuler – à se débattre – dans la vacance du monde...

Face au nombre et à l'indifférence ; l'éloignement et l'invisibilité ; l'écart nécessaire pour découvrir – et explorer – l'autre versant de l'homme ; au revers de la prétention et de la supériorité supposée ; cette part mystérieuse et (très largement) insoupçonnée...

 

 

Disposé (pour le moins) à recevoir ; et à se mélanger...

Redevable de toutes les rencontres antérieures ; de cet entremêlement actuel ; de l'effacement à venir...

Laissant aller ce qui vient ; et se réorganiser (sans cesse) tous les royaumes...

Étant tous ; étant chacun ; sans frontière – ni discontinuité...

Dans cette zone de neutralité et de silence où chaque état – chaque visage – chaque chose – est accueilli(e) ; y compris les blessures et les résistances...

Là où tout s'écoule – s'amplifie – se disperse – s'effiloche – s'accomplit...

 

 

Du ciel à la terre rouge...

De la chair et des âmes ; guidées (si souvent) par des yeux trop peureux...

Sur ces rives ; aux lisières de l'infini...

Devenant l'absence et la possibilité de l'issue...

Entrecroisés ; le bleu et la couleur des destins...

Dans ces échanges de courants et de matières...

Cette vie qui, peu à peu, s'alourdit ; qui, peu à peu, devient trébuchante ; s'offrant avec (de plus en plus de) maladresse à l'Autre – au temps – aux champs stellaires qui peuplent l'immensité et qui circulent au-dessus des têtes...

 

*

 

Le désir de l’œil ; au milieu du jour...

Séparant la montagne et la machine ; l'or et le plus précieux ; la solitude et la compagnie des Autres, le chemin et les sentes communes...

Réunissant (réussissant à réunir) le sauvage et la civilisation – le visible et l'invisible...

Inventant l'homme naturel tissé de respect, de franchise et de simplicité...

L'une des issues (peut-être) à ce monde souffrant – fiévreux – en perdition...

A travers l'éclosion d'une humanité capable d'enchevêtrer l'homme – l'arbre – la bête – la pierre et le Divin ; de les insérer dans tous les cercles du vivre afin qu'ils puissent cohabiter de la plus sensible – de la plus intelligente – de la plus respectueuse et fraternelle – des manières...

 

 

Souillé(s) de trop d'humains – de trop d'ignominie – de trop de débilité ; ce que ce monde a (si brillamment) façonné...

Et jusqu'au reste – qui lui a (miraculeusement) échappé ; imbibé, lui aussi, de misère – de douleur et de crasse...

Le silence (entièrement) dissipé ; l'infini (totalement) négligé ; et la beauté (parfaitement) ignorée...

Creusant (sans fin) le sillon des malheurs que nous sommes (presque) tous condamnés à arpenter...

 

 

La tête au faîte ; enneigée – secouant sur la feuille un peu de lumière et quelques flocons...

Contre les épaules des Autres (habitants de la forêt) ; réunis pour écouter le vent...

L'un des rares chants capables de défier les frontières (et la prétention) des dominants ; de transformer les rythmes de la terre en offrande au Divin le plus vivant – présent dans le cœur de tous ceux qui ont écarté le sommeil – l'irrespect – l'inattention...

Dans cette dépossession du signe et de l'espace ; sans se soucier des noms – du nombre – de ceux qui s'empressent – ni de ceux qui dédaignent l'invitation...

Pour soi seul – en somme ; au-dessus de la pensée et de la lumière des hommes...

 

 

Vertigineusement ; le recommencement du cœur – comme un miracle...

La renaissance des possibles ; pour l'âme et la chair – pour la terre et le ciel...

Ce qui succédera au royaume de la bêtise – de la barbarie – de la fatuité ; un chemin entre les pierres et l'Absolu que pourraient emprunter quelques âmes particulièrement sensibles et disposées...

 

*

 

Le feu silencieux de l'âme ; intense – discret – qui s'initie loin du monde (loin des lumières du monde) et de l'affrontement ; loin du cirque et des arènes...

Fidèle – loyal – constant ; consumant le cri – le désespoir – la quête – l'impossible...

Portant vers le ciel et la découverte...

De surprise en surprise ; et que l'on tait ; de plus en plus insoucieux des jeux et des alliances qui se tissent – et s'exercent – sous le soleil...

 

 

Par paliers – par saccades ; le sauvage et l'infini...

Dénaturant peu à peu (et profondément) l’artificialité de l'homme (ancien et moderne) ; élargissant (considérablement) l'étroitesse de son univers...

Comme une nécessaire guérison de toutes les maladies humaines...

 

 

La joie du poème qui ruisselle – en se mêlant à l'âme et à l'herbe ; grimpant – sautant – dansant – pénétrant l'invisible et la matière ; œuvrant discrètement à sa tâche modeste et inconsidérée – si essentielle (pourtant) pour défendre le plus naturel – le plus fragile – le plus précieux – de ce monde...

 

 

Le langage, peu à peu, déplacé ; du côté du cœur – incliné – vers le ciel (sans la moindre surprise)...

Et ce qui fait silence ; à travers ce tourbillon de paroles...

Et, en filigrane, la simplicité – le retrait – la soustraction...

Comme s'effaçant derrière l'inébranlable et la transparence...

Témoignant (humblement et à sa manière) de cette lente éclipse ; de cette (très) progressive dissolution...

 

 

Dépourvu (totalement dépourvu) ; des yeux seulement...

Au milieu des arbres et des étoiles ; sur ce chemin invisible qui serpente entre la terre et le ciel...

Juste au sortir du plus opaque (du plus tragique – peut-être)...

Aussi longtemps que durera la marche...

Avant le règne de l'inconnu et de l'incertitude ; de plus en plus proche ; et qui, peu à peu, remplacera ce qui nous est familier...

S'initiant ainsi à l'infini...

Sur l'autre versant du même voyage...

 

 

L'enfance ; dans laquelle tout a été puisé...

En ce monde qui (quoi qu'il en dise) l'offense – l'oublie – l'abomine...

 

*

 

Sur le fil ; l'équilibre – le mouvement – la lumière...

Comme un corps à corps entre le vide et la matière...

S'insérant – s'entremêlant – se chevauchant – se séparant ; selon les nécessités du monde et du marcheur...

Comme en pointillé sur l'étendue ; quelque chose du souffle et de l'élan ; quelque chose du jeu et de la mort...

Sans ailes – sans intention – sans croyance...

Seulement la justesse et l'intensité du pas ; et la joie offerte par la danse...

Et partout – sur la piste – la beauté du bleu qui se livre – qui s'abandonne – aux cœurs – et aux yeux – les plus fébriles – les plus brûlants...

 

 

Ce qui s'invite dans l'absence ; selon sa nature...

Les frontières ou l'infini...

La paix ou la frénésie...

La beauté ou l'ignominie...

Les entrailles ou la poésie...

Et les yeux ouverts (toujours ouverts) pour froisser les bords du territoire...

 

 

Devant le jour ; la silhouette déposée...

Sans même une ombre sur l'herbe enneigée...

Le cœur désobscurci par le regard qui s'émerveille...

Quelque chose – en soi – qui demeure ; alors que tout passe au-dehors...

A travers ce voyage vers le plus intime...

 

 

Perché sur la terre des mots discordants ; le plus poétique teinté de silence et d’immensité...

Sur toutes ces petites choses infimes – passagères et mortelles...

Qu'importe ce qui habite l'esprit ; qu'importe ce que le corps recèle...

Couché au cœur du secret (sans doute – le plus délectable) ; dans cette trame où se tissent le gouffre et le ciel...

Au fond de l'ineffable...

Entre le rêve et le détachement...

Cette joie née du plus vaste qui porte l'âme au-delà de ce monde...

 

*

 

Au fond de l’œil ; cette cécité...

Et dans la béance ; tout ce rouge déversé...

Si peu de chose(s) ; en vérité...

Du vide et des tourbillons ; tous ces gestes – tous ces mots – tous ces cris ; des rires et des larmes – des émois et des tremblements ; creusés dans le même sillon – à la suite du vent ; séparés en apparence mais amalgamés dans leur apparition – dans leur accomplissement et leur délivrance...

 

 

Dans la fissure ; tant de rêves entassés – oubliés – piétinés...

Roulant sur eux-mêmes dans la nuit noire...

Et que les plus audacieux accompagnent d'un rire (si énigmatique aux yeux du monde)...

 

 

L'enfance ; entre le mur et la roue...

Indisciplinée ; échappant à toute frontière ; à toute mainmise – y compris aux tentatives d'assaut de la terre et du ciel...

Réenchantant (malgré elle) l'existence – le geste et la langue ; s'affranchissant de ses manquements et de ses outrances ; libre (parfaitement libre) des lois et des impératifs de son royaume...

 

 

Nous accompagnant ; au-delà des foules – au-delà des rêves – au-delà des gouffres...

Les pieds plantés dans le réel – composé de matière et d'invisible ; et partie intégrante du ciel (bien sûr)...

Proche (si proche) du monde des origines...

Le cœur couché dans les profondeurs...

Bourlinguant entre les cimes...

Nous laissant porter par les vagues...

L'âme brûlante ; la gorge déployant son chant...

Vers le bleu ; entre les feuillages...

 

 

L'hiver ; par-delà le monde et les naufrages...

Au-dessus (juste au-dessus) de l'abîme étagé...

Les yeux qui, peu à peu, se détournent de l'or et des galeries du dehors...

De l'autre côté du délire ; vers l'errance et l'ivresse...

A rebours des itinéraires humains ; dans le sens des courants naturels (invisibles et souterrains)...

L’œil – le souffle – le cœur ; comme seul chargement...

 

*

 

Sans demi-mesure...

Le feu plutôt que la braise...

Le vrai plutôt que la légende...

Le geste plutôt que la parole...

L'enfance plutôt que la raison...

A travers cette alchimie qui coule entre l'âme et le ciel ; et, parfois, dans les veines des plus innocents...

Sans compromission ; à la manière du silence qui résonne comme un chant dans les bourrasques...

 

 

Face au vide ; ce que l'on avoue – ce que l'on offre – ce que l'on abandonne (ce que l'on doit avouer – ce que l'on doit offrir – ce que l'on doit abandonner)...

Et la même chose (à s'y méprendre) face à la main tendue qui, parfois, traverse l'épaisseur de l'enfer...

Soulignant l'équivoque (remarquable) de l'esprit de l'homme ; et sa terrible indécision...

Face au bleu et aux déguisements ; le même œil aveugle ; la même chair tremblante...

 

 

Des cœurs en enfilade ; à travers la mort ; jusqu'à l'ultime métamorphose ; avant que ne se réinitialise le cycle ; avant que ne s'invite – et ne s'invente – la phase suivante...

 

 

Avant d'être ; la bouche grande ouverte...

Les yeux posés sur les larmes...

Le cœur exsangue et la dent sournoise...

Le clinquant exposé ; comme les vagues prouesses de la main et de l'esprit...

Le tambour que l'on frappe à son passage ; au milieu des têtes indifférentes qui, elles aussi, s'adonnent à cet inutile tapage...

Un monde de bruits, de miroirs et d'âmes renversées...

Un monde où il ne fait pas bon naître...

 

 

Couchés encore sur ces images (si souvent considérées comme un trésor) ; sous l'égide des dés qu'on lance au hasard...

Autour de sa propre vie ; ne cessant de tourner...

Si éloignés du mystère tout proche...

Les yeux posés sur ces cercles d'ombres (innombrables)...

Poussant le monde jusqu'au délire ; jusqu'à la folie...

Essayant (obstinément) de se façonner un nom (et une existence) dont tout le monde se moque ; et dont nul ne conservera le souvenir...

 

*

 

Le cœur tantôt bondissant – tantôt opaque et réticent ; au gré des visages rencontrés...

Jusqu'au jour où la soif devient si vive que l'on quitte le monde pour la franche solitude...

S'éloignant de tous les simulacres...

S'offrant la proximité de l'infini et la diversité du vivant ; l'arbre – la fleur – la pierre – la bête ; et cette présence – en soi – qui, peu à peu, se révèle comme le seul trésor...

Au cœur des liens qui unissent le naturel et la lumière...

La vie vraie ; au milieu des véritables vivants ; apprenant à voir en chaque être – en chaque chose – un visage – une âme – un esprit ; et la possibilité d'une authentique rencontre ; faisant ainsi grandir la joie d'appartenir à la grande communauté...

 

 

A travers la semence du rêve (animique et exalté) ; au-delà (bien au-delà) de son rôle et de sa place habituels (dans ce monde si peu poreux)...

Allant par les chemins ; traversant les rives et les continents ; comme naguère – au temps d'avant la matière ; au temps d'avant le temps...

Teintant l'esprit (et la terre) de sa couleur ; défaisant les âmes de l'obscur – de l'errance – de la douleur ; aidant à franchir tous les seuils et à rejoindre la lumière (en s'affranchissant même de l'idée de voyage)...

 

 

Toutes les forces jetées dans l'impénétrable...

Le souffle du vrai ; entre les tempes...

Le cœur criblé de flèches invisibles ; inoffensives ; tendres et salvatrices – substituant au sang une substance plus douce ; remplaçant la violence par le secret...

Hissant dans les veines – sur la pierre – au fond de l'âme – la lumière – le feu – la tendresse ; catapultant l'esprit par-dessus le plus tangible (par-dessus l'objectivable) – jusqu'au faîte de l'être – peut-être...

 

*

 

Le plus haut de l'Autre ; entre le corps et l'esprit ; dans cet étroit (et étrange) interstice...

Dans le fondement même du feu ; à travers la pierre et le sang...

Dans le bleu insoupçonné de l'âme...

Quelque chose du rire ; face au dérisoire – face à l'infini...

Qu'importe les aléas – les malheurs et la mort...

Qu'importe que tout se dissolve ; devienne cendres et désert...

Qu'importe les traces vers le centre ; et qu'importe celles qui rejoignent les plus lointaines périphéries...

Dans cette écoute démesurée...

 

 

Sur l'axe ; le soleil et le désenvoûtement...

Seul dans ce face à face avec la folie...

Ni monstre – ni crime ; et l'impossibilité de fuir – d'échapper à ce que l'on porte – à ce qui nous habite...

Le dedans incertain et inconnu ; au cœur de l'espace...

Entre la brûlure et la mort...

Cette étrange immensité ; cette grandiose (et souveraine) respiration...

 

10 novembre 2023

Carnet n°300 Au jour le jour

Octobre 2023

Parfois le rose ; et le scintillement de la pierre...

Quelque chose du chemin et de la lumière...

L’œil (très) attentif ; en dépit du souvenir de l'homme...

Devant soi ; la cendre du monde emportée par le vent – éparpillée sur le bleu des collines...

Et les tremblements de l'âme devant la beauté des arbres...

Un carré de terre où poser ses pas (et, de temps à autre, son séant) ; et un carré de ciel pour y déposer ses prières...

A travers les paysages ; sans bruit ; le cœur aussi discret que les bêtes sauvages...

 

 

Là où l'eau coule...

Là où l'oiseau prend son envol...

L'âme à l'écoute ; loin du plus sanglant ; du plus indélicat...

L'ombre immobile et silencieuse...

Et ce soleil ; dans l’œil qui brille...

Au cœur de cette solitude brûlante et sans concession...

Sur cet horizon où nos frères côtoient les hauteurs ; Dieu et la beauté...

Dans l'intimité du plus sensible ; (en partie) affranchi(s) des exercices (trop) terrestres...

 

*

 

Le rire ; comme un rite – un rythme ; une sorte de prière – une forme de respiration...

Entre le ciel et le sang ; cloué(s) à l'ombre et à la douleur...

Se trompant – peut-être – de monde ; le cœur (sans doute) trop généreux...

A l'envers de la forme ; le vide – pourtant – clairement ressenti ; alors que d'Autres dorment ou récitent dans l'ordre (et de manière très mécanique) toutes les leçons des siècles (et quelques-uns, tous les versets des livres sacrés)...

 

 

A peine ébauchée ; la bouche qui – déjà – cherche des lèvres ; un baiser ; et qui ne parvient (qu'à grand-peine) à avaler les substances terrestres qu'on l'oblige à ingurgiter...

Comme un rêve d'innocence arraché ; le cœur (très) récalcitrant ; comme condamné à un assujettissement au monde tel qu'il est ; grossier – primitif – archaïque...

Le visage abattu ; ivre de cette lumière (sans doute) trop secrète ; trop peu reconnue...

Et des larmes et des râles sur la pierre ; ce qui écorche l'âme et la peau ; à force de résistances – à force de ruptures – à force de frottements...

 

 

La peine grandissante ; des cris silencieux qui montent vers le ciel ; et la proximité du monde à travers l'âme et le sang...

Face à l'obscurité des visages ; sans la moindre tendresse ; sans la moindre consolation...

A l'ombre d'un souvenir plus grand (bien plus grand) que soi ; et qui aurait brouillé les pistes qui mènent au lieu de la délivrance...

Vers la lumière ; à courir partout ; autour de la blessure ; à la recherche d'une étreinte qui pourrait nous sauver...

 

 

Et cette chose déchirée dans le cœur qui se serre ; le chemin qu'il faudrait emprunter ; peut-être – le lieu où se rendre...

Sous le craquement des pas ; dans l'ombre (grandissante) de la solitude ; vers l'ailleurs ; là où le silence est un baume ; là où le bleu et la lumière éclairent l'horizon ; et l'âme défaite...

Moins angoissé (beaucoup moins angoissé) par le passage du temps – la fugacité des existences – la disparition et l'absence...

Déjà perceptible ; cette partie de l'invisible – dans le regard et le geste – reconnaissable entre toutes...

 

*

 

Sous la charrue du monde ; l'horreur – le carnage – la débâcle...

Sous le règne glorieux des assassins ; des cannibales et des assassins...

Sur la pierre ; les arcs et la chair tendus...

Dans des boîtes ; la matière et l'invisible ; et jusqu'au vent que l'on emprisonne...

Plus ni bêtes – ni forêt...

Du bitume et des objets ; sous la tutelle de la technologie dominante...

Le royaume des petits rois...

 

 

Ni l'âme – ni la main ; tendues – mendiantes...

Le plus cruel devant les yeux – pourtant ; et pire derrière – la machinerie en marche...

Ce qui nous éblouit ; et nous achève déjà...

Épaule contre épaule ; et rien de l'ombre reconnu...

Comme face à un aigle aux ailes folles – aux serres acérées – qui se réjouirait d'effrayer le monde – de transpercer le cœur et la chair et d'abandonner les restes de son festin sur la pierre...

 

 

L’œil posé aux frontières du temps – entre cendres et soleil – sur cette parcelle de terre où rien ne distingue les morts et les vivants...

Dans le jour (à peine) envisagé...

Au creux de cette lumière faible (et grise) ; des cris – des rires (quelques rires) ; des âmes et de la chair froissées ; et toute une armée de mains laborieuses au service de l'immuable...

Et en contrebas ; sur l'enclume – sous la fumée ; la matière qui, sans cesse, se métamorphose...

Des racines à l'éblouissance ; en quelques pas passés (presque) inaperçus...

 

 

Au pays des songes – du ciel ; des blessures...

L'écume tremblante devant les flammes et l'écho des Dieux...

Et dans le sillage du plus propice ; une myriade de bouches ensanglantées...

Et le silence de la terre – à notre passage...

 

*

 

Au gré de la prière...

Sans pudeur ; sans adieu...

La main sur le cœur...

Les yeux rieurs...

Sans rien demander...

Le ciel dans les cheveux...

Et le bleu dans l'âme ; déjà...

L'épitaphe – sur la tombe – éclairée par le soleil...

Et la lumière – indistinctement – sur les morts et les vivants ; invitant (ainsi) à tous les passages ; désacralisant (ainsi) tous les territoires...

 

 

A travers la fenêtre – ce que le cœur perçoit ; le monde ; tant d’imbécillités...

Des rites et des croyances – au pays des vertébrés...

De la peur et de la faim ; et peu (bien peu) de tendresse ; et peu (bien peu) de probité...

De l'épaisseur ; de l'ignorance ; de la cruauté et du sang...

Tant de manque(s) – tant de nuit – dans cette chair – dans ces âmes ; comme des existences reléguées au désir – à la ruse – à l'absence...

 

 

Aux confins du plus proche ; comme l'éclair ; quelque chose qui s'éveille au fond de l'âme...

A la lumière d'un feu noir et inquiétant...

A la pointe du temps ; un pas (un simple pas) de côté...

Entre la pierre – la mort et le chemin...

A deux doigts de l'ombre...

Entre l'oubli – la fièvre et l'écho...

Dans une sorte de songe ; en un lieu à peine imaginable ; à travers lesquels on remonte (on peut remonter) jusqu'à l'origine...

 

 

L'aube ; au pied de la mort...

A travers le souvenir ; d'horizon en horizon ; de voile en déchirement – jusqu'au retournement du miroir...

Et le lointain comme figé sur la rive qui nous fait face...

Étreint par le ciel ; ce que l'on a dessiné à la craie ; et que la moindre pluie ; et que la moindre larme – pourrait effacer...

Dans le regard ; l'écume – le vent – la vie et la mort ; aussi vides – en vérité – que ce qui les contemple...

 

*

 

Clowns tristes et affligeants ; épris de ce qui les dévore...

Assis en rond ; autour de leurs âmes frigorifiées – malmenées jusqu'au crime – tourmentées jusqu'à la folie...

Des jours durant ; sur la piste des désirs ; sur la piste des souvenirs – à se dévisager – à se mentir – à se quereller ; l'étoile accrochée au fusil ; et le fusil accroché à l'épaule ; déambulant devant leur petit carré de terre entouré de fleurs et de palissades...

En plein sommeil – sans promesse – sans fortune – sans ressource ; comptant les jours chichement (très chichement) vécus et le nombre de pas qui les séparent de la mort...

 

 

Face au vent ; la lumière souveraine...

Le dehors qui se tait ; et le silence à l'intérieur...

La mort qui ouvre les portes de son royaume...

Et les yeux ébahis ; et la chair ne cherchant plus même à échapper à la douleur ; et l'âme recluse qui, soudain, redresse la tête...

 

 

Ce que l'on a oublié ; la couleur de l'origine – la géographie du vivant – l'essence du monde...

A peine ; une portion du tout ; quelque chose comme un frémissement ; un peu d'absence ; un morceau de miroir brisé – peut-être...

Et ce que le sang ensemence et dissémine ; et ce dont l'âme hérite ; et ce qu'elle propage...

Et l'incessant labeur de chacun pour inventer sa route ; sans jamais (presque jamais) s'aventurer au-delà des frontières répertoriées ; sans jamais (presque jamais) se risquer à explorer l'envergure (et les profondeurs) du réel...

La tête plutôt que l'esprit ; la matière plutôt que l'invisible ; comme ensorcelé(s) par la danse des masques et les reflets de l'écume...

 

 

Abandonné aux marges ; le plus sauvage...

Comme livré à l'absence ; à la mesure même de l'oubli...

Dans les interstices de cette nuit commune...

Jusqu'aux premiers temps du mythe ; lorsque ni la chair – ni le territoire – n'avaient encore été découpés ; lorsque la fureur et la lumière se chevauchaient sans s'effaroucher ; lorsque le rêve pouvait encore résister à la lourdeur des paupières...

 

*

 

Plus haut que soi ; les fils...

Et plus haut que les fils ; les mains joueuses...

Et l'homme ; au centre de rien – comme le reste – (très) périphérique ; et (clairement) instrumentalisé...

A l'avant-garde des endormis – peut-être...

Comme sur une île perdue au milieu de nulle part...

Arraché à personne ; rien que des ailes repliées...

Et ce sourire mystérieux ; au-dessus des mains joueuses...

 

 

La chair sclérosée (presque croupissante) ; peu encline au voyage...

Et l'âme ; comme une fenêtre – un passage ; une manière d'aller à la rencontre du reste...

Poussière dans le vent ; quelque chose entre le rôle et le nom...

Et le cœur accablé par ces terres inhospitalières – par la funeste indifférence des visages...

 

 

De la neige ; sur le chemin ; des choses...

Comme des bouts de ciel à la place du miroir...

Le visage dénudé ; sans masque – sans fard (totalement dénué d'artifice)...

Un peu de poussière sur la pierre jaune ; et tous les bruits passés au tamis du silence...

Rien d'une attente ; une veille attentive ; avec dans la prunelle – comme un feu que l'on tiendrait au creux de la paume...

Et l'horizon nimbé de bleu que le regard éclaire – déploie – enflamme...

Sans un seul rêve ; ni même un écho – en tête...

Capable d'effacer toutes les frontières ; en dépit de quelques restes de mémoire...

Ce qui s'offre ; seulement – en plus du souffle et du sang...

 

 

Ce qui patiente ; dans la besace des jours ; comme une eau vive sous l'écume de ce qui brille ; de ce qui s'affiche ; de ce qui se laisse admirer...

Comme le bleu et le gris dans l’œil qui sait ; dans l’œil qui voit...

Au seuil de toutes les solitudes ; la lumière qui éclaire ; et qui donne à regarder – l'ampleur de la perspective...

 

*

 

Aimer encore ; et la soif ; et la folie ; et toutes les éclaboussures...

Ni sage ; ni forçat ; au-delà du désir ; au-delà de l'humain ; un pas (minuscule) juste après ; à peine une incursion ; un bout de tête – un bout d'âme peut-être – dans l'embrasure...

Et ce qui vient – dans le désordre...

Tant de possibles ; tant de nouveautés...

Et ce qu'il faut abandonner encore...

Au-delà de la servitude ; l'obéissance (très) joyeusement consentie...

Qu'importe la boue ; qu'importe la joie ; qu'importe la distribution et le partage...

Ici ou là ; ni pour plaire ; ni pour inventer – ni pour se distraire ; et moins encore pour affabuler...

Les bras autour de la désespérance ; et tant de fois hanté par la mélancolie ; au fond de la mémoire ; ce qui n'a pu encore glisser vers l'oubli...

Ne pouvant s'imaginer vivre dans la proximité d'un soleil que l'on a toujours cru trop lointain – inaccessible ; et dont on était, en réalité, séparé d'un seul pas ; un abîme franchi par le regard qui a, peu à peu, transformé la volonté et l'ambition (individuelles) en perspective impersonnelle...

 

 

Rien qu'un cœur pour transformer le monde...

Et tant de choses (presque tout) emmêlées au corps – à l'âme ; à la voix...

Sous l'arbre ; la lumière et le chemin...

Sans la nécessité de l'Autre ; sans même recourir au miroir...

Seul(s) ; sans rêve ; hors du cortège des fausses vérités inventées par ces siècles ignares et meurtriers...

Seul(s) ; dans le frémissement de ce qui voit...

 

 

L'aube (très) furtivement frôlée...

Ce que l'on abandonne à la pierre et au vent...

Comme une étreinte ; et, soudain, la tristesse qui vacille...

 

 

Les cœurs (habiles) qui cherchent à se défaire de leur gangue ; et les yeux (malins) qui cherchent à transformer la couleur des rêves ; ce qui nous hante et nous emprisonne...

Et derrière le jeu des apparences ; l'esprit qui cherche l'essence ; et toutes les possibilités du monde – sous les paupières...

Au bord du ciel ; aux confins de l'innocence ; au-delà du désert – de l'oubli – du néant ; au-delà (bien au-delà) de ce qui effraie les hommes...

Et en silence ; le bleu (presque) parfaitement habité ; et la chair luisante sous la lumière qui décline...

Au milieu de l'automne ; déjà...

 

*

 

Là où persiste la couleur ; et l'essence du vivant...

A travers le geste ; à travers ce qui nous éclaire ; à travers ce qui nous enflamme...

A travers l’œuvre et la loyauté...

La faim (enfin) reléguée à l'accessoire ; et l'âme se satisfaisant (seulement) du substrat...

Et pour celui qui sait voir ; quelques traces de sagesse dans la nuit...

Au milieu de la mort qui rôde ; et l'Amour juste au-dessus qui distribue les rôles ; et qui dessine (à la perfection) les itinéraires...

Dieu et la tendresse – en soi – à chaque instant – pour ainsi dire...

 

 

Le cœur transpercé par la parole ; couleur de sang...

Sur la neige ; les noces de la chair et de la lumière...

Avec le bleu ; et la substance de l'âme – mêlés à toutes les teintes...

Et, au loin, ce qui flotte au vent comme une bannière étoilée ; le foyer du monde ; la bonne fortune ; ce qui oriente les pas vers l'invisible et la transparence...

 

 

Par-dessous la feuille ; le ciel ; ce qui jamais ne renonce ; ce qui jamais ne s'arrête ; l'or invisible de ce monde ; le plus précieux du vivant...

Ce que l’œil et le cœur n'aperçoivent que très rarement ; trop envoûtés (sans doute) par l'écume ; par l'incessante transformation de l'ombre...

Ce que l'on tait (en général) ; et que l'on a raison de garder par devers soi...

 

 

Comme de la neige brillante ; ces pelletées de mots ; cette parole née de la lumière...

Issue de la même source que le bleu – que le monde – que les arbres – que les pierres et les nuages ; celle qui, un jour, donna (aussi) naissance aux bêtes et aux hommes ; comme la promesse d'une chance supplémentaire...

Et qui, en dépit de tous les espoirs, ont continué à entretenir cette nuit déjà ancienne...

Et ce noir que l'on creuse encore aujourd'hui – au-dedans de ce qui sert la mort – au-dedans de ce qui passe en coup de vent ; avec cette angoisse terrifiante devant le cœur qui bat et qui, un jour, s'arrête ; devant toutes ces formes qui, sans cesse, se transforment...

 

*

 

Émerveillé par l'âme affranchie du sommeil...

Le destin de la chair hors du cercle des vivants...

La transformation (involontaire) de la matière ; les vertus de l'effacement et de l'oubli...

La mort apprivoisée...

Les liens (indéfectibles) entre le cœur – le ciel – le monde...

Et la possibilité du merveilleux qui se renouvelle à chaque instant du jour ; et ce qu'il fait naître dans l'esprit...

 

 

Coincé (en quelque sorte) entre l’innocence et la multitude...

Sous la lumière ; sur cette terre ; sans mythe – sans histoire – sans prince – sans princesse – sans conte de fée...

Au ras du sol ; le règne du désir au milieu des choses et des visages ; comme une fièvre qui se heurterait à toutes les contradictions – à toutes les carences – à tous les interdits...

Fidèle à l'enfance ; en dépit des impossibilités ; en dépit des sentiers tout tracés...

Dans le vertige de cette existence ; s'essayant indéfiniment au franchissement à l'endroit de la brèche ; là où tout peut se faufiler (même les formes les plus grossières)...

 

 

Les prémices pas même achevées ; et, en filigrane, l'attente (assez vaine) de l'aube...

Immobile sur la pierre ; le destin suspendu...

Une étoile au-dessus de la tête – tranchante ; et prête à tomber...

Et le chant qui monte encore ; (très) faiblement...

L'âme offerte ; dans les mains en prière...

Au milieu des arbres encore ; au plus proche de ce sang qui coule entre les feuilles...

Le pas – le geste – le feutre ; sans autre reflet que le ciel – que le cœur – que la forêt...

Un pied – déjà – dans l'immensité...

Attendant le signal (l'appel peut-être) pour se laisser glisser vers l'ailleurs ; pour s'abandonner à ce qui nous mènera (un peu) plus loin ; (un peu) plus haut – peut-être...

Par-delà le gris et la cécité – sans doute...

 

*

 

L'âge éparpillé...

Dans le ventre bleu du monde...

Rien ; ni nulle part ; ni personne – en vérité ; rien que des fables et des idées...

Du vent et de la fumée ; que l'esprit (dans son hallucination) solidifie ; et dont il ne cesse de redessiner les contours...

Ainsi se construisent les murs – les chemins – les impasses – les retournements et les issues ; l'ensemble des pièces qui constituent le (notre) labyrinthe...

Et quoi que l'on fasse ; quoi que l'on entreprenne ; du vent et de la fumée ajoutés ou soustraits au vent et à la fumée...

Et depuis la naissance du monde – des cascades de générations plongées dans le dédale ; engluées dans le piège ; condamnées à croire à la peine – à la délivrance – à la nécessité d'inventer un itinéraire...

Rien qui ne soit – qui ne passe – qui ne demeure...

Un peu de feu et de lumière – peut-être ; ponctués (parfois – de temps à autre) par des interstices – des passages – des possibilités...

 

 

De l'aveu même de la fortune...

Partout l'aventure et l'inconnu...

 

 

La voix entendue ; comme l'écho du plus proche (perçu d'une manière étrangement lointaine par l'esprit)...

S'atteignant déjà ; depuis le dedans...

Au cœur de l'absence la plus brûlante...

Aux limites du temps ; là où l'infini remplace le monde et les vivants ; là où le ciel remplace le voyage et les pas...

Sur la même pierre – pourtant...

A travers la danse ; le renouvellement incessant des perspectives...

 

 

Le secret se révélant, soudain, au plus sombre...

Comme jetée (avec brusquerie) vers le soleil ; l'obscurité...

Et ce qui grince ; et ce qui ne se voit pas...

L'approche de la lumière à travers la matière ; et le jeu de l'invisible par-dessous les nécessités...

Sur l'interminable (sur l'éternel) chemin ; avec dans le cœur – des yeux de plus en plus clairs ; et un espace habité ; au lieu des songes d'autrefois...

 

*

 

La joie déguisée en solitude...

Abandonné au froid et à la nuit...

Sans refuge – sans ami – sans main tendue...

La chair douloureuse ; le front contre la pierre...

Les paupières (encore) rivées à la soif...

Quelque chose de l'air et du mur ; comme si le bleu se prolongeait et devenait gris à force de malheurs – à force de découragement...

Comme si l'esprit avait oublié que la terre est un temple ; que nous sommes à la fois Dieu et le sacrifice ; la peine et la félicité...

En boucle ; au fond de la chambre – au fond des larmes ; l'impossibilité ; alors que l'Amour est tout proche ; et que toutes les ombres nous sourient...

Sans rien chercher ; sans rien comprendre ; déjà – au cœur du royaume...

En pleurs – devant tant de beauté et d'ignorance ; devant tant de tendresse et d'abjection ; devant tant de créatures courageuses...

 

 

Tendrement terrassé par les contingences du monde et les forces du ciel...

Invisible dans le vent ; glissant, peu à peu – et de manière incessante, du fugace vers l'après...

Au-delà du crépuscule ; au-delà de tous les songes humains...

A l'écoute – en soi – de ce qui parle...

Dans le geste ; le soleil et le silence...

A la place de l'homme ; entre l'écume et l'immensité ; entre le sol et les profondeurs...

A mi-chemin de tout ; au centre du cercle des désirs qui éparpillent ce(ux) qui l'habite(nt)...

Entre l'absence et ce si peu de chose(s)...

 

 

L'aube à venir ; et ce parfum qui nous enivre ; au milieu du chemin...

Là où le cœur retrouve ce lieu d'avant les âges ; l'au-delà de l'au-delà ; en dépit de ce qui nous hante ; en dépit de l'angoisse ; en dépit de ce qui nous retient...

 

*

 

Le cœur cannibale ; (très) amoureusement cannibale ; qui avale – en plus de ce qu'on lui offre – tout ce qui lui résiste – tout ce qui se révolte contre son règne...

A genoux ; le monde – l'âme – l'esprit ; ce qui s'imagine affranchi du cercle brûlant...

Les fronts – les tempêtes – les soucis et la mort ; engloutis...

Et emporté(s) aussi – le reste ; la terre et le ciel – l'espace qui nous entoure ; jusqu'à l'infini...

Rien qu'un feu qui consume – qui transforme ; et qui porte à la joie...

 

 

Autour de soi ; tant de miroirs brisés ; tant de reflets ternes et exsangues (eux si scintillants autrefois)...

Seul – à présent – assis sur la pierre blanche ; face à la lune – au milieu des arbres ; un grand sourire sur les lèvres – parmi les figures de l'invisible...

La joie au cœur – rayonnante – offrant ses éclats à toutes les âmes sensibles ; à toutes les âmes présentes...

 

 

Aux fenêtres du temps ; le monde qui tourne – les destins qui se déroulent ; et, au-dessus (juste au-dessus) l'immensité immobile...

Et ce qui contemple ; ce regard habité qui n'appartient à personne (et que nul ne peut s'approprier)...

Qu'importe l'ombre – qu'importe le feu et l'éclairage ; ce qui semble proche et ce qui semble lointain...

Prêt à mourir ; à franchir tous les seuils...

Encore un peu homme ; assurément...

 

 

Les heures brûlées par cet étrange défilé ; ce perpétuel déferlement des apparences...

A allure régulière ; ceux qui s’effacent – ceux qui disparaissent ; et ceux qui n'étaient plus qui reviennent ; qui revivent ; qui retrouvent cette ardeur (un peu folle)...

Sans jamais imaginer une autre issue que la fin...

Comme empêtrés dans les mirages (tous les mirages) de ce monde...

Quelque part sur ce long chemin qui s'enfonce jusqu'aux tréfonds des songes ; à peine à la surface de l'esprit...

Des yeux et des mots inaptes (si inaptes encore) à percer le mystère ; à rejoindre l'invisible ; à quitter l'aventure (strictement) humaine...

 

*

 

Aux pieds de ce qui nous piétine ; indolent – (parfaitement) impavide...

Le bleu déjà révélé ; et qui a pris possession de l'âme...

Au fond de la nasse ; le sourire aux lèvres – au milieu des morts et des vivants...

La chair exposée aux dents et aux étoiles...

Sans un cri – sans une larme ; sans la moindre plainte...

Stoïque face à l'impossibilité du miracle – face à l'absence d'issue et de consolation...

Paumes ouvertes...

Et devant soi ; le ciel – la route ; toute l'ivresse du monde...

Étranger – de plus en plus – à ce qui se manifeste ; les yeux posés sur l'invisible ; contemplant le cœur qui joue avec la lumière...

 

 

Le cœur ardent ; jamais épuisé par l'ampleur de la tâche ; prodiguant (sans attente) son Amour ; résistant aux poings brandis – à la cruauté des gestes – à l'indifférence des visages – à l'ignorance des esprits – à la haine qui rôde et s'amplifie – à ceux qui exploitent – à ceux qui s'approprient – à ceux qui blessent et assassinent – à ce monde (assez) désespérant...

 

 

L'âme si près de l'arbre que le sol et le ciel s'inversent ; que le bleu émerge des entrailles ; et que les racines et les étoiles se frôlent – s'emmêlent – entament une danse étrange...

Au cœur ; l'enfance du geste ; et le souvenir (brûlant) de l'origine...

Le corps tremblant face à la force des songes...

Et l'ombre véhiculée par le feu ; en plus des cendres...

Ce qui crépite dans la mémoire...

Une douceur – un parfum ; quelque chose de la joie – de l'inexprimable – que seul peut goûter l'esprit solitaire...

 

 

Comme arraché à l’écœurement ; l'esprit collé au sol et au sang...

Seul ; dans le noir ; immobile...

A la fois mélancolique et lumineux...

A travers cette (indescriptible) perspective...

 

 

Et aujourd'hui encore ; le cœur de l'homme – l'écho du monde – le corps courageux...

Comme un silence ; cette traversée du cri ; à la manière d'une flèche à travers l'espace – décochée depuis le fond de l'âme ; et errant sans but – sans cible – sans destinataire ni destination...

Au milieu du ciel vide ; à l'intention d'un Dieu bien plus qu'hypothétique...

Contre le vent qui a fait fuir tous les visages...

 

 

Dans la pénombre ; la tendresse et le tumulte nécessaire...

Les heures qui s'écoulent ; en dépit de l'immobilité...

Lentement (très lentement) ; le devenir ; le temps d'arriver...

Et cette lumière que l'on guette ; par-dessus – comme une promesse ; un regain du possible ; un peu de poésie ; un peu d'éternité – peut-être...

Le seul Amour ; la seule chose qui (nous) soit favorable...

 

*

 

L'Amour – les étoiles – l'enfance désordonnée...

Et cette échelle posée sur la rosée...

Et ces visages – et ces yeux – voilés de cendres...

Ébahis ; et parfois brisés – par l'âpreté de cette géographie...

Autant de temples que de promesses ; autant de prières que de malédictions...

Et ce sommeil – et cette triste destinée – au ras de l'herbe...

Et la cime des solitudes – si près du ciel et du dernier homme...

Du sable et du vent ; et ce qui peut nous en affranchir...

 

 

Des ondes jusque dans l'échine ; comme une (douce) torture – un piège insidieux...

Avec des cascades de noms ; comme les corps – comme les âmes ; comme le reste ; voués à la chute – à l'effacement et à l'oubli...

Et cette voix suspendue qui n'ose plus même s'aventurer hors du silence...

 

 

Le monde ; comme le lieu de l'impossible rencontre...

Condamné(s) – en somme – à explorer la géographie intérieure de l'espace...

En soi ; la fenêtre et l'autre perspective...

Entre les noms et le misérable (et inégal) partage ; et, au-dedans, l'abandon ; et l'éclat du merveilleux...

En dépit de cet (irrésistible) appel du lointain...

Le ciel dressé contre la peau ; et que l'âme frôle parfois avec impudence – parfois avec délicatesse...

Des cendres et du silence ; dans la voix...

Et cette mémoire défaillante et éparpillée...

En attendant l'aube ; le vent qui se lève...

 

 

Comme une rumeur ; à l'approche de l'hiver...

Le monde – peut-être ; trop abreuvé de soleil...

Et nous ; dans l'enchantement des arbres – du secret – du silence...

Le rire ; et le jeu ; et la danse...

Le cœur joyeux ; et qui se réjouit de cette promesse qui persiste sous l'écume et la neige...

 

*

 

A l'ombre des étoiles...

Sous le masque de la solitude ; cette fraternité étrange – intègre...

Derrière tant de ruines ; et tant de voix par-dessous...

Dans les replis ignorés de ce monde ; l'invisible ; et la possibilité de l'enfantement – du regain – du renouveau...

Et là où l'on s'est (très provisoirement) installé ; les images (toutes les images) humaines déchirées ; et balancés tous les écrans – et anéantis tous les remparts – et supprimées toutes les frontières ; comme, peu à peu, révoquées – renversées – éliminées – les chimères (une bonne part des chimères) de ce monde...

Pour rejoindre – retrouver – la terre trahie – le vivant sauvage ; qui résistent – qui s'enfuient ; qui luttent et cherchent à échapper à l'abjecte domination de l'homme ; et qui rêvent (en secret) à une alternative (à mille alternatives) pour que cessent l'assujettissement et la barbarie...

Dans l'écho (de plus en plus puissant) du reste ; dans la tête ; sans doute la seule résonance essentielle...

Avec ce goût pour l'infini et le silence ; et cet (indestructible) attrait – et cette (inébranlable) sympathie – pour les marges...

Vivre enfin en pouvant s'abandonner à un plus grand que soi ; un pas – déjà – dans la lumière...

 

 

Sans rien compter ; ni l'or – ni les pas – ni les lignes – ni les jours hors du monde...

L'âme joyeuse ; le visage souriant ; le geste poétique...

Une vie comme une incursion dans ce qui succédera au règne de l'homme...

Et la parole pour soi ; tendre et silencieuse...

 

 

Sans rien affronter ; sans rien accueillir ; se laissant porter (et emporter) par le souffle – les forces et les courants ; sans rien désirer – sans même se souvenir (ou si peu)...

Être et s'abandonner ; infime reflet de la lumière et des mouvements...

Dans les bras (immenses – infinis) de la tendresse...

Au cœur du feu – au cœur du monde – au cœur de l'enfance ; dans le grand désordre des choses – dans le tumulte de l'âme...

Prêt à traverser les plus lointaines frontières ; et autorisant le reste à se livrer aux jeux les plus funestes – les plus invraisemblables...

En dépit des tremblements ; en dépit du cœur encore empêtré (parfois) dans la perte et le manque...

Comme une ombre insistante sur le visage...

Nous rapprochant, peu à peu, de cette liberté affranchie de toutes formes d'exigence...

 

 

Très lentement ; le renouveau...

Le grand vide ; et ce qui tourne autour...

Entre la pierre et les nuages ; entre le dernier instant et le temps révolu...

Comme un rire – au-dedans ; une sorte d'écho – une voix inconnue...

Derrière les grilles – pourtant – les mêmes âmes et les mêmes visages – plongés dans des songes identiques...

Et nous ; à travers le temps et les flammes ; au milieu de la lumière – déjà...

 

*

 

Le jour – le mystère ; pas si clairement identifiés ; comme le reste ; aux frontières changeantes – fluctuantes – jamais définitivement établies...

Rien que le jeu et l'audace ; et, parfois, le courage face à l'adversité ; au cœur du tumulte – au milieu des remous...

 

 

Face à cette solitude gravée dans le miroir...

Dans les premiers retranchements de l'homme ; les conditions du questionnement et de la fouille ; avant la nécessaire exploration ; avant le voyage vertigineux...

 

 

Indéfiniment ; le même prolongement – sur cette boucle sans fin ; qui semble disparaître – et réapparaître – épisodiquement...

De l'enfantement au nom ; à travers tous les lieux – tous les états – toutes les couleurs...

De la cage à l'affranchissement ; à travers tant d'épreuves et d'obstacles...

Comme une lente dissolution – un effacement (progressif) des frontières – une porosité des territoires – avant que ne se reforment les barreaux ; avant que ne renaisse cet inexpugnable désir de liberté...

 

 

La parole lancée entre le ciel et le monde ; oscillant, sans cesse, entre le temps et l'éternité...

Soumise au règne du sang et du silence ; et à toutes les couleurs de l'homme...

Au pied des heures tranquilles ; offerte(s) à celui qui s'est assis au milieu des arbres...

 

 

Au-dehors – le corps ; comme un flottement et des manières obscures...

Et tous ces cercles – vides – autour de soi...

Rien que l'écho déclinant des plaintes anciennes sur la pierre grise et nue...

Des choses – des vagues ; quelques bruissements lointains...

Et au-dedans ; ce qui coupe – ce qui arrache – ce qui résonne ; ce qui ne peut être retranché...

 

 

A regarder les jeux et la danse (un peu poussive) des possibles ; le prolongement des mêmes pas – les mêmes rengaines ; le monde tel qu'il va – se répétant sans cesse ; à travers cette surprenante litanie des vivants...

 

*

 

La nuit déposée dans les bras de l'enfance...

Apaisée – à présent – presque rieuse – presque ensoleillée...

Enfin arrimée au bon rivage...

Et le sommeil caressé...

Et l'orgueil pas même révoqué...

Sans résistance – sans rival – sans affrontement...

Le cœur (parfaitement) permissif ; au-delà de toute raison...

Se laissant harceler jusqu'à ce que tout (la moindre chose) se transforme en rencontre...

Et la faim même, peu à peu (et très délicatement), recomposée...

Puis tout réduit à la pierre – au vent – à la rosée ; tout réduit à la même possibilité...

Le feu – la tête et les étoiles ; dans la proximité du plus sensible...

Dans la stricte (et joyeuse) obéissance qui ouvre sur cette grandiose expérience de liberté...

 

 

De la poussière et de la fumée ; dispersées...

Le monde – à présent ; dans un mélange de ciel et d'absence...

 

 

Dans un autre espace – un autre temps ; semble-t-il...

Ce qui paraîtrait enviable ; ce à quoi l'on aspirerait ; plus proche – plus intense – sûrement (et bien plus aisé)...

Alors qu'il suffirait d'un pas de côté ; de se pencher sur l'invisible ; de s'abandonner au silence...

Dans la proximité (perpétuelle) de la source...

Entre les ruines d'hier – le monde d'aujourd'hui – et ce que nous deviendrons ; à l'exacte jonction des temporalités ; là où l'instant rencontre l'éternité...

 

 

Sous l'écume du temps ; cette grisaille persistante...

Des ronds dans l'eau ; l'estomac affamé...

Au cœur de la même fable que les Autres ; que le reste...

Derrière la vitre – en somme...

Quelque part dans l'obscurité...

 

 

Le lieu de la perte – de l'Amour – de l'effacement...

Partout ; sans désir – sans mémoire – sans perspective...

Ici même ; à cet instant ;

A l'envers de toute image ; la fin des ambitions ; les mains qui (enfin) se desserrent ; et l'âme qui découvre cette joie et cette ardeur si anciennes...

 

 

Au seuil de l'arbre ; la terre et le ciel rassemblés...

Seul ; avec le cri des bêtes au fond de la gorge – au fond des yeux – au fond du cœur...

L'âme et le feu ; tissés ensemble ; jusqu'au crépuscule – jusqu'au silence – jusqu'à l'immobilité ; jusqu'à ce que cessent le supplice – la persécution – la cruauté...

 

 

En un éclair ; de l’œil à l'enfance...

Du passé à la suspension du temps...

Du chemin à la disparition...

De l'étoile au geste ; puis, du geste à l'étoile...

En dépit du monde qui tourne (qui semble tourner) ; en dépit des cris des hommes (qui semblent s'agiter)...

Le sentier discret ; autant que les pas ; autant que l'existence...

Sous l'écorce déjà ; l'écho qui a fait exploser le cœur – la chair – l'esprit...

Plus rien d'obscur ; plus ni rêve – ni peine...

Un feu ; de la joie sur les ombres et les cendres dansantes... 

 

L'aurore décapitée ; comme si les rêves l'avaient emporté(e)...

Bien plus qu'un temps de neige ; sous les ombres silencieuses...

Le sommeil effrayant...

Sur ces quelques restes d'enfance ; des massacres – des fêtes – de l'atrocité ; toutes les traces de l'homme...

Et les paupières si lourdes que même l'Amour se sent impuissant...

Immanquablement ; du côté de l'accessible ; et ce mépris pour l'inconnaissable ; et ce déchaînement de violence sur le plus fragile...

Rien que des corps qui (se) roulent dans la poussière ; rien que des âmes recroquevillées – aveugles à l'Autre – au ciel – au silence – au chemin...

 

 

Avant le temps de la lumière et des baisers...

Comme submergé par une force indomptable...

Rien de la lutte ; une sorte d'étonnement...

Et la sensation de vivre dans la proximité (diffuse) du silence et du secret ; dans une forme d'intimité avec le plus sacré ; comme un abandon (joyeux) à ce qui surgit ; qu'importe ce qui nous quitte ; qu'importe ce qui arrive ; la main et le regard tendres et accueillants...

 

 

Au croisement de la brusquerie et du sang...

L'âme réservée – délicate – silencieuse ; en retrait...

Au cœur de cette longue nuit sans répit...

Presque sans clarté ; la lumière (très largement) dissipée...

De l'ombre – de l'écume ; auxquelles se mêlent quelques souvenirs (et un reste d'ambition)...

Et le vent qui vient frapper les murs et les grilles du monde...

Et la pierre usée par tous les pas ; sur ces rives obsolètes...

Et ce ciel sans rumeur au-dessus des têtes...

Comme plongé(s) dans le ventre de l'inhospitalité...

 

 

Sur ce tertre gris caressé par le crépuscule...

L'hiver à son comble...

Le bleu – peu à peu – brûlé par l'absence...

Et ce qui recommence ; avec la route qui se déplie ; avec le monde qui se déploie ; à mesure que les yeux s'ouvrent ; à mesure que la perspective s'élargit...

 

 

Au pays des arbres ; la pierre et le mystère...

Là où naissent le jour et les échos...

Au cœur même de la vie ; au cœur même de l'obscurité...

Ce qui résonne ; ce qui s'amplifie ; comme une lumière ; comme une tendresse – quelque chose de vivant – à la place des rêves...

 

*

 

Le long de l'eau ; humide – dégoulinant...

Dans l'air ; léger et vaporeux...

A suivre ce qui dépasse ; dans l'au-delà...

Et sur terre ; trahissant ; comme une sorte de signature...

Le cœur qui roule ; le cœur déloyal...

Scellé dans la ruse – l'artifice – la félonie...

 

 

Et ce rire – en soi ; en dévisageant les malheurs qui s'avancent...

Et cet attachement au vide et à l'invisible...

Et le piétinement de toutes les idoles...

Et les idées ensevelies ; et le chemin qui se perd...

A vivre loin des hommes ; de leurs peines – de leurs plaintes – de leurs tourments ; la solitude (solidement) arrimée au front et aux poignets...

Affranchi de rien ; et (sans doute) guère éloigné de la mort...

 

 

Dormir encore – sous terre ; après le sommeil des vivants...

Dans les mailles mouvantes (et mystérieuses) de la terre...

Éclairé(s) par l’œil des mythes et du temps ; sous le poids (écrasant) des légendes...

Surnageant (avec peine) dans cet océan de malheurs ; s'essayant aux rites et aux prières ; avant de mourir ; avant de renaître et de revivre – tant de fois encore ; jusqu'à l’affolement ; jusqu'à la folie ; jusqu'à ce que quelque chose cède au fond de l'âme ; jusqu'à ce que quelque chose – en soi – s'abandonne...

 

 

Ce qui peuple le monde ; en secret...

Le miracle gorgé d'ardeur et de lumière ; de mille potentialités...

Le vivant sur la pierre...

Ce qui bruisse – sous le front ; au fond du cœur...

A travers le merveilleux et le plus terrible de ce monde...

Dans la lenteur du geste ; et ce qu'offre la main ; et ce qu'offre l'Autre ; et ce que permet le temps ; et la parole poétique...

A la croisée du regard et du jour ; le mystère (parfaitement) habité...

 

 

En deçà du bruit ; l'impérissable...

Et le souffle qui tremble (comme le geste et la parole)...

Et tant de larmes sur l'inachevé...

Toujours ; le devenir ; et le temps qui file ; et l'instant qui passe ; comme s'évaporant...

Et la chair qui s'épaissit sans même que l'âme puisse s'affiner...

Entre l'origine et l'homme ; là où la blessure réapparaît – s'élargit – se fait plus vive...

A l'exacte intersection entre le silence et le monde – entre le vivant et la beauté ; ce sur quoi nous posons des yeux émerveillés ; ce sur quoi se penchent toutes les âmes ; Dieu ; là où l'éphémère essaie de se faufiler ; dans le plus grand secret ; comme pour goûter – et célébrer – l'infini et l'éternité dans lesquels le corps – le cœur – l'esprit et l'âme sont plongés...

 

*

 

La mort cachée – mystérieuse – des êtres et des choses ; dans une sorte d'abandon ; dans une sorte de vertige...

L'un des rares talisman – sans doute – contre la faim...

Vers le ciel ; tendu(s) ; et la chair éparpillée...

Et étouffant sous le ventre de l'ombre ; ce feu sauvage...

L'épaisseur qui se transforme – et tourbillonne – dans l'espace...

 

 

Entre l'enfance et l'obscurité...

Dos à dos ; le message et l'enfermement...

Au-dedans du même songe...

Sans intermédiaire ; sans le moindre émissaire...

Réduit à être son seul représentant – en somme...

La voix mêlée aux nœuds du sol...

Par tranche de ciel ; la parole – tantôt assombri(e)(s) – tantôt éclairé(e)(s)...

Et ne sachant à peu près rien...

Demeurant immobile ; les doigts crochetés – par peur de tomber dans le gouffre des damnés...

 

 

Le cœur ; une fois encore ; présent par-dessous le vide et les paupières fermées...

Comme replié dans l'invisible ; accolé au ciel et nous escortant jusque dans nos plus lointaines contrées ; et formant une boucle autour de l'oubli...

Quelque chose de l'origine qui semble résister aux circonstances et au temps...

A la manière d'un jardin de pierres et de silence...

Qu'importe alors que la lumière décline ; qu'importe alors que l'enfance s'éloigne...

Le regard posé sur toutes les cachettes et tous les tremblements...

Le signe – sans doute – d'une (très) grande sensibilité au monde ; et à l'infini qui s'y est caché (avec beaucoup de malice)...

 

 

La main et l'âme – la voix et l'encre ; couleur de ciel...

Avec des cris qui roulent sur la page ; et qui rêveraient de se transformer en paroles pour échapper à la rouille – aux cendres – à l'oubli ; de pouvoir escamoter l'ombre (toutes les ombres qui planent au-dessus de toutes les têtes) pour faire goûter aux yeux et aux âmes la joie et l'enfance ; de mêler l'écume de ce monde aux profondeurs et à la lumière...

 

*

 

Sur l'échafaud du monde ; toutes les têtes en rangs – dans le long cortège – (parfaitement) alignées ; alors que la lumière éclaire les absences...

Et rien contre la vie ; et rien contre la mort ; pas le moindre grief – pas le moindre outil – pas le moindre dispositif à leur opposer...

Le même sourire ; comme si, au fond de l'âme, quelque chose savait ; sans même interroger le secret...

A travers la multitude – l'angoisse et l'indifférence ; le plus épouvantable (si souvent)...

Et le vent – implacablement – pour accompagner toutes ces têtes qui attendent de rouler dans la poussière ; tous ces corps bientôt déchus – bientôt défaits ; et, derrière, les mêmes figures impatientes...

Et l'Amour toujours – par-dessous – essayant de sauver l'innocence ; essayant d'atténuer la détresse...

 

 

Front contre front ; les hommes et les bêtes...

Du même côté de la vitre ; sans repère – sans gloire – sans joie ; la figure enfoncée dans les malheurs...

Dans ce manque (évident) de clarté...

Et derrière les apparences ; quelque chose de joyeux et de caché ; et qui se dresse – et que l'on hisse – parfois (très involontairement) après les effondrements...

 

 

Au cœur ; ce qui compte...

Au-delà de ces vieilles frontières érigées par les hommes...

Rien au-dehors ; et ce que le vent emporte ailleurs...

Dans un long frisson ; en silence...

Quelque chose dans l'âme qui sourit...

Et les caresses de l'air sur les lèvres ; offertes...

Et cette sensation vibrante – et grandiose – d'être vivant...

 

 

A genoux ; sous la pluie ; l'âme et la main alignées sur la page ; sous la même étoile que les Autres ; sous la même étoile qu'autrefois...

La chambre posée au milieu des arbres ; avec la lumière par-dessus – offrant son éclat au jour – aux mots qui défilent – aux gestes quotidiens...

 

 

Ni choc – ni soupir ; dans cet éblouissement...

La nécessité (involontaire) du partage ; comme un (irrépressible) débordement...

 

*

 

Comme des traces de craie sur la lumière...

L'ombre du cœur (en partie) fauchée ; comme un peu de magie réfugiée là ; en gardien du secret – peut-être...

Et la danse qui, parfois, se déguise en tourmente...

A voyager (un peu) partout – en laissant, ici et là, quelques souvenirs ; des empreintes fugaces qui disparaîtront avec la première pluie...

(Presque) assuré (et rassuré de savoir) qu'il ne restera, à la fin des jours, que la lumière et le chemin...

 

 

Ce qui émerge de l'étrangeté ; l'inconfort de l'homme ; puis, le plus proche – le plus familier – le merveilleux...

Après la (longue) tyrannie du désir ; l'abandon et l'exploration des contrées inconnues...

Au-delà de l'expérience ; l'apprentissage de l'éblouissement...

 

 

A peine ; le jour – le temps – la lumière des yeux ; ce qui brûle encore dans l'âme ; alors que tout s'éclipse ; alors que tout s'enfuit et disparaît ; alors que tout recommence ailleurs – peut-être...

Si près du silence ; si près du visage – pourtant ; tandis que nous soupirons...

 

 

Les gestes habillés de bleu ; jusqu'à l'essence...

Caressants – vertigineux ; alors que la nuit fait sens dans l'âme (et dans le monde) ; alors que l'hiver élargit son périmètre ; alors que le ciel redéfinit ses contours et que le chemin s'abîme dans le silence...

Sur la pierre ; le désir disparu ; la mémoire déchirée...

Une main sur le cœur ; et l'autre posée sur le sol...

Le soleil ; à travers le sang – qui circule – jusqu'aux tréfonds de la chair – jusqu'aux tréfonds de l'âme...

Comme de l'or qui se propage ; comme de l'or qui se partage...

De l'infini jusque dans les yeux fermés ; et le privilège d’appartenir à ce qui contemple ; et la chance de participer à ce qui se transforme...

 

*

 

Au gré des jours ; des gestes – quelques-uns...

Familiers de la mort ; habités par l'origine – dans l'intimité de la pierre et du vivant...

Hommes d'un autre âge ; d'aucune époque – peut-être ; incroyablement humains – pourtant (bien davantage que les Autres – semble-t-il) ; véritablement humains – sans doute...

Assidus à la tâche ; se consacrant au nécessaire – à l'essentiel ; offrant leurs forces – leur existence leur labeur...

L'esprit lucide et intuitif ; le cœur sensible et généreux...

Loin des cercles surpeuplés ; loin de la grossièreté et de la barbarie...

 

 

Un bout d'aventure ; quelque chose de l'immensité...

Offert(s) à tous les vagabonds – à tous les naufragés ; le visage de l'océan...

Avec les mille reflets de l'infini ; dans les ombres qui passent ; dans l'écume du monde ; dans les yeux qui regardent cette partie infime du réel au cœur de laquelle se trouve (si souvent) coincé – enfermé – l'esprit de l'homme...

 

 

En un éclair ; l'ailleurs qui surgit...

En silence ; le chemin...

Et ce feu ; et ces images – qui aveuglent les âmes affamées...

Et ces cris qui se mêlent aux offrandes ; comme un sacrifice ; malgré le cœur indemne...

Les yeux suppliants ; et qui rêvent de lumière et de gestes à hauteur de ciel...

Comme des millions de visages...

 

 

 

Des millénaires sur la pierre...

Un peu de nuit par-dessus les racines...

Et l'invisible ; et la tendresse – qui affleurent...

Dans cette solitude inachevée ; tous les noms du monde que l'on épelle...

Sans rien entendre ; sans rien écouter...

Un peu de vent ; et ce bleu qui scintille et poudroie ; et qui tombe sur toutes les figures qui attendent l'aube ; sur toutes les âmes qui rêvent d'approcher la lumière...

 

*

 

L'enfance si nocturne de l'homme ; aveuglé – prétentieux – incorrigible...

Et disparaissant comme il est apparu ; sans maturité...

A tourner en rond ; sur ces rives étroites ; l'individu et la civilisation...

Sans tête à tête...

Ne cessant de s'approprier l'espace et le temps ; de décider à la place des Autres ; à la place de Dieu – à la place du vent...

S'imaginant unique – glorieux – grandiose – irremplaçable...

La bouche béante – la main mendiante – pour apaiser la faim du ventre ; la misère de l'esprit...

Le cœur gris ; et l'âme repliée...

Inventant ses propres malheurs et ses propres récompenses...

Comme une pierre vivante qui se prendrait pour le démiurge originel...

 

 

Sous l'imaginaire ; nos constructions...

Nos rêves ; la nuit inventée ; et quelques restes de poésie – ici et là – éparpillés...

L'invisible vivant ; sous tout ce noir...

Pas même étonné par cet amoncellement de couches sombres et tristes ; et pénétrant l'épaisseur à l'instant opportun...

 

 

L’œil dessaisissant ; et se destituant lui-même...

Ni le bleu – ni l'écume ; la terre d'autrefois – le monde d'avant les mythes – d'avant le temps...

Quelque chose du vent et des étoiles...

Du silence et de la lumière...

Lorsque tout était mélangé ; lorsque tout était rassemblé ; enveloppé d'Amour et d'infini...

Lorsque l'âme était désobéissante...

Sous le règne de la nudité et de l'innocence...

Un lieu (une sorte de lieu) ; un espace sans ciel ni chemin...

Les premiers instants du monde...

 

 

Le corps-éclair ; lumineux – foudroyant...

Comme un seul instant sur la pierre...

Et la source dans la semence ; et l'essence dans le geste et la voix ; et le cœur en voyage (sans cesse en partance)...

Le visage de l'aube sur les cimes du monde...

Et le silence qui, soudain, rejoint le présage...

 

*

 

La parole ; étrangement confondue avec le vide ; avec le reste...

Le jour et le monde comme en pointillé...

Et l'esprit (en partie) absorbé...

L'âme poussée jusque dans ses derniers retranchements...

Et la mort qui se perpétue comme si l'on souhaitait supprimer le royaume...

Indéfiniment ; entre l’œil et le secret...

 

 

Le cœur absent – oublieux ; trop malmené – sans doute...

Et le temps qui passe ; dans les poings serrés...

A reculons ; pierre après pierre...

L'homme ; au fond de l'âme – perplexe (assurément)...

Passant de l'écume à la source ; puis inversement ; ne sachant encore mêler l'essence à ce qui danse...

Entre désert et multitude ; le cœur – il est vrai – assez rarement exaucé...

 

*

 

Le ciel – sous ces cils ; l’œil qui cligne ; (forcément) intermittent...

Et sous l'étoile ; le cri que l'on transmue (que l'on parvient, parfois, à transmuer) en parole...

Au ras de l'herbe ; les premières tentatives ; puis, s'élevant (peu à peu) au-dessus de l'écume ; au-dessus de l'épaisseur ; se mêlant aux tremblements et parvenant, de temps à autre, jusqu'à la lumière ; transformant la douleur et la nuit – en quelque sorte ; leur offrant une espèce d'éclat humain...

 

 

Le feu ; la lumière – dans leur quête incertaine...

S'offrant à l'obscur ; réchauffant le cœur ; éclairant le chemin...

Faisant parfois passer l'esprit du gris au bleu ; en quelques pas ; en quelques chants...

Des facettes à la profondeur ; peut-être l'une des plus belles expériences ; comme une perpétuelle invitation au voyage...

 

 

Le bleu ; très haut...

A travers le froissement (quasi imperceptible) des feuilles...

A travers la neige et le silence qui se sont, peu à peu, déposés pour célébrer l'absence...

A travers le sillon creusé par le regard et le feu...

La traversée – l'échappée – l'essentiel du voyage...

Le cœur ravi de jouer avec les ombres et les illusions...

D'un temps à l'autre ; d'un monde à l'autre – les mêmes âmes – les mêmes visages – s'essayant à toutes sortes d'exercices ; creusant la pourriture ; explorant les profondeurs du sommeil et de la mort...

Toujours à la recherche de cette lumière qui leur fait tant défaut...

 

 

Très loin de l'écume et de l'accablement...

La terre et la tête ; assiégées par cette interminable attente...

A hauteur du plus haut désir ; quelque chose de secret – de fragile – de déterminant...

Et devant tant de pertes ; devant tant de possibilités ; l'âme particulièrement tremblante...

 

*

 

Ici – la terre ; et à l'autre extrémité de l'âme – l'oiseau – le ciel et l'oiseau...

Ce que l'invisible ne trahira jamais...

Et entre ; tous les passages possibles ; à l'image de l'arbre...

 

 

Égaré – indécis ; par manque de légèreté...

Sans même s'appartenir – pourtant...

Circulant avec peine – presque aveuglément...

D'une frontière à l'autre ; sans plan précis – sans comprendre – sans même percevoir l'invisible géographie...

Enchaînant les routes ; à la manière d'une triste errance ; vers le naufrage – assurément...

 

 

Sans Autre ; le visage franc ; simple et fragile...

Le cœur sensible à la douleur...

Comme libéré de toutes les frontières ; si poreux au reste que, peu à peu, il disparaît ; comme si tous les territoires avaient été recombinés en espace solitaire – insécable – infrangible – souverain...

 

 

L'existence d'autrefois – survivante et angoissée ; comme arrivée à son terme...

La tête inclinée vers l'étoile...

Au centre du monde de l'homme...

Écartelé(e) – absent(e) – inapproprié(e) – en quelque sorte...

L'âme ignorée ; la vie vraie oubliée ; pas même en rêve ; pas même en songe...

Trop de désirs et de bruit(s)...

Trop d'attente(s) et de larmes...

Trop de visages et de précipitation...

A se balancer entre les Autres et la mort – entre le possible et la promesse...

Et refusant même de s'accompagner dans le malheur...

Rien (presque rien) d'une traversée ; un (très) triste séjour...

 

 

Le cœur – la main – le front – si près du visage et de l'âme de l'Autre...

Jamais oublieux du silence – des tremblements – de la lumière...

Quand bien même marcherait-on à tâtons dans le monde – dans le noir et la peur ; la douleur (désespérément) accrochée à la chair...

 

 

Sous le temps ; déterré comme un trésor – oublié – éparpillé...

Ignoré par tous les naufragés du monde en quête d'une durée – d'un voyage – d'une destination...

Inaptes encore à vivre l'Absolu dans un espace sans repère – sans visage – sans écume – sans remous...

Entre rien et rien ; seul – au milieu de nulle part...

Les mains – le cœur et le regard – vides et ouverts ; comme un immense soleil – brûlant pour lui seul – réchauffant et éclairant malgré lui (sans même l'intention de se célébrer)...

Obéissant aux lois de l'invisible ; soumis à l'ordre (changeant) des choses...

Dans une existence involontairement (presque accidentellement) habitée ; sans le moindre désir – sans le moindre calcul – sans la moindre résolution...

 

 

Comme un basculement du manque vers la plénitude...

Dans une sorte d'étrange (et très provisoire) accomplissement de l'âme et du geste...

Ne refusant ni le drame – ni la cendre – ni les adieux déchirants ; accolés au jour et à la nuit ; se laissant porter par les circonstances ; au gré des vents et des chemins...

 

*

 

Ceux d'avant qui jouissent encore du sommeil ; innombrables – incorrigibles – célébrant, malgré eux, l'absence...

Visages autoritaires ; organisés en colonnes (ou en petits comités)...

Tournant autour de la porte fermée...

Pas même sauvés par la part du cœur (jusque-là) miraculeusement épargnée...

Encore trop peu intéressés (sans doute) par la lumière...

 

 

Des mots clairs (à l'apparence – il est vrai – parfois abstruse) ; en terre si peu conquise...

Trop proches du miroir – peut-être ; trop proches du miroir – sans doute...

Le cœur à découvert...

Se heurtant à la frilosité des âmes et aux impératifs du spectacle...

Paroles sans âge où il n'est question que de silence – d'infini – d'éternité ; offertes à ce monde infime – bruyant – éphémère...

De la beauté et de l'intelligence jetées à la bêtise et à la cécité...

Les oreilles trop basses...

Et le regard droit et honnête face à ceux qui ne jurent que par les jeux – les paris et les dés qu'on lance pour décider des destins...

 

 

La lumière ; encore – au-delà des couleurs et de la joie ; au-delà du voyage et des chemins...

Comme une flèche plantée au milieu du front ; sans détour – sans remords – sans tremblement...

Et ce reste de sable – de cendres et d'errance...

Comme une lente dérive vers le vide...

Au lieu du monde ; au lieu de l'absence...

 

 

La couleur cachée du dedans...

A la fois perte et scintillement...

L'effacement de l'Autre – de soi – du monde...

A chaque instant ; l'équilibre (fort précaire) entre le mouvement et l'immobilité...

Prisonnier(s) de l'enchevêtrement ; puis, s'affranchissant (apprenant à s'affranchir), peu à peu, des mailles...

Juste au-dessus du labyrinthe et des illusions...

Entre les décombres et la sente...

A travers la nuit et le sang ; vers la neige – la lumière – la transparence...

Loin de la débâcle ; comme un plongeon...

 

 

Les yeux à naître...

Sur le monde et le poème...

Dans l'équilibre de la chair et du mot...

A rêver moins ; à être davantage...

Loin des murs ; à travers l'invisible et le sang...

Et l'espace au lieu du chemin...

Et la tendresse au lieu du désir...

Quelque chose qui nous emportera...

 

 

A l'heure où s'achèvera la route...

Sous le feuillage des grands arbres...

Près de l'herbe et de l'oiseau...

Aux fenêtres de l'homme ; le monde lointain...

Et ce retournement du sommeil...

Juste au-dessus des larmes – des illusions – du soleil...

 

 

Le front creusé par la lumière...

Sans la fatigue – sans le naufrage...

Encore la soif ; plutôt que l'abîme ; plutôt que l'épaisseur...

 

10 octobre 2023

Carnet n°299 Au jour le jour

Septembre 2023

L'écart et le désir du monde...

Et ce chemin ; et cette voix – qui nous empruntent ; et l'impossibilité du retour ; et l'impossibilité de l'autrement...

Vers le nord ; le grand large – peut-être...

Hors de l'histoire qui se déroule...

Entre la feuille et l'arbre ; entre le feutre et la pierre ; les pas – les lignes ; et tout ce qui nous précède ; et tout ce que l'on ne voit pas...

La tristesse – les mille désastres ; ce qui crève ; et l'impuissance de nos larmes par-dessus...

Et le bleu encore ; et le bleu toujours ; ce à quoi l'on aspire – invariablement (que l'on soit ou non affranchi des volontés personnelles)...

Ce qui cherche à s'atteindre ; à se retrouver ; dans l'effacement des frontières ; dans l’effacement de la distinction ; à travers le trésor mille fois entrevu ; déjà – au fond de l'âme...

Avec rien derrière ; et l'inconnu devant soi...

 

 

Nous éloignant de toutes les absences...

Qu'importe l'éternité et l'existence des Autres...

Qu'importe les promesses du réseau...

Inévitablement ; nous laissant congédier...

Nous détournant de ce qui (nous) détourne...

Vers l'exil des pas – des murs – des solitudes...

Dans l'intimité de ce qui nous ébranle ; de ce qui nous explore ; de ce qui nous fait exploser ; de ce qui nous fait disparaître...

Avec, à nos pieds, ces éclats de miroir et d'identité...

Et sans moquerie – sans épaisseur – sans surprise – ce sourire face au vide rétabli...

Comme une trouée de lumière dans la brume édifiée [et que le monde solidifie ; et dont chaque geste (humain) renforce la consistance]...

Une terre – une matière ; et de l'ineffable ; à la découpe ; liquidés à bas prix pour la gloire de quelques-uns ; au profit de personne...

Et en attendant la fin – l'inévitable déclin – l'ultime danse des choses – peut-être – ce que l'on aperçoit aujourd'hui ; les derniers tours du monde et du temps avant la grande braderie (qui a déjà commencé) ; avant la grande liquidation – la grande métamorphose qui s'annonce...

 

*

 

A pieds joints sur l'évidence...

Le sans nom ; déjà là ; et qui s'enfonce (encore) plus profondément...

A la manière d'un royaume sous la neige du monde ; et sous les confettis colorés des hommes...

Sans rien saisir des lois ; et de la lumière...

Sans rien savoir (sans rien même deviner) de notre (véritable) visage...

Au service – seulement – de ce qui est là ; de ce que l'on porte ; de ce qui nous habite ; sans même nous en douter...

 

 

Le jour précipité ; au cœur de l'infime...

Comme des vibrations ; un rythme – une cadence ; une ouverture – une perspective – peut-être...

A flux tendu ; à travers les failles et les interstices ; à travers toutes les faiblesses...

On devine ; on ne sait pas ; on n'en sait rien ; qui pourrait donc voir (et décrypter) l'invisible ; à qui pourrait être donné ce privilège...

 

 

L'aube et le crépuscule ; d'un même élan ; dans le même tournis...

Quelque chose de l'immobilité dans le mouvement ; et l'inverse aussi (évidemment)...

Presque imperceptible tant que rien n'a fait silence ; au-dedans...

 

 

Le cœur affaibli ; comme épinglé par ceux qui rêvent d'habiter la lune et de collectionner les étoiles...

Percé de toutes parts ; criblé de flèches enflammées...

En dépit de ceux qui dansent (qui continuent de danser) – les chaînes aux pieds – autour du feu – pour célébrer la vie et l'univers...

Et lentement – l'entièreté de la surface que l'on recouvre de laideur et d'infamie...

Avec des histoires plein les yeux ; et que les lèvres se mettent à raconter...

Avec en guise de médaille ; en guise de tatouage ; les épreuves du monde qui marquent la chair et les esprits...

Soulignant cette arrogance (naturelle) de l'homme (nourrie par sa longue lutte pour la survie et la domination) qui s'imagine libre et brave alors que son cœur et sa langue – que ses mains et ses pieds – sont mus par l'invisible au gré des rencontres entre la lumière et l'obscurité ; sans savoir que tous les fils sont emmêlés à ceux de la danse – à ceux de la trame ; à ceux de la nasse ; et que nul ne peut s'en extraire ; et que nul ne peut y échapper...

Indistinctement ; l'espace et les créatures terrestres ; et tous les yeux prisonniers du même angle mort...

 

*

 

A travers les fureurs et les hécatombes ; les bras soulevés par la peur...

Les reins surchargés ; sur lesquels on entasse tous les objets du monde...

Et ça avance – cahin-caha – au milieu des champs de bataille – manquant de se disloquer – à chaque pas ; et de faire tomber le lourd chargement...

Sans explication ; parmi le long défilé des têtes qui passent ; qui émergent puis qui tombent et disparaissent...

Sur le territoire oublié où le temps file et appelle la mort...

Et la faim crispée dans le sang qui pousse au crime et réduit l'âme à une sorte de bête fauve (et furieuse) qui tente de briser (en vain) les barreaux de sa cage...

 

 

L'air irrespirable du monde...

Vidant le ciel de son essence ; de sa lumière...

Des choses pâles ; des âmes exsangues...

Et le rouge qui nourrit (qui continue de nourrir) la terre ; et le noir que déversent (que continuent de déverser) les cœurs...

Une longue suite de peurs ; puis, des pierres tombales alignées...

Ce qui ressemble à notre histoire ; trait pour trait – notre visage ; notre destin...

Le bleu si lointain ; et même plus de larmes pour pleurer...

 

 

Quelque chose que l'on attend ; et qui tarde ; déjà là – pourtant ; si imperceptible par le cœur (et les yeux) des vivants...

Comme une lumière liée à notre manière de vivre – de respirer – d'entrer en relation avec le reste...

Parfois lueur – parfois étincelle – candélabre (plus rarement) dans la nuit (continue) du monde et de l'âme...

Ce qui se voit – ce que certains voient – comme un nez au milieu de la figure...

 

 

Là où l'autorité s'éclipse ; la joie comme un feu qui crépite...

Les lois arrachées à mains nues ; sur la demande du plus insistant...

Comme une évidence ; l'espace à partager ; les frontières piétinées par la danse...

Relié(s) ; sans autre obstacle – sans autre muraille – que ses (propres) absences...

 

 

Le feutre qui glisse ; le feutre qui danse...

Entre la joie et l'effacement ; sur le désespoir et l'attente ; sans rien espérer ni du monde – ni de ceux qui serrent les dents (ou les poings au fond de leurs poches)...

Apôtre de l'impossible et de l'insolence...

A l'intention de ceux qui parcourent (et cartographient) le réel et l'existence en s'abandonnant à ce qui les excite – à ce qui les éclaire – à ce qui les enflamme...

Funambule sans miroir ; au milieu du vide ; au milieu des vents ; au milieu des siens ; seul – sans personne (évidemment)...

 

 

L'errance encore ; dans ce repli du ciel descendu...

A la lumière des étoiles ; et en silence...

Les mains tendues ; sans impatience...

L'être ; en dehors des rails...

Au grand dam des chiffres (et des statisticiens) ; au grand dam de ceux qui assassinent l'aventure...

Gravé sur la plaque ; le sans nom...

Sous le règne de l'invisible qui se gausse ; et qui s'en fout ; quand bien même remuerait-on la terre et le ciel pour le découvrir ; et vivre dans son intimité...

Pas plus que de la neige qui brille – et qui fond – sous le soleil...

Dans les pas de l'éphémère ; le socle du monde balancé derrière soi...

Et, au loin, ce qui frappe ; ce qui assomme ; la catastrophe à laquelle on échappe...

 

*

 

Dans la lumière ; l'équilibre des ombres ; le fil du temps cassé net ; et les pas qui cherchent l'espace ; ce qu'il reste lorsque tout fusionne ; lorsque tout s'efface...

Le cycle du feu ; puis le vent qui éparpille les cendres ; puis l'eau qui réapparaît ; et dans laquelle naîtra le nouveau monde qui enfantera les générations nouvelles qui s'élanceront avec une énergie vierge (et incandescente)...

Jusqu'à la fin des temps ; et cet intervalle de vide nécessaire pour que tout puisse recommencer d'une autre manière...

Dans cette perpétuelle respiration ; les existences – toutes les existences ; entrevoyant à travers le souffle – chaque instant – l'implacable déroulement de l'histoire – le cours inéluctable des choses ; de vie en vie – de monde en monde – sans que rien ne puisse s'y opposer...

 

 

En aveugle esseulé ; l'irréfutable...

Parmi nous ; le souffle creusé par l'angoisse...

Le cœur en détresse ; comme une absence...

Entouré(s) de murs infranchissables ; à la manière d'une citadelle...

Et nous ; sans perspective obsidionale...

L'essence du monde ; et l'écume tragique bien en peine d'échapper à son destin...

Voué au miroir et au manque ; et à découvrir – ici et là (presque par hasard) quelques éclats de vérité – sans jamais pouvoir réunir toutes les pièces du puzzle...

La risée des Dieux – peut-être ; la risée des Dieux – sans doute ; sur ces rives où la nuit s'est installée...

 

 

Le cœur (vaguement) nimbé de bleu...

La matière – l'épaisseur ; et la lumière en filigrane...

Des ombres clouées au rêve ; et vouées à la possibilité céleste – seulement...

L'ignorance et la barbarie ; à l'intérieur ; projetées sur le monde ; à la manière d'une exhibition – d'un spectacle ; comme un grand cirque ; une foire d'empoigne...

Suivi(s) (presque) aussitôt par les blessures – la douleur – les peines et les pleurs ; jusqu'à l'autre extrémité de l'âme et de la terre...

L'enfance chahutée ; et, peu à peu, désinvestie ; et dans les têtes – plus qu'un rêve d'innocence ; de plus en plus lointain ; de plus en plus abstrait ; un éden disparu – en quelque sorte – devenu introuvable ici-bas – inaccessible aux cœurs tels qu'ils sont devenus...

Et le monde allant vers les os et les fantômes ; à travers le chant et la fatigue des hommes et des bêtes...

La vie éprouvée ; un peu de sable – un peu de sang – un semblant d'existence ; un peu d'éternité...

La ronde funeste des cœurs qui tournent – dans tous les sens – autour de l'abîme et du bleu...

 

*

 

L'espace redessiné par l'esprit...

De plus en plus vide ; comme le monde – l'invisible ; et que le regard continue de creuser...

Comme une présence qui s'ouvre...

Avec, chaque jour, un peu plus de rien (qui éclipse tous les précédents – et qui continue leur œuvre néanmoins) ; jusqu'au règne (absolu) de la lumière...

 

 

Un peu de bleu sur l'écume (sur l'écume blanche) qui feint (qui a toujours feint) l'allégresse et la liberté ; et qui a toujours confondu l'exubérance de la séparation avec l'ivresse de l'essence et la dissolution des contours ; et à laquelle il faudrait offrir un cœur et des yeux (ouverts) pour commencer à voir – à sentir et à comprendre (un peu)...

 

 

Des hurlements ; en face...

Des larmes dans le silence...

Ce qui se tient là ; en déséquilibre (d'une manière affreusement asymétrique)...

Ni jour – ni visage ; l'ombre tremblante de l'enfance...

 

 

Les lèvres trempées dans les hautes eaux de la terre ; miroir des Dieux...

Et le plus funeste à venir...

Dans la perspective de l'horizon naufragé...

Du sable et de la nuit ; sans un seul oiseau de passage ; sans une seule bête rescapée...

Aveuglément ; plongé(s) dans la vitesse et le progrès ; de manière si profonde – si abrupte – si violente – que tout s'inverse – que tout s'empale dans la chair – que tout se transforme en image – en abstraction – que l'esprit déroule (à sa guise) dans la durée...

Existences et pensées vides où ne se reflète – en creux – que le visage livide (et fantomatique) de nos inventions...

La terre saccagée ; négligée – oubliée ; comme tous ceux qui l'ont, un jour, habitée...

Vivant – survivant (à peine) – et mourant – en écrasant le peu qui reste ; sans jamais avoir vu (ni même imaginé) le déploiement (magistral) du bleu...

Seulement une (affreuse) couronne de papier sur toutes ces têtes têtues qui se pavanent dans la plus parfaite indifférence au reste ; sans un seul regard (sans la moindre attention) – ni pour le sol – ni pour le ciel...

L'invention de l'enfer dans lequel nous vivons...

 

 

Tant de pierres portées par les bêtes...

Et tant de têtes tombées par l'épée...

Des éboulis et des amas de chair ; l'empire de l'homme ; sans conteste – le royaume du pire...

L'ivresse de la main agentive – du désir qui se projette – du pouvoir qui s'incarne – élargissant la plaie – aggravant la douleur – intensifiant les cris – déployant sur la terre entière le mythe de la civilisation qui feint d'ignorer son absurdité et sa barbarie...

L'affirmation de soi et la soif de puissance ; et cette (absolue) tyrannie de l'extension – dans la tête de tous les conquérants (petits et grands – illustres et anonymes) ; et l'origine du mal dans le cœur des Autres – de ceux qui nous font face – de ceux qui ne nous ressemblent pas ; et que notre ardeur – et notre influence – altèrent – éradiquent – anéantissent ; fort heureusement...

Comme plongé(s) dans cette longue nuit qui jamais ne verra l'aurore ; des esprits et des âmes piégés dans l'épaisseur et l'opacité...

 

 

Et le geste ; et le cœur – qui creusent l'âme – l'Autre – le monde – la matière et l'esprit ; toutes les géographies – le visible et l'invisible – le grossier et l'indicible – le mouvement et l'immobilité ; jusqu'à l'effacement ; jusqu'au plus rien ; jusqu'au vide ; jusqu'au (juste) retour de l'infini qui pourra (enfin) reprendre sa place (et son rôle) ; jusqu'au parfait déploiement de l'espace ; jusqu'au complet rétablissement de l'intelligence et de la sensibilité ; jusqu'à ce qu'il n'y ait plus personne (ni visage – ni voix) pour inventer des mythes – raconter des histoires – s'approprier le monde...

 

*

 

La compréhension pâle et plate ; comme le corps ; comme le monde ; parfaitement ternes – éteints – bidimensionnels...

Et le regard qui leur offre leur relief – leur couleur – leur éclat...

Un peu de lumière sur les paysages que nous sommes tous (au fond)...

 

 

Saurait-on dire ce qu'est le silence ; ce qu'est le regard ; et ce qu'ils procurent ; et ce qu'ils soustraient ;

Et comment décrire les visages et le temps – l'Autre – le monde et l'Absolu ; ce que nous traversons ; ce qui nous échoit ; ce que nous sommes...

Dans le désordre et la confusion ; des fragments de ce que l'on perçoit ; à l'image du cœur versatile et de la main qui se pose devant elle ; et qui sentent que quelque chose existe – un monde, peut-être, au-dehors et en soi (qu'il nous appartient de découvrir) ; et qui apprennent peu à peu (au fil des expériences – à mesure que la sensibilité s'aiguise) à faire disparaître la frontière qui semble les séparer...

 

 

La voix – de plus en plus – basse ; la bouche – de plus en plus – taiseuse...

Le corps – comme l'âme – de plus en plus immobile...

Et le monde – de plus en plus – transparent...

Quoi d'autre que l'espace ; que le vide – que le centre – que la tendresse et la lumière – que nous avons déjà atteints ; sans rien faire – sans même bouger...

 

 

Grassement offerts ; le destin et le dénuement...

Et l'intervalle sans possession – sous le règne tantôt du cœur – tantôt du sommeil...

Et le parfum (enivrant) de la chair vouée à la putréfaction...

Dans cette lumière qui caresse le visage ; et qui éclaire l'âme – quelques fois...

La solitude constellée de petits riens...

Dérisoire et vertigineux ; le poids de l'existence...

 

 

Dans la démesure du temps ; le royaume du sang et l'énigme de ce qui se joue...

La folie monstrueuse ; à la fois chimère et malédiction...

Face aux déconvenues et à la férocité...

Rien qui n'incite à la tendresse ; à répliquer plutôt – comme sur la scène d'un théâtre d'ombres...

Des surprises et des retournements jusqu'au dénouement de la pièce – jusqu'à la fin du spectacle...

Et l'âme triste et sans souffle ; à la fin [après que le (grand) régisseur a baissé le rideau]...

Avec le ciel comme seul spectateur ; et son silence comme seuls applaudissements...

 

 

La buée de l'Autre ; sa parole – comme une brume intraduisible...

Comme une plongée dans les eaux (assez troubles) du monde...

Les mâchoires serrées pour conserver intact le cri ; cette rage qui fait loi chez les hommes (et, plus encore, chez les assassins)...

Sans même que soit posée la question du vide – du monde – de l'altérité...

Mâchant – et remâchant – (de manière mécanique) cette chair inerte et odorante pendant que les jours (et les saisons) passent ; (assez) inutilement (à vrai dire) ; avec cet affreux rictus – cette sorte de grimace résignée – qui déforme les lèvres épaisses – ignares et grasses...

 

*

 

« Entre » ; porteur, peut-être, de toutes les vérité du monde ; le plus essentiel (sans doute) de cette expérience terrestre...

 

 

A même le ciel ; l'existence installée...

A chercher le jour et la lumière ; déjà présents...

A chercher la tendresse au-dehors alors qu'elle a été assez maladroitement* enfouie au fond de l'âme par des mains malicieuses...

* à dessein – évidemment...

Trop enfoncé(e)(s) dans la matière – peut-être – pour comprendre (et réaliser)...

De la fumée ; un passe-temps ; tous ces gestes sans autre utilité que celle d'emprunter des routes propédeutiques – d'initier un parcours préalable qui, un jour – au détour d'un chemin, pointera vers le centre – à l'intérieur ; ainsi commencera le (véritable) voyage qui nous mènera – après une marche plus ou moins longue* – jusqu'au royaume...

* au cours de laquelle il faudra se débarrasser de tout superflu...

 

 

Sans solution ; le corps – l'esprit...

La matière épuisée ; l'invisible négligé...

Qu'importe notre manière de faire face à l'usure et au merveilleux...

Le sentiment (incurable) du sacrifice ; et des limites trop fréquemment ressenties...

En ce monde ; ces rives et, parfois, cette innocence trop intensément investi(e)(s)...

Comme relégué(s) (en dépit de tous nos efforts) à la périphérie de tous les centres...

L'haleine et le geste (vaguement) saupoudrés d'un peu de lumière...

Le regard (infiniment) triste – dans ce jardin aux allures si terrestres – sur ces destins si provisoires...

 

 

Ressuscitée – sous les paupières – la clarté...

Hors du cercle des songes et des (communes) divagations...

Assez égaré (en vérité) ; sans repère précis ; et, de manière (très) concrète, tournant en rond...

Avec sur les lèvres – le givre des visages ; et les pas englués dans l'épaisseur et le froid ; en plein hiver...

Enfoncé(s) dans la neige – jusqu'au cou ; jusqu'à hauteur d'âme ; au milieu des Autres qui sourient (un peu bêtement ou, parfois, un peu béatement) en s'imaginant vivre sous une bonne étoile ; heureux du minuscule carré de ciel au-dessus de leur tête qu'ils s'obstinent, chaque jour, à repeindre aux couleurs (changeantes) de l'espérance...

 

 

Rien jamais d'offert ; sans la nécessité de se dessaisir – de se débarrasser des scories du cœur – de l'esprit – de la chair – des amas superflus qui encombrent (et étouffent) leur support...

Créatures (pauvres créatures) du monde aux yeux (parfois) sages – aux yeux (parfois) fous – remplissant la blessure de leurs jeux et de leur substance – se livrant à mille rituels – obéissant à mille croyances – à seule fin (s'imaginent-elles) de réduire la distance avec le ciel – avec Dieu ou la providence...

En plein rêve ; en plein sommeil ; et le destin déjà qui s'achève ; et l'âme, au dernier souffle, (passablement) mélancolique...

 

*

 

En pointillé – le voyage...

(Presque) sans jamais croire celui qui parle depuis le dehors...

Sous la lumière blafarde de ce qu'il a appris ; et de ce que l'on enseigne – sans (véritable) expérience du propos...

Trop extérieur – trop à côté – en quelque sorte ; la parole si peu juste ; l'âme si peu engagée ; alors que les circonstances du monde sont si éloquentes...

Le regard des cœurs taiseux ; et le rayonnement des objets ; et ce que dessinent les ombres...

Sans s'encombrer des jeux de ceux qu'ignore l'esprit...

Rien ni personne (bien sûr) ; et le besoin pourtant si farouche (si impératif) de découvrir son identité (véritable) ; et la lignée – la longue lignée ; et la famille (la grande famille) – auxquelles on appartient...

 

 

Des cris ; des effacements ; face au miroir...

Quelque chose qui jaillit ; et quelque chose qui disparaît ; par bribes...

La silhouette de l'âme dont les contours, peu à peu, apparaissent – se dessinent – s'étoffent ; le dedans en creux – en quelque sorte ; dans les interstices laissés par le monde...

 

 

(Pauvres) pénitents peinant sur la pierre ; gravitant autour de la même croix – accablés par le poids du péché ; agitant à tout va leur crécelle ou leur crucifix...

S'enfonçant dans le sillon de la souffrance creusé par leurs (illustres) aînés ; infatigables apôtres de la pauvreté et de la mortification ; chantres du paradis et du pardon tentant de convertir le monde et leur prochain – d'affermir leur foi et de faire advenir ici-bas les lois du ciel à seule fin d'échapper au châtiment divin...

 

 

Sans Graal – sans épopée – sans disciple (sans même le moindre compagnonnage)...

Seul avec le plus secret ; et le plus corrosif ; la connaissance tapie au fond de l'âme...

Face au ciel – face à ce qui se tient devant soi ; les yeux baissés ; la présence (si intensément) rayonnante quelque part dans ses tréfonds (et qui, parfois, irradie jusqu'au-dehors)...

Le visage tourné tantôt vers l'Autre – tantôt vers l'abîme ; dont les frontières, si souvent, se confondent...

Sous le ruissellement continuel de la source qui parvient (un peu) à adoucir l'existence de ceux qui sont condamnés à vivre (et à s'épanouir) au milieu des ombres – au milieu des rebuts – au milieu des pièges et des plaies à vif...

La bouche muette (toujours muette) ; de trop de douleurs ; et sans mot dire face à l'immensité et à l'ordre (assez convainquant) de ce monde...

Se découvrant là ; étrangement au cœur de toutes ces peines et de toutes ces étreintes...

Toutes les créatures – au même titre que Dieu ; de part et d'autre ; (à peu près) partout pour ainsi dire ; les uns bruyants et (Ô combien) saisissables et l'Autre demeurant invisible et silencieux au milieu de tous ceux qui crient (ou dénoncent) son absence*...

* son indifférence ou ses carences...

 

 

Un suaire (un peu suranné) sur toutes les lois et toutes les théories...

L'esprit et la tendresse plutôt que le mythe et l'hécatombe...

L'abandon plutôt que l'assouvissement du désir (et ses innombrables prolongements)...

Laissant l'Autre – l'homme – le monde – sillonner l'écume de long en large ; tourner en rond sans percevoir ni le ciel – ni la direction...

Au cœur du vide – de l'essentiel – déjà ; auprès des âmes et des choses ; aux confins du visible et de l'ineffable...

 

*

 

A chaque instant ; quelque chose de traversé...

Comme une flèche ; la pointe de l'esprit...

Le monde comme il va ; la vie comme elle vient...

Entre le silence et l'intensité...

Un feu et des étincelles nés des cendres de l'instant précédent...

La silhouette qui disparaît, peu à peu, dans les paysages ; après la dissolution du visage et du nom...

 

 

Le geste aussi blanc que la feuille...

Porteurs d'un peu de silence ; d'un peu de lumière – parfois...

Ce qui s'offre ; le cœur naturel et l'esprit poétique ; cette manière (si singulière) d'être au monde...

L’œil ouvert ; et l'âme obéissante et sans sommeil...

Invariablement penché sur l'ouvrage du jour...

 

 

Corollaire du dehors ; la multitude agitée...

Comme contaminée par l'inquiétude du monde et son désir (singulier) d'aventure ; et niant (presque toujours) l'effroi et la frénésie – l'ignorance et la blessure...

A coups de têtes et de répliques (seulement)...

Un peu de soleil ; et qu'importe le proche ; et qu'importe le merveilleux ; tant que persistera dans l'esprit la possibilité de l'après ; la possibilité de l'ailleurs – toutes les conjugaisons (imaginables) d'un autrement...

 

 

Le souffle dissipé ; le souffle réincarné...

Célébrant le ciel et le secret ; la lumière et ce qui se cache (à dessein – bien sûr)...

Ni totalement satisfait(s) ; ni totalement accablé(s)...

Comme écartelé(s) entre l'ordre (la surface) et la profondeur – le fantasque...

Voué(s) – en quelque sorte – à recommencer (inlassablement) sans (réellement) comprendre l'esprit – les lieux et la récurrence...

Abandonnant leur cœur à des bras trop étroits ; ballotté(s) entre l'espace (ses possibilités) – les promesses de ce monde et l'envergure (très limitée) de l'homme...

 

 

Fuyant le nombre et l'histoire...

L'âme attelée aux vents ; se laissant mener vers l'inconnu ; l'impensé ; l'improbable ; le point de non-retour...

Sans défi – sans enjeu ; sans rien gager de soi ; sans engager le monde...

Désertant l'épaisseur et la gravité...

Se plaisant à goûter le bleu dissimulé au cœur des visages et des choses...

Laissant la place à l'errance ; s'abandonnant aux forces invisibles ; malgré notre (inconditionnel) penchant pour l'immobilité sage...

Disposé à l'effacement et au règne de la plus grande subjectivité ; qu'importe ce qui nous fait face ; qu'importe les moqueries – les grimaces et les sourires en coin...

 

 

S'agitant dans leur gangue étroite ; essayant même de danser ou (pire) de s'échapper (à la moindre occasion) ; comme si la liberté consistait à s'extraire (ou à oublier) ; alors qu'elle trouve les sages parfaitement tranquilles – immergés et consentants...

 

*

 

Véritablement ; l'être...

Le blanc effacé pour laisser place à la couleur...

Le monde trop pâle (enfin) éclairé par la lumière...

Sans rien définir ; sans rien délimiter...

Dans le désordre – l'abondance et le foisonnement (qui dissimulent – presque parfaitement – le vide)...

Le fond de l'indistinction par-dessous ce qui crépite et circule ; à travers la danse des éléments...

Le dehors qui tourne autour du dedans ; là où se tient l’œil-maître du mouvement...

 

 

Le monde ; rien – comme volatilisé...

Emporté par les veines ; avec le sang...

Circulant dans le vivre et le vivant...

Traces de poussière (fugaces) jusqu'au dernier souffle ; et après aussi (bien sûr)...

Des corps – des yeux – des âmes ; le visible et l'invisible aspirés et recrachés par le regard ; comme tous les paysages du monde...

La vie qui vient ; la vie qui va ; et tout qui s'arrête ; et tout qui reprend ; et tout qui recommence et continue...

 

 

Envoûté par le réel ; ses profondeurs – ses replis et ses recoins...

Les rails pulvérisés; et jetés contre les fantômes...

En roue libre (à présent) ; en mesure (enfin) d'échapper au monde – aux hommes – aux lois...

Seul ; et sans autre recours que soi (et ce qui est porté au-dedans)...

Allant au-delà des horizons où s'entassent les carcasses ; où s'arrêtent les yeux...

Les vertèbres (parfaitement) alignées sur les étoiles et les pierres du chemin...

Se laissant aller à la dérive entre les bords (inimaginables) de l'immensité...

S'abandonnant à la surprise et à l'émerveillement...

La chair (peu à peu) limée par l'imprévu...

L'âme aguerrie et sensible ; vers le centre et l'essentiel – assurément...

 

 

Et, de plus en plus, cette folle envie de fête silencieuse qui nécessiterait de vivre au-delà du périmètre ; de renverser les tables et les cartes du territoire ; de faire sauter les postures et les points cardinaux ; de faire table rase – en quelque sorte – afin de s'aboucher avec toutes les âmes dénuées de parole [mais pourvues de langage – (encore) incompréhensible par les hommes]...

Le pied (et le poids – un peu lourd – du secret) posé(s) sur toutes les têtes prétentieuses qui continuent à dénier l'Autre (le grand Autre) dans son existence et ses droits ; et dont elles sont (pourtant) le prolongement ; et sans lequel elles ne pourraient vivre...

Bien décidé – à mesure de l'éloignement – à mesure du grand bouleversement – d'envoyer valser les plaintes et les (absurdes) (r)appels à la raison ; pas dupe du grand manège ; pas berné par les ruses et les subterfuges...

Heureux dans la compagnie des humbles – au milieu des rebuts et des sans-voix ; le cœur sensible à leurs vibrations ; sans aucun souci des doigts pointés et du qu'en-dira-t-on...

 

 

Méthodiquement ; la danse ; (presque) le tournis...

Dans la résonance des pierres ; le sel de l'âme...

La marche qui octroie et soustrait ; sous des yeux moqueurs et incrédules ; les (incessantes) transformations de la perspective...

 

*

 

Le cœur et les yeux clos et infirmes ; comme estropiés par la proximité des hommes – du monde...

Par toutes ces ombres envahissantes – qui avancent (toujours) en nombre ; à la manière d'une armée immense ; face à la lumière ; face à l'innocence ; face à ce qui pourrait les détourner de leur tâche ; face à toutes les autres possibilités...

Tout ; happé(s) par le plus commun ; ce que l'on aimerait dire ; et l'interrogation des âmes...

Qu'importe que la parole soit née du silence ; et qu'elle puisse (parfois) se transformer en chant (presque) sacré...

Avec (bien sûr) quelque chose d'immobile dans ce qui résonne ; et quelque chose de l'immensité dans le plus infime...

Ignorant qu'à terme, la multitude sera réduite au seul [sans compter l'incommunicabilité et la solitude de toutes les créatures – de tous les (bons petits) soldats]...

Et ce goût – inaltérable – pour le silence et la tendresse – pour la subjectivité (naturelle) – qui nous sauvera (un jour) de cette triste (et misérable) uniformité...

 

 

Le cœur malmené par cette permanente façon d'invoquer le monde ; de le convoquer à tout propos ; à tout bout de champ...

L'air qui vibre – à travers le jour – soudain vicié par cette référence ; par cette intrusion...

Et les âmes chargées de peines et de paroles ; blessées – défaites – silencieuses – jusqu'à leur dernier souffle...

Contraint(e)(s) de traverser (avant la mort) ce lieu où l'on perd pied ; ce lieu où l'on défaille ; tremblant(e)(s) [tout(e)(s) tremblant(e)(s)] devant ce qui nous quitte ; devant ce qui se présente...

 

 

La danse féroce des créatures animées par la peur et la faim ; et troublée(s) (de temps à autre) par quelques éclairs d'intelligence...

Comme des trouées de lumière dans l'épaisseur sombre et opaque...

Un (minuscule) pas de côté ; les linéaments d'une dérive – peut-être...

A prédire (avec tant de facilité) le sort du monde (inéluctablement) voué à la récurrence des cycles ; aux catastrophes et aux hécatombes ; à moins d'un grand bouleversement que l'histoire opère déjà...

Avec des tremblements sur la pierre et des yeux hagards ; et des âmes perdues...

A travers ce basculement ; emportés (inévitablement) vers l'en-bas ; sans que rien (ni personne) ne puisse s'y opposer...

 

 

Comme un chant silencieux au fond du crâne...

Reflet impartageable du vide et de la liberté ; laissant l'écho se répercuter en contrebas – contre les grilles grises de notre cachot (commun)...

Une existence sans rituel – sans prière – sans sortilège ; aussi naturelle que possible ; l'individualité sur le point de se dissoudre – de s'effacer ; et de s'offrir au reste – à travers un détachement du corps et de l'âme qui apprennent (peu à peu) à se fondre dans l'invisible et la matière ; qui regagnent (progressivement) leur juste place (celle qu'ils n'ont pourtant, l'un et l'autre, quittée que de manière apparente)...

 

*

 

L'infime et l'immensité ; face à face – l'un dans l'autre ; puis, un jour, la rencontre ajournée (comme suspendue)...

Et, à la place, le goutte à goutte ; comme une très longue (et très lente) plongée dans le gouffre...

L'esprit parfaitement engagé dans la chair (sans la moindre explication) ; et qui se frotte (et qui apprend à se frotter) aux parois du vide et du réel ; ce que semble être le monde ; en plus de la multitude...

Et la tête si capricieuse – si défaillante – si infidèle – qui ne se souvient ni du premier visage – ni de tous ceux qui lui ont succédé...

A vivre un instant – une existence ; à vivre pour toujours ; comme si le temps (et le voyage) n'existai(en)t pas...

 

 

Les larmes ; sur le même trajet que la sueur ; de l'âme vers la chair ; de la chair vers la peau ; de la peau vers le monde ; nourrissant la terre, peut-être, des plus invisibles aspirations des bêtes et des hommes...

L'esprit très près des yeux devinant quelques fois les étreintes discrètes (et délicates) du secret et de la matière...

Et avec, de temps à autre, un rire pour se rappeler que nous ne sommes pas réduits, en ce bas monde, au labeur et au tombeau ; qu'il existe aussi un ciel qui, parfois, se laisse entrevoir...

 

 

A pas comptés ; à tourner en rond ; depuis tant de siècles – depuis tant de millénaires ; et puis, soudain, l'emballement et la furie ; le règne du désir et de la vitesse pour le (plus grand) malheur du monde...

Dans chaque œil ; le prix – la proie ; le reflet de ce qui brille ; dans une forme d'aveuglement collectif – primitif et primesautier – totalement généralisé – totalement incontrôlable...

Et la multitude attelée à la tâche ; édifiant – bâtissant – agrandissant – développant ; déployant son ardeur et son imaginaire au profit de sa gloire (jusqu'à la démesure) ; à l'image, sans doute, de son architecture mentale ; œuvrant dans une sorte d’éblouissement obscur...

Et ainsi a-t-on précipité l'histoire – et, avec elle, toutes les créatures de ce monde – dans le piège de l'essor et de la complexification ; sous le diktat de la domination humaine...

Comme soumis aux caprices d'une enfance tardive – fébrile et orgueilleuse ; poussant toutes les têtes à une étourdissante et funeste surenchère ; se taillant (en vérité) un scalp pour l'avenir ; dressant (sans même s'en rendre compte) une large et haute potence au bout de laquelle se balancera bientôt la dépouille de cette civilisation absurde ; et qui, dans sa chute et son pourrissement, deviendra, peut-être (espérons-le), le terreau d'un monde moins bête – moins ingrat – moins borné...

 

*

 

Sous la terre brûlée ; quelque chose qui se débat...

Identique à ce qui circule dans le souffle et le sang...

La vie brute – primitive – invincible peut-être ; malgré sa (très) grande vulnérabilité...

Ce que l'on entend (parfois) se dresser à la verticale ; vers le ciel...

Quelque chose que nul ne peut ignorer...

Comme une vibration dans les tréfonds de l'âme ; le seul legs possible ; le plus précieux – sans aucun doute...

 

 

Des âmes serrées les unes contre les autres ; en dépit de la chair...

Manière (sans doute) de se réchauffer ; à défaut de lumière (au-dedans)...

Comme un grand corps abandonné sous le ciel...

Comme des ombres nées des yeux ignorants...

Reflet (involontaire) du temps originel ; du règne du plus que soi qui, aujourd'hui, appartient à l'invisible – (presque) à l'impossible...

 

 

L'invisible à la place du monde...

Et des âmes vivantes à la place des choses...

En ce lieu ; en cet état – sans conteste...

Du silence – du retrait – de la solitude ; toutes les conditions requises pour rencontrer l'ineffable ; ce qui nous habite...

L'esprit apaisé ; pas même à l'affût ; pas même impatient...

Le cœur libre ; le corps immergé...

Ouvert à l’insaisissable...

Les infrastructures (internes et externes) parfaitement démantelées...

Vide et attentif ; l'âme s'abandonnant – laissant agir les coïncidences et la porosité...

 

 

L'incessant voyage de la matière dans l’œil immobile ; ce qui se meut (indéfiniment) sous la lumière inchangée – perpétuelle ; avec quelques éclipses, parfois, sous les paupières...

Dans l'infiniment rejoignable – déjà ; tous les horizons ; et dans l'intimité inaltérable aussi ; oscillant sans cesse (selon la perspective et les circonstances) entre l'écart (la distance) et l'effacement (la dissolution)…

 

*

 

L'infime – toujours – à portée des yeux du plus grand...

Parmi les pierres et les rafales de vent...

La beauté sans contour ; illimitée et incernable – bien sûr...

Le dehors et les frontières aussi inexistants que le reste ; et le temps qui semble borner l'expérience...

Aussi merveilleux que le poudroiement de la parole parvenue ; au fond – et au faîte – de l'âme...

Dans les fêlures de la matière ; un peu de lumière ; puis, la traversée de l'improbable (dans le meilleur des cas)...

Les yeux fermés ; se laissant guider par ce qui voit ; à l'intérieur...

Dans le désordre ; l'abandon et l'immobilité...

Le cœur qui (enfin) découvre le relief et la couleur du monde...

Et s'approchant ; et s'éloignant ; ce qui aide à changer d'angle (et de point) de vue ; ce qui aide à la découverte de l'inconsistance ; et (en partie – plus tard) à la transformation du regard et à l'effacement...

 

 

Sans légende ; le goût de l'Autre...

Au plus haut de la terre ; les mains soutenues...

Des choses ; indéfiniment ; et émergeant (quelques fois) de la mélasse, un visage – un cœur – une paume tendue ; quelque chose d'apparemment vivant ; vouant au ciel une sorte de culte (vague et imprécis) encombré de croyances, d'appels et de rituels obscurs...

Et nous ; le cœur vide – sans dogme – ni certitude ; accueillant (autant qu'on peut l'être) ; lançant, selon les circonstances, un bras ou une parole pour essayer (en vain) d'extraire les malheureux de leur supplice (et de leur plainte)...

Les yeux tristes ; les poings serrés et les joues ruisselantes ; bien des fois ; apprenant à nous abandonner à l'impossibilité et à l'impuissance ; éclaboussé pourtant (chaque jour) par l'écume et chamboulé par les cris qui montent de ce magma de matière ; au bord du vertige – entre cette rive (légèrement en surplomb) et cet océan de malheurs...

L'âme écorchée par le rude apprentissage de la place de l'homme ; les aspirations coincées entre l'épaisseur de la chair et les grilles du monde ; sous un ciel changeant et silencieux ; énigmatique (à bien des égards) ...

 

*

 

La force de l'en-bas ; une poussée verticale ; comme un chaos rassemblé ; et (maladroitement) redirigé vers l'immensité...

Et le sort des créatures terrestres (provisoirement) scellé ; vouées au voyage – au plus lointain ; dans un perpétuel va-et-vient entre l'ici et l'ailleurs...

Une sorte de danse ; des yeux au fond de la nuit...

Du rien à la plénitude ; puis, de la plénitude au lieu où ont émergé la discorde et le temps...

Et tout au long de ce périple ; la profondeur de l'ombre ; la lumière envoûtée ; et le désir ; et la peur ; et les tremblements de ceux qui parcourent ces rives (un peu) ternes et tristes...

 

 

Le bleu – (presque) toujours arrangeant ; et essayant de s'accentuer dans les pires cas d'obscurité – dans les pires cas d'indélicatesse...

A travers le chevauchement des choses et des visages ; autant que dans l'incise et la pénétration ; l'une des seules réponses au désordre de ce monde – aux carences des âmes ; s'insinuer – imprégner – tout submerger jusqu'à ce que le noir devienne brillant ; jusqu'à ce qu'il puisse refléter la lumière (après avoir absorbé tous les manquements et tous les malheurs)...

 

 

L'âme et l'air ; poussés ensemble dans le précipice ; avant de se mêler au feu et à la terre ; avant d'être plongés dans l'eau ; puis, secoués pour agencer (un peu) la forme...

Entre vertige et turbulence...

Sur la roche et l'étendue ; une masse grise et monumentale ; entre horizontalité et (très) légère inclinaison verticale...

Et le souffle qui apprend, peu à peu, à la traverser ; et à l'habiter (très provisoirement) ; initiant le passage de la matière à la chair...

Puis le gris qui s'assombrit (un peu) jusqu'au brun ; ou qui pâlit (un peu) jusqu'au rose ; éclairé(e) par la lumière qui cherche un interstice ; une anfractuosité pour s'y loger (en quantité infime)...

Ainsi (sans doute) naquirent les premiers visages du monde animé...

Puis apparut le règne du mouvement ; à travers un chahut et un débordement de gestes – de courses et d'ardeur ; qui engendrèrent mille tentatives – mille apprentissages – mille transformations...

Entre collisions et collusions ; entre défi et fragilité ; et après avoir été (très laborieusement et très miraculeusement) façonnée, la matière vivante enjointe, elle aussi, d’œuvrer à la création ; entre réplication et prolongement ; dans les marges (très) étroites qui lui ont été (assez chichement) octroyées...

Toute une histoire – tout un destin ; qui s'écrit – qui se dessine ; et nous autres – là-dedans ; poussés – tirés – brinquebalés – malmenés ; parfaitement enferrés dans le cours des choses et l'évolution du monde...

 

*

 

L'âme miraculée ; qui peut (enfin) se réjouir après cette interminable attente...

Sous l'ombre des ailes d'un grand oiseau noir...

Conservant le rire ; et le souvenir du ciel...

Au cœur de la lumière – déjà ; en dépit des peurs et des corps meurtris...

Et ce que les lèvres murmurent à ce que le cœur devine ; à ce qu'il a (très subrepticement) entrevu...

 

 

Tant d'ombre(s) et de peine(s)...

A être là ; à vivre là ; sans rien comprendre – sans rien découvrir – sans rien décider ;

Côte à côte ; bien plus qu'ensemble...

L'Amour (au mieux) comme un rêve ; pas même un désir...

Et tirant sur nos chaînes ; et secouant (en vain) les barreaux de notre cage ; comme si l'on pouvait briser ses attaches ; s'extraire de sa servitude...

La corde si serrée autour du cou que le moindre mouvement – la moindre tentative d'évasion – nous serait fatal(e)...

 

 

Au sortir du monde ; une halte...

Sans craindre la vie – sans craindre la mort – sans craindre le temps ; sans craindre ni l'après – ni l'au-delà – ni l'autrement...

L'inespéré aux allures d'hérésie ; ressenti avec force – avec clarté...

Et le peu donné à la chance ; jusqu'à la folie mortelle – jusqu'à la gloire des assassins – jusqu'aux confins de l'imaginaire...

Effacée la frontière gardée par les spectres de l'esprit...

Le visage neutre (à présent) ; et tous les masques jetés au feu ; avec les traditions et les lois du père...

Et, à travers les voiles déchirés, la soudaine apparition de la lumière ; les prémices de son règne sur ces rives obscures – sur ces têtes enténébrées...

 

 

A l'instant même de la capitulation...

De l'agacement au miracle...

Des singeries mimétiques au regard singulier ; et la longue suite de gestes conséquents...

De l'inadvertance à l'immobilité...

De l'incompréhension à l'impensable – en quelque sorte ; et tout l'itinéraire à défricher (l’œuvre de l'âme – bien sûr)...

Jusqu'au monde – jusqu'à la vie – jusqu'au cœur – dénudés ; jusqu'au regard vide ; et les pas (toujours) dans le sens du vent...

 

*

 

Cette fatigue tragique qui, peu à peu (si vite), nous étreint ; nous accable ; nous assomme...

A peine le temps de tourner la tête ; de faire quelques pas ; et nous voilà déjà en train de tomber à la renverse...

Qu'importe que la lumière brille encore ; qu'importe que le fond de l'âme continue de désirer...

Des bruits – de l'incertitude ; quelques visages aperçus (au loin) dans la brume ; puis le renversement ; la chute ; le noir et le silence...

Et cette peur qui nous envahit avant d'être happé par la mort...

 

 

A aller ; sans savoir où ; avec quelques restes qui résistent ; qui s'accrochent ; qui ne souhaitent pas quitter les lieux ; qui ne veulent pas abandonner ce qu'ils connaissent...

D'une rive à l'autre ; de jardin en jardin ; entre l'enfer et le paradis ; déjà...

En plus du nombre ; les bruits ; les coups et le sang...

Et ce qui en réchappe ; jusqu'au prochain piège ; jusqu'à la prochaine embuscade ; et la mort au bout de la vie ; et la vie au bout de la mort ; dans une sorte de prolongement – entre recommencement et continuité ; et ainsi indéfiniment...

 

 

L'errance ; jusqu'au vertige ; jusqu'à l'inexistence ; jusqu'à l'effacement...

Et tous les sorts conjurés...

De la vitesse à la lenteur ; et de la lenteur à l'immobilité...

Ce à quoi nous invitent tous les chemins ; toutes les déambulations ; l'essence même du mouvement et de la géographie...

Sous le soleil ; dans la poussière ; cette (très) lente dissolution ; au goutte à goutte...

Le cœur (toujours) collé aux choses – au monde – à la nuit – aux routes qui s'éparpillent et se perdent ; aux paysages traversés ; sans rêve – sans fantasmagorie...

La chair mêlée au reste ; et ce qui subsiste ; le souffle et les yeux – unis au regard...

Qu'importe ce qui nous entoure ; qu'importe l'imprécision...

Des larmes de joie devant l'évidence...

Et cette lumière sur les gestes – le passage ; ce que nous sommes...

Qu'importe la langue – le rythme – la foule ; ce que l'on nous glisse à l'oreille...

L'étreinte silencieuse – inimaginable – entre la matière et l'esprit ; et dans laquelle on s'insère (d'une parfaite manière)...

 

*

 

Le temps écoulé ; jusqu'à la dernière goutte ; jusqu'au dernier grain ; essoré par la terre et le vent ; consumé par le voyage...

Et le cœur immergé dans la coulée puis, dans l'assèchement ; comme planté dans l'entaille...

Persévérant jusqu'au désespoir ; jusqu'à l'abandon...

Et là où il s'arrête ; cessant de battre ; et espérant que le désir le mène plus loin – au-delà...

Et lui ; et nous (par conséquent) – parcourant l'espace par intermittence ; au rythme des sauts et des saccades ; et par à-coups – seulement...

Avec la chair (à porter comme un faix) ; et apprenant, peu à peu, à s'apparier ; à s'emboîter de manière suffisante pour s'élancer ensemble vers l'inconnu ; dans le monde – vers l'étendue mystérieuse ; pour s'essayer à l'envergure promise par les Dieux...

 

 

Au jour le jour ; indifférent aux voix et aux visages (trop) lointains...

Faisant corps avec le monde et le vent ; avec ce qui s'inscrit dans la proximité...

D'intervalle en intervalle ; et se révélant dans le vide déplié – sans recoin...

Traversant, peut-être, les premières frontières de l'impensable...

 

 

A l'image de la vie ; l'homme – simple élément du vivant – tentant (depuis très longtemps) de créer son propre itinéraire – ses propres mondes – son propre destin...

L'évolution de la matière ; le cours des choses ; de révolution en bouleversement ; à travers cette longue série de transformations et de métamorphoses...

Et devinant déjà vers quelle apothéose – vers quelles épreuves – vers quel désastre – mènera cette œuvre collective involontaire et inconsciente*...

* pour l'essentiel des esprits contemporains

 

 

Dans la tension d'un souffle incertain...

Un halètement ; aux marges du monde et du temps ; hors du cercle des visages et des questions...

Comme une forme de présence ; née d'un (très) long surgissement ; créant des obstacles dans l'air qui circule au-dedans...

Rien ; pas même une inclinaison de l'âme ; une sorte d'accident – une manifestation involontaire (née de trop de désir et d'un empêchement)...

De la fumée qui a obstrué – et lézardé – le dispositif naturel...

A la manière d'une ombre qui s'est insinuée ; et qui, avec elle, a apporté l'absence ; une certaine orientation...

Favorisant – sans conteste – une altération des possibles ; de la lumière en moins ; condamnant cette existence à une forme de demi-mesure ; à une diminution (assez drastique) des capacités habituelles ; et l'acheminant (lentement) vers son épilogue...

A bout de souffle ; comme une lacune susceptible de provoquer une (conséquente) soustraction des jours...

 

 

Sans pouvoir ignorer l'élan et l'inscription...

A la verticale du monde ; les soubresauts de l'âme qui se débat avec l'indifférence (pathologique) des visages et les (innombrables) surprises du voyage ; ce à quoi on se sent (malgré soi) relié ; en dépit du nombre de dépouilles (qui s'accumulent d'une extravagante manière)...

 

*

 

Le cœur noir et flétri ; comme recroquevillé dans l'ombre ; sans rien – sans l'Autre...

Défaillant ; et insensible aux cris de l'âme qui cherche le jour – le monde – la lumière ; des vibrations et des rencontres ; du vent et de l'intimité ; pas une caverne obscure et hermétique...

Des étreintes avec ce qui passe ; même furtivement ; même des amours à la dérobée ; de quoi enfanter de la différence et du toujours ; un peu de l'Autre ; un peu d'éternité...

 

 

Ce qui reste en retrait du murmure ; derrière les lèvres entrouvertes ; quelque chose du mélange et de l’ambiguïté ; entre l'élan et le silence...

Un visage – un parfum – un secret – que l'on aimerait (à la fois) partager et conserver pour soi ; le signe d'une immaturité encore – d'une incompréhension ; impossibles, peut-être, à dissiper...

 

 

Sur la courbe enraillé(s) ; un séjour au cœur de l'abîme...

Entouré(s) de chutes – de menaces – d'ignorance...

Condamné(s) aux élans et aux agissements...

Comme poussé(s) vers l'avant ; dans les traces des précédents ; et devançant de peu tous les suivants...

Périple sans au-delà ; destin sans dérobade...

Le cœur abandonné ; sans écho – sans résonance...

Façonné(s) pour le geste et l'action ; et le reste comme atrophié...

Vivant la déchirure et (presque) jamais la transformation...

 

 

Comme une main hagarde tendue vers le monde – la misère – les cœurs déchirés – les corps infirmes et mutilés – les âmes hantées par le manque et l'absence...

En vain ; tant tout est soumis à l'ombre et au rêve ; tant le chant et la fièvre (si souvent) se confondent ; tant la terre est blessée et la fable monstrueuse...

 

*

 

Ce qui nous sied ; là où la lumière va ; là où l'âme se faufile (parvient à se faufiler)...

Près du bleu ; (tout) tremblant ; près du monde qui tourne...

Sous les bruits intermittents ; là où suinte le sang ; là où s'enferrent les yeux fermés...

Partout où nous sommes ; partout où nous nous obstinons...

 

 

Le regard et l'espace ; se confondant (parfois)...

Et cette ombre grandissante sur le monde – sur les visages qui ne savent pas ; qui n'osent imaginer que par à-coups de peur que le ciel ne se fende ; que le feu ne se propage sur la terre ; jusque dans le cœur et la parole ; et que tout ne devienne invivable et incandescent ; et que l'odeur de ce qui brûle ne soit infecte et insupportable ; et qu'après il ne reste que des cendres ; des cendres et des regrets...

Des existences où ne régneraient que la nostalgie de l'enfance et la possibilité d'un avenir sombre ; qui (nous) éloigneraient (inexorablement) de la maturité et de la joie...

 

 

Là où se cache le plus précieux ; le secret des Dieux et des vivants...

Derrière ; encore derrière ; toujours derrière...

Au cœur de l'invisible ; et comme mélangé au reste aussi...

Perceptible depuis la perte ; et qui grandit ; et qui redresse l'âme – à l'instant même où il a été découvert – et reconnu ; et qui transforme la débâcle en une grande fête silencieuse ; et qui amorce un grand voyage qui offrira à chaque pas – à chaque paysage – au moindre geste – le bleu et la joie qui leur manquaient...

 

 

En secret ; la dissolution et ce qui – en soi – goûte et jubile – sans rien attendre – sans rien affronter...

Qu'importe l'hostilité (et la violence) du monde ; qu'importe les offenses et la douleur – les ténèbres et la mort ; partout – le règne du jeu et de la danse...

 

*

 

Le gris encore ; seul reflet de l'homme d'aujourd'hui...

Comme les objets ternes que le cœur amoncelle...

Paysages de toujours ; dans cet espace apparemment saturé...

Des choses à faire ; et du temps à tuer ; sans très bien savoir – sans très bien sentir – ce qui flotte autour des corps et des âmes...

Et, parfois (trop rarement – sans doute), un rire – une étincelle ; comme pour se rappeler du bleu ; et quelque chose de notre présence ici-bas – sous ce ciel changeant et mystérieux...

 

 

Rien qu'un nom pour définir ce si peu de chose ; à peu près rien ; un souffle fragile et provisoire ; un bout de chair infime et (à peine) saillant qui semble (très légèrement) émerger de la masse sombre et grise composée de milliards d'Autres dont les postures et les gesticulations donnent sa couleur et son mouvement à la matière ; une sorte de magma (quasi) immobile qui semble se déplacer au milieu de nulle part – piétiner dans le vide ; un peu de bruit – quelques bousculades – quelques gémissements – des heurts – des remous – des secousses ; mille contusions – mille fêlures – mille échanges – mille passages – lorsque les éléments se frottent ou se rencontrent ; de l'air (un peu d'air) qui tourbillonne...

 

 

Contre la terre ; le front obstiné...

La nuit si parfaitement partagée ; blanche – spectrale ; teintant jusqu'à la lumière du jour...

Et le reste – angulaire ou arrondi – parfaitement réel – (bien) plus qu'emblématique ; comme une évidence...

La danse du vide ; à la manière d'une épopée – entre le ciel et la terre ; l'impérative nécessité de l'espace...

Haut ; plus haut que le rêve ; que le désir et le rêve ; l'expression de l'Absolu à travers ses prolongements ; à travers toutes ses possibilités...

La seule ambition qui soit [entendable – (réellement) raisonnable] ; dans cette confusion des esprits qui tremblent à l'idée du monde ; à l'idée du bleu ; à l'idée du grand mélange ; à l'idée de la séparation (apparente)...

Peu certain(s) [si peu certain(s)] du socle sur lequel se sont bâties les légendes et les civilisations – toutes les histoires humaines ; ignorant(s) – en définitive – ce qui est vrai (ce qui existe – ce qui est vivant) et ce qui relève du mythe et du mensonge...

 

*

 

La voix encore ; qui chuchote à l'oreille de l'âme...

La bouche muette ; le geste à la place de la langue...

Le cœur ouvert ; lumineux ; de cette lumière qui n'appartient à personne...

La solitude rayonnante ; tous les liens en évidence ; sans rien demander...

Au faîte de l'écoute ; le silence et le rythme du monde...

La joie sans intermittence...

 

 

Sur l'épaule ; le souffle de l'espace ; tendre – léger – sensuel – amical ; si singulièrement impersonnel...

Les choses ; simplement ; et quelques visages – parfois...

Le vide – le monde – la lumière ; et l'esprit sans attente – sans mémoire...

Le silence et le chant des oiseaux ; ensemble – en paix – sous les frondaisons...

 

*

 

Du visible à l'invisible ; d'un seul regard...

Seul(s) à nous accompagner...

Le feu au-dedans ; et le rire face au monde ; face aux étoiles...

Devant cette immensité qui (nous) laisse sans voix ; si minuscule(s) ; sauf le cœur et les yeux...

Comme une fenêtre à travers laquelle on aperçoit la vie qui défile ; le destin qui se déroule ; le temps qui semble passer...

Du noir et de la lumière ; dans leur danse obscène et merveilleuse...

 

 

Le sourire ; les jours illuminés...

Tournoyant comme un grain de sable dans le vent...

Sans nom ; le monde ; aussi proche que présent ; sans se départir de la vitesse et des reflets ; si indistinctement ; là où nous sommes ; déjà arrivé(s)...

 

 

Le monde et le silence ; jamais entiers – jamais soumis ; et que nul ne peut conquérir...

Et qui réprouvent la haine et l'appropriation ; à travers tant de malentendus...

L'histoire de l'homme ; et ses mille dynasties ; et ses mille civilisations...

Cette hégémonie dictatoriale ; ce déferlement de violence ; écrasant et asservissant le reste (et l'essentiel des siens) ; avec le prétendu assentiment de Dieu et des étoiles...

Ce grand cirque présomptueusement ascensionnel ; comme si l'on pouvait échapper au déclin et au pourrissement...

Comme la terre et le ciel ; comme la matière ; comme la langue et la mémoire – provisoire et mouvant – inconsistant et périssable ; un peu d'air – à peine une idée ; et quelques images dans les yeux peu clairvoyants...

Tout voué à l'abîme et à la transformation ; soumis à cette volonté farouche de l'Absolu qui chérit la métamorphose de ses constituants qui (pour la plupart) s'imaginent croupir dans une inaltérable obscurité...

 

*

 

Le cœur acquiesçant...

Comme le jour...

La main caressante...

La voix que l'on reconnaît...

Les lèvres que l'on attend...

Et ce long frisson sur la peau...

Son visage – son souffle ; tout proches...

Et cette tendresse offerte ; et, sans cesse, renouvelée...

 

 

Ensemble ; le rire et l'enfance ; dans la poitrine ouverte...

Le ciel se répétant la prière (maladroite) des hommes...

Un tour de soleil comme un tour de manège...

Le bonheur autour des yeux...

A moins croire ; et à voir davantage...

Le cœur comme seule boussole ; comme seule lumière...

 

 

D'une abstraction à l'autre...

Du sable – du vent – entre les doigts...

Et en un éclair ; l'explosion de l'absurde...

 

 

Toutes les mains du monde tendues ; l'essentiel pour prendre (ou quémander) ; et de très rares pour donner (ou secourir)...

Chacun tentant sa chance ; trouvant, ici et là, un peu d'or ou de tendresse ; parfois un peu de lumière...

La terre creusée – et parcourue – de long en large – à la recherche d'un cœur – d'une aile – d'un rire – d'un visage ; ce qui pourrait nous hisser – pour un instant – vers le ciel ; ce qui pourrait nous extraire de ce bourbier...

 

 

Le cœur emmuré ; avec des restes (assez) conséquents d'indifférence ; dans la proximité du monde et du secret...

Sans même savoir ce qui circule avec le sang...

Si incrédule(s) face aux cris – face aux ombres – face aux souvenirs du premier royaume...

 

*

 

Les yeux habités ; comme une fenêtre ouverte – un territoire infini – une lumière sans reflet...

Au milieu des Autres et de la nuit...

Porté(s) par le regard franc ; et la voix vierge...

Promu(s) par le silence ; et le visage de l'innocence...

Quelque chose de la beauté ; capable de faire taire la douleur et les cris...

 

 

Assis sur la pierre ; l'herbe plus haute (beaucoup plus haute) que le nom ; et ce sourire sur les signes et les dates – sur tous les reflets de l'ineffable (qui défilent en ordre dispersé)...

Le corps dissous dans la matière environnante ; vivant (éminemment vivant) et presque imperceptible ; la force à l'intérieur ; et les yeux posés sur le vent...

L'âme dressée vers le ciel ; déjà...

Face à la mort ; confiant ; ni peur – ni adieu ; comme une tendresse – plutôt ; une forme (parfaite) d'abandon...

 

 

La route intime ; dans le sens du contraire...

Anonymement ; dans l'espace ; l'éloignement ; puis, le retour...

Le souffle à travers les circonstances ; par-delà toutes les chimères et toutes les inventions...

Le monde – encore ; et, sous ses (multiples) masques, son vrai visage...

L'apparence ; et tous ses miroitements...

L'abîme et le vertige...

Mille fragments de l'esprit...

Et cette fièvre ; jusqu'au non-sens...

De jour en jour ; vers la chute et le dénouement...

L’œil et la voix essayant d'échapper au brouillard...

Sur la crête ; cette piste lointaine (peut-être imaginaire)...

Et cette soif ; cet élan vers le plus proche...

La vie miraculeuse...

Et la main folle – et fière – de ses crimes...

Et la possibilité du rêve ; et la possibilité de soi ; au cœur des mêmes profondeurs...

 

 

De manière décisive ; l'ignorance et l'immobilité...

L'éclipse et le viatique...

Dans la même flèche ; vers le centre [inversé(e) par l'aube]...

Et sous la même lumière ; la faim et les prières ; et quelques conversions – parfois...

Des paysages ; des trappes et des chemins...

Quelque chose du manège et de la circonvolution...

Autour du mythe et du mystère ; cette danse – ces agenouillements ; cette folle agitation...

 

 

A s'exhiber devant l'incertain...

A sillonner les crêtes et l'étendue...

Et dans son sillage ; des restes de signes – des paroles à décrypter ; qui invitent les lèvres à abandonner leur psalmodie pour se tourner vers le silence...

L'âme vide et égarée face au ciel ; face au monde ; plongée (en quelque sorte) devant le même abîme...

Et dans les arcanes de la solitude et de la joie ; la découverte (inattendue) d'un royaume insoupçonné...

 

*

 

Vacillant ; dans le silence ; les lèvres muettes – juste un sourire ; un sourire et le vent...

Face aux visages ; notre voix (ou celle d'un Autre – qu'importe)...

Du jaune partout ; sur ce fond bleu immobile ; comme de l'or...

Et le monde qui tourne (qui semble tourner)...

Et le temps qui passe (qui semble passer)...

Et le mystère toujours ; dans lequel chacun est plongé...

Quelque chose à la main ; et que la mort emporte...

Et nous ; tant de fois écartelé(s)...

 

 

Sans même le désir ; les yeux qui pétillent...

Sans même les livres ; sans même le monde ; à la même fenêtre – l'espace...

Cette succession d'instants dans la lumière...

La joie dans l'âme ; dans l'encre et dans la voix – pour célébrer cette danse (étrange) entre l'écume et le mystère...

Et la place (solennelle) de l'ombre...

Comme une (très singulière) entrée en matière...

 

 

Le cœur comblé ; insaisissable et sans réplique...

Fouillé depuis des millénaires pour y trouver le secret (mal enfoui) ; la réponse au mystère...

Et aujourd'hui ; la caresse et le coutelas pour seule sagesse...

Ce qui accueille et ce qui tranche (le moindre superflu) ; dans cette myriade d'êtres et de choses – ce flot d'images insensé(es) – la plus infime croyance...

Ce qui (nous) gouverne comme un somnambule en proie à la folie ; et qui rêve (malgré lui) de faire basculer le monde dans sa chute...

Et tous les remparts ; et toutes les histoires ; anéantis d'un seul regard ; et que la main balaie d'un geste (très) précis...

Et ce qui subsiste ; le verbe (la parole rare et vraie de celui qui s'est abandonné à l'inexplicable) ; les contours (si variables) de l'âme ; l'absence de frontière ; et le centre qui avale tout ce qu'on lui offre ; pierres – mots – noms – objets – visages – fatigue et prières...

Indéchiffrablement ; sans doute – le plus élémentaire...

 

*

 

Au cœur de l'intime ; tête renversée...

La douceur sur les lèvres...

Le monde et la lumière ; si proches...

Le souffle sur la peau ; et le silence...

Le jour et la vie...

L'âme et le ciel...

Et passant ; et demeurant ; à la fois – sur cette terre ; comme la fleur et l'éternité...

Sur la roche ; éclairée par le soleil ; rien qu'un peu de glaise ; rien qu'un peu de boue – l'énigmatique reflet du mystère...

 

 

Là ; dans notre misère ; et notre splendeur...

Et tous ces besoins bégayés par la bouche...

Et toutes ces merveilles cachées au fond du cœur...

Comme un grand voyage ; partout (ou à peu près)...

Et le parfum de la douleur ; là où se posent les pas ; et plus loin – là-bas – toute la fortune à venir ; sans voir ce qui nous file entre les doigts...

 

 

Le ciel ; au-delà – comme une exaltation...

Évaporés ; le corps – l'âme – la moindre frontière...

Sans défense ; sans rien (pouvoir) saisir ; plus qu'offert – à la merci...

Si présent ; si disposé ; et si (incroyablement) disponible ; dans la haute intensité de l'inconsistance – le mystère (partiellement) ressenti...

L'espace réunifié ; l'invisible et la matière ; indiscernables – entremêlés...

Plus ni lieu – ni nom – ni chair ; la joie et le feu dans le regard ouvert ; et le cœur désobstrué...

La nuit pourrait bien tout envahir ; l'esprit (de toute évidence) s'en moquerait...

 

 

Sur la route squelettique ; qui se perd sur l'étendue ; avalée peut-être ; avalée sans doute...

Et avec elle – tous les espoirs ; nous abandonnant à ce qui subsiste ; à ce qui demeure lorsque l'invisible remplace le monde...

Le cœur dans son rythme singulier ; la chair dans sa forme particulière ; très pacifiquement (très involontairement) identitaires ; le souffle et les yeux – intacts et déployés ; et le reste dans la confusion ; la chair rouge mêlée à la terre noire et aux pierres blanches...

A travers l'infinité des combinaisons – le règne du possible...

 

*

 

Ce qui se savoure ; sans pourquoi – sans comment...

Des bribes de rien ; un ruissellement de joie...

Ce qui nous appartient ; pas même l'empreinte de nos pas...

De la reconnaissance ; au fond des yeux...

Comme un visage trop longtemps oublié...

Des larmes ; et le plus sauvage...

Ce qui bruisse dans l'être ; à la place du monde ; à la place des cris...

Cet indescriptible frémissement de l'infini entre nos murs de chair...

 

 

Et ce vent qui nous empale ; qui nous enfile ; comme si l'on était des perles – comme si l'on était des proies...

Dans la longue suite de morts ; en rangs (très) serrés...

Parfaitement incapable(s) de comprendre – et de suivre – les rouages du mécanisme ; cette machine qui semble briser les élans et qui, en vérité, les prolonge – les déploie – leur offre un regain d'ardeur ; sans compter (bien sûr) la félicité...

 

 

Le geste juste et audacieux contre la tyrannie du monde ; de l'Autre...

Cette solitude enchantée qui côtoie le ciel – les cimes ; et les songes ancestraux...

Ce qui pactise avec l'écho ; la moindre résonance...

Le cœur affranchi de tous les sédiments...

L'esprit sans cesse renaissant ; échappant au doute et au ressassement ; libéré de cette terre dévastée par les malheurs...

Et l'âme ; alliée du plus vaste ; devenue intouchable en quelque sorte...

 

 

La voix hantée par l'invisible ; le mystère jusque dans ses récréations ; comme la chair (et toutes ses substances)...

Au milieu des sables que le vent soulève ; et emporte...

Plus qu'un décor ; l'âme immergée dans le supplice – dans la douleur et l'abandon...

Au lieu exact où naissent les cris ; l'envie de fuir ; toutes les nécessités...

Dans cet espace nu ; tremblant ; vacillant – sous le regard ; comme un vertige face à ce que l'on ne voit pas...

 

*

 

La couleur du ciel ; et la vie pleine d'autre chose ; sous cette épaisseur un peu sombre...

Par-dessous le refus et la mélancolie...

Le temps arrêté ; la faim suspendue...

Et la bouche qui ne sait que dire ; et qui, parfois, se calque sur le cœur ; et l'expression des yeux ; plus étincelle que lueur ; bien plus que les mots...

Et, en creux, l'invisible ; le jeu et la joie qui se célèbrent...

En ligne directe avec le plus sensible ; le plus lumineux...

 

 

S'accompagnant ; plus qu'idéalement...

Dans la vibration et le clignement...

Jusque dans cet antre où tout résonne ; où tout rejoint l'imperceptible...

Sur le grand registre du monde ; la lumière qui sélectionne le meilleur ; en laissant (toujours) la place au pire...

Le merveilleux ; sur la partie de l'âme – et du visage – qui s'ignore(nt) ; sans autre langage que la tendresse...

 

 

Sans hâte ; la boucle infinie à réaliser (involontairement)...

Plus nu(s) et plus intense(s) ; à mesure du périple...

Moins aride(s) et moins assoiffé(s) ; aussi...

Sous le même soleil ; exactement ; le reste, peu à peu, délesté de son statut de décor et d'instrument...

Partout ; la possibilité du merveilleux et de la transition...

Avec le vent ; toutes les douleurs ; et toutes les questions – emportées...

Et la blessure qui s'ouvre et se referme ; à mesure de la compréhension...

Sans appel ; le regard et le jour – pourvoyeurs du plus précieux ; au cœur même du secret ; l'âme – la chair – le trésor – la tendresse et l'esprit...

 

 

Autant néant qu'absence...

Ici comme ailleurs ; le même nulle part ; et le même désir (stérile) de conquête et de domination ; comme si l'on ne possédait pas tout déjà ; comme si le manque gouvernait encore la tête ; comme si l'ignorance était maître de l'âme...

Au corps à corps ; et inscrit(s) au cœur de la distance ; la même séparation ; la même fragmentation de la matière et de l'espace ; les yeux et le cœur soumis au même sortilège...

 

*

 

Le surgissement de la joie ; ce qui disperse les malheurs ; et ce qui se cherche encore...

Pas de mots ; contre les ombres ; avec tendresse...

Les siens – partout ; sous ce grand ciel...

Et ce bleu au fond des âmes...

Dans la poussière et le sang ; et le rire qui, peu à peu, creuse sa place ; dans ce détachement des choses et des visages...

L'espace libre ; le ciel et la possibilité d'accueillir ; qu'importe les nécessités de vivre...

 

 

Comme un bruit de feuilles et d'écorce ; au fond de la voix...

Au milieu des grands hêtres ; inspiré par leur beauté et leur lumière...

Dans la même chambre ; au-dehors – avec le reste...

Dans la surprenante intimité de l'invisible et du merveilleux ; à cette place que l'on nous a offerte...

 

15 septembre 2023

Carnet n°298 Au jour le jour

Août 2023

Dans l’éparpillement du sens et des visages...

La chair indistincte de la pierre ; et ce cœur énorme – immense – qui bat au rythme des chants qui montent – des poitrines vers le ciel...

L'envergure et l'éternité ; vivant à travers ce qui passe...

Une courte halte ; le temps (si bref) de l'écume et de l'épaisseur...

Qu'importe les fenêtres et l'opacité...

L'âme enfouie dans son absence ; et condamnée – comme le reste – au tumulte du monde – au désordre des choses...

 

 

A s'étrangler dans la dissemblance...

Le cœur haineux et lézardé...

Et la parole reléguée au dogme et à la propagande...

Au cœur de cet étrange cortège – épargné (jusqu'à présent) par les vents – en attente d'un chemin plus large – plus ouvert – plus fécond – qui ne pourra s'offrir que lorsque l'esprit saura s'arracher au désarroi et à la puissance des certitudes...

 

*

 

Vie mensongère sur les lèvres trop bavardes ; dont s'habillent toutes les âmes oublieuses du Divin ; qui rêvent de parures et de couronne princières...

Choisissant (malgré elles) le gouffre des miroirs et des éclats plutôt que la longue (et sinueuse) route vers la vérité...

A s'imaginer respirer auprès des Dieux ; auprès des rois ; et oubliant que leur ventre est rempli de vers et d'excréments...

 

 

La peau nue ; et l'âme barricadée...

Le cœur derrière ses barreaux de chair – derrière ses grilles d'images et de mots...

La respiration du monde ; comme oubliée...

A s'endormir, chaque soir, entre le ciel et les malheurs ; l'esprit condamné à choisir – croient-ils – en imaginant leur corps pourrir au fond d'un trou...

 

 

Du vent – toujours – vers l'invisible...

A travers la mémoire qui s'épuise...

A travers les étreintes du temps...

La terre immobile ; et régulièrement submergée par les eaux de la tristesse...

L'âme ; couleur de neige – couleur de ciel ; regardée comme la résistance la plus haute à l'esprit de l'homme...

Au cœur du sommeil ; des tourbillons de rêves et d'insomnies ; mêlant leur langue et leurs frontières...

Jamais séparé(s) de la torpeur ; la danse – le monde ; ce qui tournoie avec le reste ; les alentours ; au plus près de l'essence des choses...

 

 

Sans nom – sans signature...

Simple réceptacle – entre l'enfance et le cri ; là où s'esquissent le destin et les pas ; en amont de l'oubli ; en ce lieu qui appelle au retour – à traverser l'ombre et la terreur pour retrouver l'innocence initiale ; et pouvoir (ainsi) rejoindre le silence et la lumière...

Une manière (assez méconnue) de vivre la joie et l'étonnement perpétuels...

 

*

 

Au dernier degré de l'innocence ; la neige...

Loin du brouillard et de l'attente ; des esprits fats et des âmes empesées...

Le cœur tendre ; aussi bleu que la route ; aussi rieur que le ciel – applaudissant la parole vraie – les bras affectueux – les gestes qui cajolent ; et barrant la route à toutes les images – à toutes les ruses –à toutes les illusions de ce monde...

Sans rien penser ; la douceur de ce qui se tient en retrait ; et l'ardeur de ce qui tranche l'ignardise et la prétention ; derrière la figure (changeante) d'un Dieu vivant ; le plus nécessaire (sans doute) ici-bas...

 

 

A l'ombre des mots et de la mémoire...

Dans l'insécurité du refuge...

Hors du cercle ; et hors du silence...

A travers ce qui peine et résiste...

Si éloigné encore de cette respiration ample et naturelle – sans artifice – sans aménagement...

A chanter au milieu des ruines – dans la pénombre commune...

La tête inclinée contre la nuit – contre la pente...

Sous le rire franc de la lune rousse...

 

 

Rien d'inavouable dans le cœur des assassins...

Dans cette chair – sur cette terre – qui pousse au crime tant la faim et l'ambition semblent indépassables...

Sous le règne d'une morale sans perspective où s'affrontent les partisans de l'armistice et ceux qui prônent la flagellation...

 

 

Au-delà de tous remèdes ; le regard et les lèvres aimantes ; gorgés de silence et de joie ; s'offrant (d'un même élan) au ciel et à la poussière ; sans rêve – sans exigence ; (sûrement) l'une des seules possibilités en ce monde...

 

*

 

Moins à dire qu'à comprendre...

Dans le silence et la grâce ; quelque chose du vent et des étoiles ; poussière vagabonde – poussière changeante – en quelque sorte...

Et la mort – belle – majestueuse – admirable – complice – qui a tout envahi ; jusqu'aux entrailles du plus personnel...

 

 

A revenir – encore et encore – pour embrasser ce qui peuple la terre...

Aujourd'hui comme hier ; et demain comme aujourd'hui ; au-delà des saisons et du temps – au-delà des âges de l'homme et de la pierre ; au-delà même des âges cosmiques...

Le visage penché sur ce qui souffre ; sur ce qui gémit ; sur ce qui appelle (et réclame)...

Et venant ; comme pour offrir au reste ce qui leur est dû...

 

 

A l'ombre de l'éloignement...

Dans la neige qui s'épuise ; quelques traces ; une lumière fragile – sur le point de s'éteindre...

Comme échoué(es) sur ces rives perdues ; l'âme et la parole...

Et cette voix ; et cette présence ; si ignorées du plus commun...

A traverser le monde comme les oiseaux qui jouent dans le vent ; d'un air enjoué ; et sans laisser la moindre trace de leur passage...

 

 

Sur la pierre bancale et éphémère ; le temps parvenu – le temps sacrifié – comme sur un trône de papier...

Au milieu des fleurs colorées – indifférentes à toute mainmise – à toute autorité...

Dans les bras du soleil et des saisons ; comme si elles détenaient la clé du passage qui affranchit des siècles et des heures...

 

*

 

A perte ; toute poursuite...

Plutôt l'immobilité...

L'accueil plutôt que la mémoire et la volonté...

Tantôt naissance – tantôt silence...

Comme l'éclosion des corps ; ce qu'enfante la semence des Dieux...

En cercles (presque trop) parfaitement circonscrits...

A vivre sous le même soleil que les fous...

 

 

Le coin de l’œil plutôt philosophe...

A contempler les luttes et les concertations...

Découvrant, peu à peu, la source de la tendresse ; et la couleur des yeux aveugles ; et toutes les douleurs de ce monde (sous l'indolence apparente)...

A grand-peine ; cette reconquête du rien – de l'espace ; aussi épique que l'aventure des arbres en ce monde...

 

 

Brusquement ; l'invisible au lieu de la cécité...

La même poussière – pourtant ; mais délivrée de la tristesse...

Un visage à la place de l'ignorance...

Déjoués ; le jeu et la vitesse...

Et le bleu (bien sûr) qui a remplacé l'abîme et la nuit...

Dans le cercle – sans frontière – des circonstances...

Sans trace – sans reflet – en dépit de la multitude ; en dépit de l'abondance...

 

 

A l'écart des apparences ; à proximité de ce qui s'efface...

Au cœur de la source – du mystère – du périple ; au centre du triangle d'or – en quelque sorte...

Inscrit dans le lieu du tumulte et de la bonté ; à se laisser porter par le monde et l'indigence ; au milieu des courants – cette solitude – peuplée – amoureuse – aimante – (très) joyeuse...

 

*

 

Par-dessus la tête des fous...

Sur la route ; abandonné(e)(s) ; la nuit – les âmes – le monde ; et les pas vacillants...

Loin des foules hystériques et des histoires qui ravissent l'esprit des hommes...

Au-delà des mythes ; au-delà des fables et des rêves lénifiants...

Lentement ; le regard – attentif à ce qui respire ; à ce qui est vivant...

Ôtant le poids sur les épaules...

La souffrance ; et le reste ; à la merci de la lumière...

 

 

Aux malheurs du monde ; la réponse (mesurée) des feuilles noircies...

L'âme tremblante ; et ce rien de lumière offert par les gestes et les mots...

Et cette joie dans le sillon des pas ; sur le sol tremblant...

Comme autant d'étreintes ; et de coups de pouce – à ce que l'on appelle le destin...

 

 

A écrire ; la parole enfouie dans le silence ; et qui émerge à travers le feutre qui danse – la main qui s'anime – l'âme qui se révèle...

Comme un soleil – un royaume – un univers – sous l'écorce des jours...

Le feu et la lumière ; à travers l'apaisement...

La mort ; l'hiver ; et l'attention nécessaire...

 

 

Le cœur ; autrement...

Si éloigné des fables ; et des fils qui nous relient à l'ombre...

L'alphabet du réel ; plutôt que la conjugaison des rêves...

Et le sol plutôt que la carte...

Sens dessus dessous ; l'âme chamboulée par les instincts du monde ; et le silence qui se dissimule derrière l'existence des êtres et des choses...

 

*

 

Sur le sol ; inguérissable – engourdi...

Dans l'ombre du seul ; au seuil du monde...

Gorge déployée – sur le chemin ; et l'âme timide...

A osciller entre l'attachement et la liberté...

A offrir, peut-être, ce qui s'est (en partie) perdu...

A hisser le rire au-dessus de la pierre...

A vivre quelque chose que nul ne saurait expliquer...

 

 

Dans la grandeur du mystère...

A hauteur de l'infime...

Des histoires et des particules...

A exister au-dessus du mensonge...

A offrir une parole depuis le plus haut silence...

Au cœur de la tourmente et de l'illusion – pourtant...

La langue ; et les mains – sur l'écorce vivante du monde...

 

 

La porte ouverte sur le mélange ; au cœur des entrailles du reste...

Au seuil de l'enfance (puérile) qui prolonge l'origine...

A l'écart des hommes et des Dieux fainéants – pourtant...

Sur la roue (branlante) des incertitudes...

Parallèle(s) aux sentes communes...

Une chose à la fois ; et sans hasard...

Qu'importe les pertes et la gloire (que peut connaître l'esprit humain)...

Les existences (toutes les existences) comme des grains de sable dans l'océan...

Et ce qui respire ; dans tous les interstices creusés par la lumière...

 

 

La figure bleue ; inscrite sous l'étoile florissante...

Qu'importe les ombres ; qu'importe le temps...

Une succession de gestes – de lignes – de pas ; dans le prolongement de ce qui ne peut connaître l'épuisement...

 

*

 

Au premier sourire du monde ; la confiance accordée...

Et la main devant la bouche pour s'excuser...

A mesurer l'envergure de l'âme et la gentillesse des visages...

Avec, au fond du cœur, la peur (terrible) du dos et de la poussière ; de la volte-face...

Et tout ce noir ; et tous ces cris – dont on ne sait que faire...

Comme la croyance d'une lampe accrochée sous chaque front...

L'illusion d'une fraternité en éveil...

Le ciel oublié – plutôt...

Les seuls bras tendus ; ceux qui pendent le long de nos flancs...

 

 

Au cœur de la blessure et de l'hiver...

Rien – ni personne ; aucun appui – aucune possibilité...

De la douleur et du froid ; seulement...

Pour notre peine de pénitent(s) terrestre(s) (en pleine expiation)...

 

 

Le cœur solitaire dans la broussaille...

Ce qui précède le vertige et la métamorphose...

Ce qui se conjugue avec la découverte du monde...

L'Autre en tête ; puis la mort...

A regarder par-dessus la confusion...

A s'exécuter avec obéissance alors que le silence et l'oubli (déjà) se manifestent...

 

 

Dans le vide et le ventre ; le ciel sans âge – la charge – le change ; et (parfois) le chant de l'oiseau...

Un chemin de pierre ; tantôt vers le rire – tantôt vers le pire...

Dans le plus sombre – le plus enfantin ; déjà le déploiement ; et même l'allégresse...

Le plus neuf ; et l'interrogation ; en dépit des figures grises...

 

*

 

La terre défaite sous le ciel parfait...

Sous les cris incessants de ceux qui vivent ; et qui rêvent d'échapper à la mort...

Le faix sur l'épaule ; allant (malgré eux) vers l'au-delà ; et la lumière...

Pauvres mortels qui s'inquiètent et se querellent ; affolés – aveuglés – par le peu de jours qu'il leur reste...

 

 

Le partage réalisé – à travers la main apparemment inique – par le ciel sans reproche (ni défaillance)...

Dans l'exactitude du geste et de la proportion...

Parfois rêve – parfois trésor – parfois papillon...

Qu'importe ce que le destin dessine...

A disparaître – à s'effacer bientôt alors que subsiste le désir d'Absolu ; et (si étrangement – si mystérieusement) aussi cette folle envie de s'attarder (un peu)...

 

 

Au cœur du jour ; l'immensité du monde ; l'intimité de la chambre ; et l'âme imprévisible ; comme soumise aux caprices de l'enfance...

Et ceux qui tentent de pénétrer le ciel à coups de prières ; et qui font entendre leurs psalmodies ; et leurs cris ; et qui affichent leurs crimes (avec fierté) ; au nom de Dieu...

La bouche enflammée ; et la chair meurtrie sur la pierre...

Et nul lieu (bien sûr) où se réfugier ; et personne (bien sûr) pour nous consoler...

Et le désir (encore) de vivre – de s'étendre – de se perpétuer ; comme les seules ambitions terrestres ; ces forces – cette volonté – à l'insu des hommes...

 

 

Le silex pointé vers la lune – vers l'azur...

Et les pieds pris dans les jeux du monde ; et l'impatience de l'âme face aux figures tristes – voilées – inattentives...

 

*

 

Vers ailleurs – le ciel (sans doute) – le cœur et la ligne ; cette prière silencieuse – sans les mains – sans les lèvres – sans personne ; sans même le recours aux âmes charitables...

Le sacré en lui-même – sur lui-même ; s'appartenant ; et s'offrant au reste (si l'on peut dire) ; et se répandant secrètement sur le monde...

Comme une terre sans ombre au milieu des murs....

Et les grands arbres comme gardiens des lieux...

 

 

Avant l'écriture ; avant même la parole...

Quelque chose des Dieux et de la pierre...

Quelque chose qui précéda les mythes...

A l'origine de la terre et du ciel ; l'espace brut (et indistinct) – peut-être...

Et qui subsiste encore dans le plus primitif du langage ; et dans les gestes qui savent embrasser ; et dans les âmes rugueuses et indociles aux lois des hommes...

Un avant-goût de l'après ; comme autrefois – aux temps originels ; ce qui est né avec le premier enfantement...

 

 

Impérissable ; ce pays de chocs – de heurts – de ruptures...

Et cette pente qu'il faut (sans cesse) dévaler pour se (re)mettre à niveau ; atteindre l'altitude à laquelle vivent les hommes (l'une des plus basses de ce monde)...

A vivre dans l'effacement (indiscutable) des Autres ; et la mémoire (atrocement) cumulative ; des prix comme des proies ; mille choses à convoiter ; en plus de la place de ceux que l'on envie...

Le visage rageur – le visage ravi ; devant le monde ; le miroir...

Nimbés de sommeil et d'éclats...

A édifier (très ostentatoirement) des monuments à la gloire du factice et de la démonstration...

L’œil inévitablement fermé...

Des existences vouées aux victoires apparentes ; des jours – des siècles – de strates amoncelées – terriblement mensongères ; et ce mirage – cette chimère – cette imposture – (très) douloureusement vécu(e) lorsque le regard s'approfondit ; lorsque l'invisible se laisse approcher ; lorsque l'esprit comprend (enfin) la nécessité du retrait – de l'effacement – de la soustraction ; et le dérisoire des reflets...

La vie trahie qui, soudain, (nous) saute à la gorge...

 

*

 

Au cœur des tentatives ; de l'irrésolution...

Sous le ciel – bas – infime – précaire – des hommes ; exactement...

Si loin de la traversée du plus intime...

Sur la route sinueuse et bruyante ; entre les pierres – les cris – les songes – les mirages...

Au milieu des Autres et des édifices ; au milieu des tombes et des ruines à venir...

Nous éloignant (peu à peu – imperceptiblement) des murs – et des miroirs – du labyrinthe...

De manière précise ; pas à pas – vers l'élargissement et la suppression (du plus personnel)...

 

 

Un monde de figures ; si profondément...

Des yeux ; de la chair...

Entre l'abîme et la lumière ; ce que creuse le ciel par-dessous la pierre...

Entre le désir et l'effroi ; dans le sillage (mystérieux) du jour...

 

 

Voyage intermédiaire...

Des rives intranquilles au pays où l'on se perd...

Jusqu'à la source dispersée du silence...

Le ciel sous nos pas ; et les vents du monde...

Et le souffle déployé au cœur du passage ; l'énergie comme décuplée...

L'âme (presque) entièrement dévolue à la traversée...

Des siècles enjambés en un instant ; l'histoire qui défile en un éclair...

Et l'oubli à l'issue de la découverte...

Et ainsi – inlassablement – recommençant...

 

 

Le sable – le soleil et l'impossible ; côte à côte...

Sur le sol ; devant les yeux – au fond de l'âme...

Bien plus qu'une hypothèse...

A travers la multitude ; l'absence ; et le territoire inconnaissable...

Dans l'intrication mystérieuse de l'essence et des apparences...

A défricher (encore) le chemin...

A déchiffrer (laborieusement) les premières lettres du mystère...

Au seuil de l'invisible ; au bord du vide – le secret pressenti...

 

*

 

Briques de terre empilées sous la charpente recouverte de chaume...

Abri des bois ; refuge du lointain ; au-dessus du monde...

Dans l'oubli des visages et des noms ; plongé dans cette (sur)abondance de vert ; au milieu de la forêt ; les pieds sur la pierre...

Arbres – feuilles – herbes – mousse ; le front à hauteur d'humus...

La peau couverte de fleurs sauvages...

A l'ombre ; les jours qui passent...

Loin des hommes endormis ; piégés dans cette somnolence qui s'épaissit au rythme des bruits de la ville [emprisonné(e)(s) dans les filets colorés – et prometteurs – de la modernité]...

En plus du vert ; le jaune et le bleu qui nous accompagnent...

Dieu au-dessus de la rocaille ; et parmi elle, le plus souvent...

Nous autres ; à l'égal des bêtes ; de tous ceux qui habitent sous les frondaisons...

Dans l'harmonie des teintes et des prérogatives de notre lignée (ascendance et fratrie) – membre (à part entière) de notre parentèle ; et la douleur des hommes comme suspendue ; soustraite sûrement...

Plus la moindre tache ; plus le moindre labeur ; la danse du feutre et des pas ; des signes parmi d'autres – réunis dans les mains qui décident du sort et du partage ; le cœur affranchi du noir ; jusque dans ses battements – le soleil et la joie ; ce qui (jamais) ne nous abandonnera ; comme l'amitié du ciel pour ceux (pour tous ceux) qui vivent hors des cercles humains...

 

 

L'histoire du monde ; dans tous ces riens accumulés...

A travers le retour – en soi – de l'origine ; comme le prolongement direct de la lumière qui traverse l'épaisseur...

Une sorte de géographie (changeante) du cosmos ; et l'impression d'un exil ; d'un éparpillement hivernal ; à la manière d'un archipel aux îles (très) dispersées...

Avec mille itinéraires et mille voyages – possibles ; séparés (en apparence) les uns des autres ; et au terme desquels attend (sans impatience) le visage (souriant) de la mort ; et le grand mélange...

 

 

Comme une fenêtre sur un monde né d'une autre source ; matrice première – peut-être – du feu et de la matière...

Perceptible depuis d'infimes interstices (terrestres)...

Dans les intervalles d'un temps suspendu ; déconstruit – en quelque sorte...

Et sans autres usages que la gratitude – la contemplation – l'émerveillement...

 

*

 

Au-dehors ; comme arraché...

Antérieur à la source du temps...

Bien avant l'invention de la matière ; bien avant que l'usure et la fatigue n'asservissent la chair...

Dans la matrice même de la blessure ; là où sont nés les univers et les mondes ; et que l'esprit, parfois, dédaigne ; et que l’esprit, parfois, balaie d'un geste lorsque, de nouveau, il aspire au silence et à la tranquillité...

 

 

Là ; dans l'un des recoins abandonnés par le sommeil et l'ignorance...

A travers tous les possibles ; l'espace rejoint – indemne – intact ; aussi neuf qu'avant l'extinction de la soif...

Inlassablement occulté et repeint ; jusqu'à ce que se ternissent toutes les couleurs ; jusqu'à ce que disparaisse la folie ; jusqu'à ce que les yeux soient capables de rester (suffisamment) ouverts pour que puissent ressurgir la transparence et la lucidité...

 

 

Au creux des mots qui cheminent ; d'un monde à l'autre ; intermédiaires – en quelque sorte...

Entre les pierres et la dissipation...

Alors que le gouffre est assiégé – et envahi – par les ignorants ; et que les vents ne sont assignés qu'à l'éparpillement des cendres ; ces restes d'histoire(s)...

Comme piégé(s) dans la boue – au fond d'un trou (profondément) nocturne...

Sous le regard (tantôt amusé – tantôt compatissant) de ceux qui ont fait un pas de côté ; et qui vivent (à présent) au milieu des arbres ; hors des cercles inventés par les hommes...

 

 

A travers les lois du père ; la défaillance ; le jour manqué – les rêves ; et l'exil du réel (inévitablement)...

Sur ces rives peuplées de figures tristes et criantes ; ignorantes et irascibles...

A travers ce sable amoncelé en édifice ; jusqu'au recouvrement total – jusqu'au recouvrement parfait – du monde...

A travers mille guerres picrocholines ; et l'esprit (laborieusement) labyrinthique...

Quelque chose du bavardage – de la farce et de la tragédie ; infiniment théâtral...

Et des paroles à perte ; perdues à jamais – sans doute...

Comme étranger(s) à ce trop-plein de luttes et de rivalité ; à ce trop peu de veille et de lucidité...

Le jour – le silence – la vérité – la lumière ; des choses parmi d'autres – sous le règne du dérisoire ; le monde régi par les lois absurdes – ridicules – insignifiantes – des hommes...

 

 

Du brouillard ; du repos à bon marché...

Sans importance ; le monde ; en comparaison des songes ; et la place (bien sûr) prépondérante des illusions...

La terre saccagée par les ambitions ; et toutes les promesses des hommes ; de tous ceux qui se pensent maître sans savoir qu'ils sont les instruments – et les serviteurs – d'une main qui les utilise à des fins qu'ils ignorent (encore)...

 

 

Les yeux de l'enfance parvenus jusqu'aux confins du monde...

Si proche d'un ciel à la dérive ; entre ici et la vérité ; dans cet écart infime...

Le jour hissé au-dessus (bien au-dessus) des hommes et du temps...

L'âme (très légèrement) penché sur l'éphémère...

Le cœur – et le chemin – entre les mains de ce qui a abandonné l'étude des (innombrables) tablettes du monde et qui marche, à présent – à petits pas tranquilles, sur la voie qui s'invente (et se réinvente) à chaque instant ; comme une danse (involontaire) vers la justesse et la légitimité...

Et le reste qui oscille entre la joie et le silence...

Une existence discrète et naturelle nourrie d'essence et de simplicité ; ce qui, ici-bas, semble si peu désiré...

 

*

 

Personne ; dans le cercle – l'existence...

Des âmes seulement ; dénudées...

Et l'esprit affranchi des signes et des symboles...

Sur cette ligne qui semble séparer l'exil et la nuit...

Les fils du destin défaits ; et jetés – devant soi – sur le sable...

Au-dedans ; l'espace – le bleu ; jusqu'au cœur de la transparence...

 

 

De proche en proche ; le rose qui s'édifie – recouvre les yeux – plonge dans le regard – colore l'âme – les mains – la peau ; cherche à détrôner l'or et le rêve ; toutes les lois du monde...

De l'intérieur vers l'extérieur...

La teinte des lèvres et des fleurs qui creuse son sillon ; sa voie dans cette grisaille – cette opacité – cette épaisseur...

Comme la joie et le silence ; (pleinement) engagé(e) dans la bataille ; et dans chaque recommencement...

Et de plus en plus visible (et évident) ; à mesure que se dessine – et s'approfondit – ce sourire ; sur notre visage...

Ce qui s'impose de manière manifeste ; la couleur de l'inaltérable...

 

*

 

Gorges rouges ; sur la terre...

Criant ; se souvenant ; s'essayant au monde ; à mille choses ; avant de défaillir...

Se réchauffant (essayant de se réchauffer) entre elles ; et distillant la peur – en attendant...

Ouvrant les veines ; au lieu du cœur...

S'imposant par la force ; et brandissant la menace et l'imprécation – et le coutelas (si nécessaire)...

Parcourant les cimes et les ténèbres ; se croyant parvenu(es) au faîte et aux confins...

N'ayant – en vérité – pas même commencé le voyage...

 

 

La chair tremblante ; face à la mort...

La nuit rehaussée par les bords...

Aux côtés des cendres des anciens – ancêtres connus et aïeux lointains – que le vent a éparpillées sur la terre...

Et des âmes – qui donc s'en soucie ; qui donc s'en souvient...

Dans les bras (invisibles) de la tendresse (sûrement)...

 

 

Gestes et pas timides ; propitiatoires ; dans l'élan et la perspective – naturels ; ceux qui ont été (singulièrement) choisis pour cette expérience terrestre...

Sous le sceau du secret ; l'anonymat et la fraternité discrète et assidue ; manière, peut-être, de se hisser (sans volonté – sans orgueil) à la hauteur des Dieux – à l'altitude qui convient ; là où le ciel et les chants s'intensifient ; là où le silence et la pierre dansent ensemble ; et dont les étreintes révèlent le mystère et la profondeur de leur intimité...

Caché(s) derrière une épaisse couverture verte ; les arbres – nos frères – nos alliés...

Si proche(s) de nos lèvres ; l'invisible – et les âmes rassemblées ; et ces lignes ; et ces feuilles – qui échappent aux lois du monde – au règne de la séduction et de la discorde...

 

*

 

Ce qui se balance dans l'esprit...

L'air que l'on fredonne...

Accompagnant le chant des arbres au crépuscule ; lorsque les bruits des hommes se dissipent...

L'apprentissage de la douceur ; contre la bêtise (et le mépris) de ceux qui ignorent ; de ceux qui exploitent...

L'âme qui s'incline face au soleil ; et le cœur qui suit (docilement) le cours des choses ; le rythme naturel du monde et des astres...

Un bout de terre rien que pour soi ; où cohabitent le feu – la pierre – le ciel et le sublime...

A nous abandonner au bleu de toujours ; à vivre – comme les bêtes – l'instinct et la mort en tête...

 

 

Le cœur chantant sous les poils – sous les plumes...

L'âme enivrée de terre et de liberté...

Sur la branche ; sur le sol – au rythme de la faim...

Comme s'il y avait un Autre – quelqu'un – derrière soi ; et tous nos tremblements devant les larmes et le sang qui ruissellent sur la pierre...

 

 

Au loin ; le chant ; et les corps calcinés ; et les têtes enfumées...

Au cours de la traversée ; le règne du dérisoire...

A l'image des vies éparses et froissées...

Des histoires sans trace ; malgré d'émouvantes trémulations dans la voix...

Si peu disposés aux chemins qui parcourent le monde ; en ignorant l'Autre (le grand Autre) ; et la source ; et la vérité..

L'ultime pauvreté – peut-être ; ce que nul ne saurait cacher...

Le ciel et le silence – et le regard – piétinés à coups d'intentions – à coups de prières et de paradis fallacieux...

L'esprit comme piégé dans ses délires – dans ses inventions ; si peu soucieux des (innombrables) répercussions de ses hourras – de ses enivrements – sur les usages du monde...

 

 

Quitter l'argile et le désenchantement ; le manque et le sentiment d'inachèvement ; la faiblesse et l'étroitesse du passage ; pour la possibilité d'une âme réellement engagée et clémente...

Ce que l’œil décèle dans le fouillis des perspectives – la pagaille des pas – le désordre impétueux (et tapageur) de ce monde affairé ; en plus du ciel silencieux...

 

*

 

Du sable encore ; malgré le vent...

Des lieux mouvants ; et l'obéissance de l'âme...

Des racines au silence ; à travers mille chemins ; mille découvertes – mille obstacles – mille traversées...

La fièvre nourrie par l'ardeur et le sang ; et qui pousse le pas...

De feuille en feuille – de pierre en pierre – d'arbre en arbre...

Et sous la surface ; et au-dessus – l'invisible à la manœuvre...

 

 

Le dehors animé par le dedans...

Qu'importe le regard ; qu'importe l'opacité...

A se réjouir – encore et encore – inlassablement...

En se dégageant du faix à mesure que la charge s'alourdit – se précise – devient insupportable...

Comme un peu de lumière sur la pierre ; sur la danse ; et le silence environnant...

 

 

A l'âge de l'autre nom ; à corps perdu...

Dans les fissures creusées dans l'épaisseur ; et les gestes (tout) tremblants...

Par-dessus les Dieux et les histoires inventés ; s'éloignant au-delà ; en ce lieu où la vérité relève de l'imposture ; en ce lieu où la honte et le temps se détachent (naturellement) de l'esprit...

A chaque regain ; l'ouverture (laborieuse) des yeux ; auxquels on soustrait l'enivrement et la prétention...

Dans l'entremêlement joyeux des âmes et de la matière qui apprennent à danser – ensemble ; au cœur de l'espace ; réconciliées...

 

 

A l'orée de cette démesure poussiéreuse...

Les cœurs qui renoncent à s'affronter...

Par-delà la douleur ; et la rupture consommée...

A l'aplomb du plus clair – l'impossible ; guère plus loin qu'une main qui se tend...

 

*

 

Au bord de l'impénétrable...

L’étreinte vertigineuse...

L'invisible qui révèle ses failles ; des puits de lumière ; l'Amour qui abonde ; à disposition...

Des ruissellements de tendresse ; et ce vide (parfaitement) habité...

La nuit – l'abîme – la mort ; constellés de lointain...

Et – à grands pas – l'intimité qui se rapproche – qui s'insinue – qui se déverse sur les ombres enchâssées...

La langue muette ; face au visible qui se transforme...

Le cœur qui (malgré lui) charrie des restes de monde et de temps...

L'irréprochable comme suspendu...

 

 

L'éphémère rassemblé en horizons...

Ni relique – ni prière...

Des fleurs – du ciel et de la joie...

Aucun versant à gravir ; aucun verset à réciter ; ce qui est offert ; (très) généreusement...

 

 

A attendre – patiemment – la venue de l'impossible qui, au loin, se dessine...

A l'heure où les miroirs s'opacifient ; où les reflets se ternissent...

Dans le silence (éprouvant) de l'hiver...

Des choses et d'autres ; plus ou moins sombres – plus ou moins grises ; à travers les grilles du monde et du mystère qui (si souvent) se confondent (ou se superposent)...

Sous les ombres angoissantes de la pierre...

La tristesse et le rire  ; le temps d'un (bref) passage...

Ce qui est éprouvé jusque dans les tréfonds de la chair...

L'âme si légère – si transparente – pourtant...

Le bleu à fleur de peau...

Invariablement ; entre les murs et le sommeil ; le corps rivé au même rivage ; le cœur tourné vers le même visage ; sur cette grève étrange et trop peuplée...

 

 

La parole amoureuse ; à la limite du guérissable...

Léger(s) ; dans la neige scintillante ; les pas qui s'égarent...

Et ce qui craque sous la foulée fuyante...

Des signes au-delà (bien au-delà) des mots...

Le bruit (terrifiant) des heures qui se succèdent (sans jamais s'interrompre)...

L'âme (encore) vive et palpitante...

Dans cette résonance quelques fois partageable (et partagée)...

Les voix (toutes les voix) de l'intérieur...

Par-dessus les légendes du monde ; par-dessus la pierre et le sang ; les humeurs noires et changeantes ; les alliances et les ambitions...

Par-dessus les rêves et la violence ; par-dessus les cascades et les coups ; le déferlement de la haine ; le ruissellement des illusions – face à la stupeur et à l'incrédulité...

Les hommes dans leur cécité et leur obstination ; condamnés à l'errance...

La garde resserrée ; un œil sur ce qui chancelle...

Un pied sur le désir et l'autre sur les apparences ; comme écartelé(s) par les reflets de l'écume ; comme appuyé(s) sur la verticalité la plus bancale...

Et tous les fils rassemblés – entremêlés – dans la poigne du moins tangible...

 

 

Éparpillé(s) ; le monde – l'Amour – le langage...

Le silence renversé ; à l'intérieur...

Un chemin – mille chemins – qui nous rapprochent – qui nous éloignent – qui nous égarent...

Des mots qui s'élèvent ; contre la voix...

Des récits à partager...

Des yeux qui scrutent (avec attention) la terre ; l'histoire qui se déroule ; le temps qui se prolonge...

Au milieu des créatures (de toutes les créatures) qui s'attardent dans la longue traîne sinueuse...

La tête enfouie dans le froid – la brume – l'angoisse...

Dans l'impossibilité de soi ; l'impuissance démultipliée...

Quelque chose (bien sûr) de l'argile...

A travers le fouillis du monde ; l'invisible transparent...

 

 

A vivre ; à voyager – sans lieu d'attache...

Dans le bruissement du bleu à travers les feuillages ; la traversée du front ; ce qui remonte (ce qui finit par remonter) dans l'âme...

Et ce qu'éructe le cœur ; une gerbe de mots et de silence ; un peu lumière – un peu de poésie – peut-être ; comme un geste – un peu de vent ; au milieu du bruit et des hurlements...

 

 

Le cœur défait par la route ; (très) amoureusement dénudé...

Avec quelques mots dans la balance ; comme contrepoids (infime contrepoids) au plus grossier ; un peu d'invisible face au monde...

Avec le merveilleux dissimulé à l'intérieur...

A la manière d'une voix qui s'élève au-dessus des bruits...

La parole amoureuse qui résonne au milieu du désert ; comme un signe – une offrande – une (vague) proposition peut-être...

Une façon (sans doute) de susciter l'écoute ; d'inviter à vivre (simultanément) sur – en deçà et au-delà – de la pierre...

De traverser l'arche ; vers un ciel sans attente...

 

 

A travers le regard ; si profond ; et quelque chose aussi de l'écume ; de la trace...

Comme un centre oublié ; l'essence même de l'éphémère ; ce que l'homme a coutume de jeter avec l'ombre et les rebuts ; tout en bas du monde ; sur la pente de l'oubli...

 

*

 

La lumière qui déborde...

L'âme (les âmes) assouvie(s)...

A l'ombre du secret...

Le mystère vivant ; au milieu des murs ; au cœur même de la pierre et du pain...

Tout en douceur ; en équilibre – le silence et la respiration...

Devant nos frères ; sur la roche ; sur la table de bois – le contraire du sacrifice...

L'offrande involontaire ; parfaitement désintéressé(e)...

Seulement le soleil et l'espace...

Le sourire et la joie ; comme un jaillissement (spontané) de la source...

 

 

Ce que l'on ne voit pas ; et que l'on interroge de temps à autre...

Le souffle et le monde ; dans leur danse continuelle...

Et l'inconnu parfois rehaussé contre les parois des grottes et du crâne ; à la lisière du cri ; magistralement ; à travers l'immobilité et le voyage ; à travers les saisons ; l'âme sur les chemins du monde...

 

 

Les mains liées à la terre ; et l'âme à l'éternité...

Parfois rumeur – parfois présence...

Parmi les bruits et les choses...

Le cœur irrégulier...

Quelques traces ; et les empreintes du temps...

Des détours ; des attentes ; et le prolongement du legs ; mêlés à la veille et au périple...

Glissant avec les ombres ; sur la terre – dans le trou – vers le ciel...

Le visage – de moins en moins – reconnaissable ; à mesure que l'envergure se précise – à mesure que l'immensité s'installe ; dans nos tréfonds...

 

 

A recommencer (sans cesse) le voyage ; la traversée du même passage ; jusqu'au prochain tronçon...

Le monde expulsé ; le temps arrêté ; et qui, soudain, reviennent et recommencent...

Qu'importe le nombre (et la profondeur) des tombes et des plaies ; qu'importe l'épaisseur des résidus de matière et d'orgueil...

Qu'importe le déclin et le pourrissement...

Qu'importe l'ardeur et les possibilités...

En ce lieu dénué de paroles ; où l'innommable est (silencieusement) célébré par l'âme – la chair – l'esprit...

Le vivant désincarcéré ; (en partie) affranchi de la fatigue et du sommeil...

Par-delà les barreaux nocturnes ; au plus haut (peut-être) de ce (minuscule) tertre terrestre...

 

 

Au-delà des limites et de l'appartenance...

Les fils du monde sectionnés...

Parfaitement engagé dans les jeux du reste ; parfaitement conscient de la malice des Autres...

Sans image – sans histoire – sans hypothèse...

Le cœur ardent malgré la pierre – le sable – les pièges tendus par la chair...

Jour après jour ; sous l'immensité ; les mêmes bourrasques – les mêmes tempêtes ; et, de temps à autre, quelques trouées de lumière dans ce ciel sans promesse...

A nous rassembler autour des os ; le regard oublieux de l'épaisseur et de la boue enfoncée dans les crânes ; par-delà la mort et la désolation – le vent et l'amplitude...

 

 

Au cœur du naufrage ; le monde...

Dans ces vieux restes de lumière...

A travers le regard fébrile ; engoncé dans l'ardeur...

A travers les fables et l'inquiétude ; les déchirements et les rumeurs du langage...

L'hiver et la nuit...

Et notre départ précipité ; des pas effectués à la hâte...

En deçà (bien en deçà) de la blancheur (et de la poésie) espérée(s)...

 

 

La rupture ; ce qui cesse ; le cœur encore vivant ; à travers l'oubli – tous ces résidus de mémoire...

Et la mort étreinte par le temps dilapidé...

A chercher (en vain) au milieu de la multitude...

Le sommeil posé contre le front...

Parmi les herbes ; parmi les arbres ; et les grands chiens noirs de la forêt...

Sous la lune rouge ; et les astres lointains...

La blessure apparente...

Au cœur même de ce voyage ; la dissipation des tourments ; et la lente émergence de la légèreté...

 

*

 

Ce qui s'élève ; ce qui tombe ; ce qui se redresse encore ; et disparaît...

Au milieu de l'écume (opaque – encombrée) de cette terre...

Le plus bas ; aux marges du territoire en ruine...

Le temps comme un trou ; un puits sans fond ; un ruissellement sans fin...

A la manière d'une danse et d'un évanouissement ; ce qui semble encadrer tous les jeux (et tous les enjeux) du monde...

L'épreuve (malaisée) de la matière...

Penché(s) au-dessus de l'abîme...

Notre royaume ; et le défilé des visages et des saisons...

 

 

Inséparable(s) du monde ; des frontières...

L'oubli ; les gestes quotidiens ; et la grande imposture...

Au terme du temps ; et ce qui survient après la mort...

En plus du reste ; ce que l'esprit engourdi ne saurait percer (en dépit des yeux – apparemment – ouverts)...

 

 

Le voyage – et le monde – gâtés par la hâte...

Comme des oiseaux de glace jetés sur la chair et le temps...

Du haut de l'ombre ; à chuter dans l'espace...

Entre le feu – la fenêtre et l'invention du monde...

Dans l'éloignement (imperceptible) de l'intimité – de la tendresse – de la lumière...

A essayer de réinventer le ciel et la mort...

Face à l'irrépressible ; l'existence et ses possibilités (toutes ses possibilités)...

L'élan et le chemin ; comme un (vibrant) appel ; et les obstacles – et les faiblesses – et les impuissances – à l'intérieur...

 

 

Le visage (inchangé) du désir ; ce qui s'impose ; la puissance des nécessités ressenties...

Le cœur engagé dans l'aventure ; comme le geste ; comme la voix – à travers la longue série de circonstances  ; les facettes du monde – de soi – qui se révèlent à travers les figures rencontrées...

Au-dehors – le jeu ; et au-dedans – la foi (et, de temps à autre, l'espérance égratignée)...

Ce à quoi l'on rêve ; et ce que l'on fuit...

La possibilité de l'enfance ; comme un (réel) retour à l'origine ; au source de ce que nous sommes ; parmi tout ce qui nous compose...

Et la solitude – toujours – en filigrane ; en dépit des Autres ; toutes les rencontres – à l'intérieur...

 

 

Dans l'ombre (démesurée) du langage...

Un paquet d'images et d'idées ; un amas de songes et d'histoires...

Ce qui – à l'origine – fit naître le temps ; et la durée...

Des restes de poussière ; comme une (très) longue traînée...

Un peu d'argile sous la pluie...

Dans le fouillis des rêves et du mensonge...

L'inextricable ; et ce qui relève de l'interdit...

 

 

Toujours ; l'or – le jour – la mort...

La multitude irréductible ; (encore) aveugle au rayonnement...

Des croyances et des mots ; ni parole – ni (véritable) prière ; plus proche du cri et de l'espérance que de l'intimité ; que de l'inconcevable...

Un cœur qui bat – au milieu des cœurs sourds et défaillants qui refusent de se prêter au reste...

 

*

 

La lumière ; quelque part ; au bord du temps...

Aux marges du monde...

Dans la simplicité naturelle de l'esprit ; ce qui se révèle...

A travers l'errance (si ancienne) de ce qui se cherche...

Les yeux ; à la manière d'un voile sur le monde ; (trop) rarement déchiré...

Pacifiquement ; le voyage – la défaite et le déclin...

Ouvert(s) sur l'infini ; cette succession d'horizons rassemblés...

Un chemin désert ; et la joie qui apparaît (et nous pénètre – peu à peu)...

Avec tous les paysages – à l'intérieur – qui se déploient...

Au milieu du silence et des choses (très mystérieusement) réunis...

Avec, au fond des têtes, des rives – des étoiles – des mélanges...

Ce qui prolifère dans l'abandon et le désordre de la matière ; une perspective que néglige (si souvent) l'esprit ; comme une chose (à ses yeux) inconcevable ; et (presque) impossible à réaliser...

 

 

Le jour ; sans le savoir...

Enhardi par les chants...

Oublieux des rêves (et des ambitions) des hommes...

Au cœur de ce qui se rejoint ; de ce qui guérit ; et que quelques-uns parviennent à deviner derrière la tristesse – la douleur et l'incurie...

 

 

Ouvertes ; les fenêtres de l'âme ; partout – sur l'horizon...

A travers l'écorce épaisse ; le tégument terrestre...

Et l'homme barbotant dans son bain d'ignardise ; en dépit de l'esprit offert – en dépit des possibilités...

A gigoter devant son image – ses reflets ; derrière ses écrans...

Cherchant à jouir du monde ; et à retarder sa fin...

Et dissimulant sa laideur (et ses limites) à seule fin de pavoiser devant l'Autre ; à essayer (naïvement) de tromper l'éternel...

Les yeux faussement baissés sur le sol ; sur la terre rouge et luisante – abreuvée de larmes et de sang...

Le corps (très) vaguement assouvi ; le cœur (très) vaguement satisfait ; saturé(s) de chair et d'images...

Élevant (parfois) la voix jusqu'au cri ; et la main jusqu'au ciel à sa mesure (inventé à sa mesure)...

L'esprit d'os et de chair (presque) à son aise ; ici-bas...

 

 

Sur la route...

La mémoire à son comble...

Les lèvres closes ; comme le cœur et les yeux...

A inventer encore ; et à croire plus que tout ; s'imaginant parvenu sans même sentir cet étrange fardeau qui pèse sur l'âme et les épaules...

Immodeste en son empire qui empiète sur celui des bêtes et sur celui des Dieux...

Insensible aux trémulations du cœur ; seulement le corps douloureux ; et l'ardeur vaillante...

La tête à l'ouvrage ; à l'ombre d'un ciel sans faille – sans interstice...

 

 

La nuit bue jusqu'à la lie...

Les poches pleines de pain et d'acrimonie...

Le jour – en contrebas – invisible...

Quelque chose du vent – dans le pas – sombre – pourtant – lourd en dépit des tentatives du reste...

S'éloignant du vrai ; à mesure que se perfectionnent l'abri et les outils ; à mesure que s'organisent (et se complexifient) le progrès et la résistance...

 

*

 

Cette intimité désolante avec l'Autre...

Au cœur du monde ; de la chambre – chacun protégé derrière ses douves – ses tours – ses remparts ; mendiant les nécessités (visibles et invisibles) qui lui font défaut ; et offrant le surplus – tous les rebuts dont il n'a l'usage...

Une lanterne devant lui ; éclairant tous les échanges...

Les yeux comptant les bénéfices ; mesurant les avantages – les gains de chaque transaction ; à l'aune des rêves établis...

A la manière des ombres condamnées aux lumières artificielles du monde...

Le cœur atrophié ; et au fond de l'âme – l'Amour oublié ; et sous le coude ; les cahiers où sont consignés tous les trésors amassés ; de loin – ce qu'ils jugent le plus précieux...

 

 

Des lignes – des pas ; le moment venu...

Écoutant et contemplant ; depuis l'intérieur ; les profondeurs ; tous les passages...

(Très) solitairement...

 

 

Entre la poussière et la cendre ; mille lieux – mille états...

Sur la pente ; endormi(s)...

Au cœur du vide ; aussi inconscient que le sommeil ; aussi bref que le rêve ; ce qui vit...

L'image (parfaitement) dépliée dans l’œil...

Jusqu'au plus sombre – la danse...

Et l'incroyable variabilité des pas...

Et cet allant ; malgré la gravité...

Sans (jamais) savoir ce qui vient...

Le non-sens même du voyage...

Le saut et l'immobilité ; à même l'immensité ; qu'importe l'ardeur ; qu'importe l'envergure...

 

 

Entre chaque fosse ; l'éternité ; comme entre chaque élan – entre chaque respiration – entre chaque instant...

L'écume jetée – avec les souvenirs – par-dessus l'épaule...

Insoucieux de ceux qui tournent (en rond) sur leur étroite parcelle ; sans jamais détourner les yeux des choses qui s'entassent sur leur (petit) carré de terre...

Au milieu des fleurs et des chants...

Le séant sur le sol ; ici-bas comme sur un trône ; au royaume des humbles...

 

 

Dans les mains hasardeuses des étoiles lointaines (si lointaines) qui firent naître la blessure et la lumière ; et que le monde a, peu à peu, appris à creuser ; révélant le courage (et l'audace) de ceux qui fouillent dans le noir – dans la terre – dans la chair ; là où la plaie ouverte suinte cette matière sombre – au destin funeste – à la recherche de la lueur originelle ; la première étincelle – peut-être – de ce feu très ancien...

Des mots et des mains capables de se détourner de la halte – des règles et des lois – du plus commun si docile ; si peu rebelle – si peu enclin à remettre en cause ses certitudes ; tous les savoirs du monde...

Quelque chose du piège et de l'illusion auxquels bien peu rêvent d'échapper...

 

 

Partout ; le même cirque ; le défilé des vivants qui cherchent un bout de terre – un tertre – un ravin – un refuge – où ils pourraient s'installer ; et un peu d'or – un peu de gloire – et, quelques fois (plus rarement), une lampe (un peu de lumière pour comprendre) ; de quoi apaiser (très provisoirement) les peines du corps – les tourments du cœur ; de quoi offrir à l'esprit quelques instants de répit ; un peu de tranquillité ; avant l'épuisement et la mort...

 

 

A cheval sur le vent ; à chaque naissance ; à chaque recommencement...

Entre l'ombre et le sourire...

Entre la fortune et le malheur...

Et, parfois, les signes d'une quête ; la nécessité d'un sens ; un besoin d'intimité avec le reste ; quelque chose de la fusion* ; une parfaite appartenance au monde...

* une forme de dissolution qui ne se présente pas ainsi de prime abord...

Et, parfois, la découverte d'une (très) ancienne lignée ; et l'appartenance à deux familles ; l'une liée à la pierre ; et l'autre dépositaire des étoiles...

Des figures et du soleil pour encourager la marche – embellir la chambre et le jardin ; et inviter la lumière jusqu'au plus noir de l'âme et du voyage...

Une manière, peut-être, de jeter un peu de terre sur la mort ; d'intensifier la vie* et de déployer ce que l'on porte dans ses tréfonds...

* et le sentiment d'être vivant...

 

*

 

Dans le cœur passager ; l'absence...

Et l'inconnu qui résonne en vain ; comme une certitude non reconnue ; comme une partie de sa chair reléguée...

L'âme trop étrangère au sans nom...

A marcher sur un chemin inachevé (et inachevable) ; une (très) longue impasse – en quelque sorte – qui, indéfiniment, prolonge sa fin ; jusqu'au lieu où les vents balaieront tous les superflus et pousseront au retour...

Comme convoqué(s) (enfin) par une nécessité...

 

 

Le souci de la transparence plutôt que la mémoire...

La totalité de l'histoire déjà présente dans la chair – le geste – le pas – la voix – d'aujourd'hui...

Comme si le vivant (et la matière) pouvai(en)t s'affranchir des codes et des frontières du temps gradué ; et s'inscrire dans le toujours – en quelque sorte ; à la manière d'un bout de ciel – un bout d'éternité – peut-être...

 

 

Couleur de chair et d'étreinte ; le cœur...

Dans la proximité de l'espace – du soleil ; et des tremblements ; plutôt que soumis au règne des images et de l'impatience ; plutôt qu'assujetti aux lois des périmètres circonscrits...

 

 

Presque rien ; des jours qui passent...

Des amas de poussière que l'on porte d'un lieu à l'autre...

Ce que l'on accumule ; au fil des ans – au fil des générations...

De jour en jour ; de siècle en siècle ; l'espace qui se remplit ; l’œuvre des âmes peu interrogatives...

Et ce qu'il en reste ; presque rien...

Aujourd’hui – demain – dans mille ans ; peu importe l'époque et le temps...

 

 

Le ciel renversé par tant de saisissements ; et la terre ravagée...

Et les mains tremblantes ; et le cœur qui brûle encore...

Ah ! Si seulement la source savait...

 

 

Détaché du feu ; le bâton hors du cercle...

La pierre au cœur des calculs...

Les lèvres badigeonnées avec un peu de silence...

Ce dont on s'est libéré ; l'argile qui recouvre l'essence ; avec quelques bouts de tissus par-dessus...

Comme les couvertures et l'écume ; tout ce dont l'homme se pare (tout ce dont il aime se parer) ; l'obscur et la lumière dont il s'est défait ; et que l'on retrouve intacts le jour de l'affranchissement...

La bouche et les mains (à présent) libres d'offrir ; le cœur contre la paume et le front...

Et tout ce sang évaporé ; remplacé par le vent ; et qui cogne contre les tempes ; au-dedans des galeries et des passages...

Les joues ruisselantes des larmes des bêtes ; et de quelques Autres (incroyablement humains)...

Bien davantage que de la matière vivante...

Aussi près du sol que du mystère ; enchevêtrés ; et le cœur engagé dans l'un et dans l'autre – d'une égale manière...

 

 

Ensemble ; tantôt vers l'éveil ; tantôt plongé(s) au fond du sommeil ; les mêmes âmes ; le même esprit ; au gré des cycles – ce qui se déroule...

 

*

 

L'architecture du nombre...

La multitude organisée ; du désordre à l'équilibre (et inversement)...

D'un chaos à l'autre...

La matière devenant chair ; et la chair cherchant son avenir (ce qui lui succédera)...

Par-delà les visages et les signatures...

Par-delà les paris et les assemblées...

Par-delà même les possibles d'aujourd'hui (et de demain)...

Allant vers son origine ; à travers son perpétuel enfantement...

Jusqu'au tournis ; jusqu'à la perte du plus inutile ; du plus singulier...

A rebours vers l'indistinction ; et déjà au cœur de l'unité (sans aucun doute)...

 

 

Dans la célébration de l'intime ; et de l'équivoque...

Sous le règne de l'ombre et de l'imperfection ; fort heureusement (à dire vrai)...

Dans l'étonnement du bleu changé en une myriade de couleurs ; et jusqu'à la lumière qui s'amuse à prendre les habits les plus obscurs...

En ce monde où les visages et les choses sont soumis au règne du masque et de la métamorphose...

 

 

Auprès de ceux qui peuplent – si discrètement – la terre...

Dans notre chambre du dehors...

A sentir l'air et le vent ; le soleil et la pluie ; la chaleur et le froid...

La masure au milieu des arbres et des pierres...

Les sandales aux pieds ; et l'âme proche (si proche) de la main qui œuvre sur la (petite) planche de bois...

Le mystère – ressenti – (presque) dans chaque geste ; (presque) à chaque respiration...

Et toutes ces têtes de papier qui trônent au milieu des vivants sans parole ; au cœur droit et sensible...

Riche(s) des mille trésors de l'être ; réunis ; et d'un seul souffle ; embrassés...

Hors les murs ; de l'autre côté – aux confins des marges...

 

 

Dans l’œil qui guette ; les gardiens du ghetto ; le temple des Dieux acolytes – des Golems dociles...

Sans incise sur les siècles ; le sommeil (presque) d'une seule traite...

Avec des larmes factices ; et des émotions falsifiées ; l'âme inchangée – imperturbable ; heureuse même des malheurs et des malédictions qui s'abattent sur les Autres...

A prévenir le changement pour lisser tous les obstacles – toutes les aspérités – possibles ; et pouvoir (ainsi) organiser le voyage en une longue ligne droite – glabre – douce – vernie...

Ainsi vivent ceux qui ont peur (et qui s'imaginent clairvoyants) ; et que la vraie soif (et que la vie vraie) n'atteignent jamais ; et qui bannissent de leur territoire ce(ux) qui habite(nt) le monde et l'invisible ; et qui ignorent (qui continuent d'ignorer) les lois inaltérables du mystère ; et ce qui favorise la lumière...

 

*

 

L'après ; comme le lieu de l'ombre...

L'esprit ensorcelé par la mémoire et la possibilité ; l'attraction du plus loin – de l'ailleurs – de l'autrement...

Comme une fuite ardente ; au-delà des pierres connues ; au-delà des chemins arpentés...

Comme un grand écart ; un grand départ – peut-être ; qui sait...

Et la charge qui s'accroît ; qui nous suit ; qui s'aggrave à mesure que l'on s'éloigne...

Voyageur égaré plutôt à l'avenir sombre ; poursuivant toutes les chimères du monde...

 

 

Le cœur criminel ; la main levée à la gloire des assassins...

Dans une sorte de suicide déguisé (ou à peu près) ; et une forme de cannibalisme silencieux (qui, jamais, ne dit son nom – et qui, toujours, se réfute)...

Ce qui se tait ; à mille lieues de ce qui s'efface ; et qui sautera, tôt ou tard, au visage de ceux qui s'y livrent (en feignant de ne pas y toucher) comme un diable triste jaillissant de sa boîte ; porteur d'ombres qui tomberont en cascades sur tous les bourreaux...

 

 

L'éloignement du nombre...

A la manière des ombres ; à s'épuiser dans l'étreinte...

Au cours de ce voyage ponctué de larmes et de gestes fictifs...

En chemin ; des Autres – des coups ; et des lampes (quelques lampes) de temps à autre ; ici et là...

Et le faix à porter ; à chaque instant ; à chaque recommencement...

Et l'homme – comme le monde – ignorant jusqu'à son propre sommeil...

Et à son heure ; qu'adviendra-t-il ? Que fera-t-il ? Qui pourrait donc le dire...

 

 

Une sorte de vision ; à travers le ciel...

Un peu de vérité – peut-être – au milieu de la poussière qui tourbillonne...

Le bleu aussi ; assurément ; en dépit du plus grossier ; en dépit de la tristesse ; en dépit de la nuit que l'on a fait nôtre...

Dans l'écart – le pas de côté ; puis, l'effacement ; ainsi se mesure la justesse d'une existence – d'un geste – d'une parole ; le retrait de la figure derrière ce qui s'exprime (jusqu'à la disparition de la plus infime trace)...

La seule chose qui compte dans ce monde d'ostentation et d'arrogance – dans ce monde de postures et d'apparat...

La révélation de l'être ; sous ses (multiples) masques ; à mesure que le mystère se découvre – se dévoile – se révèle...

 

 

L'inévitable tumulte de la source qui se prolonge ; qui se réinvente ; qui se perpétue ; arrivée à notre hauteur ; se cognant à tous les angles ; se perdant dans tous les recoins ; inscrivant son empreinte sur la pierre – sur la chair ; dans les cœurs trop hermétiques – trop peu tourmentés...

Au rythme de ceux qui peuplent le monde ; à travers la danse des songes...

Et une voix, de temps à autre, qui émerge de cet océan de cris et d'ignorance ; un peu de vérité – peut-être – qui se dresse au-dessus de l'apparente gloire de l'homme ; comme un peu de vent et de soleil dans la torpeur hivernale ; à la manière d'un remède (une sorte de panacée sans doute) pour l'humanité triste – affligée – souffreteuse...

 

*

 

Les yeux plaintifs ; à genoux...

Couchés sous le mauvais sort...

Le cœur parmi les pierres ; de plus en plus dur à mesure que le vrai s'éloigne ; à mesure que nous quitte la seule condition apotropaïque ; l'antidote à toutes les fables – en quelque sorte...

Avec ce goût amer au fond de la gorge...

Et les lèvres muettes ; qu'importe l'encens ; qu'importe la prière – face au ciel ; la même grimace...

La langue surannée ; impuissante à favoriser les conjurations...

Et cette liqueur qui coule le long de nos mains ; le sang du monde – que nous ravalons – avec nos larmes...

 

 

Enfant des pierres ; enfant des arbres...

Éloigné de ses semblables...

Seul – sage – inventif ; au milieu de sa chambre ; au milieu du monde – sans doute...

Revenant à la plus vive innocence ; par-dessus les jeux et les enfantillages...

Quelque chose du cri, peu à peu, transformé en silence ; quelque chose de la mélancolie, peu à peu, transformé en joie ; s'élevant à hauteur d'homme (peut-être)...

 

 

Un pas – une parole ; à même la feuille ; à même la pierre...

Sous la lumière du jour ; en équilibre sur cette (longue) ligne invisible...

Dans la proximité de ce qui sépare le sable et le temps ; et le monde des éboulis ; révélant ce qui nous est inconnu ; ce versant où rien ne peut s'achever ; le lieu de tous les prolongements (et qui apparaissent, aux yeux des hommes, comme de simples (re)commencements)...

Comme aboli(e)(s) ; le règne du rêve ; les constructions de l'esprit ; les façades d'argile et de vent ; l'obscurité du cœur qui se repose ; ce monde inattentif – mécanique – sans question ni réponse...

Trop insoucieux du plus bas ; ce que les hommes jetteraient (volontiers) avec les ordures (avec les ordures et les malheurs) ; et qu'il faudrait, au contraire, rehausser et mettre en exergue ; comme une priorité (la première – la plus urgente – sans doute) sur la longue liste des choses à faire...

 

 

L'âme ouverte...

Sans cette fatigue au fond des yeux...

Sur cette voie invisible ; parallèle au monde...

Le ciel uni à la tristesse ; et la terre sous les pas...

Sans trace – sans vertige ; le front clair – le front droit et lucide (presque lumineux – presque transparent) enfoncé – pourtant – dans l'épaisseur ; au cœur même des possibles ; là où l'oubli prend sa source...

Avec partout – alentour – le silence ; le sommeil et les yeux fermés...

Tout ce sable ; toutes ces ombres ; dans cet univers esquissé à la craie (de manière bien trop approximative)...

Le cœur si lointain – si glacé...

Déplorant l'absence de bleu alors qu'il s'évertue à diluer l'obscurité du monde – la noirceur des têtes – le fond intrinsèque des choses ; alors qu'il s'évertue à se partager (offrant l'essence à la surface floue – opaque et changeante)...

Sans legs – sans succession ; l'esprit en déshérence ; pris dans les filets du monde et du temps ; soumis aux règles du jeu inventées par les hommes ; sans voir (sans même apercevoir) l'amplitude de l'espace – ni la lumière – ni la tendresse – qui logent dans ses tréfonds...

 

 

Intenses ; la traversée et les interrogations...

Ce qui est ressenti ; tantôt déclin – tantôt renouveau ; tantôt illusion – tantôt clarté...

Dans le désordre fou des tentatives de réponse ; le jour comme écartelé entre l'âme et le silence (entre leurs nécessités parfois contradictoires) ; et tentant de soustraire la douleur ; et d'initier un sourire (une tendresse et une gratitude) pour toutes les expériences qui (nous) sont offertes – pour tout ce qui (nous) est octroyé...

 

 

Le cœur fléché...

Le cœur qui souffre ; le cœur qui saigne ; le cœur qui soigne (trop rarement)...

Le cœur de l'homme et celui de la bête ; assassins et fraternels ; et dont la proximité et la ressemblance sont (trop souvent) mésestimés par les livres et par les lois...

Intimes jusqu'au tremblement – jusqu'au frémissement – jusqu'au hurlement – communs...

Au service du sang – de la danse – du soleil...

Sur ces rives apparemment injustes et poussiéreuses...

Ce que l'on ne peut refuser ; en plus des crimes ; en plus de la faim...

 

 

Immobile(s) ; passablement entravé(s)...

Les yeux au seuil de ce que l'on distingue ; de ce que l'on aperçoit...

Et sur un plateau ; ces murmures offerts...

Les lèvres – le ventre – la lune...

Et les mille choses que l'on ne voit pas...

 

15 août 2023

Carnet n°297 Au jour le jour

Juillet 2023

Par bonheur ; le jour délicat – le chant de l'invisible – le parfum de la terre dans la mémoire ; et le goût inaltérable du ciel...

Ce par quoi l'âme doit passer ; après que le cœur s'est arrêté ; après que le sang se fige dans les veines...

Dans le silence éternel du temps...

 

 

Au fond de l'abîme habité ; la souffrance autant que la joie – le seul et la multitude ; l’entièreté du monde avec ses possibles et ses entraves...

La danse du vivant infestée d'images et de mots ; ce qu'invente l'esprit pour rendre la pierre (plus) vivable...

 

 

Ici ; dans l'âme et le silence ; la justesse ; contrairement au monde – à la langue – gorgés de méprises et d'approximations...

 

*

 

Le dos – droit ; comme la terre – un arbre – peut-être ; comme une fenêtre sur le monde et la nuit ; comme une chose assez peu distincte du reste...

Trop tard – peut-être ; trop longtemps après les premiers frémissements...

L'âme et les pages du livre ; écornées...

Seul – dans le passage ; avec tout ce noir blotti contre soi...

 

 

Sans même aller ; l'âge déjà...

Comme une vieille étoile éteinte ; dérisoire (si dérisoire) dans l'immensité ; et le regard de l'homme – et le regard de l'Autre...

A notre place (pourtant) dans l'attente d'une joie – d'un ravissement...

Quelque chose né de l'ombre ; et qui est parvenu à s'en affranchir...

 

 

Des larmes ; comme une résistance ; une manière pacifique – innocente – de contester...

Du sang le long du glaive ; s'écoulant ; après avoir transpercé la chair ; le cœur du monde – de l'homme – de l'aube – de la roche – de la bête...

Et les eaux – et les prières – et les chants – pour balayer les traces funestes ; le sort effroyable de la matière...

En attendant l'aube – l'Amour ; la violence (insoutenable) de la terre ; plongé(s) au cœur même de la tragédie...

 

 

Vêtu de ciel et de peau...

Enveloppé d'argile et d'invisible...

Au seuil de l'évidence – le plus tangible...

Au seuil des remontrances – la liberté...

Et le chemin qui invente – et qui façonne – le pas ; pour se retrouver...

 

 

Comme le jour passé – comme le jour passant ; la lumière à travers nos cris ; à l'image du désir – une faiblesse – peut-être...

La marque – le manque – d'une rencontre...

Le regard porté au-dedans ; et au-delà ; essayant de découvrir – tentant de trouver une issue – un nuage – un mirage – une solution ; une présence – sans doute...

 

 

Depuis toujours ; le sommeil ; cette chape de plomb apportée par la nuit...

Des couleurs sombres posées contre soi ; et qui passent de main en main (au fil des générations)...

Le rêve ; le sens de l'histoire peut-être...

Comme un cri qui monte jusqu'aux lèvres ; pour que le monde sache enfin ; apprenne à voir ; commence à regarder...

 

 

Éclairés ; la marche – le pas – les jours...

Quelque chose du monde ; sans aide – sans personne...

Affranchi de cette terreur sans écho...

Entre le masque et l'oubli ; un étroit passage – un peu de lumière – l'issue tant recherchée – le doigt dans la chair – la blessure ; là où est la douleur – à l'exact endroit d'où sort le cri...

 

 

L'espoir encore ; comme une promesse...

Entre les mains des hommes – entre les mains des Dieux...

Sous le règne triomphant de la terre – du provisoire ; les armes brandies par-dessus les instincts...

A se frotter au monde ; aux aspérités – à l'épaisseur...

A l'horizontale ; puis, à la verticale ; et inversement ; cherchant (en vain) comment être vivant ; comment se tenir (réellement) debout ; comment être un homme...

 

 

Comme un parfum – un peu de consistance dans le néant des vies ; comme une malédiction inoculée depuis le plus faible de l'âme ; à peine une morsure mais qui – insidieusement – distille son poison pendant des siècles...

La tête chavirée – basculée vers l'arrière – sous l'effet puissant de la drogue ; de cette illusion qui, peu à peu, envahit le cœur et le sang...

Debout – les yeux entrouverts – entre sommeil et somnolence ; enchaînant les gestes mécaniques et se croyant lucides – éveillés...

De la terre et de l'engourdissement ; entassés dans le regard – les mains ; et les poches pleines de cette argile sombre parsemée d'éclats...

Vivants se disent-ils ; créatures de l'ombre – à peine...

 

 

Une fois de plus ; le corps criblé de lumière – jusqu'à la douleur – jusqu'à l'étourdissement...

Le vertige du monde – peut-être ; ou le délire de l'homme – qui sait...

En attendant le regard ; en attendant la joie...

 

 

Au-delà même de la chair – de la terre ; ce qui nous est (chichement) offert...

L'alliance – le mariage ; et la trahison...

La gorge serrée ; comme si une main – une poigne – nous saisissait...

Les cadavres ; les blessures et le sang – l'impossibilité...

Et quelque chose du manque ; par-dessous...

Entre la caresse et la cuirasse ; un chemin nous est proposé – se dessine ; une issue – l'éternité peut-être...

 

 

Échapper aux hordes et aux tribus...

Aller par-delà le monde – par-delà la terre et le ciel partagés...

Vers un peuple sensible à l'invisible et aux origines...

Moins crédule qu'innocent ; sachant repérer les méprises et les impostures...

Œuvrant au rythme de la sève qui monte...

Le cœur louant tous les règnes...

Encore plongé dans les eaux tourbillonnantes du monde...

S'enivrant de tous les contentements...

Sous le ciel ; l'âme bleuie déjà...

 

 

Riant seul ; au milieu des murs effondrés ; au cœur du labyrinthe d'autrefois...

Espace – vaste espace, à présent – qui laisse libre cours à l'âme ; et qui livre à la justesse et à la possibilité de la graine...

L'ensemencement du monde...

 

*

 

La main posée sur la solitude ; touchant sa chair – sentant sa texture – appuyant comme sur du moelleux...

Apprenant à mourir ; à éprouver tous les deuils...

L'ultime rive ; la dernière île peut-être...

Sans lèvres – sans l'Autre – sans simulacre...

L'existence et le bleu ; rassemblés ; comme un bagage ; le seul baluchon que l'on ait jamais porté...

Abandonnant les os et le sang à la terre...

Nous rapprochant du plus familier...

 

 

L’œil et le ventre ; cheminant ensemble...

Face à l'auditoire en demi-cercle...

Ignorant tous les secrets ; ceux de la terre et ceux des Dieux...

Participant au spectacle ; et (assez) prépondérant dans son rôle de témoin ; spectateurs – aux mains enchaînées – d'un monde collé contre eux...

 

 

Sur les voies moissonnées ; l'âme prise dans les filets du temps – se hâtant – précipitant le sable ; dans le vide – déjà ; chutant ; immobile...

A craindre encore les rumeurs du monde et les grondements de la terre...

Fenêtres ouvertes sur la nuit et les sentes nocturnes...

Au rythme de l'éclair ; et la foulée rapide ; et l'âme pensive qui erre dans ses rêves d'altitude et de grandeur...

Alors que rien ne peut s’achever ; alors que tout (toujours) est à recommencer...

 

 

A deux doigts des larmes – du sang – de la neige...

Si proches ; la vie – le monde – toutes les possibilités...

Ce qui initiera un chemin ; le sens du destin...

La prochaine étape de ce voyage sans fin...

 

*

 

La couleur du monde sur la peau ; et l'âme poreuse...

Couvert de cette boue grise ; et de ces pierres bleues quelques fois...

Face au vent ; le cœur sur le visage...

Dans les mains de celui qui écoute et qui voit...

La fièvre jetée sur l'appel...

A la haute saison des carences...

 

 

A hauteur d'un ciel raclé par les ongles de ceux qui prient...

A fêter la ressemblance des images – à regretter l'enfance perdue ; à fustiger les origines et la longue déchéance...

A participer aux agapes (à toutes les agapes) terrestres et au déclin (à l'inévitable dépérissement) de ce monde finissant...

 

 

Sous l’œil de la pluie ; ces larmes blanches ; et cette nuit des temps anciens...

Les malheurs qui guettent aux coins du monde – aux coins des yeux ; et sous leurs airs méfiants ; par-dessus la moelle intacte...

L'essence même de la chair – trop peu souvent – reconnue et visitée...

Le cœur encore si infranchissable...

 

 

L'âme assujettie au monde ; et ces jours – et ces lignes – qui ne parviennent à s'affranchir de la langue...

Sous le même silence ; depuis tant d'années...

Les mains liées par le doute ; trop de questions ; et trop peu de réponses...

Et la même possibilité ; à chaque fois ; ce passage qui échappe au temps (et à l'essentiel des hommes)...

 

*

 

L’œil vif sur les jeux serviles ; en ces lieux où se tiennent tous ceux qui veulent vivre ; condamnés à mendier leur part ou à s'en emparer par la force...

Les uns derrière les autres face au (terrible) festin ; comme dans la longue file d'attente devant la porte des cimetières...

 

 

La chair louée par Dieu ; proche du ciel par sa fièvre ; et ses souvenirs des premiers temps...

A la manière d'une danse ; à la manière d'un crime...

Sous la lumière basse (et bleue) de l'aube...

Le reflet de l'invisible ; hanté par le mouvement...

Au cœur du vivant ; avec tous les troubles (entremêlés) du manque et de l'abondance...

 

 

Les flammes lancées contre les croyances...

La figure imposante du monde...

Le casque par-dessus le front étoilé...

Là où le sommeil s'exerce ; là où le sommeil s'impose ; et condamne...

Là où la bonté détale ; s'enfuit à toutes jambes...

Dans le haussement du sombre hissé par les mains en prière...

 

 

La terre grillagée contre le vent...

A remonter la fumée noire des charniers...

L'âme songeuse ; le séant en sueur...

Comme un cœur à la traîne dans cette longue file descendante...

 

 

L'enfance des confins ; en ce lieu où règne-nt le rire – le ciel et le rire...

Sans caresse – sans sanglot...

Sans effroi face au silence qui habite les recoins...

Sous une étoile aussi lumineuse que le jour...

Quelques feuilles à la place du rêve...

Et la solitude revêtue comme une cape...

 

 

Animé par la vie triomphante ; et le souffle animal...

Dieu dans la main ; et sous les canines luisantes ; et dans la chair inerte...

Davantage que les songes et le sang...

Dans le jour facilité...

Au même titre que l'Amour et l'abandon...

A travers cette enfance continuelle...

L'humilité et la sauvagerie de vivre encore...

Et cet appel (inépuisable) vers la lumière...

 

 

A notre tour ; la toile tendue par les vents...

La lanterne à la main ; au milieu de la tempête...

Affaibli et consentant...

Le souffle peu aisé ; comme si les yeux s'étiraient (péniblement) par-dessus l'enfance...

Embrassant ce qui nous quitte ; ce qu'il (nous) faut abandonner...

Au cœur de la grande nuit qui se replie...

 

 

A l'arrière du silence...

Sous le bleu un peu lisse – un peu usé – des voyageurs...

A l'ombre de l'âme ; porté par des chants et des mains inconnues...

Mal portant – peut-être ; mais le cœur paisible et clairvoyant...

 

*

 

A genoux – face aux yeux anonymes...

Le voile remonté...

Lèvres au ciel – psalmodiant leur prière...

Le fiel – comme une flaque – à nos pieds – s'asséchant au soleil – au milieu des images écornées...

Dans le silence désorganisé de l'âme ; dissimulé derrière les bruits – et le désordre – du monde...

A l'écoute – peut-être – d'une réalité inconnue que la route révèle (peu à peu)...

 

 

 

Et le bleu – et le vent – qui entremêlent leurs couleurs – faisant naître une rivière sans pareille ; une voie – peut-être – où l'on pourrait laisser glisser ses pas vers une démesure – un possible impartageable – quelque chose de la terre et de l'immensité – un lieu inaccessible peut-être...

 

 

Sous un ciel variable ; cette terre labile soumise aux caprices et aux ténèbres de l'enfance ; si peu raisonnable(s) aux yeux des prophètes et des sages...

Et cette laine qui pousse sur le dos de tous les hommes – bêlant à faire trembler le sol...

Rusant ou baissant les bras devant tant d'impossibilités...

Des têtes malheureuses à force de coups et d'impuissance...

Sous un ciel impénétrable; condamnés à la débilité des jeux ; le cœur (sans doute – encore) trop insensible...

 

 

Et cette chair habillée de vent – promise à la terre...

Et le cri de l'âme ; silencieusement...

 

*

 

Face à la terre la plus haute...

Les yeux poussant le ciel ; essayant de transformer la lumière ; et la couleur du jour...

Agitant nos bracelets de chair...

Courant sur tous les rivages...

Comme des enfants perchés sur les toits – jouant au-dessus des remparts d'une cité invivable...

 

 

Le cri scellé dans le geste ; cherchant à remonter vers le plein...

A travers ce défaut (si patent) de tendresse...

Coiffé à la hâte par la main des Autres...

Au seuil d'une sagesse recouverte d'étoffe brodée d'or et de richesse ; ostentatoire ; comme la coupe que l'on emplit de cette joie anguleuse et circonscrite qui réclame son lot de prières criardes ; comme s'il nous fallait vivre à genoux sur des pierres tranchantes ; comme si le monde n'avait rien d'autre à (nous) offrir...

 

 

Face au monde...

Sur le cercle se hissant...

Étrangement mêlé au songe...

La langue trop près de la tête...

Sur cette île entourée par les eaux sombres...

Entre les larmes et le miel des Autres...

Encore trop peu sensible ; trop étranger aux miracles et aux lois de l'invisible pour échapper au devenir ; et pouvoir rejoindre l'enfance...

 

 

A l'envers ; dans le déversement du ciel...

Fontaine sur la pierre offerte à tous les mendiants...

L'eau joyeuse éclaboussant la folie des fronts...

S'écoulant (à sa manière) entre les hommes et les alentours...

Ne sachant quelle couleur arborer ; se voilant de transparence...

Au cœur du cirque et des âges archaïques (un peu perdue – il va sans dire)...

 

 

La chair rouge livrée aux yeux et aux mains affamés...

Au nom de l'espèce – de la race ; quelque chose d'édifié – de guingois...

Englué(s) dans une perspective hiérarchique du monde ; de la brume au-dedans du front...

Et cette lumière à peine visible depuis la fosse où vivent les vaincus et les vainqueurs apparents...

 

 

Devant les yeux ; et en arrière du front ; ce rire indicible...

Jusque dans nos yeux trop graves et trop noirs...

Comme une caresse – un vent rafraîchissant – un saut dans la joie contagieuse...

Une enjambée – un pas immense – au-dessus du cercle des malheurs...

 

 

La langue poussiéreuse ; éreintée – sans doute...

A travers les mots et les impasses du chemin...

Sous le regard (étonné) des fleurs ; sous les branches (hébétées) des arbres...

A l'abri du sang – de la mort – des guerriers...

Au milieu des ombres qui remontent le cours du fleuve intranquille...

Jusqu'à la source ; dans les mains déjà – enfouie – dissimulée – discrète – tant que persistera la quête ; tant que se perpétueront les massacres...

Tant de cœurs dans le lointain ; et tous ces regards à désobscurcir...

Malgré l'incessant labeur du ciel sur les âmes égarées...

 

 

Entre la plainte et la confusion...

Quelque chose de la folie où se sont glissés – subrepticement – la gloire et l'éblouissement...

 

*

 

Des yeux perçants ; une âme douée de persévérance...

Les bras puissants ; et le cœur pacifique...

Sur ses jambes ; si près du lieu où brillent les étoiles – si près du lieu où naissent les vents...

La tête à genoux ; suspendue au secret...

Là où l'homme se balance entre les honneurs et l'humilité ; dans la proximité du mystère...

 

 

Passant encore ; dans cet écart croissant...

Les souvenirs (tous les souvenirs) piétinés...

Près des âmes qui ont revêtu leur costume de poils...

Là où le cœur bifurque ; là où la tête doit apprendre à s'égayer face aux malheurs...

En ces lieux de piteuses apparences ; là où Dieu s'est caché pour murmurer à l'oreille des plus humbles ; et les guider jusqu'à la lumière – en entraînant leurs gestes et leurs danses vers une joie sans orgueil...

 

 

Tranchant comme la pierre...

Et la chair tendre – si fragile...

A se frotter contre la rocaille et la sécheresse des âmes...

Les visages anguleux comme des choses...

Dans le labyrinthe du monde ; de l'esprit...

Au milieu des souffles de la terre...

 

 

Les têtes gorgées d'images et de signes...

Insensibles à la beauté du monde – au réel brut – abrupt – sans filtre...

Et penchant du côté de la folie et de l'absurdité plutôt que du côté de l'inconnu ; du côté du dogme plutôt que du côté de l'invisible...

Le cœur de l'homme si étrange – si peu familier des forces sous-jacentes ; et des lois qui régissent les lieux où il a cru bâtir son royaume...

 

*

 

Et d'autres voix – en nous – qui s'élèvent...

Du secret vers le plus simple...

Le ciel fréquenté ; le cœur en paix...

De l'invisible nourricier à l'âme frémissante...

Du lieu le plus haut vers le plus intime...

Et l'un dans l'autre ; qu'importe l'abondance ; qu'importe la pauvreté...

A la lisière ; à la lumière ; tout (à peu près tout) à démentir ; et tous les seuils (bien sûr) à inverser...

 

 

Sous le règne de la fièvre et du front...

La sagesse – pourtant – au fond du sommeil...

Discourant sur ses terres ; comme si le monde leur appartenait...

Le silence sous l'horreur et les ornements...

 

 

Reconnaissant ; le visage déployé...

Comme la lumière sur son territoire ; partout à son aise – jusque dans les plus obscurs recoins...

Et la joie promulguée sur toutes les pentes exposées aux rayons de l'astre...

L'âme et la chair ouvertes ; engagées dans la brèche...

Et le vent ; bouleversant tous les sommeils ; ébranlant les certitudes et la mainmise du dehors...

 

 

Le jour étagé ; à l'altitude offerte par la qualité de la veille...

Sans (jamais) perdre pied ; ce carré de ciel dans le regard...

A exister jusqu'à se confondre – jusqu'à s'effacer – jusqu'à disparaître ; et le peu qu'il reste (à la fin) à se partager...

 

*

 

Assis face à l'étendue...

Entre des bras étrangement longs et parfumés...

Dans le cercle ; hors de la cage...

Le temps amassé au fond des poches ; et autre chose par-dessus – comme un ciel – un abîme peut-être...

Et ce sursaut dans la langue ; comme du sang neuf versé hors de la tombe...

A arpenter encore la lumière – le reflet de la lumière ; et ces résidus de cendre...

De très haut ; par les fissures...

 

 

Entre le miroir et l'Autre ; ce passage où l'âme peut se faufiler...

Sur les traces du vent ; vers le précipice – assurément...

Et le souffle qui nous emporte...

A même le ciel ; (très) spontanément...

 

 

Nul conseil de sagesse...

Les choses de l'esprit...

D'une route à l'autre ; en passant, parfois, par l'ailleurs...

La condition de l'homme ; des créatures sombres...

Et les lois de l'ombre ; écrasante(s)...

Jouant déjà au cœur du royaume – pourtant...

En tous les lieux propices au monde – à l'Autre – à la solitude...

Au cœur de nulle part ; assurément...

Et – en soi – comme plongé au centre (à son insu)...

 

 

Au jour descendant ; le guide ; arrimé...

Avec le monde – mille choses – sur le dos...

A notre place – derrière les bêtes ; éclaireuses du mouvement – de la liberté...

Dans les herbes hautes ; mélangés les fronts et les têtes à cornes...

Membres du même cercle...

Sur des chemins (de plus en plus) silencieux ; où les silhouettes se ressemblent – se confondent – forment d'étranges alliances – pactisent, parfois, avec les étoiles ; en s'approchant (peu à peu) des promesses de la lumière...

 

*

 

La main infirme de ceux qui fuient – de ceux qui passent – de ceux qui raillent l'incapacité et la défaillance des Autres...

Le cœur dans sa carapace de cuivre ; et l'âme couleur de cendre...

Les yeux fermés ; comme deux billes opaques glissées sous les paupières – aussi malhabiles que celles qui s'affairent devant des pages pleines de signes à la recherche des lois qui régissent le cercle du monde – le cercle des vivants...

Les bras chargés de choses et d'ardeur ; et un peu de sensibilité ; ce qui nous est offert pour survivre...

Au son (perceptible) des flûtes invisibles ; les danses nouvelles et anciennes ; les danses d'hier et d'aujourd'hui ; les danses de toujours ; ce à quoi nulle âme ne peut échapper...

 

*

 

Le temps du chagrin et des malheurs rassemblés...

La langue du peuple léchant le miel du monde – sur la roche comme sur une lame effilée...

Sous le règne des instincts ; et le sang des vivants...

Entre l'ordre et le néant ; la loi de ceux qui se tiennent en rangs serrés...

Les lèvres gonflées d'orgueil et de haine ; crachant leur fiel à travers les barreaux...

Comptant, chaque jour, les nouvelles stèles dressées sur la pierre noire...

Au sommet des âges ; cette violence arc-boutée...

Et ainsi ; davantage – au fil des siècles qui passent...

 

 

A déverser leurs rêves sur ces fleurs trop blanches...

Les poches emplies d'espoir et de science...

Encore si loin du ciel – de la poésie – de l'innocence...

 

 

L'âme si étrangère au monde...

Saluant ce qui passe...

Sous le soleil ; souriant...

Au milieu de l'air et de l'herbe ; au milieu des Autres...

Agissant de mille manières...

Au-dehors comme dans l'intimité de l'étreinte...

Mille chemins ; mille regards – qui se croisent ; des cœurs et des peaux qui se frôlent – à peine...

 

 

A la saison inaugurale...

Loin des anabases chimériques – inventées...

Incorruptiblement ; la puissance et le rayonnement...

Sans (jamais) présumer des possibilités de l'esprit...

Ce qui monte ; ce qui s'élève en silence – si secrètement...

L'âme (de plus en plus) humble ; dans cette absence de nom qui se balance au-dessus des têtes et des choses – hélé par ceux (par tous ceux) qui peuplent ces rives faméliques et qui rêvent de se hisser eux aussi...

 

*

 

Quoi d'autre dans ses bagages sinon le regard et l'humilité ; l'impossibilité et la capitulation de l'homme...

De ces yeux – de ces pas – capables de percer l'épaisseur pour rejoindre l'autre côté de la peau – du monde – de l'esprit...

Comme une fenêtre dans le regard – comme des ailes à la place des pieds ; et l'espace suffisant pour se déployer...

Et dans le cœur cette évidence ; la source et l'absence de frontières ; à travers (tout) ce qui se manifeste...

 

 

Des mots ; comme une gifle ; et l'orgueil, peu à peu, défiguré – méconnaissable – et qui finit comme une chose tiède et avachie – une masse informe et affaiblie – qui s'effondre ; et qui se répand sur le sol...

Et les remparts détruits ; comme tous les voiles déchirés ; jetés aux pieds de ceux qui rêveraient de comprendre ; et qui sont animés par un élan – une brûlure – comme un appel (irrésistible) du ciel ; une ardeur que le mystère déchaîne ; et qui s'empare de leur âme encore inapte (bien sûr) à toute résolution...

 

 

Le jour ; au cœur des saisons...

Dans le fondement de la loi inaugurale...

La terre généreuse ; et l'âme incorruptible ; quels que soient les attraits – les scintillements – les invitations...

Du côté de l'esprit ; face à la puissance – face à l'autorité...

Sur des routes sans promesse...

Au cœur d'un réel sans alternative...

Sur la pente la plus naturelle – en quelque sorte...

 

 

A l'abri des hantises et des malédictions...

Le chant secret – invisible ; louant le merveilleux du monde ; et ses mille possibilités...

La soif étanchée par le ciel et la poussière...

Et le mystère – tenu (et révélé) par nos mains ancillaires ; et notre âme complice de toutes les veilles – de tous les jeux – de toutes les tentatives...

 

*

 

Derrière les couleurs et la chair agile...

Enroulé autour de l'âme ; mélangé à l'argile...

Autre chose que le sang ; en d'autres lieux que la terre...

Et des offrandes ; et des prières – en guise de filet...

L'invisible ; et les tempes marquées de son sceau – sans s'inquiéter de la malice des hommes – ni du vent – ni des chimères – ni du temps qui passe...

 

 

A contempler ce qui s'organise ; ce qui se déroule ; ce qui s'affale...

Les gestes trempés dans la douleur ; puis, dans la joie ; alternativement...

A vivre appuyé contre les forces sous-jacentes...

Puis, disparaissant avec ce qui, peu à peu, s'efface...

A s'offrir ainsi – l'air de rien – à l'invisible qui décide ; à l'invisible qui forge et qui s'insinue ; à l'insu de toute volonté...

15 août 2023

Carnet n°296 Nomade des bois et des hameaux – vie d'un ermite itinérant (seconde partie)

Juillet 2023 

14h45 – 15h préparation pour la rando

 

Se préparer pour la marche quotidienne

Harnaché pour la rando du jour ; sandales(1) (de marche), short court(1), t-shirt sans manche(1), sac à dos dans lequel on glisse une bouteille d'eau et une pochette(2) qui rejoignent la paire de jumelles et divers accessoires (couteau, corde, ficelle, poncho etc etc) rangés dans l'une des poches principales. Un parapluie(3), le sac de rando(4) de Bhagawan et notre inséparable bâton(5) viennent compléter la panoplie.

Voilà ! On est prêt à emprunter la première sente venue !

(1) ou, selon la saison, chaussures de randonnée, pantalon treillis et pull

(2) qui contient notre porte-cartes, nos lunettes et les clés du camion

(3) parapluie de randonnée contre les averses et le soleil – s'il fait réellement chaud et que le sentier n'est pas à l'ombre – que l'on attache à l'aide d'une sangle élastique

(4) Sac de transport porté en bandoulière transformé en sac de rando ; renforcé avec des bretelles allongées (et consolidées) muni d'un coussin (moelleux) et capable de supporter, chaque jour (expérience à l'appui), près de 9 kg sur des kilomètres et des kilomètres...

(5) un vieux bâton en bambou trouvé, un jour, sur le chemin

 

Journal poétique (extrait)

A demeure ; l'idée du monde

Et qui tourne – s'édifie ; pierre après pierre – d'une perspective à l'autre

Sous toutes les couleurs ; le rêve et la beauté

Le visage du réel affranchi des reflets

Au-delà du sombre et du chatoyant

A travers le feu ; et derrière le miroir

Au cœur du cercle ; aux côtés du vent – de la mort – de la joie ; déjà (parfaitement) entouré(s)

 

Sac à dos, voyage et poupées russes

Vivre en roulotte revient, d'une certaine façon, à voyager (à la fois de manière pratique et symbolique) avec un énorme sac à dos. Lorsque l'on prend la route, on emporte avec soi tout ce que l'on possède*. Dans cette perspective, on pourrait dire que le camion constitue la première – et la plus grosse – des poupées russes.

* Nous n'avons entreposé aucun objet personnel chez des parents, chez des amis ou dans un entrepôt de stockage destiné aux particuliers. Tout est rangé dans le camion ; et il ne nous faut pas moins de 3 bonnes heures pour le débarrasser de tout ce qu'il contient...

Lorsque l'on part en randonnée l'après-midi, on emporte un sac à dos qui contient les objets les plus importants(1) (nos papiers, nos lunettes et les clés du camion) et le nécessaire pour la marche(2). Sur les chemins, on pourrait donc dire que l'on porte (et emporte avec nous) la deuxième poupée russe – bien moins volumineuse que la première...

(1) ceux qui nous permettent d'adopter ce mode de vie et ceux – incontournables – qui nous donnent une « existence légale » dans la société des hommes...

(2) voir la rubrique précédente

Lorsque l'on doit renouveler nos provisions alimentaires dans une grande surface commerciale, on n'emporte que la pochette (évoquée quelques lignes plus haut) que l'on pourrait considérer comme la troisième poupée russe du dispositif...

Lorsqu'il nous arrive de nous promener nu* en été, on ne porte (bien sûr) ni vêtement, ni chaussures, ni sac à dos. Notre bagage se limite au corps, à l'esprit et à ce que l'on porte à l'intérieur. Et cette nudité pourrait être considérée comme la quatrième poupée russe...

* lorsqu'il n'y a personne aux alentours... On est un adepte assez enthousiaste – et assez convaincu – du naturisme. Ah ! Le bonheur de marcher dans le plus simple appareil ou de se baigner nu dans la rivière...

Enfin, lorsque nous mourons, nous délaissons le corps (en tout cas le corps organique) et, à cette occasion, il nous semble que l'esprit* voyage à sa manière vers d'autres lieux – vers d'autres mondes – vers d'autres cieux. Et cet esprit (presque pur esprit) pourrait, sans doute, être considéré comme la cinquième (et dernière) poupée russe...

* qui cesse, peut-être, en ces circonstances, d'être perçu comme strictement personnel

C'est ainsi que l'on appréhende le voyage – tous les voyages (les petits et les grands)...

 

Antoine de Saint Exupéry

« Celui qui veut voyager heureux doit voyager léger. »

 

Journal poétique (extrait)

Le souffle ardent ; intensément solitaire

A travers le monde – le pas – le vent – la poésie

Et les bêtes dans leur passage ; et certaines âmes dans leur voyage

A travers ce qui monte ; la source inconnue ; apprivoisée

Le poids de ce qui s'en va ; et la légèreté du reste

 

Journal poétique (extrait)

Comme un tambour ; le cœur – la vie – le rythme

Des vibrations sur le fil ; les barreaux de l'échelle

Le temps à rebours ; le monde couché – à travers les yeux de ceux qui respirent ; et ses règles du jeu que nul ne comprend vraiment

 

Il existe d'autres mondes – d'autres dimensions du réel

Inutile d'établir la liste des mondes possibles (ou probables). Limitons-nous à ceux qui sont accessibles à l'esprit humain à travers l'hypnose, le rêve, le sommeil profond, le coma, la mort, les expériences de mort imminente, le voyage astral, la transe chamanique ; au cours de ces moments ou de ces expériences, quels univers – quelles contrées – traversons-nous ? Sommes-nous capables de répondre à cette question de manière satisfaisante...

Et qui sait où nous étions (et ce que nous étions) avant notre naissance et où nous irons (et ce que nous deviendrons) après notre mort ? Les religions offrent toutes quelques explications (avec des différences et des points communs) qui s'avèrent (en général) peu utiles...

Aucune réponse recevable ne peut être apportée ; il convient de chercher par soi-même (et, surtout, de se laisser trouver...). Selon sa sensibilité et sa compréhension* pourra s'esquisser une conviction ou une intuition, capable peut-être de se transformer en certitude – en évidence inébranlable – lorsque l’expérience intérieure offrira suffisamment d'éclairages et de précisions...

* qui évoluera, sans doute, avec l'expérience et la maturité...

 

Ibn Arabi

« Aller vers Lui est l'essence de l'ignorance, le repos en Lui est l'essence de la Connaissance. »

 

Journal poétique (extrait)

Ici ; au milieu de la lumière ; dont notre visage est le parfait reflet

Étranger au monde ; de plus en plus

Vers le haut et vers le bas ; simultanément

Laissant le désir hors du cercle

Comme effacé par l'immensité

Au-delà de la mémoire et du temps ; au centre de l'espace

Au royaume de l'âme et de la pierre ; là où l'arbre donne le rythme et la direction ; là où l'on peut (encore) s'initier à la vie haute et intime – à la vie vraie ; là où nous sommes – là où nous marchons – là où nous allons ; autant que l'endroit d'où nous venons

 

Journal poétique (extrait)

Temps d'apôtres à la bouche tordue ; à la parole grise ; à la tête lasse

L’œil si serré contre soi ; en ce siècle de sang et de cécité

En ces temps de hurlements et de cœurs blessés

Ni fleur – ni pierre – ni arbre – dans leur panthéon édifié à la gloire du monde

Ni bête – ni homme à la bouche droite ; au cœur plus large que le monde ; au sang si proche de la sève ; et à l’œil qui voit

Dans la proximité de ce qui n'a de visage ; familier du vide et de l'invisible ; dont le chant célèbre les feuilles et les pétales ; tous ceux dont l'âme est silencieuse

En plus de la danse – la joie – la beauté ; et la prunelle malicieuse

 

Lorsque la méditation remplace la marche

Les jours de pluie(1), il nous arrive de remplacer la marche par une séance de méditation(2). On s'installe(3) alors entre la table et le meuble de la cuisine – les jambes croisées en position du demi-lotus(4). On balance (très lentement) le buste à la recherche d'une verticalité équilibrée et confortable, puis on laisse la détente(5) et la paix se déployer naturellement. Et l'on demeure ainsi, le corps et l'esprit à leur aise, en se faisant le témoin à la fois attentif et détaché des sensations et des pensées, laissant tout advenir, laissant tout passer, laissant tout s'effacer ; n'étant rien, ne devenant rien ; un espace vide (peut-être) – une conscience-présence sans nom – indéfinissable – inappropriable...

(1) lorsque la pluie est dense et ininterrompue

(2) méditation formelle assise

(3) sur le vieux tapis qui sert à nos exercices physiques quotidiens

(4) posture que le corps prend naturellement tant elle nous semble naturelle aujourd'hui – nous avons pratiqué la méditation formelle pendant de nombreuses années (il y a longtemps) et, chaque jour, lors des pauses que l'on s’accorde, durant notre marche, on adopte, de manière naturelle, cette position qui nous paraît stable et confortable...

(5) un état entre le relâchement et la vigilance – ni trop tendu ni trop relâché – à la manière des cordes d'un instrument de musique comme le précisent certains préceptes du bouddhisme zen

 

Muso Soseki

« L'esprit affairé, le monde immense est trop étroit. L'esprit vacant, un coussin est assez large. »

 

Journal poétique (extrait)

Ne plus y être ; et y être encore

Entre le désir et la pierre

Ne nous agrippant à rien

Des paroles comme un ciel découpé ; et offert

Davantage – peut-être – que le monde – les étoiles et les rêves – réunis

Mais moins que la première fleur pourtant

Malgré l'infini qui – entre les doigts – se tend

 

Journal poétique (extrait)

Dans l'intimité (redoutable) de l'espace

Le visage penché sur le silence

Et le rire ; comme une respiration de l'invisible

A l'écoute du plus haut – en soi

Derrière ces rives étrangères ; l'inconnu

A travers des lèvres sans bouche ; des signes sans support ; jusqu'au premier souvenir – jusqu'au plus fantasque des sauts dans la matière

Et toujours passant – bien sûr

 

Méditations formelle et informelle

Aujourd'hui, on ne pratique la méditation formelle qu'à de très rares occasions – lorsqu'elle s'invite spontanément ; on ne s'y adonne jamais pour parvenir à quelque état (comme on le faisait autrefois). On s'assoit – une jambe repliée sur l'autre – sans rien chercher – sans rien fuir – seulement pour la joie d'être assis sur le sol...

Cette absence de pratique formelle n'est pas une paresse ; elle s'est imposée à mesure que la méditation informelle* – cette attention sereine et naturelle – s'est installée dans nos activités journalières et nos gestes quotidiens. Aujourd'hui (et depuis quelques années) l'esprit n'éprouve plus le besoin de vivre autre chose que ce qui est là – que ce qui, à cet instant, est offert par la vie, par le monde et les circonstances, il ne cherche plus à parvenir à quoi que ce soit...

* non formelle, non assise – qui advient, de manière naturelle, dans les activités et les gestes de la vie courante

Il n'y a plus ni désir, ni projet. Il y a cette tranquillité sous l'écume des gestes et des pas qui, parfois, s'animent encore avec vivacité. Il y a ce qu'il y a ; et cette joie, et cette paix malgré l'agitation du monde, du corps et de l'esprit quelques fois – malgré la tristesse, la nervosité ou l'inconfort. Tout est vécu d'une façon (assez) égale...

Les états et les événements sont accueillis comme ils arrivent, comme ils se présentent. On ne les transforme pas, on ne les amplifie pas, on ne les atténue pas, on cesse de jouer avec...

 

Tao Hsin

« La méthode authentique consiste à ne rien faire de spécial ».

 

Notes diverses

Il n'y a rien à changer à ce qui est, ni en soi, ni en l'Autre, ni en ce monde...

 

Journal poétique (extrait)

A se résoudre au feu – à la bêtise – au sacrilège ; à la matière malmenée

Comme de la fumée entre le sol et le ciel

Au-dessus des pierres ; et au-dessus des siècles

A coups de boutoir – sous la même étoile

A consentir jusqu'au rêve – jusqu'au sommeil – jusqu'à pactiser avec les forces les plus noires – les plus souterraines

 

Séance martiale

De temps à autre, on s'offre également une séance de bâton martial (avec l'un des nombreux bâtons rangés dans la roulotte). L'occasion de s'exercer à quelques mouvements (directs et circulaires) contre un ou plusieurs adversaires fictifs – une sorte de danse avec la terre et le vent – un exercice auquel on prend un réel plaisir. Une chorégraphie aérienne qui nous donne des airs de grand singe qui gesticule, avec une certaine grâce, à quelques centimètres du sol...

En de plus rares occasions, il nous arrive aussi de sortir quelques couteaux et étoiles de lancer ainsi qu'une cible fabriquée avec quelques planches épaisses ; et tel un adepte du kyudo(1), on se livre à une sorte de long exercice méditatif(2) qui requiert une forme d'attention libre et ouverte, un vide et un effacement ainsi qu'une synchronicité entre le souffle, la main et l'absence d'intention; une manière d'expérimenter la dissolution (partielle) des frontières entre l'esprit, le corps, le geste et l'espace et d'expérimenter la fusion entre le mouvement, la cible et l'arme projetée.

(1) Tir à l'arc japonais – activité pratiquée par les adeptes du zen au même titre que la calligraphie, la cérémonie du thé ou l'art de l'arrangement floral

(2) séance qui dure, parfois, plusieurs heures

En dépit de notre attitude pacifique, cette pratique martiale s'avère violente (on le ressent très intimement – pénétration agressive de la pointe d'acier dans la chair tendre du bois – activité symboliquement très masculine) ; elle génère, malgré la douceur et l'absence d'intention malveillante, une sorte d'énergie négative ; aussi ne s'y exerce-t-on que de manière (très) occasionnelle...

 

Journal poétique (extrait)

Ce qui sait – en nous ; comme une force inébranlable

Comme un livre ouvert – pourtant – à travers ce qui vient – ce qui passe ; à travers la moindre circonstance

Comme des flèches pointant vers le centre – cet espace que chacun recèle ; à disposition de ceux qui ont capitulé ; de ceux qui ont abandonné toutes leurs armes

 

15h – 15h15 en balade / en rando

Un pied devant l'autre sur une sente étroite qui traverse le massif forestier. Au milieu des hêtres et des pins. On marche en silence – attentif à ce qui nous traverse et à ce que nous traversons ; l'esprit vide, humble et respectueux. Allant là où se dirigent les pas* – là où le cœur et l'intuition nous guident – au gré des pistes et des pentes.

* sans le moindre enjeu sportif

 

Notes de la forêt

A larges bords ; les chemins. La possibilité du monde ; la possibilité de soi. A égales proportions ; selon la sensibilité et les prédispositions.

 

Notes de la forêt

A dévaler les pentes ; à explorer le royaume caché. Entre les troncs et le cœur vertical.

 

Journal poétique (extrait)

Au milieu des éboulis ; la même lumière pointée par le doigt

Moins longue – peut-être – la route

Comme un retour vers le haut

Vers l'élargissement vertical du monde

Par la voie la plus escarpée

L'âme (toute) frémissante

 

Rencontre forestière

Cet après-midi, on a croisé une martre. Sur un étroit sentier dans les sous-bois. Elle a traversé à quelques mètres devant nous. Elle s'est arrêtée un instant, nous a regardé(s) puis a sauté derrière le talus et s'est éloignée – échappant à notre regard... Belle et furtive rencontre !

 

Journal poétique (extrait)

Le ciel ; quelque chose du monde

Là où s'attardent les bêtes ; et les âmes silencieuses

 

Instants de communion

Longs instants de communion silencieuse avec ceux qui peuplent la forêt...

Un regard – un geste – pour une pierre – un rocher – une fleur – un arbre – un insecte ; et quelques paroles toujours pour les vaches, les brebis, les chèvres, les chevreuils, les oiseaux, les lézards, les serpents, les chats, les renards, les chiens et les sangliers rencontrés...

Mille gestes – mille regards – mille attentions – à l'intention des bêtes – visibles et moins visibles. Comme si notre humanité essayait (assez maladroitement) d'offrir – de partager (un peu) – ce qu'il y a de plus beau (et de plus respectable) en l'homme...

Une humanité qui ne place le bipède ni au centre – ni au-dessus – des autres créatures ; un vivant parmi d'autres vivants. Et pas davantage...

 

Notes de la forêt

Si proche des arbres – des bêtes ; de ceux qui s'enivrent de terre et de liberté.

 

Journal poétique (extrait)

Le cœur touché par le plus simple ; cette fraternité sauvage ; sous les mêmes étoiles que les hommes – pourtant

La terre naturelle – authentique ; véritable peut-être ; sans croyance – sans préjugé – sans interdit

Le règne du passage et de la nécessité ; le règne de l'éphémère et de l'essentiel

L'appartenance et l'indistinction sur chaque visage ; relié(e)s (très) instinctivement

Et le pressentiment du plus proche – du plus profond – du plus commun ; ce qui manque – si cruellement – à l'esprit humain

 

Organisation et attitude humaines funestes

Affligé(1) par l’œuvre de l'homme – par ce que l'organisation humaine (à laquelle on appartient et à laquelle on participe malgré soi(2)) fait subir aux êtres – à tous les êtres – de ce monde ; une terre, un sous-sol et des océans indûment pollués et exploités, des végétaux piétinés, arrachés, mutilés(3), plantés de manière industrielle – réduits à un usage alimentaire, à un moyen de chauffage ou à un décor revitalisant, des animaux réduits à des conditions de vie infâmes (de la viande sur pattes) ou qui voient leur territoire drastiquement restreint et/ou saccagé et des hommes réduits à l'état de misère et d'esclavage...

(1) selon les jours, attristé ou en colère

(2) d'une manière ou d'une autre

(3) Partout le spectacle désolant de haies lacérées ou taillées jusqu'au moignon – jusqu'au sang, de grumes entassées, de parcelles essartées, de territoires abîmés, détruits, vandalisés par la brutalité indifférente et irrespectueuse des engins mécaniques ; tondeuses, débroussailleuses, tronçonneuses, scies démesurées et engins forestiers monstrueux qui coupent et découpent – détruisant – déchiquetant – écrasant indistinctement tout ce sur quoi ils passent et anéantissant en quelques secondes le lent, beau et patient travail du vivant...

 

Notes de la forêt

Et cette réminiscence cruelle des ambitions humaines ; visibles jusqu'ici – au fond des forêts ; cette lèpre qui exploite – qui saccage – qui fait feu de tout bois pour tirer profit. Au nom de l'odieuse (et pitoyable) souveraineté de l'homme.

 

Notes diverses

Beauté encore ; beauté toujours – de ce monde parallèle au monde – de ces vies qui s'inscrivent dans les marges laissées par le peuple dominant ; volontaire – régulateur – exploiteur – industrieux.

Paroles à charge (évidemment) ; éminemment réactives aux dégâts commis ; et à la blessure ressentie.

 

Journal poétique (extrait)

L'absence conjuguée par toutes les figures noires et hostiles ; (atrocement) prétentieuses

Le regard menaçant ; le bleu oublié au fond de la béance

Et le silence pour appuyer toutes les sentences prononcées

Les paumes pleines de haine et de (fausses) vertus

Au cœur même du sommeil ; l'autorité et le monde réifié ; l'empire des hommes

 

Journal poétique (extrait)

Le cœur – trop souvent – annexé par le drame

De lieu en lieu ; (presque) à chaque circonstance

L'âme terrestre ; comme embrigadée par la chair et l'épaisseur

La parole douloureuse ; comme exercice (simple exercice) de confession

Et dans l'expectative (angoissée) de la sentence

Sur nous ; à la fin des jours – à la fin des temps – sur le point de nous écraser ; un tombereau de jugements – d'interdits – de damnations

Encore trop humain – sans doute

 

Au moins deux manières d'appréhender la crise écologique (et climatique) actuelle

Au vu des problématiques et des enjeux contemporains – la crise écologique et climatique – l'extinction des espèces – la disparition de la biodiversité – les ambitions et aspirations (aveugles et aberrantes) des sociétés humaines(1), la monstruosité de leur organisation et les nombreux préjudices qu'elles engendrent, 2 camps principaux semblent s'opposer ; d'un côté, les partisans du (soi-disant) progrès, du monde d'avant qui avance (du monde de toujours qui progresse vers un idéal assez mal défini – et même absurde(2) à certains égards – toujours plus de confort, de bien-être, de facilité(2)) et, de l'autre côté, ceux qui ont pris conscience de la nécessité d'un changement radical de paradigme, de perspective et de priorités...

(1) d'un grand nombre de sociétés humaines

(2) comme s'il nous était possible de répondre (grâce au progrès technique) à nos exigences croissantes – qui semblent tendre vers un infini irréaliste, déraisonnable et fou...

 

Journal poétique (extrait)

La chair et l'âme du monde que l'on enchaîne et que l'on assassine ; au nom du progrès ; au nom du confort de l'homme

Le cœur caché du secret ; et l'horreur perceptible – comme une drogue

L'Amour si loin de ces éclats rouges ; et habitant aussi leurs profondeurs (d'une manière apparemment paradoxale)

Dérisoires ; nos pages – le jour – toutes les promesses de la lumière ; face à cette souillure – face à cette dévastation

 

16h15 – 16h30 pause pendant la rando

 

Haïku

« Dans la forêt

au milieu des nuages

la salle de méditation »

 

Notes de la forêt

Une bête – au milieu des siens – au milieu des fleurs. Le séant posé sur la pierre ; dans le mimétisme de la roche ; la rudesse et l'immobilité ; un support à lichen ; une alliance avec la mousse ; si l'on restait ainsi pendant des jours et des semaines – pendant des mois et des années – pendant des siècles ; dans ce contact direct avec le sol et le ciel ; laissant le vent et la pluie œuvrer aux rapprochements – aux assemblages – aux communions.

 

Rencontre sylvestre

Debout – immobile – sous un grand chêne dont on ressent (avec évidence*) la bienveillance – une sorte de tendresse pour le petit bout d'homme qui le regarde – émerveillé – le cœur empli de gratitude et de respect. On sait – on sent – qu'il comprend – qu'il perce – en une fraction de seconde – ce qui nous habite à cet instant. En un éclair, il devine ce qu'abrite notre cœur – la nature de nos intentions...

* presque avec certitude

Et on le (et on se) regarde encore plus intensément – impressionné – une main timide sur son écorce rêche – comme un grand-frère – un vieux sage (à la sagesse encore inaccessible à l'homme) – commeun être – quelqu'un – qui aurait tant à nous apprendre si l'on savait l'écouter – si on prenait le temps de vivre à ses côtés...

 

Notes de la forêt

Et le vert sur la peau qui a – sans doute – commencé sa métamorphose ; le corps façonné par la patience et l'immobilité.

 

Journal poétique (extrait)

Auprès des arbres encore ; sous un ciel plus haut ; sans autre horizon

Le vide ; et l'absence de temps

Le règne du seul et de l'ensemble

A la cime du cœur ; vers l'envol

Au-dessus de l'abîme et des bruits

Rien qu'en se tenant là ; parmi ceux qui écoutent ; si verticalement présent(s)

 

Journal poétique (extrait)

Le verbe ; tantôt reclus dans ses tranchées ; tantôt perché sur son promontoire

A entendre le vent ; et à le sentir devenir nôtre ; indissociablement

Sans incident ; alors que s'opère l'effacement

Encore assis sur cette grosse pierre ; le cœur moins morose (moins gris) qu'autrefois ; léger (bien plus léger)

La pâte humaine – dans son gouffre – prise dans les filets de la lumière

 

Rencontrer l'Autre

Écouter le monde, écouter les arbres et la roche. Ressentir les vibrations et les énergies. Être humble, poreux, ouvert, attentif, vide (suffisamment vide de soi – vidé de soi), disponible, sans volonté, sans a priori. S'effacer. Ne plus désirer, ne rien attendre. Écouter... Alors la connexion – la communication – avec les non-humains peut s'établir...

 

Le monde de l'esprit et des esprits

L'esprit. Les esprits. Celui de la terre, celui de la forêt, celui des arbres, celui des plantes, celui des roches, celui des bêtes, celui des hommes. L'esprit des morts et des vivants. Partout présents, provisoirement insérés au cœur de la matière ou momentanément affranchis de la chair. Ici même – et partout – ressentis – entraperçus* – en particulier lorsque l'attention se dilue, semble sortir de la boîte crânienne pour flotter – devenir assez inconsistante pour se situer, à la fois, nulle part et (un peu) partout. Le regard parvient alors à percer (un peu) le visible et le monde des apparences, à traverser le rideau de la matière et des images, à faire disparaître (momentanément) les frontières les plus grossières entre les formes.

* encore très superficiellement – sans doute...

 

Journal poétique (extrait)

Adossé à l'ombre, peu à peu, grignotée

L'azur – en soi ; autant que la lumière

Au zénith de la poussière

Les liens défaits ; à nos pieds – les plus grossiers (les plus élémentaires) ; et les plus subtils qui s'affinent – se renforcent – se déploient ; au lieu de l'abîme – au lieu du sommeil

Sans trêve ; les yeux fermés sur les Autres – le monde – le temps

Comme attendant (sans impatience) le début du jour

 

Le contact avec la terre

Les pieds nus sur le chemin qui caressent le sol, qui sentent la terre, l'humus, le sable, les graviers, les racines, les pierres, toutes les aspérités. Ce qui vibre dans le sous-sol. Et le vent sur le visage, et la sueur sur la peau, et le souffle dans la poitrine, et l'ombre des arbres, et la joie (la joie tendre et enveloppante) qui nous envahit. Comme si l'on était parvenu à ouvrir quelques canaux de connexion avec le monde – avec le réel – avec la matière et l'invisible – avec nous-même(s) sans doute...

 

Notes de la forêt

A la folle saison du désamour. Le retour en grâce de la solitude (de toutes les solitudes). Entre la mousse et le nuage – entre l'humus et le vol de la buse. Et dans l'herbe mouillée aussi (bien sûr). Cette fragrance des bois ; narines dilatées. La sauvagerie dans l'âme ; et dans les mains aux doigts courts et solides.

 

Notes de la forêt

A la jointure de ce qu'offrent l'âme et la terre. Dans le bleu du monde (sans oublier le gris qui, parfois, le traverse).

 

Journal poétique (extrait)

Déchiré par le haut

A travers le ciel ; le fond du monde

Et ces cris (tous ces cris) que reflètent les miroirs

Les mains tendues en guise de drapeau ; et la faux sur l'épaule ; l'essentiel de la réponse face au mystère

Par-dessus les apparences ; ces sortes de boucles qui suivent (très) fidèlement les reliefs de l'invisible

Et la découverte stupéfiante de ses contours – de ses centres et de ses confins (apparents) ; inimaginables

 

L'un et l'autre

L'esprit et la matière – l'un dans l'autre – entremêlés – notre état (l'état des êtres vivants) en cette vie incarnée. Et d'autres fois – à d'autres moments – presque pure matière – comme la roche et la pierre ou presque pur esprit – comme après la mort...

 

Journal poétique (extrait)

Tâtonnant ; la main sur la paroi qui explore ; et découvre ce monde privé de soleil

La tête trop prétentieuse pour s'accroupir – offrir à l'âme les richesses du sol ; et parmi elles, l'issue – le passage vers les hauteurs que nous cherchons (presque) toujours au-dessus des cimes – dans les sphères d'altitude que nous croyons côtoyer alors que l'esprit de l'homme ne s'est pas encore affranchi de sa lie souterraine – de sa gangue de glaise

 

16h30 reprise de la marche

 

Notes de la forêt

Dans l'humus sombre ; la sueur et la sève mêlées. Des pas tantôt légers – tantôt besogneux. Le cœur de chair ; le cœur du chemin ; le cœur de l'arbre ; au milieu de la forêt. Ainsi se dessinent les jours et le voyage ; silencieusement ; les pas qui caressent la pierre ; la semelle enhardie ; l'âme enivrée par la substance – excitée par la semence – des sous-bois.

 

Apprenti botaniste 

Malgré nos longues marches quotidiennes dans les forêts et les sous-bois, sur les routes et les chemins, nos connaissances botaniques restent modestes. Un peu moins de 200 espèces de plantes nous sont assez familières pour les reconnaître (et en donner les principaux usages) alors qu'il en existe, sous nos latitudes, environ 8000* ; et 386 000 sont répertoriées dans le monde (sans compter, bien sûr, toutes celles que l'on ne connaît pas – et qui doivent être nombreuses).

* dont 1000 que l'on peut utiliser à des fins culinaires et/ou médicinales – 300 sont toxiques et, parmi elles, 50 sont mortelles

Notre rapport au vivant – assez fortement teinté de respect – réduit, de manière radicale, nos prélèvements botaniques. On éprouve, en effet, une grande réticence à utiliser les plantes pour notre usage personnel. On a déjà peine à piétiner le moindre brin d'herbe ; on est donc très peu disposé à arracher les feuilles d'une plante et les rares prélèvements que l'on s'autorise consistent à couper*, ici et là, quelques feuilles ou quelques sommités fleuries en laissant toujours la plante vivante et en essayant de ne pas perturber, outre mesure, son cycle ou sa croissance...

* lorsque la plante pousse abondamment sur la zone (ou la parcelle)...

 

Quelques plantes comestibles et/ou médicinales* estivales et automnales

Coquelicot, bardane, cirse, sauge des prés, achillée millefeuille, valériane, mauve, vipérine, campanule, millepertuis, mûre, centaurée, brunelle, reine des prés, angélique des bois, origan, verveine, carotte sauvage, polypode, vergerette, amarante, picride, chénopode, armoise, renouée des oiseaux, benoîte, pariétaire, pourpier, presle, fenouil sauvage, acanthe, tanaisie, ravenelle...

* que l'on trouve en abondance sous nos latitudes

 

Instants d'exaspération

Moments d'énervement parfois lorsque des nuées d'insectes s'invitent, en plus de la fatigue, au cours d'une marche qui se prolonge de manière inhabituelle (lorsqu'il nous arrive de nous perdre, lorsque la chaleur se fait trop accablante, lorsque l'on a suivi – par inadvertance ou par défaut de signalisation – un autre itinéraire...).

Un homme comme les autres (bien sûr) avec ses limites et son étroitesse...

 

Notes de la forêt

A travers la pente herbacée – une sente étroite – le pas harassé. Et quelque chose qui surgit ; quelque chose de l'abandon ; l'annihilation de la volonté – en quelque sorte ; Dieu – les forces – qui nous portent.

 

Journal poétique (extrait)

Piégé(s) par la nuit

Cette (si brève) conservation de la matière

Sous la lumière ; sans l'essentiel

Des choses et d'autres ; et des visages à profusion

Une multitude d'objets – de gestes et de jours – (assez) inutiles

La laideur – l'indigence et le saisissement – à portée de rêve ; à portée de main

Ce que nous partageons tous (sans pouvoir nous en défaire)

 

Pollution forestière

Il nous arrive de croiser des « randonneurs motorisés » – 4x4, motos cross et autres quads – qui arpentent les pistes et les sentiers forestiers, les pentes et les montées à la recherche de sensations fortes – qui dégradent les chemins et détruisent les plantes, en pétaradant pendant des heures, et tournant parfois en rond sur le même circuit, distillant à la ronde leur pollution sonore, visuelle et olfactive. Et nous les regardons passer, selon les jours, avec colère ou affliction...

Pauvres forêts ! Pauvres randonneurs ! Pauvre ermite !

 

Journal poétique (extrait)

Toutes ces choses déchirées ; autour de soi

Et dans ces gestes ; le fond de l'âme

Le cœur chaviré par tout ce noir

Au plus sombre du rêve – sans doute

 

Mésaventures forestières

Il nous est arrivé(1), à plusieurs reprises, d'être pris au milieu d'une battue(2) – encerclé par un groupe de chasseurs et leurs chiens – coincé entre des 4x4 lancés à pleine vitesse et une meute hurlante courant derrière une harde(3) de sangliers. Devant l'imminence du danger, une (salvatrice) décharge d'adrénaline transforme le randonneur placide et contemplatif en « bête de guerre » alerte et vigilante (comme si de vieux instincts archaïques se réveillaient). La situation est analysée en une fraction de seconde et, selon le contexte(4) et la configuration des lieux, en un éclair, l'esprit prend une décision(5)  ; s'aplatir au sol, se cacher derrière un tronc d'arbre, nous signaler en criant, rebrousser chemin, courir à travers bois, continuer à marcher sur le sentier...

(1) au cours de nos balades hivernales (la période de chasse débute en septembre et s'achève fin février)

(2) chasse au grand gibier comme l'appellent les thuriféraires de l'activité cynégétique

(3) On a coutume d'appeler « compagnie » un groupe de sangliers mais ce terme nous semble trop « humainement » connoté...

(4) qui évolue à chaque instant

(5) Au cours de l'une de ces rencontres, à peine quelques secondes après nous être réfugié sur un petit sentier perpendiculaire à la piste sur laquelle on marchait, un tonnerre de détonations (pas loin d'une cinquantaine) a décimé une groupe entier de sangliers à quelques dizaines de mètres de l'endroit où l'on se tenait (à la fois) tremblant, en colère et malheureux... Et à plusieurs occasions, on a été le témoin direct de sangliers abattus – devant nos yeux ; drames qui jamais ne nous laissent indemne...

 

Journal poétique (extrait)

Le nez baissé sur le sol et le sang

A l'envers ; l'étreinte ; et l'âme (assez) sérieusement atteinte

Sur le trésor dispersé ; un peu de neige et d'argile

Et dans nos gestes ; et au cœur de ce que nous vivons ; l'innommable ; et tant de possibles ; et tant d'impossibilités

Toute l'histoire du monde – en somme

 

Journal poétique (extrait)

L’œuvre de la faim sur ce qui peuple l'étendue ; la moindre rive

Qu'importe l'or – l'encens – la prière

Des courants de larmes et de sang

Tantôt vers l'un – tantôt vers l'autre ; acteur et témoin ; bref passant

Et ne pouvant s'en empêcher

Attristant l'âme et meurtrissant la chair

En ce monde si peu affamé d'ineffable

 

Mantra pour les temps difficiles

Ce n'est rien, ce n'est pas grave, c'est juste la vie. Un petit mantra qu'il nous arrive de répéter, lors de déconvenues ou d'événements douloureux ou peu favorables. Lorsqu'on a l'impression que la vie s'acharne avec malice...

 

Notes de la forêt

Les muscles saillants à force de montées éreintantes ; le souffle et la sueur ; le pas lent et caressant ; la tête comme effacée. La joie de l'effort – de la marche sans but – presque errante. Dans la juste foulée ; l'âme et le monde – indistinctement ; l'infini que nous sommes et qui nous porte.

 

Indistinction et indissociabilité

Ce monde aux formes apparentes distinctes prend, parfois, des allures (bien réelles) de soupe énergétique – de magma de matière – où rien ne peut être différencié. Une sorte de lave mouvante dont rien ni personne ne peut s'extraire comme si tout était à la fois indistinct et indissociable, comme s'il était impossible de se séparer (de nous séparer) du reste du monde – de ce qui nous semble si loin – si étranger – si indésirable...

On est alors contraint (malgré soi) de faire corps – et d'être solidaire (ne pouvant nous en désolidariser) – avec « cette chose » – avec ce grand Tout – et avec tous les éléments qui le composent (et qu'importe qu'ils nous semblent plaisants ou déplaisants).

 

Édouard Glissant

« Rien n'est vrai, tout est vivant. »

 

Notes de la forêt

La peau et l'âme poreuses – respirant les alentours – devenant ce qui les entoure ; l'abolition éprouvée des frontières. Juste des yeux ; et un cœur qui bat ; et un souffle comme une cadence – la respiration du monde ; et le reste mélangé – indistinctement.

 

Journal poétique (extrait)

A quoi ressemblerait notre visage ; sans l'origine du temps – sans l'incessante succession des noms et des titres dans la mémoire

Un point minuscule – peut-être ; muni de prunelles délicates (et perçantes) et d'un cœur discret et ardent

A la manière d'une fête perpétuelle ; d'une danse sans cérémonial ; au faîte de l'absence – la plus légère – la plus consciente

 

Journal poétique (extrait)

Comme un peu de matière ; une sorte de pâte (informe et malléable) entre les mains du ciel

Et le poids ; et la nuit ; et l'immensité

Et cette tristesse ; et cet écrasement

A chaque parole ; à chaque recommencement

Et ce qui nous façonne ; inlassablement

 

Journal poétique (extrait)

La nuit à vif ; comme le temps retroussé ; la voix qui puise dans le langage

Un chemin à gravir ; à inventer

Avec des ombres – des reflets – des gémissements

Un semblant de ciel sur les vivants

La vie ; la chair – se laissant traverser

Dans une sorte de long épuisement sans (véritable) interrogation ; un songe – peut-être

 

Il n'y a personne en ce monde

De manière (assez) similaire, il nous arrive également de ressentir (avec force et clarté) que le monde n'est pas le monde – qu'il n'y a personne ici-bas – aucun homme – aucune bête – aucune créature. Seulement des mouvements – des élans et des courants – d'énergie comme si les uns et les autres (qui semblent exister en apparence) n'étaient que des ombres – des silhouettes – des formes animées et instrumentalisées par un enchevêtrement monstrueux de forces irrépressibles (parfois opposées – parfois complémentaires).

Malheureusement, cette perception est, en général, assez vite balayée par une perception plus habituelle (et, sans doute, plus commune) où les apparences retrouvent une certaine consistance...

 

Feng Kan

« Fondamentalement rien. »

 

Notes diverses

Tout réduit à l'essence – à sa condition ludique et métaphysique ; en tant qu'élément et parfait dépositaire du reste. Liens encore – liens toujours ; sans doute – la seule chose qui soit.

 

Journal poétique (extrait)

Si mortel(s) ; comme des ombres qui cheminent l'espace d'un instant

Sur des pierres (presque) éternelles ; sous un ciel hérissé d'intentions

Si loin (encore) de la nudité attentive

Un voyage sans témoin ; et sans la nécessité du témoignage

Du cœur noir à la transparence

Sans rêve ; sans alliance

Dans la compagnie de l'Amour ; que l'on découvre peu à peu

 

Journal poétique (extrait)

Dénué de soi ; en dépit du sang et de la pierre

Rien ; ni personne ; ce qui semble avoir lieu ; des choses qui arrivent diraient certains ; de la matière qui s'anime – en quelque sorte ; de (très) brèves apparitions

L'invisible derrière ; jamais très loin ; tirant des abîmes – pour un instant ; et y replongeant (assez vite) ce qui a eu l'audace – la folie peut-être – d'en émerger

Un peu de poussière et de temps sur fond de bleu intouchable

De l'écume ; et le mystère (toujours aussi) insondable

 

Journal poétique (extrait)

L'esprit offert ; et ce qu'il porte ; en plus du souffle ; en plus du cœur

A la fois flèche et théâtre ; avant-scène de l'immensité et champ de bataille (effroyable)

Associé (quasiment soumis) à une ardeur effrayante ; monstrueuse (si souvent) dans ses conséquences

La réponse de l'homme ; face au monde et au mystère ; guère plus (bien sûr) qu'un instrument

 

Journal poétique (extrait)

Et tous ces vents sur la pesanteur ; pour chambouler les rites inventés par les siècles ; manière de s'assurer de la consistance de la matière – des existences ; de donner un sens à ce chaos ; à cette souffrance

Le théâtre des vivants – entre édifice et plaisanterie ; entre funeste et espérance ; pas si loin du secret en définitive

 

17h-30 – 18h retour de balade

On range notre équipement de randonnée, on se déshabille, on enfile « nos vêtements d'intérieur* », on se désaltère (une longue gorgée bue directement à la bouteille) et l'on s'assoit un instant sur la banquette du salon.

* caleçon ou pagne en été – pantalon de jogging en hiver

 

Buanderie provisoire

Après une balade sous la pluie, le camion se transforme (provisoirement) en étroite buanderie. On y tend, ici et là, des cordes pour y suspendre nos affaires trempées ; short (ou pantalon) accroché à proximité du t-shirt, le sac et le coussin de Bhaga dans la salle d'eau, le sac à dos, le pull et les sandales (ou les chaussures de marche) entre la cellule et la cabine etc etc. Après s'être (consciencieusement) essuyé avec une serviette-éponge, on enfile quelques vêtements de rechange et on prépare une infusion que l'on savoure confortablement installé sur le canapé du salon en regardant, par la fenêtre, la pluie tomber...

 

Journal poétique (extrait)

Parmi les pierres ruisselantes de pluie

Et le parfum enivrant de la terre

Au milieu des arbres séculaires

A même le sol mouillé ; l'âme et les pieds nus

Au fond des bois ; là où les hommes et le temps ne pénètrent plus

Le visage fouetté par l'averse et le vent

Et le cœur déjà au ciel ; bien à l'abri

Goûtant par l’œil et la peau la grandeur – et la beauté – du spectacle

 

Orages d'été : entre étuve et inondation – le dilemme

En été, la roulotte se transforme (assez rapidement) en fournaise. Aussi a-t-on l'habitude de laisser les portes(1) et les fenêtres ouvertes jour et nuit (les fenêtre latérales et les lanterneaux). Mais la situation devient problématique lorsque surviennent les orages d'été – en particulier la nuit(2). En effet, si on laisse les baies ouvertes, la cellule peut être inondée en quelques minutes(3)(4) et si l'on décide de les fermer, l'atmosphère devient (très) vite irrespirable(5).

(1) Durant les nuits les plus chaudes(lorsque les températures nocturnes ne descendent pas au-dessous de 20°C), la porte de la cellule est laissée ouverte. On fixe alors à l'entrée une sorte de grille en bambou(constituée de 2 longs bâtons verticaux et de 5 bâtons placés horizontalement fixés ensemble à l'aide de boulons et d'écrous papillon) pour permettre à l'air de circuler à l'intérieur sans être importuné par d'éventuelles intrusions importunes (humaines ou animales).

(2) période de la journée où l'on est censé dormir...

(3) en particulier, en cas de fortes pluies

(4) Les jours de pluie intermittente, on passe la journée à ouvrir et à fermer la porte et les lanterneaux. 5 fois, 10 fois, 20 fois, 50 fois en l'espace de quelques heures. Comme si l'on était investi d'une vocation temporaire ; à la fois groom et gouvernante qui assurent la protection et la bonne tenue de la maison...

(5) On étouffe littéralement – et laisser les fenêtres entrebâillées s'avère insuffisant pour que l'air circule de manière satisfaisante

Face à ce dilemme(1), on a opté pour une solution en demi-teinte (mais qui a fait ses preuves(2)) : on accroche (à l'aide de pinces serre-joint) un large carré de toile cirée (transparente(3)) aux extrémités de chaque baie vitrée(4) (baies latérales et lanterneau principal) sur lequel on place deux aimants pour éviter que le vent ne le soulève. Ainsi peut-on laisser les fenêtres ouvertes sans que la pluie entre à l'intérieur...

(1) Seuls ceux qui ont vécu (même de manière temporaire) dans un véhicule en été – camion – camping-car, roulotte ou caravane – peuvent comprendre « l'enjeu » de cette problématique ; ça n'a l'air de rien... Et pourtant...

(2) même en cas de fortes pluies ; même lorsque le vent se met à souffler

(3) pour conserver, pendant la soirée, un peu de luminosité et une visibilité sur l'extérieur...

(4) soit 3 morceaux par baie, le premier disposé sur le côté gauche, le deuxième sur le côté droit et le dernier faisant la jonction entre le premier et le deuxième.

 

Journal poétique (extrait)

Si fugace ; le temps du monde

La durée de la terre ; de la chair ; des noms que l'on célèbre

Des nuées de visages et de choses ; sous la voûte sombre ; sous le soleil sans écart

L'instant (à peine) d'un orage d'été

 

La hantise de l'infiltration

Lorsque la pluie tombe (forte et drue) durant plusieurs heures ou lorsqu'il pleut à verse (sans discontinuer) pendant plusieurs jours, une crainte (légitime) traverse la tête du nomade ; celle de l'infiltration ; l'eau qui s'insinue par les baies ou à travers des joints défraîchis peut, en effet, inonder l'intérieur de la cellule et/ou faire pourrir la structure en bois de l'habitacle(1).

La hantise du nomade(2) !

(1) à ce titre, les concessionnaires de camping-cars conseillent de réaliser, chaque année, un test d'étanchéité de la cellule (à l'aide d'un testeur d'humidité) afin de détecter d'éventuelles infiltrations et d'y remédier au plus vite...

(2) et d'un bon nombre de camping-caristes !

 

Journal poétique (extrait)

La pluie sur la peau

L'âme qui s'éveille – peu à peu – au froid et à l'humidité

A trembler sous les coups des hommes – sous les coups du temps

Au cœur des braises – au-dedans ; le cœur qui se soulève – noirâtre ; prêt à renaître du dessous des cendres ; et à recommencer

La tête tournée vers l'embellie plutôt que vers le rêve

 

17h45 – 18h15 séance d'écriture (retranscription des notes de la veille)

On sort notre carnet d'écriture, on en détache les pages écrites la veille (et parfois les jours précédents). On allume l'ordinateur et on commence à retranscrire – mot après mot – phrase après phrase – un œil sur la feuille manuscrite et l'autre sur l'écran et le clavier.

 

Notes de la forêt

Dans notre paume ; la ligne et la feuille ; le destin du carré blanc et la destinée de l'âme ; que chaque pas, en ce monde, dessine. La joie (humble et sans exubérance) du solitaire qui marche – guidé par la main qui le porte ; et par un cœur – une sensibilité – qui dessine, peu à peu, l'itinéraire.

 

Journal poétique (extrait)

Des lignes ; pour personne

Sous les yeux du monde – pourtant ; si loin de la danse

Au cœur de notre chambre – mobile – ouverte à tous les vents ; roulotte sur les chemins ; le destin désincarcéré ; en dépit des apparences ; en dépit de l'étroitesse de la matière

Et alentour ; et plus haut ; et partout – l'invisible ; dans toutes les profondeurs

Au milieu des existences aux chaînes brisées

Rien d'une surprise (bien sûr) ; l'être à travers toutes ses possibilités

 

Journal poétique (extrait)

A l'âge de la rouille

Les yeux écarquillés ; la parole infirme

Des larmes de joie ; là où l'être se repose

Vivant (si vivant) ; le feu à l'intérieur

Pour soi seul ; à présent

Au seuil de l'autre monde

Ivre de ces lignes bleues que d'une main légère – que d'une main joyeuse – le ciel dessine ; quelques signes – quelques traces – qui caressent – effleurent à peine – la terre – ces rives isolées où nous vivons

 

18h30 Trouver un lieu pour passer la nuit

Il arrive (pour mille raisons possibles(1)) que l'on ne puisse passer la nuit à l'endroit où l'on s'est stationné durant la journée. Il nous faut donc reprendre la route pour trouver un lieu de bivouac plus approprié(2).

(1) lieu trop visible, trop bruyant, trop fréquenté, trop pentu etc etc

(2) repéré le matin en camion, repéré lors de la balade quotidienne, repéré sur la carte ou qu'il nous faut trouver au hasard de la route

La carte de la région dépliée sur la table, les lieux déjà visités marqués d'un point*, on jette un œil attentif à la zone non encore explorée à la recherche d'une piste forestière.

* Légendes qui permettent, en un coup d’œil, de voir tous les lieux où l'on a passé la journée et/ou la nuit, les villages et hameaux qui n'offrent aucune possibilité de stationnement diurne et/ou nocturne, les lieux découverts et non encore explorés etc etc

 

Notes de la forêt

Et dans le dégradé de verts de la carte ; l'invitation au voyage – à l'exil – à la découverte. L'appel des profondeurs et de la solitude ; l'exploration de nouveaux horizons. A l'altitude qui convient.

 

Immersion forcée en territoire humain

Il nous arrive parfois de ne trouver aucun lieu désert, aucun lieu sylvestre, aucun lieu à l'écart du monde pour passer la nuit*. On doit alors se résigner à trouver une place sur un parking ou dans une rue, au cœur d'un village. Et on se gare là, au milieu des voitures, stores baissés – rideau occultant tiré entre la cellule et la cabine – en nous faisant le plus discret possible. Les dimensions relativement réduites de la roulotte (guère plus longue qu'une grosse berline ou qu'un pick-up) nous permettent de nous garer à peu près n'importe où.

* en particulier en hiver lorsque les chemins forestiers sont boueux et/ou peu praticables

Et de l'extérieur, le camping-car ne jure pas (outre mesure) au milieu des voitures et des camionnettes environnantes – il s'insère (sans trop dépareiller) dans le paysage villageois. Malgré l'éclairage à l'intérieur de la cellule, aucune lumière n'est perceptible du dehors. Le camion semble inoccupé comme si ses propriétaires l'avaient déserté pour aller passer la nuit chez des parents ou des amis qui habitent l'une des maisons alentour...

 

Journal poétique (extrait)

A notre place ; en retrait – touché par le silence

Sans résistance face à ce que l'on ne reconnaît pas

Le soleil joyeux dans le sang

A deux pas de l'enfance ; le regard – émerveillé

Le ciel serré contre soi

 

Observer le monde

La cellule du camion constitue un poste d'observation du monde – forestier – animalier mais aussi humain. Ainsi lorsqu'il nous arrive de nous stationner dans un village, sur un parking de départ de randonnées ou, plus rarement, sur une aire de loisir (parc, lac etc), l'occasion nous est donnée d'observer, depuis la table de travail ou installé sur la banquette arrière du coin salon, le comportement des hommes. Sans véritable surprise...

En général, le « bipède moyen » se montre autocentré, porté à défendre ses intérêts (et ceux de sa famille ou de sa communauté), il semble peu soucieux des autres humains (et moins encore de l'environnement, des animaux et des végétaux), il aime bavarder (de tout et de rien – et pendant des heures) avec ses congénères et il paraît apprécier les barbecues, l'alcool, la musique et les loisirs (farniente, apéro, pétanque, partie de foot, moto cross – selon l'âge et les goûts). Il fait preuve d'une indifférence à l'égard de (presque) tout ce qui n'est pas lui, suit son mouvement (comme une pierre suit sa pente) sans s'occuper du mouvement des autres (excepté si ce mouvement vient perturber, freiner ou arrêter le sien)...

Et depuis quelques années, il ne semble pouvoir se défaire d'un petit objet rectangulaire* qui accapare ses doigts, ses yeux et sa tête de façon quasi permanente – oubliant que le moteur de sa voiture tourne – que ses enfants se sont éloignés de l'aire de jeux – que son chien l'attend depuis 1/4 d'heure – qu'il existe un monde avec des êtres et des choses réels...

* qui l'accompagne en tous lieux et à toute heure du jour et de la nuit

Voilà un portrait peu flatteur... mais est-il si éloigné de la réalité ? Certaines caractéristiques sont-elles exagérées ? Il semble, malheureusement, assez conforme à ce qu'est l'homme contemporain...

 

Ralph Waldo Emerson

« Le profond aujourd'hui que tous les hommes dédaignent, la riche pauvreté que tous les hommes haïssent, la solitude peuplée, toute aimante, que les hommes abandonnent pour le bavardage des villes. »

 

Haïku

« On s'affaire, on s'affaire

pour chercher quoi

au juste ? »

 

Journal poétique (extrait)

La garde – les poings serrés – abandonnés ; les genoux au sol ; inutile toute forme de résistance – toutes nos fiertés – après tant de soustractions

L’œil-vigile pourtant ; pas dupe (jamais dupe) des filouteries de ce monde

Là où les flèches sont tombées ; comme tant de royaumes – dans cette sordide pénombre

De la boue façonnée sur la pierre ; légèrement érigée ; sans exception – sans lumière

Sur ces rives où seule compte la chair

A quelques pas de l'or – pourtant ; ce qui brille dans l'invisible

 

Journal poétique (extrait)

Introuvable ; l'oasis des aveugles

La tête criblée de rêves et d'étoiles ; aussi longtemps que les yeux puiseront dans la terre ; aussi longtemps que l'or sera la seule richesse du monde

De quoi vivre un peu ; survivre grâce à la chance et au labeur

(Presque sans regret) ; dans l'inconscience de son infirmité

 

18h45 On installe un petit tapis élimé entre le coin salon et les sièges de la cabine. On y pose notre séant – jambes croisées en demi-lotus – pendant quelques instants (manière de « vider l'esprit » et de retrouver une connexion plus fine – et plus intense – avec le corps et l’environnement). Puis, on effectue quelques exercices corporels(1) (assez élémentaires) que l'on complète, en fin de séance, par 2 ou 3 postures de yoga(2).

(1) entretien des muscles du buste et des bras pour compléter le travail musculaire naturel des jambes réalisé au cours de la marche quotidienne

(2) que l'on pratiquait assidûment autrefois ; aujourd'hui on se limite aux postures dont on apprécie particulièrement la beauté et les effets plaisants (et bénéfiques)...

  

Entretien et aguerrissement du corps et de l'esprit

Ces exercices physiques sont pratiqués (bien sûr) pour l'entretien (musculaire) du corps, mais ils nous permettent également de satisfaire notre goût pour l'effort, notre besoin de dépassement(1) et notre appétence pour la martialité ; une manière d'affermir le corps et d'aguerrir l'esprit (une partie de l'esprit) qui (nous) semble nécessaire pour faire face au monde – à la part la plus hostile du monde – et contrebalancer, peut-être, notre grande sensibilité(2).

(1) aller toujours un peu au-delà de ses possibilités...

(2) la « dimension féminine » de notre esprit que nous avons appris à chérir (et à remercier) au fil des années...

 

Journal poétique (extrait)

Le vivant ; ce qui existe ; dans nos murmures

En nous ; entre le bruissement et le chaos

D'une heure à l'autre ; d'un siècle à l'autre

Sur le fil qui serpente entre les mondes (qui se chevauchent et se prolongent)

Sur la roue obscure qui mêle la terre et les pas ; le ciel et la lumière

Et là – quelque part – la possibilité d'un passage ; la possibilité du retour

 

19h – 19h15 préparation du repas de Bhagawan

On sort les casseroles, une flopée de boites qui contiennent les divers ingrédients qui composent son repas* (viande, abat pour le jus, pâtes, haricots verts), quelques croquettes, divers ustensiles culinaires (ciseaux, louche, passoire, balance alimentaire, couvercles de casserole). On met les ingrédients à cuire dans un peu d'eau et l'on surveille, d'un œil attentif, la cuisson.

* ses problématiques de santé nous contraignent à lui administrer divers médicaments mais aussi à préparer des rations ménagères équilibrées et adaptées...

 

Haïku

« Du panier en osier

monte le parfum

des pommes sauvages »

 

19h45 – 19h55 préparation de notre repas

Après le repas de Bhagawan, on s’attelle à la préparation* du dîner qui consiste, le plus souvent, à réchauffer un fond de boîte de conserve, quelques féculents (préparés pour plusieurs jours) et une moitié de steak végétarien.

* beaucoup plus rapide

 

20h – 20h15 dîner.

 

Au menu

Un demi-steak de soja avec des haricots verts et des pommes de terre, un bout de fromage, une ½ banane, 2 biscuits*, 2 carrés de chocolat au lait et une ½ pomme.

* A l'heure du dessert, Bhagawan a également droit à quelques friandises ; une madeleine émiettée ou une part de quatre-quarts présentée dans une petite coupelle en verre

 

Haïku

« Je lève ma coupe

face

à la montagne du sud »

 

Régime alimentaire

Les menus ne varient guère(1) au fil des jours – au fil des saisons. De temps à autre, la confiture de fraise remplace la confiture de prune, le riz alterne avec les pommes de terre ; les concombres avec la salade ; et le seitan(2) s'invite, parfois, dans l'assiette à la place du tofu...

Régime quasi végétalien (et végétarien depuis plus de 20 ans). Par conviction ; un choix qui s'est brutalement imposé(3)...

(1) Au cours de la saison hivernale, on se livre parfois à la confection de quelques plats inhabituels ; poêlée de châtaignes (ramassées au cours de nos balades), préparation de compotes etc etc

(2) Gluten de blé

(3) On n'a jamais eu beaucoup d'appétence pour la nourriture. Et, au fil des années, cette inclination s'est renforcée...

 

Han Min Yimg

« Le chant des oiseaux, le cri des insectes, ouvrent l'esprit au sens du vrai ; le Tao se révèle dans les fleurs et les herbes. L'homme éveillé trouve en toutes choses sa nourriture. »

 

Journal poétique (extrait)

Chaque jour comme un surcroît de ciel

Sous l'étoile montante ; la terre claire

Sur le seuil ; comme l'arbre et la fleur

A la jonction des invisibles

La chair simple ; et le rouge au cœur

 

Repas méditatif

Manger en silence face au monde dans la quiétude crépusculaire

 

Notes de la forêt

Le plus sacré du silence ; sans la moindre dissipation. Dans les profondeurs et l'effacement.

 

Notes de la forêt

A la table des géants ; le festin invisible. La fête silencieuse ; et rien de l'estomac. Le cœur plutôt apprêté pour le rire ; sans parure ; oublieux de tout ce qui n'est pas la joie.

 

Un départ précipité

Il y a quelques semaines, après plusieurs jours passés au même endroit – en pleine forêt – dans une large et belle clairière, on a dû se résoudre à quitter les lieux (un peu précipitamment) en début de soirée(1). Alors que l'on s'apprêtait à passer à table, 4 ou 5 voitures(2) sont arrivées en trombe (moteurs vrombissants, dérapages et musique tonitruante) et, après quelques « tours de piste », se sont arrêtées à quelques mètres du camion. Les occupants en sont descendus pour s'installer un peu plus loin – avec au programme (réjouissons-nous des festivités!) ; feu de bois, barbecue, partie de foot, partie de pétanque, rires et éclats de voix sur fond sonore musical assourdissant et ininterrompu. Comprenant que cette bande de joyeux drilles allait passer la soirée (voire, peut-être, une partie de la nuit) à proximité de notre bivouac, on a transvasé le contenu de la poêle dans une boîte, on a verrouillé les placards, on a fermé les baies et on est parti sans demander son reste(3).

Voilà aussi à quoi peut ressembler la vie nomade ! Se tenir prêt à partir dans l'instant...

(1) aux alentours de 20h-20h15

(2) chacune occupée par 3 à 4 jeunes

(3) aussi naturellement et discrètement que possible...

 

Charles Baudelaire

« Si tu peux rester, reste, pars s'il le faut. » 

 

Journal poétique (extrait)

Des cris lancés contre le ciel ; à peine quelques échos – quelques éclaboussures ; malgré la chair déchiquetée

Aux commandes ; Dieu – des mains – des forces – personne

Aucune tête sous la couronne

De la neige et du vent ; ce qui habille et dénude ce monde

Des gueules ; de la glaise industrieuse et fertile

A bouffer encore du sang noir ; de la bave au coin de la bouche

Sous un déchaînement de violence et de hourras ; des larmes et des rires

Une partie de la fange se flagellant ; et l'autre essayant de se défiler ; essayant de se faufiler entre les hurlements et les substances ruisselantes pour échapper aux massacres et à la mascarade

Ici ; en ce pays où l'on se pense flamboyant ; grand(s) seigneur(s) ; les mœurs vulgaires – l'usage prosaïque – l'instinct vengeur – (bien) plus sûrement

 

Journal poétique (extrait)

Encore du bleu ; sans compter depuis quand ; sans compter les jours qu'il (nous) reste

Grandissant ; à travers les épreuves ; à travers tous les adieux

Si seul – à présent – que le cœur s'enfle – se gonfle – efface ses contours – agrandit son territoire – embrasse le monde – absorbe l'espace ; comme une bête en train de muer ; de l'intérieur – la métamorphose

Devenu si sensible que les larmes ont remplacé le sang ; et cette tendresse que pulse le cœur

Et la pierre inondée ; comme pour laver tant de tueries – de massacres – de cruauté ; des siècles – des millénaires – sanguinaires – cannibales – dévastateurs

Du rouge à la transparence pour faire voler en éclats l'horreur et la bestialité – s'éloigner des âmes barbares et instinctives ; échapper à l'inconscience de ce monde

 

Journal poétique (extrait)

Éprouvé par l'ébranlement du monde

Parmi les choses ; l'éclosion de l'infini

A marche forcée ; ponctuée de haltes et de meurtrissures

Le jeu de l'indignité ; (presque toujours) en faveur de l'offense – de l'avanie

Du côté de la nuit et du bannissement

Condamnés – sans même que nous le souhaitions – à la naissance – à la mort – aux saisons ; et, à terme, à l'acquittement – à la suppression du temps – au triomphe de l'étendue et de l'effacement

L’œil ; et le visage – déjà bleuis par le ciel

 

Partout chez soi, nulle part chez soi

Ne pas céder (ne jamais céder) à la tentation de l'installation. Ne pas s'approprier un lieu dont la tranquillité et/ou la beauté ravive « nos vieux instincts » d’accaparement...

Combien de fois s'est-on laissé surprendre par cette « mentalité de propriétaire » ; maugréant et dévisageant le moindre pékin traversant ou stationnant sur « notre territoire » provisoire...

De passage ; éternellement de passage...

Simple passant (bien sûr)...

« Partout chez soi, nulle part chez soi » comme le dit l'adage des voyageurs.

 

Journal poétique (extrait)

Là – ailleurs – dans l'abondance du présent

L'âme courbe ; et la main tendue

La voix qui enfle ; qui serpente entre les bruits

Sans erreur possible

A cet instant ; au-delà des mondes ; au-delà de l'imaginaire

A la fois ancré dans le silence et le feu

Sans doute – inexistant

 

Lieux-refuge

Par définition, le mouvement caractérise la vie nomade. L'ermite itinérant ne cesse de changer de lieux – arpentant, jour après jour, les routes et les chemins. Il peut néanmoins éprouver, de temps à autre*, le besoin de faire une halte – de s'octroyer « une pause » – dans son incessant périple.

* et pour mille raisons possibles

Et il n'est pas rare qu'il dispose de ce que l'on pourrait appeler « des lieux-refuge », quelques endroits où il se sent particulièrement à son aise – où il a le sentiment d'être « comme à la maison » ; des endroits découverts lors de ses pérégrinations ou un terrain prêté(1) par un.e ami.e ou un membre de sa famille ; un lieu où il peut s'installer pendant quelque temps(2) ; une manière de « se poser » comme on le dirait d'un oiseau migrateur, une manière de « souffler un peu » comme on le dirait d'un voyageur lancé dans une longue course.

(1) ou mis à disposition

(2) pour quelques jours ou quelques semaines, quelques mois – si nécessaire

Malgré la grande beauté de ce mode de vie, il est indéniable que le nomade doit maintenir, jour et nuit, une forme de vigilance minimale(1)(2) – en particulier lorsqu'il vit seul(3). Exposé de manière (quasi) permanente au monde, l'esprit et le corps conservent une (très légère) tension. On reste donc aux aguets ; on regarde, on écoute (on évalue les bruits), on repère, on jauge et calcule (instinctivement) les risques et les possibilités. Et l'ermite itinérant peut occasionnellement(4) ressentir le besoin de s'accorder un intermède dans un espace « parfaitement » sécure où il pourra se détendre corps et âme...

(1) Vigilance adoptée par la très grande majorité des animaux sauvages (à l'exception, peut-être, des prédateurs les plus imposants). Tous, en effet, restent sur le qui-vive, prêts à faire face ou à s'enfuir, prêts à lutter et à défendre leur peau si nécessaire...

(2) Seul l'homme moderne* qui a, peu à peu, neutralisé l'essentiel des dangers et des menaces de son environnement (autres prédateurs, affrontements inter et intra-spécifiques, risques pathogènes etc etc) peut fermer les yeux (dans tous les sens du terme) et se laisser gagner à la torpeur. Ce qui semble assez commun et répandu en ce monde. Et force est de constater que ce relâchement a engendré chez l'homme une sorte d'assoupissement permanent – une sorte de somnolence constante – un état peu enviable, peu propice à vivre et à ressentir la vie (et le vivant) avec force et intensité et peu favorable à l'attention (et à la disponibilité affûtée) que requièrent la découverte (et l'exploration) de l'espace et des richesses que l'on porte à l'intérieur...

* ainsi que les animaux de compagnie qui vivent en ville

(3) contrairement à d'autres voyageurs qui vivent à plusieurs, en famille ou en clan, et qui peuvent donc s'appuyer sur la vigilance des autres, l'ermite itinérant ne peut, en effet, compter sur personne (sinon sur son attention, son intuition et son discernement ainsi que sur la vie, sur ce qu'il porte et sur la confiance qu'il leur témoigne)...

(4) très occasionnellement

 

Haïku

« Allègre

dégagé des affaires du monde

ici, enfin, libre »

 

Premier lieu-refuge

Une large clairière sur un chemin de terre et de pierres – une impasse d'environ 2 km au milieu d'une forêt clairsemée (essentiellement des chênes verts et des érables de Montpellier) – fréquentée uniquement l'hiver par les chasseurs. Les villages alentour se situent à 5 ou 6 km. On y séjourne, en général, au printemps et en été*.

* Pendant plusieurs mois, nous y avons passé toutes nos nuits (on était contraint de rester dans la région pour effectuer des analyses bimensuelles auprès du vétérinaire qui s'occupe de Bhagawan). Pour rester discret (et éviter de se faire repérer par d'éventuels promeneurs), on quittait les lieux après le petit déjeuner, vers 9h30 – 9h45 pour passer la journée dans les environs (en changeant de spot diurne assez régulièrement – et tournant ainsi, pendant plusieurs mois, sur une vingtaine de lieux différents) et l'on revenait le soir vers 19h en prenant soin qu'aucune voiture ne nous suive ou ne nous croise avant de nous engager sur la piste de terre. Un lieu, une zone et une région que nous connaissons relativement bien (et dans laquelle on se sent un peu comme chez soi).

 

Journal poétique (extrait)

La terre – au milieu des étoiles ; comme un bain d'enfance

Encore la nuit ; malgré la couleur – la lumière

Et ce bleu ; sous les arbres

A l'abri des lourdeurs humaines ; des horizontalités trop grossières

Un anneau à chaque doigt

Et le cœur au fond du regard ; à mesure que les noms deviennent fenêtre ; à mesure que l'espace remplace le monde – la fièvre – le rêve ; à mesure que disparaît l'écume

 

Deuxième lieu-refuge

Un lieu cryptique – dissimulé dans la forêt – à l'écart de la piste forestière. Un endroit que l'on affectionne particulièrement ; caché – désert – pas (ou très peu) fréquenté – un ou deux randonneurs tous les 2 ou 3 jours. Des pins (douglas) – quelques hêtres et quelques bouleaux. Un ruisseau sous les frondaisons. Juste la place pour poser la roulotte. Une foison de chemins pédestres à proximité (mais pas trop près du lieu de bivouac). Du silence, une ambiance et des odeurs sylvestres, plongé (véritablement) au cœur de la forêt. Accessible par une piste carrossable (mais assez cabossée) d'environ 4,5 km. Un petit paradis que l'on fréquente de temps en temps et sur lequel on reste toujours plusieurs jours...

 

Journal poétique (extrait)

En ces lieux ; l'invisible

Des mots – des seuils ; le soleil

Qu'importe ce qui guide les pas ; et la parole

Penché(s) sur le temps qui passe ; comme une eau intarissable

Et la nuit ; et ce qui nous relie

Comment pourrions-nous l'oublier

 

Troisième lieu-refuge

Au fond d'une impasse mal goudronnée (de quelques kilomètres) au cœur d'un hameau abandonné (3 ou 4 habitations relativement bien conservées). Au sommet d'une étroite colline – la roulotte posée à proximité d'un chemin de terre (herbacé et caillouteux) fréquenté occasionnellement par quelques promeneurs* (habitant les hameaux alentour) – entre deux bâtiments en ruine et un vénérable noyer – entouré de friches et d'anciens vergers. A bonne distance de la route qui traverse le massif forestier. Lieu que l'on fréquente de manière régulière lorsque l'on est de passage dans la région.

* que nous saluons avec courtoisie lorsqu'ils passent devant la roulotte et avec lesquels il nous arrive, parfois, d'échanger quelques mots

 

Journal poétique (extrait)

Dieu ; plus intensément

Autant que l'âme et la matière

La terre si haut perchée ; le ciel si accessible

Plus ni exil ; ni étrangeté

L'étreinte – le silence – l'origine

 

Dernier lieu-refuge

Un terrain familial que l'on utilise en cas de nécessité ; une sorte de pied-à-terre – un endroit où l'on peut déposer sa roulotte, effectuer de menus travaux qui nécessitent une immobilisation du camion pendant quelques jours ou qui imposent que l'on passe la nuit hors de la cellule*.

* pour éviter, par exemple, les odeurs et la toxicité de certains produits lorsqu'il nous arrive de peindre ou de vernir le mobilier « fait maison »

 

Journal poétique (extrait)

Au pays du monde ; des arbres haut comme des collines

Et nos espiègleries (enfantines) ; et nos (interminables) parties de cache-cache avec ceux qui se tiennent debout ; dans le bruit et la prétention [et qui nous prennent pour leur congénère]

Et notre souci de vivre comme les bêtes ; aussi loin des hommes que possible

Dans le désordre des pierres – le tumulte tranquille du temps ; et le parfum (enivrant) des fleurs sauvages

Comme un refuge – un repos – un sanctuaire – fragiles et passagers ; un retour à la terre natale

 

20h30 – 20h45 vaisselle

Le repas achevé, on pose la poêle et les couverts* dans l'évier, on essuie la table et le plateau et l'on s'attelle au nettoyage des divers ustensiles de cuisine en prenant soin d’utiliser l'eau avec parcimonie.

* après les avoir soigneusement essuyés à l'aide d'un papier essuie-tout

 

Une micro pollution quotidienne(1)

Lorsque l'on vit en roulotte dans les bois, on ne dispose (bien sûr) de tout-à-l’égout. Une fois la vaisselle terminée, il nous faut jeter(2) au-dehors les eaux grises du jour(3). On déverse donc le contenu de notre cuvette (soit environ 2 litres d'eau) à quelques mètres du camion(4) – et, si possible, sur un espace vierge d'herbes et de plantes (pour ne pas les endommager avec certains composants irritants)

(1) en plus du gazole utilisé...

(2) On pourrait les stocker dans la cuve d'eaux grises fixée sous la cellule mais cela nous contraindrait à fréquenter plus régulièrement les aires de camping-car qui disposent d'un lieu dédié à cette vidange...

(3) Les eaux grises de la vaisselle (2 litres d'eau avec un peu de liquide vaisselle 100% biodégradable) et les eaux grises de la douche (environ 2 litres d'eau avec un peu de savon 100% bio)

(4) loin de tout cours d'eau (bien sûr) : ru, ruisseau, rivière

 

Journal poétique (extrait)

Pierres et visages – sous le ciel haut et cru

Un peu de bruit ; ce qui bouge

Étrangement attiré(s) par les étoiles

La matière ; obscurément

 

La réserve d'eau

200 litres répartis dans une cuve de 100 litres et 5 bidons de 20 litres auxquels s'ajoutent le bac du filtre à eau (environ 5,5 litres) et quelques bouteilles d'eau en réserve...

De quoi tenir approximativement 3 semaines (un peu moins en été*)

* période au cours de laquelle on s'hydrate davantage.

Cette autonomie nous évite de nous aventurer, de manière trop fréquente, dans les cimetières (presque tous dotés d'un robinet) et les aires réservées aux camping-cars*

* aire destinée aux voyageurs qui met à leur disposition (gratuitement le plus souvent) un robinet d'eau potable, des prises électriques (pour se raccorder au réseau si nécessaire) et un lieu pour déverser les eaux grises et les eaux noires

Le réapprovisionnement s'effectue, en général, à l'aide d'un bidon de 20 litres(1) ou d'un arrosoir(2). Et l'on essaie (autant que possible) de se ravitailler à des heures où nos congénères désertent l'espace public(3)...

(1) En faisant la vaisselle ou en prenant sa douche, on ne peut oublier le labeur (souvent long et fastidieux) que nécessite le remplissage de la cuve et des jerricans, et l'on est (beaucoup) plus enclin à utiliser l'eau avec parcimonie...

(2) selon la hauteur entre le sol et le robinet et la discrétion que nécessitent les lieux – plus ou moins habités ou fréquentés

(3) en début d'après-midi ou après la tombée de la nuit

On s'astreint également à se réapprovisionner sur la route – dès que l'occasion se présente* (robinet en libre service derrière une salle polyvalente – derrière une mairie – en passant devant un cimetière ou à proximité d'une aire de services pour camping-cars déserte etc).

* L’œil du nomade s'aiguise au fil de son périple – au fil de son expérience. Étonnante et remarquable devient sa capacité à repérer un point d'eau, des poubelles pour les ordures, pour le verre, pour les déchets recyclables, un endroit pour se poser durant la journée, un lieu à l'ombre, un lieu pour passer la nuit etc etc

 

Journal poétique (extrait)

L'épreuve du vide ; au cœur de l'abîme

Et toute chose considérée comme une charge – un encombrement

Dans le silence nu des pas qui tâtonnent ; sur le fil tendu entre le temps et l’absence de temps

Au-dessus (bien au-dessus) du royaume des hommes ; là où le vent s'avère un allié crucial et dangereux

Le destin et la mort ; en équilibre – sur le balancier

Si loin du sommeil – de l'écume – de l'imposture

En ce lieu où règne – en souverain solitaire – l'oubli

 

Journal poétique (extrait)

Au soir assagi ; le mouvement encore

En amont de toutes choses

Au cœur de l'opposition des forces ; de ce qui se heurte avec violence

Sans cri – sans douleur – sans étendard

L'amoncellement du feu et du vent qui (perpétuellement) ruissellent

Dans le sillage de l'eau ; le vide creusé – en relief

La matière du jour et la matière de la nuit ; se précipitant

Dans la danse tempétueuse

L'accord parfait à même le chaos ; pas moins réussi que la ronde des Dieux

 

Trouver de l'eau potable en hiver

En hiver, les points d'eau potable se raréfient drastiquement (mise en hors gel dans la plupart des communes) ; il faut donc faire preuve d'ingéniosité et/ou d'audace ; repérer les toilettes publiques non fermées avec lavabo(1), les fontaines de certains villages où l'eau coule à flots (même en hiver), les imposantes fontaines vertes en fonte (qui, en général, restent ouvertes) et les rares aires de camping-car dont la borne(2) continue de fonctionner durant la saison froide, ou, pour les plus téméraires, déplacer la dalle de béton qui donne accès à la trappe souterraine du robinet d'alimentation d'eau dans les cimetières et les aires de camping-car suffisamment isolés afin de pouvoir utiliser le robinet extérieur (sans oublier, bien sûr, de remettre le système hors gel après utilisation).

(1) en utilisant un court tuyau pour faire la jonction entre le robinet et l'arrosoir

(2) borne composée de 2 robinets – un pour l'eau potable et l'autre pour nettoyer la cassette des toilettes chimiques utilisées dans la très grande majorité des camping-cars

 

Journal poétique (extrait)

Comme effacé par la lumière et le mouvement

Sans ombre – sans écho ; un (simple) ruissellement – une (parfaite) dissolution

Sous des yeux stupéfaits ; cet étrange bouleversement

 

Une sobriété joyeuse

Une sobriété (très) joyeuse(1). On consomme peu d'eau (5 litres pour boire et faire la cuisine, 2 litres pour la vaisselle et 2 litres pour la douche, soit moins de 10 litres par jour). On consomme peu d'électricité(2) (le strict nécessaire pour recharger nos outils de travail et s'éclairer). Seul bémol, le gaz qui permet de faire fonctionner le réfrigérateur, le chauffe-eau et les feux de la gazinière : environ 1 bouteille de 15 litres de propane par mois.

(1) et des gestes en conscience...

(2) voir la rubrique « le dispositif électrique »

 

Journal poétique (extrait)

Le trésor ; et le surcroît

Au plus bas du monde

Au plus près de l'âme

Au fond du plus rien – en quelque sorte

Et ce qu'il (nous) a fallu abandonner pour y descendre – s'y retrouver – s'y rejoindre

Un travail de titan (pour l'homme – si familier des ajouts – des accumulations – des amoncellements)

Jusqu'au dernier geste soustractif ; et moins encore

 

Journal poétique (extrait)

Dans la transparence discrète de l'effacement

Sous l'arbre ; la main posée

En ce lieu d'exil ; à l'écart de ce qui se gonfle d'orgueil

Le cœur à deux doigts du bleu

 

Distance, refus, accueil, douleur et inconfort

Quelques problèmes de santé nous astreignent à une prise de médicaments quotidienne. Ces défaillances corporelles engendrent, de manière cyclique et régulière, un inconfort qu'il nous faut accueillir – qu'il nous faut accepter.

A l'instar des événements qui peuvent nous blesser (ou nous attrister) et des émotions (ou des sentiments) désagréables qui peuvent nous traverser, il convient de faire corps – d'être un – avec ce que nous vivons et expérimentons.

En réduisant la distance* avec la sensation, l'émotion ou l'événement déplaisants, on parvient assez aisément à s'unir avec ce qui nous semble fâcheux, incommode ou désagréable ; un peu comme comme si nous l'absorbions – comme si nous l'intégrions – pour que ce qui nous semble extérieur devienne partie intégrante de ce que nous sommes ; et la difficulté ressentie cesse (presque aussitôt) d'être difficile à vivre – le problème cesse d'être problématique...

* jusqu'à nous coller contre ; peau contre peau en quelque sorte...

A l'inverse lorsque nous nous arc-boutons sur notre refus de vivre ce qui se présente ; lorsque nous essayons de mettre l’événement (la sensation ou l'émotion) à distance ; lorsque nous résistons à ce qui est là – en le considérant comme un corps étranger à combattre – ce que nous refusons se renforce et devient encore plus difficile à vivre...  

 

Notes diverses

Est ce qui est ; et l'on devient ce qui est – sans le moindre écart.

 

Journal poétique (extrait)

La terreur accréditée ; et la terre (étonnamment) consentante

Irrépressiblement la proie

Que le regard et le souffle s'habitent ou qu'ils fassent défaut

Perdu(s) à jamais ; dans la trame des chemins ; et la cendre à venir

Sans retour possible ; sans même la possibilité d'un ailleurs

 

Journal poétique (extrait)

Comme des bêtes dispersées par l'orage ; et que l'aube appelle

Au milieu des rêves ; comme déposées

Assis – vagabond ; par-dessus le chaos ; là où tout s'avance – là où tout ébranle ; jusqu'à la plus parfaite familiarité

 

Accueillir : le « oui » à la vie

On ne refuse rien de ce qui est donné à vivre. Nos préférences* n'ont pas disparu mais elles s'effacent (presque) toujours face aux circonstances (face à ce qui s'offre – face à ce qui s'invite – face à ce qui s'impose).

* Il est assez naturel de préférer être en bonne santé plutôt que malade ; et selon ses goûts et sa sensibilité, on préfère le pamplemousse aux myrtilles, l'été à l'hiver, vivre dans les collines boisées plutôt que dans une grande ville etc etc

 

Journal poétique (extrait)

Comme sommeillant à la lisière du temps

Sous le ruissellement (perpétuel) de la lumière

Le reflet dansant de l'enfance

Comme un rêve ; un flot d'images astreintes à la mobilité

Une foule d'ombres (en fait) sans pourquoi

Des regrets et des cruautés

Ce que nous n'avons su éviter

 

Journal poétique (extrait)

Au-delà des pas hasardeux ; ces parts de ciel accessibles ; lorsque le temps et l'horizon se resserrent ; lorsque la route se rétrécit ; lorsque les choix n'en sont plus – deviennent d'impératives nécessités

Ce qu'il y a ; ce qui demeure – sous les ruines – le sol craquelé

 

20h45 – 21h Rituel vespéral

 

Modeste présent

Offrande journalière* à nos amis des bois ; miettes de repas mais aussi « friandises » à l'intention des fourmis, des belettes, des martres, des renards et des sangliers.

Une manière de compenser notre « intrusion » sur leur territoire ; malgré notre discrétion et notre attitude respectueuse, notre présence en ces lieux perturbe, parfois (on le sent) les habitudes et les déplacements des habitants de la forêt.

* en période de canicule, il nous arrive aussi d'offrir un peu d'eau à quelques fleurs, à quelques plantes, à quelques jeunes arbres en souffrance (causée par un stress hydrique estival de plus en plus fréquent en cette ère de dérèglement climatique)

 

Journal poétique (extrait)

Face aux grands chiens des collines ; farouche(s)

Au cœur de la forêt foisonnante

Le regard fauve ; fébrile

Dans cette lumière du soir

Sous les apparences de l'automne ; le jour qui se retire

L'âme (encore) désirante qui s'approche

Dans l'écume du plus sauvage

Aux marges du monde ; notre tentative d'habiter au plus près de la lumière – au fond de notre trou – dans l'oubli de l'humain ; quelque chose qui, peut-être, se dessine

 

Journal poétique (extrait)

A distance de soi – encore – quelques fois (de temps à autre)

Hanté (toujours) par ce qui bouge ; les bruits ; les malheurs qui courent devant nos yeux

Les arbres – les pierres – les rivières – que nous chérissons

Et les bêtes ; nos égales devant Dieu ; et ceux qui les assassinent

Cette fraternité d'enfance qui se risque hors du cercle des conventions (très au-delà du plus commun)

Plus folle – et plus sage – que les rêves des hommes

 

Journal poétique (extrait)

Au cœur de cette fraternité silencieuse ; immense

Loin des murs ; loin des Autres

Ensemble ; comme si de rien n'était ; comme si la vie – le monde – la mort – avaient été (parfaitement) compris – accueillis – apprivoisés

 

21h collation

Une infusion avec une friandise au caramel

 

Haïku

« A une tasse de thé

je confie

mon sentiment poétique »

 

Un instant, mille instants quotidiens

Seul et silencieux face à la beauté du monde

 

Haïku

« Appuyé à la porte

dans le crépuscule je regarde

les montagnes bleues »

 

Le temps est une construction de l'esprit

Le temps est une illusion – une construction de l'esprit qui appréhende les événements de manière linéaire – additionnant les instants et les transformant en durée* – séparant le présent de ce qui a eu lieu avant et de ce qui adviendra après. Mais inutile de chercher à saisir le passé et l'avenir, l'un et l'autre n'existent pas ; ils semblent exister grâce à la mémoire et à notre capacité de projection mais nul ne pourra jamais vivre dans le passé ou dans le futur. Tout ce qui est vécu aujourd'hui – tout ce qui a été vécu avant et tout ce qui se vivra après – ne l'est – ne l'a été et ne le sera que dans l'instant – dans le présent.

* un peu à la manière d'un film composé d'images juxtaposées – 24 images par seconde qui défilent et donnent le sentiment d'un mouvement...

« Ici et maintenant » dit l'adage zen.

 

Notes de la forêt

Sans devenir ; le temps aboli. A la vue du sourire un peu triste – et un peu solitaire – d'un enfant aux yeux sensibles – à l'esprit à l'affût ; lorsque le vent perce les frondaisons ; lorsque le vent éparpille les images et les pensées ; lorsque nous devenons simplement sensations.

 

Journal poétique (extrait)

Le songe à perte ; comme condamné(s) à ce trop peu de raison

Comme prisonnier(s) ; comme séquestré(s) – contraint(s) d'évoluer au milieu des ronces du temps ; entre griffures et frissons – jusqu'au plus noir – jusqu'au plus tragique de ce séjour intranquille...

L'achèvement du vivant ; l'agonie ; et la continuité du malheur

A travers le souffle ; le défilé inépuisable des saisons ; la douleur – jusqu'au dernier soupir...

De métamorphose en métamorphose ; et disculpé(s) (à la fin) de tous les crimes – de toutes les offenses ; dissimulée(s) au fond du secret peut-être – la culpabilité ; la peur et la culpabilité ; l'origine de la fuite – de la course – de la débâcle

A travers cette écume si inquiète face aux puissances des profondeurs – face à la monstruosité apparente du monde ; ce qui se joue (si souvent) sur la pierre

D'île en île ; l'itinéraire – à l'intérieur

Soumis à l'incessante recomposition des rôles et de la terre ; notre passage – notre partage ; et ce qu'il restera – peut-être

 

21h – 21h15 séance d'écriture

Fenêtres ouvertes. Lumières éteintes. Seule une veilleuse posée sur la table et entourée d'un abat-jour* est allumée. Le soleil s'est couché depuis quelques minutes et la pénombre commence à s'installer. On sort un feutre et notre carnet d'écriture. Un œil au-dehors, un soupir de satisfaction et la main se met presque aussitôt à dessiner une longue série de traits secs et rapides (presque illisibles) sur la feuille blanche – réceptive – offerte. Un instant de rencontre – un dialogue avec ce que l'on porte – une manière de devenir l'instrument – le scribe – de l'espace qui nous habite...

* abat-jour « fait maison » pliable, fabriqué en carton et recouvert à l'intérieur de papier blanc pour réfléchir la lumière vers l'unique ouverture orientée de manière latérale (vers la table) et qui empêche la lumière d'être perçue de l'extérieur.

 

Haïku

« Un havre de paix

Quelques feuilles écrites

De l'encens qui brûle »

 

Notes de la forêt

Et le monde – ainsi – sans doute – éclaboussé par ces échos – ces ruissellements de ciel et d'innocence.

 

Journal poétique (extrait)

Le langage amendé – en quelque sorte

A se risquer aux limites de l'intelligible ; pour inventer un passage – une passerelle peut-être – entre l'ancien monde et un autre ; le suivant sans doute

Une manière de vivre – et de célébrer – la vie – la terre – le mystère ; le silence et le verbe ; la joie en étendard involontaire

 

Journal poétique (extrait)

La nuit de l'ouest ; libre du monde et des étoiles

Saupoudrant quelques feuilles de l'automne sur tous les jours – tous les siècles – vécus

Sans doute – la manière la moins disgracieuse de se prêter aux jeux du monde ; sans s'y frotter intensément

Derrière notre table de pierre ; à laisser la parole arriver – s'inscrire ; et se déployer ; vers le ciel – sûrement

Sans même vouloir que les yeux des hommes s'y attardent ; sans même y attacher de l'importance

A écouter (seulement) ce que nous portons ; ce qui nous traverse ; ce que nous traversons

Légèrement ; sans rien dégrader – sans offenser personne (sinon, peut-être, les esprits sots) ; sans brandir le moindre étendard

Le doigt discret pointant vers la lumière et la tendresse ; et révélant (plus sûrement) ce dont nous sommes constitué(s)

 

Journal poétique (extrait)

Dans l'épaisseur de la nuit ; les yeux abandonnés

A travers le temps – le cercle – le mystère ; le déploiement (sans obstacle) de la lumière

Et cette vue dégagée à présent – imprenable – sur l'ombre – l'étendue ; le bleu (un peu blafard) du poème

 

Journal poétique (extrait)

Le geste poétique ; sans intention – la tête effacée

A la place de la nuit ; le sourire

Penché non sur le mot mais sur le vide

Le visage accroupi

En ce lieu déserté par les hommes

Et tous les arbres ; et toutes les bêtes – autour de soi ; la peau à portée de tremblement

Vers le jour – la fraternité – la transparence – (substantiellement) partagés

Ainsi vécues ; les joies essentielles de l'effacement

 

Dans la pénombre

On passe toutes les soirées d'été et une bonne part des soirées d'automne et de printemps sans le moindre éclairage pour éviter d'attirer les insectes nocturnes(1) (qui se feraient piéger à l'intérieur) et éviter de nous faire repérer par les voitures et les promeneurs qui pourraient circuler sur les pistes et les routes alentour(2).

(1) en particulier les papillons de nuit mais aussi les frelons qui, contrairement aux guêpes et aux mouches, sont attirés par la lumière – à 2 reprises, un frelon s'est introduit dans le camion ; intrusion relativement dangereuse puisque l'on est allergique aux piqûres d’hyménoptère...

(2) malgré les arbres, dans l'obscurité, la moindre lumière peut être perçue à des kilomètres à la ronde

 

Journal poétique (extrait)

Éclairé(s) par ce qui passe ; et surnage

La neige par-dessus la terre

Et cet exil (si compréhensible) des poètes – des nomades ; qui vivent toujours à l'écart – loin du cirque – loin des cris et des masques de cire

Éclairé(s) par ce qui passe ; et surnage

La neige par-dessus la terre

Et ce qui s'achèvera, un jour ; le mensonge et l'insupportable face à la félicité – face à la lumière – chaque jour, grandissantes

 

Dispositif électrique

250 kWh de panneaux solaires. Ce qui nous offre une autonomie suffisante pour nous éclairer le soir (en hiver), charger un ordinateur portable, un téléphone portable, 2 lampes de poche et utiliser quelques accessoires électriques (rasoir – ventilateur* etc etc)...

* indispensable en été ; l'intérieur de la roulotte devient (assez vite) une véritable étuve...

Un convertisseur permet d'obtenir du courant en 220V. Et deux batteries de 95 Ah complètent le dispositif qui répond (très largement) à nos besoins électriques (très modestes – il est vrai) – y compris lors de la période hivernale où le soleil (en général) se fait plutôt rare* et où son inclinaison est loin d'être optimale pour recharger les batteries avec les panneaux solaires...

* variable, selon les régions (bien sûr)

 

Journal poétique (extrait)

Pourquoi Diable – de passage

Si peu équipé(s) pour les réponses

A travers la tête ; (trop) aveuglément

A s'imaginer percevoir le réel ; le temps qui s'écoule

Le front obstiné ; obscurci

Bricolant des solutions avec quelques bouts de ficelle trouvés sur le chemin

 

Journal poétique (extrait)

L'évidence du sol – du souffle – du centre

D'un lieu à l'autre ; sans se déplacer

Dans la jonction ; la (perpétuelle) continuité

Alignés ; sous la lumière

Comme si la nuit n'existait pas

Comme si l'aurore était une invention

 

Rencontre crépusculaire

A quelques dizaines de mètres de la roulotte, on aperçoit, soudain, dans les sous-bois, une troupe de sangliers – la mère avec ses marcassins (âgés de quelques mois) et un juvénile d'une précédente portée, groin au sol, à la recherche, sans doute, de quelques vers ou de quelques racines.

 

Journal poétique (extrait)

Par petites touches ; les créatures façonnées

Se dispersant ; partageant le sacrifice ; et le trésor commun

Terre et ciel – scellés ensemble ; durant cette traversée – à genoux

 

Instant de fin de journée

Les derniers instants du jour. Face à la fenêtre – face à l'horizon. Le feutre posé sur la table. Quelques pages noircies de mots devant les yeux. Et cette joie qui nous étreint – qui nous enveloppe – qui rayonne peut-être...

 

Haïku

« Un dernier rayon

illumine

les pics enneigés »

 

Notes diverses

Au cœur de la création – dirait-on ; et à la marge du monde aussi. Ainsi – sans les yeux des Autres.

 

Journal poétique (extrait)

Du bleu dans l'herbe

Le sol métamorphosé

Le monde serré contre soi

A la saison du détachement

Personne ; seulement la lumière ; la lumière et l'infini

L'Amour – sans doute – qui nous a pris dans ses bras

 

21h30 – 21h45 espace récréatif

 

Séquence de fin de soirée

On range le feutre et le carnet dans un angle de la bibliothèque, on pose la tasse sur le plan de travail de la cuisine, on fixe la table sous la banquette du coin salon, on tire les rideaux, on ferme les stores et l'on s'installe sur le canapé avec, selon les jours, un livre ou nos écouteurs pour suivre une émission à la radio, reprendre le podcast ou le film documentaire commencé la veille.

 

Journal poétique (extrait)

En soi – les chimères ; mains tendues ; aussi mortelles que le reste

Sous la même lumière ; et les saisons changeantes

Sans importance – sans impatience ; jusqu'au dénouement

 

Et le monde (bien sûr) continue de tourner

On ne se tient guère informé de l'actualité du monde (humain). On ne peut néanmoins échapper aux événements majeurs que distille la radio (que l'on écoute de manière régulière*).

* essentiellement des podcasts et, quelques fois, des émissions en direct. Et le journal de la mi-journée de temps à autre

Mais, au fond, à quoi bon écouter les malheurs et les (petites) joies de ce monde – les affres et les turpitudes de nos contemporains ? Qui peut ignorer que depuis que l'homme est homme, la terre est témoin des mêmes histoires qui se répètent indéfiniment* au fil des jours, au fil des années, au fil des siècles ; un monde inlassablement occupé par le plaisir, la richesse, le pouvoir, les revendications territoriales, les parades, les alliances, les crimes, les trahisons, les petites (et les grosses) « combines » et miné, de façon régulière, par diverses catastrophes individuelles et collectives (d'origine humaine ou naturelle). Et qui peut ignorer que le cours de l'histoire tend toujours, depuis que le monde est monde, vers plus de possibilités, vers plus de confort et de facilité(s)...

A quoi bon, dès lors, demeurer dans l'écume du monde ?

* sans varier d'un iota

 

Haïku

« Dans la montagne pas de calendrier

les saisons passent

on ne sait quelle année »

 

Journal poétique (extrait)

Au fond de la gorge ; le jour inépuisable ; le souffle lumineux ; si peu advenus – (presque) toujours inconnus

Et le désir ; et la nuit – bus jusqu'à la déraison ; sans interroger l'absence – sans interroger l'espace – ni la possibilité d'un Dieu désincarné

Les paupières lourdes ; entre l'extase et le sommeil

Un long filet de bave entre les lèvres entrouvertes

A dormir encore ; en dépit du corps redressé

 

Journal poétique (extrait)

Le ciel enjolivé ; trop agrémenté d'images

Comme le fond du jardin – l'autre côté du monde ; auréolé de mystère

Sous l'arbre encore ; un livre à la main – celui de la terre vivante

Et le vent sur le visage

Sans doute – au milieu du voyage

Familier de la mort et du feu

Fidèle aux ramures et aux nuages

Nous tenant là ; près de ce qui passe ; près de ce qui se dit ; écoutant et offrant la parole nécessaire ; aussi utile que la lumière et le silence des fleurs

La possibilité de l'aube ; qu'à l'intérieur ; en ce monde qui ne célèbre – et ne vénère – que l'inconscience et le chaos

 

Le téléphone portable, un outil polyvalent

Le téléphone portable est une boîte à outils indispensable ; il constitue l'un des rares moyens pour nous relier au monde humain. Outre ses usages nomades (GPS, applications pour voyageurs(1), applications pour localiser les commerces et les stations essence), il nous sert essentiellement de dictionnaire, d'encyclopédie(2) et de radio. Il nous permet également d'écouter des podcasts et de regarder, de temps à autre, des documentaires(3). Et il nous arrive aussi d'en faire usage comme téléphone (appels d'ordre pratique pour les réparations à effectuer sur le camion et des appels assez irréguliers avec les membres de la famille).

(1) que l'on utilise « à l'envers » en quelque sorte, évitant soigneusement tous les lieux répertoriés pour les nomades – touristes et vacanciers essentiellement – infrastructures pour les voyageurs, aires de services, sites touristiques, sites remarquables, parcs de loisirs etc

(2) Wikipédia en particulier

(3) Youtube et Arte

 

Haïku

« Joyeux

j'ai oublié

les intrigues du monde »

 

Journal poétique (extrait)

Parcourus ; le monde et le refus

La route dans le vent

Et l'intériorité qui affleure ; sous la peau – les paupières

Face au ciel ; la paroi contre le dos

Et ce silence – au milieu des cimes ; sauvage(s) – nécessaire(s) – paroxystique(s)

Les lèvres grandes ouvertes

Avec déjà l'essentiel en soi ; au milieu du fouillis des images

 

Les yeux au ciel

A observer (pendant près d'une heure) la beauté du ciel nocturne – le lent et lointain mouvement des étoiles. Sous le plafonnier cosmique jusque tard dans la nuit...

 

Journal poétique (extrait)

Entre nous ; trop d'étoiles ; le devenir et le néant

Des mondes et des cieux ; là où l'on se trouve

Encore séparés (trop séparés) ; évidemment

Ce qui nous échoit ; la même chose qu'au-dehors (exactement)

Le cœur qui se frotte à la pierre et à la peau des Dieux ; avec malice – avec désespérance et sagacité

Sans (jamais) rien exclure des oracles ; ainsi se dessine – se construit – le sort de ceux qui s'imaginent pénitents

 

Des frères humains

Rencontres radio (ou podcasts) avec une humanité « choisie » – sensible et éclairée*. L'un des rares liens au monde (humain) que l'on apprécie...

* autant qu'elle puisse l'être

Et parmi ces rencontres, quelques-unes qui restent en mémoire : Lhasa de Cela, chanteuse – Anouk Grinberg, actrice – Thierry Thieû Niang, danseur et chorégraphe – François Sarano – plongeur et océanographe – David Le Breton, ethnologue – Félix Billey – aventurier existentiel – Edmond Baudouin, auteur de BD – Olivier Roellinger, cuisinier – Isabelle Laffon, autrice, comédienne et metteuse en scène – Madeleine Riffaud, résistante, journaliste et poétesse – Olivier Quénardel, père abbé de Citeaux, Claudie Huntzinger, plasticienne et romancière...

Hommes et femmes qui nous émeuvent (jusqu'aux larmes – très souvent) – qui nous enchantent et nous réconcilient, d'une certaine manière, avec cette part si belle (et si émouvante) de l'humanité et une partie de nos frères humains...

 

Journal poétique (extrait)

En ces heures nocturnes ; accompagnatrices d'un autre sort ; révélant un autre monde ; la possibilité d'un destin plus conscient – plus léger – plus épanoui

Une ville entière ; un pays entier ; un empire peut-être – à travers un chemin entièrement inventé

Ce qui se glisse par la fenêtre – au fond des yeux – au fond de l'âme

Sous le régime du cœur ; la parole (seulement) nécessaire

A charge pour l'esprit de se défaire du faix ; et d'offrir le vide et la joie que l'on réclame

 

22h45 – 23h ablutions quotidiennes

 

Rituel (journalier) de fin de soirée

Prendre sa douche constitue une activité à part entière. Il ne s'agit pas, comme dans la vie sédentaire, de se glisser dans la baignoire, de laisser couler l'eau à sa guise, d'y rester pendant des heures et de laisser sa serviette par terre en sortant de la salle d'eau...

En outre, pour un nomade qui vit dans un espace si restreint, la salle de bain fait, très souvent, office de débarras où l'on entrepose (parfois pêle-mêle(1)) mille choses utiles(2) qui n'ont trouvé de place plus appropriée.

(1) ou de manière organisée et fonctionnelle – ce qui est notre cas...

(2) Dans notre roulotte, la salle d'eau – qui mesure 1 mètre 30 de longueur sur 70 cm de largeur – accueille, en plus du mobilier habituel dévolu à la toilette et à l'hygiène, un placard et une étagère amovibles « fait maison », un petit meuble fourre-tout (amovible également) sur lequel est fixé le filtre à eau (pour l'eau potable), un panier pour le linge sale, un ventilateur colonne (pour les journées estivales étouffantes), une caisse pour les fruits et légumes, quelques planches, les plateaux pour les repas, un étendoir (pour les vêtements et les serviettes), des fixations pour un tableau que l'on accroche près du coin salon (en mode sédentaire), un panier pour les éponges de cuisine, une claie de séchage (pour les micro-prélèvements botaniques) et deux socles-rangements qui accueillent, chacun, un bidon d'eau potable de 20l.

Aussi pour prendre sa douche*, on doit ôter une bonne part des objets entreposés pour les placer dans « la pièce à vivre » puis (bien sûr) les replacer une fois ses ablutions terminées. Sans compter l’essuyage des parois, du sol et du caillebotis pour éviter (dans endroit si fermé et exigu) d'endommager l'habitacle par un excès d'humidité...

* et être en mesure de tirer les rideaux et de fermer la porte en plexiglas

Prendre sa douche dans une roulotte nécessite donc de la manutention et un temps non négligeable*. Un vrai rituel de fin de soirée !

* environ 10 à 15 minutes pour dégager l'espace, préparer la pièce et attendre (en hiver) que l'eau devienne suffisamment chaude (grâce au chauffe-eau), 10 minutes de douche (passées essentiellement à se savonner – en utilisant un bol et en se rinçant en quelques secondes avec un mince filet d'eau) et 15 à 20 minutes pour essuyer tous les éléments de la douche et remettre en place les objets déplacés.

 

Journal poétique (extrait)

Mille images piétinées ; celles de l'Autre – celles du monde – celles de la nuit

Tailladées dans l'esprit ; la chair toujours indemne – vive – ardente

Et contre nous ; la douceur et la suavité

Quelque chose de la tendresse qui s'offre

Affranchi du temps et des injonctions ; et de l'idée même de liberté

Et au-dessus de nos têtes ; des étoiles suspendues – pendantes ; au cœur du vide exactement

Là où l'esprit et la pierre dansent ensemble

Dans l'intensification du silence et du chant ; cette joie si singulière d'être au monde

 

La douche estivale

Le plaisir inégalable de la douche en été (pendant près de 6 mois en vérité). Un caillebotis* sous les étoiles...

* fabriqué avec du bois récupéré

Le flexible de la douche glissé par la fenêtre de la salle d'eau nous permet d'utiliser le pommeau à l'extérieur. Et une sorte de bras articulé* (extrêmement rudimentaire) permet d'actionner le robinet mitigeur à travers l'étroite ouverture...

* fabriqué en bambou (avec un vieux bâton de marche inutilisable)

Une serviette, du savon. Et la joie de se laver face au panorama, face à l'horizon, face au spectacle vivant de la nature estivale.

 

Haïku

« Le bruit de l'eau

dit

ce que je pense »

 

Journal poétique (extrait)

De la couleur de l'eau ; le regard et la main – libres

Dans l'intimité des choses ; devenu elles – en quelque sorte

Soi ; et le reste du monde – comme effacés – absorbés ; sans la moindre extériorité

Au cœur du cercle bleu ; là où l'on naît ; là où l'on respire

Et ce qui passe ; comme un rêve (l'impression d'un rêve)

Une longue marche ; une longue suite de pas et de mots – pour tenter d'approcher la transparence

 

Journal poétique (extrait)

La nuit ; moins que la parole

Comme le mutisme des étoiles

A rebours des saisons ; le chemin

Et par les interstices ; la somme

Ce qu'il nous faudra (immanquablement) soustraire

 

23h30 – 23h45 fin de soirée

Le silence nocturne entrecoupé, de temps à autre, par le hululement d'une chouette hulotte(1)(2) qui marque sa présence et son territoire. La lune, au loin, rousse, belle, majestueuse dans un ciel qui oscille entre le noir et un bleu sombre et métallique. La nuit prend tranquillement ses aises. Quelques insectes s'affairent discrètement. Enveloppé par la beauté et la quiétude des lieux – au cœur de la forêt. Et l'âme qui savoure – qui se délecte – qui se réjouit...

(1) chouette hulotte mâle

(2) ou, d'autres soirs, par « l'aboiement » d'un chevreuil qui alerte ses congénères d'une présence importune ou d'un danger

En nous – devant nos yeux – la même féerie – le même spectacle – le cycle éternel du monde...

 

Haïku

« Avec la lune

je m'attarde

à danser »

 

Notes de la forêt

Véritablement ; le pays de la poésie ; là où le cœur reflète l'infini...

 

Journal poétique (extrait)

Le chant déchiré ; des étoiles qui bruissent

Désenfermé par le ciel ouvert – très haut ; fenêtre dans l'ombre des orages

Quelque part – encore imperceptible – le silence

Et cette joie prémonitoire de l'absence – du bleu

 

Journal poétique (extrait)

L'enfance en fête

L'âme ragaillardie

A jouer avec le ciel et la boue (d'une manière assez différente)

Entre la chambre et le ciel

Et ce qu'il reste à découvrir ; et ce qu'il reste à traverser

 

23h50 préparatifs avant de se coucher – installation du lit

 

Au cœur du silence

Sous la nuit étoilée. La chambre ouverte sur la clairière. Parmi les hautes herbes que le vent fait danser.

Dans le silence sylvestre ; ce qui se révèle – les liens de l'invisible – l'indissociabilité de soi et du monde – le socle commun des choses ; ce qui nous tient (tous ensemble)...

La beauté de l'être – comme un pur don – sans but – sans raison – sans explication. Comme une lumière – une présence – fragile – dans la pénombre...

 

23h55 La pluie s'est mise à tomber – une pluie fine et légère...

 

Minuit passé

Bercé par les gouttes qui dansent sur le toit. Comme un délice – une douceur – l'âme enfouie sous la couette – au contact et à l'abri des éléments naturels. Quel bonheur !

Si près des étoiles ! Si près du paradis !

Et l'on s'endort. Le corps en joie. Le cœur en paix. Demain sera un autre jour...

 

15 août 2023

Carnet n°295 Nomade des bois et des hameaux – vie d'un ermite itinérant (première partie)

Juillet 2023 

Note : tous les haïkus sont extraits de l'ouvrage d'Hervé Collet « dieu et moi » et ont été écrits par divers poètes chinois et japonais, parmi lesquels Han Shan, Li Po, Tu Fu, Ryokan, Issa, Bashô, Buson, Hosai

 

Depuis près de 5 ans, on vit sur les routes et les chemins(1) ; on habite une roulotte motorisée (un camping-car de taille modeste(2) – acheté d'occasion). On y travaille, on y mange, on y dort, on y prépare les repas, on s'y repose, on s'y lave ; bref, on y passe l'essentiel de nos journées.

On ne voyage pas, on arpente les forêts et les hameaux en quête de lieux déserts(3) et silencieux ; de lieux sauvages et peu fréquentés ; des clairières, des sous-bois, des friches, des collines, des bords de routes peu passagères, des accotements improbables, des impasses, des chemins de terre, des pistes forestières, de minuscules parkings, des cimetières, des places de villages reculés, des parvis d'églises isolées, des aires un peu à l'écart où l'on recycle le verre et les déchets plastiques et où l'on pose, parfois, ces énormes poubelles grises destinées aux ordures ménagères (et dont personne n'a l'usage durant la nuit) ; tous les lieux à la marge, tous les lieux peu fréquentés, délaissés ou abandonnés par les hommes...

(1) avec Bhagawan, un petit chien croisé Jack Russell, compagnon de vie depuis plus de 12 ans ; Shin'ya, notre vieille chienne, est morte durant le voyage – après 2 ans de périple

(2) un peu plus de 5 mètres 50 de longueur

(3) ou très peu peuplés

On est ce que l'on pourrait appeler un ermite séculier ou sauvage – lié à aucune religion particulière, ni à aucun dogme mais engagé, depuis de nombreuses années, dans une perspective spirituelle impersonnelle* qui s'est, peu à peu, déployée dans notre existence au point de devenir un axe central de notre quotidien.

* spiritualité non dogmatique qui invite à découvrir les dimensions non personnelles de l'être (voir la rubrique « la présence en soi ») que les traditions religieuses appellent de différentes façons ; Dieu, la Vie, le Soi, la Conscience, la nature de l'Esprit etc etc

Depuis le plus jeune âge, on s'est toujours (plus ou moins) senti en décalage avec les hommes et le monde humain ; et après une existence sédentaire (passablement instable), les circonstances nous ont conduit vers ce mode de vie qui s'est imposé, malgré nous, comme la manière la plus appropriée de vivre ce qui nous semble essentiel ; dans cet écart avec les hommes – dans cet éloignement de la société humaine*.

* même si subsistent de nombreux liens...

 

Une vie à la dérobée

Une vie discrète et anonyme ; presque clandestine tant on s'évertue à éviter la présence des hommes, à raser les murs du monde (humain), à vivre à l'écart ; tant on essaie de se fondre dans les paysages, de disparaître, de nous effacer, de devenir aussi invisible que possible...

A la manière des bêtes sauvages...

 

Journal poétique (extrait)

Plus vieux que le sang et l'indifférence

Qu'importe les hommes et la mort

Au milieu des simples ; au fond des bois

Dans cette solitude sans égale ; dans cette joie que l'on partage avec les nôtres – le ciel ; la vie et le merveilleux qui nous entourent

 

Un rapide portrait

Petit, râblé. Silhouette massive et musclée. Épaules larges et jambes bien campées. Cheveux ras, barbe de plusieurs jours (très souvent) et petites lunettes rondes.

Simple, franc, authentique, solitaire, solidaire, loyal, fidèle, fiable, intransigeant, discret et respectueux.

Voilà pour le portrait. Caractéristiques principales du bonhomme. Sans grand intérêt...

 

Journal poétique (extrait)

Sous l'aube éblouissante

La paix étreinte

Le cœur désenclavé ; affranchi du glaive

L'avènement du langage ; la bouche silencieuse ; la parole nue

Quelque chose (bien sûr) de la lumière

 

Journal poétique (extrait)

Visages cherchés ; à demeure

Jusqu'à la plus haute intimité

Attaché (très attaché) à l'écart – pourtant

Attendant on ne sait quoi

L'hiver et la mort – peut-être

L'inévitable désapprentissage du monde – de soi

Et tous ces restes de mémoire

 

Emploi du temps journalier

8h45 : lever

9h15 : petit déjeuner

9h45 : sur la route – prospection d'un nouveau lieu pour la journée(1)

10h15 – 10h30 : écriture (correction)

12h30 : déjeuner

13h : écriture

13h30 : espace récréatif (lecture et sieste)

15h : marche en forêt

18h : écriture (retranscription des notes de la veille)

18h45 : exercices physiques (entretien musculaire)

19h – 19h30 : préparation du repas(2)

20h : dîner

20h30 : vaisselle

21h : écriture

21h45 : espace récréatif (radio – podcast – film documentaire)

23h : ablutions quotidiennes

23h45 – 00h15 : coucher

(1) distant de quelques kilomètres (en général)

(2) en particulier celui de Bhagawan avec des rations ménagères adaptées à ses problématiques de santé

Cet emploi du temps peut, bien sûr, varier selon les jours ou les saisons ; lorsqu'il nous faut, par exemple, trouver un lieu de bivouac en fin d'après-midi* ou lorsque l'on doit renouveler ses provisions alimentaires ou lorsque les jours raccourcissent en hiver etc etc.

* différent de celui où l'on a passé la journée ; ce qui arrive très fréquemment en été...

Disons qu'il constitue le socle sur lequel s'organisent nos activités quotidiennes...

 

Haïku

« Toute la journée

le cœur libre

à l'aise »

 

Journal poétique (extrait)

Le front accolé au sol et au temps

Nous réchauffant au soleil de l'exil

Ermite (à part entière) désormais ; nomade du fond des bois

L'âme proche des arbres et des bêtes

Mille visages au gré des chemins

Et la vie éternelle – fraternelle ; au-dedans

N'ayant plus rien à partager avec les hommes

Célébrant la joie et le silence auprès des siens (sans même le besoin d'en témoigner)

 

8h40 L'alarme du réveil retentit. On s'étire, on sort la tête de la couette, on regarde la lumière – quelques rayons de soleil timides percent à travers les stores. On baille et s’octroie quelques instants supplémentaires pour achever de se réveiller (en douceur).

On ôte les bouchons de protection auditive pour écouter les bruits matinaux de la forêt, le chant des oiseaux, quelques voitures qui passent sur la petite route située, non loin de là, derrière les grands arbres qui nous abritent des regards.

On sort enfin du lit (en prenant appui sur l'étroit plan de travail de la cuisine), selon la saison, on éteint le chauffage ou l'on ouvre toutes les baies vitrées, on tire les rideaux, on replie les stores, on jette un œil au-dehors, on plie sa couette, on remonte le lit(1), verrouille le dispositif, on embrasse Bhagawan(2) qui dort encore sur son coussin(3) posé sur le canapé du coin salon. On enfile, selon la saison, un caleçon ou un vieux jogging, un pull ou un t-shirt, on ouvre le réfrigérateur, sort la gamelle de Bhagawan, la margarine et la confiture, on prend une tasse et une casserole dans le placard. On prépare le petit déjeuner. La journée commence...

(1) lit pavillon mobile actionné par un moteur électrique – que l'on fixe au plafond au cours de la journée et que l'on descend pour la nuit

(2) enveloppé, pendant l'hiver, dans une épaisse couverture de laine

(3) un coussin moelleux recouvert de longs poils synthétiques et bordé de mousse

 

Journal poétique (extrait)

Sans étonnement ; la lumière

Le lieu désert ; et l'infinité des liens

Le retentissement des sons

Au milieu des bêtes et des bois

Témoin(s) de l'aube qui s'étire ; et que le jour absorbe

Mille choses transparentes ; au lieu de la fumée du monde

 

Ni vacances, ni jour de repos

Depuis de nombreuses années*, on ne s'octroie ni vacances ni jour de repos (on n'en a jamais éprouvé le besoin) ; comme les arbres, les bêtes et les moines. Comme tous ceux pour qui vivre (chaque journée) est nécessité et vocation...

* depuis la fin de l'adolescence

Il faut sans doute que le quotidien nous comble et nous offre le plaisir et la joie indispensables pour nous y consacrer sans relâche – sans changement (majeur), jour après jour, année après année...

Chaque journée nous procure ce qui nous est nécessaire ; la solitude, le silence, le contact avec le monde naturel, les arbres et du temps consacré à ce qui nous semble essentiel...

 

Journal poétique (extrait)

A la source du voir

Aux confins des forêts

L'âme et la lumière

Ce pour quoi nous sommes né(s) – sans doute

 

Activités essentielles et (principaux) centres d’intérêt

  • La quotidienneté

  • La spiritualité

  • L'écriture et la poésie

  • La nature et les arbres

  • La marche

  • Les savoirs

  • La martialité

  • La vie sauvage et autonome (autarcique – autant que possible)

  • Des exercices corporels et énergétiques

  • Et tous les types de rencontre sensible et authentique (avec les pierres, les plantes, les arbres, à travers les livres, la radio et les podcasts, avec les bêtes et les hommes rencontrés, avec l'espace que l'on porte en soi*)

* que chacun porte en lui (voir la rubrique « la présence en soi »)

  

Journal poétique (extrait)

Deux rêves ; à contretemps

L'oubli ; à la place du sablier

Le chemin qui se devine – qui se profile – qui s'invite

Un voyage sans trace – sans rumeur – sans personne

La joie accolée au souffle ; tandis que la douleur se défait

Moins de nœuds ; à moins farfouiller en soi

Vers le Nord ; comme en témoigne le climat

Et le cœur plus vif – plus prompt – plus ardent ; à mesure que l'ascension se précise

 

9h – 9h15 petit déjeuner

 

Menu matinal

Un thé et 5 biscottes beurrées* avec de la confiture de prune

* margarine

 

Une existence comme les autres

Ni modèle, ni exemple. Un simple témoignage. Un portrait peut-être...

 

Siddharta Gautama

« Ne place aucune tête au-dessus de la tienne. »

 

Journal poétique (extrait)

Le cœur ; prêté (pour quelques instants) pour s'essayer au chemin

Aux côtés du monde ; et du silence

Et la couleur du destin qui, peu à peu, apparaît – se dessine

A portée (toujours à portée) de lumière ; en dépit du sombre que l'on côtoie

Comme le vent dont le chant se renouvelle ; et s'éternise

Comme un clin d’œil au temps qui a prolongé l'origine

 

Pourquoi vivre à l'écart des hommes* ?

Parce que le comportement des hommes (trop souvent) nous blesse ou nous ennuie ;

Parce que les hommes se montrent (en général) peu intéressants, peu ouverts et peu sensibles ;

Parce que les hommes semblent apprécier (à peu près) tout ce que l'on déteste et parce qu'ils semblent détester (à peu près) tout ce que l'on apprécie ; parce que nous avons peu de centres d'intérêt en commun et peu de choses à partager ;

Parce que nous ne nous reconnaissons pas dans la plupart des rituels humains (individuels et collectifs)

Parce que l'humanité se comporte comme un peuple dominateur qui colonise, s'approprie, instrumentalise, réifie, exploite et extermine de manière éhontée ;

Parce que l'essentiel des hommes vit et agit (presque toujours) de manière autocentrée et mécanique ;

Parce que les hommes semblent absents au monde et à eux-mêmes. Parce qu'ils suivent aveuglément leur(s) mouvement(s) sans prendre en considération celui (ou ceux) des autres. Parce qu'ils sont (souvent) très peu enclins à se remettre en cause ;

Parce que nous* ne portons (presque) aucun intérêt à ce que l'on pourrait s'offrir mutuellement...

* nous et le monde

Parce que notre existence nous a permis de fréquenter une multitude d'individus (dans des milieux très divers), de vivre quantité d'expériences, avec et auprès de nos congénères, dans tous les domaines possibles et imaginables (amical, amoureux, affectif, sexuel, familial, social, professionnel, spirituel etc etc), et qu'en définitive, il nous semble qu'il y a plus (beaucoup plus) d'inconvénients que d'agréments à vivre en leur compagnie ;

Parce que l'on est de nature solitaire (et plutôt individualiste)...

Parce qu'il y a un temps pour tout ; et que semble venu, depuis quelques années, le temps de l'érémitisme...

* hommes et femmes, bien sûr...

 

Notes de la forêt

Ici ; au détriment des hommes – peut-être. Mais nous l'avons tant de fois vécu ; nul ne peut rien pour personne. Il faut savoir rester seul ; et se garder de regretter une fréquentation – et une proximité – (presque) impossibles.

 

Journal poétique (extrait)

Au gré des couronnes ; et des coins découverts ; et des coins détestés

Ce que l'on rencontre ; de la glaise qui baille et qui gueule

Un monde de fables et de surgissements

Au milieu de la chair affamée de chair ; digérant la chair ; ne cessant de se transformer en mille choses surprenantes

 

Journal poétique (extrait)

A s'étioler dans la (triste) compagnie de ses semblables

Contraint d'assister aux bavardages et aux agissements les plus stupides – les plus futiles

Et rien pour apaiser nos cris – et notre rage – séculaires ; hérités de ce séjour incompréhensible sous les étoiles

Aux prises avec toutes sortes d'hostilités

Et caché – avec le secret – au fond de soi ; le seul abri que nous continuons d'ignorer – ou de négliger (dans le meilleur des cas)

Invalides et insatisfaits tant que nous refuserons le face à face avec ce que nous portons ; avec cet infini de lumière et de tendresse

 

Journal poétique (extrait)

Le sommeil comme ensemencé

Et l'invisible ; et l'horizon ; des perspectives oubliées

Juste quelques pas avant de mourir

Le cœur insensible

Alors que d'autres (plus rares) tâtonnent ; avancent – reculent – s'égarent – emportés par le tournis de l'âme qui explore

L'homme tentant de se dépêtrer ; obéissant aux nécessités du voyage

Essayant d'échapper aux légendes millénaires dans lesquelles s'inscrivent toutes (à peu près toutes) les histoires humaines

 

Habiter le monde au moindre coût

Vivre en roulotte motorisée constitue, sans doute, l'un des modes de vie les moins coûteux* sous nos latitudes. Ni loyer, ni impôts locaux, ni facture d'eau, ni facture d'électricité.

* hormis l'entretien et les réparations mécaniques qui peuvent occasionner des dépenses assez conséquentes...

Le prix du carburant* est le prix de la liberté ; celle de pouvoir s'installer ici et là – sur un petit chemin de terre – sur les hauteurs peu fréquentées d'une colline – dans une clairière cachée au fond des bois accessible par une étroite piste forestière – au bord d'une rivière ou d'un ruisseau – à l'abri du bruit et du regard des hommes...

* gazole

 

Journal poétique (extrait)

Le cœur sans séquelle ; en dépit des épreuves

Plus libre qu'autrefois ; et sachant mieux accueillir ce que déteste la tête ; et sachant, à présent, mêler les pas et les paroles aux prières et aux étoiles

Le verbe bleu ; comme des bouts de ciel ensemencés ; (très) discrètement souriant

Moins de mots ; et moins du nom ; davantage du chant anonyme

Ce qu'offrent les lèvres ; ce que la source déverse

La mort livrée à l'immortel

Ce qui se dit offert à l'indicible

Moins (beaucoup moins) sérieusement humain

Avec cette tendresse qui affleure

Une plus juste manière de vivre – sans doute ; d'être vivant

Quelque chose de l'arbre et de la pierre – de la rosée et du vent

Pas exactement le même homme ; la gravité moins sévère ; réjouie – ravie – joyeuse

 

La roulotte

La roulotte motorisée mesure environ 5 mètres 60 de longueur sur 2 mètres 10 de largeur. Elle est composée (selon les termes en usage) d'une cellule* (la partie habitable) et d'une cabine* (la partie réservée à la conduite). L'espace habitable mesure environ 6m2 – espace tout confort ; salon-salle à manger-bureau – chambre – cuisine – salle d'eau – toilettes (sèches)

* La cellule évoque, bien sûr, la pièce où vivent le moine et le prisonnier (celui qui est détenu en prison) – immobilité volontaire et involontaire – et la cabine évoque, bien sûr, le voyage (le voyage au long cours en camion ou en bateau). Le voyage et l'immobilité – simultanément ; casanier mobile – casanier itinérant. On passe, en effet, l'essentiel de nos journées dans la cellule (porte et fenêtres ouvertes une bonne partie de l'année – y compris en hiver).

 

Journal poétique (extrait)

La vie simple ; (éternellement) voyageuse

Invariablement ; entre ciel et terre

Sans rien chercher ; la route – ce qui apparaît

Ni doute – ni pensée ; la main tendue

Et ce que l'on traîne ; dans notre sillage ; la parole qui s'offre sans attente

Comme de petites pierres – au milieu des rêves ; un peu d'infini au cœur de l'infime ; sous des yeux (presque) toujours trop lointains

 

Journal poétique (extrait)

Ce qu'il faut inventer de parole – de chambre – de monde

En plus du temps – du chemin – de la lumière

Un univers entier à l'intérieur de l'autre ; et mille possibles ; et mille passerelles – pour ne jamais entraver la liberté de se mouvoir ; d'aller à la manière du vent

 

L'espace de vie : un volume – plusieurs plans

La configuration intérieure de la roulotte (avec un lit pavillon qui constitue une sorte de mezzanine amovible) offre un volume que l'on peut séparer en 3 plans superposés distincts :

l. du sol à la table : l'espace dédié aux exercices corporels quotidiens(1) et à la méditation(2)

2. de la table au lit (lorsque ce dernier est en position haute – remonté jusqu'au plafond) : l'espace de vie où l'on travaille, où l'on mange et où l'on demeure une bonne partie de la journée

3. du lit au plafond (lorsque le lit est abaissé) : l'espace dévolu à la nuit et au sommeil.

Un espace de vie fonctionnel, pratique, modulable, polyvalent ! Que demander de plus à une maison – à un abri ?

(1) entretien musculaire élémentaire effectué par terre en position couchée

(2) méditation formelle assise occasionnelle – lorsque le temps ne se prête pas à une séance à l'extérieur

 

Journal poétique (extrait)

Miroir encore ; au fond du noir

Étendue infinie ou chambre close ; le même ciel ; et l'âme (toujours) enchevêtrée au reste ; (parfaitement) engagée dans le geste

Qu'importe la pierre ; qu'importe la neige ; lorsque le jour a tout recouvert

Nul autre ; et mille fenêtres

Au bout du monde ; au bout des doigts ; partout – son propre visage

A présent ; simplement ici ; en sa présence

 

Une fabrication sur mesure

Plusieurs éléments du mobilier de la cellule, des housses de coussins, des rideaux (etc etc) ont été fabriqués ou réalisés afin de répondre, de manière adaptée, aux besoins éprouvés.

- Un coffre en bois (large et profond) surmonté d'un coussin placé entre les deux sièges de la cabine

- Une sorte d'escalier (constitué de 2 coffres de bois amovibles de hauteur différente fabriqués « maison ») à l'avant et à l'arrière pour que Bhagawan (9 kg) (et Shin'ya – 45 kg – lorsqu'elle était encore avec nous) puisse(nt) grimper librement sur les banquettes arrière de la cellule et les sièges de la cabine.

- Un tabouret-placard-escabeau dont les 3 fonctions servent quotidiennement

- Un meuble fixé à la paroi pour y placer le filtre à eau

- Un socle mobile attaché au plancher pour y fixer les 5 bidons d'eau de 20 litres

etc etc

Les objets, le mobilier et le bonhomme se doivent d'être aussi polyvalents que possible ; dans un espace si restreint, tout doit pouvoir servir à plusieurs choses (ou activités)...

 

Journal poétique (extrait)

Penché sur la pierre

Le souffle lumineux

Auprès de ce qui brille davantage que les étoiles

Contre les murs ; des miroirs

Et des reflets rouges qui franchissent toutes les enceintes

L'immensité déjà ; malgré le sang et les instincts

 

Habiter un espace exigu

Habiter un espace réduit (et qui plus est mobile) nécessite une organisation particulière ; chaque objet doit trouver une place appropriée à l'intérieur – on ne peut, bien sûr, rien stocker au-dehors. Les placards doivent pouvoir accueillir les vêtements et les équipements d'hiver et d'été. Et l'on doit être en mesure, pendant la journée, de circuler sans encombre.

La décoration (si tant est que l'on éprouve le besoin d'apporter une touche personnelle à l'endroit où l'on vit) doit être fixée de manière à ce qu'elle ne se déplace pas (ou ne tombe pas) lorsque le véhicule est en mouvement.

Mais il y a une joie (une joie véritable) à habiter dans un espace si restreint ; de pouvoir réaliser l'ensemble des actes de la vie quotidienne (et toutes les activités que nécessite la vie) dans quelques mètres carrés ; travailler là où l'on mange, dormir là où l'on se lave, se reposer là où l'on médite, préparer à manger là où l'on défèque, remplir ses bouteilles d'eau potable là où l'on urine etc etc.

Et être capable de rester dans cette minuscule pièce à vivre pendant de longues heures chaque jour, et pendant plusieurs jours (quasiment sans sortir) lorsqu'il pleut (ou lorsqu'il neige). L’œil posé à la fois sur son univers familier et sur l'environnement extérieur (sur les arbres et l'horizon) grâce à la grande baie amovible et à la porte munie d'une ouverture vitrée situées devant la planche sur laquelle on écrit et l'on prend ses repas.

 

Haïku

« Une petite chambre

une fenêtre basse

un poêle en terre profond »

 

K'ieou Wey (cherchant en vain l'ermite de la colline de l'Ouest)

« Au sommet de la colline, il y a une cabane, un sentier de trente li y mène tout droit. Je frappe à la porte, personne ne répond. Je regarde à l'intérieur, il n'y a qu'une table et un banc. »

 

Journal poétique (extrait)

Le cœur aussi bleu que la neige

Et le ciel en contrebas

Jardin d'autrefois peut-être où les Dieux étaient vivants

Monde simple affranchi des hommes – affranchi du temps

Baigné de lumière et de tendresse

 

Au-dedans et au-dehors

Le tabouret de bois et la table sont positionnés de manière à ce que le regard se porte sur l'extérieur ; ce qui donne l'heureuse sensation d'être à la fois au-dehors et au-dedans, dans cet entre-deux singulier – à l'intersection des frontières. Ainsi a-t-on l'impression de se tenir pour tous les actes de la vie quotidienne (et, en particulier, lors des repas et des séances d’écriture) à la fois chez soi et au milieu du monde – au milieu des arbres...

 

Haïku

« A l'intérieur, à l'extérieur

c'est clair, net

sans obstacle »

 

Journal poétique (extrait)

Dans les herbes hautes de la terre

Auprès du mystère ; des adieux incessants

Le visage face à la vérité

Le pressentiment de l'abordable

Sans doute (sans aucun doute) sur les chimères qui rassurent les hommes

L'ardeur de l'âme au contact du réel

Et l'inconnu qui chasse toutes les croyances – toutes les certitudes – toutes les illusions

La grâce et la lumière ; dans l'instant (pleinement) vécu

Et le vent qui cingle (qui continue de cingler) la chair du monde

 

Habiter un espace exigu (suite)

Se réjouir de pouvoir, en hiver, réchauffer cet espace minuscule en quelques minutes et de maintenir une température acceptable (entre 10 et 18 degrés Celsius) avec une consommation énergétique relativement modérée*...

* le chauffage est branché sur le réservoir de gazole avec un thermostat réglable.

Il y a du merveilleux dans cette polyvalence et cette fonctionnalité de l'espace. Un petit coin intérieur au contact direct avec le monde et pleinement ouvert sur les vastes étendues forestières environnantes. On est à la frontière (et à l'interface) entre l'intérieur et l'extérieur qui se mêlent et se transforment – sans cesse ; on ressent ainsi une profonde intimité avec le proche et le lointain...

En outre, (presque) chaque jour, le paysage change. Ainsi, en regardant par la fenêtre, a-t-on l'étrange (et savoureux) sentiment d'avoir changé de place sans nous être déplacé...

 

Haïku

« Loin du rempart

de la ville

une véranda spacieuse »

 

Journal poétique (extrait)

Dans la vibration du monde ; le bleu

Qu'importe la rive ; qu'importe le chemin

Sous le sol ; dans l'âme – disparaissant

La peau et le ciel ; frémissants

En ce lieu présent en tous les lieux

Comme une lumière sur la carte et la terre ; précieuse – abondante – inestimable

 

Conversation impromptue

Un minuscule moineau s'est posé devant la fenêtre ; nous avons échangé pendant deux longues minutes. Notre bavardage* terminé, il s'est envolé sur la branche d'un jeune chêne à la lisière de la forêt.

* A chaque rencontre (animalière), on se montre (en général) trop bavard ; porteur de cette inclinaison (très) humaine...

 

Journal poétique (extrait)

Un peu de lune sur la langue

Le miracle au-dessus du bavardage

Au-delà de la bouche et du mot ; au-delà même des lèvres talentueuses ; des lèvres amoureuses

Comme un tourbillon de liberté ; un imprévu dans le trop habituel humain

Un saut du temps ; une faille ; une (véritable) surprise

Et l'âme – bien sûr – qui se fait hospitalière ; contrairement au monde – à l'Autre – déjà recouverts d'un épais sommeil – d'une indifférence à toute épreuve

 

9h45 avant de prendre la route

On pose notre bol dans l'évier, on essuie le plateau du petit déjeuner, on range la casserole, on ferme les placards et les baies, on vérifie que tous les objets sont soigneusement arrimés. Puis, on ferme la porte de la cellule, on fait le tour du camion (en enlevant les cales* – si nécessaire), on s'installe sur le siège de la cabine, on tourne la clé de contact et on prend la route.

* voir la rubrique « un lieu et des cales »

 

Plusieurs modes : nomade et sédentaire – diurne et nocturne

La vie nomade en roulotte nécessite un constant passage du mode mobile (on roule) au mode immobile(1) (on est stationné(2)) et du mode diurne au mode nocturne(1) (table ou lit qui se range selon les heures).

(1) et inversement (bien sûr)

(2) pour quelques instants ou pour quelques heures – et, plus rarement, pour quelques jours

Tout doit être également soigneusement fermé, attaché ou arrimé (portes de placard, bidons, ustensiles, bocaux etc) afin d'éviter que les tiroirs s'ouvrent, que les objets tombent et que les récipients se renversent (ce qui est déjà arrivé, bien sûr) ; chutes qui occasionnent, en général, quelques dégâts (plus ou moins préjudiciables)...

2-3 ou 4 fois par jour, installer et désinstaller la table(1), descendre ou remonter le lit, remettre les ustensiles de cuisine à leur place ou les laisser sur le (minuscule) plan de travail (situé entre l'évier et les feux de la gazinière), abandonner la tasse de thé sur la table ou la ranger dans le placard, laisser traîner l'ordinateur sur la banquette ou le glisser dans son sac de protection, ouvrir ou fermer les portes coulissantes de la petite bibliothèque(2) etc etc.

(1) qui se fixe sur un socle aimanté – et bricolée par nos soins

(2) qui contient approximativement une soixantaine d'ouvrages

 

Journal poétique (extrait)

Les yeux peints (et repeints) aux couleurs de l'espérance

Presque clos sur le souvenir et le rêve

Le devenir par-dessus l'image ; et cette (inébranlable) croyance aux miracles

Du feu sur notre infortune

Et la route à reprendre

 

Journal poétique (extrait)

En partance déjà ; en dépit de l'Amour

La ronde des adieux

Au bord du gouffre ; à bout de souffle – face à l'immensité

En ce lieu hors du monde ; en ce temps hors du temps

Comme une pause fantôme

Dans la poussière infime ; personne excepté l'impalpable – l'invisible présent

 

Jour de neige

Les jours de neige, on évite (en général) de prendre la route. On ne s'y résout* qu'à de très rares occasions – lorsqu'il faut, par exemple, se ravitailler en eau, en gaz ou en provisions alimentaires.

* Après avoir fixé les chaînes (sur les 4 roues), on peut s'élancer (avec prudence) sur les pistes enneigées.

Cet « arrêt forcé » nous laisse tout le loisir de contempler la beauté des paysages ; les arbres, les collines, les routes et les chemins recouverts de ce manteau poudreux. La beauté des flocons que le vent fait virevolter. La beauté des arbres habillés de blanc. Et en admirant la féerie des paysages, nous avons presque aussitôt une pensée pour les bêtes des prés et de la forêt – oiseaux, vaches, biches, chevreuils, sangliers – qui n'ont ni abri – ni chauffage (bien sûr)...

L'après-midi, on se risque à une courte promenade. On enfile un vieux pull de laine* et l'on se glisse au-dehors pour s'immerger dans la splendeur – et la poésie – du monde hivernal.

* Bhagawan blotti dans son sac – et emmitouflé dans son manteau et une couverture polaire

 

Journal poétique (extrait)

Dans les bras de l'hiver ; ce qui est délaissé – inentendu – balayé

Le jour ; à la pointe de la veille

Et le courage du solitaire

Le cœur à la renverse ; dénudé sans indulgence – sans la moindre pitié

Les lèvres joyeuses – pourtant – porteuses de la parole que le ciel a initiée

De la couleur de la pierre ; et destinée à fendre l'épaisseur

Homme aux pieds libres – sans âge – rompu à toutes les pertes ; œuvrant, à présent, sans sacrifice

 

Journal poétique (extrait)

Des pas dans la nuit ; dans la neige

Sans se hâter ; la chair et le temps (minutieusement) programmés

Derrière les rideaux du monde ; ce que l'on imagine ; sur cette terre – cet espace inventé – sous un ciel trop haut – inaccessible – impénétrable

 

Vers 10 h sur la route

On roule à allure modérée, un œil posé sur le bitume et l'autre sur les paysages.

 

Chaque jour, de nouvelles perspectives

On aime (particulièrement) découvrir de nouveaux lieux, explorer de nouveaux territoires, parcourir de nouvelles collines, arpenter de nouvelles pistes, apprécier de nouvelles configurations géographiques (et géologiques). Et la vie nomade se prête, d'une merveilleuse façon, à ce goût pour la nouveauté.

 

Journal poétique (extrait)

Les mains pleines de songes et d'étoiles ; jetés au hasard de la route – sur les uns et sur les autres

Bordé(e)(s) par la lumière et le sommeil

Sans discernement ; avec hésitation

D'une rive à l'autre ; comme autrefois – avant l'ère de la raison et des remontrances

 

Journal poétique (extrait)

Trop loin des morts ; et des eaux vives – les rives inertes

Entre le temps passé et le temps déposé

Par des routes trop rapides (pourtant) qui forment un entrelac de boucles

Sans aile – sans (véritable) destination – en vérité

L'ardeur errante déployée tous azimuts ; dans le (plus joyeux) désordre

 

Journal poétique (extrait)

L'aventure depuis si longtemps commencée

Oscillant entre la poussière et l'Absolu

Et, aujourd'hui, le cœur et l'absence de nom pour seules ambitions

A regarder – impassible – les alliances se nouer et se défaire ; le déferlement de l'affection et de la haine

Avec (toujours) cette tendresse (presque surnaturelle) au cœur de la violence déployée ; rayonnante – secrète – souveraine

Et le scintillement (si perceptible) de la vérité – à travers toutes les illusions ; Dieu – comme une évidence – à travers toutes les circonstances

Le voyage de plus en plus immobile ; à mesure que nous comprenons ; à mesure que l'âme reconnaît les lieux

Et la chair ; et l'esprit – libres d'aller sur leur chemin ; alors que les bras s'offrent au monde – à ce qui passe ; et que le silence souligne – confirme – son approbation

 

Exploration motorisée

On éprouve une joie réelle (et un peu coupable*) à rouler chaque jour (quelques kilomètres en général) sans jamais connaître le lieu où l'on passera la journée. Au gré des routes et des chemins, au gré des indications sur la carte, au gré de ce que l'on trouvera, au gré de ce que le cœur décidera, au gré de ce que la vie proposera...

* à cause, bien sûr, de la pollution occasionnée par la combustion du gazole...

Heureux de chaque découverte ; des topographies et des paysages nouveaux, des villages – des hameaux – des forêts et des collines nouvelles, des chemins ou des pistes forestières qui montent, qui descendent, qui serpentent, qui se perdent...

 

Journal poétique (extrait)

Dans l'attente ; les doigts impatients

Le jour rêvé

Sur ces rives arides ; un semblant de porte au milieu des interdits

La hâte au lieu de la sensibilité pour précipiter le voyage et échapper au froid

Un chemin (sans doute) à réinventer qui prendrait en compte les boucles et les retournements ; et l'impossibilité (bien sûr) d'arriver quelque part

 

Exploration des lieux et repérage

L'expérience de la route et des chemins nous a appris à explorer un territoire (un parc naturel régional, un massif montagneux et/ou forestier, une zone sylvestre) d'une manière (un peu) systématique comme si l'on cartographiait (réellement) l'espace – cheminant, chaque jour, de village en village, de hameau en hameau, localisant le moindre emplacement potentiel(1) (parking de salle polyvalente, cimetière, départ de randonnées, lieu à l'écart ou suffisamment éloigné de la route principale etc etc) et empruntant (presque) chaque chemin et chaque piste forestière dans les zones sans habitation, repérant ici et là, tous les lieux où l'on pourrait passer la journée et/ou la nuit(1)(2) ; accotements, impasses, clairières, parkings « sauvages »...

(1) L'expérience nous a appris qu'un lieu apparemment désert et/ou isolé peut être fréquenté, selon les jours et les heures de la journée, par « les gens du pays » sans même que l'endroit ne porte la trace de cette fréquentation ; empreintes de pneu, détritus divers, restes de feu de camp...

(2) Une bonne part des lieux pour passer la nuit (appelés couramment « spots nocturnes ») sont découverts lors de nos randonnées quotidiennes – au gré des sentes, des routes et des pistes forestières arpentées...

 

Journal poétique (extrait)

Autour du même cercle bleu ; de (minuscules) carrés amovibles et clôturés

La fumée des hommes ; (très) précisément mesurée

Leur territoire ; comme un monde pétrifié ; dont on hérite ; et que l'on s'évertue à agrandir

Le seul jeu (l'un des seuls jeux) qu'ils connaissent

Des murs et des temples que l'on édifie ; et qui, jamais, ne feront apparaître la lumière ; juste l'image d'un Dieu servile et emprisonné ; pâle (bien pâle) reflet du mystère qui plaît aux âmes grossières

Moins que l'herbe et la pierre qui s'abandonnent à la pluie ; moins que la terre naturelle sur laquelle nous vivons avec les bêtes

 

Modeste aventure motorisée

La semaine dernière, alors que l'on s'était engagé (avec le camion) sur une route forestière à la recherche d'un lieu pour passer la journée, on a dû rebrousser chemin – le levier de vitesse positionné sur la marche arrière* – pendant plusieurs centaines de mètres, roulant, à l'aide des rétroviseurs (et de la caméra de recul) sur cette piste de terre – étroite, pentue, sinueuse et cabossée.

* sans trouver un espace pour faire un demi-tour

Ce genre de mésaventure nous arrive assez régulièrement lors de nos explorations forestières motorisées. Et plus d'une fois, il nous a fallu rouler ainsi en marche arrière, parfois sur plusieurs kilomètres, pour nous extraire d'un sentier forestier délicat ou peu praticable* et inapproprié au bivouac.

Séquence aventure (modeste – très modeste – il va sans dire) !

* En sortant des sentiers battus, le risque d'embourbement augmente (assez substantiellement). A plusieurs reprises, les roues du camion sont restées bloquées dans une boue épaisse. Il nous faut alors placer les plaques de désembourbement (et, parfois, des pierres et des branches) sous les roues motrices pour nous extraire de ce mauvais pas – et, très souvent, de multiples tentatives sont nécessaires...).Il nous est même arrivé, une fois, de faire appel à une dépanneuse – après 3 heures d'âpre bataille, il a fallu se rendre à l'évidence, il était impossible de s'en sortir sans une aide mécanique extérieure...

 

Journal poétique (extrait)

Des lieux ; des épreuves

Rien auquel on ne puisse échapper

Des Autres – des pierres – des flaques de boue

La clarté fangeuse du monde ; et des angles où se cogner ; et des arrêtes où s'écorcher

Mille choses ; et autant d'obstacles que d'accablements

Ce qu'il (nous) faut nécessairement endurer

 

Journal poétique (extrait)

A nouveau l'errance

De la joie au fond des yeux

La suite du voyage ; aventureux (s'il en est)

L'oubli du nom – du monde et du temps

La liberté renaissante – peut-être

Ce qui se presse entre nos lèvres – sous nos pas ; ce qui anime nos gestes

Dieu sorti de l'imaginaire ; (très) spontanément

 

Une mécanique mise à rude épreuve

Liste (non exhaustive) des entretiens, avaries et problèmes rencontrés avec le camion :

- Remplacement des pneus avant (qui s'usent incroyablement vite – environ tous les 2 ans)

- Vidange (3 fois)

- Changement d'un soufflet de cardan (3 fois)

- Remplacement des 2 batteries auxiliaires (alimentées par les panneaux solaires)

- Remplacement d'une poignée-serrure qui permet d'ouvrir et de fermer la soute

- Remplacement de la courroie de distribution

- Remplacement de l'alternateur

- Changement de la pompe à eau (qui amène l'eau au robinet et au pommeau de douche) (2 fois)

- Changement des patins et des disques des 4 roues

- Renforcement du plancher de la cellule qui commençait (assez sérieusement) à se déformer

- Nettoyage des brûleurs du réfrigérateur

- Remplacement des bougies du moteur

- Remplacement des pneus arrière

- Rafistolage et renforcement de la porte de la cellule qui, un jour, s'est disloquée

- Pose de 2 poignées en bois pour remplacer la poignée en plastique de la porte de la cellule

- Réparation du store extérieur (mal installé) – indispensable sous le soleil estival et, parfois, lorsque la pluie tombe sans discontinuer pendant plusieurs jours ; ce qui offre un espace extérieur à l'abri, une manière d'agrandir (un peu) le volume habitable de la roulotte...

- Remplacement des joints des baies vitrées dont l'une commençait à fuir les jours de pluie

- Réparation et renforcement du plancher à l'arrière de la cellule qui commençait à pourrir avec les projections d'eau et de boue

Et on en passe...

 

Journal poétique (extrait)

L'usage et l'usure des choses ; au cœur du périmètre familier

De proche en proche ; à travers l'exactitude des calculs

Condamné à la rigueur (implacable) des chiffres et du déclin ; le monde

Bêtes et hommes ; arbres et pierres ; privés de beauté et de poésie ; privés de rire et de merveilleux

La fin (programmée) de l'éphémère et de l'à-peu-près – du joyeux désordre – des enchevêtrements en pagaille

Enfonçant l'invisible encore plus profondément dans le secret

 

La dépendance au monde humain – le paradoxe de l'ermite

Mille liens existent entre l'homme et le monde ; et chacun, bien sûr, est lié (et relié) aux autres de mille façons. Il serait fastidieux (et presque impossible) de tous les détailler. On n'évoquera donc ici que nos liens les plus tangibles – les plus évidents...

  • L'arrérage mensuel dont on bénéficie(1)

  • Les provisions alimentaires

  • Le gazole, l'entretien et les réparations du camion

  • Les médicaments(2)

  • L'ordinateur et le téléphone portable(3)

(1) une somme modique – (assez largement) inférieure au seuil légal de pauvreté en vigueur dans notre pays – mais qui permet de subvenir à une large part de nos dépenses mensuelles

(2) pour nos problèmes médicaux et ceux de Bhagawan

(3) ainsi que l'abonnement pour la connexion internet

Notre assuétude au monde humain est indéniable et s'avère irréductible à bien des égards. Étant peu bricoleur(1), étant peu disposé à occuper un emploi quelconque(2), étant soucieux (a minima(3)) de notre santé(4), étant peu enclin (jusqu'à présent) à nous alimenter uniquement grâce à la cueillette sauvage et à nous passer de la technologie numérique(5), on se sent, pour l'heure, peu disposé, à renoncer à cette dépendance.

(1) en particulier en matière de mécanique automobile ; ce qui constitue, pour l'ermite nomade à l'esprit autonome, non seulement un coût important mais aussi, sur le plan symbolique, une forme d'aberration – mais vivre sur la route avec un sac à dos nous semble un mode de vie peu adapté (trop radical – trop exigeant – trop inconfortable)...

(2) à l'instar de la grande majorité des êtres humains – et comme l'on y a été contraint pendant de nombreuses années – ce qui nous donnait la très fâcheuse impression que l'on nous dérobait le plus essentiel...

(3) vraiment a minima

(4) et de celle de Bhagawan

(5) qui constitue un outil de travail, de savoir et de partage avec le monde humain

Mais qui, sur cette terre, peut réellement échapper au monde – y compris parmi ceux qui optent pour des formes radicales d'autarcie ? Et est-ce vraiment nécessaire ? Aucune loi – aucune morale – n'interdit quiconque de bénéficier de ce qui existe pour peu que notre usage du monde se limite au nécessaire...

 

Journal poétique (extrait)

Les yeux levés ; sur le seuil – la lumière

Après cette longue nuit parcourue (et, en partie, traversée)

D'une étendue à l'autre ; comme si les rêves et les étoiles se touchaient

D'un bout à l'autre de ce qui nous porte ; le désir

Dans la chair ; le dédale (encore)

Et cette mémoire qui nous éloigne ; et l'autre – plus ancienne – qui nous exhorte au retour

Naissant – marchant – mourant ; d'un même souffle

Et ainsi jusqu'au plus éloigné de l'enfance

 

Et quelles contreparties à ces avantages (et bénéfices) octroyés par la société des hommes ?

  • Nos livres – et les textes que nous publions (de manière gracieuse) sur notre blog – qui retracent nos expériences et nos découvertes existentielles, métaphysiques et spirituelles dans lesquels chacun est à même de piocher (abondamment) pour orienter ses propres recherches*

 * ridicule ou dérisoire – d'aucuns pourraient penser – peut-être... Il ne nous appartient pas d'en juger mais il nous a toujours paru évident d'offrir gratuitement le fruit de notre labeur et de nos expériences de vie... 

  • Notre parcours – personnel et professionnel ; avant d'adopter ce mode de vie, nous avons travaillé, pendant de nombreuses années, dans le secteur médico-social et dans diverses associations caritatives en France et à l'étranger, à différents postes – comme bénévole ou salarié ;

  • Notre attitude (générale) à l'égard du monde et du vivant ; vivre de manière heureuse – vivre de manière sobre, respectueuse et bienveillante (même à l'endroit des humains – contrairement à ce que pourraient, peut-être, laisser penser ces pages) offre, par des mécanismes complexes et souvent invisibles, mille choses favorables au monde et à ceux qui le peuplent – sans être répertoriées ni monétisées (de manière comptable) par le système humain actuel ;

  • Ce mode de vie et ces « facilités » se sont offerts (ou imposés) à nous ; et les refuser nous apparaîtrait comme une aberration – une résistance à la vie – au destin – à ce qui est ;

  • Le monde (humain et non humain) ne constitue qu'un seul corps, et chacun en est un élément indissociable, offrant ce qu'il est – ce dont il dispose autant que ce qui est dans sa nature et en son pouvoir aux autres parties et à l'ensemble. Et nul ne peut échapper à cette appartenance et à cette fonction involontaire et ontologique*.

 * inhérente simplement au fait d'être

Hormis cette dépendance (non négligeable) au monde humain, on est animé par un esprit d'autonomie. Et l'on essaie (en général) de se débrouiller seul et par nos propres moyens (autant qu'il nous est possible) selon nos goûts, nos capacités, nos prédispositions et notre sensibilité.

 

Jean Mabillon

« On perd toujours quelque chose auprès de Dieu lorsqu'on veut trop se justifier auprès des hommes. »

 

Journal poétique (extrait)

Rien ; depuis si longtemps

Plus même surpris par ces restes d'effacement (résidus de soi – sans doute)

Choses et visages ; dans la brume ; indistinctement ; qu'importe ce que désigne le doigt

La porte entrouverte du monde

De l'autre côté du rêve – de la trame – de l'esprit

A grands pas déjà ; vers le vide – le vent – l'autre extrémité de la perspective

 

Respecter sa nature

Il semble essentiel de respecter sa nature ; ce qui nous constitue, ce pour quoi l'on est « naturellement fait » – nos caractéristiques, nos goûts, nos prédispositions, notre sensibilité, nos aspirations profondes. Ainsi une girafe est naturellement constituée pour habiter la savane et manger des feuilles d'acacia ; et un pingouin est naturellement constitué pour habiter la banquise et manger du poisson. Il ne viendrait à personne l'idée de les contraindre à échanger leur nourriture et leur habitat (cela serait idiot, cruel et inopérant). Et ce qui est vrai pour la girafe et le pingouin l'est pour tous les êtres (plantes, arbres, bêtes et hommes).

Ne pas respecter sa nature (et celle des autres êtres) est une violence exercée contre le corps et l'esprit – contre la vie et contre l'espace qui nous habite(1)(2)(3).

Ainsi certains individus aiment la vie à la campagne, ont des prédispositions pour la musique et le chant et sont naturellement enclins à la solitude, il serait absurde (et regrettable) de les obliger à devenir mécanicien automobile et à habiter dans une colocation de 15 personnes située au cœur d'une grande agglomération...

(1) voir la rubrique « la présence en nous » 

(2) La vie nous confronte (assez régulièrement – et, parfois, de manière insistante) à une multitude d'événements âpres, difficiles, douloureux ; il ne s'agit pas, bien sûr, d'y résister – ni de refuser de les vivre ; cette confrontation à des circonstances indésirables participe, souvent, à l'actualisation de certaines dimensions intérieures nécessaires à une réelle transformation...

(3) Respecter sa nature ne signifie pas (bien sûr) qu'il faille demeurer, de manière permanente, dans sa « zone de confort »...

 

Journal poétique (extrait)

A se risquer jusqu'au grand large ; là où les vents saisissent les épaules – écartent les pas – font pousser des ailes aux âmes les plus craintives ; bousculent le sens et la destination du voyage

Nous retrouvant (parfois) à la cime des arbres ; sans réponse ; avec une joie sans explication

Auprès des nôtres ; sûrement

Dans les bras du secret ; et sans la moindre promesse

Au cœur du ciel ; immensément

 

Journal poétique (extrait)

Au commencement du rêve – du monde

L'anarchie des premiers instants ; ce qui précéda le givre et la danse (interminable) des pénitents

 

Être ermite sans que nul ne le sache

Vie des marges et des interstices. Vie invisible et secrète. Nul ne connaît – et ne pourrait deviner – en nous voyant passer sur la route, en nous voyant arriver en un lieu ou en nous voyant stationné en quelque endroit – notre mode de vie, notre manière d'arpenter les hameaux et les villages*, les collines et les forêts.

* à l'écart de toute zone urbaine d'attraction

Seulement un bonhomme dans un camping-car – peut-être un marginal impécunieux, peut-être un touriste, peut-être en vacances, en visite chez de la famille ou chez des amis ou en déplacement récréatif...

 

Haïku

« Qui devinerait

que je fais de ma vie

une longue ivresse ? »

 

Journal poétique (extrait)

Le chemin-mère ; le chemin bleu

Discret ; comme dissimulé sous les feuillages ; sur le sol persécuté

Entre désert et désir ; les signes – le soupir et la possibilité

La bouche toujours sèche ; parfois de trop de silence ; parfois de trop de mots

La voix – comme les pas – qui résonne

A se balancer entre le rire et le monde

 

Journal poétique (extrait)

La main en grâce ; et l'âme qui ne croit plus guère

A genoux ; au-dessus du vide

Sans la moindre renommée ; de plus en plus anonyme ; et invisible

Célébrant la danse – les étoiles – la nuit ; d'une égale manière à la lumière

Sans désir particulier ; pas même celui de changer la moindre chose en ce monde (si parfait)

Simplement présent

Dans le silence ; le cœur à son comble

 

Une vie « risquée »

Vivre sur la route – avec son véhicule-logement – n'est pas sans risque. En effet, en cas d'accident (accident de la circulation, chute d'arbre ou de branches, dégradation malveillante), l'ermite nomade peut brutalement se retrouver sans maison ni mode de déplacement.

Dans les cas les moins graves, le camion sera immobilisé pour une période plus ou moins longue (de quelques heures à quelques jours – et, parfois même, quelques semaines ou quelques mois(1)) – ce qui n'est pas sans conséquence puisqu'il faut trouver (à proximité et dans les plus brefs délais) un hébergement provisoire(2) (un camping, une location saisonnière, un hébergement chez des amis ou des parents).

Et dans les cas les plus graves, la mort peut surgir au détour d'un virage, d'un chemin, d'une clairière...

(1) selon les délais de prise en charge par les professionnels chargés des réparations.

(2) suite à une avarie (une fuite au niveau du toit), on a dû abandonner le camion chez un réparateur (après l'avoir entièrement vidé). Et on a dû louer un logement saisonnier pendant plus de 2 mois (ce qui a occasionné des dépenses non négligeables)...

 

Journal poétique (extrait)

Moins que soi ; et le reste

Tantôt surplus ; tantôt soustrait

Qu'importe le délire et la violence

L'instabilité de l'esprit et de la pierre ; et les instincts dans leur sac

A sa rencontre ; (très) secrètement

 

Journal poétique (extrait)

Là où l'ombre se reflète ; se régénère ; s'étale – s'amplifie – se déploie ; et qui se fracasse contre la plus infime part de solitude

Aussi proche que possible de soi – du ciel – de toute aventure

A voix haute – la parole ; et plus haut encore – le silence

L'ultime précision de l'être ; dans cette marche fluctuante aux faux airs hasardeux

L'âme et le corps ; comme un attelage asymétrique et bancal ; et dont la route paraît si tortueuse – presque aléatoire

En tous lieux du ciel – déjà ; pourtant

Sans le moindre orgueil ; et ici plutôt qu'ailleurs ; ce qui ressemble à nulle part

Entre d'étroits interstices et de larges bandes ; l'impuissance et la solitude ; ce qu'il nous faut (impérativement) découvrir

L'enfance prémonitoire ; dans le pressentiment de la fragilité du monde et de l'éphémère de nos vies si peu certaines

 

L'extinction progressive des peurs

L'homme est affublé de craintes. Faible et chétive créature face à la puissance (parfois hostile) du monde, face à l'immensité de l'univers, face aux mille menaces et aux mille dangers présents sur la terre, comment pourrait-il ne pas avoir peur ?

Lorsque l'on comprend que l'on est « habité » par « un plus grand que soi »*, que tout est « à l'intérieur »*, qu'il nous faut vivre exactement ce dont nous avons besoin pour nous découvrir et être pleinement ce que nous sommes*, alors les peurs s'estompent et disparaissent (en grande partie). Et l'on est heureux de vivre ce que la vie nous offre même si le corps, l'esprit et la sensibilité peuvent en souffrir (ou en pâtir) dans leurs dimensions terrestres et personnelles.

* voir les rubriques « la présence en soi » et « tout est à l'intérieur » qui abordent ces thématiques

 

Journal poétique (extrait)

La nuit allant ; comme les peurs

Et s'avançant aussi vers nous

A travers le nombre – la haine ; cet inévitable basculement dans la barbarie

Avec le même visage ; le Dieu de la douleur et du silence

Oblitérant la joie pour l'essentiel des mortels

 

Affronter ses peurs

Vivre – et voyager(1) – seul confronte nécessairement à des risques, à des menaces, à des dangers. Et l'ermite-nomade ne peut, très souvent, compter que sur ses propres ressources(2) (ressources matérielles, physiques, morales, intellectuelles). Et il y a – reconnaissons-le – une grande joie à n'avoir recours à un autre que soi...

(1) en particulier dans des lieux déserts ou peu fréquentés – dans des lieux isolés ou reculés

(2) en particulier, lorsque l'on est animé par un esprit d'autonomie ; on est, sans doute, moins enclin encore à faire appel aux autres (aux personnes ou aux institutions collectives)...

Confronté inévitablement(1) à des événements douloureux(2), à des instants (ou à des périodes) difficiles(3), à des individualités peu amènes (ou, disons, désagréables), on doit être capable de faire face ; et, en de telles circonstances, il nous faut, parfois, faire appel à « ce qui nous porte et ce que nous portons(4) »...

(1) comme chaque être vivant

(2) blessure, maladie, problématiques physiques diverses, décès d'un proche

(3) période de deuil, accablement, tristesse...

(4) voir la rubrique « La présence en soi »

Lorsque l'on affronte, seul et de manière autonome, les affres de l’existence (terrestre et humaine) et, l'adversité (parfois éprouvante) du monde, on se confronte, de manière assez régulière, à l'idée de la mort. Personne, bien sûr, n'est à l'abri d'un accident, d'une agression ou d'une maladie mais la vie nomade (en particulier lorsqu'elle est abordée – et vécue – avec un esprit d'autonomie*) oblige, peut-être, à davantage de courage (et de vaillance) que la vie sédentaire où l'on est, sans doute, plus enclin, au moindre problème – au moindre souci, à faire appel aux réseaux familial, amical ou institutionnel...

* c'est à dire sans avoir recours automatiquement à une aide extérieure

Et ce à quoi l'ermite-nomade est confronté peut, parfois, engager son existence d'une réelle façon. Il lui arrive donc, à ces occasions, d'envisager la mort – la possibilité de mourir* dans l'instant qui suit – seul et sans assistance – sans personne pour lui tenir la main pour le « grand départ ». Et regarder dans les yeux ce qui s'avance nous renseigne, d'une manière assez précise, sur notre disposition à quitter ce monde...

* chute, piqûre d'insectes (choc anaphylactique, œdème de Quincke), morsure de serpent, accidents divers, agression, malaise etc etc.

 

Pierre Charles Roy

« Glissez, mortels ! N'appuyez pas. »

 

Journal poétique (extrait)

De tous les miroirs et de toutes les filiations ; nos reflets et les yeux regardés

Déjà au-dedans des autres mondes

Sur cette voie qui échappe au temps

De mort en mort (de plus en plus somptueuses)

Devinant ce que nous serons à terme ; et après aussi (bien sûr)

Et sachant cela ; vivant de la plus intuitive des manières

 

Journal poétique (extrait)

La source – les cimes ; sans masque

Au fond de la plaie ; face à la mort

Que le monde nous rebute ou nous enchante

Et la neige ; et les paillettes d'or que l'on jette autour de soi ; et qui recouvrent le sol – l'issue – la moindre possibilité ; ce qui pourrait – pourtant – forcer la fortune ; nous aider à nous hisser jusqu'aux origines

 

En voyant passer les bétaillères

Et ces larmes qui coulent – et cette main qui se lève pour un dernier adieu – lorsque nos yeux croisent sur la route l'une de ces énormes bétaillères chargées de tous nos frères sacrifiés ; et qui ne seront plus dans quelques heures...

La part – en nous – la plus innocente qui se refuse à accepter la mort – et le monde – tels qu'ils sont... Et ces questions aussi qui restent sans réponse (jusqu'à aujourd'hui) ; qui – quels êtres d'hier – sont devenus les campagnols – les chevreuils – les vaches – les chiens – les sangliers – les hommes d'aujourd'hui ? Et qui – quels êtres d'aujourd'hui – deviendront – les chats – les renards – les brebis – les truites – les éperviers de demain ?

 

Notes de la forêt

Gorgé de tendresse pour ceux qui partent ; cahin-caha vers d'autres rives ; inconnues pour la plupart (diraient certains)...

 

Journal poétique (extrait)

La bouche tordue par l'âpreté – la haine – le mensonge

D'une douleur à l'autre ; sans étonnement

Le corps à peine vivant ; l'esprit absorbé ; l'âme se dégradant – s'étiolant peu à peu

Accompagnant (seulement) le nom – le legs – la filiation

Comme couché(s) au cœur de la plaie ; sous le règne du mythe et du manque ; au fond du gouffre surpeuplé

 

Journal poétique (extrait)

Au pays de la roche ; l'ardeur – la fatigue et la mort

Et des larmes (un ruissellement de larmes) dans la lie ; jusqu'à la noyade ; asphyxiés par la tristesse au fond des fondrières remplies par nos pleurs

 

Journal poétique (extrait)

Entrecroisés ; l’abîme et la chair

La matière-étendue

Oubliés à force d'histoires

Et des ponts à redécouvrir ; et à restaurer ; pour que le cri rencontre la soif ; et que la soif rencontre la source

Sur l'arche habitable ; sous la voûte recourbée

Avec patience ; jusqu'à la transformation de tous les hurlements

 

Une communauté fraternelle bien réelle

Chacun est porteur d'une personnalité composée d'une multitude de facettes – des parts intérieures en quelque sorte. Ainsi peut-on trouver, chez les uns et chez les autres, une part naïve, une part timide, une part combative, une part querelleuse, une part câline, une part aventureuse etc etc.

Chez l'homme, en général, ces différentes parts (ou aspects de la personnalité) ne communiquent pas (ou peu) entre elles ; elles s'ignorent et s'affrontent pour prendre la main sur les autres parts et gouverner l'individu – ce que l'on peut appeler sa personnalité. Ainsi les traits extérieurs apparents d'un individu ne sont, le plus souvent, que le reflet de son intériorité – c'est à dire de « la prise de pouvoir » de certaines parts qui ont écrasé, muselé ou rendu inactives leurs rivales ; toutes les parts qui aspiraient, elles aussi, à la gouvernance...

Les expériences de vie* et l'introspection permettent de se familiariser avec la grande majorité de ces parts. Autrement dit, on apprend, peu à peu, à se connaître. Au fil des années, peut alors émerger une part vouée à la médiation et à la communication qui permet à toutes les autres parts d'entrer en relation ; elles apprennent (progressivement) à dialoguer, à s'écouter, à prendre en considération les points de vue et les besoins des unes et des autres et à se respecter. Ainsi se façonnent une entente et une cohérence qui rassemblent et alignent, en quelque sorte, tous les aspects de la personnalité. Les querelles internes cessent (pour l'essentiel) et les parts s'organisent afin que toutes puissent s'exprimer, s'affirmer et exister (parfois simultanément – parfois successivement) afin qu'aucune ne se sente lésée.

* notamment lors de circonstances particulièrement heureuses ou malheureuses

Toutes ces parts représentent ce que l'on pourrait appeler une communauté intérieure – un cercle fraternel. Et lorsque la perspective s'affine et s'approfondit et/ou lorsque la part spirituelle devient prépondérante(1), on sent, avec évidence, qu'il existe des parts mûres, mâtures et avancées sur le plan spirituel – des parts réellement sages (à l'esprit sensible et aiguisé – si l'on peut dire) et d'autres encore très enfantines et immatures, des parts très naïves ou très rigides et même des parts qui ne pourront, sans doute, jamais se transformer (réellement). Et ainsi évolue, peu à peu, la communauté intérieure, les unes aidant, soutenant et encourageant les autres. Et lorsque survient (tôt ou tard) un événement difficile (ou douloureux), une circonstance particulièrement triste ou malheureuse, on peut ressentir(2), de manière réelle et organique, que toutes les parts se rassemblent, forment un cercle, comme si elles entrelaçaient leurs bras, autour des parts les plus affectées, les plus bouleversées, les enveloppant de leur présence, de leur tendresse, de leur amour, les consolant inlassablement, avec des gestes attentionnés et/ou des paroles réconfortantes, et demeurant à leurs côtés de manière indéfectible jusqu'à ce que le désespoir ou le chagrin se dissipe...

(1) endossant, en quelque sorte, le rôle d'un père abbé bienveillant dans un monastère

(2) et le solitaire, peut-être, mieux que quiconque puisqu'il ne peut compter sur la mansuétude de ses congénères

 

Journal poétique (extrait)

Partagé(s) ; à l'intérieur

Parfois arche ; parfois fenêtre ; mais grotte, le plus souvent, où l'on aime à se réfugier ; et au fond de laquelle sont nés tous les alphabets – toutes les légendes – toutes les insomnies

Plus proche(s) de la pierre que de la lumière ; comme le prolongement intermittent (et dispersé) de l'origine

Éternellement inscrit(s) au cœur de cette enfance naïve et illettrée

 

Journal poétique (extrait)

L’œuvre trop vivante du miroir

S'insinuant partout ; jusque dans les profondeurs les plus lointaines – les plus invraisemblables – les plus insoupçonnées

Et nous ; comme des îles ; comme des bouées surnageant au milieu des remous et des reflets

Au cœur des courants et du chatoiement ; comme pris au piège

Les yeux fatigués ; l'âme découragée ; le cœur (un peu) perdu ; comme enivré – déboussolé par cette hostilité ; et l'abondance des attractions et des scintillements

Si loin du bleu – des forêts ; et des couleurs franches du mystère

 

Une vie de solitude simple et singulière

De thébaïde en thébaïde (autant que possible)...

 

Han-Shan

« Je me laisse vivre dans les bois. Solitaire, je suis mon seul maître .»

 

Journal poétique (extrait)

Nourri de chant et du sauvage

A coups d'invisible

Au centre du cercle cerné d'or

Et le sommeil – en ce monde – qui navigue librement

Le ciel parfois couvert – parfois étoilé ; au-dessus de tous les fronts

Et cette écume nimbée de parole

Loin de l’œil ; loin de toute poésie ; alors que nous exultons au fond des bois – au seuil de tous les deuils ; avec la mort ; tout autour – et au-dedans

 

10h – 10h30 nouveau bivouac

Une large clairière au cœur de la forêt.

 

Exigences et orientation

Les lieux où l'on s'installe (pour la journée ou pour la nuit) ne doivent être ni trop bruyants, ni trop passagers, ni trop pentus. Autrement dit, ils doivent être silencieux, déserts et plats*...

* aussi silencieux, déserts et plats que possible

En hiver, on s'arrange pour placer le pare-brise du camion face au soleil pour réchauffer l'habitacle* et offrir aux panneaux solaires une exposition lumineuse suffisante...

* non chauffé durant la journée

Et en été, on essaie (autant que possible) de trouver une place à l'ombre – sous les frondaisons protectrices des grands arbres ou abrité derrière un mur ou un bâtiment*.

* durant les heures les plus chaudes de la journée

 

Haïku

« Un endroit magnifiquement simple

idéalement tranquille

d'où contempler le monde »

 

Notes de la forêt

Le regard par-dessus les cimes ; par-dessus les horizons trop humains. Parmi les nids et les terriers ; notre roulotte ; et nos pieds nus sur les épines de pins. Et notre cœur chantant ses louanges ; sa parole simple qui s'élève et porte (sans doute) au plus sacré...

 

Journal poétique (extrait)

Au bout de ce monde ; dans un retrait – une discrétion

Comme un éloignement du trop humain

Une hauteur – une suspension

Porté par les désirs du vent ; sa volonté ; obéissant

Comme un ressort dans la poussière

Le prolongement de l'alliance ; le trait d'union ; le prélude de l'effacement

 

Un lieu suffisamment plat et des cales

Lorsque le sol est incliné, on glisse des cales(1) sous les roues avant ou arrière(2) pour mettre le camion (à peu près) à niveau. Mais le dénivelé est, parfois, si important que l'on penche malgré tout d'une manière inconfortable : toutes nos tentatives de stationnement en de tels lieux, en particulier pour le bivouac, se sont avérées insatisfaisantes ; le sommeil est perturbé par d'incessantes glissades...

(1) et sous lesquelles on glisse des planches (épaisses de plusieurs centimètres) lorsque le terrain est très pentu...

(2) et, parfois, sous les roues avant et arrière droite, sous les roues avant et arrière gauche ou sous une seule roue – selon le relief du terrain

 

Journal poétique (extrait)

Aveuglément ; sans s'interroger

Nous consolant de l'infime et du dérisoire

Aplanissant les (minuscules) aspérités ; et remplissant les trous et les failles ; alentour – à notre portée

Insecte(s) en quelque sorte – rivalisant de ruses et de déguisements pour s'approprier une parcelle – se construire un abri ; les pieds et l'âme encore plongés dans la terre et l'insignifiance

 

Approvisionnement alimentaire

Tous les 15 à 20 jours(1), il nous faut reconstituer notre provende(2). On se voit donc contraint de reporter l'heure du bivouac en fin de matinée.

Le réapprovisionnement s'effectue dans une supérette de village ou un supermarché en ville. Et l'on s'irrite d'être obligé d'arpenter, de manière trop fréquente, ces affreuses zones commerciales qui entourent la plupart des agglomérations de taille moyenne. On se livre à cette tâche avec peu d’enthousiasme – et disons-le franchement – on ne s'y résout qu'à contre-cœur – passablement affligé (ou agacé – selon l'humeur) de devoir déambuler au milieu de nos congénères pressés ou nonchalants – assez insupportables à nos yeux (d'une manière ou d'une autre)...

(1) sauf pour les légumes frais (en été)

(2) Un réfrigérateur assez volumineux (doté d'un petit congélateur) nous permet de stocker les produits frais et/ou périssables

 

Journal poétique (extrait)

En ce pays de chair

L'âme sans audace ; façonnée par la (longue) liste des ambitions communes

Et la peur du scandale ; et la crainte de l'exil

Ce qui affleure ; (très) timidement ; (presque) sans poids face à ce qui enfonce

De la terre et du rêve ; et mille autres charges – sur les ailes (encore) repliées

Gisant ; parmi tous les yeux fermés – sous ce ciel (apparemment) impassible

 

Ni interlocuteur, ni bavardage

Il nous arrive de ne parler à personne* pendant plusieurs semaines (et, parfois même, pendant plusieurs mois). A peine un « bonjour » à la caissière lors de nos ravitaillements alimentaires bimensuels...

* pas même au téléphone...

 

Guillaume de Saint-Thierry

« Les ermites ne sont pas des isolés, mais une communauté de solitaires. »

 

Ermite

Ni compagne(1), ni famille, ni enfant, ni maison, ni emploi(2), ni collègue, ni ami.e, ni communauté. Aucune relation humaine intime. Ermite quoi !

Au ban du monde – seul(3) – avec les pierres, les arbres et les bêtes...

(1) ni compagnon

(2) au sens conventionnel du terme

(3) Et depuis la mort de G. – survenue il y a quelques années, pas même un.e alter ego à l'instar de Han Shan, poète ermite chinois du 8ème siècle qui vivait dans la montagne (dans le massif du Tiantai) et qui, de temps à autre, rencontrait Shi De et Feng Kan, deux amis et condisciples – ermites eux-aussi, pour deviser joyeusement...

 

Tchouang Tseu

« Qui sait se contenter de peu ne s’embarrasse pas de profit ; qui ne se préoccupe que de se trouver lui-même ne s'afflige d'aucune perte ; qui cherche sa perfection intérieure ne s'afflige pas d'être sans situation sociale. »

 

Notes de la forêt

La joie (merveilleuse – et toute simple) d'être là ; parmi les siens...

 

Journal poétique (extrait)

En silence ; recueilli ; les mains encielées (et sortant des ténèbres – pourtant)

L'âme à terre ; lumineuse malgré les cendres – malgré la grisaille du monde

Comme couronné ; sans le moindre quidam alentour ; ni la moindre trace à suivre

 

Journal poétique (extrait)

En harde solitaire ; nous éloignant pour des rendez-vous amoureux

Jour et nuit ; sur la rocaille ; le long des rivières ; au milieu des arbres ; derrière les broussailles

Comme une échappée vers l'enfance au visage tendre ; là où l'esprit se laisse porter par les forces qui le traversent

L'âme étreinte par l'innocence et la sauvagerie

 

Le monde dessiné

Au loin, les montagnes – comme une ligne d'horizon découpée à la serpe ; une longue ligne noire dentelée qui partage le ciel et la terre ; qui sépare le vert des arbres et le gris des nuages...

 

Au-dessus de nos têtes

Des buses tournent au-dessus des collines ; de longs et majestueux vols planés dans la lumière du jour. On les observe longtemps jusqu'à ce qu'elles disparaissent derrière la crête.

 

Séjour prolongé

Quelques fois, les lieux sont si paisibles, si déserts, si accueillants que l'on prolonge « notre séjour » d'une journée. Ce qui nous offre l'occasion de continuer à explorer les alentours pendant notre balade*

* en particulier, lorsque le hameau, la colline ou le massif forestier sont traversés par plusieurs sentiers pédestres.

Quelle joie de pouvoir ainsi adapter, au jour le jour, son existence – son périple – son emploi du temps ; de pouvoir aller et venir ici et là ; de pouvoir demeurer à un endroit ; de pouvoir prolonger sa halte (ou son bivouac) de quelques heures supplémentaires...

 

Kamo No Chômei

« Où faudrait-il s'installer, que faudrait-il faire, pour être un peu tranquille, et pour goûter, ne serait-ce qu'un instant, le contentement du cœur ? »

 

Laver son linge

Laver son linge(1) – lorsqu'il faut se rendre dans une laverie automatique(2) – ressemble fort à une corvée. On doit aller en ville(3), se garer sur un parking sans charme situé dans une zone périurbaine laide, populeuse et bruyante, disposer ses vêtements dans une machine à laver à la propreté parfois douteuse, puis (si le temps est froid, humide ou pluvieux) les placer dans le sèche-linge qui jouxte les machines à laver ; et attendre près de 2 heures dans un lieu peu avenant...

(1) environ tous les 2 mois – ce qui est très peu fréquent mais nous vivons presque nu – l'essentiel de l'année et en hiver, nous portons (sans vergogne) les mêmes vêtements pendant une semaine

(2) Ces dernières années, la plupart des grandes surfaces commerciales se sont dotées de laveries automatiques – placées, en général, sur le parking – entre les voitures stationnées et les caddies...

(3) On profite, en général, du réapprovisionnement alimentaire pour laver notre linge

 

Journal poétique (extrait)

Dans la tension du nombre

Trop solitaire(s) ; trop peu solidaire(s) – pour tendre les bras

A distance ; de plus en plus loin à mesure que le rêve se déploie

Des voix incomprises ; et (très largement) inentendues

Dans la cacophonie de la multitude ; chacun dans son coin

A l'ombre des Autres ; et le soleil trop bas (de biais) pour offrir sa chaleur et sa lumière

Comme enclos dans le périmètre (étroit) de l'obscurité et de la peur

 

Laver son linge (suite)

En revanche, lors de la période estivale, lorsque l'on se trouve près d'un cours d'eau* ou à proximité d'un robinet – et que l'endroit est désert et peu fréquenté, laver son linge devient une activité belle et poétique. On retrouve les gestes d'antan, on sort une cuvette, un bout de savon, on plonge les mains dans l'eau fraîche, on frotte, on retourne le linge, on ajoute un peu d'huile de coude – des gestes lents et répétés exécutés avec conscience, on ressort le linge, on le presse, on le tort et on recommence.

* on remplit sa bassine et on s'éloigne à une distance suffisante pour éviter toute pollution

Puis, vient le moment (si gratifiant) du séchage où l'on dispose ses vêtements sur une corde tendue entre l'avant et l'arrière de la roulotte et sur le vieux porte-vélo que l'on déplie pour l'occasion (et qui n'a, d'ailleurs, d'autre usage*) ; et l'on est saisi par la beauté de cette activité réalisée avec si peu de moyens ; un peu d'eau, du savon et du vent ! Merveilleuse quotidienneté...

* hormis celui de servir, parfois, de support pour accrocher le sac d'ordures – lorsqu'on ne trouve aucune poubelle dans les environs

On y passe, parfois, une bonne partie de la matinée, mais on a le sentiment d'avoir consacré quelques heures à une activité incontournable d'une belle (et très satisfaisante) manière...

 

Journal poétique (extrait)

Dévoilant l'invisible ; à travers le geste

La figure sensible

Malgré soi ; à la manière du soleil

Ici – à présent – le lieu de toute démonstration ; ni avant – ni après – ni préparation

L'âme qui frissonne face à la liberté ainsi exposée ; son potentiel – toutes ses possibilités

Le pas indéfini ; comme le trait – comme le voyage – comme le reste ; avec tous les méandres au-dedans

Au cours de cette sorte d'exil qui traverse le temps

 

L'adresse et le courrier du nomade

Comment obtenir une adresse et recevoir son courrier lorsque l'on ne possède ni maison ni boîte aux lettres ? Aujourd'hui, plusieurs possibilités s'offrent au nomade (domiciliation chez un parent, chez des amis ou auprès de différents organismes – courrier du voyageur etc etc). Pour notre part, nous avons opté pour une domiciliation dans une mairie – au sein d'une commune dans laquelle nous passons (au moins) deux fois par an et pour une dématérialisation de tous nos échanges administratifs (via les diverses applications du téléphone portable)...

Voilà ! Rien de très compliqué ! Ne nous attardons pas davantage ! Continuons le voyage vers des contrées moins bureaucratiques !

 

Journal poétique (extrait)

Du plus haut ; l'étreinte

Ce qui – dans le cœur – est atteint

A se découvrir ; et à disparaître

Avec ce qui reste ; le visage à l'horizontale

 

Visites et découvertes hors saison

En hiver, l'ermite itinérant peut se risquer à fréquenter des lieux (un peu plus) urbains – des villages (un peu plus) denses – et des sites (un peu plus) touristiques – sans grand risque de croiser la foule. Ses congénères sont, en général, peu enclins à sortir de chez eux ou préfèrent s'adonner à des activités qui se pratiquent à l'intérieur*. Ainsi peut-il profiter de la période hivernale pour visiter quelques sites archéologiques, des abbayes et des monastères, des grottes, des cascades, des points de vue panoramiques, des lacs et des étangs – tous les lieux qu'il prend soin d'éviter le reste de l'année.

* sauf les chasseurs qui fréquentent assidûment les forêts et les bois

 

Journal poétique (extrait)

La lumière affalée

Par le chemin le plus obscur ; souterrain ; aux lisières du visible

Les yeux creusés par le souvenir

La mémoire en galerie

Une manière (sans doute) de se tenir dans l'écume

Un voyage sans trace (durable)

A travers le silence millénaire

 

10h30 Une tasse de thé fumante posée sur le dessous de verre en bois. Le carnet d'écriture ouvert. L'ordinateur allumé devant les yeux.

La séance d'écriture (corrective) est ouverte !

 

Le labeur matinal

Ce travail de relecture (et de correction) s'avère (assez souvent) fastidieux(1) ; on l'effectue, néanmoins, sans déplaisir. Il s'agit de lire et de relire les textes non encore publiés sur le blog(2). Chaque opuscule mensuel est, en effet, lu de plusieurs manières ; une lecture où l'on s'attarde sur le rythme et la musicalité, une lecture où l'on s’intéresse davantage au sens des mots, à leur combinaison et à leur assemblage, une lecture qui se focalise sur les corrections orthographiques et grammaticales, une lecture d'ordre général (qui essaie de prendre en considération l'ensemble de ces aspects), une lecture à haute voix enregistrée (que l'on prend soin, bien sûr, d'écouter avec une oreille « aussi neuve » que possible) etc etc.

(1) Cette phase du travail d'écriture n'a pas notre préférence – loin s'en faut – mais un texte doit être corrigé (a minima) ; cet aspect un peu rébarbatif semble donc inévitable...

(2) Chaque année, nous élaborons également une maquette pour une publication en version papier des textes de l'année que l'on repartit, en général, en 2 volumes (environ 1000 pages par an) et qui constituent ce que l'on pourrait appeler notre journal poétique...

 

Journal poétique (extrait)

Au pays de la parole sans lieu ; reliée, à son insu, à la source

Le poème – bribes de vent – abandonné à la transparence et au temps ; allant du bleu au monde et, quelques fois (plus rarement) du monde au bleu

 

Journal poétique (extrait)

Comme l'arbre ; sur la pente naturelle des choses

Aussi enchevêtré à l'infime qu'à l'infini

Dans cette relation (assez) asymétrique à l'immensité

Dénué (pourtant) de crainte et d'intention ; se laissant parfaitement guider

Étincelant ; en étrange miroir de ce qui ne peut se refléter ; de ce que le monde (en général) ne voit pas

Comme l'aube que nous attendons (tous) derrière la vitre ; porté(s) par cette espérance (assez) désespérée de l'inexplicable [auquel ne peut rendre grâce ni l'abondance de mots – ni la parole poétique (à laquelle l'homme est si peu sensible)]

 

On ne désire pas ; on ne souhaite rien

On n'aspire à rien de particulier. On n'a ni projet, ni orientation existentielle. Cette absence d'attente ne signifie pas que nous sommes dénué de préférences ; on continue (comme tout un chacun) à préférer certaines choses, certains états, certaines situations et certaines activités mais l'on appréhende l'existence sans a priori, prêt à vivre ce qu'offrent les circonstances. L'expérience nous a appris que les rêves et les fantasmes ne correspondent pas à la réalité et que l'existence est une alternance d'événements heureux et tristes et de situations plaisantes et déplaisantes (pour l'esprit humain)...

Lorsque l'on ne souhaite rien, l'existence se simplifie – la vie devient facile...

 

Journal poétique (extrait)

Plongée dans le naturel ; en soi – alentour ; le même environnement

(En partie) affranchi de l'homme et des artifices humains ; par-dessus le néant et la séparation – en quelque sorte ; avec des résidus (assez substantiels) de l'esprit étroit qui se favorise

Continuant à être ; à distiller le bleu qui, parfois, abonde ; et, d'autres fois, ce qu'il reste (de manière assez absurde)

L’œil en son royaume ; sans la moindre attente ; sans la moindre priorité

 

Journal poétique (extrait)

Dénué de rêves

Le ciel juste au-dessus des yeux

Sous le ruissellement sacré du jour – l'aube ; l'éclaircissement sans explication

Tout ; comme une évidence ; à travers la clarté

Des vagues de vent vers le large

L'esprit libre ; la matière célébrée

En passe de servir le monde comme l'air et l'eau – la terre et le feu

Une infime parcelle de l'espace ; dans l'étrange intimité de l'infini

 

Journal poétique (extrait)

Ici ; à travers l'exigence de la lumière

La source ; en suivant l'ombre à la trace

Sans renoncement – sans (le moindre) déchirement

Dans le sillage du vent qui tourbillonne

La nuit et les tempêtes incluses dans ce bleu qui s'avance (quasiment) démasqué

L'âme sans désir ; acquiesçante

Des mondes ; et l'entière étendue ; au pied du souffle ; comme si c'était là notre seule volonté

 

Prêt à vivre ce qui se présente

On n'entreprend plus les choses (la moindre chose) pour accéder à un état ou à une situation ou pour obtenir une récompense (ou une quelconque gratification*) mais parce que certains gestes et certaines activités doivent être réalisés, parce qu'un élan irrépressible nous anime et/ou pour la joie de les accomplir.

* On n'entreprend plus les choses pour obtenir quoi que ce soit...

Cette perspective se réalise (bien sûr) de manière progressive ; à mesure que l'on épuise ses désirs et ses rêves – jusqu'à être vide de volonté et de projet (personnels). Après un certain nombre d'expériences, on comprend que tous les états, toutes les activités, toutes les situations se valent (une chose n'est pas plus désirable qu'une autre*). Tout (presque tout) peut alors être vécu avec une certaine équanimité. On est prêt à vivre ce qui se présente...

* faire la vaisselle ou écrire de la poésie, vivre seul ou en couple, avoir des enfants ou ne pas en avoir, être riche ou pauvre, être malade ou bien portant, tout cela se vaut d'une parfaite manière – même si l'esprit, bien sûr, conserve ses préférences...

 

André Breton

« J'ai cessé de me désirer ailleurs. »

 

Journal poétique (extrait)

A attendre ; les mains ouvertes

Sans rien désirer ; sans rien saisir ; sans rien écarter

Si proche(s) de l'Absolu et de la mort ; de nous-même(s) ; de tous nos semblables

Le legs déchiré ; avec tout un chemin à réinventer ; et la tête – et la chair – à apprivoiser – à aimer – à célébrer – avec toutes leurs salissures et toutes leurs corruptions

Dans l'impossibilité de vivre autrement ; autre chose ; condamné(s) à obéir aux circonstances ; à la confluence des nécessités ; à expérimenter ce qui nous échoit sans jamais rien décider

 

Journal poétique (extrait)

Sur la pierre saillante ; l'âme silencieuse

Au-delà (bien au-delà) du ciel grillagé gardé par des yeux fous ; des esprits délirants

Au-delà des prières (hâtives) et de l'affairement (dévastateur) des foules

Au-delà des images et des mots ; de ce blanc cotonneux (vaguement) auréolé de lumière

L'esprit au cœur de l'étrangeté pour tout rendre (plus) familier

Ici-bas ; exactement

 

Journal poétique (extrait)

Le visage diurne ; (plutôt) emblématique

Familier du plus haut soleil

Le regard (franchement) lumineux

Capable d'embrasser l'ombre et les images ; et de vivre au milieu des arbres silencieux

Existant sans nom – sans ami – sans personne

Sans volonté – ni intention

Sans rien ressasser ; pas même l'indicible

Debout ; l'enfance amarrée à la nuit

Pris dans les fils d'un ciel à la manœuvre ; ne décidant de rien ; pas même du rythme – ni du sens de la roue

La vie ; comme un langage – un possible – une île – un chemin ; remontant le cours du temps jusqu'à l'origine du monde ; jusqu'à la source des existences

 

Journal poétique (extrait)

Rouillée la hache ; dans l'herbe mouillée

Rouge et rosée

Comme la parole et le visage ; parfois ruisselants – parfois abandonnés

Le prolongement (consenti) de l'origine

Jusqu'à la courbure – parfois dramatique – de la lumière

Nul gain – nulle perte ; ni vainqueur – ni vaincu – (pourtant) en ce monde

Le franchissement du miracle ; la seule possibilité

 

De moins en moins de croyances (et d'idées sur les choses, la vie, le monde, la mort)

La tête apprend, peu à peu, à se désencombrer. On cesse de penser et d'imaginer, on fait face à ce qui est – à ce qui advient.

 

Journal poétique (extrait)

En secret ; la vie – la perte

Ce que l'on désire ; ce qui nous attriste ; et ce que l'on pleure

Le sang sous la neige

Et cette douleur (terrible) de ne rien savoir ; et celle (tout aussi terrible) de s'imaginer savoir

Toujours à côté ; toujours séparé ; jamais juste ; toujours en peine

En vie sans (réellement) être vivant ; et ainsi tant que durera l'ivresse – la cécité – le refus de s'engager ; le cœur (parfaitement) piégé dans la nasse cherchant, dans son délire, une rive trop lointaine alors que tout est là – déjà ; à notre portée

 

12h15 – 12h30 préparation du repas (et gamelle de Bhagawan)

On range les feuilles dans la bibliothèque et l'ordinateur dans sa housse de protection, on débarrasse la table des quelques objets qui traînent. On saisit un plateau, on ouvre le réfrigérateur, on sort les ingrédients nécessaires à la préparation du repas. On coupe, on lave, on verse, on assaisonne puis on passe à table.

 

Variabilité quotidienne

Gestes quotidiens tantôt vifs – tantôt tendres – et parfois mécaniques (hélas!)...

 

Journal poétique (extrait)

Là où le ciel recueille ; et rassemble

Sans commentaire sur la danse et les reflets

Ni mot – ni image

Le cœur noir – pourtant ; nous enfouissant

Dans un enchevêtrement de gestes et de fatigue ; le poids de l'obscur – comme un écrasement

 

Se laisser traverser par (toutes) les énergies

Il convient (autant que possible) de respecter les énergies qui nous traversent* – tantôt vives et rapides, tantôt lentes et calmes, tantôt superficielles, tantôt profondes, elles animent le corps et l'esprit de différentes manières. Être à l'écoute de ces énergies – reconnaître leur nature – leur texture – suivre leurs mouvements – leur être obéissant – faire corps avec elles – est la meilleure façon de ne pas créer d'obstacles et de résistances qui engendreraient un décalage, un déséquilibre, une disharmonie entre, d'un côté, le corps et l'esprit et, de l'autre, ce qui les traverse. Il y a, en effet, des moments où l'esprit et/ou le corps s'anime(nt) naturellement avec vigueur et intensité, d'autres moments où ils deviennent lents, indolents, presque paresseux, et d'autres moments encore où ils sont parcourus par de puissants courants qui semblent émerger des profondeurs.

* celles de notre environnement et/ou celles que les circonstances font naître en nous

Ainsi, chaque jour, les tâches quotidiennes ne sont pas réalisées (intérieurement et extérieurement) de manière identique. Certains jours, on prépare le repas ou l'on fait la vaisselle avec entrain, d'autres fois, les gestes, au contraire, se font extrêmement lents (comme si les mains et les couverts se caressaient mutuellement avec suavité – presque avec sensualité) et le moindre contact devient intime, profond et savoureux ; d'autres fois, lorsque l'énergie se fait superficielle et/ou que la tête est préoccupée (emplie d'images, de pensées, d'émotions ou de sentiments), les gestes deviennent mécaniques. On est là sans être là, on fait les choses de façon machinale – sans conscience ni sensibilité...

On pourrait être enclin à hiérarchiser ces différents types d'énergie et ces différentes manières de réaliser les actes de la vie quotidienne, mais, avec un peu d'expérience*, on comprend qu'il n'existe aucune hiérarchie. Une manière de faire n'est pas meilleure qu'une autre... On obéit seulement à l'énergie qui est là – et qui nous traverse ; et on la goûte pleinement (qu'elle soit profonde ou superficielle, qu'elle soit lente ou rapide etc). Lorsqu'elle se fait vive et brusque, les gestes se font vifs et brusques ; lorsqu'elle se fait douce et langoureuse, les gestes se font doux et langoureux...

* avec un peu d'expérience et de maturité

Il n'y a aucune résistance. Il n'y a aucun effort à fournir ; seulement se laisser porter par les énergies en présence...

 

Journal poétique (extrait)

La vie (secrètement) enfoncée dans l'âme ; et (presque toujours) la méconnaissance de l'inverse

Si près du jour ; si près de la mort

A hauteur de tête ; à longueur de nuit

La somnolence ; et le grand sommeil

Ce qui remplace, peu à peu, le visage de l'homme

La route (cette longue route) qui zigzague sur l'horizon

Et ce gris qui alourdit la chair ; et qui attriste le cœur

A s'interroger (encore) ; sans (jamais) se laisser porter

 

Au déjeuner

Un bol de salade, 4 biscottes, un morceau de fromage, un yaourt au soja (avec un peu de confiture), 2 biscuits et 2 carrés de chocolat noir.

 

Journal poétique (extrait)

A la table de la bonne fortune ; discrète – invisible – anonyme

Sur l'âme brûlante de déraison ; la démesure qui a remplacé le chagrin

Comme allongé sur soi

Dieu dans le chant ; à travers notre voix

Et le bleu ; à travers le festin d'aujourd'hui et toutes les famines d'autrefois

Le pays d'où nous venons ; le pays où nous vivons ; le pays où nous allons ; comme un hymne (un hymne éternel) à l'immobilité

 

12h45 – 13h séance d'écriture

Un feutre. Quelques feuilles blanches. Un livre de poésie qui traîne sur la table. Le regard comme posé (à la fois) au-dedans et sur le paysage – sur cette parcelle du monde offerte (et changeante). Instant de vide nécessaire pour faire jaillir ce qui sourd à l'intérieur – au cœur de cet espace qui nous habite. Instant de rencontre et de dialogue avec l'invisible – l'insondable – le silence – le merveilleux...

L'âme à l'écoute qui laisse surgir les mots – la longue suite de mots – comme une musique – l'eau d'une rivière ; et la main – dans son rôle de scribe – parfaitement obéissante...

Et sur la page de petites figures noires (ou bleues) apparaissent – se dessinent ; au-delà du sens – mille combinaisons – le tableau de l'instant qui émerge de cette rencontre quotidienne entre l'attention ouverte et les profondeurs.

L'insoupçonné qui se révèle – un peu de lumière qui se dépose sur le minuscule carré blanc. Et nous assistons, émerveillé(1), à cet enfantement – devenant (tour à tour(2)) le témoin, l'accoucheur et le théâtre de cette mise au monde journalière(3)...

(1) émerveillé et concentré

(2) et, parfois, simultanément

(3) biquotidienne en réalité – en début d'après-midi et en fin de soirée

 

Notes de la forêt

Parallèles à la lumière – le trait – la ligne – la trace ; ce besoin de solitude et de partage.

 

Journal poétique (extrait)

L'ardeur intacte ; au-delà de toute intention ; de toute conviction

D'encre et de ciel ; cette parole qui serpente entre l'incertitude et l'inconnu

Dieu ; sur ces rivages – déguisé en un peu de lumière ; en un peu de poésie ; et que ces siècles méprisent ; comme si les cœurs – comme si les mains – comme si les bouches – avaient effacé jusqu'à la possibilité de la tendresse – de la mansuétude – du détachement

 

Journal poétique (extrait)

Toutes les couleurs ; à travers le bruissement du langage

De l'érection à l'effondrement

Par lambeaux ; par pans entiers de ciel

Ainsi (sans doute) jouit-on de la solitude ; ainsi (sans doute) s'expérimente toute poésie

 

La présence en soi ; l'espace vivant que l'on porte (à l'intérieur)

Ce que l'on porte – en son for intérieur – se découvre(1) lorsque l'on s'est (en partie) défait des éléments qui composent notre individualité(2). Lorsque l'essentiel des rêves et des désirs ont été réalisés et que les circonstances ont suffisamment éprouvé, ébranlé et malmené nos croyances, nos valeurs et nos certitudes, des pans entiers de notre identité(3) finissent alors par se détacher, par s'écrouler et disparaître. Et l'espace ainsi « libéré » devient suffisant pour qu'une présence vivante (qui nous habite, sans doute, depuis toujours) puisse être ressentie.

(1) peu à peu ou d'une manière soudaine

(2) un amas hétéroclite de penchants, d'habitudes, de valeurs, de croyances, d'idées, de certitudes, d'a priori, de rêves, de désirs, de fantasmes, de sentiments etc etc

(3) l'identité de « surface » que nous avons, peu à peu, construite...

Qu'importe la manière dont on appelle cette présence – Dieu – la Vie – l'Amour – le Soi – la Conscience – elle devient, peu à peu, une « évidence » – une réalité – ressentie de manière sensible et organique – qui accompagne l'individualité (ce que l'on croit être). A mesure que l'on se familiarise avec ce qui nous habite, on comprend (peu ou prou) que nous sommes, sans doute, à la fois cette présence impersonnelle (non personnelle) et cette personnalité (très provisoire) ; l'une et l'autre, parfois l'une davantage que l'autre, parfois (presque exclusivement) l'une ou l'autre, mais toujours les deux ensemble – à la fois le Père et le fils diraient, peut-être, les chrétiens...

Présence parfois imperceptible* (parce que l'individualité occupe l'ensemble de l'espace intérieur), parfois présence discrète* (lorsqu'il arrive que l'on ressente « quelque chose », en soi, « quelque chose » de vague et d'indéfini – à certains moments ou à certaines occasions particulières), parfois présence intermittente*, parfois présence permanente* (ou quasi permanente)...

* ou, du moins, ressentie comme telle par l'esprit humain

Lorsque cette présence devient une évidence intime et quotidienne, elle se montre, tour à tour, selon les besoins ressentis par la personnalité, compagne (ou compagnon) – partenaire indéfectible – ami(e) ou confidente – père et mère – frère ou sœur – prenant le visage dont l'individualité a besoin.

Elle peut se faire guide, conseiller de vie et maître spirituel, se montrer tendre et sensuelle (et offrir un festival de caresses reçues et perçues de l'intérieur – corps tremblant et frémissant). Elle peut se faire amicale, fraternelle et devenir celui ou celle qui nous est, momentanément, indispensable – au gré des circonstances – au gré de ce que nous traversons – au gré de ce qui apparaît nécessaire...

 

Paul Valéry

« Tout accomplissement est suppressif. »

 

Journal poétique (extrait)

Derrière la vitre ; la même buée

Comme si un visage – des lèvres – un souffle – existaient de l'autre côté du monde ; Dieu peut-être – Dieu sans doute ; préoccupé (apparemment) par notre figure et nos (fugaces) interrogations

 

Journal poétique (extrait)

A distance ; le temps – l'effondrement

Cette béance de sable ; qui s'écoule – qui s'écroule ; et au cœur de laquelle nous capitulons

Du bleu – partout – pourtant – dans nos mains qui creusent et reçoivent

Des ombres perdues ; sans lieu d'attache – soumises à l'errance (labyrinthique) du nom

Le jour ; à notre mesure ; et de temps à autre (rarement – très rarement) l'inverse

Et la terre qui s'enflamme

Devant un si grand nombre

Si proche(s) ; le souffle ; de la source et du silence

 

Journal poétique (extrait)

A (grands) coups de malheurs ; le désespoir des cœurs

La vérité sous le nez ; pourtant ; sans en avoir l'air (bien sûr)

Pour que l'âme apprenne à voir ; cet indispensable apprentissage du regard qui doit, en (tout) premier lieu, s'exercer à soustraire

 

Journal poétique (extrait)

Dans l'ombre du seul ; ce qui se vit ; ce qui s'écrit ; parfois absurde – parfois vertigineux ; toujours nécessaire

Mais las du monde depuis trop longtemps ; dans l'expectation (si impatiente) de l'aube et du vide triomphant

Puis, un jour, comme pénétré – de l'intérieur – par cette lumière inconnue

Le regard éclairé ; et la chair réchauffée ; comme un surcroît de tendresse et de lucidité ; un (large) pan de ciel qui s'est offert

 

Journal poétique (extrait)

Au cœur du jour ; dans l'âme

La peau tremblante ; sous la lumière

Comme hissé au-dessus du monde ; au-dessus de tous les yeux indifférents – de tous les lieux inhospitaliers

Comme si s'achevait là la traversée du plus âpre

Comme libéré des corvées les plus communes

Capable – à présent – de se consacrer à la découverte (rafraîchissante) des autres dimensions du monde

Ainsi émerge-t-on, peut-être, de l'écume – de l'épreuve (incontournable) de l'écume – pour s'approcher de soi – aller à sa rencontre ; sur la courbe ascendante de l'effacement ; l'oubli en tête

 

13h30 – 13h45 collation

Une infusion avec une friandise au caramel

 

Les surprises de la cueillette sauvage

Au printemps dernier, après avoir fait infuser quelques feuilles (séchées(1)) de mélitte à feuilles de mélisse récoltées quelques jours plus tôt, on a pu savourer son goût plaisant, subtil et délicat, mais l'on a été (assez rapidement) pris – et surpris – par un besoin incessant d'uriner(2) lorsque l'on s'est, soudain, souvenu des propriétés (assez fortement) diurétiques de la plante...

Malheur au botaniste en herbe !

(1) sur la petite claie suspendue au plafond (fabriquée avec un peu de ficelle, 4 bouts de bois et un morceau de moustiquaire rectangulaire)

(2) à peu près toutes les demi-heures – pendant près de 24 heures

 

Quelques plantes sauvages comestibles et/ou médicinales* hivernales et printanières

Ficaire, violette, primevère, fragon épineux, nombril de Vénus, pulmonaire, lamier pourpre, cerfeuil des bois, berce commune, lierre terrestre, plantain, pissenlit, cardamine, ortie, mouron des oiseaux, consoude, oseille, gaillet gratteron, alliaire, asphodèle, lunaire annuelle, bugle rampante, laitue des murailles, capselle, pâquerette, aubépine, cymbalaire des murs, marguerite, laiteron, vesce sauvage, épiaire, gesse des bois, lampsane...

* que l'on trouve en abondance sous nos latitudes

 

13h30 – 13h45 sieste, lecture et espace récréatif

 

Moment de détente

Sieste (appréciable) de la mi-journée. Après notre séance d'écriture, on s'allonge confortablement sur le canapé du coin salon. Les fenêtres ouvertes en été (avec le chant des oiseaux pour bercer nos rêveries) et avec une couverture en hiver*.

* Le chauffage – un chauffage Webasto que l'on trouve couramment dans les camping-cars – n'est allumé que pour les nuits les plus fraîches, autrement dit une bonne partie de la saison froide que l'on passe (en général) en altitude – dans l'un des massifs de moyenne montagne que compte notre aire d'exploration.

 

Haïku

« J'ouvre un livre

et me réjouis

devant la fenêtre lumineuse »

 

Haïku

« Mes mains lasses

laissent tomber le livre

long rêve de sieste »

 

Journal poétique (extrait)

Au fond du sommeil ; autre chose

Une fête ; une lumière – la possibilité d'un temps nouveau

Un monde – un univers peut-être – en germe ; impatient (très impatient) de se déployer

 

Journal poétique (extrait)

Vivant ; par-delà le miroir

Entre l'infini et les contours ; mille visages – mille aventures – mille possibles

Derrière l'image – terne ou scintillante

Parfois davantage silence que reflet ; et, d'autres fois, comme un chemin qui s'éloigne – qui égare ceux qui l'empruntent ; vers un ordre que seul l'esprit de l'homme a banni ; et que l'Amour revendique (bien sûr – comme toutes les choses) – parcelle reconnue (et accueillie) à l'égale de toutes les autres

 

Une vie au contact – une existence à la merci

Une vie au contact des éléments naturels* ; le soleil, la pluie, le vent, la chaleur et le froid, la grêle et la neige.

* ressentis (avec force) au fil des saisons...

Une existence à la merci du monde et des événements ; exposé aux rafales de vent (qui font tanguer la roulotte comme si l'on habitait sur un bateau(1)), exposé aux éventuelles chutes d'arbre et de branches qui pourraient s'abattre sur le toit(2), exposé à la grêle(3) (qui pourrait endommager les lanterneaux et les panneaux solaires), exposé à la bêtise ou à la malveillance du premier venu, pas toujours doté des meilleures intentions, qui pourrait nous importuner(4) ou vandaliser le camion...

(1) et il faut l'avouer, nous n'avons guère le pied marin !

(2) et causer des dommages sérieux ou même nous écraser...

(3) L'occasion nous a été donnée, à plusieurs reprises, de subir une pluie de grêlons. Et il est peu dire que sous ce déferlement de forces naturelles, on se sent absolument sans défense...

(4) ou même nous agresser

Une cloison d'à peine 2 ou 3cm d'épaisseur et des baies fragiles (que l'on pourrait briser d'un coup de poing) nous séparent du monde extérieur. Autrement dit, nous vivons dans une carapace de papier mâché qui nous abrite de la pluie et (un peu) du froid – sans nous protéger du reste...

A l'intérieur, on se sent fragile et vulnérable – à la merci du monde* – et (disons-le) assez impuissant face à ce qui se manifeste (ou devant l'éventualité de ce qui pourrait arriver) – contraint (en quelque sorte) de desserrer l'étau de l'inquiétude (ou de l'angoisse), de vivre sans s'inquiéter (outre mesure) des risques, des menaces et des dangers (réels ou potentiels), de renouveler notre confiance en la vie – en la Providence – en laissant advenir ce qui doit advenir, nous abandonnant à ce qui arrive et remettant, chaque jour, notre destin entre les mains d'un plus grand que nous...

* A la merci ; autrement dit à l'exacte place de l'homme ; plongé au cœur de sa condition de créature labile et passagère soumise à des forces qui lui échappent (littéralement). Et n'étant guère séparé de son environnement, contraint de faire corps (intimement) avec lui. Et, de ce fait, invité à faire confiance, à dire un grand « oui » à ce qui se manifeste...

 

Journal poétique (extrait)

Au pied de l'indicible ; celui qui n'a de nom ; qui se meut avec l'âme et le monde ; avec la respiration de l'homme et la course des bêtes ; celui qui s'éveille et s'endort avec l'esprit ; sans jamais deviner la nuit qu'il porte ; en dépit de son éternel sourire

Ce qu'il nous offre ; ce qu'il nous impose

 

Le bruit (au-delà de notre misophonie(1))

Habiter dans un camion revient (sur le plan auditif) à vivre quasiment dehors ; les cloisons sont minces et, en été, toutes les baies et tous les lanterneaux sont ouverts (jour et nuit). Et selon les lieux où l'on est stationné – dans une forêt, dans un village ou près d'une ville ou d'une route (plus ou moins) passagère, tous les bruits sont parfaitement perceptibles. Ainsi le nomade est, sans cesse, confronté aux bruits du monde ; le vent, la pluie, le chant des oiseaux, les passages d'animaux sauvages, les cloches d'église, les tracteurs et autres engins agricoles, les rires et les éclats de voix, la musique, les motos et les scooters, les moteurs de voiture à l'arrêt, les véhicules en tous genres qui passent (parfois à vive allure), les klaxons, les tronçonneuses, les débroussailleuses etc etc.

Pour remédier (avec plus ou moins de succès) à cet aspect assez déplaisant de la vie sur les routes et les chemins, deux accessoires s'avèrent (presque) incontournables : les bouchons d'oreilles(2) (en cire de préférence) et le casque de chantier(3) anti-bruit. Les deux combinés parviennent à neutraliser, de manière satisfaisante, la (grande) majorité des pollutions sonores.

(1) aversion intense et irrationnelle envers des sons ou des bruits spécifiques dont nous sommes (malheureusement) affecté ; intolérance aux bruits répétitifs, aux bruits de bouche et à une large part des bruits produits par les êtres humains – voix, musique, moteurs en tous genres...

(2) indispensables la nuit – en particulier lorsque l'on dort dans un village ou près d'une route passagère...

(3) les plus sensibles peuvent remplacer le casque de chantier par un casque électronique (beaucoup plus onéreux)

 

Journal poétique (extrait)

Le souci de l'herbe et de l'arbre arrachés

Et la réparation que les habitants de la terre réclament

Roulé contre les bêtes plutôt que contre les rêves ; plutôt que contre les hommes

Lovés ensemble (tous ensemble) dans un terrier ; au fond d'une large galerie creusée sous la terre

Au seuil du jour ; la lumière présente – diffuse ; à travers la transparence

Au seuil d'un plus grand que soi ; se manifestant à l'intérieur

Avec – partout – la même présence ; la même joie

 

Insectes et protection

A l'arrivée (massive et printanière) des insectes – mouches, moustiques, guêpes et frelons en particulier – revient « le temps des moustiquaires » qui ornent, par bonheur, toutes les ouvertures de la roulotte. Ces protections s'avèrent absolument indispensables pour éviter une invasion intérieure qui serait, assez rapidement, insupportable. N'ôtant jamais la vie intentionnellement à la moindre bête – au moindre moucheron – excepté s'ils nous harcèlent avec opiniâtreté (moustiques et stomoxes* essentiellement), la cellule serait vite peuplée d'une myriade d'insectes vibrionnants.

* mouche du charbon, silencieuse et très résistante

Certes, les frontières entre l'intérieur et l'extérieur peuvent s'interpénétrer, se distendre et même s'effacer, il arrive néanmoins qu'il faille, de nouveau, les rétablir, et parfois même, les renforcer pour se protéger (a minima) des êtres et des choses qui nous paraissent indésirables...

On est, néanmoins, bien moins enclin qu'autrefois à circonscrire l’espace et à délimiter les territoires. Ainsi un peu de terre, un peu de sable, un peu de boue, quelques cailloux et quelques insectes (en particulier les mouches, les punaises et les cassides en automne) peuvent s'inviter à l’intérieur et y demeurer sans nous importuner*... A l'image de la vie et de la forêt où rien n'est séparé, où rien n'est « rangé », où tout se côtoie et se mélange dans un joyeux (et vivant) désordre...

* bien que l'on se montre de nature plutôt rangée – voire maniaque...

 

Journal poétique (extrait)

Sur nous ; les ombres et les silhouettes

A travers le bruit ; le lieu de l'infime

Le corps qui renâcle à se désobscurcir

Passant et repassant ; dans un éloignement (très) progressif

Et comme (presque) toujours ; encore quelque chose de soi

 

Journal poétique (extrait)

En soi ; le souffle ; et le vent

La tête arrêtée

Le temps suspendu

A respirer encore au milieu des choses

 

Journal poétique (extrait)

Séparément ; de moins en moins

Au fond de l'interstice

Parvenu jusqu'à l'embrasure ; la (parfaite) résolution

Par-delà la substance ; le plus lointain

Cette sorte d'intimité avec l'espace et le feu ; avec le reste – tous les Autres – en quelque sorte

Descendu(s) en soi ; sans le moindre résidu laissé à la surface

Les pieds sur le sol élargi (d'une certaine manière) ; au-delà du corps et de la tête ; le cœur pénétré ; et consentant

 

Tout est à l'intérieur

A certaines occasions(1), il arrive que la perception change de dimension et de perspective. La conscience que l'on a tendance habituellement à situer dans le cerveau(2) semble se distendre au point d'occuper la totalité de l'espace ; et tout semble s'y mouvoir ; soi (en tant que personne), les autres, le monde, l'univers. Tout semble à l'intérieur... Expérience (bien sûr) impartageable – subjective diraient certains...

(1) au cours de certaines expériences quotidiennes ou spirituelles

(2) « quelque part » dans le cerveau

De manière moins ésotérique (et moins spectaculaire), chacun est à même de comprendre que ce qui est vécu* n'est appréhendé qu'intérieurement. Sans conscience, rien ne serait perçu ; il n'y aurait que des mouvements et des interactions sans témoin – sans personne pour percevoir les événements et ressentir leurs conséquences (innombrables) sur le corps et l'esprit...

* les circonstances, les sensations, les désirs, les émotions, les sentiments

De manière encore plus évidente, chacun est à même de constater que le plus essentiel, dans l'existence, n'est pas ce que l'on vit mais la manière dont on le vit qui dépend (très largement) de la façon dont l'esprit appréhende et expérimente les circonstances.

 

Notes de la forêt

Si haut ; depuis ce promontoire ; (enfin) la possibilité du ciel ; et des retrouvailles. Le cœur encore empêtré (pourtant) dans quelques circonstances (fâcheuses).

 

Journal poétique (extrait)

Tout au long du mélange ; le chaos et la perte ; comme un voyage au terme duquel s'offre un orage de baisers

Le territoire (substantiellement) agrandi ; proche de la plus large envergure

Dans la compagnie d'un Dieu surprenant ; ce qui prolonge la route et le défilé du temps

 

Le monde n'existe pas

Le monde est une abstraction. Il y a autant de mondes que d'individus pour le concevoir. L'ensemble des éléments qui composent le monde (les êtres, les objets, les idées, les émotions etc etc) ne sont que des concepts définis par le langage qui permettent à l'homme de se faire une représentation*. Ainsi l'esprit humain s'évertue-t-il à différencier un arbre d'un visage, à différencier un visage d'une pensée, à différencier une pensée d'une larme etc etc à seule fin de comprendre ce qui semble exister en lui et autour de lui et de pouvoir échanger avec ses congénères...

* mille et une représentations qui permettent, d'une certaine manière, de se faire une idée du monde...

Il n'y a de monde ; il y a ce qu'il y a – ce qui ressemble à un enchevêtrement (mouvant et changeant) de vide, d'énergie et de matière auquel nous appartenons et dont nous sommes le témoin.

 

Haïku

« Transcendant concept et parole

dans l'air flotte

un parfum extraordinaire »

 

Rien n'est séparé

Grâce au langage (lui-même lié à la perception), l'esprit (humain) classifie les êtres et les choses – le visible et l'invisible de ce monde – en estimant que toutes les entités repérées – et dotées d'une définition (consignée(s) dans tous les dictionnaires et toutes les encyclopédies) – sont séparées et autonomes alors qu'elles ne le sont que de manière apparente. Qui, en ce monde, peut, en effet, respirer sans air, vivre sans eau et sans les éléments apparemment extérieurs dont le corps se nourrit ? Le corps de chaque individu abrite des milliards d'êtres (cellules, bactéries, virus etc etc) et constitue un ensemble d'écosystèmes, eux-mêmes, reliés à tous les écosystèmes extérieurs au corps... Et l'on pourrait multiplier ainsi les exemples à l'infini pour montrer que rien n'est séparé...

Tout, en ce monde, est relié et intriqué – de mille manières – à l'image d'un vaste réseau – d'une trame gigantesque ; ce que les bouddhistes appellent l'interdépendance.

 

Journal poétique (extrait)

Les arbres étreints ; comme une route nouvelle

Un lieu étrange ; un royaume sans roi ; où chaque croyance est visible et déchiffrée ; où la nuit brille (avec évidence) dans la mémoire ; où l'on rechigne à fréquenter les chimères et les Dieux (toutes les inventions des hommes)

Un lieu étrange ; une terre sans limite ; où l'on est capable de vivre avec les Autres et de jouer avec le temps ; et où l'on embrasse tout ce qui est exclu – tout ce qui n'est consenti

Aux confins de l'esprit ; à la pointe du monde – en quelque sorte

 

Journal poétique (extrait)

Ce qui nous hante ; trop obstinément

Sous la férule du genre ; de la famille ; de la communauté

Condamné(s) à l'infâme tyrannie du personnel ; dont chacun (bien sûr) se réclame

Et le reste ; comme oublié – relégué aux plus inaccessibles profondeurs

A jongler avec les rêves et les territoires

Oubliant (de manière si tragique) que rien – ni le monde – ni l'espace – ni les visages – ni les choses – ne peut être détenu et clôturé

Et si étrange ; et si risible ; de nous voir essayer (nous autres pauvres créatures) de nous approprier des parcelles de vent ; quelques riens dont on se croit possesseur

Sous le règne (millénaire – et encore inchangé) de la séparation ; entre loi – croyance et chimère – le monde (toujours) en construction

 

Journal poétique (extrait)

A bras-le-corps ; la distance

Au cœur de cette (perpétuelle) oscillation entre l'Un et le reste (ses fragments – sa progéniture – son prolongement)

De la chambre à l'inquiétude ; et de l'inquiétude à la lumière

Et le recommencement du cycle ; sans fin – à travers la matrice qui enfante (sans jamais s'interrompre)

D'un corps à l'autre ; d'un univers à l'autre

Et l'aube – chaque jour – comme une nouvelle épiphanie ; qui s'élève entre les rêves et les étoiles ; au-dessus des figures émerveillées

Quelque chose, à chaque fois, de la naissance du monde

 

Aspirations universelles

Chaque homme – chaque être vivant – aspire à être en lien avec les Autres – avec ce qui l'environne et à vivre en paix – dans une forme (minimale) de tranquillité. Ces désirs s'inscrivent avec force dans nos profondeurs et nos existences ; peut-être le besoin d'être relié tient-il à la nature même du corps – cette matière inséparable du reste – des Autres et de l'environnement – et que l'esprit humain sépare artificiellement parce que la peau semble être une frontière et que le corps semble être une entité autonome.

Et peut-être que le désir (profond et impérieux) de tranquillité n'est-il que le reflet de la nature de l'esprit (ou de la conscience) qui baigne dans cette paix – cette quiétude – cette sérénité ; comme posé en lui-même et affranchi de l'écume – de cette (inévitable) agitation qui anime la surface du monde – des êtres et des choses...

 

Journal poétique (extrait)

A travers la roue qui tourne ; le ciel – la terre – les hommes – les arbres – les pierres et les étoiles

Le désir puis, le silence ; l'inquiétude puis, la joie ; les temps fougueux puis, les jours tranquilles

Et, un soir, entre ces îles étranges ; tous les seuils atteints (comme par miracle)

Parvenu (peut-être) à la lisière du visible – aux confins du plus grossier ; de l'autre côté du monde ; de l'esprit

Cette part de soi que l'on a (semble-t-il) rejoint ; comme rassemblé (à présent)

Sans ignorer (bien sûr) que lorsque le cycle s'achèvera, nous referons le chemin – à l'envers ; en repassant par cet âge initial qui succéda aux premiers temps de l'origine

 

La tranquillité et la joie sont des états naturels

La tranquillité et la joie sont les états naturels de l'être. L'esprit suffisamment vide de désirs, d'exigences et d'individualité est naturellement tranquille et joyeux. Dans « cet état naturel », l'être que nous sommes, l'être qui nous habite (l'être qui nous porte et que nous portons) se laisse moins piéger par les apparences et les illusions du monde, il sait que tout est changeant et provisoire, que tout passe « comme un rêve », aussi se montre-t-il plus enclin à rire et à jouer (d'une manière innocente(1)), à goûter et à expérimenter tous les états de la conscience et de la matière(2), tous les états de la vie et du vivant – des plus plaisants aux plus effroyables...

(1) de manière non instrumentalisante

(2) et l'on pourrait même dire tous les états de l'énergie...

 

Notes de la forêt

Le cœur tiraillé entre l'arbre et l'enfance de l'homme. A saute-mouton par-dessus les obstacles et les interdits pour retrouver le centre du cercle ; là où l'être est en joie malgré les malheurs – les tristesses – les chagrins ; là où tout peut se pardonner ; là où tout peut être consolé ; là où les possibles se choisissent – se dessinent – nous emmènent – nous emportent. A la force du cœur...

 

Journal poétique (extrait)

Tous les chagrins d'autrefois dilués dans la joie d'aujourd'hui

Les yeux – à présent – dessillés par le rire et le jeu ; la légèreté de l'air

Comme la somme de toutes les enfances ; auxquelles on aurait soustrait le hasard et les malheurs

Personne ; juste un peu de vent et de lumière

 

Journal poétique (extrait)

L'enfance sans distinction

Bleue et silencieuse

Vénérant les arbres et le monde ; et les fleurs ; et les bêtes

Chantant – dansant – au milieu des décombres et des voix

Rapprochant les cœurs ; éloignant les cris

Jouant le jeu de la bêtise et de l'aube – indifféremment

Profonde ; au cœur de l'essence ; sans rien exclure de l'écume pourtant

Comme un vent ; comme un feu – fugace – fugitif ; le temps d'un (bref) passage

 

Inconfort et solidarité

Durant l'été – par les jours de fortes chaleurs – il nous arrive de rester dans l'atmosphère étouffante de la roulotte ou, lors de nos randonnées, de continuer à marcher sur des chemins écrasés de soleil(1) (parfois, jusqu'à la limite du supportable) à seule fin d'être en communion – d'être solidaire – avec ceux (avec tous ceux) qui ne peuvent échapper à la fournaise – qui ne peuvent s'abriter sous les arbres – trouver un refuge à l'ombre d'un mur ou recourir à quelque moyen artificiel pour atténuer (un peu) leur inconfort ; arbres, herbes, plantes, insectes, vaches, chèvres, brebis, ânes et chevaux(2)(3) condamnés à supporter, sans broncher, la rudesse du climat estival.

(1) sans nous protéger – sans utiliser le ventilateur

(2) sans compter les mouches et les taons qui harcèlent, durant les mois les plus chauds, tous les mammifères qui vivent à l'extérieur. Pourrait-on, ne serait-ce qu'un instant, se mettre à la place de ceux qui sont condamnés à vivre sous les bourdonnements et les attaques incessantes de ces insectes, sans pouvoir ni s'en défendre ni s'en prémunir ?

(3) sans oublier les animaux des élevages hors-sol enfermés dans des bâtiments et condamnés à (sur)vivre en été dans une atmosphère étouffante et surchauffée...

 

Journal poétique (extrait)

Dans l'ombre éparse ; se regardant

Se détachant de tout triomphe

La lucidité vive et modeste

Le monde ; à travers l'éternité – transparent

Presque rien – en somme

Quelques soubresauts dans les bras du vide

Une manière de s'approfondir ; d'apprendre à s'effacer

 

Journal poétique (extrait)

Dans l’œil familier de ces bêtes – ces sœurs à cornes – le sauvage (en partie) apprivoisé ; et (très) largement emprisonné

Et cette force tranquille face à la poigne (barbare et intraitable) des hommes ; et cette joie placide ; et cette douce mélancolie – dans lesquelles nous puisons le courage – et l'ardeur – nécessaires pour résister à la mainmise de ceux qui pensent gouverner ce monde ; et qui ont la sottise de croire qu'il leur appartient

 

Journal poétique (extrait)

Des larmes ? Pour quoi – pour qui – donc cette tristesse ?

Ce qu'il (nous) faut expérimenter ; sûrement – un bref passage

La lumière ; absente puis, réconfortante

Et ce qu'elle éclaire ; comme une évidence, à présent, au milieu des croyances – au milieu des malheurs – au milieu des chimères

Et la lampe ; et le mot ; illusions aussi ; cousus dans la même trame mensongère

 

14h15 – 14h30 un fruit pour le désert

Souvent une orange, parfois un kiwi ou une pomme. On saisit le fruit dans le filet* fixé au plafond. On l'épluche, le coupe en quartiers et on le mange lentement – morceau après morceau – bouchée après bouchée – savourant avec délectation la chair juteuse qui se répand dans la bouche. Moment d'intimité gustative (si l'on peut dire)...

* filet, très couramment, utilisé sur les bateaux et par quelques nomades – ce mode de stockage évite aux fruits de s'entrechoquer ou d'être écrasés lorsque l'on est sur la route...

 

14h30 – 14h45 de ce qu'il advient des nutriments non assimilés

 

Un peu d'hygiène

On défèque dans un seau muni d'un sac poubelle. Et l'on recouvre ses déjections, comme certains animaux enterrent leurs crottes, avec un peu de sciure.

 

Un seau et des copeaux de bois

Assis sur « notre trône » face aux arbres – au milieu de la forêt – porte ouverte ou posé sur une pierre devant la roulotte ; l'une des plus belles manières, sans doute, de vivre cette (incontournable) part organique de l'homme – dans un lieu sauvage qui offre un panorama souvent inspirant et, il faut bien l'avouer, un plaisir peu banal que ne procurent jamais les lieux d'aisance habituels (souvent étroits et fermés).

A la selle face au ciel ; l'espace ouvert où se mêlent les matières et les fragrances ; faire ses besoins devient, sans conteste, un (vrai) moment de contemplation...

 

Notes de la forêt

Collines au loin – à perte de vue ; du vert – des arbres. Ligne de crête – ligne de démarcation entre la terre et le ciel – la frontière des apparences alors que tout se mêle – s'interpénètre – se confond – naturellement – dans l'invisible – dans cette sphère du réel si méconnue – si peu fréquentée.

 

Journal poétique (extrait)

Au seuil des fleurs et des choses écloses ; dans cette période qui succède à cette sorte de chaos du corps

Avec un parfum (encore plus prononcé) d'automne et d'absence

Et, en filigrane, les bruits du désert et de la nuit

Et – partout – l'odeur des bêtes qui rôdent

Dans l'éloge (plus qu'évident) de l'anonymat et de la figuration

Le front (encore) dans l'ombre

Et la lumière qui éclaire par-delà la chair et la mort ; offrant le seul chemin parmi tous les possibles

 

Journal poétique (extrait)

Changé(s) en pierre ; chaînes aux pieds

L'âme et la bouche enferrées dans l'épaisseur

Le cœur et la tête scellés dans la fiente

Ce qui a perdu (depuis très longtemps) son caractère d'étrangeté

Parmi nous – pourtant – (bien) plus que des traces de ciel

 

Un peu d'hygiène (suite)

Et que fait-on (que fait le nomade) une fois son sac rempli d'excréments(1) ? Rien de plus simple ! Si on a la chance d'être dans la forêt – en un lieu suffisamment isolé – on creuse, à l'aide d'une petite pelle (pliable), un trou suffisamment profond, on y verse le contenu du sac(2), puis on rebouche le trou avec de la terre que l'on prend soin de tasser et de recouvrir avec quelques feuilles, quelques pierres et quelques brindilles. Ainsi on ne laisse aucune trace visible et, comme le font tous les animaux sauvages (et moins sauvages), on nourrit la terre. Et si on a le malheur de se trouver dans un village (ou dans une ville), on dépose alors sa litière(3) dans une benne à ordures comme le font tous les citadins qui vivent avec un chat.

(1) Le sac se remplit en quelques jours (une petite semaine, si on va à la selle quotidiennement) et est stocké, après chaque utilisation, dans un bidon étancheutilisé lors des randonnées en canoë et en kayak – ce qui évite les effluves déplaisants...

(2) ou, si on utilise un sac biodégradable, on y dépose le paquet ficelé

(3) litière que l'on aura pris soin préalablement d'envelopper dans un autre sac poubelle pour éviter d'éventuelles fuites et d'incommoder les éboueurs par des odeurs (trop) désagréables

 

Journal poétique (extrait)

Comme une tristesse ; un reste de monde ; déposé(e) sur le bord de la route

Quelque chose (à la fois) de la crête et du dedans

Un bout d'abîme et un vieux résidu de nudité ; l'un en face de l'autre

Et nous ; submergé par ce tête à tête ; par le flux et les relents ; par l'embrasement (soudain) de ce qui se cherche et s'affronte

En haut du passage – peut-être ; en haut du passage – sûrement

 

8 août 2023

Carnet n°294 Au jour le jour

Juin 2023

A se mouvoir dans le songe ; jusqu'à en perdre la raison...

D'un désert à l'autre ; au fond de la même chambre ; de l'étroit interstice...

Rien ; sinon l'azur et la terre ; et le temps qui semble passer...

Des images ; comme le prolongement (indéfini) du même séjour...

Dans la (fausse) tranquillité du rêve...

 

 

Si malhabile face aux métamorphoses ; le défilé des saisons ; l'effacement du ciel ; l'irrésolution du mystère ; l'incessante recomposition des mondes ; et l'interminable voyage des âmes...

Tout ce que l'on est – cherche ou fuit ; en somme...

Qu'importe notre existence ; ainsi vivrons-nous (continuerons-nous de vivre) tant que le silence – la tendresse et le discernement n'auront pas remplacé l'agitation – la volonté et l'aveuglement...

 

*

 

A marche contournante...

Le chemin comme emprunté de travers...

Ainsi le vent de face...

Des histoires d'herbe et d'ardeur...

Quelque chose d'assez grossier (évidemment)...

Et l'esprit si facilement berné par cette idée de trace et de territoire...

 

 

A cette heure ; trop peu raisonnable(s)...

Comme à cheval sur un rayon de lumière...

Fuyant le noir ; allant à travers les étoiles ; quelque part ; en un lien (authentiquement) avéré au cœur duquel rien ne peut se corrompre au contact de l'obscurité...

En soi ; cela est peu dire ; au centre de cet espace que l'on porte – aussi mystérieusement que nous nous obstinons à vouloir résoudre le mystère...

 

 

Au cœur de l'imprévu...

L'inavouable secret porté par les circonstances (chacune des circonstances)...

Livrant le chant et la lumière...

Le cœur rouge – en feu ; comme éclaboussé...

De toute évidence ; du côté du ciel et du chaos...

La patte attachée à un fil – pourtant...

 

 

Le front accolé au sol et au temps...

Nous réchauffant au soleil de l'exil...

Ermite (à part entière) désormais ; nomade du fond des bois...

L'âme proche des arbres et des bêtes...

Mille visages au gré des chemins...

Et la vie éternelle – fraternelle ; au-dedans...

N'ayant plus rien à partager avec les hommes...

Célébrant la joie et le silence auprès des siens (sans même le besoin d'en témoigner)...

 

*

 

En ces temps sensibles ; l'ouverture devant soi...

Et l'environnement attentif à nos gestes (à tous nos gestes)...

Nous hâtant – tâtonnant – autour de la béance tant cherchée...

Allant ; et dérivant ; jusqu'aux cendres humides...

L’œil cheminant avec le reste ; avec l'ensemble...

Et nous ; comme une particule dans le chaos ; dans l'immensité dansante (et déchaînée)...

Brinquebalé(e) – entraîné(e) ; la moindre brindille – le moindre tourbillon – le moindre scintillement...

 

 

Avant soi – le silence ; et après aussi (sûrement)...

Sous ce ciel parfait ; la terre (très) laborieusement engendrée...

La pierre s'essayant – apprenant à devenir la chair ; et la chair s'essayant ; vers un autrement ; moins fragile – moins funeste – moins tragique ; vers le synthétique – sans doute...

Le cerveau servile – et maintes fois utilisé (jusqu'à l'usure – jusqu'à la débilité) ; puis abandonné pour de plus ambitieux projets...

Le monde rétif – résistant – et tout de guingois ; à la traîne de ce qui se trame – de ce qui se concocte – souterrainement...

 

 

Entrecroisés ; l’abîme et la chair...

La matière-étendue...

Oubliés à force d'histoires

Et des ponts à redécouvrir ; et à restaurer ; pour que le cri rencontre la soif ; et que la soif rencontre la source...

Sur l'arche habitable ; sous la voûte recourbée...

Avec patience ; jusqu'à la transformation de tous les hurlements...

 

 

Au gré des couronnes ; et des coins découverts ; et des coins détestés...

Ce que l'on rencontre ; de la glaise qui baille et qui gueule...

Un monde de fables et de surgissements...

Au milieu de la chair affamée de chair ; digérant la chair ; ne cessant de se transformer en mille choses surprenantes...

 

*

 

Autour du même cercle bleu ; de (minuscules) carrés amovibles et clôturés...

La fumée des hommes ; (très) précisément mesurée...

Leur territoire ; comme un monde pétrifié ; dont on hérite ; et que l'on s'évertue à agrandir...

Le seul jeu (l'un des seuls jeux) qu'ils connaissent...

Des murs et des temples que l'on édifie ; et qui, jamais, ne feront apparaître la lumière ; juste l'image d'un Dieu servile et emprisonné ; pâle (bien pâle) reflet du mystère qui plaît aux âmes grossières...

Moins que l'herbe et la pierre qui s'abandonnent à la pluie ; moins que la terre naturelle sur laquelle nous vivons avec les bêtes...

 

 

La main en grâce ; et l'âme qui ne croit plus guère...

A genoux ; au-dessus du vide...

Sans la moindre renommée ; de plus en plus anonyme ; et invisible...

Célébrant la danse – les étoiles – la nuit ; d'une égale manière à la lumière...

Sans désir particulier ; pas même celui de changer la moindre chose en ce monde (si parfait)...

Simplement présent...

Dans le silence ; le cœur à son comble...

 

 

A (grands) coups de malheurs ; le désespoir des cœurs...

La vérité sous le nez ; pourtant ; sans en avoir l'air (bien sûr)...

Pour que l'âme apprenne à voir ; cet indispensable apprentissage du regard qui doit, en (tout) premier lieu, s'exercer à soustraire...

 

*

 

De tous les miroirs et de toutes les filiations ; nos reflets et les yeux regardés...

Déjà au-dedans des autres mondes...

Sur cette voie qui échappe au temps...

De mort en mort (de plus en plus somptueuses)...

Devinant ce que nous serons à terme ; et après aussi (bien sûr)...

Et sachant cela ; vivant de la plus intuitive des manières...

 

 

Entre nous ; trop d'étoiles ; le devenir et le néant...

Des mondes et des cieux ; là où l'on se trouve...

Encore séparés (trop séparés) ; évidemment...

Ce qui nous échoit ; la même chose qu'au-dehors (exactement)...

Le cœur qui se frotte à la pierre et à la peau des Dieux ; avec malice – avec désespérance et sagacité…

Sans (jamais) rien exclure des oracles ; ainsi se dessine – se construit – le sort de ceux qui s'imaginent pénitents...

 

 

Ce qui nous hante ; trop obstinément...

Sous la férule du genre ; de la famille ; de la communauté...

Condamné(s) à l'infâme tyrannie du personnel ; dont chacun (bien sûr) se réclame...

Et le reste ; comme oublié – relégué aux plus inaccessibles profondeurs...

A jongler avec les rêves et les territoires...

Oubliant (de manière si tragique) que rien – ni le monde – ni l'espace – ni les visages – ni les choses – ne peut être détenu et clôturé...

Et si étrange ; et si risible ; de nous voir essayer (nous autres pauvres créatures) de nous approprier des parcelles de vent ; quelques riens dont on se croit possesseur...

Sous le règne (millénaire – et encore inchangé) de la séparation ; entre loi – croyance et chimère – le monde (toujours) en construction...

 

*

 

En silence ; recueilli ; les mains encielées (et sortant des ténèbres – pourtant)...

L'âme à terre ; lumineuse malgré les cendres – malgré la grisaille du monde...

Comme couronné ; sans le moindre quidam alentour ; ni la moindre trace à suivre...

 

 

La folle équipée ; face au vide ; face à la lourdeur...

Confondant le nom et la chose...

Sur la terre-pensée ; dans l'antichambre de la mort ; dans le sas qui sépare des enfers...

Le destin ; quoi qu'il (nous) en coûte ; et d'une façon ou d'une autre – le chemin qu'il faut suivre...

La pierre et l'abîme ; et la peur – contre soi...

De nuit et d'absence ; le corridor méticuleusement arpenté...

Ici ou là ; qu'importe ; comme si l'on était à peine vivant (presque déjà mort)...

 

 

Piégé(s) par la nuit...

Cette (si brève) conservation de la matière...

Sous la lumière ; sans l'essentiel...

Des choses et d'autres ; et des visages à profusion...

Une multitude d'objets – de gestes et de jours – (assez) inutiles...

La laideur – l'indigence et le saisissement – à portée de rêve ; à portée de main...

Ce que nous partageons tous (sans pouvoir nous en défaire)...

 

 

En secret ; la vie – la perte...

Ce que l'on désire ; ce qui nous attriste ; et ce que l'on pleure...

Le sang sous la neige...

Et cette douleur (terrible) de ne rien savoir ; et celle (tout aussi terrible) de s'imaginer savoir...

Toujours à côté ; toujours séparé ; jamais juste ; toujours en peine...

En vie sans (réellement) être vivant ; et ainsi tant que durera l'ivresse – la cécité – le refus de s'engager ; le cœur (parfaitement) piégé dans la nasse cherchant, dans son délire, une rive trop lointaine alors que tout est là – déjà ; à notre portée...

 

*

 

Plongée dans le naturel ; en soi – alentour ; le même environnement...

(En partie) affranchi de l'homme et des artifices humains ; par-dessus le néant et la séparation – en quelque sorte ; avec des résidus (assez substantiels) de l'esprit étroit qui se favorise...

Continuant à être ; à distiller le bleu qui, parfois, abonde ; et, d'autres fois, ce qu'il reste (de manière assez absurde)...

L’œil en son royaume ; sans la moindre attente ; sans la moindre priorité...

 

 

Le visage de l'ombre ; des temps sombres ; des heures qui précédèrent l'avènement – la délivrance...

Celui d'avant la joie ; celui d'avant la couleur...

La gorge encore prise d'un haut-le-cœur en se souvenant de cette (terrible) emprise...

 

 

La nuit allant ; comme les peurs...

Et s'avançant aussi vers nous...

A travers le nombre – la haine ; cet inévitable basculement dans la barbarie...

Avec le même visage ; le Dieu de la douleur et du silence...

Oblitérant la joie pour l'essentiel des mortels...

 

 

A attendre ; les mains ouvertes...

Sans rien désirer ; sans rien saisir ; sans rien écarter...

Si proche(s) de l'Absolu et de la mort ; de nous-même(s) ; de tous nos semblables...

Le legs déchiré ; avec tout un chemin à réinventer ; et la tête – et la chair – à apprivoiser – à aimer – à célébrer – avec toutes leurs salissures et toutes leurs corruptions...

Dans l'impossibilité de vivre autrement ; autre chose ; condamné(s) à obéir aux circonstances ; à la confluence des nécessités ; à expérimenter ce qui nous échoit sans jamais rien décider...

 

*

 

Au milieu des éboulis ; la même lumière pointée par le doigt...

Moins longue – peut-être – la route...

Comme un retour vers le haut...

Vers l'élargissement vertical du monde...

Par la voie la plus escarpée...

L'âme (toute) frémissante...

 

 

Le verbe ; tantôt reclus dans ses tranchées ; tantôt perché sur son promontoire...

A entendre le vent ; et à le sentir devenir nôtre ; indissociablement...

Sans incident ; alors que s'opère l'effacement...

Encore assis sur cette grosse pierre ; le cœur moins morose (moins gris) qu'autrefois ; léger (bien plus léger)...

La pâte humaine – dans son gouffre – prise dans les filets de la lumière...

 

 

Le sommeil comme ensemencé...

Et l'invisible ; et l'horizon ; des perspectives oubliées...

Juste quelques pas avant de mourir...

Le cœur insensible...

Alors que d'autres (plus rares) tâtonnent ; avancent – reculent – s'égarent – emportés par le tournis de l'âme qui explore...

L'homme tentant de se dépêtrer ; obéissant aux nécessités du voyage...

Essayant d'échapper aux légendes millénaires dans lesquelles s'inscrivent toutes (à peu près toutes) les histoires humaines...

 

 

Au pays de Dieu ; la faim ; des loups...

Quelque chose (indéniablement) de la terre...

Au cœur de la magie de la chair ; et de ses misères aussi...

Des larmes – du sang – des chemins et des prières...

L’œuvre de mains savantes...

Et tous les rêves – sur la croix – qui s'épanouissent...

Toutes les créatures (à peu près toutes les créatures) de ce monde – épigones (qui s'ignorent) de l'origine ; héritières (involontaires) de tous leurs devanciers...

Entre murmure – chagrin – espoir et frémissement...

 

*

 

Le cœur sans séquelle ; en dépit des épreuves...

Plus libre qu'autrefois ; et sachant mieux accueillir ce que déteste la tête ; et sachant, à présent, mêler les pas et les paroles aux prières et aux étoiles...

Le verbe bleu ; comme des bouts de ciel ensemencés ; (très) discrètement souriant...

Moins de mots ; et moins du nom ; davantage du chant anonyme...

Ce qu'offrent les lèvres ; ce que la source déverse...

La mort livrée à l'immortel...

Ce qui se dit offert à l'indicible...

Moins (beaucoup moins) sérieusement humain...

Avec cette tendresse qui affleure...

Une plus juste manière de vivre – sans doute ; d'être vivant...

Quelque chose de l'arbre et de la pierre – de la rosée et du vent...

Pas exactement le même homme ; la gravité moins sévère ; réjouie – ravie – joyeuse...

 

 

L'aventure depuis si longtemps commencée...

Oscillant entre la poussière et l'Absolu...

Et, aujourd'hui, le cœur et l'absence de nom pour seules ambitions...

A regarder – impassible – les alliances se nouer et se défaire ; le déferlement de l'affection et de la haine...

Avec (toujours) cette tendresse (presque surnaturelle) au cœur de la violence déployée ; rayonnante – secrète – souveraine...

Et le scintillement (si perceptible) de la vérité – à travers toutes les illusions ; Dieu – comme une évidence – à travers toutes les circonstances...

Le voyage de plus en plus immobile ; à mesure que nous comprenons ; à mesure que l'âme reconnaît les lieux...

Et la chair ; et l'esprit – libres d'aller sur leur chemin ; alors que les bras s'offrent au monde – à ce qui passe ; et que le silence souligne – confirme – son approbation...

 

 

Le chant si humble face à ce sommeil si lourd – si imposant...

De l’innocence (un peu d'innocence) au milieu du tumulte et de la mort...

L'une des rares choses – peut-être – dont nous sommes capables...

 

*

 

La main – en soi – présente autant que la mort...

Durant le (peu de) temps qui passe...

De nouveau ; emmêlé avec le reste...

Jusqu'au plus grand nombre...

Très progressivement...

Comme une respiration ; un cœur qui bat...

 

 

Sans oublier le monde ; ces restes de soi...

Dérivant (très souvent) hors des cercles proposés...

Porté par les vents ; toutes voiles dehors...

Traversant l'obscurité et la lumière pour rejoindre l'après ; tous les au-delà possibles – successivement...

Par-delà la mort ; transformant (peu à peu) la sauvagerie et l'aveuglement...

Ce qu'offre – en vérité – tout voyage...

 

 

Si mortel(s) ; comme des ombres qui cheminent l'espace d'un instant...

Sur des pierres (presque) éternelles ; sous un ciel hérissé d'intentions...

Si loin (encore) de la nudité attentive...

Un voyage sans témoin ; et sans la nécessité du témoignage...

Du cœur noir à la transparence...

Sans rêve ; sans alliance...

Dans la compagnie de l'Amour ; que l'on découvre peu à peu...

 

 

Au seuil des fleurs et des choses écloses ; dans cette période qui succède à cette sorte de chaos du corps...

Avec un parfum (encore plus prononcé) d'automne et d'absence...

Et, en filigrane, les bruits du désert et de la nuit...

Et – partout – l'odeur des bêtes qui rôdent...

Dans l'éloge (plus qu'évident) de l'anonymat et de la figuration...

Le front (encore) dans l'ombre...

Et la lumière qui éclaire par-delà la chair et la mort ; offrant le seul chemin parmi tous les possibles ; toujours le plus juste ; le plus précieux ; exactement ce dont nous avons besoin...

 

*

 

Ici ; au milieu de la lumière ; dont notre visage est le parfait reflet...

Étranger au monde ; de plus en plus...

Vers le haut et vers le bas ; simultanément...

Laissant le désir hors du cercle...

Comme effacé par l'immensité...

Au-delà de la mémoire et du temps ; au centre de l'espace...

Au royaume de l'âme et de la pierre ; là où l'arbre donne le rythme et la direction ; là où l'on peut (encore) s'initier à la vie haute et intime – à la vie vraie ; là où nous sommes – là où nous marchons – là où nous allons ; autant que l'endroit d'où nous venons...

 

 

En ce pays de chair...

L'âme sans audace ; façonnée par la (longue) liste des ambitions communes...

Et la peur du scandale ; et la crainte de l'exil...

Ce qui affleure ; (très) timidement ; (presque) sans poids face à ce qui enfonce...

De la terre et du rêve ; et mille autres charges – sur les ailes (encore) repliées...

Gisant ; parmi tous les yeux fermés – sous ce ciel (apparemment) impassible...

 

 

Tout au long du mélange ; le chaos et la perte ; comme un voyage au terme duquel s'offre un orage de baisers...

Le territoire (substantiellement) agrandi ; proche de la plus large envergure...

Dans la compagnie d'un Dieu surprenant ; ce qui prolonge la route et le défilé du temps...

 

 

Dans l'ombre éparse ; se regardant...

Se détachant de tout triomphe...

La lucidité vive et modeste...

Le monde ; à travers l'éternité – transparent...

Presque rien – en somme...

Quelques soubresauts dans les bras du vide...

Une manière de s'approfondir ; d'apprendre à s'effacer...

 

*

 

Le cœur – trop souvent – annexé par le drame...

De lieu en lieu ; (presque) à chaque circonstance...

L'âme terrestre ; comme embrigadée par la chair et l'épaisseur...

La parole douloureuse ; comme exercice (simple exercice) de confession...

Et dans l'expectative (angoissée) de la sentence...

Sur nous ; à la fin des jours – à la fin des temps – sur le point de nous écraser ; un tombereau de jugements – d'interdits – de damnations...

Encore trop humain – sans doute...

 

 

Le cœur ; dans le balancement (erratique) du fil sur lequel le destin se tient en équilibre...

Des choses – des seuils ; du temps passé...

Comme de la neige accumulée ; et autant de visages croisés...

Condamné(s) à l'inepte (et récurrente) traversée des saisons...

A jouir par inadvertance ou par excès de volonté...

Les poches pleines de pierres ; et dans la tête – des prières entassées...

Des vies ; comme des ombres contraintes aux alliances pour faire face à la fatalité...

Le cœur trempé dans le sommeil ; et le crâne cogné à coups de marteau...

Ainsi la cadence que l'on s'impose...

Face au monde – de plus en plus dépossédé...

Jusqu'au terme de cette fatigue de vivant ; à chaque virage ; à chaque instant – à deux doigts de défaillir...

 

*

 

Au-dessus de la chute ; et du gisement...

Comme l'arbre et la lumière...

Comme le chant du moine et de l'oiseau...

Le cœur ciblé ; le cœur recommencé...

Moins vaniteux (bien moins vaniteux) que ceux qui paradent sur la rocaille ; que toutes ces âmes illettrées qui ne savent pas reconnaître une seule lettre de l'alphabet invisible...

 

 

Un peu de lune sur la langue...

Le miracle au-dessus du bavardage...

Au-delà de la bouche et du mot ; au-delà même des lèvres talentueuses ; des lèvres amoureuses...

Comme un tourbillon de liberté ; un imprévu dans le trop habituel humain...

Un saut du temps ; une faille ; une (véritable) surprise...

Et l'âme – bien sûr – qui se fait hospitalière ; contrairement au monde – à l'Autre – déjà recouverts d'un épais sommeil – d'une indifférence à toute épreuve...

 

 

Dans l'ombre du seul ; ce qui se vit ; ce qui s'écrit ; parfois absurde – parfois vertigineux ; toujours nécessaire...

Mais las du monde depuis trop longtemps ; dans l'expectation (si impatiente) de l'aube et du vide triomphant...

Puis, un jour, comme pénétré – de l'intérieur – par cette lumière inconnue...

Le regard éclairé ; et la chair réchauffée ; comme un surcroît de tendresse et de lucidité ; un (large) pan de ciel qui s'est offert...

 

 

L’œuvre de la faim sur ce qui peuple l'étendue ; la moindre rive...

Qu'importe l'or – l'encens – la prière...

Des courants de larmes et de sang...

Tantôt vers l'un – tantôt vers l'autre ; acteur et témoin ; bref passant...

Et ne pouvant s'en empêcher...

Attristant l'âme et meurtrissant la chair...

En ce monde si peu affamé d'ineffable...

 

 

En ces heures nocturnes ; accompagnatrices d'un autre sort ; révélant un autre monde ; la possibilité d'un destin plus conscient – plus léger – plus épanoui...

Une ville entière ; un pays entier ; un empire peut-être – à travers un chemin entièrement inventé...

Ce qui se glisse par la fenêtre – au fond des yeux – au fond de l'âme...

Sous le régime du cœur ; la parole (seulement) nécessaire...

A charge pour l'esprit de se défaire du faix ; et d'offrir le vide et la joie que l'on réclame...

 

*

 

Introuvable ; l'oasis des aveugles...

La tête criblée de rêves et d'étoiles ; aussi longtemps que les yeux puiseront dans la terre ; aussi longtemps que l'or sera la seule richesse du monde...

De quoi vivre un peu ; survivre grâce à la chance et au labeur...

(Presque sans regret) ; dans l'inconscience de son infirmité...

 

 

La bouche tordue par l'âpreté – la haine – le mensonge...

D'une douleur à l'autre ; sans étonnement...

Le corps à peine vivant ; l'esprit absorbé ; l'âme se dégradant – s'étiolant peu à peu...

Accompagnant (seulement) le nom – le legs – la filiation...

Comme couché(s) au cœur de la plaie ; sous le règne du mythe et du manque ; au fond du gouffre surpeuplé...

 

 

La chair et l'âme du monde que l'on enchaîne et que l'on assassine ; au nom du progrès ; au nom du confort de l'homme...

Le cœur caché du secret ; et l'horreur perceptible – comme une drogue...

L'Amour si loin de ces éclats rouges ; et habitant aussi leurs profondeurs (d'une manière apparemment paradoxale)...

Dérisoires ; nos pages – le jour – toutes les promesses de la lumière ; face à cette souillure – face à cette dévastation...

 

 

Changés en pierre ; chaînes aux pieds...

L'âme et la bouche enferrées dans l'épaisseur...

Le cœur et la tête scellées dans la fiente...

Ce qui a perdu (depuis très longtemps) son caractère d'étrangeté...

Parmi nous – pourtant – (bien) plus que des traces de ciel...

 

 

A la table de la bonne fortune ; discrète – invisible – anonyme...

Sur l'âme brûlante de déraison ; la démesure qui a remplacé le chagrin...

Comme allongé sur soi...

Dieu dans le chant ; à travers notre voix...

Et le bleu ; à travers le festin d'aujourd'hui et toutes les famines d'autrefois...

Le pays d'où nous venons ; le pays où nous vivons ; le pays où nous allons ; comme un hymne (un hymne éternel) à l'immobilité...

 

 

Comme une tristesse ; un reste de monde ; déposé(e) sur le bord de la route...

Quelque chose (à la fois) de la crête et du dedans...

Un bout d'abîme et un vieux résidu de nudité ; l'un en face de l'autre...

Et nous ; submergé par ce tête à tête ; par le flux et les relents ; par l'embrasement (soudain) de ce qui se cherche et s'affronte...

En haut du passage – peut-être ; en haut du passage – sûrement...

 

*

 

Au grand dam des hommes...

L'altitude de l'âme ; et l'impossibilité de s'y hisser...

Sur cette terre décadente – (strictement) continentale ; qui ne connaît le grand large qu'à travers les mythes et le récit des sages ; autant qu'à travers l'écume et les embruns charriés par les vents ; amenés avec les relents de chair putréfiée qui émanent des charniers (de tous les charniers) qui longent les rives où s'entassent les morts et les vivants...

Des joies (de petites joies) – des larmes (très souvent) – des vies (banales) ; si dérisoires – (infiniment) passagères...

 

 

Comme un tambour ; le cœur – la vie – le rythme...

Des vibrations sur le fil ; les barreaux de l'échelle...

Le temps à rebours ; le monde couché – à travers les yeux de ceux qui respirent ; et ses règles du jeu que nul ne comprend (vraiment)...

 

 

Au pays du monde ; des arbres haut comme des collines...

Et nos espiègleries (enfantines) ; et nos (interminables) parties de cache-cache avec ceux qui se tiennent debout ; dans le bruit et la prétention [et qui nous prennent pour leur congénère]...

Et notre souci de vivre comme les bêtes ; aussi loin des hommes que possible...

Dans le désordre des pierres – le tumulte tranquille du temps ; et le parfum (enivrant) des fleurs sauvages...

Comme un refuge – un repos – un sanctuaire – fragiles et passagers ; un retour à la terre natale...

 

 

Dans l’œil familier de ces bêtes – ces sœurs à cornes – le sauvage (en partie) apprivoisé ; et (très) largement emprisonné...

Et cette force tranquille face à la poigne (barbare et intraitable) des hommes ; et cette joie placide; et cette douce mélancolie – dans lesquelles nous puisons le courage – et l'ardeur – nécessaires pour résister à la mainmise de ceux qui pensent gouverner ce monde ; et qui ont la sottise de croire qu'il leur appartient...

 

*

 

A demi vivant ; assiégé(s) par le labeur et les images ; écrasé(s) par toutes les autorités (établies)...

A chanter encore ; sur ces pierres vouées à la nuit...

A prier encore ; sous ce ciel qui nous livre au sang ; à la faim et au sang...

Combien faudra-t-il donc d'histoires – et d'existences – pour déconstruire notre idée de l'identité et de l'appartenance ; pour apprendre (réellement) à briser sa gangue...

A réclamer encore de l'or – et le soutien du monde ; comme si cela pouvait nous aider à nous affranchir – à nous désincarcérer...

Vivre le moins inconfortablement la geôle et l'emprise ; voilà à quoi nous en sommes réduit(s) (pour l'essentiel)...

 

 

Dans les bras de l'hiver ; ce qui est délaissé – inentendu – balayé...

Le jour ; à la pointe de la veille...

Et le courage du solitaire...

Le cœur à la renverse ; dénudé sans indulgence – sans la moindre pitié...

Les lèvres joyeuses – pourtant – porteuses de la parole que le ciel a initiée...

De la couleur de la pierre ; et destinée à fendre l'épaisseur...

Homme aux pieds libres – sans âge – rompu à toutes les pertes ; œuvrant, à présent, sans sacrifice...

 

 

Plus vieux que le sang et l'indifférence...

Qu'importe les hommes et la mort...

Au milieu des simples ; au fond des bois...

Dans cette solitude sans égale ; dans cette joie que l'on partage avec les nôtres – le ciel ; la vie et le merveilleux qui nous entourent...

 

 

Deux rêves ; à contretemps...

L'oubli ; à la place du sablier...

Le chemin qui se devine – qui se profile – qui s'invite...

Un voyage sans trace – sans rumeur – sans personne...

La joie accolée au souffle ; tandis que la douleur se défait...

Moins de nœuds ; à moins farfouiller en soi...

Vers le Nord ; comme en témoigne le climat ; et le cœur plus vif – plus prompt – plus ardent ; à mesure que l'ascension se précise...

 

 

Ce qui sait – en nous ; comme une force inébranlable...

Comme un livre ouvert – pourtant – à travers ce qui vient – ce qui passe ; à travers la moindre circonstance...

Comme des flèches pointant vers le centre – cet espace que chacun recèle ; à disposition de ceux qui ont capitulé ; de ceux qui ont abandonné toutes leurs armes...

 

 

L’œuvre trop vivante du miroir...

S'insinuant partout ; jusque dans les profondeurs les plus lointaines – les plus invraisemblables – les plus insoupçonnées...

Et nous ; comme des îles ; comme des bouées surnageant au milieu des remous et des reflets...

Au cœur des courants et du chatoiement ; comme pris au piège...

Les yeux fatigués ; l'âme découragée ; le cœur (un peu) perdu ; comme enivré – déboussolé par cette hostilité ; et l'abondance des attractions et des scintillements...

Si loin du bleu – des forêts ; et des couleurs franches du mystère...

 

 

La source – les cimes ; sans masque...

Au fond de la plaie ; face à la mort...

Que le monde nous rebute ou nous enchante...

Et la neige ; et les paillettes d'or que l'on jette autour de soi ; et qui recouvrent le sol – l'issue – la moindre possibilité ; ce qui pourrait – pourtant – forcer la fortune ; nous aider à nous hisser jusqu'aux origines...

 

*

 

Moins que soi ; et le reste...

Tantôt surplus ; tantôt soustrait...

Qu'importe le délire et la violence...

L'instabilité de l'esprit et de la pierre ; et les instincts dans leur sac...

A sa rencontre ; (très) secrètement...

 

 

Nourri de chant et du sauvage...

A coups d'invisible...

Au centre du cercle cerné d'or...

Et le sommeil – en ce monde – qui navigue librement...

Le ciel parfois couvert – parfois étoilé ; au-dessus de tous les fronts...

Et cette écume nimbée de parole...

Loin de l’œil ; loin de toute poésie ; alors que nous exultons au fond des bois – au seuil de tous les deuils ; avec la mort ; tout autour – et au-dedans...

 

 

Dénué de soi ; en dépit du sang et de la pierre...

Rien ; ni personne ; ce qui semble avoir lieu ; des choses qui arrivent diraient certains ; de la matière qui s'anime – en quelque sorte ; de (très) brèves apparitions...

L'invisible derrière ; jamais très loin ; tirant des abîmes – pour un instant ; et y replongeant (assez vite) ce qui a eu l'audace – la folie peut-être – d'en émerger...

Un peu de poussière et de temps sur fond de bleu intouchable...

De l'écume ; et le mystère (toujours aussi) insondable...

 

 

Le nez baissé sur le sol et le sang...

A l'envers ; l'étreinte ; et l'âme (assez) sérieusement atteinte...

Sur le trésor dispersé ; un peu de neige et d'argile...

Et dans nos gestes ; et au cœur de ce que nous vivons ; l'innommable ; et tant de possibles ; et tant d'impossibilités...

Toute l'histoire du monde – en somme...

 

*

 

L'esprit offert ; et ce qu'il porte ; en plus du souffle ; en plus du cœur...

A la fois flèche et théâtre ; avant-scène de l'immensité et champ de bataille (effroyable)...

Associé (quasiment soumis) à une ardeur effrayante ; monstrueuse (si souvent) dans ses conséquences...

La réponse de l'homme ; face au monde et au mystère ; guère plus (bien sûr) qu'un instrument...

 

 

Des larmes ? Pour quoi – pour qui – donc cette tristesse ?

Ce qu'il (nous) faut expérimenter ; sûrement  – un bref passage...

La lumière ; absente puis, réconfortante...

Et ce qu'elle éclaire ; comme une évidence, à présent, au milieu des croyances – au milieu des malheurs – au milieu des chimères...

Et la lampe ; et le mot ; illusions aussi ; cousus dans la même trame mensongère...

 

 

Au cœur du jour ; dans l'âme...

La peau tremblante ; sous la lumière...

Comme hissé au-dessus du monde ; au-dessus de tous les yeux indifférents – de tous les lieux inhospitaliers...

Comme si s'achevait là la traversée du plus âpre...

Comme libéré des corvées les plus communes...

Capable – à présent – de se consacrer à la découverte (rafraîchissante) des autres dimensions du monde...

Ainsi émerge-t-on, peut-être, de l'écume – de l'épreuve (incontournable) de l'écume – pour s'approcher de soi – aller à sa rencontre ; sur la courbe ascendante de l'effacement ; l'oubli en tête...

 

 

A s'étioler dans la (triste) compagnie de ses semblables...

Contraint d'assister aux bavardages et aux agissements les plus stupides – les plus futiles...

Et rien pour apaiser nos cris – et notre rage – séculaires ; hérités de ce séjour incompréhensible sous les étoiles...

Aux prises avec toutes sortes d'hostilités...

Et caché – avec le secret – au fond de soi ; le seul abri que nous continuons d'ignorer – ou de négliger (dans le meilleur des cas)...

Invalides et insatisfaits tant que nous refuserons le face à face avec ce que nous portons ; avec cet infini de lumière et de tendresse...

 

*

 

Déchiré par le haut...

A travers le ciel ; le fond du monde...

Et ces cris (tous ces cris) que reflètent les miroirs...

Les mains tendues en guise de drapeau ; et la faux sur l'épaule ; l'essentiel de la réponse face au mystère...

Par-dessus les apparences ; ces sortes de boucles qui suivent (très) fidèlement les reliefs de l'invisible...

Et la découverte stupéfiante de ses contours – de ses centres et de ses confins (apparents) ; inimaginables...

 

 

La nuit ; moins que la parole...

Comme le mutisme des étoiles...

A rebours des saisons ; le chemin...

Et par les interstices ; la somme...

Ce qu'il nous faudra (immanquablement) soustraire...

 

 

En harde solitaire ; nous éloignant pour des rendez-vous amoureux...

Jour et nuit ; sur la rocaille ; le long des rivières ; au milieu des arbres ; derrière les broussailles...

Comme une échappée vers l'enfance au visage tendre ; là où l'esprit se laisse porter par les forces qui le traversent...

L'âme étreinte par l'innocence et la sauvagerie...

 

 

Dénué de rêves...

Le ciel juste au-dessus des yeux...

Sous le ruissellement sacré du jour – l'aube ; l'éclaircissement sans explication

Tout ; comme une évidence ; à travers la clarté...

Des vagues de vent vers le large...

L'esprit libre ; la matière célébrée...

En passe de servir le monde comme l'air et l'eau – la terre et le feu...

Une infime parcelle de l'espace ; dans l'étrange intimité de l'infini...

 

 

Comme un peu de matière ; une sorte de pâte (informe et malléable) entre les mains du ciel...

Et le poids ; et la nuit ; et l'immensité...

Et cette tristesse ; et cet écrasement...

A chaque parole ; à chaque recommencement...

Et ce qui nous façonne ; inlassablement...

 

 

La vie (secrètement) enfoncée dans l'âme ; et (presque toujours) la méconnaissance de l'inverse...

Si près du jour ; si près de la mort...

A hauteur de tête ; à longueur de nuit...

La somnolence ; et le grand sommeil...

Ce qui remplace, peu à peu, le visage de l'homme...

La route (cette longue route) qui zigzague sur l'horizon...

Et ce gris qui alourdit la chair ; et qui attriste le cœur...

A s'interroger (encore) ; sans (jamais) se laisser porter...

 

*

 

La nuit de l'ouest ; libre du monde et des étoiles...

Saupoudrant quelques feuilles de l'automne sur tous les jours – tous les siècles – vécus...

Sans doute – la manière la moins disgracieuse de se prêter aux jeux du monde ; sans s'y frotter intensément...

Derrière notre table de pierre ; à laisser la parole arriver – s'inscrire ; et se déployer ; vers le ciel – sûrement...

Sans même vouloir que les yeux des hommes s'y attardent ; sans même y attacher de l'importance...

A écouter (seulement) ce que nous portons ; ce qui nous traverse ; ce que nous traversons...

Légèrement ; sans rien dégrader – sans offenser personne (sinon, peut-être, les esprits sots) ; sans brandir le moindre étendard...

Le doigt discret pointant vers la lumière et la tendresse ; et révélant (plus sûrement) ce dont nous sommes constitué(s)...

 

 

Au pied de l'indicible ; celui qui n'a de nom ; qui se meut avec l'âme et le monde ; avec la respiration de l'homme et la course des bêtes ; celui qui s'éveille et s'endort avec l'esprit ; sans jamais deviner la nuit qu'il porte ; en dépit de son éternel sourire ;

Ce qu'il nous offre ; ce qu'il nous impose...

 

 

Le souci de l'herbe et de l'arbre arrachés...

Et la réparation que les habitants de la terre réclament...

Roulé contre les bêtes plutôt que contre les rêves ; plutôt que contre les hommes...

Lovés ensemble (tous ensemble) dans un terrier ; au fond d'une large galerie creusée sous la terre...

Au seuil du jour ; la lumière présente – diffuse ; à travers la transparence...

Au seuil d'un plus grand que soi ; se manifestant à l'intérieur...

Avec – partout – la même présence ; la même joie...

 

 

A la source du voir...

Aux confins des forêts...

L'âme et la lumière...

Ce pour quoi nous sommes né(s) – sans doute...

 

 

Là où l'ombre se reflète ; se régénère ; s'étale – s'amplifie – se déploie ; et qui se fracasse contre la plus infime part de solitude...

Aussi proche que possible de soi – du ciel – de toute aventure...

A voix haute – la parole ; et plus haut encore – le silence...

L'ultime précision de l'être ; dans cette marche fluctuante aux faux airs hasardeux...

L'âme et le corps ; comme un attelage asymétrique et bancal ; et dont la route paraît si tortueuse – presque aléatoire...

En tous lieux du ciel – déjà ; pourtant...

Sans le moindre orgueil ; et ici plutôt qu'ailleurs ; ce qui ressemble à nulle part...

Entre d'étroits interstices et de larges bandes ; l'impuissance et la solitude ; ce qu'il nous faut (impérativement) découvrir...

L'enfance prémonitoire ; dans le pressentiment de la fragilité du monde et de l'éphémère de nos vies si peu certaines...

 

*

 

Temps d'apôtres à la bouche tordue ; à la parole grise ; à la tête lasse...

L’œil si serré contre soi ; en ce siècle de sang et de cécité...

En ces temps de hurlements et de cœurs blessés...

Ni fleur – ni pierre – ni arbre – dans leur panthéon édifié à la gloire du monde...

Ni bête – ni homme à la bouche droite ; au cœur plus large que le monde ; au sang si proche de la sève ; et à l’œil qui voit...

Dans la proximité de ce qui n'a de visage ; familier du vide et de l'invisible ; dont le chant célèbre les feuilles et les pétales ; tous ceux dont l'âme est silencieuse...

En plus de la danse – la joie – la beauté ; et la prunelle malicieuse...

 

 

Le songe à perte ; comme condamné(s) à ce trop peu de raison...

Comme prisonnier(s) ; comme séquestré(s) – contraint(s) d'évoluer au milieu des ronces du temps ; entre griffures et frissons – jusqu'au plus noir – jusqu'au plus tragique de ce séjour intranquille...

L'achèvement du vivant ; l'agonie ; et la continuité du malheur...

A travers le souffle ; le défilé inépuisable des saisons ; la douleur – jusqu'au dernier soupir...

De métamorphose en métamorphose ; et disculpé(s) (à la fin) de tous les crimes – de toutes les offenses ; dissimulée(s) au fond du secret peut-être – la culpabilité ; la peur et la culpabilité ; l'origine de la fuite – de la course – de la débâcle...

A travers cette écume si inquiète face aux puissances des profondeurs – face à la monstruosité apparente du monde ; ce qui se joue (si souvent) sur la pierre...

D'île en île ; l'itinéraire – à l'intérieur...

Soumis à l'incessante recomposition des rôles et de la terre ; notre passage – notre partage ; et ce qu'il restera – peut-être...

 

*

 

Éclairé(s) par ce qui passe ; et surnage...

La neige par-dessus la terre...

Et ces barques (presque) immobiles au fond desquelles se glisse, de temps à autre, une silhouette ; une ombre que le jour a, peu à peu, façonnée ; et qui ne sera plus qu'un amas d'os et de souvenirs lorsqu'elle quittera ce monde ; lorsqu'elle sera emportée par les eaux – (irrésistiblement) aspirée par les profondeurs...

Et ces rails – tantôt parallèles – tantôt enchevêtrés – qui guident l'ardeur – les rencontres – les sévices – les pillages – les querelles – l'entière tonalité du voyage ; et les récompenses ; et les châtiments qui ponctueront ce bref périple...

Et cet exil (si compréhensible) des poètes – des nomades ; qui vivent toujours à l'écart – loin du cirque – loin des cris et des masques de cire...

Éclairé(s) par ce qui passe ; et surnage...

La neige par-dessus la terre...

Et ce qui s'achèvera, un jour ; le mensonge et l'insupportable face à la félicité – face à la lumière – chaque jour, grandissantes...

 

*

 

Le ciel enjolivé ; trop agrémenté d'images...

Comme le fond du jardin – l'autre côté du monde ; auréolé de mystère...

Sous l'arbre encore ; un livre à la main – celui de la terre vivante...

Et le vent sur le visage...

Sans doute – au milieu du voyage...

Familier de la mort et du feu...

Fidèle aux ramures et aux nuages...

Nous tenant là ; près de ce qui passe ; près de ce qui se dit ; écoutant et offrant la parole nécessaire ; aussi utile que la lumière et le silence des fleurs...

La possibilité de l'aube ; qu'à l'intérieur ; en ce monde qui ne célèbre – et ne vénère – que l'inconscience et le chaos...

 

 

Adossé à l'ombre, peu à peu, grignotée...

L'azur – en soi ; autant que la lumière...

Au zénith de la poussière...

Les liens défaits ; à nos pieds – les plus grossiers (les plus élémentaires) ; et les plus subtils qui s'affinent – se renforcent – se déploient ; au lieu de l'abîme – au lieu du sommeil...

Sans trêve ; les yeux fermés sur les Autres – le monde – le temps...

Comme attendant (sans impatience) le début du jour...

 

 

Tâtonnant ; la main sur la paroi qui explore ; et découvre ce monde privé de soleil...

La tête trop prétentieuse pour s'accroupir – offrir à l'âme les richesses du sol ; et parmi elles, l'issue – le passage vers les hauteurs que nous cherchons (presque) toujours au-dessus des cimes – dans les sphères d'altitude que nous croyons côtoyer alors que l'esprit de l'homme ne s'est pas encore affranchi de sa lie souterraine – de sa gangue de glaise...

 

*

 

Encore du bleu ; sans compter depuis quand ; sans compter les jours qu'il (nous) reste...

Grandissant ; à travers les épreuves ; à travers tous les adieux...

Si seul – à présent – que le cœur s'enfle – se gonfle – efface ses contours – agrandit son territoire – embrasse le monde – absorbe l'espace ; comme une bête en train de muer ; de l'intérieur – la métamorphose...

Devenu si sensible que les larmes ont remplacé le sang ; et cette tendresse que pulse le cœur...

Et la pierre inondée ; comme pour laver tant de tueries – de massacres – de cruauté ; des siècles – des millénaires – sanguinaires – cannibales – dévastateurs...

Du rouge à la transparence pour faire voler en éclats l'horreur et la bestialité – s'éloigner des âmes barbares et instinctives ; échapper à l'inconscience de ce monde...

 

 

Aux confins du jour deviné ; du ciel trop parfaitement dessiné ; sphérique ; à la manière d'un papier peint (vaguement céruléen) que l'on aurait collé au plafond...

Avec trop peu de diagonales et de place laissée aux marges...

Avec trop d'angles et de recoins où l'on pourrait cacher ce qui (nous) embarrasse...

Le cœur trop peu ouvert ; pas assez frémissant ; et des gestes plombés qui saccagent ; et des âmes qui s'approprient – et entassent – au lieu d'offrir – au lieu de partager...

Rien que des tâches à accomplir par ceux qui ont (tant bien que mal) conservé un certain sens du devoir ; et un immense espace récréatif dédié à la jouissance et au divertissement pour les Autres (pour tous les Autres)...

Ni joie – ni beauté ; des hurlements et de l’hystérie ; la nuit noire et la chair violentée...

 

 

Et des dunes – et des danses – encore ; à franchir – à expérimenter...

Autant qu'au temps des ancêtres...

Et autant d'âmes préoccupées par la possibilité d'une issue [d'une issue à cette (assez) misérable existence]...

Sans obéissance ; la volonté encore trop vive pour s'abandonner ; et se laisser porter par les circonstances...

A ânonner encore l'alphabet du monde offert (pourtant) avec tant de diligence...

Apprenant à naviguer (cahin-caha) au sein du royaume ; à conserver par devers soi les ruses et les trésors – toutes les richesses et toutes les supercheries...

Privés de cette ardeur – de cette audace – qui permettrait de se libérer des illusions...

Condamnés à la piété (la plus grossière) et à la préhistoire de l'âme ; à peine au début de la bipédie...

 

*

 

Entremêlés ; le jour et la parole ; la terre et le plus sombre ; tout ce qui aspire à la lumière...

La plaie béante et ce qui élabore les calculs – les manœuvres – les stratégies...

Toutes nos aspirations d'ensommeillés (encore) asservis...

La rage de l'homme cherchant le fruit et la (juste) saison ; et charriant (malgré lui) les mille choses qu'il a refusées...

 

 

Ce à quoi nous résistons ; avec nos cris et nos traces...

Vivant (essentiellement) en meute ; et dans l'écume...

Rien face à la nudité ; juste l'immensité du crime ; et le poids de l'ignorance...

Comme si le cœur se nourrissait du sang (et l'esprit, des malheurs) des Autres ; le front boursouflé de colère et d'ambition(s)...

 

 

Au milieu de la brume et des vivants...

Au milieu des cris et des rencontres...

Entre l'espoir et la pluie ; l'histoire du monde ; et la récurrence des saisons...

Baignant (tout entiers) dans l'imaginaire...

S'imaginant libres ; et emmêlant les fils qui animent leur âme et leurs mains...

Se croyant secourables et solidaires ; et édifiant autour d'eux – et jusque dans leurs profondeurs – une longue suite de douves et de remparts...

Comptant sur leur ruse et sur leur(s) force(s) ; et refusant leur faiblesse (pourtant) légendaire...

Incroyablement labiles – comme toutes les choses de ce monde ; sous un ciel qui leur apparaît sans mystère...

 

*

 

Des cris lancés contre le ciel ; à peine quelques échos – quelques éclaboussures ; malgré la chair déchiquetée...

Aux commandes ; Dieu – des mains – des forces – personne...

Aucune tête sous la couronne...

De la neige et du vent ; ce qui habille et dénude ce monde...

Des gueules ; de la glaise industrieuse et fertile...

A bouffer encore du sang noir ; de la bave au coin de la bouche...

Sous un déchaînement de violence et de hourras ; des larmes et des rires...

Une partie de la fange se flagellant ; et l'autre essayant de se défiler ; essayant de se faufiler entre les hurlements et les substances ruisselantes pour échapper aux massacres et à la mascarade...

Ici ; en ce pays où l'on se pense flamboyant ; grand(s) seigneur(s) ; les mœurs vulgaires – l'usage prosaïque – l'instinct vengeur – (bien) plus sûrement...

 

 

Éprouvé par l'ébranlement du monde...

Parmi les choses ; l'éclosion de l'infini...

A marche forcée ; ponctuée de haltes et de meurtrissures...

Le jeu de l'indignité ; (presque toujours) en faveur de l'offense – de l'avanie...

Du côté de la nuit et du bannissement...

Condamnés – sans même que nous le souhaitions – à la naissance – à la mort – aux saisons ; et, à terme, à l'acquittement – à la suppression du temps – au triomphe de l'étendue et de l'effacement...

L’œil ; et le visage – déjà bleuis par le ciel...

 

 

Au pays de la roche ; l'ardeur – la fatigue et la mort...

Et des larmes (un ruissellement de larmes) dans la lie ; jusqu'à la noyade ; asphyxiés par la tristesse au fond des fondrières remplies par nos pleurs...

 

*

 

Bras tendus – bras en croix ; à genoux...

Silencieusement...

Solidement imprégné de misère et de foi...

Le cœur haletant ; peu disposé à digérer sa peine...

Hors du cercle – hors de la danse ; aujourd'hui...

Alors que – partout – la nuit s'affole ; alors que – partout – monte le cri...

L’œil mauvais ; et la figure fiévreuse ; salis par le désespoir accumulé...

Comme de gros blocs de pierre qui obstrueraient la vue et la respiration ; qui embarrasseraient nos âmes (trop) insensibles...

Le Dieu malicieux – dans ses œuvres ; se dissimulant là où l'on pense qu'il ne pourrait se glisser...

Pour de vrai – pourtant ; en dépit de tout ce noir ; en dépit de ces apparences désastreuses...

 

 

A hurler aussi fort que les loups...

Berné (depuis si longtemps) par le monde...

L'attente – au quotidien – d'une chose qui n'adviendra jamais...

Le jour au-dessus de toutes les têtes – de tous les cercles – de toutes les tombes...

La lumière ; et rien du songe ; comme si nous n'avions rien compris au réel – rien saisi de la réalité ; à vivre ainsi avec des cœurs de bête...

 

 

L'index tendu vers l'Autre ; accusateur...

Et l'enfer – en soi – dissimulé ; et que l'on se garde bien d'exposer...

Brandissant le fer et le bâton...

Dans une optique de potentat ; à renverser l'idée même d'utopie ; avant que le moindre monument – avant que le moindre territoire – ne puisse être édifié – ne puisse être circonscrit...

 

 

A mi-chemin ; les chaînes (en partie) brisées...

L'or du monde remisé là où nul ne pourra le trouver – ni en faire un usage dévoyé ou dégradant...

Dans l'oubli de soi – des choses ; entre les deux – peut-être...

Le jour inondé – et dépeint – par la parole...

Des gestes – des astres ; des mouvements qu'approuve l'infini ; infimes et cosmiques...

L'oreille sertie de silence ; et le cœur en joie...

 

 

L'âme – autant que l’œil – qui témoigne...

Par défaut d'oubli ; ce qui émerge – ce qui fait saillie...

Qu'importe l'âge et le temps...

Qu'importe le rire ou la grimace...

Nos rires et nos larmes – sans fin...

 

*

 

A trop négliger l'âme ; le monde saccagé...

Qu'importe les rêves d'exploitation et de résistance...

Qu'importe que l'on renforce les colonnes de l'un ou de l'autre camp...

Sous l'ombre dévastatrice de la séparation...

Qu'on le veuille ou non ; ce qui alimente le crime...

 

 

L'essentiel qui affleure ; et que l'on frôle ; à désirer n'importe quoi ; à vouloir passer devant ; à espérer donner du sens (ou de l'importance) à chaque geste ; à ce qui n'en a pas...

Toujours le rêve – l'honneur – le lendemain ; au lieu de vivre la nuit et les circonstances ; l'envers du plus favorable ; ce qui nous est offert ; les mille états – les milles séparations – à expérimenter...

 

*

 

La tête trop pleine d'espoir et de temps...

Sur la balance – déséquilibrée ; le désir et ce qu'il (nous) faut abandonner...

Si peu de plaisir ; si peu de profondeur...

A pleurer sur ce que l'on nous offre...

Rien ; ni étreinte – ni embrassade...

A rebours du courant naturel...

En retrait ; et l'oubli (trop difficilement) soustrait...

Comme un sac de sable déversé dans la bouche ; et le cœur qui s'embourbe – qui s'étouffe – qui suffoque – qui s’asphyxie...

 

 

Le privilège entre les dents ; la hiérarchie de la longueur...

L'apparence de la puissance...

Et à l'autre extrémité ; ce qui se tient à la merci ; presque une manière de vivre – de se tenir en offrande ; cette force qui tient à la fois du don et de la confiance – le service ancillaire offert à ce qui le réclame – à ce qui advient...

 

 

Un peu de neige sur notre douleur ; et nos confidences...

Reflets d'un Autre – en nous ; dans les profondeurs – comme un espace habité – et dissimulé au monde ; où la nuit règne autant que le jour ; où les couleurs et les larmes jaillissent – comme une eau vive – des fontaines...

Le ciel riche de la multitude des visages – des étoffes et des voix...

L'aube aussi proche que possible...

 

 

Le jeu et l'horizon – tournés vers le chant ; ce qui favorise la blessure...

Ce qui se dissimule ; ce qui jamais ne se définit par son nom...

Comme un regard (de plus en plus) éclairé – éclairant – sur l'invisible et les choses de ce monde...

 

*

 

Encore du rêve ; sous nos manteaux colorés – derrière nos visages figés dans un sourire d'absent – emprunté à d'autres...

Debout ; et vivants – en apparence...

Des vies pétrifiées – immobiles – en dépit du mouvement – en dépit du désordre et du bruit...

De pauvres semences ; et de pauvres floraisons...

Et le fruit de leurs entrailles ; affublé de notre héritage – du legs commun ; les mêmes insuffisances – les mêmes négligences – les mêmes inconséquences...

Si bas ; sous ce ciel...

Et l'âme voyageuse – exploratrice – qui s'impatiente ; et les têtes (toutes les têtes) ébahies...

Et ce feu – et cette fièvre – qui nous fait défaut (et qui nous manque)...

A vivre – à croire – à espérer ; comme de pauvres idiots...

 

24 juin 2023

Carnet n°293 Au jour le jour

Mai 2023

Dans l'antichambre du temps...

Au chevet de ceux qui vont mourir...

Attendant la barque qui les mènera au fond de la nuit...

Incessants – les pas ; et éternel – le voyage ; comme l'ardeur et l'intention de ce qui nous mène vers l'intimité – l'intensité – l'immensité...

Et guidé(s) (parfaitement) par cette voix inconnue ; et allant (cahin-caha) au gré des possibilités...

Dans l'extinction intermittente du feu...

 

 

Habitables ; l'espace et ce langage nouveau...

Loin des objets et des rêves (trop chargés de matière)...

A mi-chemin entre le perceptible et les yeux ouverts...

Déposé(s) là ; sur la grève du monde ; l'infime au milieu des Autres...

Avec pour seul horizon ; la mémoire...

Au-delà (bien au-delà) du temps de l'indistinction...

 

*

 

A demeure ; l'idée du monde...

Et qui tourne – s'édifie ; pierre après pierre – d'une perspective à l'autre...

Sous toutes les couleurs ; le rêve et la beauté...

Le visage du réel affranchi des reflets...

Au-delà du sombre et du chatoyant...

A travers le feu ; et derrière le miroir...

Au cœur du cercle ; aux côtés du vent – de la mort – de la joie ; déjà (parfaitement) entouré(s)...

 

 

Sous l'aube éblouissante...

La paix étreinte...

Le cœur désenclavé ; affranchi du glaive...

L'avènement du langage ; la bouche silencieuse ; la parole nue...

Quelque chose (bien sûr) de la lumière...

 

 

L'usage et l'usure des choses ; au cœur du périmètre familier...

De proche en proche ; à travers l'exactitude des calculs...

Condamné à la rigueur (implacable) des chiffres et du déclin ; le monde...

Bêtes et hommes ; arbres et pierres ; privés de beauté et de poésie ; privés de rire et de merveilleux...

La fin (programmée) de l'éphémère et de l'à-peu-près – du joyeux désordre – des enchevêtrements en pagaille...

Enfonçant l'invisible encore plus profondément dans le secret...

 

 

Fils du sans nom ; de ce qui n'a jamais eu lieu ; de ce qui n'existe pas ; en dépit du sol – du jour – des visages apparents...

L'enfance du carnaval – en quelque sorte ; toujours au seuil de l'indicible ; le plus ordinaire ; ce que nous avons tous en commun (bien sûr)...

 

 

Trop loin des morts ; et des eaux vives – les rives inertes...

Entre le temps passé et le temps déposé...

Par des routes trop rapides (pourtant) qui forment un entrelac de boucles...

Sans aile – sans (véritable) destination – en vérité...

L'ardeur errante déployée tous azimuts ; dans le (plus terrifiant) désordre...

 

 

A quoi ressemblerait notre visage ; sans l'origine du temps – sans l'incessante succession des noms et des titres dans la mémoire...

Un point minuscule – peut-être ; muni de prunelles délicates (et perçantes) et d'un cœur discret et ardent...

A la manière d'une fête perpétuelle ; d'une danse sans cérémonial ; au faîte de l'absence – la plus légère – la plus consciente...

 

 

Plongé(s) dans un sommeil sans issue ; déjà mille fois éprouvé...

Des parois et de la pénombre...

Le cœur et le corps ; confinés...

De tentative en tentative ; dans l'impossibilité du retour...

Un espace sans initiation ; moins voyage que séjour – sans doute...

 

*

 

Grâce à nous ; qui serait assez fou – présomptueux – implorant – pour oser dire cela...

Noir(s) comme la terre ; gris comme le ciel ; et selon les jours – d'autres couleurs...

Rien qui ne nous différencie du monde ; nous sommes le monde ; le cœur parfois présent ; parfois cruel...

Aussi vide que le dédale de pierres dans lequel nous évoluons...

Un peu de vent ; un peu de bruit ; et quelques rêves ; pas grand-chose – en vérité – face à l'infini – face à l'éternité...

 

 

Jouant avec ce qui demande à naître – à vivre – à mourir...

Comme la fleur qui perce la terre craquelée...

Confiant en la graine et en le fruit ; et en l'ardeur nécessaire pour se transformer...

Le sol – les cimes – le chemin – dégagés ; et, en soi, la possibilité du repli et du franchissement...

Comme le reste ; soumis au temps et à la métamorphose...

 

 

Ici – au plus bas ; exactement sous les étoiles...

Malmené(s) par les ombres qui agitent la mémoire...

Sur la pierre grise et usée...

Au milieu des morts et des corps couchés...

Le cœur attentif aux restes de hasard et de sommeil (et à ce qu'on leur attribue habituellement)...

Allant là où le mystère (nous) convoque ; allant là où les circonstances (nous) appellent ; en ces lieux qui, de plus en plus, ressemblent à nulle part...

Dans l'ardeur suffisante ; et un grand silence – seulement...

 

 

Comme effacé par la lumière et le mouvement...

Sans ombre – sans écho ; un (simple) ruissellement – une (parfaite) dissolution...

Sous des yeux stupéfaits ; cet étrange bouleversement...

 

*

 

Du bleu dans l'herbe...

Le sol métamorphosé...

Le monde serré contre soi...

A la saison du détachement...

Personne ; seulement la lumière ; la lumière et l'infini...

L'Amour – sans doute – qui nous a pris dans ses bras...

 

 

Mille images piétinées ; celles de l'Autre – celles du monde – celles de la nuit...

Tailladées dans l'esprit ; la chair toujours indemne – vive – ardente...

Et contre nous ; la douceur et la suavité...

Quelque chose de la tendresse qui s'offre...

Affranchi du temps et des injonctions ; et de l'idée même de liberté...

Et au-dessus de nos têtes ; des étoiles suspendues – pendantes ; au cœur du vide exactement...

Là où l'esprit et la pierre dansent ensemble...

Dans l'intensification du silence et du chant ; cette joie si singulière d'être au monde...

 

 

Le vivant ; ce qui existe ; dans nos murmures...

En nous ; entre le bruissement et le chaos...

D'une heure à l'autre ; d'un siècle à l'autre...

Sur le fil qui serpente entre les mondes (qui se chevauchent et se prolongent)...

Sur la roue obscure qui mêle la terre et les pas ; le ciel et la lumière...

Et là – quelque part – la possibilité d'un passage ; la possibilité du retour...

 

 

Vivant ; par-delà le miroir...

Entre l'infini et les contours ; mille visages – mille aventures – mille possibles...

Derrière l'image – terne ou scintillante...

Parfois davantage silence que reflet ; et, d'autres fois, comme un chemin qui s'éloigne – qui égare ceux qui l'empruntent ; vers un ordre que seul l'esprit de l'homme a banni ; et que l'Amour revendique (bien sûr – comme toutes les choses) – parcelle reconnue (et accueillie) à l'égal de toutes les autres...

 

*

 

Pierres et visages – sous le ciel haut et cru...

Un peu de bruit ; ce qui bouge...

Étrangement attiré(s) par les étoiles...

La matière ; obscurément...

 

 

A se risquer jusqu'au grand large ; là où les vents saisissent les épaules – écartent les pas – font pousser des ailes aux âmes les plus craintives ; bousculent le sens et la destination du voyage...

Nous retrouvant (parfois) à la cime des arbres ; sans réponse ; avec une joie sans explication...

Auprès des nôtres ; sûrement...

Dans les bras du secret ; et sans la moindre promesse...

Au cœur du ciel ; immensément...

 

 

Comme des bêtes dispersées par l'orage ; et que l'aube appelle...

Au milieu des rêves ; comme déposées...

Assis – vagabond ; par-dessus le chaos ; là où tout s'avance – là où tout ébranle ; jusqu'à la plus parfaite familiarité...

 

 

Visages cherchés ; à demeure...

Jusqu'à la plus haute intimité...

Attachés (très attachés) à l'écart – pourtant...

Attendant on ne sait quoi...

L'hiver et la mort – peut-être...

L'inévitable désapprentissage du monde – de soi ; et tous ces restes de mémoire...

 

 

A distance ; le temps – l'effondrement...

Cette béance de sable ; qui s'écoule – qui s'écroule ; et au cœur de laquelle nous capitulons...

Du bleu – partout – pourtant – dans nos mains qui creusent et reçoivent...

Des ombres perdues ; sans lieu d'attache – soumises à l'errance (labyrinthique) du nom...

Le jour ; à notre mesure ; et de temps à autre (rarement – très rarement) l'inverse...

Et la terre qui s'enflamme...

Devant un si grand nombre...

Si proche(s) ; le souffle ; de la source et du silence...

 

*

 

Sous la neige ; le rêve et la férocité...

Cet instinct de vivre ; et ce besoin d'ailleurs...

L'âme et l'imaginaire – simples – pourtant...

Aussi élémentaires dans leur origine que dans leur prolongement ; et terribles (très souvent) dans leurs conséquences...

Quelque chose de bref ; au cœur de cet étrange sommeil...

Comme un obscur détour pour tenter d'apaiser ce qui nous agite...

 

 

Penché sur la pierre...

Le souffle lumineux...

Auprès de ce qui brille davantage que les étoiles...

Contre les murs ; des miroirs...

Et des reflets rouges qui franchissent toutes les enceintes...

L'immensité déjà ; malgré le sang et les instincts...

 

 

En partance déjà ; en dépit de l'Amour...

La ronde des adieux...

Au bord du gouffre ; à bout de souffle – face à l'immensité...

En ce lieu hors du monde ; en ce temps hors du temps...

Comme une pause fantôme...

Dans la poussière infime ; personne excepté l'impalpable – l'invisible présent...

 

 

Dans l'attente ; les doigts impatients...

La nuit rêvée...

Sur ces rives arides ; un semblant de porte au milieu des interdits...

La hâte au lieu de la sensibilité pour précipiter le voyage et échapper au froid...

Un chemin (sans doute) à réinventer qui prendrait en compte les boucles et les retournements ; et l'impossibilité (bien sûr) d'arriver quelque part...

 

*

 

A l'aube ; assagi ; le mouvement encore...

En amont de toutes choses...

Au cœur de l'opposition des forces ; de ce qui se heurte avec violence...

Sans cri – sans douleur – sans étendard...

L'amoncellement du feu et du vent qui (perpétuellement) ruissellent...

Dans le sillage de l'eau ; le vide creusé – en relief...

La matière du jour et la matière de la nuit ; se précipitant...

Dans la danse tempétueuse...

L'accord parfait à même le chaos ; pas moins réussi que la ronde des Dieux...

 

 

Les mains pleines de songes et d'étoiles ; jetés au hasard de la route – sur les uns et sur les autres...

Bordé(e)(s) par la lumière et le sommeil...

Sans discernement ; avec hésitation...

D'une rive à l'autre ; comme autrefois – avant l'ère de la raison et des remontrances...

 

 

Le chant déchiré ; des étoiles qui bruissent...

Désenfermé par le ciel ouvert – très haut ; fenêtre dans l'ombre des orages...

Quelque part – encore imperceptible – le silence...

Et cette joie prémonitoire de l'absence – du bleu...

 

 

Des lignes ; pour personne...

Sous les yeux du monde – pourtant ; si loin de la danse...

Au cœur de notre chambre – mobile – ouverte à tous les vents ; roulotte sur les chemins ; le destin désincarcéré ; en dépit des apparences ; en dépit de l'étroitesse de la matière...

Et alentour ; et plus haut ; et partout – l'invisible ; dans toutes les profondeurs...

Au milieu des existences aux chaînes brisées...

Rien d'une surprise (bien sûr) ; l'être à travers toutes ses possibilités...

 

*

 

Les yeux levés ; sur le seuil – la lumière...

Après cette longue nuit parcourue (et, en partie, traversée)...

D'une étendue à l'autre ; comme si les rêves et les étoiles se touchaient...

D'un bout à l'autre de ce qui nous porte ; le désir...

Dans la chair ; le dédale (encore)...

Et cette mémoire qui nous éloigne ; et l'autre – plus ancienne – qui nous exhorte au retour...

Naissant – marchant – mourant ; d'un même souffle...

Et ainsi jusqu'au plus éloigné de l'enfance...

 

 

Alors que s'éloigne le rivage...

La figure claire et silencieuse...

Le sommeil – à bout de bras – jeté dans la brume...

Et le vent ; et l'aube – qui se lèvent...

 

 

L'absence conjuguée par toutes les figures noires et hostiles ; (atrocement) prétentieuses...

Le regard menaçant ; le bleu oublié au fond de la béance...

Et le silence pour appuyer toutes les sentences prononcées...

Les paumes pleines de haine et de (fausses) vertus...

Au cœur même du sommeil ; l'autorité et le monde réifié ; l'empire des hommes...

 

 

Le langage amendé – en quelque sorte...

A se risquer aux limites de l'intelligible ; pour inventer un passage – une passerelle peut-être – entre l'ancien monde et un autre ; le suivant sans doute...

Une manière de vivre – et de célébrer – la vie – la terre – le mystère ; le silence et le verbe ; la joie en étendard involontaire...

 

*

 

L'enfance sans distinction...

Bleue et silencieuse...

Vénérant les arbres et le monde ; et les fleurs ; et les bêtes...

Chantant – dansant – au milieu des décombres et des voix...

Rapprochant les cœurs ; éloignant les cris...

Jouant le jeu de la bêtise et de l'aube – indifféremment...

Profonde ; au cœur de l'essence ; sans rien exclure de l'écume pourtant...

Comme un vent ; comme un feu – fugace – fugitif ; le temps d'un (bref) passage...

 

 

Au fond du sommeil ; autre chose...

Une fête ; une lumière – la possibilité d'un temps nouveau...

Un monde – un univers peut-être – en germe ; impatient (très impatient) de se déployer...

 

 

Les yeux peints (et repeints) aux couleurs de l'espérance...

Presque clos sur le souvenir et le rêve...

Le devenir par-dessus l'image ; et cette (inébranlable) croyance aux miracles...

Du feu sur notre infortune...

Et la route à reprendre...

 

 

Plus lumineux que la violence et la fascination exercées par le monde...

L'énigme du vivant ; ce qui est là comme une évidence...

Et cette manière d'être en vie – entre la pierre et la nuit ; sous un ciel inconnu (et auquel on attribue tous les mystères)...

Dans la méconnaissance de soi – des cycles – de l'Autre...

Toujours aussi bestial ; sous les arbres – la lune – les étoiles – à jeter encore au feu un peu de chair pour cuire sa nourriture...

 

 

Les arbres étreints ; comme une route nouvelle...

Un lieu étrange ; un royaume sans roi ; où chaque croyance est visible et déchiffrée ; où la nuit brille (avec évidence) dans la mémoire ; où l'on rechigne à fréquenter les chimères et les Dieux (toutes les inventions des hommes)...

Un lieu étrange ; une terre sans limite ; où l'on est capable de vivre avec les Autres et de jouer avec le temps ; et où l'on embrasse tout ce qui est exclu – tout ce qui n'est consenti...

Aux confins de l'esprit ; à la pointe du monde – en quelque sorte...

 

 

La vie ; comme la lune éclairée...

Des précipices et des échos ; sans jamais rien deviner des profondeurs...

Ignorant qu'à chaque geste ; qu'à chaque instant – Dieu se penche par-dessus notre épaule – notre bêtise – notre accablement – notre cécité – pour y insérer un peu de lumière et offrir (ainsi) à nos existences un peu d'espoir – quelques possibilités – une lueur suffisante pour continuer (essayer de continuer) de croire en l'homme...

 

*

 

Entre deux sommeils ; le monde – la respiration ; et cette immobilité de l'âme...

Vers l'aube – pourtant [certes lointaine ; lointaine et exigeante (très exigeante)]...

Trop – sans doute – pour l'enfant si naïf en l'homme ; l'esprit si crédule devant les choses du ciel – les choses de Dieu – les choses d'en-haut...

Reflet de son labeur dilettante et de ses prières hâtives...

Jusqu'aux origines – cependant ; jusqu'au regard affranchi – il devra aventurer son existence – transformer son voyage...

Avec mille chemins – mille paysages – mille épreuves – qu'il lui faudra parcourir – découvrir – traverser ; tant et si bien qu'il finira son périple à genoux – comme il se doit – les yeux clos – le sourire aux lèvres – finissant par se détacher de lui-même...

Allant ainsi ; n'étant déjà (au commencement) pas grand-chose et devenant, peu à peu, (presque) plus rien ; et un mince tourbillon d'air à la fin – à peine un souffle – un léger frémissement dans le vent...

 

 

Dans l'intimité (redoutable) de l'espace...

Le visage penché sur le silence...

Et le rire ; comme une respiration de l'invisible...

A l'écoute du plus haut – en soi...

Derrière ces rives étrangères ; l'inconnu...

A travers des lèvres sans bouche ; des signes sans support ; jusqu'au premier souvenir – jusqu'au plus fantasque des sauts dans la matière...

Et toujours passant – bien sûr...

 

 

Dans l'épaisseur de la nuit ; les yeux abandonnés...

A travers le temps – le cercle – le mystère ; le déploiement (sans obstacle) de la lumière...

Et cette vue dégagée à présent – imprenable – sur l'ombre – l'étendue ; le bleu (un peu blafard) du poème...

 

*

 

Comme sommeillant à la lisière du temps...

Sous le ruissellement (perpétuel) de la lumière...

Le reflet dansant de l'enfance...

Comme un rêve ; un flot d'images astreintes à la mobilité...

Une foule d'ombres (en fait) sans pourquoi...

Des regrets et des cruautés...

Ce que nous n'avons su éviter...

 

 

A nouveau l'errance...

De la joie au fond des yeux...

La suite du voyage ; aventureux (s'il en est)...

L'oubli du nom – du monde et du temps...

La liberté renaissante – peut-être...

Ce qui se presse entre nos lèvres – sous nos pas ; ce qui anime nos gestes...

Dieu sorti de l'imaginaire ; (très) spontanément...

 

 

A notre place ; en retrait – touché par le silence...

Sans résistance face à ce que l'on ne reconnaît pas...

Le soleil joyeux dans le sang...

A deux pas de l'enfance ; le regard – émerveillé...

Le ciel serré contre soi...

 

 

Ici ; à travers l'exigence de la lumière...

La source ; en suivant l'ombre à la trace...

Sans renoncement – sans (le moindre) déchirement...

Dans le sillage du vent qui tourbillonne...

La nuit et les tempêtes incluses dans ce bleu qui s'avance (quasiment) démasqué...

L'âme sans désir ; acquiesçante...

Des mondes ; et l'entière étendue ; au pied du souffle ; comme si c'était là notre seule volonté...

 

*

 

Engoncé(s) – dans le rêve – immobile(s)...

Alors que les vents poussent les ombres hors du monde...

Quelque part ; dans l'espace et le temps...

Dans le vide de la chambre ; le plus souvent...

Le ciel qui s'est, peu à peu, décollé de l'image ; et tous les songes qui ont dégringolé de leur socle bancal...

Plus que le sol – à présent ; et les cris qui repartent à l'assaut de la nuit...

 

 

Derrière la vitre ; la même buée...

Comme si un visage – des lèvres – un souffle – existaient de l'autre côté du monde ; Dieu peut-être – Dieu sans doute ; préoccupé (apparemment) par notre figure et nos (fugaces) interrogations...

 

 

A travers la roue qui tourne ; le ciel – la terre – les hommes – les arbres – les pierres et les étoiles...

Le désir puis, le silence ; l'inquiétude puis, la joie ; les temps fougueux puis, les jours tranquilles...

Et, un soir, entre ces îles étranges ; tous les seuils atteints (comme par miracle)...

Parvenu (peut-être) à la lisière du visible – aux confins du plus grossier ; de l'autre côté du monde ; de l'esprit...

Cette part de soi que l'on a (semble-t-il) rejointe ; comme rassemblé (à présent)...

Sans ignorer (bien sûr) que lorsque le cycle s'achèvera, nous referons le chemin – à l'envers ; en repassant par cet âge initial qui succéda aux premiers temps de l'origine...

 

 

Ce qu'il faut inventer de parole – de chambre – de monde...

En plus du temps – du chemin – de la lumière...

Un univers entier à l'intérieur de l'autre ; et mille possibles ; et mille passerelles – pour ne jamais entraver la liberté de se mouvoir ; d'aller à la manière du vent...

 

*

 

Miroir encore ; au fond du noir...

Étendue infinie ou chambre close ; le même ciel ; et l'âme (toujours) enchevêtrée au reste ; (parfaitement) engagée dans le geste...

Qu'importe la pierre ; qu'importe la neige ; lorsque le jour a tout recouvert...

Nul autre ; et mille fenêtres...

Au bout du monde ; au bout des doigts ; partout – son propre visage...

A présent ; simplement ici ; en sa présence...

 

 

Si fugace ; le temps du monde...

La durée de la terre ; de la chair ; des noms que l'on célèbre...

Des nuées de visages et de choses ; sous la voûte sombre ; sous le soleil sans écart...

L'instant (à peine) d'un orage d'été...

 

 

Dévoilant l'invisible ; à travers le geste...

La figure sensible...

Malgré soi ; à la manière du soleil...

Ici – à présent – le lieu de toute démonstration ; ni avant – ni après – ni préparation...

L'âme qui frissonne face à la liberté ainsi exposée ; son potentiel – toutes ses possibilités...

Le pas indéfini ; comme le trait – comme le voyage – comme le reste ; avec tous les méandres au-dedans...

Au cours de cette sorte d'exil qui traverse le temps...

 

 

Face aux têtes qui s'interrogent...

Face aux âmes qui piétinent ; qui s'impatientent...

Face aux vivants que l'on mutile – que l'on égorge – que l'on massacre...

L'indifférence des pierres ; et des lèvres qui savent...

Le silence qui s'offre ; à la manière du plus bel acquiescement ; le cœur et le regard sans exigence – heureux de ce qui est ; avec ou sans frémissement ; en dépit de ce qu'en pensent les ignorants...

 

*

 

Rien ; depuis si longtemps...

Plus même surpris par ces restes d'effacement (résidus de soi – sans doute)...

Choses et visages ; dans la brume ; indistinctement ; qu'importe ce que désigne le doigt...

La porte entrouverte du monde...

De l'autre côté du rêve – de la trame – de l'esprit...

A grands pas déjà ; vers le vide – le vent – l'autre extrémité de la perspective...

 

 

Le désir et l'attente ; trop patiemment soulignés...

Inutiles ; comme le reste...

Plutôt ce qui se manifeste spontanément...

A point nommé diraient les esprits enferrés dans le calcul et la raison...

Inséparable(s) de ce qui a lieu ; plus simplement...

 

 

Sur la pierre saillante ; l'âme silencieuse...

Au-delà (bien au-delà) du ciel grillagé gardé par des yeux fous ; des esprits délirants...

Au-delà des prières (hâtives) et de l'affairement (dévastateur) des foules...

Au-delà des images et des mots ; de ce blanc cotonneux (vaguement) auréolé de lumière...

L'esprit au cœur de l'étrangeté pour tout rendre (plus) familier...

Ici-bas ; exactement...

 

 

Dans l'indifférence des lieux – des Dieux – des Autres...

Jusqu'au dernier souffle sur terre...

Puis, la résorption de l'air – du feu – de la matière ; à travers l'agonie – la mort – le souvenir ; et toutes les possibilités du sol et de la lumière ; en attendant...

 

*

 

Malédictions encore ; au milieu des ombres ; (assez) invalidantes...

L'âme arc-boutée face aux refus ; comme condamné(e)(s) à résister aux jeux des choses – aux jeux du monde...

Les uns après les autres ; sans rien comprendre ; la longue suite des événements et des malheurs...

Et nos existences qui passent comme l'eau vive des rivières...

 

 

Pas un seul trésor dans le coffre des hommes...

Des mots – des promesses ; et son pesant de nuit ; et des rumeurs emmitouflées qui marchent en bande...

Pas une seule âme ; pas la moindre éternité...

Des cœurs tristes – des visages bouffis – qui cherchent un peu de sens ; un peu de joie ; l'esprit fuyant ; et l'ardeur rétive et grimaçante face au mystère...

 

 

Le visage diurne ; (plutôt) emblématique...

Familier du plus haut soleil...

Le regard (franchement) lumineux...

Capable d'embrasser l'ombre et les images ; et de vivre au milieu des arbres silencieux...

Existant sans nom – sans ami – sans personne...

Sans volonté – ni intention...

Sans rien ressasser ; pas même l'indicible...

Debout ; l'enfance amarrée à la nuit...

Pris dans les fils d'un ciel à la manœuvre ; ne décidant de rien ; pas même du rythme – ni du sens de la roue...

La vie ; comme un langage – un possible – une île – un chemin ; remontant le cours du temps jusqu'à l'origine du monde ; jusqu'à la source des existences...

 

*

 

Le cœur aussi bleu que la neige...

Et le ciel en contrebas...

Jardin d'autrefois peut-être où les Dieux étaient vivants...

Monde simple affranchi des hommes – affranchi du temps...

Baigné de lumière et de tendresse...

 

 

Comme l'arbre ; sur la pente naturelle des choses...

Aussi enchevêtré à l'infime qu'à l'infini...

Dans cette relation (assez) asymétrique à l'immensité...

Dénué (pourtant) de crainte et d'intention ; se laissant parfaitement guider...

Étincelant ; en étrange miroir de ce qui ne peut se refléter ; de ce que le monde (en général) ne voit pas...

Comme l'aube que nous attendons (tous) derrière la vitre ; porté(s) par cette espérance (assez) désespérée de l'inexplicable [auquel ne peut rendre grâce ni l'abondance de mots – ni la parole poétique (à laquelle l'homme est si peu sensible)]...

 

 

Au fond de la gorge ; le jour inépuisable ; le souffle lumineux ; si peu advenus – (presque) toujours inconnus...

Et le désir ; et la nuit – bus jusqu'à la déraison ; sans interroger l'absence – sans interroger l'espace – ni la possibilité d'un Dieu désincarné...

Les paupières lourdes ; entre l'extase et le sommeil...

Un long filet de bave entre les lèvres entrouvertes...

A dormir encore ; en dépit du corps redressé...

 

 

Dans la vibration du monde ; le bleu...

Qu'importe la rive ; qu'importe le chemin...

Sous le sol ; dans l'âme – disparaissant...

La peau et le ciel ; frémissants...

En ce lieu présent en tous les lieux...

Comme une lumière sur la carte et la terre ; précieuse – abondante – inestimable...

 

*

 

Auprès des arbres encore ; sous un ciel plus haut ; sans autre horizon...

Le vide ; et l'absence de temps...

Le règne du seul et de l'ensemble...

A la cime du cœur ; vers l'envol...

Au-dessus de l'abîme et des bruits...

Rien qu'en se tenant là ; parmi ceux qui écoutent ; si verticalement présent(s)...

 

 

La flèche – fichée là ; décochée depuis soi...

Là-haut ; plus haut ; au seuil de ce que les hommes appellent l'espace...

En plus de cette autre immensité – au-dedans ; l'un – prolongement de l'autre – évidemment...

La matière et la lumière ; comme démultipliées ; plurielles ; constituées du mystère ; et constituant (intégralement) tout ce qui existe ; sans discussion possible...

 

 

Au cœur de l'hiver ; désossé ; n'existant presque pas ; hormis (peut-être) dans la parole (involontaire)...

Sur la pierre ; sous forme d'énigme...

Entre le rire et l'angoisse ; quelque chose du mélange ; et, sans doute, même du nœud...

Sur terre ; au milieu des rêves qui circulent ; tentant (tant bien que mal) de survivre ; abandonnant la chair et l'ardeur à leurs usages habituels ; capitulant en quelque sorte...

 

 

Au pays de la parole sans lieu ; reliée, à son insu, à la source...

Le poème – bribes de vent – abandonné à la transparence et au temps ; allant du bleu au monde et, quelques fois (plus rarement) du monde au bleu...

 

*

 

Tous les chagrins d'autrefois dilués dans la joie d'aujourd'hui...

Les yeux – à présent – dessillés par le rire et le jeu ; la légèreté de l'air...

Comme la somme de toutes les enfances ; auxquelles on aurait soustrait le hasard et les malheurs...

Pas un adulte ; juste un peu de vent et de lumière...

 

 

Ne plus y être ; et y être encore...

Entre le désir et la pierre...

Ne nous agrippant à rien...

Des paroles comme un ciel découpé ; et offert...

Davantage – peut-être – que le monde – les étoiles et les rêves – réunis...

Mais moins que la première fleur pourtant...

Malgré l'infini qui – entre les doigts – se tend...

 

 

Le chemin-mère ; le chemin bleu...

Discret ; comme dissimulé sous les feuillages ; sur le sol persécuté...

Entre désert et désir ; les signes – le soupir et la possibilité...

La bouche toujours sèche ; parfois de trop de silence ; parfois de trop de mots...

La voix – comme les pas – qui résonne...

A se balancer entre le rire et le monde...

 

 

Partagé(s) ; à l'intérieur...

Parfois arche ; parfois fenêtre ; mais grotte, le plus souvent, où l'on aime à se réfugier ; et au fond de laquelle sont nés tous les alphabets – toutes les légendes – toutes les insomnies...

Plus proche(s) de la pierre que de la lumière ; comme le prolongement intermittent (et dispersé) de l'origine...

Éternellement inscrit(s) au cœur de cette enfance naïve et illettrée...

 

*

 

Les seules choses – peut-être ; sans hasard – le vide et l'oubli...

L'extinction de soi pour que revienne l'enfance...

La clarté primesautière ; comme un saut de la lumière – en elle-même ; et sur le monde...

Intensément ; l'absence...

 

 

 

Et tous ces vents sur la pesanteur ; pour chambouler les rites inventés par les siècles ; manière de s'assurer de la consistance de la matière – des existences ; de donner un sens à ce chaos ; à cette souffrance...

Le théâtre des vivants – entre édifice et plaisanterie ; entre funeste et espérance ; pas si loin du secret en fin de compte...

 

 

La nuit à vif ; comme le temps retroussé ; la voix qui puise dans le langage...

Un chemin à gravir ; à inventer...

Avec des ombres – des reflets – des gémissements...

Un semblant de ciel sur les vivants...

La vie ; la chair – se laissant traverser...

Dans une sorte de long épuisement sans (véritable) interrogation ; un songe – peut-être...

 

 

La lumière affalée...

Par le chemin le plus obscur ; souterrain ; aux lisières du visible...

Les yeux creusés par le souvenir...

La mémoire en galerie...

Une manière (sans doute) de se tenir dans l'écume...

Un voyage sans trace (durable)...

A travers le silence millénaire...

 

*

 

La garde – les poings serrés – abandonnés ; les genoux au sol ; inutile toute forme de résistance – toutes nos fiertés – après tant de soustractions...

L’œil-vigile pourtant ; pas dupe (jamais dupe) des filouteries de ce monde...

Là où les flèches sont tombées ; comme tant de royaumes – dans cette sordide pénombre...

De la boue façonnée sur la pierre ; légèrement érigée ; sans exception – sans lumière...

Sur ces rives où seule compte la chair...

A quelques pas de l'or – pourtant ; ce qui brille dans l'invisible...

 

 

Au-delà des pas hasardeux ; ces parts de ciel accessibles ; lorsque le temps et l'horizon se resserrent ; lorsque la route se rétrécit ; lorsque les choix n'en sont plus – deviennent d'impératives nécessités...

Ce qu'il y a ; ce qui demeure – sous les ruines – le sol craquelé...

 

 

Dans le sable ; le cœur enfoui...

L'esprit jamais rassasié de soleil...

Le silence qui (parfois – de temps à autre) interroge...

Cherchant (sans doute) une langue nouvelle pour s'aboucher (de manière opérante) avec Dieu ; l'entendre – et lui parler – autrement qu'en songe...

A travers le sang (inlassablement) propulsé par la pompe (épuisable – si fragile – si peu éternelle)...

Et les idées ; à la source...

A la limite de l'indécence – de l'épuisement ; (très majoritairement) cette traversée...

 

Comme des vagues ; le monde et le temps...

Et l'éternité pour tourner autour ; autant que pour découvrir la sagesse et le secret...

Tout ; dissimulé dans le même mouchoir ; au cœur du même cercle – le bleu et la transparence ; comme une évidence ; l'Amour – les drames – les choses – le plus futile – et notre présence ; très irrégulièrement – à la manière d'un ressac contrarié ; comme ballotté(s) entre le grand large et la grève...

 

*

 

De la couleur de l'eau ; le regard et la main – libres...

Dans l'intimité des choses ; devenu(s) elles – en quelque sorte...

Soi ; et le reste du monde – comme effacés – absorbés ; sans la moindre extériorité...

Au cœur du cercle bleu ; là où l'on naît ; là où l'on respire...

Et ce qui passe ; comme un rêve (l'impression d'un rêve)...

Une longue marche ; une longue suite de pas et de mots – pour tenter d'approcher la transparence...

 

 

Les vivants – sur leur chemin – qui laissent quelques traces ; une tanière ; une nouvelle génération ; quelques souvenirs (qui s'effaceront très vite)...

Et la pierre ; et le soleil – intacts – affranchis des choses du monde – de tous les passages – de toutes les tentatives...

 

 

De la peur ; rien que de la peur ; et qui prend racine dans l'ombre ; à la lueur d'un détour improvisé ; d'une parole proférée – pendant le passage vers le renouveau...

Et – entraperçue – cette lumière mystérieuse – insaisissable – au fond du renoncement...

En cours d'apprentissage ; les débuts (prometteurs – peut-être) de la (véritable) reconnaissance...

 

 

Au fil des pas – des saisons ; des voix – des visages – des corps et des blessures ; tant de rencontres si peu profitables...

Et des viscères à l'air (à foison) ; ici et là – pourrissant sur le sol...

Au fond du ventre ; l'origine de l'ombre...

Et le vide ; en chaque existence (invariablement) passante – et repoussante (quelques fois – il est vrai) ; et qu'importe ce que nous avons dissimulé ou conservé par devers nous ; implacablement le destin s'exprime (d'une parfaite – et impitoyable – manière) ; tout comme nécessairement extrait de sa lie – ou de sa gangue – pour se déployer ; et promis, immanquablement, au déclin – à la disparition et à l'oubli ; comme si tout, en ce monde, était soumis à la même nécessité ; comme si rien, en ce monde, n'avait la moindre importance ; comme si rien n'existait vraiment...

 

*

 

Parmi les pierres ruisselantes de pluie...

Et le parfum enivrant de la terre...

Au milieu des arbres séculaires...

A même le sol mouillé ; l'âme et les pieds nus...

Au fond des bois ; là où les hommes et le temps ne pénètrent plus...

Le visage fouetté par l'averse et le vent...

Et le cœur déjà au ciel ; bien à l'abri...

Goûtant par l’œil et la peau la grandeur – et la beauté – du spectacle...

 

 

A l'âge de la rouille...

Les yeux écarquillés ; la parole infirme...

Des larmes de joie ; là où l'être se repose...

Vivant (si vivant) ; le feu à l'intérieur...

Pour soi seul ; à présent...

Au seuil de l'autre monde...

Ivre de ces lignes bleues que d'une main légère – que d'une main joyeuse – le ciel dessine ; quelques signes – quelques traces – qui caressent – effleurent à peine – la terre – ces rives isolées où nous vivons...

 

 

Tombeau vide ; autant que la vie...

Corps-sarcophage et cénotaphe ; morts et vivants...

Bien que tout soit cousu ensemble avec le vent ; nul ne voit ; rien n'est vu...

Les bourrasques – sous les paupières – essayant (pourtant) de soulever les ombres et les voiles ; et de révéler le lieu de l'innommable...

En vain (pour l'heure) ; tant la terre est lourde ; et la multitude indigente...

Rien que du bruit ; de l'absence et des yeux fermés...

 

 

Là où le ciel recueille ; et rassemble...

Sans commentaire sur la danse et les reflets...

Ni mot – ni image...

Le cœur noir – pourtant ; nous enfouissant...

Dans un enchevêtrement de gestes et de fatigue ; le poids de l'obscur – comme un écrasement...

 

*

 

Aux abois ; le cœur apeuré ; face au temps qui passe ; sans rien savoir ni de la source – ni de la destination – ni du voyage...

Toujours – entre la fin et le recommencement...

Et cette angoisse violente qui pousse la tête à prévoir ; à accélérer ; à anticiper ; sans jamais vivre – et en oubliant (bien sûr) l'essentiel...

Comme une hantise obsédante ; et qui devient la (seule) réalité...

Des yeux tristes sur une existence – un monde – un ciel – trop lointains – si peu réels – si peu vivants – si peu habités...

 

 

Toutes ces choses déchirées ; autour de soi...

Et dans ces gestes ; le fond de l'âme...

Le cœur chaviré par tout ce noir...

Au plus sombre du rêve – sans doute...

 

 

A chercher – sans cesse – ce qui résiste ; ce qui se maintient – ce qui demeure ; alors que tout s'use – se délite – s'efface...

Innombrables ; dans le sommeil – l'illusion...

L’œil engorgé par ce trop plein d'images ; comme hagard – égaré – délirant – dans le brouillard...

Au seuil (pourtant) de tous les mondes ; sans rien voir – sans rien comprendre...

Et tout qui se dissipe – qui disparaît – déjà...

 

 

Face aux grands chiens des collines ; farouche(s)...

Au cœur de la forêt foisonnante...

Le regard fauve ; fébrile...

Dans cette lumière du soir...

Sous les apparences de l'automne ; le jour qui se retire...

L'âme (encore) désirante qui s'approche...

Dans l'écume du plus sauvage...

Aux marges du monde ; notre tentative d'habiter au plus près de la lumière – au fond de notre trou – dans l'oubli de l'humain ; quelque chose qui, peut-être, se dessine...

 

*

 

A distance de soi – encore – quelques fois (de temps à autre)...

Hanté (toujours) par ce qui bouge ; les bruits ; les malheurs qui courent devant nos yeux...

Les arbres – les pierres – les rivières – que nous chérissons...

Et les bêtes ; nos égales devant Dieu ; et ceux qui les assassinent...

Cette fraternité d'enfance qui se risque hors du cercle des conventions (très au-delà du plus commun)...

Plus folle – et plus sage – que les rêves des hommes...

 

 

A travers la boue dispersée ; l'ineffable toujours...

Sans question – sans réponse ; abandonnant la vérité à ceux qui la cherchent encore (assez désespérément) ; et leur laissant aussi la nuit ; et leurs églises ; et leurs prières...

Épaule contre épaule ; au milieu des cendres ; quelque part – avant l'aube...

 

 

L'épreuve du vide ; au cœur de l'abîme...

Et toute chose considérée comme une charge – un encombrement...

Dans le silence nu des pas qui tâtonnent ; sur le fil tendu entre le temps et l’absence de temps...

Au-dessus (bien au-dessus) du royaume des hommes ; là où le vent s'avère un allié crucial et dangereux...

Le destin et la mort ; en équilibre – sur le balancier...

Si loin du sommeil – de l'écume – de l'imposture...

En ce lieu où règne – en souverain solitaire – l'oubli...

 

 

Des pas dans la nuit ; dans la neige...

Sans se hâter ; la chair et le temps (minutieusement) programmés...

Derrière les rideaux du monde ; ce que l'on imagine ; sur cette terre – cet espace inventé – sous un ciel trop haut – inaccessible – impénétrable...

 

*

 

Dans les herbes hautes de la terre...

Auprès du mystère ; des adieux incessants...

Le visage face à la vérité...

Le pressentiment de l'abordable...

Sans doute (sans aucun doute) sur les chimères qui rassurent les hommes...

L'ardeur de l'âme au contact du réel...

Et l'inconnu qui chasse toutes les croyances – toutes les certitudes – toutes les illusions...

La grâce et la lumière ; dans l'instant (pleinement) vécu...

Et le vent qui cingle (qui continue de cingler) la chair du monde...

 

 

Le geste poétique ; sans intention – la tête effacée...

A la place de la nuit ; le sourire...

Penché non sur le mot mais sur le vide...

Le visage accroupi...

En ce lieu déserté par les hommes...

Et tous les arbres ; et toutes les bêtes – autour de soi ; la peau à portée de tremblement...

Vers le jour – la fraternité – la transparence – (substantiellement) partagés...

Ainsi vécues ; les joies essentielles de l'effacement...

 

 

Dans la tension du nombre...

Trop solitaire(s) ; trop peu solidaire(s) – pour tendre les bras...

A distance ; de plus en plus loin à mesure que le rêve se déploie...

Des voix incomprises ; et (très largement) inentendues...

Dans la cacophonie de la multitude ; chacun dans son coin...

A l'ombre des Autres ; et le soleil trop bas (de biais) pour offrir sa chaleur et sa lumière...

Comme enclos dans le périmètre (étroit) de l'obscurité et de la peur...

 

 

L'enfance en fête...

L'âme ragaillardie...

A jouer avec le ciel et la boue (d'une manière assez différente)...

Entre la chambre et le ciel...

Et ce qu'il reste à découvrir ; et ce qu'il reste à traverser...

 

 

La terreur accréditée ; et la terre (étonnamment) consentante...

Irrépressiblement la proie...

Que le regard et le souffle s'habitent ou qu'ils fassent défaut...

Perdu(s) à jamais ; dans la trame des chemins ; et la cendre à venir...

Sans retour possible ; sans même la possibilité d'un ailleurs...

 

 

Du côté du monde trop crédule...

Dans la naïveté du même visage...

L'âme bouleversée par le sang ; et le sentiment de l'étrangeté...

Le chant discret ; variable mais (fondamentalement) inchangé...

Qu'importe l'importance que l'on accorde aux ombres – aux songes – à la mort – au mystère – aux vivants – à la vérité...

Ce que nul encore ne sait ; mais auquel l'histoire, un jour, donnera raison...

 

*

 

Le cœur touché par le plus simple ; cette fraternité sauvage ; sous les mêmes étoiles que les hommes – pourtant...

La terre naturelle – authentique ; véritable peut-être ; sans croyance – sans préjugé – sans interdit...

Le règne du passage et de la nécessité ; le règne de l'éphémère et de l'essentiel...

L'appartenance et l'indistinction sur chaque visage ; relié(e)s (très) instinctivement...

Et le pressentiment du plus proche – du plus profond – du plus commun ; ce qui manque – si cruellement – à l'esprit humain...

 

 

L'ardeur intacte ; au-delà de toute intention ; de toute conviction...

D'encre et de ciel ; cette parole qui serpente entre l'incertitude et l'inconnu...

Dieu ; sur ces rivages – déguisé en un peu de lumière ; en un peu de poésie ; et que ces siècles méprisent ; comme si les cœurs – comme si les mains – comme si les bouches – avaient effacé jusqu'à la possibilité de la tendresse – de la mansuétude – du détachement...

 

 

Le cœur ; prêté (pour quelques instants) pour s'essayer au chemin...

Aux côtés du monde ; et du silence...

Et la couleur du destin qui, peu à peu, apparaît – se dessine...

A portée (toujours à portée) de lumière ; en dépit du sombre que l'on côtoie...

Comme le vent dont le chant se renouvelle ; et s'éternise...

Comme un clin d’œil au temps qui a prolongé l'origine...

 

 

La vie simple ; (éternellement) voyageuse...

Invariablement ; entre ciel et terre...

Sans rien chercher ; la route – ce qui apparaît...

Ni doute – ni pensée ; la main tendue...

Et ce que l'on traîne ; dans notre sillage ; la parole qui s'offre sans attente...

Comme de petites pierres – au milieu des rêves ; un peu d'infini au cœur de l'infime ; sous des yeux (presque) toujours trop lointains...

 

*

 

Au commencement du rêve – du monde...

L'anarchie des premiers instants ; ce qui précéda le givre et la danse (interminable) des pénitents...

 

 

Sans étonnement ; la lumière...

Le lieu désert ; et l'infinité des liens...

Le retentissement des sons...

Au milieu des bêtes et des bois...

Témoin(s) de l'aube qui s'étire ; et que le jour absorbe...

Mille choses transparentes ; au lieu de la fumée du monde...

 

 

Au cœur de cette fraternité silencieuse ; immense...

Loin des murs ; loin des Autres...

Ensemble ; comme si de rien n'était ; comme si la vie – le monde – la mort – avaient été (parfaitement) compris – accueillis – apprivoisés...

 

 

Invisibles ; le lieu et le visage...

Ce qui s'avance – en nous – en silence...

Ces chemins que nul n'emprunte – que nul ne (re)connaît...

En soi-même ; si profondément...

Cette lumière qui éclaire ces heures sans soleil...

Comme au fond de l'âme ; et au fond du crâne ; oubliée...

 

 

Le souffle ardent ; intensément solitaire...

A travers le monde – le pas – le vent – la poésie...

Et les bêtes dans leur passage ; et certaines âmes dans leur voyage...

A travers ce qui monte ; la source inconnue ; apprivoisée...

Le poids de ce qui s'en va ; et la légèreté du reste...

 

*

 

A bras-le-corps ; la distance...

Au cœur de cette (perpétuelle) oscillation entre l'Un et le reste (ses fragments – sa progéniture – son prolongement)...

De la chambre à l'inquiétude ; et de l'inquiétude à la lumière...

Et le recommencement du cycle ; sans fin – à travers la matrice qui enfante (sans jamais s'interrompre)...

D'un corps à l'autre ; d'un univers à l'autre...

Et l'aube – chaque jour – comme une nouvelle épiphanie ; qui s'élève entre les rêves et les étoiles ; au-dessus des figures émerveillées...

Quelque chose, à chaque fois, de la naissance du monde...

 

 

Toutes les couleurs ; à travers le bruissement du langage...

De l'érection à l'effondrement...

Par lambeaux ; par pans entiers de ciel...

Ainsi (sans doute) jouit-on de la solitude ; ainsi (sans doute) s'expérimente toute poésie...

 

 

A l'heure (sombre) des cendres ; la poussière et le silence...

Au-dessus du monde ; des songes (une multitude de songes) ; et autant de souvenirs...

L'esprit triste et assoupi ; avec le parfum (enivrant) des fleurs – et le flot (incessant) des larmes – qui accompagnent le (grand) sommeil...

Le visage livide ; le cœur défait...

Seul ; à l'autre porte ; et (encore) si près de ce monde...

Au seuil des rives oubliées...

 

 

Dans l’œil – et le ciel – de l'oiseau ; parfaitement ouverts – dépliés...

Au rythme de la danse ; le voyage ; cette ronde (interminable) autour de soi...

Avant l'entrée dans le cercle silencieux ; et ce qu'il faut d'écoute et d'entente pour se rejoindre – se retrouver...

Auprès de l'ensemble ; toujours (très) harmonieusement ; en dépit des apparences ; et n'en déplaise aux inquiets – aux alanguis – aux grincheux – que chagrinent toutes les circonstances...

 

*

 

Rouillée la hache ; dans l'herbe mouillée...

Rouge et rosée...

Comme la parole et le visage ; parfois ruisselants – parfois abandonnés...

Le prolongement (consenti) de l'origine...

Jusqu'à la courbure – parfois dramatique – de la lumière...

Nul gain – nulle perte ; ni vainqueur – ni vaincu – (pourtant) en ce monde...

Le franchissement du miracle ; la seule possibilité...

 

 

Des lieux ; des épreuves...

Rien auquel on ne puisse échapper...

Des Autres – des pierres – des flaques de boue...

La clarté fangeuse du monde ; et des angles où se cogner ; et des arrêtes où s'écorcher...

Mille choses ; et autant d'obstacles que d'accablements...

Ce qu'il (nous) faut nécessairement endurer...

 

22 juin 2023

Carnet n°292 Au jour le jour

Avril 2023

Le passage offert ; et que l'on obture – peu à peu...

Au fil des pas ; le merveilleux (par intermittence)...

Les yeux (trop souvent) ligaturés...

Comme emporté au loin ; là où commence la mémoire...

Dans le prolongement indéfini de l'élémentaire...

 

 

La matière, peu à peu, retranchée...

Se creusant ; comme les bruits et la langue...

A ciel découvert ; qu'importe l'ampleur de la faute ; l'ampleur de la faille...

La (simple) continuité des choses ; du voyage...

Comme condamné(s) à l'éternelle étrangeté du vivant...

A supposer (bien sûr) que nous existions...

 

 

Emporté par la parole qui nous assaille – qui nous martèle ses fables (ses croyances) ; et qui nous soustrait (trop souvent) au plus vrai – à ce qui (se) rapproche de la vérité vivante..

Hors du monde ; l'horizon ouvert – l'âme offerte ; le vide qui (enfin) se révèle...

 

*

 

La nudité accueillante...

Sous la lumière crue du jour ; le monde...

Les mains jointes (quelques fois)...

Le souffle déployé...

A travers l'esprit...

Et les lèvres tremblantes...

L'âme au bord du sommeil...

Près du refuge des bêtes...

Le Dieu vivant ; au-delà du rêve des hommes...

Le reflet grossissant du ciel dans les yeux confiants...

 

 

En dépit de cette présence sans fin – immobile...

Au milieu des rêves et des fantômes...

Des pierres et des étoiles...

Les lèvres serrées sur l'écume ; à l'image des cœurs crispés et des mains saisissantes...

Dans notre bain de boue quotidien ; cette frange du monde...

 

 

La tête dressée ; hors des siècles ; alors que l'asphalte se déroule ; alors que le voyage continue...

S’affranchissant (peu à peu) de la gangue...

D'un espace à l'autre ; vers les hauteurs ; l'immobilité...

Le cœur ouvert ; et les pieds (encore) dans la fange...

 

 

A l'abri ; dans les bois...

Enveloppé par le bleu souverain alors que partout ailleurs la violence sévit...

Le jour dans les yeux ; naissant – alors que les hommes s'obstinent à repeindre le monde ; en couches sombres qui alourdissent le poids du mensonge ; et qui opacifient les voiles déjà épais qui recouvrent la transparence – la lumière...

Comme un obstacle à vivre ; le rêve porté au pinacle ; pour le plus grand malheur du reste...

 

*

 

La terre – au milieu des étoiles ; comme un bain d'enfance...

Encore la nuit ; malgré la couleur – la lumière...

Et ce bleu ; sous les arbres...

A l'abri des lourdeurs humaines ; des horizontalités trop grossières...

Un anneau à chaque doigt...

Et le cœur au fond du regard ; à mesure que les noms deviennent fenêtre ; à mesure que l'espace remplace le monde – la fièvre – le rêve ; à mesure que disparaît l'écume...

 

 

Dieu ; plus intensément...

Autant que l'âme et la matière...

La terre si haut perchée ; le ciel si accessible...

Plus ni exil ; ni étrangeté...

L'étreinte – le silence – l'origine...

Moins (bien moins) distrait qu'autrefois...

 

 

Face à ce que l'on croit ne pas être...

Dressé ou aplani ; nous désolidarisant en cas de malheur – en cas de menace...

Gardien du peu ; de l'infime – face au reste ; sur la balance du dérisoire...

Alors que vit – s'offre et se déploie – devant nos yeux – l'inespéré...

 

 

Parcourus ; le monde et le refus...

La route dans le vent...

Et l'intériorité qui affleure ; sous la peau – les paupières...

Face au ciel ; la paroi contre le dos...

Et ce silence – au milieu des cimes ; sauvage(s) – nécessaire(s) – paroxystique(s)...

Les lèvres grandes ouvertes...

Avec déjà l'essentiel en soi ; au milieu du fouillis des images...

A la recherche d'une chambre – d'un passage ; un lieu qui servirait (à la fois) de refuge et de tremplin...

 

*

 

Carré de pierre – de ciel...

Tout penché(s) contre nous...

A écouter la parole des arbres ; et la sagesse ancestrale...

Face à la lumière à peine voilée par la danse des hommes...

Le visage (une partie du visage) recouvert(e) par les fables du monde...

Bras écartés ; sans (jamais) se dérober à son destin...

 

 

Dieu au cœur des dissemblances...

Bien que chacun brandisse (avec force) ses croyances ; son identité...

Ni ciel – ni halte ; dans les mouvements...

A chercher le souffle et le secret ; malgré l'obscurité et l'indifférence de ce qui nous entoure...

La main incertaine posée sur l'infini qui s'esquisse...

On a beau s'approcher – ou s'éloigner ; ni (franchement) proche – ni (franchement) lointain ; jamais séparé de la source – en vérité...

 

 

Comme respirant dans l'interstice ; indigemment...

Autour de soi ; le monde – l'air – l'eau – la terre – pollués...

Des formes de vie (sans doute – les plus grossières) drapées d'un peu de matière...

De l'argile maladroitement façonnée...

Et le surcroît laissé au fond de l'âme ; derrière les yeux...

Au milieu de tous ses congénères...

 

 

Le cœur comme un bloc ; soustrait aux risques...

A ses propres yeux ; comme la soif...

Et ce que nous refoulons plus loin ; par-delà le regard et les confins...

La chair – au-dehors – déchirée par tant de coups ; les brimades d'un monde indifférent...

A nous reconnaître – trop peu souvent – en l'Autre...

Au milieu des griffes et des crocs ; au milieu des dépouilles et du sang...

Au cœur de ce chaos – sous les orages et les tempêtes ; le front et l'âme qui, peu à peu, apprennent à s'ouvrir ; à se laisser pénétrer...

 

*

 

En soi – les chimères ; mains tendues ; aussi mortelles que le reste...

Sous la même lumière ; et les saisons changeantes...

Sans importance – sans impatience ; jusqu'au dénouement...

 

 

Au-delà des alliances ; le chemin ; et des rires...

Recueilli(s) dans ses propres bras...

La roue du temps ; inversée jusqu'à la suspension...

Puis des ondes – des vagues – des courants ; nous laissant emporter – comme une manière de savourer – et de célébrer – la fin du voyage...

Sur notre barque ; uni(s) – déjà uni(s) – à l'infini...

 

 

La peau déchirée ; et le vent...

Et la nuit dans laquelle on s'enroule ; et le ciel que l'on habille de noir...

A la manière de Dieu – des bêtes ; dans l'indifférence des yeux...

L'esprit en tête ; et le secret au fond de l'esprit...

 

 

Comme une secousse ; vers l'océan...

Ce qui se déplace d'un monde à l'autre ; l'esprit soulevé – l'esprit soulevant...

Au-dessus des montagnes et des toits...

A partir de nos lèvres inquiètes...

L'érosion qui frappe la roche ; et qui éparpille ceux qui se rassemblent pour assouvir leur faim...

Par défaut d'oubli ; ce que l'on attribue (en général) au monde – aux Autres – au temps...

 

 

Comme enroulés autour d'un sommeil cordial – sans retenue...

Accoudés au retrait et à la nuit...

Par nuées ; avançant (plus ou moins) masqués...

Colonisant la pierre...

Anéantissant à coups de piques et de pointes...

Le ciel et l'Autre – par l'embrasure – ignorés...

Et redevenant la terre ; sans la moindre larme – sans le moindre tremblement...

 

*

 

L’œil-univers posé tantôt sur la boue – tantôt sur le jour ; tantôt depuis la rive – tantôt depuis l'étendue...

Face à la lumière ; sans autre provision...

Le ciel – les choses ; sans rien changer...

Et ces visages tremblants devant tant d'incertitude(s)...

 

 

En ces lieux ; l'invisible...

Des mots – des seuils ; le soleil...

Qu'importe ce qui guide les pas ; et la parole...

Penché(s) sur le temps qui passe ; comme une eau intarissable...

Et la nuit ; et ce qui nous relie...

Comment pourrions-nous l'oublier...

 

 

Par petites touches ; les créatures façonnées...

Se dispersant ; partageant le sacrifice ; et le trésor commun...

Terre et ciel – scellés ensemble ; durant cette traversée – à genoux...

 

 

Les yeux au-dedans de la pierre...

Se consacrant à l'inventaire (inépuisable) du monde...

Parmi cette foule nombreuse – hostile – exigeante ; indifférente au labeur des Autres...

Le secret (savamment) dissimulé au fond du silence...

Et les mains qui tirent ; et les mains qui poussent ; et les cœurs qui prient et s'exaltent...

Et l'âme à la traîne ; et l'esprit étroit et retors à la manœuvre – toujours asservis à la matière...

 

 

Condamné(e)(s) à cet étrange vertige de l'arrachement ; l'âme – la tête – la chair – le monde...

Porté(e)(s) tantôt par le manque et la faim ; tantôt par l'invisible et la joie...

Sur ce fil tendu – le(s) destin(s) – par intervalles – entre ce qui emprisonne et ce qui libère...

Cherchant le souffle et la sente...

Jamais aussi près du ciel ; et de la terre...

Cette traversée de l'air vers le jour ; à égales distances des extrêmes et du centre ; au milieu de la poussière...

 

*

 

Le cœur en flammes...

Qu'importe le nom de Dieu face à l'indifférence ; face à la force du rêve qui a envahi la terre et les têtes...

La paix et l'intensité du cri...

A regarder l'invisible œuvrer sur le regard et sur le monde...

Qu'importe le degré d'embourbement de ceux qui respirent ; de ceux qui s'acharnent à vivre...

 

 

Évanouies – envolées ; les traces (si tenaces) de la souffrance...

Et l'approximation de l'exactitude au regard de l'immensité...

Et ce surcroît (colossal) d'intimité...

Sur ces berges où rien ne peut s'achever ; où la clameur du monde est (presque) toujours célébrée – entendue et répétée...

Dieu présent (pourtant) jusque dans les traits les plus obscurs...

Et le visage de l'aube ; au terme du voyage ; le commencement d'une autre vie – sans doute...

 

 

A entendre – en soi – le monde et le temps – s'écouler ; en un murmure infime...

Entre l'est et l'ouest ; entre le nord et le sud...

Au centre du ciel ; juste en face...

L'essentiel (sans même en avoir l'air)...

Assouvissant la soif – en flots continus...

Et les éclats si épars du visage ; (enfin) réunis ; (enfin) reconstitué...

A même le souffle ; et le cours des choses ; la réparation...

 

 

Au demeurant ; au milieu de l'eau – et de l'espace – sur la terre...

Le cœur au loin ; la tête en l'air ; l'âme en fête ; le corps se déployant  – marchant ; flânant auprès des autres solitudes...

Ne cessant (jamais) d'être ; à la fois surface et profondeur ; offre et réclamation ; jeu et tristesse – ensemble et élément...

De moins en moins séparé(s) ; rapprochant la chair du sol ; et le reste du vent ; la figure et le nom se laissant, peu à peu, effacer par l'infini...

 

*

 

Ce qui déborde ; comme la chair et le cri ; l'apparence d'une divulgation...

Le dedans qui ressort...

L'abondance et le noir expulsés peu à peu ; et (parfois) évacués à la main...

Dans les ornières du temps ; au cœur du plus précieux...

Quelque chose des bêtes et des Dieux...

A mi-chemin – peut-être...

Comme une floraison crépusculaire...

 

 

L'or et le monde ; tant (re)cherchés...

Comme si le cœur était équipé pour l'obscur ; les paillettes ; les chemins de fantaisie...

D'un lieu à l'autre ; sans Amour – sans pardon ; sans (véritable) possible...

L'esprit de la douleur comme seule étoile...

Sans que l'intelligence et la tendresse puissent s'inviter...

 

 

La soif au bord des lèvres...

Et le cœur froid – sur la pierre – qui attend...

Face à la blancheur ; l'incompréhensible...

Ce qui nous éclaire – peut-être...

Pour apprendre à se séparer (peu à peu) de l'inhumain...

 

*

 

Les mains pourvoyeuses de toutes les faims du monde...

Comme un consentement à l'improbable – à l'impossible – à la récurrence...

Le jeu de l'écume sous la lumière...

Entre l'excès et le sacrifice ; l'étroit chemin...

Et ces (maigres) retombées d'étoiles en guise de récompense...

Ce qui fait perdre (trop souvent) le sens et la joie ; au profit de la douleur...

Et rien pour contrecarrer le rêve ; l'irrésolution...

 

 

Au bout de ce monde ; dans un retrait – une discrétion...

Comme un éloignement du trop humain...

Une hauteur – une suspension...

Porté par les désirs du vent ; sa volonté ; obéissant...

Comme un ressort dans la poussière...

Le prolongement de l'alliance ; le trait d'union ; le prélude de l'effacement...

 

 

Du plus haut ; l'étreinte...

Ce qui – dans le cœur – est atteint...

A se découvrir ; et à disparaître...

Avec ce qui reste ; le visage à l'horizontale...

 

 

L'enfance ; à coups de rêve...

A nous débattre dans la fumée épaisse...

L'âme en feu ; et les pieds plantés dans les gravats...

Et nous encore ; sur tous les monticules de pierres...

A prier le ciel – la lumière – l'éternité...

Sans jamais consentir au repos ; asservi(s) à cette fièvre qui ne pourra nous arracher à la boue...

 

 

Nous ; mesuré(s) par cet écart infranchissable avec la transparence...

Comme un dessaisissement (involontaire) ; un chemin (indirect) vers l'abîme...

Rien de nouveau – pourtant ; sinon cette proximité du sol ; et l'impossibilité de la matière...

Qu'importe que le temps succède au temps ; que le monde succède au monde...

Blanc jusqu'à l'os ; malgré l'obscurité alentour ; malgré la noirceur des âmes...

Peu à peu – l'innocence ; en dépit de tout...

 

 

Tout réuni – dans l'espace ; la lumière – le silence – le monde – la confusion...

D'opacification en éclaircissement ; puis, le chemin inverse – invariablement...

Comme face à la montagne ; la même route – la même illusion...

 

*

 

A se résoudre au feu – à la bêtise – au sacrilège ; à la matière malmenée...

Comme de la fumée entre le sol et le ciel...

Au-dessus des pierres ; et au-dessus des siècles...

A coups de boutoir – sous la même étoile...

A consentir jusqu'au rêve – jusqu'au sommeil – jusqu'à pactiser avec les forces les plus noires – les plus souterraines...

 

 

Paroles et pas impatients – désincarnés...

Porté(s) par le tourbillon des chimères...

Avec sur les épaules (sur toutes les épaules) le poids du monde et le silence...

Défaisant (presque toujours) le plus simple ; au profit de l'ombre...

A vivre comme derrière une vitre ; avec tant de morts et de fantômes...

L'âme ; jusqu'à la moelle – rougie par la colère et le sang...

  

 

Pourquoi Diable – de passage...

Si peu équipé(s) pour les réponses...

A travers la tête ; (trop) aveuglément...

A s'imaginer percevoir le réel ; le temps qui s'écoule...

Le front obstiné ; obscurci...

Bricolant des solutions avec quelques bouts de ficelle trouvés sur le chemin...

 

 

Des origines à l'âge de la poussière ; durable – indéfini ; instants passagers certes...

A force d'exalter le souffle...

Une face amoindrie – accaparée ; et l'autre culminant au-dessus du sol – dans les hauteurs d'autrefois ; inchangées – inaltérables...

A moissonner les intervalles – les interstices – les anfractuosités...

Aux jointures de la parole et du rêve ; au lieu de poser les premières pierres de l'ascension...

 

*

 

Quelques traces (quasi) enfantines...

Entre la faim et la barbarie...

Au milieu des nuées de créatures dispersées dans l'invisible...

Et l'énergie qui, peu à peu, se structure – s'affine – se singularise...

Comme des ondes – des soubresauts – sur la terre ; dans l'eau et l'air sombres...

Avec des géniteurs unis par la même cause...

Et le jour descendu qui s'attarde un peu...

Entre mille nécessités ; la folle histoire de la métamorphose...

 

 

D'un monde à l'autre ; la parole prophétique...

Accompagnant l'obscur et la douleur...

Dans le bruit ; d'une extrémité à l'autre...

De mort en mort ; et entre les intervalles – la possibilité du renouveau (ou, au pire, celle du recommencement)...

A peine existant(s) depuis (presque) toujours – pourtant...

 

 

A l'instant du seuil ; les alentours...

Aux limites du rêve ; le monde des choses...

De l'abstraction à la totalité...

Comme un (très) progressif éclaircissement de l'esprit...

 

 

La figure mortelle désavouée...

Une manière d'éradiquer toute croyance...

Invoquer le silence plutôt que la raison ; et déployer l'esprit plutôt que l'idée du monde...

Le vivant à cheval sur la douleur et la mort ; et qui, peu à peu, s'en écarte (et qui, peu à peu, apprend à s'en écarter)...

Vers le seul appui – en soi – la blancheur ; et l'innocence du sol et de l'espace...

 

 

Ainsi constitué(s) ; jusqu'au réveil (plus ou moins rapide) de l'insatisfaction...

Par le truchement des traces suivies et la lucidité...

Une manière d'interrompre la tradition et d'initier un mouvement singulier (éminemment subjectif et personnel) visant à révolutionner le regard – la perspective – le geste et l'élan...

 

*

 

A extraire les traits du jour par les veines...

A reprendre en chœur le sang qui pulse...

D'une terre à l'autre par la même rive ; longue et continue...

A se détourner de la séparation ; et de ce qui éloigne...

La main caressant ce qui pleure ; et la figure penchée sur le reste...

De (très) bon augure ; cette présence – cette attention...

 

 

Loin des horizons communs...

L'angoisse (presque) entièrement consumée...

Au rythme du chant terrestre entonné pour (presque) rien ; vers le vide et la transparence...

Une sorte d'illumination invisible...

Avec tous les arbres et toutes les bêtes serrés contres soi ; et l'âme bercée par le mystère et la langue...

Et ce besoin d'aube et de solitude ; à partager de manière (parfaitement) équitable...

 

 

Minuscule ; comme oblitéré...

Et condamné au silence...

Un peu à l'écart du rêve – du monde...

Né avec l'apparition du jour...

Et mêlé à l'enfance et à la poussière...

Du début des âges ; comme la roche qui s'élève...

La perpétuelle réitération du voyage...

 

 

A travers la tête ; la pensée intarissable...

Le désir de l'homme ; face au manque – face au froid...

Simple particule au milieu des Autres – au milieu du reste...

Un peu partout ; et déjà fractionné(s)...

Dans les interstices du jour...

Entre la lumière et l'infini ; en dépit des apparences...

 

*

 

En chemin – entre le vrai et ce qui brille ; le cœur attiré...

Comme un sillon ouvert parsemé de rouge et de jaune...

Et sur fond de transparence ; l'espoir – la misère et la joie ; indistinctement...

De plus en plus immobile à mesure que l'immensité se rapproche – nous recouvre – nous efface...

 

 

Les signes de la fièvre peints sur les lèvres ; la parole hâtive ; inattentionnée...

Loin du murmure ; et de la suggestion...

Des airs d'absence alors que le ciel s'abaisse – se découvre – se révèle...

Entre l'infini et le néant ; les paupières fermées...

Le chant qui couronne l'ombre et la nuit...

Les yeux gonflés d'images ; la tête comme déformée ; et parfois (trop rarement) des ailes qui se mettent (spontanément) à pousser...

 

 

Suspendu(s) au rêve de l'indifférence...

Brinquebalé(s) pourtant...

Et nous dérobant (essayant de nous dérober) pour ainsi dire...

Émergeant (à peine) des éclats ; et bien décidé(s) à nous enfuir au plus vite...

D'ici jusqu'au point de ralliement – le lieu où se rejoignent les corps ; le lieu où se dispersent les âmes...

Jusqu'à ce que disparaisse toute cécité...

 

 

Aveuglément ; sans s'interroger...

Nous consolant de l'infime et du dérisoire...

Aplanissant les (minuscules) anfractuosités ; et remplissant les trous et les failles ; alentour – à notre portée...

Insecte(s) en quelque sorte – rivalisant de ruses et de déguisements pour s'approprier une parcelle – se construire un abri – et bâtir ce que les hommes appellent une existence ; les pieds et l'âme encore plongés dans la terre et l'insignifiance...

 

*

 

Un feu, parfois, pour enflammer les rêves ; faire taire les cris ; et réserver à la chair la promesse de l'étreinte...

Puis, attendre la joie qui envahira les cendres...

 

 

Le corps comme une étoffe qui flotte au vent...

Bout de ciel et de pierre ; si maladroit sur ces rives hostiles et grouillantes...

En dépit des apparences – conçu pour des lignées verticalisantes...

Édifiant depuis le plus bas – à hauteur de poussière...

Et cherchant (encore) à se baigner dans le sens des eaux...

Vers la terre ; toujours courbé ; malgré la voix et la prière...

 

 

Au jour précédent ; le peu de partage...

Étendu sur le flanc...

Servant de reflet aux étoiles...

Et jetant les pierres aussi loin que possible pour élargir le monde ; agrandir le territoire et l'enclos ;

La croix toujours sur l'épaule...

 

 

Sans cesse oscillant entre hier et demain – entre le centre et la périphérie ; comme si les lieux et le temps existaient réellement...

Bout(s) d'espace – seulement...

Dans le rire et la joie révélés ; malgré la tristesse et la souffrance apparentes...

Des tourbillons de poussière ; une figure ; quelques vibrations à même la trame...

Qui que nous soyons...

 

 

Dans la différence ; rassemblé(s)...

Sans qu'interviennent ni le parcours ni les commentaires...

Comme un franchissement ; quelque chose de nouveau ; à la fois seuil et prolongement...

Surprise sans précédent ; et s'amplifiant à mesure que nous nous effaçons...

 

*

 

Ce que nous n'abandonnons pas ; à sa botte...

Penché sur les saisons qui passent...

Et la lune ; magiquement ; et notre (lente) absorption...

Quelque part entre le désir et le rêve...

Dans cette faille qui ouvre l'espace ; et déplace les frontières...

Jusqu'à nous dessaisir de toutes possibilités...

Devenant ce qui voit ; sans les mots...

Ici – ailleurs ; comme une fenêtre éclairée...

 

 

Le regard ; comme un soleil noir...

Métamorphosant le pays de la mort...

Et dans son sillage ; ceux qui vivent – ceux qui croient – ceux qui boitent et bâtissent...

Infirmes ; toujours infirmes – quelque part...

De l'or plein les mains ; et (toujours) derrière la vitre...

Dans la profusion des pierres et des promesses...

Si loin encore de ce qui excède le désir...

 

 

Nous-même(s) ; comme figurant(s) ici...

Aussi bien que la parole ; comme un bruit – un décor – anonyme(s) de plus en plus...

Voix et silhouettes évanescentes émergeant du rêve et du sol...

Intelligibles par le cœur attentif...

Et comme des traces noires pour les Autres...

Quelque chose entre la douleur et la joie ; guère compréhensible (assurément)...

Puis, le silence ; la disparition de l'extérieur aussitôt suivie par notre effacement...

Nous-même(s) ; sans autre possibilité ; ne figurant plus même ici ; ni ailleurs...

Comme partout à la fois...

 

 

Allant là où cela doit être...

Entre le jour et le reste ; plus rien...

L'obscur révélant sa nature...

Parvenu comme autrefois ; en ces temps de toujours...

 

*

 

Comme l'eau ; libre de sa destinée...

En tourbillons de ciel ; dévalant les reliefs de pierre ; serpentant à travers les rêves...

Dans le sens du vent...

Autant de signes d'obéissance...

Effaçant – avec le reste – les (risibles) traces des hommes...

Pas même une entaille sur la peau ; et pas la moindre empreinte dans l'esprit...

 

 

Ramassé à la dérobée ; le trésor...

Les mains chargées de présent...

Cassant la pierre à coups de joie...

Offrant l'inconnu comme une caresse...

Et sur le chemin de la cendre ; des carrefours et des étoiles...

Tout ce dont le cœur a besoin...

 

 

Ainsi la parole ; plus faille et obstacle que tremplin ; plus réponse que découverte ; plus rempart qu'issue...

A ce point que le nous (jamais) ne peut être suspendu...

Simple prétention de la tête ; qu'un bruit infâme – un relent méphitique des temps passés ; sans jamais permettre ni la rupture – ni la jonction...

Aussi désarmé(s) avec que sans ; et plus empêtré(s) encore (sans doute)...

 

 

Redoublant de peines pour moins de clarté...

Poussière structurée qui entrevoit son passage ; sa durée (approximative) et sa disparition (apparente)...

Du côté de ce qui est plutôt que du côté de ce qui pourrait être (pour le meilleur) ; et inversement (pour le pire)...

Si malhabile encore ; et pas même à mi-chemin...

 

*

 

A tout cela ajoutés ; la nuit – le jour – la proclamation – toutes les naissances et toutes les morts...

Et le labeur supplémentaire pour nous faire taire au seuil du silence...

La paix en son cœur ; et l'étoile derrière la vitre...

Tout à sa place ; l'âme – le monde – le reste ; et nous qui avons disparu...

 

 

A crier plus haut que le ventre ; fort heureusement...

Entre les Autres et le ciel ; à cette place étrange...

Au-delà de l'image ; au-delà de l'espérance...

A la jonction et dans le prolongement ; maillon (exactement) de tout ; esprit et matière ; danse et épaisseur...

Sans séparation ; dans l'indistinction du cœur commun – du cœur uni ; l'entièreté de l'espace ; ondes et particules...

 

 

A la marge ; ce désir d'éclats...

Entamé par la saisie ; et l'impossibilité du renouveau...

Affleurant – à peine – durant la traversée...

La même figure ; se succédant (de manière perpétuelle)...

Jusqu'à l'émergence de la blancheur ; jusqu'à la fin des temps...

 

 

Hors d'atteinte ; la tête très près (tout exprès)...

Aveuglément ; les déplacements...

Sur le sol venteux ; dans la poussière qui tourbillonne...

Le cœur crispé sur la question...

Ce que l'on a vu ; et ce que l'on a entendu dire...

L'espace de quelques instants...

A obscurcir le front avec le rêve – le monde – la nuit...

Comme si rien ne s'était interposé entre nous et la lumière ; ce que nous découvrons (bien sûr) au fil du chemin...

 

*

 

Le Dieu vivant sous l'apparence...

Au plus près de l'ardeur ; et de ce qui brûle...

Dans tous les mouvements qui nous animent ; choses – êtres et astres...

L'univers en marche ; s'éclairant – se dissipant...

Jamais loin ; jamais au-dehors...

Contre le silence ; la tête foudroyée...

 

 

Le souffle sous l'apparence de la cécité...

Plus qu'une couleur ; des vibrations...

La fièvre qui nous agite ; et le sommeil qui nous saisit ; qui nous assomme...

Et dans le ciel aussi ; au demeurant ; sans la moindre exception...

Par-dessus les cimes du temps ; quelque chose d'éclairé – de lumineux...

Si violemment – si nécessairement ; comme l'encre qui gicle – qui se répand – qui envahit le carré blanc ; et qui colore l'âme (les âmes peut-être – espérons-le) de son bleu céleste...

Sur nous ; pauvre matière – la patte céruléenne...

 

 

Sans un seul mot retenu...

Et le même silence entre ; et à la fin...

Un chant ; à la manière de l'incertitude...

Le rêve et le vent tissés ensemble...

Non pour dire ; pour célébrer ; et la joie que cela offre ; un rayonnement peut-être...

Qu'importe l'obscur ; qu'importe l'insignifiance ; lorsque l'élan et le trait obéissent à la nécessité...

 

 

Entravé(s) ; par intermittence ;

D'un intervalle à l'autre ; les interstices de la chair et du rêve que la mort interrompt...

La marque (presque toujours) de la confusion et de l'emportement...

Jusqu'à l'avènement de la lumière ; cette étrange liberté...

 

*

 

Trop de terre dans la tête ; dans le sang...

Et le désir dans son expansion contrariée (pour le moins) ; invalide ; dans ses tentatives (infructueuses – il va sans dire) d'affranchissement de la pierre...

Poussé jusqu'au mutisme – jusqu'à la sidération ; tant son impuissance est patente ; tant son ambition est entravée...

Au cœur de la matière – pourtant – le plus grand soleil...

 

 

Dans l'Absolu du monde ; si mystérieux...

Épaule contre épaule ; et le souffle inégal...

A la lisière du signe ; le commencement – la solitude – le voyage...

Ce qui nous échoit (ce qui devrait nous échoir) ; avant l'étape du rougeoiement ; prélude (inévitable prélude) de la disparition et de la lumière...

L'au-delà du ciel – de l'écume – du langage...

 

 

L'évidence du sol – du souffle – du centre...

D'un lieu à l'autre ; sans se déplacer...

Dans la jonction ; la (perpétuelle) continuité...

Alignés ; sous la lumière...

Comme si la nuit n'existait pas...

Comme si l'aurore était une invention...

 

 

Cette (intrigante) confusion entre la figure et la poussière...

Comme un rêve qui scintille – accidentellement – à travers le gris (et l'opacité) des yeux ; et qui attend le vent et la mort pour disparaître...

De proche en proche ; et toujours le même éloignement...

 

 

Cet étrange vertige face à l'apparition – face à l'usure – face aux sévices du temps...

A la cime de l'insuffisance ; les yeux – l'homme – l'esprit – confrontés à la terre (cet amas de particules et d'images) qu'ils ont, eux-mêmes, inventée ; rive blanche pour les uns ; tertre sombre pour les autres ; et transparence pour quelques (rares) privilégiés qui ont su percer l'épaisseur (et l'insondabilité du mystère)...

 

*

 

Chaque jour comme un surcroît de ciel...

Sous l'étoile montante ; la terre claire...

Sur le seuil ; comme l'arbre et la fleur...

A la jonction des invisibles...

La chair simple ; et le rouge au cœur...

 

 

Communiant avec les âmes douloureuses de ce monde...

De nuit en jour crépusculaire ; le ciel bas (si bas – pourtant – quasi accessible à celui qui saurait hisser son cœur au-dessus du sommeil)...

La paix en feu ou sous les cendres de l'hiver ; et la joie qui ne s'enflamme qu'en rêve...

Le temps long (diaboliquement long)...

A croire (encore) aux vertus des images et du songe...

Célébrant l'espérance et l'illusion...

Attendant l'impossible offert par un Dieu qui habiterait le ciel – la prière – l'extase – le dehors ; jamais ni le monde – ni le dedans ; ni le plus quotidien ; comme une main tendue qui nous sortirait du brasier – des enfers ; qui nous préserverait (nous autres pauvres créatures) de toute immolation...

Entre foi et affolement ; avec des âmes damnées vouées aux supplices de la géhenne et des âmes à sauver de ces rives en perdition que l'on s'obstine (toujours) à recouvrir d'autels et de prédications...

Hors de soi ; comme la seule condamnation...

 

 

(Parfaitement) indissociable du reste (de ce que l'on perçoit habituellement comme le reste)...

Ici – au plus près ; qu'importe ce qu'en pense la tête...

A travers le rêve ; la clarté...

Polycentrique ; comme les reflets de la même source...

Ce qui fait jour pour se rejoindre ; après tant de siècles de fondrières – de cécité sans interrogation...

 

 

La parole fractionnée ; et (bien sûr) invisible – inaudible ; comme soustraite du monde...

Traits – traces peut-être – imperceptibles par les yeux et les âmes obstruées – prétentieuses – indolentes...

Éprouvée (pourtant) depuis les profondeurs...

A l'altitude appropriée...

Au cours de la double séance du jour ; habitée (peut-être) par ce qu'il y a de plus présent sur cette terre...

Et seulement interrompue par elle-même ; et le silence qu'elle porte...

 

 

Comme le rêve ; l’œil rieur – face au monde – face à ce qui lui échappe...

Ce qui nous manque (le plus souvent)...

La vie ; les yeux fermés ; la figure triste ; le cœur froid et barricadé...

Et l'essentiel (encore) du chemin à découvrir...

 

 

A compter les points ; l'âme indifférente...

Inapte aux querelles et aux combats ; à tous les jeux des hommes...

Comme amputé de ce qui se dresse – et se déploie – bruyamment (et avec fierté)...

Et le centre à la place ; et l'étendue en guise de parcelle...

Le jour ou rien ; aujourd'hui si facile – si différent d'autrefois où l'on était relégué au manque et à la frustration ; dans la (vaine) prolifération du rêve...

Achevé – à présent ; comme affranchi des images et de la durée ; installé dans le perpétuel recommencement – en quelque sorte...

 

*

 

Charroi d'Autres et de pierres ; insignifiant(s) – inconséquent(s) – malhabile(s)...

Sur la pente colorée ; les figures en sang – sous la lumière...

Dérivant peut-être ; s'abandonnant à trop de volonté(s)...

S'exténuant à faire le chemin...

Du rêve à la terre foulée...

Sans comprendre ni la violence – ni l'évanescence – ni la futilité...

 

 

Trop étroitement rassemblé ; ce qui s'éparpille ; ce qui aime (et aspire) à se disperser...

Comme les doigts d'une main retenant le cri ; retenant le sang ; cherchant la nouveauté...

Pointant le ciel ; le suppliant d'offrir à la terre d'autres voluptés...

Traversant (à contre-courant) la marée des morts ; à rebours jusqu'à la déchirure – jusqu'à l'origine de la répétition...

 

 

Redécouverte ; la blancheur – l'innocence de la ligne...

L'emportement ; loin du support...

Comme un ciel ; en guise de réponse...

Et le jaillissement de l'encre ; (assez) obscurément...

Comme un rêve dans la lumière...

L'écoute suspendue entre le murmure et l'effacement...

A la jonction du silence et de la possibilité...

 

 

Abouché avec l'arbre ; les lèvres collées de sève...

Et, par endroits, l'écorce qui a remplacé la peau...

Et dans les profondeurs du sol ; des vibrations...

Et nos cheveux ébouriffés par le vent qui chatouillent le ciel...

L'avènement d'un nouveau monde ; l'homme végétal ; dessinant (à grands traits) les prémices d'une civilisation prometteuse (d'une civilisation à venir peut-être) ; pacifique – solidaire – silencieuse – verticale...

 

*

 

Là – ailleurs – dans l'abondance du présent...

L'âme courbe ; et la main tendue...

La voix qui enfle ; qui serpente entre les bruits...

Sans erreur possible...

A cet instant ; au-delà des mondes ; au-delà de l'imaginaire...

A la fois ancré dans le silence et le feu...

Sans doute – inexistant...

 

 

Aperçu ; le mystère ; à travers la blessure...

Cette part de ciel qui n'en a pas l'air (qui n'en a jamais l'air)...

Et soudain – au milieu des pas ; le visage – la flaque – le reflet ; et l'ensemble du puzzle à reconstituer...

Aussi lumineux qu'inutile ; le jeu vocationnel...

 

 

Le ciel ; quelque chose du monde...

Là où s'attardent les bêtes ; et les âmes silencieuses...

 

 

Redoublant de peine ; dans l'obscurité...

Entre la poussière et l'infini ; indécis...

Porté(s) à croire (simplement)...

D'un bout à l'autre de la prière...

La tête si imprécise dans ses mirages – dans ses chimères – dans ses images et ses idées...

Soutenu(e)(s) par l'absence de l'âme...

D'écorchure en écorchure ; jusqu'à l'imperméabilité...

 

 

Ce qui nous constitue ; à l'endroit où nous sommes ; à l'endroit où l'on nous a (très provisoirement) posé(s)...

Sans pouvoir se résoudre (d'aucune manière)...

Et ce que nous laissons se corrompre – s'aigrir – se souiller ; faute de compréhension...

A nous éclairer (médiocrement) au milieu des mots sombres ; des cœurs vidés de leur substance...

Exténué(s) jusqu'à l'agonie ; au lieu de vivre ; au lieu d'exulter...

 

*

 

Encore des cris sur la pierre...

Blessé(s) par la main qui tient la hache et le couteau...

Avec – sur la chair – tout le poids du monde...

La barbarie ordinaire des visages ; parés pour le rire – la fête – le festin...

Le cœur lacéré ; et sur la feuille – et sur la terre – de longues giclées de sang noir...

La nuit sans la lumière ; l'innommable ; ce que célèbrent ceux qui vivent au pays de la mort...

 

 

Captif du désir – de la haine – de la délivrance...

A tous les degrés du délire – du chemin – de la fantasmagorie...

Comme s'il y avait une marche pour enjamber le temps ; échapper au monde ; rejoindre la vraie vie ; vivre la vérité...

Au lieu de plonger en son cœur sans tressaillir ; pour devenir ce que l'on cherche – ce que l'on fuit – jusqu'à la moelle ; jusqu'à dépasser l'essence et l'effacement ; pour revenir à l'indistinction – au socle commun et éternel de toutes les figures (infailliblement) éphémères...

 

 

Au plus vif de l'air ; à mesure que l'on approche de la source...

Dansant au plus haut du chemin – sans doute ; là où le jour et la terre demeurent silencieux ; gonflé(s) du mystère...

La tête au frais ; comme échappée de l'épaisseur...

Face au monde ; encore plus lointain...

 

 

Le parfum des siècles ; comme le socle du monde...

Le terrain de jeux des hommes sur lequel tout est dessiné à la craie...

Et la substance (blanche) du ciel qu'on lape comme s'il s'agissait d'un nectar – une sorte de délice réservé aux Dieux (s'évertue-t-on à penser) ; et donné déjà (bien sûr) à tous les Autres – à nos innombrables devanciers...

Et les lèvres – et la parole ; depuis des millénaires – identiques ; sans la moindre retombée...

 

*

 

De la même source ; du même espace...

D'un jet complice...

La mort et la matière...

L'esprit et le vent...

A nous arracher de l'eau stagnante...

Vers le mouvement...

Le visage mille fois peint et masqué ; la silhouette mille fois déguisée et travestie...

D'un passage à l'autre...

Du sable au sourire ; jusqu'à ce que tout cède – jusqu'à ce que tout éclate en vérité...

 

 

Entre deux surfaces ; la pierre et le vent...

Pénétré(s) jusqu'à l'indécence ; jusqu'au plus funeste...

Parmi les cris et l'herbe rouge...

A attendre l'éclatement du ciel ; la possibilité du triomphe...

La lumière sur le secret...

 

 

Contre le rêve ; la tête froide...

Les lèvres appuyées...

Et derrière la vitre ; le sang...

La chair vieillissante ; affranchie de toute ivresse...

Comme un surcroît d'attachement à la pierre...

Et la possibilité d'un visage – d'une présence...

Jusqu'à l'heure où la déchirure sera si forte que nous ne pourrons plus résister...

 

 

A se voir défaillir avant que la mémoire ne déraille ; avant de sentir son cœur succomber...

Et l'espoir aussi ; comme accru ; une manière plus forte de s'absenter ; de tenter de s'abstraire de la douleur – de la durée – de la finitude triomphale – triomphante...

Pas encore apte(s) au geste ; de simples gesticulations...

 

 

Là – parfois – vers cet autre espace – en soi...

Comme débordé par l'abondance des possibilités...

A hauteur variable ; le geste – le pas – la parole...

Entre la terre et la mort ; et de temps à autre – une tentative ; l'invention (peut-être) d'un langage – d'une perspective – d'un chemin...

Presque à la place du souffle...

Un au-delà de la neige et de la perte ; comme un monde – un voyage – un verbe – transcendés...

Pas si manqué ; pas si au-dehors – pas si extravaguant – que cela ; en fin de compte...

 

 

Comme (très) brusquement réuni...

Debout ; comme l'arbre et la montagne...

Aussi bleu qu'un baiser sur le front ; que la bouche béante de l'immensité qui nous implore – qui nous adore – qui nous embrasse ; (très) fraternellement...

Au-delà des instincts qui nous séparent (qui semblent nous séparer)...

 

*

 

Bloc(s) de chair ; grains de poussière agglomérés...

Au contact du dehors ; le monde et l'invisible...

Couché(s) par le vent ; (très souvent) en mauvaise posture...

Porteur(s) d'idées et d'images ; de rêves et de fictions...

Créant un monde (des mondes) au cœur de ce qui existe déjà...

Sans rien voir ; et vivant de manière très partielle...

Parcelle(s) infime(s) sur quelques rives perdues – anecdotiques (si dérisoires)...

Et l'orgueil ; et l'odieuse (et risible) prétention de se croire davantage...

Marionnette(s) malingre(s) et engourdie(s) – que la vie déguise – que la vie malmène – que la vie transporte ; que les vents dénudent ; et dont le monde se moque et se sert...

 

 

Au sol ; partagé – fractionné...

Comme amené au-delà de soi...

S'offrant sans doute ; et raclant le fond de l'âme pour s'offrir...

Sans jamais en finir ; au vu de la perpétuelle invention du chemin...

Du bleu en pagaille – en quelque sorte ; comme un surcroît d'abondance...

 

 

Porté par la soif ; davantage (bien davantage) que par la faim...

L'âme plutôt que le ventre...

Et le ciel autant que la terre pour peu que l'on se fasse obéissant ; et qu'on laisse le souffle nous enseigner...

Afin que le soleil – un jour – nous éclaire au-dedans ; devienne la seule lumière qui puisse éclairer l'espace – le monde – leurs murmures et leurs frontières ; avec l'ardeur complice de tous les mouvements ; en plus de ce nouvel éclairage...

Et ce qui demeure en ligne de mire ; comme un surplus de silence et de beauté...

 

 

A nos pieds – ces éclats de jour...

Devant nos yeux ; ce qui favorise l'éparpillement – la séparation et la cécité...

Une paume tournée vers la terre ; et l'autre vers le ciel...

Et sous le séant ; toute l'épaisseur ; cette matière entassée qu'il faudrait inciser...

Les pieds au-dessus (juste au-dessus) de la source...

Et la route (la longue route) qui continue de nous dénuder ; et sur laquelle il nous faut continuer le voyage...

 

 

Sur le sol ; des signes – des traces...

Quelque chose dessiné avec l'âme...

A travers la joie ; et le sommeil de l'homme...

Stupéfait face à la lumière ; et le visage de l'Autre qui veille – en soi...

 

*

 

La pluie sur la peau...

L'âme qui s'éveille – peu à peu – au froid et à l'humidité...

A trembler sous les coups des hommes – sous les coups du temps...

Au cœur des braises – au-dedans ; le cœur qui se soulève – noirâtre ; prêt à renaître du dessous des cendres ; et à recommencer...

La tête tournée vers l'embellie plutôt que vers le rêve...

 

 

Sous les frondaisons ; la mort et la boue...

Ce qui nous pénètre en cet étrange royaume...

Les pas lourds (si lourds) au seuil du possible...

Quelque chose de souterrain ; (peut-être) les prémices de la chute...

Et les bras ouverts – sur l'autre rive – qui (déjà) nous attendent...

 

 

Là où l'on se précède...

Face à la lumière ; l'âme auréolée...

Sur les hauteurs présentes ; malgré le froid et l'infirmité...

Debout dans l'espace ; l'esprit déployé...

Sans que rien ne se hâte (sans que jamais rien ne se hâte)...

Main dans la main ; avec toutes les choses vivantes...

Joyeusement ; la ronde...

Silencieusement ; le monde...

Ainsi tournons-nous le cœur plus compatissant ; l'âme moins écartelée...

 

 

Partout le vide – le rire – la fête ; malgré la chair que l'on oblige – que l'on dépèce – que l'on digère...

Comme si l'on avait (tous – à peu près tous) les pieds pris dans les sables du temps...

A se demander (encore) où est le jour ; où est la joie...

Au cœur de l'insoutenable ; parfois – la légèreté...

 

 

Alors que l'on s'enfonce dans l'épaisseur...

Les hommes du vent et du dedans ; sans distinction – comme piégés dans les profondeurs de la nasse...

De l'autre côté du possible – du désirable – du rationnel ; et sans la moindre alternative (bien sûr)...

Nous asséchant (finissant par nous assécher)...

Et soudain – contre toute attente (en dépit de tous les pronostics) – l'émergence d'une faille à la place du corps ; comme une bouée – une trouée – un peu d'air...

Et le bleu qui s'insinue ; au lieu du cri ; au lieu de l'arrachement...

Comme (momentanément) repoussés ; la chute – la cécité – l'aveuglement...

L'âme – in extremis – arrachée à sa geôle illusoire...

Au milieu de l'espace ; parfaitement nu et indemne...

 

 

A jamais ; le secret emporté...

Au fond des yeux ; au fond de l'âme – la tristesse et l'éternel recommencement...

Aujourd'hui comme hier ; et comme demain (sans doute) ; comme si le ciel n'avait jamais existé – était une simple invention...

 

*

 

Le visage – le chemin ; révélés...

Au plus noir du monde aussi...

Comme dans la lumière exaltée...

De ses propres yeux ; l'éclairage et le sens donné aux pas...

Entre la chambre et l'espace ; selon les jours et les prédispositions...

Sur le fil tendu...

La tête droite ; sans public – sans condamnation...

Au-dessus de ce qui s'obstine...

Le sourire ; si proche de la pierre pourtant...

 

 

Le soleil renversé ; derrière le plus funeste...

Le monde ainsi ; étrangement étagé...

Au hasard des chemins ; des yeux – des passages – la mort ; et ce sur quoi ils ouvrent ; pour la suite du voyage...

 

9 juin 2023

Carnet n°291 Au jour le jour

Mars 2023

La parole bariolée...

Du ciel et de la neige ; hospitalièrement engagé(e)s...

Comme le geste-témoin...

Glissant de l'âme à la bouche...

A rebrousse-gosier...

Le cœur moins aveugle...

Traversant la terre et le temps...

S’immisçant là où les yeux s'épuisent...

S'immobilisant là où l'on doit aller...

 

 

Sur nous ; les ombres et les silhouettes...

A travers le bruit ; le lieu de l'infime...

Le corps qui renâcle à se désobscurcir...

Passant et repassant ; dans un éloignement (très) progressif...

Et comme (presque) toujours ; encore quelque chose de soi...

 

*

 

A l'heure dernière...

Par-delà l'hiver qui, parfois, perdure (plus que de raison)...

Dans ses traces grimpantes (en quelque sorte)...

Nos silhouettes à l'abandon sur la pierre grise...

A la poursuite (permanente) des voyageurs précédents...

Le feu entre nos jambes ; (peu à peu) déclinant...

Le corps à son exacte place de mortel...

Et nous ; nous accompagnant (cahin-caha)

Au-delà des histoires et des noms...

 

 

Au cœur du gouffre ; couché(s)...

Au milieu des Autres ; invisible(s)...

Aussi intouchable(s) que le reste...

Aussi peu guerrier(s) que dans le pire de nos songes ; et le monde avec...

Au rythme des vagues qui nous assaillent – qui nous surprennent – qui nous caressent – qui nous bouleversent ; et qui finiront, un jour, par nous engloutir...

 

 

L’œil généreux ; le cœur sensible à la douleur...

Face aux figures du monde ; insoucieux des sentences et des règles du jeu...

Entre le reflet du feu et la désespérance...

Auprès de l'âme solitaire...

Chaque jour ; un peu plus ; un surcroît d'aventure – au fil des pas...

 

 

En ce lieu où la nuit voyage ; clandestinement (de plus en plus)...

L'épée plongée dans l'âme...

La tête (en partie) décapitée...

Et la perte que l'on précipite ; à la manière d'une eau chargée d'or (nos dernières richesses – sans doute)...

Et autour de nous ; des yeux – des cœurs – des mains ; plissés – orageux – de plus en plus serrés...

A deux doigts du fracas...

Comme si l'automne amplifiait la possibilité du jour ; et notre besoin de nudité...

Comme si rien ne pouvait plus désormais empêcher ce (puissant) désir de s'extraire du (triste) spectacle du monde (subrepticement) entrevu par la fenêtre fermée...

 

*

 

Aux cœurs repliés...

Aux prises avec le froid...

La chair rétractée ; au milieu de la neige...

Le chemin déployé ; et ainsi réunies les conditions de la rencontre...

Face au souffle – les lèvres pincées...

L'âme encore fraîche du visage précédent...

Et, en l'espace d'un instant, le temps qui s'accélère...

La possibilité du changement ; ailleurs – autrement ; avant l'abîme ; avant la mort (en cas de réelle nécessité)...

 

 

De rive en rive ; comme des îles au milieu de l'océan...

Des cris ; et de la roche...

Et la langue bleue de ceux qui se déplacent ; et la liberté de ceux qui savent ; auxquelles rien (bien sûr) ne peut être ajouté...

Là – quelque part ; dans la proximité (malheureuse et indésirable) des hommes...

 

 

Ce que l'on jette ; comme la parole...

Au-delà de la source...

Fidèle (si fidèle) à la noirceur qui nous habite ; qui nous gangrène...

Jusqu'à l'autre extrémité de soi...

Les yeux à la dérive ; et l'âme rebelle – peu soucieuse des tourments (et de la fébrilité) des masses...

Entrelacés – le silence et la joie ; dans le même cercle (et la même étreinte) ; au cœur de cet espace circonscrit par les cordes du monde...

Jusqu'au dernier souffle de la dernière créature...

 

 

Ici ; la nuit...

Tous les maléfices engrangés ; les uns après les autres – par-dessus le secret...

Et ce vide – à mesure des pas ; qu'il faudrait enlacer ; comme des mains qui laisseraient le sable s'écouler ; comme l'esprit qui se laisserait gagner par l'abandon...

Amoureusement ; et sans alternative...

 

*

 

Parce que le jour ; plus simplement...

A petits pas ; jusqu'à la hauteur qui se soustrait...

Au cœur de la vie où, sans cesse, l'on recommence...

 

 

En soi ; le souffle ; et le vent...

La tête arrêtée...

Le temps suspendu...

A respirer encore au milieu des choses...

 

 

Séparément ; de moins en moins...

Au fond de l'interstice...

Parvenu jusqu'à l'embrasure ; la (parfaite) résolution...

Par-delà la substance ; le plus lointain...

Cette sorte d'intimité avec l'espace et le feu ; avec le reste – tous les Autres – en quelque sorte...

Descendu(s) en soi ; sans le moindre résidu laissé à la surface...

Les pieds sur le sol élargi (d'une certaine manière) ; au-delà du corps et de la tête ; le cœur pénétré ; et consentant...

 

 

Dans les tresses du temps ; la mort cadenassée – inabolie ; et encore (trop souvent) brandie en guise de menace...

Comme un rappel à l'ordre – en quelque sorte – pour ceux qui s'imaginent mortels...

Comme une faute de goût ; une parure laide que l'on arborerait avec fierté – un excès de chair qui nous encombrerait...

Une vie sans trépas ; où seul meurt le corps – en vérité...

Au milieu des vivants à l'âme raidie (ou absente)...

Une compagnie – une amitié – en soi – à creuser – incontournablement...

La vérité à la main ; comme inscrite dans le geste...

Quelque chose qui, malgré soi, se rapproche...

 

 

A (trop) vouloir lutter contre le miroir ; l'exacerbation et le grossissement des reflets...

L'apparence changeante...

L’œil comme déplacé ; obstrué par l'excès de distance ; et ce trop peu de lumière...

 

*

 

Le temps insensé ; sans repos – l'âme vivante...

Alors que tout recouvre le ciel ; et que devant les tombes notre cœur se serre...

Comme si ce qui nous habite nous livrait (soudain) à sa volonté ; le vent peut-être ; et ses étranges tourbillons d'ombres et de lumière...

Au seuil de la (dé)raison – sans doute...

 

 

Jouant avec nos pas – nos mains – dans l'argile ; la terre s'insinuant – gagnant (peu à peu) du terrain...

Toujours plus profondément ; dans ce sillon – cette fondrière...

A l'ombre des grands arbres ; et, au-dessus, la mort...

A nous offrir, peu à peu et plus que tout, l'impensable ; le socle de tout chemin – de tout voyage...

Avec nos rêves (tous nos rêves) émiettés au fond de la tête ; nous évanouissant à mesure que le réel gagne en force – en réalité ; dans notre cœur (de plus en plus) vivant...

 

 

Jusqu'à l'épaisseur ; fendue, peu à peu, par la possibilité du silence...

Puis, emportée par les eaux...

Selon le cours des choses ; l'extrême variabilité des destins...

Cette (longue) traversée à gué...

Jusqu'au retournement (inattendu) de la soif...

Notre existence ; malgré soi – malgré le monde – malgré les Autres...

 

 

A la même source ; l'âme et les lèvres – s'abreuvant...

A en perdre la raison (plus sûrement qu'on ne le pense)...

La douleur indéfinie qui, peu à peu, se déprogramme...

D'une extrémité à l'autre ; le poids s'amenuisant...

Et à nos côtés ; parallèles sûrement ; la présence ; et le silence dans la parole...

Aussi longtemps que nous pourrons nous transformer ; le défi de l'abandon...

 

 

Cet œil ; le monde ; comme un attelage guidé par le désir ; et les instincts ; aveuglément vers le sacrifice...

Et contre nous – le vent ; les signes (assaillants) de la débâcle...

Le cœur (de plus en plus) étranger...

Comme un revêtement sur la charpente...

Et l'âme couchée par-dessous...

Avançant ; ne sachant que faire – ne sachant que penser...

 

 

Dans les rouages du monde ; du temps ; notre tristesse (cette très humaine mélancolie)...

Au cœur de cette pénombre qui séduit l'esprit ; et condamne la chair ; ensorcelé(e) (à certains égards) par la promesse du repli – par la promesse du repos...

Guidé(s) par le cœur insatisfait – (toujours) inassouvi...

La porte encore ouverte sur la nuit...

 

*

 

Au plus clair du cœur ; la respiration (naturelle)...

Ce qui rapproche les choses ; dans la plus haute intimité...

Et au-delà du proche ; le merveilleux...

Toute l'étrangeté métamorphosée ; le reste devenant (pour l'esprit) de la même famille...

Sans que rien n'ait changé ; ni les visages – ni l'apparence – du monde...

 

 

Au seuil de cette porte invisible – posée dans l'espace...

Là où l'épaule quitte l'épaisseur...

A la confluence des chemins...

La matière – comme la parole – dévalant la pente ; emportée par la furie des eaux...

Nous quittant ; nous rejoignant...

Dans cet entre-deux perpétuel ; corps et âme – (à la fois) ici et ailleurs – emmenés déjà vers l'après ; malgré l'impossibilité du devenir...

 

 

L’œil et les lèvres ; touchés...

Au creux des larmes ; et par-delà le rouge ; ce que l'on entrevoit...

Auprès de la source...

Et s'éloignant ; le bruit...

Dieu seul ; dans la noirceur autant que dans la tendresse...

A même le ciel qui – partout – s'est éparpillé...

Qu'importe l'ampleur de la fenêtre – qu'importe le monde entrevu ; l'esprit assoupi – l'esprit aux aguets...

Le long du même rêve ; la naissance des ailes ; et le même évanouissement...

 

 

Les yeux vides et aveugles ; derrière lesquels défilent les images – les reflets du monde...

Et dans la bouche ; et au fond du ventre – la chair mâchée et remâchée...

Jusqu'au débordement de la matière...

La ruse – au bout d'une corde – se balançant – jusqu'à ce que le fil se rompe – jusqu'à la chute (inévitable) – en cette étrange périphérie terrestre...

 

*

 

Dans la transparence discrète de l'effacement...

Sous l'arbre ; la main posée...

En ce lieu d'exil ; à l'écart de ce qui se gonfle d'orgueil...

Le cœur à deux doigts du bleu...

 

 

Le souffle ébauché par cette ardeur un peu folle...

Comme un désir insatiable ; boursouflé...

Traquant le vent ; et débusquant le sable ; sans voir la malice qui a envahi les têtes...

Posées nues (apparemment nues) ; contre soi ; les ombres du monde parées des plus séduisantes couleurs...

Sur notre peau ; l'inconsistance ; et la beauté par-dessous ; et ainsi jusque dans nos profondeurs les plus intimes – les plus secrètes – les moins parcourues...

 

 

Sacrifié(s) sur la pierre (encore trop souvent)...

Le corps déchiré...

Comme une tache ; dans cette couleur qui se répand sur le sol sombre...

A travers le même frémissement ; cette sidération – ce passage ; le souffle qui s'échappe ; vers l'âme...

A travers le ciel ébauché...

L'enfance retrouvée qui se faufile ; entre le dernier souffle et le silence...

 

 

Hanté(s) par l'ombre qui nous habite ; dévoré(s) par l'ombre qui nous hante...

Mis bout à bout ; la hâte et le terme ; successivement...

La mort en éclats ; au cœur de ce labyrinthe...

Comme une ascension à heure fixe ; invariablement...

A peine une ébauche de voyage ; (tout juste) quelques pas esquissés...

 

*

 

Approximativement comptées ; toutes les créatures du monde...

L’œil cherchant – à travers la multitude – la vérité...

Comme un secret ; le mystère reformulé à travers la surface grouillante...

Et aussi (bien sûr) tout entier dans le rien ; et peut-être même davantage...

 

 

La mort ; au soir le plus amer...

A présent ; au centre du cercle ouvert...

Et ce que l'on entend encore dire sur la pierre...

Avec le vent par-dessus qui recouvre les voix ; dans les profondeurs...

Et la nuit étoilée – jusqu'aux racines – que l'on implore – que l'on supplie ; par souci de rapprochement...

Comme des miettes de ciel que l'on jetterait à toutes les mains tendues...

Quelque chose de l’œil – de l'âme ; dans la cécité ; et l'obstination...

Et toujours (assez) incrédule ; malgré la présence de Dieu au-dedans...

 

 

A pas nommés ; le voyage...

Vers le lointain – au-delà des horizons perceptibles – au-delà des cimes et des océans...

Le long de l'hiver ; à petites foulées...

A travers les eaux noires ; et (parfois) sous les pointes de l'acrimonie...

Sans jalon ; sans réel prédécesseur...

Sous cette lumière rare (sans artifice – non inventée)...

A l'écoute de ce qui se dissimule ; à travers l'oubli – la mort – la séparation...

Jusqu'à se laisser pénétrer par cette étendue bleue qui se révèle – toujours davantage – à chaque nouvelle transformation...

 

 

Sans défi – entre elles – les têtes qui se font face...

A bonne distance de la lumière...

A notre rencontre – à travers les vibrations ; le jeu des résonances...

 

*

 

Profondément ; l'exemple amorcé...

Apprenant l'impudeur ; à mesure que le secret se révèle...

Disposé à se passer de mesure ; quand bien même serait-on séparé de sa propre figure...

Bien avant que ne s'imposent de trop obscures prières...

Quelque temps avant le jour...

 

 

Là-bas ; l'âme si lointaine...

Sur notre œil ; le monde collé – décollé – recollé...

Mille chemins – comme des détours – à travers le regard ; vers l'origine – le secret – le mystère – partout exposés pourtant...

La chair du ciel ; et, au-dessous, la terre ; et l'infini que nos larmes rendent plus proche – plus intime – imperceptiblement...

 

 

Le cœur nu ; et toutes les soustractions fructifiées...

Comme dégagé d'un piège ; miraculeusement...

Libre (à présent) de la broussaille et de l'encombrement...

Sans jamais s'exclure de la mêlée ; et du passage...

Nous laissant dévorer au lieu de nous faire justice...

Au pied des arbres ; marchant – dans leur silence...

Dans le désert ; comme au cœur du secret...

 

 

Les yeux brûlés par le réel ; et bercés par trop de rêves ; comme un cœur aveugle auquel on offrirait des images...

Infailliblement – la proie des Autres ; du monde...

Avec comme une sonde plongée à l'intérieur...

Au fond de la blessure ; regorgeant de souffrance et de sang...

En pleine nuit ; trop lourd (et trop lent) pour s'échapper – à moins que l'âme n'apprenne à voler...

 

*

 

Porté(s) par l'ombre...

Sous une cloche de verre...

La pierre ; et notre bavardage...

Face à la gloire de ceux qui grimpent sur les Autres...

 

 

Scellés dans la neige ; tous ces visages – toutes ces existences ; que la mort, un jour, emportera plus loin...

 

 

La chambre close ; invoquée...

Le lieu du désencombrement et de l'intimité...

Ouvert au ciel ; et ce qu'il convient de brûler...

Sans rien exclure du monde...

Le passage franchi ; les frontières contournées...

Dans l’œil de la justice ; devant nous...

Plus tenace que jamais...

 

 

L'âme froissée par le dévoiement du langage...

Le réel rejoint par la passion ; le feu au-dedans qui brûle la chair ; et consume l'ardeur...

La proie aux prises avec tous les rêves – tous les délires – toutes les divagations – du monde...

Incliné(s) sur les blessures infligées par le reste...

Du sang et des cendres – dans la main ouverte ; qui, peu à peu, iront rejoindre le sol – le vent – l'espace ; l'éternité...

En dépit des attaches qui nous empêchent de nous affranchir de cette nuit résiduelle – de nous libérer de ces éclats d'ailleurs auxquels on croit ; auxquels on s'accroche ; auxquels on s'enchaîne – comme tous les Autres...

 

 

Traînée de poussière et de sommeil ; dans les yeux – sous les pas...

La splendeur et le triomphe ; qu'en rêve...

Comme une mendicité ; ce que nous réclamons (si expressément)...

Sous l'égide de l'obscur ; assurément...

Aux ordres de la terre...

Écrasé(s) par le poids du monde ; et submergé(s) par ses impératifs ; et le reste dont on se débarrasse ; et le reste que l'on éparpille ; le cœur (presque) toujours inconsistant...

 

*

 

A hauteur d'arrachement ; l'âme libre...

L'irruption de la grâce dans la chair meurtrie...

Ce qui surgit sans nous heurter...

Et ce qu'il reste une fois soustrait le superflu...

Au cœur même de la perte ; au cœur même du chaos...

Cette possible reconnaissance ; cette possible réconciliation...

 

 

Le dessaisissement de l'empreinte...

La parole libre ; sans emprise...

Jeté contre les cimes ; sur le fil attaché entre le désert et la mort ; par-dessus les orages et les voix du monde...

Sans masque – sans nom – vers la plus haute nudité ; au-delà de toutes les corruptions possibles...

 

 

Des liasses de labeur ficelées ; et l'âme au-dedans (quasi) immobile...

Face au monde qui se dresse – qui se hâte – (immanquablement) voué au dehors et au désœuvrement ; et qui, dans sa folie, continue de nier la mort ; et qui, dans son égarement, continue de mépriser l'humilité et l'effacement ; toutes ces choses qui semblent si essentielles aux yeux des sages...

 

 

Dans les profondeurs (apparentes) du ciel...

Approuvé(s) ; la main au feu ; davantage qu'une promesse...

Généreusement (très généreusement) abîmé(s)...

La dernière existence ; sur la liste des vivants ; au plus près du vivre ressenti ; là où les larmes valent davantage (bien davantage) que les mots...

A se regarder avec stupeur...

Aussi haut – aussi loin – que (nous) mènera la mort...

 

 

La main tremblante ; et le cœur étreint...

Touchant celle – celui – des Autres...

Alors qu'autour de nous la nuit scintille ; à travers nos yeux...

Un éclair ; une fulgurance ; une traversée...

Un peu de lumière ; sur soi...

Le commencement (peut-être) de l'inoubliable...

 

*

 

Absent ; auprès de la pierre vieillissante...

Les lèvres contre la nuit ; la bouche grande ouverte...

Sur cette pente sans pause ; aux côtés de ce qui roule (inexorablement) ; semblable à nous-même(s)...

Étonné par tant d'ardeur – de crédulité – de confusion...

Cette errance – ce déclin – cette inévitable décrépitude – autour de soi...

 

 

Lèvre retroussée ; à humer le plus lointain...

Divisant le monde ; comptant les points ; et affermissant sa position (et sa posture) dans l'équipe...

De part et d'autre de la nuit à laquelle on est assigné...

Auprès de nous seul(s) ; sans pouvoir se résoudre au nombre de jours qui nous séparent de la mort...

Vers le plus proche (la plus haute intimité) ; toujours – au cours de cette (trop brève) traversée...

 

 

Des ailes par-dessus la chair sensible...

Vers la simplicité ; sans rituel...

De naissance en naissance ; jusqu'à l'origine...

Entre pierre et lumière ; à même la trame...

La nudité couronnée ; jamais arrogante...

Le voyage ; le souffle (initiateur des élans et des courants) que l'on suit à la trace...

Le gouvernail brisé ; le pavois en berne...

Entre les lambeaux d'espace et de temps...

Comme d'île en île ; une manière de vivre sans s'efforcer ; rarement interrompue...

 

 

Quelques signes calligraphiés ; trempés dans le feu – le ciel ; la possibilité...

Sans craindre – ni oublier – la mort qui se dresse – à chaque instant ; à notre suite jusqu'à ce qu'elle nous devance...

En rien ; séparé(e)(s) de nous...

Sous les mêmes étoiles ; avec la soif qui nous porte ; inentamée...

 

*

 

Endetté(s) ; et l'origine déficitaire...

L’œil – le ciel ; et la possibilité du voyage malgré la matière et la mort...

De très loin ; parfois depuis le commencement...

Au-dessus de l'abîme et de la neige...

La pensée foisonnante...

Par l'embrasure – le blanc ; ce qui nous regarde...

Comme niché en soi-même...

 

 

Là où l'arbre se renouvelle...

Auprès de l'invisible...

La grâce de la perte plutôt que le désir ; plutôt que la plainte...

De toutes nos forces ; malgré les grilles...

Traînant en tous lieux sans le moindre drapeau...

Par-dessus l'espèce et l'obscurité...

 

 

La terre tenue en laisse...

L'homme apeuré – conquérant ; ajournant (ne cessant d'ajourner) la rencontre...

Des signes éphémères ; dans le fractionnement du temps...

Si peu adéquat(s) ; tellement lacunaire(s)...

A la pointe de la lame ; la violence qui se déchaîne...

Sur le même fil que les funambules et les oiseaux – pourtant...

A tenir tête au feu ; dans cette vaine résistance souterraine – au lieu de côtoyer les cimes et le vent...

 

 

La terre et le vertige ; enjambés...

De la douleur à l'attente ; puis, de l'attente au souffle guérisseur...

L'amplitude du corps révélée par l'esprit de l'hiver...

Le cœur (parfaitement) affranchi de ce qu'il contient ; du peu qu'il a expérimenté...

 

 

Étrangement étranger(s) ; aux yeux des hommes...

Toutes ces choses – tous ces visages...

Et ce lointain ; et cette assise de pierres...

Comment pourrait-on comprendre ; le cœur si infirme...

Adossé(s) au mur ; la tête – les désirs – tournés vers les opportunités du sol ; et l'âme si peu exigeante...

Avec la terre – et ses labyrinthes – pour seul horizon...

Si loin (encore) du silence – de la sagesse ; de l'âge de raison...

 

 

Le temps – le jour ; à travers le monde – mille chemins...

L’œil mal équipé ; et cette bouche trop (grande) ouverte...

Et cette soif dont nous ne savons que faire...

Et le ciel sur nos lèvres desséchées...

Hors des cercles ; loin des aboiements...

Ce qui passe ; devant toutes ces grilles...

Et ces cris derrière ces remparts de chair et de papier ; et Dieu par-dessus – (assez) songeur – sans doute...

 

 

Sur le fil rouge ; débarrassé...

Nous détachant (apprenant, peu à peu, à nous détacher) de la débâcle...

Le monde et le temps délaissés ; abandonnés à ceux qui ne peuvent s'en passer...

Et le plus commun ; et la solitude – peu à peu – transfigurés ; d'une merveilleuse manière (comme si quelque chose de magique était survenu)...

Le séjour devenant voyage ; le voyage devenant porte et étendue ; l'espace rendu aux Dieux...

Transformé en serviteur anonyme ; le cœur (discret) à la place de la figure...

Et toutes les richesses de l'âme offertes au vent...

Si nu – si démuni – si impuissant ; si vide – si clair – si joyeux – à présent...

 

 

L'origine et l'allégresse ; autrefois si désespérément...

Bien plus qu'une folie ; et l'encre, à présent, mélangée aux larmes et au sang...

A hauteur d'homme ; l'infini décelable...

Et dans le vide creusé ; le mystère – comme une étrange (et perpétuelle) épiphanie...

 

*

 

La parole prisonnière...

Plongée dans le monde...

Trop souvent corrompue par les images...

Approchant l'esprit – la vérité (avec honnêteté et maladresse)...

Combinant l'invisible et la matière...

Servant (essayant de servir) ceux dont l'âme est restée humble...

Avec des larmes au fond du cœur ; au fond des yeux...

Apprenant, peu à peu, le détachement ; la liberté...

 

 

Aussi sombre(s) que servile(s)...

Emporté(s) par ce qui se présente...

Les paupières closes...

Comme attaché(s) à la roche...

Ouvrageant (toujours) sur la pierre...

Frère(s) du reste ; sans (même) le savoir...

Et encore cannibale(s) – en dépit de Dieu – en dépit de la ressemblance – en dépit de la proximité...

 

 

Personne pour soi ; sinon ce qui nous habite ; cet indicible – cette présence...

Le cœur sensible aux douleurs du monde ; et à l'intensité de la couleur...

Et dans la voix ; mille figures précipitées...

Comme si nous étions à la fois l'abîme ; l'éclipse et le feu de l'âme...

Si proche des bêtes – pourtant ; et du Dieu infaillible...

 

 

La rupture recouverte de rire ; avant que la joie ne survienne...

A la trace ; ce que l'on invente – au lieu de suivre ceux qui se parent ; au lieu de suivre ceux qui affabulent...

Au fond de la chair ; ces sanglots inguérissables...

Au milieu de la nuit ; nos bras – nos tentatives ; ce si peu de lumière...

 

*

 

Dans le corps du reste ; déjà...

Intégré(s) – assimilé(s)...

Dans la servitude et la déraison...

Dans l'infamie et le sang versé...

Aussi bien que dans l’allégresse et la lucidité...

En soi ; les mille combinaisons – les mille possibilités...

Tout ce qui pourrait nous détourner – puis, nous affranchir de la séparation (du sentiment de séparation)...

 

 

Si près du cœur – de l’œil – de l'Autre ; et du haut (du plus haut) quelques fois...

Dans un vertige ; bien au-dessus du rêve...

Si loin de l'homme terne et morose...

Comme un bain de lumière...

Le silence en pleine bouche – en plein front ; dans l'intimité de la matière...

En soi – à plusieurs ; le jeu et la simplicité...

Et la célébration du seul visage – au milieu de la multitude – au milieu de la confusion...

 

 

L'épreuve clandestine ; le plus immédiat ; comme des jalons successifs ; visant à nous extraire...

Vers le corps nu et transparent ; la chair morcelée ; l'espace réunifié...

L'extrême simplicité de l'exercice ; l'absence de volonté ; ce qu'ordonnent les circonstances...

Qu'importe la nuit – les yeux ouverts – le cœur cadenassé – pourvu que l'on jubile à chaque découverte ; et que la mort se mêle à tous les remous...

Incroyablement vivant – en somme ; malgré la fumée et les illusions...

 

 

La chute ; et ses (fameuses) retombées amoureuses...

Comme un chant ; le temps suspendu...

Au cœur de l'abîme permanent – sans échappatoire – sans imaginaire résiduel...

Et sur le seuil – la porte toujours entrouverte...

Déjà engagé dans l'issue ; en dépit du labyrinthe...

 

 

Le déchaînement des yeux sur la neige...

Au cœur de ce qui vient ; après le délire – le déluge...

Face à la lune ; la perte en premier lieu ; puis, l’ascension ; ce à quoi il (nous) faut renoncer...

Encore trop aveugle(s) – sans doute...

Tombant ; et retombant ; tantôt devant les grilles ; tantôt (juste) derrière...

 

 

Ce que nous sommes ; en plus du reste ; autant que lorsque tout a été soustrait...

Envahi(s) ; et envahissant ; puis, nous effaçant – déclinant les offres (toutes les offres) au profit de la lumière...

Le ciel plutôt que la chair ; plutôt que le néant...

La mort par devers soi...

Si proche(s) du bleu malgré les étoiles ; malgré la résistance de l'homme...

 

 

Au croisement du sable et de la malice ; la disparition décuplée...

(Presque) aussi fraternellement vivace qu'aux origines...

L'inconnu soulevé par pans entiers...

Et l'invisible, peu à peu, reconnu ; en dépit de l'obscurité ; en dépit de l'obscénité – apparentes...

 

 

Les yeux trop rouges pour se détacher de la terre...

Sur les épaules – le poids ; à la hâte vers le sang – la terre – les cendres...

Toute l'étendue de la course ; dans une seule foulée...

Fuite davantage qu'issue ; qu'importe que la mort soit souveraine...

A l'origine du monde et du silence ; la même lucidité – le même enchevêtrement – la même confusion...

 

*

 

Les mains dans l'ombre ; errantes...

Autour de la plaie ; pleine(s) d'épines...

Entre la lumière et le néant...

Éclaboussé par le sang des bêtes ; et la sève des arbres à l'horizontale...

Extirpé du sommeil par le sensible (le plus sensible)...

Cherchant au-delà des instincts – au-delà de l'homme...

De l'autre côté du monde ; puis, de l'âme...

Au fond de soi ; ce qui nous porte – en vérité...

 

 

Le cœur rouge et ruisselant ; aussi rouge que la terre ; aussi ruisselant que les larmes...

Sous la lumière ; tâtonnant ; puis, grandissant...

Aussi près des bêtes que possible ; sous l'égide du jour...

Le front (de plus en plus) rayonnant...

De pierre en pierre ; puis, d'arbre en arbre ; jusqu'à l'impénétrable...

 

 

L'air vif ; à travers l'espace...

Tous les remparts ; et toutes les frontières ; anéantis...

Alors que l'oubli règne (un peu partout)...

Plus ni lignes ; ni points – à compter...

L'étendue déployée ; avec quelques abris (ici et là) pour les âmes les plus craintives...

Comme les arbres ; sans jamais renâcler...

 

 

Nous éloignant, peu à peu, du manque ; et des hommes...

Dans la trame (de plus en plus) ; avec notre nom qui s’effrite ; qui s'éclipse ; que l'on oublie – comme un poids – une surcharge – un mensonge – qui nous quitte...

A se détacher du monde ; et du sommeil...

Invariablement présent ; l'assise en soi...

 

 

A s'étreindre ; comme les arbres – en secret...

Le sentier – dans la voix ; la lumière...

A rebours de la douleur ; les traits, peu à peu, s'éclaircissant...

 

*

 

La nuit pleine d’orgueil et d'étoiles...

Dans ce sommeil éveillé...

Cette obscurité si familière...

Au cœur de cette brume noire ; cette épaisseur...

Guère plus avancé(s) qu'en naissant ; et si loin (encore) de l'enfance...

A s'imaginer ; seulement...

 

 

A saluer la terre ; ce lieu d'incessants passages...

Comme un miroir ; l'essentiel de l'espoir déchiré...

A cette distance ingrate...

Rien que des paroles...

Comme une rive (hostile et trop peuplée) sur laquelle on échoue (sur laquelle on finit par s’échouer)...

Le désir de l'image qui amplifie (qui semble amplifier) la consistance des grilles...

Plus solides que jamais ; qu'importe le style – qu'importe l'élégance – lorsque l'on sabote le moindre labeur – la plus infime des possibilités...

 

 

Le vide jamais repoussé ; jamais franchi (non plus)...

Comme un lieu à découvert où seraient projetés l'esprit – le corps – le cœur...

Sur ses jambes – peut-être ; au milieu des pierres ; l'espace plus amplement...

Ce que dissimule (sans doute) le secret...

 

 

La substance du vent ; bleue...

Sans trace ; dans le ciel...

Sans que l'on nous arrache (sans que l'on parvienne à nous arracher) un seul cri...

Indolore – en somme – l'aveuglement ; sans compter les conséquences – bien sûr...

La chair boursouflée par-dessus l'ossature – indigente – misérable – si lacunaire...

Le goût sans la saveur...

Le cœur lisse ; et trop froid – sans doute...

 

*

 

Au fond des bois...

Au cœur de ce qui nous échappe...

Sans rien saisir ; sans déception...

Goûtant l'invisible ; et les fruits de la mort...

Obscurément ; comme l'ombre sur notre visage ; comme le temps qui éclaire le passage...

En s'achevant ; à la manière du rêve et du langage...

L'ivresse d'un Dieu qui brûle...

 

 

Dans le rayonnement de ce qui nous regarde...

Le cœur fébrile ; puis, réconcilié...

La mort dans nos veines qui se diffuse ; qui se propage (très insidieusement)...

A se souvenir du seuil jamais franchi...

A la manière d'un songe ; l'impossible...

 

 

Le trésor ; et le surcroît...

Au plus bas du monde...

Au plus près de l'âme...

Au fond du plus rien – en quelque sorte...

Et ce qu'il (nous) a fallu abandonner pour y descendre – s'y retrouver – s'y rejoindre...

Un travail de titan (pour l'homme – si familier des ajouts – des accumulations – des amoncellements)...

Jusqu'au dernier geste soustractif ; et moins encore...

 

 

Face à soi – toujours ; le vide – le monde – les pierres ; et l'Autre quelques fois...

Au coin des yeux ; l'amorce d'un sourire ; celui qui, peut-être, saura nous délivrer...

Au recommencement de tout ; d'est en ouest – puis, le retour vers le grand nord ; là où l'horizon devient le pas ; là où chaque visage se transforme en la pièce manquante – en la pièce maîtresse – de son propre puzzle ; bien davantage (Ô combien) qu'un peu de matière mouvante ; jusqu'à la lumière en face...

 

*

 

Le silence ; à demi...

N'étant plus que cela ; cet étrange mariage avec le monde ; avec les choses...

La multitude des visages...

Et des pelletées d'infini...

Et par-dessus la main qui donne...

Et le vide par-dessus l'offrande...

La même chair ; le même esprit – à travers la farandole des figures...

 

 

La part qui prend ; et la part qui s'élève...

La part qui sait ; et la part qui demande...

Sous les signes ; des étoiles et des divisions...

Ce qui semble se partager...

A travers la nuit terrestre ; le sort (éternel) des mortels...

L'esprit – le souffle ; à travers les feuillages et la poussière...

 

 

Être ; uniquement le creux...

Cet air qui tourbillonne d'un monde à l'autre ; comme un silence déguisé – une parole – à travers les bruits du jour...

Une pluie d'étoiles sur le front enneigé...

L'homme hissé jusqu'au plus haut de lui-même...

 

 

Sur cette corde branlante – fragile – très provisoirement attachée entre deux points fixes dans le temps...

Aux prises avec les vents et les risques de collision et de bascule...

Poussière suspendue – sous le soleil – en attendant la chute (inévitable – bien sûr) ; puis, l'envol (le déplacement vers d'autres contrées peuplées d'autres cordes – d'autres fils – d'autres particules)...

Ainsi se dessine le chemin des rencontres – l'itinéraire soustractif – la possibilité d'une histoire (infime) ; le monde affranchi du hasard...

 

*

 

Écoutant ; se redressant ; et découvrant son vrai visage...

La boue bleue ; rayonnante...

Les chaînes hissées au-dessus des têtes ; tournoyant...

La danse de la terre ; au fond de l'emprisonnement nocturne...

Et au seuil ; le leurre descellé ; arraché avec la chair – avec le geste et la chair...

Une existence – des signes ; sans la nécessité des Autres – sans (même) la nécessité du langage...

 

 

La bouche close ; vide de mots…

L'âme ouverte ; affranchie de l'assombrissement...

Et l'ardeur aussi fraîche que la sève nouvelle qui se hisse jusqu'au faîte...

Défaisant la charge ; et appelant la lumière...

Comme le couronnement de cette veille interminable...

 

 

Le souffle et le sens ; (parfaitement) accueillis...

A se réjouir de la perte consentie...

Ni tien – ni mien ; nôtre assurément...

Et l'infini en plus ; sans qu'il soit nécessaire de le mesurer...

Une certitude non chiffrable ; intelligible...

Face à soi – encore ; au cœur de la soif rassasiée...

 

 

Le jour – la tâche ; l'un s'épaississant – l'autre s'amenuisant ; sans que (jamais) ne cessent ni la lumière – ni le labeur...

Ce à quoi il faut, un jour, être confronté....

Rejoint(s) – en quelque sorte – par la nécessité du partage...

Ouvert(s) – en somme ; et indifférent(s) à ce qui nous est retiré...

 

*

 

Sur la terre ; passant...

Vers l'autre rive ; l'âme gorgée de matière...

Au fond des yeux ; dérivant...

D'une épaisseur à l'autre ; guidé(s) par l'intelligence (mystérieuse) de ce qui nous porte...

Enveloppés et recouverts ; par trop d'orgueil ; et quelques pelletées d'argile ; l'esprit – le chemin – la possibilité...

 

 

Tourné vers soi...

A la place du vent...

Les mains dans l'ombre ; discrètes...

L’œil aux aguets...

Penché sur ce qui a besoin d'attention...

Le froid – la faim ; et la grossièreté des âmes...

Le cœur ballotté par ce qui lui échappe...

Aux prises avec la (douloureuse) insomnie ; l'esprit qui s'attarde (incompréhensiblement)...

Au cœur de l'invisible – déjà ; la chair flamboyante...

Sous le feu de ce qui nous consume – pourtant...

 

 

D'autres habitants – peut-être – dans la chambre ; l'étendue...

A ne pas croire les Autres ; le Dieu absent...

L'oreille et la parole trop crédules...

Entre le retour et le recommencement...

La route ; pas à pas...

Entre le voyage et l'immobilité...

 

 

Face aux cœurs trop querelleurs ; face aux fronts trop fiers ; la figure humble (presque toujours)...

Offerte aux couleurs (changeantes) de la traversée ; l'âme agenouillée...

A notre place ; jusqu'aux lèvres muettes...

Et nous retrouvant, un jour, dans l'entre-deux du dehors et du dedans...

Avec quelques traces esquissées en silence...

Sur toutes ces pentes qui se succèdent ; glissant – peu à peu et de manière ininterrompue – jusqu'au centre de l'étendue...

 

*

 

Comme le cœur sur la pierre ; sensible et besogneux...

Là où règne le feu...

Là où la voix est arrachée au rêve...

A l'origine – peut-être ; avant que n'explose l'unité...

 

 

Le corps en mouvement ; le reste refoulé...

Contre le vent qui déchire – qui tourbillonne...

L'Autre – en soi – appelé ; et tournoyant avec nous...

Comme une flèche ivre lancée vers le ciel ; invalidée par sa nature ; la matière...

L'âme si malhabile au sein de cet attelage aveugle et bruyant ; et se dénudant (malgré elle – malgré nous) au fil du voyage...

Le prix de l'exil ; de moins en moins exorbitant à mesure que l’œil s'ouvre ; à mesure que le cœur voit et reconnaît...

 

 

En soi – le bruit – Dieu – la parole...

Au cœur du vide et du silence – pourtant ; là où la matière est célébrée...

A l’œuvre ; le temps – le monde et la lumière...

Le feu – l'infime et l'appel...

Comme un rêve ; et du sommeil...

La mort ; et un peu de couleur ; là où demeure l'infini ; là où l'on sait s'agenouiller...

 

 

La terre ; par poignées...

A écouter le jour paraître...

En plein silence ; au milieu des images...

Des corps ; et toutes les choses du monde...

Mille reflets sur le visage...

Et le sourire ; et les étoiles...

Le Dieu vivant ; au lieu du rêve ; au lieu de l'or ; plus proche que jamais...

 

2 juin 2023

Carnet n°290 Au jour le jour

Février 2023

Seul – à bout de force...

Las de l'étrangeté du monde...

Comme un cœur parmi les pierres...

A nous projeter trop bas – vers le plus commun...

Et roulant – avec le reste – dans notre chute...

Le cri de l'innocence au fond des yeux...

Nous abandonnant à toutes les larmes qu'exige notre vie...

Sans (jamais) pouvoir enjamber ni le langage – ni le bruit...

Devant la mort et les Autres ; notre mutisme (involontaire)...

Le silence et le monde ; dans leur face à face...

 

 

Équipé(s) pour la faim et la nuit...

La bouche parfois béante – parfois béate...

L'âme engourdie qui tente sa chance...

A travers tant d'opportunités apparentes ; (presque) jamais rien des profondeurs...

La torpeur et le manque ; la respiration en surface...

Et, aux lèvres, ce filet de bave ; entre torture et débilité...

Et cette (incompréhensible) folie de poursuivre sa route ; quoi qu'il arrive ; quoi qu'il nous en coûte ; de trouver un passage au milieu des tombes et des survivants (provisoires)...

 

 

Passionnément ; la montée du jour...

Le risque de vivre...

Au-delà des choses ; des découvertes...

Blanc ; comme l'étoile ; et la main assassine...

Sans jamais voir l’œil ; la disparition...

Offrant à l'âme ce rougeoiement tenace...

 

 

Adossée à la mort ; la parole...

Le poème ; tel un (infime) rouage du ciel...

Comme un chant obstiné...

Une résistance au mutisme et à la folie ; à cette cavalcade indifférente du monde...

Plongés au dernier degré de l'absence ; ces Autres aux traces si minuscules – si dérisoires ; aux existences si burlesques – si funestes – si tragiques...

Contre l'épaississement de la gorge et du cri ; cette sorte de silence habité...

 

*

 

A nos côtés ; insistant(s)...

Et cette compagnie – commune – discrète – anonyme – inconnue – essentielle – permanente – singulière ; que l'on pare (si souvent et à tort) des couleurs (tristes) de la solitude...

Comme un cercle que l'on ignore ; et qui ne cesse (pourtant) d'inviter l'âme à se révéler – à se réaliser – à naître au jour ; comme l'exercice le plus simple – et le plus quotidien – et le moins pratiqué (sans doute)...

A la manière d'une bouée – d'une embarcation – d'une île – dans l'immensité mystérieuse...

Qu'importe les grilles apparentes ; et la férocité de ceux qui peuplent les rives et les eaux qui nous entourent...

Nous pénétrant ; nous explorant – par à-coups – de plus en plus inséparable(s) du reste – laissant l'âme, le corps, l'esprit et le monde s'emmêler et se confondre ; comme la découverte d'une seule figure – d'une entité à mille facettes – à géométrie (très) variable ; et que les yeux humains découpent (en général) en parts distinctes qu'ils considèrent comme des objets circonscrits et (quasi) hermétiques...

 

 

A travers soi – l'Absolu peut-être...

De l'indigence à l'apothéose...

Dans l'attente d'un réveil qui brise ce qui nous enserre ; la carapace du monde ; cette sorte d'incarcération...

Le corps fêlé – au supplice ; comme une gangue au fond de laquelle l'âme s'est (subrepticement) glissée ; comme dans un piège...

Et, à présent, un feu – des flammes – dans le néant ; cette ardeur désespérée (et désespérante) pour tenter de se rejoindre...

 

 

Le fond du jour...

La langue tirée au cordeau...

Comme sur des échasses ; (très) maladroitement...

A fouiller tous les recoins de la terre...

Le cœur et l'esprit – infirmes ; deux béquilles brisées – nous obligeant à ramper sur le sol...

Indifférent à la légèreté de l'air – à l'immensité que nous sommes (et qui nous environne) – cet espace insensé qui passe (somme toute – assez) inaperçu...

Habité(s) seulement par la peur et l'ignorance ; et ce fond de gravité ; l’œil hagard et la tête ahurie; essayant de nous aguerrir pour faire face au reste du monde qui nous semble si hostile – si étranger...

 

*

 

A l'approche des rives mortuaires...

Le temple vide...

Le cœur serré ; l'âme légère...

Le corps dans son coffre de bois dur...

Avec pour seuls témoins quelques oiseaux criards – (parfaitement) vivants – se querellant pour d'autres raisons que l'infini (présent pourtant autant dans leur existence – et leur chant – que dans l'horizon immédiat des trépassés)...

Accompagné par les larmes – quelques larmes (discrètes) – d'un frère à cornes (paissant non loin de là) et la prière silencieuse d'une poignée de pâquerettes – légèrement inclinées par le vent et la solennité (joyeuse) de l'instant...

Ainsi seront réunis les conditions – et les rares visages – pour la cérémonie qui initiera notre passage dans le monde suivant...

 

 

L'enlacement quotidien...

Dieu et la mort ; détenteurs des souffles – des élans...

La durée arrachée à l'espace...

Le cœur à cœur improvisé avec le monde – le silence...

Là où tout s'engouffre...

De terre – de ciel ; et d’absence...

Ce qui est – involontairement – prôné ; ce qui est – involontairement – vécu...

 

 

Entre la parole et la pierre ; cette étrange dérive...

Ce long voyage sous l'égide de la lumière...

Des instincts – de l'innocence – qui s'emmêlent (amoureusement)...

Sans la nécessité du monde ; sans même le besoin de la proximité des hommes...

Ce que l'on recueille ; un peu d'écume – un peu de sang – l'essence et l'origine (supposées)...

Sur le sentier de la cessation et de la nudité (du moins – en apparence) ; ce que peut constater le cœur (authentique) de l'homme...

 

*

 

Aussi sombre qu'étranger ; le monde offert – le monde proposé...

Sous le joug de l’œil et du temps...

Sans cicatrisation possible...

Porté(s) – comme la veille – et depuis toujours – par le reste...

Sans sourciller ; d'une chose à l'autre...

Cette existence (triste et grise) sur la pierre...

 

 

La terre arpentée...

Sous l'étoile couronnée – inventée – accessible...

Le sang versé...

L'horizon rouge au cœur de l'immensité...

Et dans les yeux – ce vide criant...

Partout – le reflet de soi – jusqu'à ce monde ignare...

Aux lèvres – un rictus discret ; une sorte de grimace indifférente...

La figure inexpressive sur laquelle se lisent (pourtant) le dégoût et la lassitude...

Jusqu'à l'impossibilité du recommencement...

Ainsi se dessinent tous les préludes de l'absence...

Nos vies de (funestes) mortels portés à l’aguerrissement – de moins en moins innocents (à mesure que s'esquisse l'histoire)...

A aller toujours – le rêve en avant...

 

 

Égaré dans la fissure ; le trait...

Ce qui marque et s'insinue...

Comme ancré dans l’œuvre de l'élargissement (naturel)...

D'un écart à l'autre ; la légèreté...

L'esprit (incroyablement) sponsal de la lumière – sans emprise – sans embâcle...

Droite ; dans son (dans ses) interstice(s)...

Sans alternative ; comme le parfait reflet du monde...

 

 

Le dédoublement de la douleur...

Sous la férule des tentatives de rejet – de refus – d'amoindrissement...

L'esprit (pleinement) arc-bouté contre le corps...

Dans une lutte acharnée ; une lutte à mort...

Toutes les forces qui s'escriment – qui s'obstinent – à expulser le monstre ; au lieu d'élargir l'espace ; et se faire accueillant ; hôte et réceptacle acquiesçant ; capable d'héberger le plus sordide – d'embrasser le plus vil – d'étreindre (avec tendresse) ce qui semble le plus éloigné de l'Amour ; prêt à s'effacer – à se laisser dévorer – à laisser l'entièreté de la place ; seule perspective en mesure d'initier une altération (voire une suppression) de la souffrance [lorsque l'on sait disparaître de manière (plus ou moins) complète]...

 

*

 

L’œil cintré...

Paupières (presque) closes...

Sans un regard...

Ignorant le réel – l'Autre – le monde ; les imaginant seulement...

Le reste – et soi – comme un rêve ; malgré les murs labyrinthiques – malgré l'apparente proximité – malgré ce qui (nous) heurte (à chaque mouvement)...

Sans lumière ; l'âme amorphe ; sans même la force de deviner...

Tout bêtement étranger(s)...

 

 

Serrés l'un contre l'autre...

Le cœur et le silence...

La bouche et le bruit...

L’œil et le monde...

L'âme et le vide...

La chute et l'envol...

Le corps et l'effacement...

La mort et l'éternité...

Ce qui nous anime ; et ce que nous contemplons...

A chaque instant ; à chaque recommencement...

 

 

Se heurter ; sans résonance...

Ce qui compte ; à coups de saccages...

Égaré(s) ; du sol aux cimes ; (à peu près) la même chose...

Le cœur errant ; sans même explorer l'inconnu...

Une sorte de crucifixion (mobile) ; la poitrine contre le vent ; et la tête (malgré elle) qui pend vers les racines...

 

 

La peau lacérée par tous les maléfices...

Féroce ; sans (réelle) dignité...

Au cœur des ténèbres ; jouet entre les mains de la mort...

Trop indécis ; trop insipide ; l'esprit et ce qui est goûté...

Quelque part – à la marge – au fond d'un trou...

Dans une sorte de halte obscène pour échapper aux sévices et à la sauvagerie...

Avec le monde de biais ; (juste) au-dessus...

 

*

 

Sur cette terre épineuse et pentue...

Contre le ciel ; la blessure – notre néant...

Un voile (discret) sur la nudité du monde...

Devant soi – là-haut ; une étoile...

Et plus bas ; des bavardages ; des mortels obéissants ; des bouches inquiètes qui fouillent la rocaille...

Comme des ombres ; des traces sur la neige...

Ces (pauvres) vies qui passent...

 

 

Avec nos gestes ; un surplus de sommeil ; sans doute – l'un des seuls apprentissages possibles...

Debout ; les yeux fermés...

La lumière que l'on cherche – aveuglément – dans les ténèbres...

Les mains tendues devant soi – jusqu'à l'autre bout de la terre...

Dans le même sillon ; sans jamais voir le jour...

 

 

Le monde ; dans son reflet qui ricoche sur l'étendue brumeuse...

Le souffle éternel – en chacun...

L'aube et le sommeil ; sous leur masque grossier ; et qui aiment à se mélanger en toute chose – en chaque élan ; là où s'initient la structure et le mouvement...

Sous la lumière capable de métamorphoser ce qu'elle éclaire...

Au plus près ; au plus large ; (presque) jamais là où nous l'attendons...

Présente jusque dans les plus profondes fondrières...

Qu'importe l'échec – l'ampleur – la vérité – de ce que nous vivons...

Ce qui enveloppe la peur – le chemin et la mort...

Nos pas ; dans la (parfaite) continuité du voyage...

 

 

La chair tendre ; tremblante ; tandis que nous respirons ; tandis que nous traversons l’épaisseur du labyrinthe ; tandis que l'âme et le monde se révèlent l'un dans l'autre ; tandis que la langue et le pas approchent du silence ; avant que la mort ne nous emporte ailleurs ; avant que le temps ne nous porte vers un autrement...

 

*

 

Gracieuse – la danse des âmes...

Le tournoiement des couleurs dans la lumière...

Ces pas – tous ces pas – dans l'invisible ; le cœur au bord de l'indicible ; le plus sensible habité...

Si près du feu – de la source...

Le souffle (imperceptible) du temps sur la pierre...

Et nos fronts rayonnants...

Entre l'herbe et le vent ; le sourire aux lèvres ; comme si la joie s'était affranchie des circonstances...

 

 

La ligne portée à la rencontre...

Le ciel déployé sur tout le territoire...

Avec des ombres ; et des traces sur la pierre blanche...

Des étoiles ; et toutes les possibilités réunies ; dans la main – le geste qui sait...

A travers la matière – le monde ; l'espace – ce qui doit arriver...

 

 

Le vent ; encore...

Cette furieuse traversée de l'espace...

Contre soi ; les forces d'immersion...

Et ce qui nous hante ; soudain – redressé...

Des coups de hache pour détacher le bruit de la parole ; l'esprit de la matière...

Des signes à la silhouette gracile...

Vers la raréfaction – le tarissement ; et la possibilité (patente) du renouveau – de la transformation – du saut dans le silence ; vers l'issue la moins fatale...

 

 

De chaîne en chaîne ; ce tourbillon...

La figure intacte...

Sous cet amoncellement de couleurs...

La chambre simple ; la voix sans tremblement...

Qu'importe que la nuit nous ait pénétré(s)...

A travers le ciel ; l'âme qui se risque en dépit des périls que le monde recèle...

 

*

 

Parfois dedans ; parfois trop tard...

A l'angle du jour que la nuit a choisi...

Insidieusement – amoureusement ; la cendre...

Quelque chose de la blessure ; du retard...

L’œil triste...

Et le reste qui vacille ; emporté par quelques tourbillons ; éphémère(s)...

En nous ; ce qui s'érige ; une sorte de verticalité naissante...

 

 

Comme attrapé par le silence sous-jacent ;

L'idée et le mot ; à la place du ciel – trop souvent...

A la manière d'un couperet...

Comme une incidence sur le voyage – la volonté...

L'univers construit de travers...

A l'heure des réparations...

Le déferlement de l'invisible...

Et ces mains tremblantes ; et ce cœur battant...

 

 

Par-dessus la croix ; l'invisible...

Ce qui n'ose se dire en ce monde...

Sous quelques rais de lumière ; le temple et la prière...

Au bord de la perte ; déjà...

Des traces de blanc sur la pierre grise...

Quelques soubresauts sur le territoire...

A point nommé ; cette sorte de récompense...

 

 

Le reflet du ciel dans l'astre ; et la prunelle ; si mal regardé(e)(s)...

D'un autre monde – sans doute...

A cette heure où se dévoile (où peut se dévoiler) la vérité...

Le souffle perturbé par le vécu aveuglé...

Le feu croissant à mesure que s'estompe le gouffre ; la possibilité...

Ce qui pourrait provoquer le ruissellement de la substance ; et son débordement dans l'âme...

 

*

 

La joie-monde – soustraite du carcan...

Adossé contre la hampe ; inconfortablement...

Dans l'épuisement de ce qui s'est passé...

De part et d'autre de l'étendue rocheuse...

Sans bruit ; sans rien voir...

A cet instant ; le centre entrevu ; jamais atteint...

Au milieu des pierres ; le cercle – l'immobilité...

Appuyé contre la perte ; le salut...

A grandes pelletées de vent...

L'écoute ; le seul labeur – la seule possibilité – de l'homme...

 

 

Ainsi confondus ; l'âme et le point du jour...

A se heurter sans raison...

Malgré mille détours ; les obstacles du monde et du temps...

Les lèvres rêches ; et des mots du dedans ; quelque chose de soi (immanquablement)...

 

 

Ce qui se dresse – face au néant...

Parmi nous – (presque) sans effet...

Ici et là ; entre quelques étoiles...

Aussi vaste que l'espace...

Aussi lointain que l'origine...

Quelque chose qui veille ; de vivant...

Là où l’œil reste ouvert...

A mesure que l'argile se désagrège...

Sous le règne de la poussière ; le vide jamais déclinant...

Sans personne pour séduire ; et nous plaire...

A notre rencontre ; le rien qui fleurit...

Comme un chant au-dessus du ciel...

 

 

Par-delà le silence et la fusion...

Le secret délibérément exposé...

Au terme de toute les pertes ; l'âme si légère...

 

*

 

Dans le flot continu ; le monde et le temps...

L'espace mortifère...

Passages de mendiants et de rois ; mélange de bruit et de matière – dans le silence (presque) jamais célébré...

Comme mille traces de fumée à suivre...

Des pas dans la neige ; la nuit...

Automatiquement reconduits...

 

 

La douleur d'un Autre ; enfoncé(e)...

Le poids du rien ; des choses sans nom ; au fond de l'âme...

Ignorant cette voix qui nous appelle...

Dans le vide abyssal ; le cœur en désarroi...

Ici – contre soi ; tout près du ciel...

Ailleurs ; autrement que la vie assassinée...

 

 

Trop souvent prisonnier(s) de ce qui nous protège – nous soutient...

Là – contre soi ; la tentative d'un abri...

Dans l'optique d'une fuite...

La perspective du repli...

Sans pouvoir faire face ; à peine regarder...

La tête enfouie quelque part ; plus haut – plus bas ; ailleurs...

A côté de soi ; malgré le bleu qui s'est installé ; présent, sans doute, depuis tous les commencements ; et bien avant même – peut-être...

 

*

 

La terre répandue en prière...

Jamais rongée par l'ombre cachée sous les paupières...

Au-delà des mots – bloqués dans la bouche par d'étranges éboulis de pierres ; la raison des Autres transformée en paroles de plomb...

Le doigt arraché à la gâchette ; indocile – obéissant encore à la mémoire du corps méfiant – hostile à toute forme d'étrangeté – à la chair du reste – aux intentions dissimulées – à ce que représente le monde...

 

 

Là-bas ; au loin ; au large...

Quelque part derrière soi...

A l'origine de toutes les séries visibles – tangibles – terrestres ; et présent déjà dans ce qui leur succédera...

Lumineuse ; comme la bouée de l'ensemble – l'immensité...

Devinant (bien sûr) toutes nos attentes ; et leur devenir ; ce qui nous propulsera au-dedans ; ce que nous abandonnerons au monde...

 

 

La pierre chantante...

Contre la nuit installée...

Autrefois plus bas ; ailleurs – enfoui(e) peut-être...

Dans notre absence ; les figures assassinées...

Avec comme des mains dans le ciel...

Un buste béant – penché – semblable à un abîme...

Et sur la tête – une couronne cabossée...

 

 

Des yeux ; sous lesquels poussent des chemins...

Aveuglément ; tantôt vers l'obscur – tantôt vers la lumière ; l'immensité blanche...

Et entre la pierre et la prière ; la possibilité de la couleur – le monde étalé ; et, parfois même, la transparence...

Ce qui s'installe sous la couronne...

Le cœur – comme autrefois (bien sûr) – battu par les vents ; mais inaliénable – à présent...

 

 

Vers soi ; animé...

Le jour et l'histoire du monde...

Toutes les comédies inventées ; et qui s'achèvent (à peu près toujours) par le même drame...

Mille égarements – quelques détours – vers le bleu...

Ni leur ; ni nôtre ; sans appartenance...

Au milieu des fables et des gerbes de lumière...

 

*

 

Venir – aussi – à soi...

Prière seule – peut-être – non advenue ; éclipsée par trop de volonté...

Poussières d'or qui fascinent – qui continuent de fasciner – les yeux fermés...

Avec des noms auréolés de mystère...

Et des êtres dévoués à la dissémination de la semence...

Simplement ; quelques mortels sur notre chemin ; envahi par la terre ; la signature de ce monde promis à la perte – condamné à l'abîme...

 

 

Parvenu(s) ; le vide ; la voix...

Au plus fort de la tempête ; l'Amour enflammé...

Les formes entremêlées – folles – (trop souvent) insatisfaites...

Et de nouvelles choses pour contenter les impératifs du nombre...

Peu à peu – oublié le jeu initial...

Transformé, malgré soi, en naufrage – en sépulture (et, parfois, en charnier – en nécropole) ; dans un (lent) dépérissement sous l’œil (parfois amical – parfois narquois) de ce qui a initié le monde – le voyage...

 

 

En soi ; ce qui nous accompagne...

Sur toutes les voies de la terre ; entre elles (parfaitement) tissées...

Main sur le bâton ; au cœur des obstacles et des reflets...

Guidé(s) vers le haut – au-dedans – peu à peu...

Puis disposé(s) au milieu des pierres...

Nous montrant le seul chemin ; la seule direction parmi tant de possibles...

 

 

Le peuple des rives ; au cœur de leur territoire...

Sans arbre – sans forêt...

Sans voix pour dire la douleur – pour célébrer la beauté...

Le ciel ouvert – simplement – (atrocement) nuageux – encombré – parsemé de rêves qui entravent la vision – qui voilent la réalité...

Quelque chose de l'illusion et du poing levé ; et cette plainte continue qui s'élève depuis le premier frémissement – avant (bien avant) même la naissance du monde et du temps ; et qui se perd – s'abîme – s'efface – avalée – engloutie par l'immensité...

 

*

 

Au plus bas ; là où la glaise rejoint le ciel...

Là-haut ; là où la terre devient miracle ; merveille...

La clé de tous les voyages ; de tous les exils...

Tous les membres de la parentèle rencontrés – et retrouvés – sur ces pentes abruptes...

Et le cœur qui – peu à peu – se réchauffe...

Comme un feu (un feu nouveau) au fond de l'âme – elle, depuis si longtemps, éconduite – délaissée – abandonnée – ressuscitant, à présent, sous le regard fraternel – spacieux – sans sentence – qui autorise cet étrange balancement entre le ciel et la chair – entre l'Amour et la faim...

Réconcilié(s) – en quelque sorte...

 

 

Comme un passage à gué ; entre Dieu et les étoiles...

Devant ; des yeux qui interrogent...

Méfiant face à la neige offerte – face aux caresses invisibles – face aux malentendus de l'hiver...

Malheureux ; en dépit des épaules – et, parfois, des mains – qui se touchent...

 

 

Le jour – dans la main – recroquevillé...

Dégagé de tout langage...

Sur la blancheur ; la terre emportée...

Notre nom – dans le monde – chaviré...

Entre la tempête et l'étendue...

Au cours de ces quelques pas que l'on nous accorde...

 

 

Aux cimes recouvertes ; retiré...

Face au vent qui dissipe toute consistance...

La parole d'un Dieu que le ciel efface...

Entre deux eaux – le cri qui monte – au milieu des stèles dressées...

Et cette angoisse qui se propage ; qui prolifère – au détriment de la soif...

Nous pardonnant pour toutes les fois où nos gestes chiffonnèrent les âmes ; où nos paroles découragèrent les premiers élans de l'innocence ; à califourchon sur le monstre – dans cette posture inappropriée...

 

*

 

Au fond du filet ; enhardi...

A l'ombre des pierres ; vivant...

A se soustraire aux alliances trop nombreuses ; étouffantes...

L'âme rampante (et désabusée) – sous le sommeil...

Là où s'affrontent le monde et la liberté ; là où s'affrontent les créatures et l'innocence...

Sous ses airs belliqueux ; personne pourtant...

Assis dans l'espace ; à s'émerveiller du silence (trop rare) dans la parole...

 

 

Trop près de ce cœur dépossédé...

Dans ce désert sans sable – sans lumière...

A attendre un chant qui ne viendra pas atténuer la danse folle des hommes...

Qu'importe nos pensées incandescentes...

Pris dans le tumulte – le déclin – la débâcle – en dépit de la persistance du miracle – au-delà...

 

25 mai 2023

Carnet n°289 Au jour le jour

Décembre 2022

Ici – parcouru(s) jusqu'à la pourriture...

La chair recouverte ; l'âme contaminée...

Et le cœur en passe de devenir (Ô horreur!) l'allié du temps...

La mort inscrite sur tous les tableaux...

Comme une seconde peau dont il faudrait (peut-être) se départir...

 

 

Le corps emballé...

Vers cette lumière ; ce passage...

Dans le prolongement de l'ombre que le crépuscule étire vers le lointain...

La figure bleue ; et des ruissellements de têtes – de tous côtés – de la chair qui chute ; une partie du monde emportée...

Des cris – des gémissements ; une expulsion – un renouvellement ; une naissance peut-être...

 

 

Le vivre réticulaire...

Des liens partout ; rien que des liens ; pas d'entité vivante – existante – isolée...

Comme de la neige à la place du chagrin...

Du souffle ; et pas de finitude ; d'incessantes transformations [ce que récusent (bien sûr) tous les partisans de l'identité qui (en général) placent la mort au terme du temps et l'humain au faîte de la hiérarchie]...

 

*

 

Le temps offert ; le temps perdu...

Sous le même soleil...

Et le souvenir qui s'étire...

Le vent en face...

Comme si la figure des Dieux s'était détournée ; à mesure que nous vivions...

Et, à présent, rien que du sable dans nos mains tremblantes et ridées...

 

 

Dans le cercle des Dieux ; consentant...

L'Amour – la chute et le soleil...

Des luttes au fond de l'abîme...

Et notre longue veille – par-dessus...

 

 

Au-delà de la découverte ; l'invention du jour...

Plutôt l'arbre ; et la tendresse...

Plutôt la chambre que le monde...

La délivrance offerte par le vent ; et l'âme aussi impartiale que possible...

Des fleurs ; et de l'espace...

Qu'importe alors que l'existence puisse sembler quelconque (à des yeux ordinaires – trop peu aiguisés – trop peu aguerris) lorsque l'on sait que l'intensité et la profondeur – notre manière (assez métaphysique) de la vivre – ne cessent de l’embellir – de la magnifier – de lui offrir son éclat – son envergure – toute sa saveur...

 

 

L'âme contre la pierre...

Socle et siège de cette existence terrestre...

A hauteur d'un ciel disparu...

Le monde (à présent) recouvert de terre et de nuit ; si étrange – si étranger – aux yeux des Anciens...

Et ce souffle – et ce feu – au fond de la chair palpitante...

Comme une œuvre – inachevable – qui se poursuit...

Et notre visage – entre l'herbe et l'infini...

Cet espace – sans hasard – à habiter...

 

 

L’œil – sur la neige – apaisé...

La disparition vécue ; et regardée...

Au cœur de l'essence vivante de l'âme et du monde...

Qui sait ce qu'il restera lorsque les ombres (toutes les ombres) auront disparu...

Peut-être ; à nous débattre encore dans la (folle) chevelure du temps...

 

*

 

Peut-être la folie ; peut-être l'Amour ; qui peut (réellement) savoir...

La mort – sur notre route – tant de fois rencontrée ; et coïncidant avec la parole ; et l'impossibilité de dire (la mutité) ; et le silence décidé (et nécessaire)...

Au commencement du rien ; lorsque plus personne ne sera...

 

 

Les heures cristallines des croyances...

Des fables diluées dans les eaux du temps...

Des jours et des âmes mâtinés de monde et de cruauté...

L'existence humaine ; à peine quelques souffles – quelques levers de soleil – quelques saisons...

Et la mort ; comme sur les fleurs qui se fanent ; et les bêtes que l'on égorge...

Le malheur de se souvenir ; et d'espérer ; en plus de tous les autres...

 

 

Au gré du monde ; se transformant…

Comme l'eau de la rivière ; parcourant la roche – plongeant sous le sol – s'évaporant – débordant sur les rives – allant vers l'immensité...

Dans toutes ses trajectoires possibles ; simultanément ; et notre visage oublié – enroulé dans l'invisible...

 

 

Déployé(s) – dans notre trou ; et (très) mal assemblé(s)...

Oublieux de l'hôte qui nous loge ; ce qui nous habite ; et nous fait vivre...

Dans notre corps ; le souffle et l'ardeur du vivant ; ce feu qui, peu à peu, s'éteint ; qui, peu à peu, nous mène vers la fin...

A l'intérieur ; le saut – la chute – le déclin ; puis, sans doute, le retour et le recommencement...

 

*

 

Rien qui ne puisse (nous) consoler de la face triste (et hautaine) des hommes...

Bouts de ciel arrachés au profit d'ombres grises...

De longs chemins qui égarent ceux qui persévèrent dans leur marche collective – l'erreur commune – la foulée mimétique comme la (déceptive) garantie d'une issue – d'une possibilité – d'un espoir...

Quelque chose comme une perspective dans ce magma – cette opacité – ce mythe – ce mensonge – cette illusion – que l'esprit et le monde façonnent ; et auxquels nous nous agrippons désespérément...

 

 

Ce que l'on ne peut vivre ; ce qui n'a pas été vécu...

Quelques feuilles jetées dans les fossés ; au cœur de ce qui pousse sous les ronces en fleurs...

N'importe quoi entre le sol et le ciel...

Quelques pierres en guise de sourire...

Et une souille où l'on s'immerge (régulièrement) pour consolider la fange – renforcer les masques ; cette matière qui craquelle sous le poids du monde – des Autres – de la vérité ; qu'importe ce que nous dissimulons ; qu'importe ce que nous cherchons ; debout comme un piteux monument qui se lézarde ; et sous les ruines duquel, un jour (bien sûr), apparaîtra notre vrai visage...

 

 

Le saut – en soi – (presque) assuré...

Pas une seule trace de cette aventure sinon la transformation du cœur et du regard – redevenus (peut-être) ce qu'ils étaient avant cette sorte d'aveuglement – d'insensibilité ; cette bêtise et cette nuit enchevêtrées ; dans ce monde sans ciel où seules comptent l'espérance et la promesse ; dans l'absence de cette blancheur outrageusement recouverte...

Ainsi – sans doute – discrètement – secrètement – se rejoint-on (en partie)...

 

 

Près des arbres – encore...

Le cœur dans ses profondeurs ; proche de leur perspective...

Le silence – l'invisible – la lumière...

Le long chemin de l'âme et du regard – par-delà les lois – par-delà la mort et la mémoire ; dans ce qui continue de se détacher...

Le geste qui, peu à peu, apprend à s’affranchir de la parole – de cette (odieuse) pétrification du vivant...

Le vide – au-dedans – à la place du cri ; et cette tendresse – ce surcroît de tendresse – dans l’œil – la main – la voix...

 

 

Tourmenté par l'histoire du monde ; la furie des hommes ; cette façon de fuir devant l'évidence du mystère ; et la nécessité de sa résolution...

Peu à peu – sa part maudite ; grandissante...

Comme étranger (de plus en plus) à la famille – à la tribu...

Trop de voix – de pistes – de gestes – délétères ; et cette démesure exaltée par la peur et les instincts...

Du sang et de la poussière ; si centré sur soi...

A vivre à l'écart des Autres – au-dessus de l'air vicié ; et des têtes noires envahissantes...

Dans l'intimité de la roche ; un peu de lumière ; et de temps à autre – une nouvelle respiration ; notre seul réconfort...

 

 

Le ciel oublié ; après l'Autre...

Le dos offert à ceux qui blessent ; gémissant...

Et espérant – en secret – des saisons moins rudes ; des accalmies ; la fin de l'orage...

Et ce cri ; comme le seul portrait du monde (invalidé, bien sûr, par ceux qui le composent)...

Les épaules voûtées ; et la chair dont on se repaît ; (à peu près) les seules choses que l'homme connaisse...

 

 

Depuis le premier jour – réuni(s) ; puis, peu à peu, scindé(s) en deux parts inégales...

Dans l'architecture de la pénombre ; obsédante ; et au loin – la langue de la mort – trop bavarde – bien pendue...

Et nous – à bout de souffle ; asphyxié(s) dans notre abri – notre trou – par l'abondance de mots ; le tombeau à venir que l'on s'aménage...

Et le nom de Dieu que l'on murmure ; la seule prière – la seule perspective dans cette existence obscure...

 

 

Des têtes inclinées dans l'espace...

Comme courbées par un poids (invisible) posé sur la nuque ; l'intériorité à l'abandon...

Des vies simples ; des gestes et des mots prosaïques...

(Quasi) insensibles à la part manquante...

Envoûté(e)s par la matière – en quelque sorte...

 

 

Le geste de la mémoire ; dans le silence...

Un renversement du ciel noir aggloméré ; comme encaissé dans le crâne...

Et ce (soudain et surprenant) surgissement de la lumière – dans l'errance – du secret ; à travers les jours vécus comme une déperdition ; ce qui se cachait (depuis toujours) au fond de la matière ; parmi nos perspectives infondées ; ce qui s'est, peu à peu, révélé à notre insu – en vérité...

 

*

 

Ensemble ; comme un grand corps que nous partageons ; malgré les querelles – la violence – l'incompréhension – la cécité...

Sans doute ; la seule chose que nous sommes...

 

 

Du monde rêvé depuis si longtemps...

Sans jamais s'attarder sur la page ; ce qui s'est passé...

Jour après jour ; instant après instant – pour contrebalancer (sans doute) le poids du souvenir ; et celui de l'imaginaire...

Le réel rugueux sur notre peau rêche ; comme un aguerrissement ; et un accroissement de la sensibilité...

 

 

Et cette main – et cette âme – qui n'appartiennent à personne ; et que tous les courants agitent ; et qui approchent tantôt le soleil – tantôt la mort – tantôt la vérité ; et, de temps à autre, tout ce qui semble lointain – tout ce dont nous nous croyons séparé(s) – simultanément...

 

 

Le sort du monde – jeté dans les replis...

Dans le geste et la langue ; les seules forces de résistance...

De la chair (tendre – fragile – passablement molle) contre de l'acier trempé...

Des plaies et des béances...

Aux prises avec ce que courbent les étoiles...

Une manière (très) imparfaite de se tenir debout...

Quelque chose de l'infini qui porte le plus infime – pourtant...

Toutes ces lois qui régissent la condition terrestre...

 

 

La paupière lasse de jouer avec le monde – de repousser la mort – d'éviter (autant que possible) l'essentiel...

Dans l'abîme partagé ; ce que l’œil ne voit pas (ce qu'il s'obstine à ne pas voir)...

Le recours (trop souvent) à l'impossible ; et cette prière dolosive...

Les frontières et l'au-delà – déformés par toutes nos constructions...

La vérité profondément enterrée ; et qu'un seul regard (pourtant) saurait exhumer...

 

*

 

Depuis le début du monde – à genoux – sous la même étoile...

Des frayeurs – des réminiscences ; et l'espoir de découvrir le reste du jardin ; la part du secret qui nous anime...

Apprenant, peu à peu, à reconnaître la main de Dieu sur notre épaule ; et l'étreinte (passionnée) de l'âme...

Découvrant le déroulement du cycle ; une (infime) partie du voyage ; et (très) provisoirement – la possibilité du repos...

Et parvenant (parfois) au lieu où la paix devient certaine...

 

 

Fils de l'arbre et de la pierre...

Frère de la fleur et de la bête...

Tremblant de joie – parmi les siens – sous le ciel immense...

Dieu dans l'ombre de ce qui nous entoure – entre nous ; dans la farandole...

Porteur(s) de l'esprit commun dans l'espace partagé...

Une multitude de chemins ; d'un coin à l'autre ; d'un angle à l'autre ; une longue suite de pas et d'escales – où se dessinent – puis s'effacent – le bleu – l'Amour – la vie – la mort ; parfaitement porté(s) par les circonstances...

 

 

Effacées – sur la pierre – les traces de vie ; la souffrance et les larmes des générations successives...

L’œil posé sur la folie du monde ; les gouffres où l'on jette les noms et la chair encore vivante...

Entre deux sommeils ; la litanie des gestes bruyants et mécaniques...

Et de ces (tristes) spectacles – bientôt il ne restera plus rien ; sinon (peut-être) des os éparpillés et quelques têtes endormies (comme oubliées là après la bataille)...

 

 

Hanté – depuis le premier jour – par ce qui nous déroute – par ce qui nous fourvoie – par ce qui nous corrompt ; jusqu'à la moelle – jusqu'à la pourriture...

Les poignets liés face à la cendre promise ; corps et âme ligotés...

Engloutis ; et le monde – et l'obscur...

Comme un (minuscule) brasier dans l'immensité...

 

*

 

La pierre embrassée...

Une chose ; puis, une autre...

Le désir de l'espace ; ce qu'il nous insuffle...

Comme quelque chose qui nous pousserait...

Un feu ; un cri très ancien ; qui peut savoir...

De la même couleur que le ciel ; les arbres et la blessure...

Ce que nous portons (tous) au fond du ventre ; ce qui ne peut nous être arraché...

 

 

Des choses défaites dans la mémoire...

Dans un frémissement imperceptible ; ce qui refuse de mourir – de s'échapper – d'ouvrir la porte d'un autre monde...

Nuit après nuit ; dans la même obscurité...

Au cœur du pays noir et glacial – sans personne pour crier – sans personne pour écouter...

Et la soif qui nous happe – qui nous harcèle – qui nous déchire ; comme si l'on attendait quelque chose ; la part manquante – le plus précieux (sans doute)...

 

 

Le monde – d'un seul regard...

Parcelle de l'espace et témoin...

Neige et fumée noire (à égales proportions)...

Le soleil déclinant ; la terre impénétrable – enfouissant tous les secrets...

Et la course des astres vers la mort...

Des visages ; les uns après les autres ; éléments du costume (du déguisement) au fil des formes et des fonctions...

Le vide et le vent ; comme envoûtés par eux-mêmes ; et s'infiltrant à travers tous les orifices formés ; présents autant dans la parole que dans les excréments...

Ce dont nous sommes constitués...

 

 

Autant de ciels (bien sûr) que de prières ; et autant de promesses que de visages...

Et bien plus de possibilités que d'avènements ; que de naissances ; que d'apparitions...

L'oreille tirée hors du sommeil ; penchée vers l'écho du monde ; et tournée vers le silence ; son désir le plus secret...

 

*

 

Journalièrement – la figure dessinée...

Avec ses signes et ses labyrinthes...

A la manière d'une parole prophétique...

La même veille ; et la lumière juste pour dire...

Sans (réelle) importance ; moins qu'un arbre – moins qu'un oiseau ; mais égaux dans leur élan et leur nécessité...

Le monde (ce monde) – à notre portée...

 

 

Ici – tombé(s) ; debout pourtant...

Et l'ombre inclinée qui nous prolonge (ou, peut-être, l'inverse)...

Dans le creux de la terre ; dans nos refuges ; sous nos coquilles...

Parmi les ronces et la mort…

Et le peu que nous comprenons du monde – des Autres ; et tout ce qui nous relie...

Et déjà mille fois ressuscité(s) – pourtant...

 

 

Au commencement de la roche...

La chair des Dieux – clouée par la lumière...

Et le vent dans leur chevelure....

L'espace qui s'habite – peu à peu...

Des astres errants ; initialement ; et que le bas et la nuit ont expulsés ; hors du cercle...

Sous le regard de tous ; et leur assentiment...

Rien qu'un peu de neige sur la solitude des morts et des vivants...

 

 

Le sol recouvert...

Des paroles et des entailles...

La terre ; des fragments d'os et de ciel...

Trop séparé(s) des signes – des triangles – de la blancheur...

La tête face à la platitude ; décourageante – découragée...

Et la compromission qui gagne – peu à peu – l'esprit...

La fuite comme une évidence ; l'issue qu'il nous fallait trouver...

 

*

 

Vêtu(s) de sable et de vent...

L'arbre – l'étendue...

Le souvenir et le monde...

La parole et le sang...

Autant que le cri ; autant que l'espoir...

Autant que le ciel et que la terre que nous habitons...

 

 

L'espoir par-dessus la plainte...

Le cœur coincé ; et les lèvres qui tremblent encore...

A la cime des choses ; depuis trop longtemps inassouvi(e)(s)...

Ce que l'on invente pour duper le monde ; tromper l'esprit...

Au commencement de tous les chemins...

L'âme qui se rejoint – qui s'accomplit – dans la chair acceptée...

La nuit décousue par la cendre consacrée – accueillie...

Ce que l'on porte au fond de soi ; et ce que l'on tient dans la main ; en dépit du destin qui se dessine...

 

 

Habillé de chiffres et de manières...

Le monde à l'horizontale...

Le ciel par un (large) escalier dérobé...

L'espace ; et les mouvements ; et les destins – calculables ; et prévisibles (bien sûr)...

Tout ; ponctué de mots et de possibilités...

A l'intersection du froid et du front...

Entre la neige installée et le sommeil enfoui...

La terre qui s'attarde ; les têtes paressant...

Éternellement plongée(s) dans la reconduite du temps...

 

 

Muraille de peurs et de nuit...

Épars le savoir ; comme appuyé sur toutes les infortunes...

La pierre et le secret – au fond – inextricables...

De la couleur du monde – de la mort – des enfers...

Le cœur et l'esprit – prisonniers des éboulis ; par-dessus l'émerveillement ; le temps venu (peut-être) de la glaciation...

 

*

 

Le rêve accablant...

L'absence de l'oubli...

Des noms et de la neige ; d'épais flocons...

Comme une tromperie sur l'errance...

Du vent dans les pensées...

Et la tendresse ; et la douceur – que l'on n'attend plus...

 

 

La solitude du marcheur ; prince de ses pas (involontaires)...

Au cœur des paysages ; l'âme inclinée ; tournée vers le soleil – en dépit des jours qui passent – en dépit du temps...

Le sacre de l'infini dans le feu ; se consumant – renaissant...

Face au monde ; la même montagne...

Une fleur noire à la main...

Abandonnant tout à son passage...

Respirant pleinement le sable et le bleu (encore) lointain...

 

 

Au jour de la ressemblance ; du rapprochement...

La pierre présente ; l'arbre silencieux ; la bête gémissante ; et une larme dans l’œil de l'homme...

La possibilité d'un baiser – d'une étreinte – d'un accouplement – d'un mélange – d'une hybridation...

Le passé rappelé entre les lèvres ; puis, happé par tous les orifices ; se réclamant de l'indistinction ; de cette ère d'avant la séparation...

Fragment(s) de ciel et de sable – mêlé(s) à la tendresse et aux murmures des vents ; condamné(s) à l'attirance réciproque...

 

 

Promesse de décombres...

Le lien rudéral...

A même le corps ; à même la terre...

L'érection d'une langue destinée à enjamber toutes les frontières – tous les remparts – toutes les tranchées ; ce qui résiste au temps – à la tristesse – à la mort ; porteuse de joie et de liberté...

 

*

 

Quelqu'un peut-être ; une chose sûrement ; qui nous use ; et nous épuise...

Comme jeté derrière soi ; à l'abri en quelque sorte – protégé par cet étrange bouclier...

A manipuler le monde (comme s'il y avait quelque chose à prendre ; comme s'il avait quelque chose à donner)...

Le destin de l'âme (sans doute) – affranchie des circonstances (même si, à travers le corps, elle s'y trouve plongée)...

 

 

La transparence du voyage...

Des gestes de survie ; des gestes de partage...

Le ciel-compagnon qui veille durant notre sommeil ; qu'importe notre nom – notre destin – notre renommée...

Un chemin entre les pierres...

La figure des lieux ; et, en filigrane, la figure des Dieux...

A découvrir – (très) attentivement...

Avec les cris de la nuit tatoués sur la peau ; et qui s'effacent, peu à peu, au fil des pas...

En nous – le sorcier avec son tambour ; porté par cette magie que nul ne comprend...

 

 

Au terme du froid et des entassements...

Les mouvements libres ; et légers...

Le ciel du monde – à nos pieds ; et le cadavre des chimères – baignant dans le sang blanc (et parfumé) de l'Absolu...

Toutes les pyramides renversées ; aux côtés de la barbarie ; de la cécité...

Assis sur la mort agenouillée...

Les paumes effaçant les murs du labyrinthe mal dessiné(s)...

Riant – la tête à l'envers – sur le socle de la verticalité trop rigide...

La neige et la lune en collier ; joyeux ; et elles, pas même asservies ; pas même enchaînées...

 

 

La main blanche – sur le front trop sombre...

Nous prononçant (à l'unanimité) pour l'effacement sans prélude...

Qu'importe les cris et les plaintes inarticulées...

Au terme des signes ; la possibilité du geste juste offerte à ceux qui se sont (presque) toujours montrés si maladroits – si engourdis – si empruntés...

 

*

 

Porté(s) vers la mort...

Ce qui se dresse dans la fleur et le sang...

A coups de pierres – la route...

Agenouillé(s) devant la terre des hommes ; les lois et les larmes – indéfiniment ; les mêmes espoirs – les mêmes prières...

Fils de rien – en somme (si nos calculs sont exacts)...

Et personne pour écouter la plainte ; seulement le silence ; ses caresses et ses baisers ; ses mains dans les nôtres ; et son souffle chaud sur notre peau ; offrant à l'âme et à la chair un frémissement (inespéré)...

 

 

Jusqu'au dernier soir ; la lampe et le feu...

Le fardeau animé...

La part la plus humble et la plus vile ; que l'on n'a jamais cessé d'avilir et d'humilier...

Loin (si loin) du festin commun ; comme l'âme qui cherche le plus simple ; et la sagesse plutôt que l'abondance ; et la vérité plutôt que le confort ; et l'effacement plutôt que l'assouvissement du désir et de l'ambition...

Et pourtant nous vivons comme si nous ne savions rien de la douleur et de la mort ; du dérisoire de l'existence et du monde...

 

 

L'enfance violentée...

La mort comme un trait noir – une flèche qui se fiche dans la chair – un retour à la ligne...

Un vide où plus rien ne s'insère...

Le corps raide – à l'horizontale ; et l'esprit porté par l'espoir d'un autre monde...

Tout ; dans la possibilité d'un ailleurs ou d'un recommencement ; le prolongement (perpétuel) du même désir – en vérité ; au fil des hauteurs – des profondeurs – des transformations – éprouvées...

 

 

Au cœur du cri ; la plongée en soi...

Lèvres blanches ; et serrées...

Là où l'obscurité nous avale – nous engouffre – nous engloutit...

Comme un spectre chétif – et malmené ; vers l’œil qui patiente...

De la matière dégoulinante entre les doigts d'un plus grand que nous...

 

*

 

Ombre désuète – gigantesque ; comme un vieux manteau – une (seconde) peau élimée ; l'écorce d'un Autre (mort depuis très longtemps)...

Le ciel – à travers les frondaisons – comme une évidence ; le règne de la lumière...

La beauté du monde – malgré la faim et les territoires ; malgré l'agonie...

La figure dépliée au milieu du vide – au milieu du sable et de la cendre ; et que le vent balaye déjà...

Ainsi se résout – peut-être – l'énigme de la nuit traversée...

 

 

Personne pour embrasser les ténèbres – nettoyer le sang – et descendre plus bas encore (en l'homme) pour rejoindre ceux qui errent – les morts terrifiés...

Personne pour comprendre que la dernière chose que nous ferions devient la première à réaliser sur la liste des priorités...

 

 

Sous le regard – mille sentiers possibles ; et au-dessus – l'invisible ; vide – blanc – envoûtant – qui attire les âmes affamées – non repues par toutes les distractions du monde...

 

 

Frottés à la mort – les signes silencieux ; la parole désincarcérante...

Les lèvres bleuies par le froid des âmes et des tombes ; par l'immobilité des morts et l'inertie des vivants...

L'alignement des astres – dans la mémoire – (totalement) inutile...

Hors du cercle ; le jour définitif...

 

 

Emboîtés – tous les affrontements...

Les cris et l'écume...

La lumière qui éclaire tous les éclats...

Les bouches tordues ; et les âmes écœurées (et répugnantes)...

Au cœur même du tombeau ; la (misérable) survie des vivants...

Et la mort qui plane – qui frappe – qui happe – sans la moindre préparation funéraire...

Sur les lèvres – la déchirure ; la marque de l'absence – et de l'oubli – des Dieux...

 

*

 

L'étoile devant soi ; un peu de lumière dans la nuit ; trop lointaine dans nos sombres existences...

Un mot pour un autre ; rien à déchiffrer sinon la douleur qui se tient dans notre poing fermé...

Le détournement de la tendresse...

Et ceux qui font halte au cœur de la grande traversée...

Pas un apaisement ; une rébellion contre l'autorité instituée...

Un besoin (radical) de solitude et de vérité...

 

 

Une lampe allumée ; que l'on tient serrée contre soi...

Seul dans ce long cortège de fantômes...

Le sort du ciel – à travers notre destinée...

Des pas sur le sol ; sans cuirasse – sans allié – jusqu'à l'abandon – jusqu'à l'oubli – de la chair ; ni sacrifice – ni sacrilège ; un effacement ; l'acquiescement comme une parfaite célébration...

 

 

Des mondes emboîtés ; que la mutilation rassemble...

Comme un manque invisible (et convainquant) ; qu'aucune âme – qu'aucune main – ne peut combler...

Un trou sans fond qui avale tout ce qu'on lui jette ; au cœur duquel tout disparaît...

Comme un cri inaudible ; que le silence renforce...

Des vies ; le vide ; et cette transparence asymétrique avec des ouvertures infimes ; des interstices à peine entre les miroirs que les Autres brandissent devant nous ; et qui nous renvoient tous les reflets du monde ; comme des remparts – des tunnels – une forme d'enfermement ; piégé(s) par la multitude et le flot continu des images ; une sorte de géographie kaléidoscopique de l'espace et des visages qui divise tout en parcelles et en fragments ; et qui rend vaines toutes nos tentatives d'évasion ; et qui décourage l'esprit dans sa quête (naturelle) de liberté...

Et ainsi, en chaque for intérieur, des existences parallèles à la détention ; et mille possibilités adjacentes ; et mille issues simultanées...

 

*

 

L'horizon hasardeux...

Quelques traces (en partie) effacées...

Des poignées de terre – dans les poches – dans les mains ; notre seul trésor – peut-être...

Et le ciel – toujours – trop lointain...

Et les Autres ; sans geste – sans parole – sans soutien ; de vagues figurants – (presque) un décor ; laid(s) – hostile(s) – indifférent(s) le plus souvent ; des pierres – au milieu de nos jours – sur leur pente – invariablement...

Avec quelque chose dans l'âme – peut-être ; un frémissement – un appel (presque) imperceptible – très ancien – une voix (quasi) inaudible que très peu parviennent à entendre – que très peu (moins encore) parviennent à écouter...

L'inertie – dans sa force brute – la plus primitive (sans doute) ; dans le sillon des ancêtres – des aînés – que nous martelons du même pas...

La couleur grise du monde ; l'éclat si terne de nos vies souterraines...

 

 

A pas lents – l'endormissement...

Bercé(s) par les siens ; les habitudes et le langage (la parole et les contingences quotidiennes – atrocement prosaïques)...

Ce qui creuse – en nous – son sillon...

Nos mœurs inchangées – sous la voûte tournoyante...

Des mots – des gestes – des astres ; l'éternité...

 

 

Comme les morts sur leur barque...

Malmené(s) par le temps ; emporté(s) plus loin...

De l'intérieur ; des secousses...

Les yeux sur le monde ; guettant le surnombre ; attentifs aux menaces et aux dangers...

Très exactement ; à notre place...

 

 

Au recommencement du jour ; le même fragment...

Et ce murmure parmi les voix trop fortes ; et les cœurs trop grossiers...

L'invisible qui s'infiltre – comme une blancheur – entre l'extase et la douleur...

Le même vertige – jusqu'au dedans des os...

Et l'immobilité croissante ; et le règne (surprenant) des apparitions...

 

*

 

L'espace défait ou agrandi par le trait ; fiction (bien sûr) tant le vide est libre du monde et du langage...

Ni angle – ni sable – ni encre – ne l'atteignent – ne le corrompent – ne l'avilissent...

Le même soleil quels que soient les souffles – leur force ou leur absence ; autant que les mouvements et les calculs...

Les mains – et l’œil (si souvent) – pris dans la trame...

Et le regard – au-dessus – qui contemple les jeux et les tentatives ; si rarement accessible...

 

 

L'obscur dessiné...

Sans fierté ; le nom et l'homme dressé...

La nécessité et l'élan – vers plus haut – le ciel peut-être ; vers plus grand – Dieu sans doute...

Le souffle et le sang – en mal d'Absolu ; et le remède ici-même – au seuil franchi des frontières fabriquées...

 

 

L'espace païen – délaissé par le raisonnable...

Le monde qui brandit la tête ; la voix blanche – monocorde – dépassionnée...

Une langue comme un trait ; des orifices obstrués par des velléités pudibondes...

Les instincts superficiellement neutralisés ; et qui bouillonnent au-dedans – prêts à se jeter sur tout ce qui leur résiste...

Devant la glace ; l'image parfaite ; des fragments recollés et lissés ; des aspérités rabotées ; des angles arrondis...

Le front aveuglé par la terre et le ciel inventés...

Des vies engourdies ; et le monde qui tourne encore...

 

 

(Presque) la négation de l'esprit...

Le cœur endormi ; la dépouille (vaguement) domestiquée...

Face à la lune – le silence...

L'homme minéral qui se méfie du souffle et du feu ; des élans – de toute forme d'intimité avec ce qui dépasse de la roche...

 

*

 

Sur le sol jonché de têtes – tapissé de rouge...

Les ventres repus ; la chair épaisse...

D'un même élan – les bouches ouvertes...

Ensemble ; dans l'ombre qui s'étire...

Le ciel devenu terre...

L'esprit et les corps graisseux...

La faim ; et son linceul (très provisoire) de matière...

Dans la tourmente du manque et de la perte ; comme dans celle de l'avidité et de l'appropriation...

Les yeux fermés ; sans jamais se rejoindre...

 

 

Des preuves de sommeil ; suintantes – accablantes...

Bâtisseurs de rien dans ces chambres mal éclairées...

Un rêve tout au plus qui tourne dans la tête ; sur sa sombre couche...

Le songe d'une paroi que le moindre souffle anéantirait...

Nous – à l'horizontale – dans la torpeur – malgré l'incessant labeur du vent...

 

 

Une tache de ciel – sur la peau – au-dedans de l'âme – qui s'étend ; qui se déploie ; et qui, à sa manière, cherche ses aises – sur cette terre infirme et empotée...

Des étoiles dans le sang ; et la possibilité du monde ; cette danse infinie des combinaisons...

Le sol gratté avec les ongles ; à travers le mouvement du soleil et des Dieux...

L'achèvement impossible de la créature à moins qu'elle ne se livre à l'effacement – à ce qu'elle porte – à la transparence – à ce qui l'a créée...

 

 

Au-delà de la disparition...

Une lampe au cœur de la nuit...

Pas la moindre espérance ; ce qui se penche imperceptiblement – serré contre notre présence – notre attention...

Le souffle – sans ombre – sans image ; et le geste qui guide – qui devine – qui sait déjà...

 

*

 

Au cœur de ces rives luxuriantes ; sans homme – sans histoire – sans nom...

Des instants et des siècles de présence vivante...

Le lieu de la sauvagerie – des esprits – de l'invisible...

Parmi une faune effrayante ; et qui (nous) fascine...

Les joues habillées d'herbes et de lichen...

Les lèvres retroussées ; la narine alerte...

Le pas souple...

L'âme qui épouse le corps – les lieux – la soif...

Les yeux grands ouverts...

Et des vagues de réel qui déferlent – qui nous submergent – qui nous engloutissent...

Les préliminaires – peut-être – de l'alliance – des noces – du mélange – de l'hybridation ; cet ineffable (inespéré) que nous sommes, peut-être, sur le point d'incarner...

 

 

Au milieu des arbres...

Aux côtés de l'Amour..

Le séant sur la pierre...

L'écorce – la mousse et le vent...

La figure lovée contre le ciel...

Dans la joie de tout quitter ; de n'être plus rien ; un regard – une tendresse – des sensations ; la possibilité d'un au-delà de l'homme...

 

 

A l'échelle du monde ; le jour silencieux...

Confronté(s) à l'étroitesse des angles ; et à la terreur organisée...

D'une autorité à l'autre ; la volonté (assez) volatile...

A cet âge où l'aube se renouvelle ; devient inépuisable – en dépit de la bouche (toujours) collée à la pierre...

 

 

Antérieur au ruissellement de la fixité...

Au commencement du monde ; le premier geste ; l'inconsistance de ce qui émerge ; le règne du destin éphémère et labile...

La chair dansante avant les ossements...

Les bras tendus pour repousser ou se saisir ; puis, pour accueillir et étreindre – ce qui semble ne pas nous appartenir ; ce qu'amènent les vents...

L'existence comme mille passages – mille possibilités ; et des adieux permanents ; le seuil que doit franchir l'esprit pour éprouver la joie sur ces rives où se succèdent – sans discontinuer – la poussière – le provisoire et le pourrissement...

 

*

 

L'enfance distante ; comme abandonnée...

La tête derrière soi – accrochée à l'espoir d'une guérison impossible...

Condamné(s) au monde et au temps ; à ce rire qui pousse l'âme à comprendre – et à rejoindre – l'origine ; sans savoir ce qu'elle est (réellement) ; et la longue série d'épreuves et d'obstacles – à franchir – à traverser...

Du côté du cri et de la charge plutôt que du côté du ciel et de l'envol...

Au cœur de la trame – pourtant – la même couleur qu'aux plus lointaines périphéries de l'immensité...

 

 

A trop trembler devant la vie – devant la mort – devant le monde – devant les Autres ; face à ces reflets incompréhensibles issus du néant...

Avec (le plus souvent) trop de poussière et de larmes au fond des yeux...

Et l'âme rebelle à tout abandon...

Et tout ce sable – depuis trop longtemps – avalé...

A cheminer cahin-caha – et à reculons (parfois) – sur cette sente étrange – avec, sur l'épaule, ce grand sac de rêves – de mensonges – d'illusions ; dans lequel nous piochons à l'envi – pour rassurer l'esprit et distribuer, ici ou là, quelques terreurs – quelques faux-semblants – quelques folies – afin de tirer parti de ce qu'offre le monde...

Dans l'incapacité encore de rester immobile – dans sa chambre – face au soleil – face à la ruse de ceux qui nous font face...

Le temple des jours – et la lumière – au fond de l'âme – encore recouverts – encore à découvrir...

 

 

Au commencement du temps ; des mondes...

Le premier souffle ; un mouvement du ciel ; comme une contraction ; et l'émergence d'un visage...

De l'air expulsé qui tourbillonne ; et la naissance du langage...

Dans l'épaisseur de la nuit ; ce qui cherche la lumière...

Et nous tous – descendants de tous ces phénomènes inauguraux – poursuivant (sans même le savoir) l’œuvre commencée...

 

 

Témoin de ses propres jeux – jouant ; de ses propres yeux – regardant...

De l'opacité à la transparence...

Des enfers à l'extase...

Tout ; mesuré sur l'échelle de la joie...

Ce qui coule entre les doigts ; et qui vient de la terre et du ciel...

Le théâtre – l'étonnant théâtre – de la chair vivante...

 

*

 

Au milieu de la brume et des peut-être...

L'indicible apparaissant ; maître du monde – maître des songes et du temps...

Au cœur du murmure silencieux ; quelque chose de l'infime...

Un peu d'espace dans l'afflux de sang...

Et l'Amour – à chaque seconde – sur l'ombre de la faim...

A guetter encore ; comme s'il suffisait d'attendre...

 

 

En rien reconnaissable...

La hâte ici ; et la richesse là...

A s'interroger sur l'image ; le rôle et l'importance de l'image (pour le monde et la tête)...

L'honneur – la réputation ; le plus précieux (pour les hommes) – si souvent ; comme si les paupières étaient cousues à un candélabre dans une pièce obscure et vide ; sans lumière – sans personne...

Le monde et la tête – à l'envers – à certains égards (bien que la vérité aime à se déguiser – aime à se dissimuler – sous les apparences les plus étranges – les plus improbables)...

 

 

Cœur couvert de givre ; absorbé par l'ombre...

Dans la même terreur que celle des morts ; en plus de celle des vivants...

Derrière la vitre – sous la terre ; des visages et des os...

Et au-dehors – le reflet de la lune sur les grands arbres...

Le silence magistral de l'hiver...

Comme une longue nuit où tout sommeille ; sauf l'âme qui veille en retrait – dans un coin de l'abîme – à l'abri des bruits du monde...

 

 

Dans cette longue chaîne ininterrompue...

De l'immobilité à l'immobilité ; à travers tous les gestes – tous les vertiges...

Le soleil sur nos mains attachées...

Les visages qui disparaissent les uns après les autres ; et qui réapparaissent en des lieux dispersés...

L'invisible enchâssé dans la chair...

Dieu parmi nous – servant les choses et les circonstances ; le déploiement et la dissolution de toutes les trajectoires ; la parfaite respiration du monde...

 

*

 

Là où s'achèvent la plainte et le cri...

La tendresse – en retrait – (enfin) rejointe...

L'esprit du corps – affranchi du monde et de la mort...

Approchant – peu à peu – pas à pas...

Tous les fils de l'âme dans la main d'un plus grand que soi...

Qu'importe la fosse – les vers – l'arrachement...

La continuité de l'itinéraire ; et l'élargissement de la communauté d'appartenance ; bien plus qu'un espoir – une évidence...

 

 

A se réchauffer contre les Autres...

Engoncés dans la chair ; comme des barques amarrées au même ponton...

Soumis aux vieux ressorts de l'instinct...

De la terre – en amas – qui s'agglutine ; et la crainte de l'immensité...

La somme ; toujours – la somme ; jamais (presque jamais) le retrait de l'ensemble...

Le vide ; et l'Amour sans poids ; au fond de l'âme – la chaleur remuée – pour que les pas se perdent ; pour que la solitude et l'errance nous aident à nous rejoindre – à nous retrouver...

 

 

Le souvenir d'un lointain intérieur...

Après la chute ; le regret ; et l'extérieur, peu à peu, apprivoisé...

Des luttes – des remparts – des assauts...

A la suite de l'origine ; et à peu près rien d'autre...

Au bord de l'abîme – très souvent ; et le risque (permanent) de la dérive...

Et ce souffle qui manque pour rejoindre l’œil premier...

 

 

Seul ; dans la trace des (très) anciens ; les premiers hommes – les premières créatures peut-être...

La peau recouverte de plaies et de poils...

Encore enchevêtrés à la terre et au ciel...

Le monde ; du bleu recouvert d'herbe et de feuillages...

Et la vie – dans le prolongement de la mort ; et la mort – dans le prolongement de la traversée...

Le règne perpétuel du provisoire et du sauvage...

Le temps de l'âge authentique ; l'esprit sincère (sans mensonge) – en plein réel – sur la rudesse de la roche – dans la trame magmatique ; la matière réticulaire ; l'existence comme une évidence métaphysique...

 

*

 

La terre – soudain ; la terre renaissante...

Le sang neuf qui coule...

L'enfance à venir...

Le monde – la bouche ; remplis de merveilles ; et de possibilités...

La matière efflorescente – exubérante ; invasive (à sa manière)...

L'espace d'un instant ; la saison des amours...

L'herbe grasse ; les ventres féconds...

La danse des vivants...

Quelque chose devant soi ; et ce qui nous anime...

Jusqu'aux dernières feuilles de l'automne...

Jusqu'aux premières neiges de l'hiver...

A vivre encore – encore et encore – ensemble – sur cette rive ; de jour en jour – existence contre existence – au fil des siècles...

 

 

Ni mesure – ni calcul...

Ce qui occupe l'espace ; la terre transpercée...

Le soleil hâté dans son extrême patience...

Le vieillissement du monde ; et ce qui reconstitue ses forces vives...

D'une saison à l'autre ; le renouvellement de la chair ; et la même présence...

 

 

La pénombre par endroits...

Moins de rire et de jour...

Le nom – et la figure – que l'on vénère...

Un abîme spéculaire...

L'espace encombré de choses et de bruits...

La tête altière ; et l'intérieur tapissé d'images et de mots...

Comme étranger à toute poésie ; à la nécessité du vide – de la solitude – du silence...

 

 

Sur la trajectoire des astres...

D'un monde à l'autre ; d'un visage à l'autre...

L'esprit qui se découvre – qui apprend à se découvrir ; qu'importe le déguisement...

A plat ventre sur le sol – assis sur la roche ; debout – les vertèbres redressées...

A l'image du secret ; le reflet de la lune ; et les racines ; et l'origine...

Et la lumière ; et la mort – qui continuent de nous fasciner ; et la succession des traversées qui nous apprend, peu à peu, à élargir notre communauté ; à apprivoiser l'Autre – le lointain – l'(apparente) étrangeté...

 

*

 

Loin – engagé vers la source...

Sans mot – sans passé – sans séparation...

Et tout ce sable – à nos pieds...

L'âme fragile ; comme une peau ; l'étoffe de l'infini ; sur les épaules de Dieu...

Exposé à tout ; protégé de rien ; comme les fleurs et les bêtes ; avec des yeux pour pleurer...

La chair douloureuse ; et le cœur encaissé qui réapprend, peu à peu, l'envergure du territoire...

Ainsi jusqu'à l'instant de la mort ; puis, davantage après ; la possibilité de tous les au-delà...

 

 

La tête penchée sur le minuscule...

La réalité des pieds ; sans l'herbe – ni le regard...

Avec Dieu – dans les gestes – pourtant...

 

 

Autour de soi – la danse (très) en amont de la parole ; et qui évince toutes les (malheureuses) tentatives du langage...

Les corps qui s'animent – qui exultent ; fragments de terre enchevêtrés qui se meuvent et qui s'enflamment ; aux prises (éternellement aux prises) avec les forces invisibles du cercle ; endiablés – malmenés – envoûtés ; et qui s'usent ; et qui s'exténuent...

Le règne du mouvement ; et le néant (partiellement) recourbé pour tenter d'accroître un peu l'espace ; pour tenter d'intensifier la fête...

Les seules possibilités de l'abîme...

 

 

Les yeux tournés vers le ciel – suspendus aux branches – qui entrevoient le jour – à travers les apparences – en contrebas...

Quelques signes devant les paupières poussives – empotées – malhabiles – (à peine) entrouvertes...

Reflet(s) de l'âme recouverte de plaies et de bandages ; de la dureté de la pierre ; du front incroyablement dispersé ; du fond du gouffre ; du feu qui couve au-dedans du cœur...

Ici – sans la possibilité d'un autre monde – sans la possibilité du moindre ailleurs...

 

*

 

Le cœur lointain (si lointain) – sans que l'on s'en souvienne...

L'enfance vive et rebelle ; et la candeur – oubliées...

A compter les pas – et parfois les pierres – et parfois les regards – au fil du chemin au lieu de laisser les vents guider la danse...

Le corps et l'esprit – inquiets – perplexes – embarrassés ; chargés (à leur insu) de nuit et de matière – habillés de gras et d'arrogance – si peu habités – au seuil (presque toujours) de l'absence...

A cueillir des fleurs ; et à offrir des prières au sommeil – à tous les endormis – au lieu d'étreindre les Dieux – la terre – l'Absolu – l'éternité ; tous le possibles envisageables (et si rarement envisagés)...

Des promesses qui s'envolent ; et nous – inerte(s) – abattu(s) – engourdi(s) – qui les regardons s'éloigner ; l'âme triste – la tête pensive...

 

 

Le cœur épargné – fort heureusement...

L'esprit qui chante – malgré le corps qui vieillit – malgré l'ardeur faiblissante...

L'âme – le ciel – le vent – parfaitement alignés...

La posture et le geste (joyeusement) ensoleillés...

Au seuil d'une sagesse automnale ; le pas et la parole naturels et spontanés...

 

 

L'obsession du bleu ; et la hantise de l'inaccompli...

A l'intérieur ; le langage muet...

Et la pourriture qui guette...

Plongé(s) dans la terre ; la chair (à moitié) engloutie...

L'obscur encensé – couronné ; l'une des rares choses que nous connaissons...

Le monde ; sans le regard – sans la lumière...

Privé(s) de soleil et de lucidité ; comme condamné(s) à prolonger l'errance souterraine – au-dehors et au-dedans...

 

 

De la fumée noire...

Le ciel ; des signes – impénétrables...

L'espace contre la peau...

Le vent – le monde – la mort – en face...

Qu'importe les croyances ; qu'importe les pensées...

Ce qui brille au fond de l’œil ; et ce que le cœur renferme...

Sans compter l'ombre du vide qui inquiète les âmes naïves – dolentes – pleurnicheuses...

Au seuil du voyage ; au commencement (peut-être) du (vrai) périple ; au cours duquel les lieux et les choses seront (enfin) reliés...

 

*

 

Naturellement le rêve...

Le pas de côté...

L'intuition plutôt que la volonté...

Le geste plutôt que le pourquoi...

Sentinelle face au monde – face aux querelles – face à la désespérance...

La joie plutôt que le doute et le ressentiment ; et le goût de l'incertitude...

L'engagement plutôt que l'indifférence ; et l'esprit au-dessus de ce qui semble affairé...

Le cœur aimant ; qu'importe les visages et les circonstances ; ce qui nous est proposé...

 

 

Le jour dévoilé...

Loin de l'attente à genoux ; des paroles en l'air – de la terre promise...

Ici – sans invention – sans imaginaire...

Tout étreint ; y compris le plus vil – l'haïssable – le mauvais sort...

La route – la pierre – la mort ; que l'on suit – qui s'invite ; le lieu où l'on repose...

La vraie vie (pour ainsi dire) qui n'oublie rien – ni personne ; ni l'homme – ni les profondeurs – ni la sagesse – ni la tromperie ; et qui ressuscite la possibilité d'un acquiescement sans condition ; l'essentiel que l'on porte – l'essentiel qui nous anime ; ce qui s'est glissé (subrepticement) entre l'âme et la chair...

 

 

Le cœur et l'espace ; la chose commune – contenant et contenu ; le vide vivant ; et habité...

Qu'importe le ciel ; et les noms qu'on lui donne...

Qu'importe la tenue dont on habille les Dieux...

Qu'importe la foudre – les tempêtes – l'hostilité du monde...

La réponse – la clémence – la tendresse – en soi...

Qu'importe le pourrissement des corps et l'intérêt que l'on porte au mystère...

L'écho de l'infini – des origines – à travers nous...

 

 

Le sol qu'on éloigne ; déjà en soi – depuis toujours ; bien avant le premier jour ; et dont on ne peut (bien sûr) se défaire...

De la matière horizontale – en strates – que nous sommes aussi ; et qui a, peu à peu, appris à se mouvoir – à construire – à concevoir – à penser – à créer un langage...

Et la parole – à présent – trempée dans le sang...

Au cœur de l'obscurité ; sous quelques étoiles – ânonnant quelques réponses face au mystère – face au secret – essayant de dresser quelques signes – au cœur du néant – de l'incompréhension – de la solitude...

D'émouvantes (et malheureuses) tentatives...

 

*

 

La crainte féroce...

Le texte de la prière à la main...

Chantant – sans fin – le deuil et la plainte ; la blessure béante de l'âme...

Tous ces rêves auxquels on se livre ; cette effervescence du monde sous le soleil...

Sans que jamais l'Amour grandisse...

 

 

Endormis dans les bras du rêve...

La tête collée contre sa poitrine...

Dans le bleu des fables qui affaiblit l'ombre ; et qui, en secret, lui donne sa force...

Le réveil ; paupières ouvertes ; avec les mêmes images que dans le sommeil...

Comme du miel – et mille couleurs vives – sur les visages et les choses ; et tous les viscères arrangés ; et toutes les odeurs parfumées...

Tous rois ; en ce royaume...

Et cette disgrâce – et cette infortune – et cette cécité – que nul ne voit – que nul ne sent – que nul ne se risquerait à constater – sauf (bien sûr) le cœur lucide et silencieux qui sait ; et qui ne pourrait (quand bien même le souhaiterait-il) détourner de leurs songes – de leurs bruits – tous les endormis...

 

 

L'air – l'espace ; rudoyés – comme les astres – comme le reste – par les hommes...

Évincés du triangle d'or ; de la lumière...

La nuit-racine – comme une chape sur les gestes – les paroles et les pas...

L'impossibilité (avérée) de la blancheur ; et du soleil...

Aussi loin que remonte la mémoire...

 

 

Sur ces rivages – découvertes – la vie malheureuse des Autres ; la faim et la méchanceté instinctive...

La géographie de l'exil ; pour échapper aux supplices – à la sournoiserie – à la notation...

La hantise (maniaque) des chiffres et de la comparaison plutôt que le goût de l'intuition – plutôt que l'attrait pour l'horizon et la solitude...

L'illusion ancrée depuis le premier jour ; et sans doute, (très) antérieurement ; bien avant la naissance du temps...

L'installation (pérenne) du sommeil – sous les fronts – comme une loi – un royaume – une institution...

A vivre ainsi ; le ciel aussi bas que possible...

 

*

 

Depuis toujours ; comme si l'on était seul ; à marcher ensemble (apparemment)...

D'un lieu à l'autre ; sans jamais réduire la distance ; cette irréductible séparation...

A se méfier ; à aimer ; puis, à haïr (et programmé pour cela peut-être)...

A partager le plus commun...

A être ; à devenir ; ce à quoi l'on se destine (très naturellement) ; sans rien comprendre – sans même trouver la force ; sans même trouver les mots...

Ce que nous sommes ; et ce que nous faisons – semble-t-il...

 

 

On supplie ; au lieu de disparaître ; au lieu d'oublier...

On aimerait encore ; on aimerait davantage ; un peu plus ; des rations supplémentaires de tout – de temps – d'or – d'amour – de matière...

Et Dieu qui ne se montre pas ; que nos yeux et notre cœur (trop grossiers) ne parviennent à voir...

Si insensible(s) encore...

 

 

Murs de nuit – d'os et de sang...

La démesure (malhabile) du vivant sous ce ciel silencieux ; l'infini qui pousse au-dehors – au-dedans...

Sur les ancêtres – dispersés – ici et là...

Des tombes et des malheurs ; la même malédiction...

Tout s'oublie – et s'efface – sur cette terre...

Le monde et le mystère – enchâssés dans le même secret...

 

 

Des choses – au-dessus des têtes – (bien) étranges...

L'enfer et le firmament...

La mort irrécusable malgré les prières – les promesses – les ornements...

Ce qui (nous) fait disparaître – en apparence...

L'invisible (comme toujours) à la manœuvre...

Les mains impuissantes – en dépit des rituels...

Ce qui, ici, se transforme ; et ce qui est appelé ailleurs ; autrement...

Des mondes et des mondes ; l'esprit qui sait ; et les âmes qui voyagent (le plus souvent)...

 

*

 

La route parfaite des cœurs encaissés ; ce qu'ils disent ; ce qu'ils croient ; de leur victoire sur le sauvage – sur l'innocence... 

La peur qui pousse les âmes à se barricader ; à trouver protection derrière des murs de pierres et d'idées...

Les mains sur les yeux et les oreilles au lieu de relever la tête pour écouter le chant – et regarder le spectacle – du monde ; jouant (presque toujours) sa propre tragédie...

Et cet air que l'on se donne ; et cet air que l'on fredonne – pour se donner du courage ; rehausser les clôtures – renforcer les barrières ; et fermer les volets – et les paupières – à la nuit tombée...

 

 

A demi-mot – dans le noir...

Sur cette bande de terre devenue malévolente...

Médusé face à la folie galopante – face à la confusion...

Dans le désordre des signes et des têtes...

Au bord du vide ; dans l'agrément (le simple agrément) de l'attente...

 

 

Tous entassés au fond de la solitude...

Entre vivants et morts...

A genoux face aux esprits immatures...

Le cœur tourné vers plus haut...

L'âme lasse d'être condamnée à l'absence – éloignée (si éloignée) de l'Absolu...

Effacés par le nombre ; écrasés par la masse...

Des existences perpétuellement reconduites ; qu'importe ceux qui se présentent...

 

 

De la neige dans les mains ; lancée vers le ciel...

Avec des restes d'ombre collés à l'âme...

Entre spectre et témoin ; le signe d'un retour – d'une possibilité de retour – vers ce ciel depuis si longtemps oublié – occulté – repoussé ; comme s'il y avait mieux à faire en ce monde...

 

*

 

Aveuglément – la sensation du fragile ; la vulnérabilité...

A mille siècles de là ; plus loin (bien plus loin) que le premier souvenir...

L'antériorité vécue – au-delà du rêve...

Des choses nommées ; sans visage...

Et des larmes (des torrents de larmes) sur tant d'atrocités...

Mort ; mille fois déjà...

Et le même bagage à chaque printemps ; à chaque voyage...

La carcasse et la souffrance qu'il faut oublier...

Et chercher le souffle – dans le geste et la langue – comme les loups...

Quelque chose du côté de l'ombre – du secret – de la sauvagerie...

A travers la nuit et les tempêtes ; l'approche naturelle...

Qu'importe les doutes – les peurs – les résistances...

Une (très) progressive descente vers la compréhension...

 

 

L'enfant-pierre – retourné sous la terre...

Et l'ombre qui s'insère sous la peau...

Avec de la lumière sombre – par endroits ; et des signes (une infinité de signes) du monde souterrain...

Au recommencement du devenir...

Le regard porté ailleurs...

 

 

Les lèvres ; dans leur cri de partage...

Au cœur des perspectives plongées (avec nous) dans le gouffre...

Au bord de ce que l'on devine...

L’œil posé sur ce qui hante toutes les tombes...

Rompu à l'acharnement des hommes et de la langue pour offrir au monde – et à la mort – une autre lumière ; davantage que la possibilité d'une espérance ; davantage que le menu concours d'une croyance ou d'une prière...

 

 

Coûte que coûte – étreinte ; la blancheur au-dessus des ventres ; au-dessus des cendres ; et les âmes envoûtées...

 

*

 

La parole impuissante contre l'inertie du monde – contre la fatigue – contre l'idiotie et la cruauté des hommes (ce qui les pousse à agir ainsi – le plus souvent ; toutes ces forces obscures – instinctives – mystérieuses)...

Avec, parfois (et de manière évidente), trop de lèvres ; trop d'hiver ; sans compter cette eau noire dont on abreuve le monde ; et qui ampute l'écoute déjà engourdie – infirme – des hommes...

La tête inclinée ; puis, l'âme (à bout de force) qui s'incline – elle aussi...

Le dos courbé sous le poids de la peur ; ou sous l'emprise des Autres (toujours) trop nombreux...

Comme des trous (des trous infimes) dans l'immensité ; de minuscules interstices au fond desquels on a trouvé refuge...

Ici et là ; à défaut de terre – à défaut de ciel...

 

 

Jointe au ciel – l'âme ; et ce vent qui la fait tourner ; et nous, avec elle, tournoyant...

Comme une folie en train de se matérialiser ; une sorte de démesure imprécise ; un rêve peut-être qui s'abattrait sur nous...

Notre manière d'être là – jusqu'à la mort ; puis l'oubli qui nous porte – jusqu'au recommencement...

 

 

Rien – délibérément – qui ne protège le secret...

L'enfance – le labyrinthe – la lumière...

L'homme même ; dans sa folie...

Aussi loin que puisse remonter le temps ; et la mémoire...

Jusqu'au lieu originel ; la source matricielle à laquelle on prête tous les enfantements...

Le monde – les mondes ; la terre – le ciel et les astres ; et tous les chemins qui relient les points (tous les points) de l'étendue...

Et ici – nous concernant – la pierre et la parole – en partage ; la chair et l'esprit en commun...

 

 

Au-delà des heures et des âmes hurlantes ; prisonnières du temps et du carcan de la cécité...

De la matière emboîtée ; avec quelques minces orifices ; le secret comme pétrifié dans la trame invisible...

L'infini parallèle à toutes les existences ; des liens et des signes (parfaitement) inaccessibles...

 

*

 

Des lieux scintillants ; là où la pierre prend feu ; là où l'oiseau côtoie le ciel ; là où les pas dansent sur leur pente...

Sans rien savoir ni de la folie – ni de la vérité...

 

 

Réveillé par le cri ; le nom que l'on prononce...

A porter n'importe quoi ; à croire n'importe qui ; comme si nous appartenions à la même fratrie...

Trop loin des arbres ; et des fleurs dans le sommeil pour accompagner notre exil...

Et des soucis inattendus – à profusion – dans la pagaille...

Et l'Amour ; et l'écoute – qui s'approchent ; et qui s’arriment comme si l'âme était une rive – une jetée ; un réceptacle pour offrir à ceux qui peuplent la terre l'attention et la tendresse qu'ils espèrent encore...

 

18 mai 2023

Carnet n°288 Au jour le jour

Novembre 2022

Sur la feuille givrée – des giclures rouges ; et l'encre noire de la barbarie – instituée par ceux qui perpétuent le monde ; inchangé(e) dans ses traditions...

La mort sur l'herbe ; la chair des arbres et des bêtes...

Cette manière de ne pas être des nôtres...

La monstruosité de ce côté-ci de la barrière ; de ce côté-ci de la hache et du fusil ; à laquelle il semble si difficile d'échapper...

 

 

L'horreur établi sans fondement...

L'irruption inopinée de la puissance ; et l'invisible invité au cœur de cette matière fragile – brutale et brutalisée...

Le monde dans sa quête – son vertige – sa corruption...

Des choses et d'autres ; au cœur de la soif – au milieu du reste...

A grands traits – le monde tracé ; d'apparents quartiers – (prétendument) séparés par des frontières...

 

*

 

L’œil du miroir – moqueur – narquois ; face au reflet de l'ombre qui passe...

D'un trait furtif ; à peine un frémissement...

Comme un rictus au coin des lèvres ; comme un gouffre qui pourrait tout engloutir...

Pas quelqu'un – bien sûr ; quelque chose...

Une pensée sauvage qui saurait nous tirer de ce mauvais pas...

Le clin d’œil d'un Dieu facétieux – facilement railleur ; auquel il conviendrait de se soustraire...

 

 

Le dedans de la tête – macérant ; et offrant l'ivresse ; et le vacillement...

D'un sommeil boiteux ; d'un regard peu assuré...

A l'approche des rêves du monde – sur le sol froid...

La paume d'un Autre posée sur notre épaule ; et nous serrant la main ; et nous serrant la gorge – quelques fois...

L'étreinte lourde et inquiétante – faussement amicale ; là où, peut-être, s'achève l'humanité ; là où, peut-être, commence un autre voyage ; vers l'invisible – vers l'abandon ; vers toutes ces choses que négligent (si souvent) les hommes...

 

 

En soi ; la force vivante ; l'éclaircissement du regard – le souffle déployé ; au-delà des apparences ; au-delà des possibilités offertes par le temps...

Le présage d'un autre monde – d'un royaume suspendu ; de hauteurs habitables et sans frontière...

Un peu de sable – un peu d'exil – un peu d'éternité...

Comme une évidence – sans la moindre promesse – sans la moindre garantie...

 

 

L'édification toujours bancale du poème ; ce fol élan vers le réel – la vérité...

L'errance intuitive – vertigineuse ; si dérisoire...

Ce chantier perpétuel – comme la vie – qui s'enfante et se déploie – qui décline et se destitue – sans hâte – sans halte ni répit...

Le lieu du jour où tout s'invite ; l'espace des possibles où s'inventent – ne cessent de s'inventer – toutes les combinaisons (des plus élémentaires aux plus inattendues)...

 

*

 

La nuit ouverte sur la douleur...

Les larmes du temps qui coulent sur la peau...

La foi (encore) si pleine d'espérance...

Sur la balance ; des serments ; et quelques prédictions (évidentes)...

Le chuchotement des Dieux...

Le présence légère du vent...

Vers l'oubli – peu à peu ; ce qu'offre le monde...

 

 

Nos doigts sur le tambour du monde – sur le tambour du temps ; à un rythme endiablé ; le sable qui s'écoule...

Le cœur (très) mal nourri ; et l'âme dans son coin...

Et, à leur place, des urnes pleines de souvenirs et de cendre...

La vie – la mort – à grands traits rouges sur les visages ; du maquillage ; le masque de la transformation...

Et le long de la route ; des portes qui se referment ; la vie comme un rêve ; le monde comme une illusion ; et ce qu'il reste ; ce qui nous exhorte à continuer ; ce que nous faisons (malgré nous)...

 

 

Nuit commune – nuit singulière...

Tous les visages au seuil de tous les lieux ; poussant – poussant – poussant sans cesse...

Les dents en arrière – pour ne pas effrayer – tenter de faire bonne figure ; dissimuler (tant bien que mal) ses instincts carnassiers...

En se parant du parfum des vivants et de chair neuve...

Sous le ciel poisseux – composé de bric et de broc – parfaitement fictif – inventé de toutes pièces – mensonger sur toute sa longueur – et à l'envergure limitée (bien sûr) – (essentiellement) constitué de plaisirs et de rêves ; le noir oublié ou monnayé contre un peu de lumière (à bon marché)...

Le chemin des hommes – traversé(s) de circonstances – chargé(s) de chimères – bordé(s) d'interdits...

Le monde ; et son lot d'histoires banales – à dormir debout...

 

 

Les caresses du monde et du temps sur nos peaux (si) méfiantes – (si) rugueuses – (si) rétives au contact du réel...

La terre généreuse...

Et les jours qui passent ainsi ; dans l'indifférence (plus ou moins générale)...

 

 

L'homme-éponge – pillé – moissonné ; lui qui (à son insu) a engrangé toutes les richesses du monde ; tant et si bien qu'il ne lui reste que les malheurs (dont nul – bien sûr – ne veut s'encombrer)...

A ses pieds – des désirs de toutes sortes ; des lots d'insultes ; et quelques troubles (les plus graves – sûrement)...

Et qu'importe – l’œil magnifié qui fait la joie de tous ceux qui l'entourent – de tous ceux qui le rencontrent ; lui si solitaire...

Hormis les songes tristes – les grandes choses – et l'essentiel des désastres – chacun y puise avec excès – à outrance...

Et lui – innocent – (naïf – sans doute) y consent ; acquiesce sans un mot – sans la moindre volonté...

 

 

L'arbre et la pierre – ensemble...

Les fondations du monde ; cette appartenance à l'invisible et à la trame cosmique...

Le souffle et le feu qui offrent la respiration et le mouvement...

Comment a-t-on pu (à ce point) oublier l'origine et l'essence communes ; ce qui constitue (de manière fondamentale) tout fragment – tout regroupement – toute communauté...

 

*

 

L'âme ivre – perdue au cœur des boucles douloureuses du chemin ; dans cette sorte de voyage qui oscille (journalièrement) entre le merveilleux et l'affligeant...

Le cœur qui – au fil des jours – se flétrit ; sa surface – son apparence ; comme le corps ; indemne – éternel – dans ses profondeurs – dans son essence – lorsqu'il sait retrouver le noyau commun ; ce qu'il partage avec le reste...

La ferveur affaiblie – consumée alors que l'incompréhension et la cécité gagnent en ampleur (et en intensité)...

Chaque jour – le même sentiment qui s'accentue ; le même reflet qui apparaît – qui parade – qui s'épanouit...

L'illusion dans les deux sens ; aux deux extrémités de la perspective ; et le voyage qui tantôt nous éloigne – qui tantôt nous rapproche...

 

 

La voix solitaire ; comme le sang ; comme le reste ; ce qui n'appartient à personne...

Qu'importe la couleur du ciel et la lucidité des vivants...

L’œil humide ; et ce que laissent entrevoir les lèvres ; le fond de l'âme (d'une certaine manière)...

 

 

Les heures de liesse ; de l'aube au crépuscule...

La nuit repoussée – transformée en ailes portantes...

Dans le ciel – sans poids ; le noir vaincu – magistralement...

Souveraine – la lumière – jusqu'aux ombres assaillantes aux fenêtres...

Pêle-mêle ; le sable – les larmes et la joie...

Le monde et le temps – désertés...

L'âme étrangère aux affaires trop lointaines...

 

 

La veille déployée...

Dans le noir tendre – et protecteur – de la forêt...

Au milieu des bêtes et du froid...

Sans mur – sans attente – sans personne...

Des images à la douceur (authentique)...

La solitude étoilée...

Le labeur journalier – domestique – de celui qui laisse œuvrer – en lui – l'inaccompli ; étranger aux volontés (trop) individuelles...

 

*

 

Le nom des Autres – sans importance...

Le même visage – porté par chacun...

Le ciel enfoui – sous l'orgueil et la vanité...

A demi mort déjà – malgré la vitalité apparente...

Les yeux fermés – penchés sur le plaisir...

Qu'importe la taille de la fenêtre – qu'importe le paysage – pourvu que l'ivresse l'emporte...

Et l'hiver bientôt ; et la ronde inchangée des jours et des nuits...

Le nom des Autres – (toujours) sans la moindre importance...

 

 

Là – au fond des yeux – derrière l'opacité – cette lueur prise dans la nasse – comme ensorcelée...

La source même au cœur de la chair ; au cœur de la parole – le silence...

Et l'âme chavirée – anesthésiée – par l'expérience terrestre – par la malhonnêteté du commerce entre les créatures vivantes...

 

 

Sous les paupières – l'envol ; en rêve ; dans une sorte d'élan (médiocre) de l'imaginaire...

En silence ; se hissant à hauteur du réel...

Les lèvres serrées ; comme une grimace qui donne à la figure cet air cocasse – incongru...

Des résistances qui révèlent l'irrésolution de l'homme ; son clivage – son indécision – sa maladresse...

A la manière d'un carrefour où se rencontrent – où se percutent (si souvent) – toutes les forces opposées...

Des vies ambiguës ; sous l'emprise de l'équivoque – de ce qui cohabite férocement...

Ainsi sur cette terre – face à l'immensité ; cette incompréhension – cette impuissance – cette impéritie...

 

 

L'insanité de la main qui frappe – de la joue qui s'offre – de la chair violentée – du sang qui gicle – de la violence qui s'exerce – de l'innocence qui se plie au diktat de la force...

A peine quelques jours ; à peine un voyage ; et ainsi s'épuise (presque entièrement) la substance de l'homme...

 

*

 

Le soir venant – avec tendresse ; comme pour approfondir cette intimité avec soi – avec les choses – avec le monde...

L'automne du jour – en quelque sorte ; à cette heure où les pensées et les amours sont derrière soi ; presque plus des souvenirs ; des riens – des choses minuscules – qui rejoignent les (volumineux) amoncellements antérieurs – les nôtres et ceux de nos (innombrables) devanciers...

Ainsi apprend-on à marcher (à voyager – peut-être) – plus léger – (bien) plus légèrement ; à cet âge où le gris (si souvent) l'emporte (et accroît la charge – si substantiellement)...

Dans une progressive sortie du sommeil – à l'approche de la nuit – de l'hiver...

Paré – de plus en plus – pour la mort ; pour cette nouvelle traversée ; et ce qui viendra après – immanquablement...

 

 

Mille choses ; et rien que des sacrilèges...

Des injures à l'innocence...

Des stratagèmes – à travers ceux qui, sans l'être, s'imaginent rusés...

Personne – pourtant – ni ici – ni ailleurs ; le sacré s'offensant – riant de s'offenser – et s'efforçant du contraire – et riant de cela aussi – et finissant par s'effacer...

Non seulement personne ; mais rien (absolument rien) non plus ; juste le vide et ce rire – comme si quelque chose existait, malgré tout, dans cette sorte de néant...

 

 

Le temps broyé par l'imminence de la mort...

La monture foudroyée...

Le monde balayé...

La peur prégnante qui envahit le cœur – le corps – l'esprit...

Nous – nous réduisant à l'angoisse ; devenant l'angoisse ; l'angoisse vivante – sournoise – rampante...

Le signe que la tombe est proche...

Plus ni hargne – ni croyance ; ni ordre – ni désir ; l'âme recroquevillée au fond de la chair – apeurée par ce que brandit la mort ; cette main accusatrice – ce doigt pointé vers nous...

Nous – mais est-ce encore nous – nu(s) devant les mille éclats du miroir...

Dans l'axe des intentions et de la mémoire ; aspiré(s) déjà alors que le cœur défaille – alors que le sang se fige ; happé(s) par ce passage entre l'abîme et le sommeil ; et, au loin, cette fenêtre ; peut-être une nouvelle perspective...

 

 

Le jour dévêtu...

Dans la maille parfumée ; imprégnée de cette odeur de mort et de vivants...

Le souffle ; la respiration du tissu...

Comme un chant ; à travers la matière...

Et nous autres ; comme des mains émergeant du sable...

Aux limites de l'impossible...

Saisissant – soustrayant – saccageant ; comme une catastrophe ; une (simple) tentative peut-être...

L'incarnation ; dans un angle (très) lointain ; un recoin obscur du labyrinthe...

L'ardeur associée à l'espace qui s'essaie à la chair – à l'aventure – pour peupler l'immensité – jusqu'à l'épuisement – jusqu'à la saturation...

Une phase (parmi tant d'autres) dans le cycle éternel...

 

*

 

Les saisons passagères...

Le temps du retour ; cette récurrence...

Comme l’œil qui suit le jour et la nuit ; soumis à l'intermittence …

Le sommeil – l'obscur ; puis le corps qui se dresse ; le cœur qui cherche la lumière...

Cette mémoire très lointaine ; le premier souvenir – peut-être – qui guide l'âme et le sang...

Vivant ; sans même savoir pourquoi...

 

 

A ciel découvert ; le mensonge ; une longue série de voiles pour protéger le réel de cette incurable grossièreté...

Des mots comme des étoiles inventées – collées ici et là pour combler les trous – emplir les failles ; au lieu de creuser la terre jusqu'à la moelle...

 

 

Contre les choses – la langue ; leur histoire – le peuple immortel...

Et nous ; assigné(s) à cette lente dérive vers la mort ; les Dieux...

Pas à pas – au fil du temps ; l'infortune qui se dessine...

La terre ; et ses (très) lointaines influences...

Comme un sas qui délimiterait les points d'entrée – les confins des craintes et de l'enthousiasme...

L'inaliénable allégeance à la matière – aux chemins...

A la merci de ce qui nous détient...

 

 

La terre habitée – en silence – avec ferveur...

Sous des climats de soufre ; et des couleurs sombres ; des étendards pour asseoir notre mainmise – et notre réputation – sur les territoires conquis...

Contre les assaillants – les armes et les rêves brandis...

Sous les coups (assez) hasardeux des Autres ; du désordre et de l'agitation...

 

*

 

Les ombres familiales – cannibales – pourvoyeuses de mythes et de haine...

La chair malmenée – assignée à son rôle misérable ; sacrifiée en quelque sorte ; dans la ligne de mire de la faim...

L'ivresse de la violence ; le legs que perpétue chaque génération...

L’œil boursouflé – obstrué ; sous le joug de l'aveuglement et de la confusion...

De la boue et du sang ; asservis aux pugilats – aux batailles – aux tueries ; condamnant le vivant aux lois (ancestrales et terrifiantes) de la terre...

 

 

Sous la lumière rougeoyante du jour ; des gueules et des choses...

De la fumée épaisse qui s'élève de la fange...

Le temps fugace des vivants ; au milieu des morts et des disparitions...

L'usure et le déclin ; le destin de la matière...

L'usage mortifère du monde ; sous l'égide de l'absence...

Du sable qui s'écoule ; et que balaient les vents...

La source ; et les fontaines du temps...

 

 

A la source des songes ; l'absence de félicité...

La roche aiguisée sur laquelle on s'écorche – contre laquelle on se cogne ; l'âme sans perspective – la chair excoriée et meurtrie ; et cet obscur recoin où le corps s'est (très) provisoirement réfugié...

En attendant (assez fataliste(s) – inéluctablement) le tombeau...

 

 

Au seuil du jour – comme effacé...

L'âme encore sensible ; la paupière toujours émotive...

D'un instant à l'autre...

La mort à chaque foulée...

La vêture (de plus en plus) élimée...

L’œil hagard ; l'esprit confus...

Ainsi s'instaure cette étrange lucidité – sans rite – sans assemblée – sans sacrifice...

Le cours des choses – entre les grands arbres ; proche(s) du ciel...

Suffisamment désobscurci pour apparaître...

 

 

Sous l'étoile unique d'un ciel immense...

A ce point du jour...

Tant de grandes choses derrière nous...

A présent ; ni tendresse – ni connaissance ; l'obscurité régnante...

Au seuil de l'hôte ; toutes les portes ouvertes ; et l'âme calfeutrée – timide – renfrognée ; et l'esprit (encore) porteur de lances – de mensonges – d'épées...

Comme sous un linceul déjà ; étouffant...

 

 

Sur l'autel du monde – convié(s)...

Tant de gloire(s) ; tant de sable...

De longues errances – une longue divagation – dans l'abîme encombré de rêves et de fumée...

Des chemins et des lieux sans magie ; mille territoires sur lesquels s'acharnent l'essentiel des vivants...

Et sur ces amas de morts – le monde ; le monde sur lequel poussent quantité de légendes et de fleurs ; la terre de ceux qui inventent – guerroient – dupent et tirent parti...

 

*

 

L'aurore creusée par le jeu...

Le monde en noir et blanc – disparaissant (peu à peu)...

Sur le seuil – le prolongement de l'espace ; et de la danse...

A habiter ainsi la terre ; à la manière de ce que porte l'homme...

Des lettres et de grands chiens au fond de l'esprit...

Jusqu'à la tombe ; et au-delà – le jeu encore...

 

 

Désespéré ; celui que transperce le cri des bêtes ; comme une balle en plein cœur...

Le ciel offert au monde ; et le monde – territoire de l'homme...

Et la mort ; comme un rêve – le prolongement du voyage ; vers l'effacement ; et le récurrent sacrifice de la chair...

L'âme – sur son attelage ; franchissant tous les obstacles – bravant tous les interdits ; majestueuse – souveraine...

 

 

Du haut des voiles ; le chant des songes – attractif – inquiétant...

L'esprit au milieu des sables...

L'exil en somme ; et le vent ignoré ; et le monde méprisé...

La science de l'opacité – dans les yeux – entre les mains – des plus malhabiles...

Ainsi se prolongent – et s'accentuent – la séparation – le sentiment de l'étrangeté...

 

 

La marche du monde ; et ces foules grossissantes...

Le gonflement (anarchique) des empires ; la terre transformée en parcelles – en territoires...

Les proies de la faim – entassées en rangs serrés...

Les seules choses qui comptent chez les créatures...

L'usage et l'expansion ; et l'usure et le déclin de la matière ; et (presque) jamais l'essentiel – le retour vers l'origine...

 

*

 

L’œil rouge...

Devant l'âme qui mord la poussière...

Des signes vivants...

Le cœur au vent ; apprenant à s'abandonner...

Les impératifs de la solitude ; étranger(s) à toute forme de communauté...

Au-delà du rêve – du sang – de la mélancolie...

Autrement possible ; (très) lentement vers cette réalité...

 

 

Dans la pénombre close ; des restants de nuit...

La chair privée d’œil...

L'étrangeté des eaux dans lesquelles nous baignons...

Jusque là ; la bouche ouverte – bavarde ; le cœur taiseux ; et l'âme silencieuse...

Et sur la peau – des larmes ; et le rire (cinglant) des Autres...

Comme condamné à cette blessure inguérissable que ravive la proximité des hommes (et qu'accentue leur fréquentation)...

Parfaitement obéissant ; au-delà de tout orgueil – au-delà de toute intention...

 

 

Devant soi – de hautes murailles aux meurtrières obstruées...

Et derrière – le déclin honteux de l'homme ; mains sur le visage ; et, à terre, des miroirs brisés – pour tenter d'échapper à l'évidence...

Des plaintes partagées ; le lieu élargi des lamentations...

Et exsangue ; et, souterrainement, ce qui permettrait d'honorer la terre – de redorer le blason humain...

 

 

Entre des étoiles trop lointaines ; la terre – l'ivresse ; et le sentiment (inaliénable) de la liberté...

Face au sang et aux cendres qu'offrent le monde – les guerres ; avec son lot (atroce) de suppliciés ; et les égorgeurs que l'on glorifie...

Par là où s'écoulent la pestilence et l'infamie...

Si loin de l'homme ; cette autre race – cette sensibilité – la perspective (irréaliste aujourd'hui) d'un autre monde – impossible sans cet affranchissement des instincts et des illusions – (bien) plus qu'improbable en cette ère de jachère de l'esprit...

 

*

 

L'unité démultipliée ; la solitude plurielle...

L'infini empli de vide et de mouvements...

Pulsations – vibrations – aux mille couleurs ; contre l'immobilité et la noirceur (apparente) du néant...

Des bruits par la fenêtre entrouverte...

Rien que l'on exige du monde ; accroché (seulement) à son instinct de survie à travers le flux ; et le nombre proliférant...

Comme de la neige – mille flocons – des milliards de flocons – sur la roche ; un peu de blancheur dont la substance se pare...

Ce qui vient – ce qui va ; ce qui passe – à travers le défilé (naturel) des saisons...

 

 

Les Dieux qui dansent sur le dos des hommes – sur la tête du temps...

Pas un affront ; pas une offense ; une invitation au jeu – à l'évidence ; à creuser le cœur jusqu'à la joie – sous la couche apparente de tristesse et de gravité...

Et ainsi éradiquer l'espoir – le devenir – toutes les autres possibilités – jusqu'au (plein) débordement de soi – de l'être – jusqu'au (parfait) mélange avec le reste – jusqu'au plus irréprochable effacement...

 

 

Le cœur amer – le front haut...

Quelque chose de la pauvreté orgueilleuse...

Sur la pierre bleue – pourtant...

Si oublieux du sacré – de l'Autre – de la mort...

Réduit(s) à l'effort et à tendre la main – misérablement...

Comme plongé(s) au cœur d'une longue nuit d'hiver ; l'amour – le monde – ce qu'ils offrent (ce qu'ils daignent offrir)...

De l'argile plaintive et complaisante...

Aucune âme à notre rencontre...

Si désespérément seul(s) ; si atrocement humain(s)...

 

 

Le vent – les mains du vieil arbre ; sur notre peau...

Pris dans les filets du monde ; la ronde du temps...

A la manière d'un sémaphore dans les ténèbres...

Ce qui nous guide vers le grand large – le plein vent – au cœur de la désespérance – au cœur de la sauvagerie...

 

*

 

Au fond du corps ; le chant (le vieux chant) nostalgique du monde...

Le cœur rejoint ; l'Amour retrouvé – avant l'heure – en quelque sorte...

Une intention ; un désir [parfois – trop rarement (il est vrai)] suffisamment ardent...

De la terre au ciel ; vers le plus lointain...

De l'effleurement au plus intime...

L'essentiel du voyage – sans doute...

 

 

L'envol discret – presque hésitant – tant le silence s'est enraciné ; tant il a remplacé le monde – les bruits (et l'agitation) du monde...

En soi – la force – l'évidence ; ce qui demeure quelle que soit l'écume ; sa couleur – son parfum – sa puissance – son étendue...

Le bleu et le blanc déjà – en dépit des ambitions – en dépit des possibilités – en dépit des fenêtres closes (si souvent)...

 

 

En deçà des siècles en chantier ; la lumière...

Le jour triomphant ; dans l'agrément de l'âme...

Quelque chose de la vocation ; recevoir...

Au-delà des yeux – au-delà de la respiration du monde...

Ce qui enfle sur la pierre...

Au milieu du cirque ; l'annonce de la bonne nouvelle...

Et l'ensemble – à portée de regard...

Au cœur même du langage ; le silence...

Et cette joie contagieuse ; dans l’œil qui voit...

 

 

En ce très haut lieu de l’œil ; l'exil des princes...

La mémoire évidée ; l'oreille attentive...

Là où tout a lieu ; là où le trouble peut nous renverser ; là où s'invitent tous les possibles...

Au cœur de l'éclair ; avant que ne frappe la foudre...

 

*

 

Le souffle – contre soi...

Ce qui nous touche – nous porte – nous enlace...

Traqué(s) dans nos élans...

Débusqué(s) ; et recueilli(s) – jusque dans nos ombres déversées...

L'âme nourrie par ce qu'on lui offre...

Au cours du (pas si rude) séjour de l'homme sur terre...

 

 

Le cœur inconsistant ; plus encore que la chair...

Face à la nuit invisible – scélérate ; la torpeur – le corps inerte...

L'esprit emmitouflé au milieu de ses rêves...

Déguisé – défiguré quelque part...

Le secret parfaitement protégé ; si peu partagé...

Et en compensation ; un peu d'espérance...

Le ciel dans sa formule rapide ; octroyé contre quelques pièces ou quelques prières ; autant que les (prétendus) privilèges de la terre – inventés – illusoires – jetés en appât à l'intention de tous ceux qui manquent d'exigences et d'ambitions...

 

 

Scellé dans le jour ; le monde...

L’œil réfractaire aux noces et aux alliances ; à toutes les festivités trop bruyantes – ostentatoires...

Le chant de l'eau vive plutôt que la prière pesante – pressée – épuisante...

La fulgurance cristalline plutôt que l'effort et le labeur acharnés...

Et la lumière (presque toujours) attachée aux flancs des poètes ; qui essaie de distiller un peu de profondeur – de consistance – de vérité...

 

 

Aux confins d'un songe obscène ; la chute prévisible – inévitable...

A la manière d'une argile (très) maladroitement façonnée...

Avec des heures d'insomnie ; comme le prolongement du même sommeil...

Et ce rire – au fond du cœur – qui peine à se hisser jusqu'aux lèvres ; attendant peut-être – attendant sans doute – la résurgence d'un meilleur usage...

 

*

 

Dans le cercle des pierres...

Des jours et des paroles...

De grandes forêts sombres au cœur desquelles on trouve refuge...

Les mains qui fouillent dans les profondeurs de l'âme...

Au milieu du ciel – la nuit ; les ongles arrachés...

Et l’œil qui s'ouvre – peu à peu ; et le monde vu comme pour la première fois...

 

 

L’œil près de la flamme...

Le regard – la lumière...

Et cette manière pénétrante – chaleureuse – de voir ; et de tendre la main...

Autre chose que soi ; le reste (tout le reste) ; et ce que l'on porte...

Le visage soufflé ; comme du sable transformé en verre ; et qui se brise à la fin ; retrouvant la roche – retrouvant la terre...

Plus proche du sol – du ciel – que jamais...

 

 

Glaive à la main – dans le jeu belliqueux du monde – sans la moindre ordonnance...

Le rire et la légèreté – oubliés – assiégés – démunis...

Dans le bruit et la terreur ; le monde condamné à mort et à la confusion...

Sous le sang frais de ceux que l'on étripe – que l'on égorge ; la terre frémissante – la terre bafouée ; et ces larmes que nul ne verra jamais couler ; mais que les plus sensibles devinent (bien sûr)...

 

 

Lampe à la main – sous la pluie brûlante ; à travers les voiles suspects qui recouvrent (parfaitement) le réel...

La lumière dissimulée par l'ardeur des combats – par l'intensité des flammes...

Tout en haut de la terre éperonnée...

L'histoire tumultueuse – et dérisoire – de l'argile...

Et nous encore dans notre chambre ; au lieu du rêve – à danser encore...

 

*

 

Au fond de l'âme...

Mêlé à la substance...

Le cœur de l'être...

Derrière ce qui semble se dissimuler...

Exposé au grand jour ; disposé à servir...

Et se prêtant à tous les déguisements des figures ; et consentant même à se glisser dans leurs singeries et leurs stratagèmes...

 

 

Face au sommeil ; la même obscurité – sous les traits de grandes foulées blanches...

Comme un rêve ; ralliant le lointain d'un seul pas ; exhortant l'âme aux voyages; dépeçant la violence pour se saisir de ses éperons – de ses épées – et s'en servir à ses propres fins...

Ce que nous redoutons le plus (sans doute) ; au service du secret ; avec cette apparence du savoir qui fait passer notre labeur – notre honnêteté – notre innocence – pour de piteux mensonges...

Invité de l’œil ; invité du ciel ; sans (véritable) lien avec le monde...

 

 

A la source du salut ; dans l'herbe lointaine – dissidente...

A des hauteurs (parfaitement) respectables...

Au-dessus des ailes et des orages...

Au-delà des croix et des hantises...

Aussi loin que possible du commerce et du ciel inventé ; des prières trop promptes pour être honnêtes...

Et l’œil qui voit l'ardeur et l'âme, peu à peu, décliner...

 

 

Tous les masques suspendus au fil qui relie le sol aux créatures blessées ; avec leurs charges et leurs chaînes inutiles...

Sous la pluie – des pas...

Loin des querelles et des chambres sombres – ensommeillées...

Sans convoitise ; bien en deçà des songes auxquels s'attachent les hommes ; et qui construisent le monde...

Jetés parmi les semailles ; comme mille choses dérisoires...

 

*

 

L’œil griffé par le monde ; et que la forêt apaise ; et que la forêt guérit ; et que la forêt console et rétablit...

Au milieu de la fratrie silencieuse des arbres et des pierres...

A l'abri de toute violence...

Parmi les fleurs qui poussent...

Le ciel qui s'étire – amoureusement – au-dedans...

Et à travers nos larmes ; toute la tristesse des hommes...

Secouru par ceux qui ne comptent pas (qui n'ont jamais compté – sauf, peut-être, aux premiers temps du monde) ; tous – choses de personne – s'appartenant autant qu'ils appartiennent à l'ensemble...

Éléments rassurants ; comme un miroir clair – lumineux ; une lucidité (involontaire) salutaire – salvatrice ; ce que nous sommes fondamentalement – rappelé comme une évidence – une manière de vivre et d'habiter le monde – seul(s) – ensemble ; à sa juste place...

Et le regard – à l'intérieur : et cette assise incertaine que le vent ébranle ; que le vent, sans cesse, fait tourner...

 

 

Dans le secret du rêve incestueux ; la chair proche – la chair sienne...

Le souffle commun des haleines ; le parfum de la semence et du germe...

Du plus viril à la féminité ; de l'exultation au pourrissement...

En visites incessantes ; des uns et des autres – qui se partagent – qui se mélangent...

Le cœur même du monde ; inséparables...

Au milieu de ce magma d'argile – de ces éclats d'argile – masqués ; prenant et offrant ; évoluant avec toutes choses...

 

 

La carte du monde – de l'esprit – de l'espace – (très) amoureusement enchâssé(e)s – emboîté(e)s – entremêlé(e)s...

Au plus près du ciel – du sable...

Tout métissé ; jusqu'à la respiration – jusqu'au goût de vivre – jusqu'à l'invention des frontières – jusqu'au sentiment de séparation...

Des chemins de terre – de vent – que l'encre, parfois, parvient (assez malhabilement) à emprunter...

 

*

 

L'ombre parfaite – superposée – discrète ; portée – au loin – sur la pierre (sans que l'on y soit) ; comme si l'on était multiple jusque dans nos absences – jusque dans nos prolongements...

La disparition – la présence ; l'une dans l'autre...

Et ainsi glorifiés – la vie – la mort – le monde ; leur écume portée par les vents ; du grand large vers les rives ; puis, des rives vers le grand large...

Comme le ressac ; dans la main d'un géant...

Une respiration dans la poitrine de Dieu...

Comme si le ciel, soudain, nous recouvrait – nous absorbait ; comme si l'on n'existait plus ; comme s'il n'y avait jamais eu personne ; ni ici – ni ailleurs...

Le vide et ses (inévitables) tourbillons d'air ; des mouvements – comme une danse – des battements de cœur ; l'espace vivant qui se goûte – qui se découvre – qui se célèbre...

 

 

Le cœur errant – au goût de vivre incertain ; trop soucieux des souvenirs – des promesses – des présages...

Au fil (hasardeux) des saisons ; poursuivant son œuvre de déraison...

Fuite encore ; avec ce parfum lointain de nudité (introuvable – toujours introuvable) que l'âme apprend à humer pour s'éveiller, peu à peu, à son destin terrestre...

La figure vierge de tout espoir ; comme un long apprentissage...

 

 

Là où affleure le possible...

Les grandes choses ; et le ruissellement...

Les pentes naturelles vers lesquelles on se traîne (assez laborieusement – assez péniblement)...

Et l'essence du poème aussi...

Affranchi des ambitions guerrières ; et des revendications vindicatives...

Aux lèvres ; la fraîcheur – l'innocence...

Et dans les pas ; la danse...

Ce que le destin écrit ; au fond de notre âme ; cette encre de sang que la terre absorbe – et que l'ardeur dilapide...

Le monde (si souvent – trop souvent) plus lourd que le ciel...

 

*

 

Figures blafardes – rongées par le sommeil ; et qu'il faut consoler de leur défaut de splendeur et de sagesse...

Comme mortes déjà ; avant l'heure...

 

 

Façonné par l'or du jour...

Submergé par la lumière ; la matière obscure...

Des ombres dansantes que la joie libère...

En dépit des béances – entre les lèvres – qui appellent ; et qui happent...

Combats (sournois) de gladiateurs d'un autre temps...

L'enfer que l'on prolonge – en quelque sorte – pour éprouver l'expérience terrestre avant le retour à la terre...

Le destin de l'homme face au ciel – à l'abîme ; que l'esprit ne cesse de bâtir – de transformer – de reconsidérer ; comme s'il s'agissait d'une matière infiniment façonnable...

 

 

L'âme généreuse – face aux cœurs criards – aux visages défigurés par la tristesse – à la peur qui flotte – qui suinte – sur la pierre...

Au bas de la pente ; le monde étreint malgré la mort – la lâcheté et l'odeur de pourriture – qui nous entourent – qui nous dévastent – qui nous recouvrent...

 

 

L'absence prémonitoire du monde...

A grandes enjambées dans la mémoire...

Ce qui bat (encore) contre nos tempes...

A l'aube de l'infortune – derrière le sourire grimaçant des visages...

Au seuil du silence ; la nuit déjà...

 

 

Ici – sans (réellement) paraître...

Des paroles ; des choses et d'autres...

De la solitude et du silence...

Et la longue suite de gestes quotidiens – ordinaires (lents et sans cérémonial)...

Ici – présent ; l'esprit dans sa surprise – sa douceur – son allant ; et dans son innocence aussi...

A la surface du temps ; le déroulement habituel...

Et en profondeur ; le fabuleux – la joie et l'émerveillement...

Comme assis à la terrasse de l'immensité...

 

 

La joie – (à peine) perceptible ; si discrète qu'elle ne peut frapper ceux qui ont les yeux fermés ; cloués par l'ignorance – les malheurs – la misère ; toutes les (prétendues) épreuves jetées en ce monde par la main bienveillante d'un Dieu miséricordieux...

 

*

 

L’œil scintillant...

Sous la lumière de l'hôte...

L'obscur défait – invariablement...

Au sommet de la pierre – sous les étoiles – l'infini...

Et les hommes ; et les bêtes ; dépareillés – en combinaisons asymétriques – allant ici et là – s'enfonçant aux quatre coins du labyrinthe – seul(s) – ensemble – errant comme des créatures frileuses – engourdies – infirmes – amputées (sans doute) de l'essentiel ; engoncées dans leur furie ou leur ivresse...

Semblables (pourtant) aux Dieux les plus familiers...

Tous ; fils du ciel …

Si étrangers – pourtant – à l'essence commune que dissimulent leurs masques de chair et de poils...

Du côté de la cécité ; et de la confusion...

La nuit et la matière – enchevêtrées ; obligeant le monde à marchander ; réduit à l'échange et à la mendicité au lieu de célébrer ce qui le porte...

Et de l'oubli ; et de la neige – pour recouvrir les tombes ; et enterrer la mort...

 

 

L'âme qui creuse ; les heures passagères...

Sur ces terres dispersées par le vent...

Des rives encore ; et cette glace sur tous les chemins...

Transparence déserte ; parfois opacité grise...

L'étendue qui prolonge toutes nos absences – jusqu'à la mort – jusqu'à l'anéantissement...

 

 

Ce que l'usage honore...

La matière traitée avec tendresse et douceur...

Le long de la chair – un (discret) frémissement...

Sans croix – sans sacrifice...

Le cœur qui acquiesce ; l'âme qui sourit...

Le regard lucide ; s'offrant en toute innocence...

 

 

Les souterrains ravagés par cette atroce captivité...

Une longue détention sous la pierre noire...

Et ce chant – cette plainte (à peine perceptible) – qui monte des entrailles de la terre – de tous les ventres du monde – comme le prolongement (désespéré) de cette douleur muette et incurable…

 

*

 

L'âme de l'origine – avant (bien avant) la pensée – le prolongement du ciel avant que l'esprit ne lui fasse croire qu'elle s'en était séparée...

Un œil immense ; et une main tendre ; et tendue – pour soulager les manques (tous les manques) de la terre ; les plus grandes carences des créatures de ce monde...

 

 

Des allées et venues dans l'abîme...

Une manière de creuser le noir et d'effacer le blanc...

Dans une sorte de manichéisme primitif ; que nous avons repris et (très superficiellement) nuancé...

Le foisonnement mensonger du paraître et des apparences ; et mille mots pour décrire toutes les subtilités (perceptibles)...

Le plus grossier ; écrit à la craie ; que le regard embrasse et réunit ; et que la pluie efface et fait tomber dans l'oubli...

 

 

La solitude (parfaitement) épousée ; comme la force et l'élan ; l'invisible qui ne dit son nom...

Le sourire ; et cette présence...

Sans parti pris ; abandonné...

Comme unique témoin (possible) de l'immensité qui nous entoure – qui nous convoque – qui nous habite – qui nous réunit...

L'immersion de l'âme – des pas – du voyageur...

Comme un bain de joie ; une félicité intense et vivante...

 

 

Sans mot dire ; ce qui avance – ce qui s'installe – en nous – présent depuis (bien) plus longtemps que notre visage – que tous les visages qui se sont succédé depuis la naissance du monde...

Le destin des voies – et des espaces – parallèles...

Se frayant un passage (mille passages) entre l'âme et le souffle ; dans les interstices laissés vaquant par l'éradication (progressive) des instincts...

Réceptacle ancillaire ; (sans doute) notre seule (véritable) vocation...

 

*

 

L'air levé à la hauteur des Dieux...

A l'égal de l'eau et de la terre ; comme le feu qui habite l'espace...

Sur son lit ; la matière...

Et l'âme qui ressent la moindre secousse – le moindre frémissement ; qui devine les failles et les aspérités...

Sensible au souffle ; au gain et à la perte éprouvés par le corps et l'esprit ; autant (bien sûr) qu'à l'allure à laquelle on se rejoint...

 

 

Les grilles épaisses...

Le monde (terriblement) tentaculaire...

Des mains – des armes – des drapeaux – que l'on agite – que l'on brandit ; et toutes les histoires que l'on se raconte pour croire en ces gestes (en la réalité de ces gestes)...

Comme un écran devant soi pour éviter le monde – son visage ; l'horreur et la bêtise qui se perpétuent...

L'étrange serment que l'on se répète – involontairement – inlassablement – pour ne pas se reconnaître...

 

8 mai 2023

Carnet n°287 Au jour le jour

Octobre 2022

L'apparition (urgente) du jour ; plus qu'un vœu (la condition de notre survie)...

Dans le blanc des yeux ; les ailes déposées...

Le ciel à sa place (toujours à sa place) ; et la terre trop peuplée...

Le cœur pris dans cette résonance...

Indistinctement ; comme immergé parmi mille autres éléments...

 

 

Le rythme déréglé...

Comme une marche sur une voie de secours...

L'allure aussi prompte que possible...

L’œil ébahi...

Perdu au milieu des reflets du miroir...

Offert à la force indifférente du vent...

Au milieu des choses ; l'espace...

Le lointain ; et la figure du cri...

Des sourires et des grimaces ; par intervalles ; et de temps à autre – un masque de fer sur une plaie muette – purulente...

Sous des étoiles à la luminosité douteuse...

Ainsi s'élève-t-on – quasi seul – au cœur du désastre ; de manière plus ou moins discrète – de manière plus ou moins introspective...

 

*

 

Le cœur (parfaitement) mobile – (en partie) cisaillé...

D'un seuil à l'autre...

De lieu en lieu...

Monde après monde...

Au-delà – (presque toujours) – un peu plus loin...

Comme si la rive s'allongeait ; comme si le voyage se déployait...

Rien que du temps ; et la source intarissable qui renouvelle les désirs et la matière ; l'invisible et le décor...

Ici – sans autre ambition...

 

 

Au bord du temps...

Quelques restes de chemins (très peu empruntés) – (extrêmement) éparpillés...

Parmi les arbres qui parlent...

L'ardeur qui commence – imperceptiblement – à décliner ; les premiers signes crépusculaires...

A bout de souffle (sans en avoir l'air) – en quelque sorte...

L'extrémité de l'âme engagée dans la lumière...

Et notre tâche ; une manière de faire silence ; avant de s'effacer...

 

 

Le temps séculaire – inchangé – de l'attente (toujours aussi vaine)...

Des heures – des jours – qui passent ; et que l'on oublie...

Dans le sang – des mots qui dansent ; et que la bouche éructe à un rythme infernal – à un rythme endiablé...

Le rouge à l'honneur ; celui du monde – celui des songes...

Et ces larmes qui coulent sur ces visages qui jamais ne verront la promesse ; le règne de l'éternité...

 

 

Au fond des choses ; le rire...

Au fond du rire ; le vide...

Et cette fuite (inéluctable) du monde...

Vers la mort ; cette terre (supposément) relevée...

 

 

Le jour – peu à peu – éteint par la soumission – l'assuétude – l'agenouillement...

Et la possibilité de la lumière qui persiste – à travers la découverte du secret – la résolution du mystère ; à travers l'existence – comme un miracle...

 

*

 

Le cœur humble et hivernal...

Au milieu des choses ; et du silence...

Presque rien ; la joie qui monte...

La vérité du geste authentique – naturel...

Si loin de la plainte ; la parole dansante...

Le lieu de l'énigme sur la pierre...

Ce qui scintille derrière les couleurs...

Et la caresse du regard ; et la tendresse qui dissipe les murs et le sommeil...

Ce qui habite (parfois) le poème ; cette grâce discrète – (presque) imperceptible...

 

 

En chemin – comme la neige...

Le monde ; et la parole passante...

Davantage que des lettres – que des signes...

Le reflet – sans doute – du seul visage...

Le jour qui résonne...

Ce qui se détache – à l'intérieur du partage...

Le bruit de la rosée dans la voix amoureuse ; l'alphabet de l'invisible qui tambourine entre les mots ; comme si tous les possibles s'invitaient simultanément dans cette manière (vagabonde) de traverser la vie – à la façon du ciel – du sable – des oiseaux...

 

 

Comme étranger(s) au silence – au regard...

L’œil rond – surpris – inquiet...

Vers le haut – la lumière...

Et l'âme (bien sûr) qui devine la direction...

Penché(s) sur soi ; comme sur toutes choses...

Et les cœurs méfiants – craintifs – inquiets – serrés les uns contre les autres...

D'une certaine façon – une impossible idée du monde...

 

 

D'une plaie qui offre la force...

Cette étrange ascendance dont nul ne se réclame....

La terre rouge – couleur des origines – couleur du temps...

Contre soi – la nuit tombée ; l'effroi de la mort ; et les malheurs – sans discernement...

La gorge défaite ; pas même un bruit...

Tous les orifices qui suintent ; et les yeux qui regardent (vaguement) les substances s'évacuer...

Le vivant – sans rire – sans promesse – réduit à un peu de matière – à un peu de misère ; pas si différent des corps inertes que l'on brûle ou que l'on enterre...

 

*

 

La plaie originelle – encore ; comme indéfiniment partagée...

Insaisissable par le langage ; et que chaque existence reflète (pourtant)...

La pluralité éparse qui s'ignore ; inconnue à elle-même (en quelque sorte)...

Sous une chape de silence – épaisse – nocturne...

Mille chemins ; et autant de cris – d'espoirs – de gémissements...

Et cette douleur impossible à comprendre – impossible à éviter ; qu'il nous faut pénétrer...

Nulle part où se réfugier – nul lieu où aller ; ici ou ailleurs – qu'importe où l'on est – où l'on s'est (très provisoirement) installé ; à peine effleurée l'idée de s'enfoncer en soi (avec, bien sûr, tous ses empêchements)...

L'ombre – partout – qui nous encercle – qui nous assaille – qui nous envahit...

Sur cette terre (à bien des égards) – le règne du plus sombre...

 

 

L'arbre traversé par le ciel ; et, parfois (de temps à autre), par la parole...

La pierre gravée de ses initiales...

Un peu de lumière sur les songes du monde...

Comme une autre sente qui se propose ; un espace où l'on peut se ressourcer au lieu de s'épuiser ; à la lisière de soi – au-delà de toute question – au-delà de toute réponse ; au cœur de cette présence commune et silencieuse...

 

 

L'odeur brunâtre de la faim...

Le monde-gibier entre nos mains carnassières...

Le désir (presque) toujours fougueux du reste...

Ce jeu (inévitable) qui habite la vie (et les vivants) ; et sans lequel ils ne seraient pas...

Tour à tour – herbe – biche ou tigre ; glissant (involontairement) de l'un à l'autre – dans l'éternelle magie du retour et du recommencement...

Et, pourtant, comme une musique triste (et légèrement nostalgique du temps d'avant la séparation) dans la voix qui raconte le spectacle – passablement étrangère aux drames et à l'emprise du rêve...

 

 

Entièrement à Dieu – à l'Amour – à la mort – à ce qui se propose (très) provisoirement...

Au cœur du grand cirque de la terre et du ciel...

Le vivant en tous sens ; s'essayant (bien sûr) à toutes les combinaisons possibles (à toutes les combinaisons imaginables)...

Ainsi ose-t-on – peut-être – au fil du voyage – à travers la longue suite des existences successives – à se risquer, pas à pas – peu à peu, à vivre au-delà du connu – au-delà des remparts faussement protecteurs que l'on a (naturellement) érigés autour de soi...

 

*

 

Le cœur se souvenant du creux dans la parole ; ce lieu comme un silence où naissent le monde et les choses...

La possibilité d'un regard sur ce qui semble étranger...

Des traces de lumière si anciennes qu'elles donnent à l'écume cet éclat...

Le visage d'avant le temps...

Le seul sourire – la seule sagesse – qui compte – au cœur de ce désordre passager...

 

 

Le provisoire qui déborde de modalités – de conjectures – d'opportunités – affranchi (d'une certaine manière) du martèlement du temps ; de la fausse idée de liberté dont on rebat les oreilles de l'homme depuis des millénaires...

Soudain – la fulgurance de l'éclair et du trait...

Sans doute – le plus poétique de ce monde qui emporte (pour un court instant) la mort et les vivants vers un lieu où la nuit n'existe pas...

 

 

Enfin la lumière – immanente – horizontale – parfaitement quotidienne...

Entre les arbres et les pierres...

A la vue de tous ; et que la plupart ignorent ; et que la plupart ne voient pas...

Réuni(e)s – toutes ses parcelles – tous ses éclats – dans le cœur qui veille – dans le cœur vigilant – qui place le regard au-dessus du monde – au-dessus du souvenir – au-dessus de tout ; et pouvoir ainsi pénétrer le fond des âmes et des choses ; habiter la vérité vivante...

 

 

Le temps – le secret – le trésor – qu'éparpille le geste inattentif...

Comme condamné(s) à la course mécanique...

Les yeux fermés – la tête grise et triste – mouillée de larmes et d'incompréhension...

L'âme défaite – sous des avalanches de malheurs qui confinent à la malédiction ceux qui, par excès d'absence, ceux qui, par défaut de présence, ne sont pas véritablement vivants ; pas même ailleurs – (presque) inexistants...

 

*

 

Le silence aérien...

Lové contre le jour...

Et le monde affamé qui, sans cesse, doit assouvir sa faim...

Le cours des choses – sans heurts (véritables) – sans (réelles) interrogations...

Le rôle perpétuel de ceux qui habitent la terre...

A la manière d'un songe impatient et solitaire...

 

 

Le cœur chargé de douleurs...

Ce qui se retire ; ce qui se rétracte – en soi...

Notre présence apparente ; cette appétence pour les choses futiles ; une manière d'agrémenter son existence ; de survivre à tous ses malheurs...

La gorge irrégulière ; autant que l'âme ; parfois courageuse – silencieuse ; d'autres fois encline à la tristesse et à l'épanchement...

Quelque chose du bruit et du temps – sur ces rives sans tendresse où les hommes se sentent si seuls qu'ils amplifient la rumeur du monde au point de transformer le regard indifférent – le regard inventé – de l'Autre en loi essentielle – en loi irrécusable ; une terre étrange où chacun agit pourtant comme s'il n'y avait personne – comme s'il n'y avait que soi ; une terre où nul (sans doute) n'existe vraiment...

 

 

Toutes les offenses du monde – oubliées...

De la poussière emportée par le vent...

Des cris dans le vide – sans bouche – sans oreille – sans personne...

Qui pourrait donc comprendre...

La clarté du sang dans le froid...

La terre sombre ; et les bêtes – et les hommes – dans leurs tranchées...

Des adieux – par milliers – par millions – au milieu des éventrations...

Et ces paillettes d'or – virevoltantes – comme une pluie scintillante sous les étoiles...

Comment expliquer cette joie ineffable...

 

 

Les yeux baissés ; l'humilité dans son déploiement...

Face à l'orgueil – face à la cécité...

La dernière parole – peut-être – comme un chuchotement (à peine)...

Au fond du cœur ; l'obéissance révélée et le silence...

L'affranchissement de l'âme ; libre du monde depuis toujours...

 

*

 

Le surgissement de la lumière...

Dans un repli du voyage...

Après la terreur des temps immobiles et la frénésie...

Sous le pas glissant – naturel ; au rythme qu'impose la reconnaissance...

Un passage dans l'ombre ; à la pointe du détachement...

 

 

Dans la plaie semée à la naissance ; la lecture des possibles...

Des signes invisibles tatoués dans le sang...

Tout un destin qui se dessine – sous le joug de l'innommable...

Et tout qui étouffe ; et tout qui cherche à s'échapper...

Et les premiers pas qui (très souvent) se font dans le cri, puis (parfois) dans la parole...

Le sens de la marche dans le sable et la neige...

Le désert hivernal comme seul lieu – comme seule saison ; ce qu'il nous appartient d'apprivoiser...

 

 

Dans l'avant-monde du vivre...

Des terres brûlées ; et des cœurs dociles...

L'absence (manifeste) des âmes...

Des refus ; sous le règne (évident) des miroirs...

Étrangers à toute aventure réelle...

Les habitants du rêve...

 

 

Épuisés par la couleur du songe...

Ces yeux d'enfants mal éclairés...

La lumière qui coule sans jamais s'arrêter...

Et les passagers qui s'enlisent dans la lie – (totalement) privés de Dieu...

L'impatience et l'avidité au lieu d'une cueillette sage et frugale...

Sous l'égide des versets et des agenouillements...

De la souffrance ; et autant de tentatives d'échappée que de dislocations...

A perte de vue – des cohortes de cœurs inconsolables qui tentent d'aller par deux ; au milieu des champs de fleurs et des larmes ; l'espérance (pourtant) vissée au front...

 

*

 

La saison finale – peut-être...

Le terme du temps – en quelque sorte...

Là où le jeu commence ou s'éternise ; qui peut (réellement) savoir...

Sans raison – sans pourquoi ; avec le souvenir de plus en plus flou d'avant – substantiellement déformé à mesure que le rêve prend forme...

L'hypothèse d'une sorte de visage plutôt qu'une réalité...

Et ainsi de toute histoire ; et de son déroulé...

Dans l'arrière-scène des Autres – entre coulisse et décor ; et ainsi pour chacun – malgré la solitude (magistrale) et l'inconsistance des pactes et des mots...

 

 

Le ciel (assez) disgracieux – bas et froid ; comme une couche supplémentaire de matière sur la terre – la chair – déjà (passablement) enrobées...

Le poids des actes – peut-être ; ces mille gestes sans densité – (parfaitement) inconséquents...

Des têtes mortes ; et du côté des cœurs défaillants (bien sûr)...

Le fond de l'abîme – sans doute – comme un écrasement...

 

 

A demi nu déjà ; défait et dérivant – dans le brouillard poussiéreux du monde...

D'une terre à l'autre – dévalant le désordre et le déclassement (à grandes enjambées)...

En exil ; de plus en plus...

Et derrière le fouillis des images ; ce qui émerge ; ce qui (soudain) apparaît...

Dans les yeux – des reflets (de simples reflets) ; le sol craquelé des existences...

Et l'oubli – comme une succession de vagues ; une sorte de déferlement sur le temps – sur ce que nous avons su ; et sur le devenir – cet après qui ne sera plus...

En pure perte ; qui que l'on soit – quoi que l'on fasse ; des gestes et des cris – en désespoir de cause...

 

 

A respirer encore dans l'entre-deux du monde et du corps...

Le temps arrêté ; le souffle en suspens...

Et ce silence sans sommeil – comme un écart – la possibilité d'une écoute – d'une présence ; l'écho du vide et l'espace – dans nos têtes – toutes les résonances ; entre l'extase et l'enfer – d'une égale façon...

 

*

 

Sans cesser ; la mort éteinte...

L'incessant labeur de l’œil sur le temps...

Des siècles de sommeil jetés par la main neuve – la main nouvelle...

Dans la brume grise – opaque – au loin – le monde qui tourne – comme se courant après – après l'idée qu'il se fait de lui-même – et que renforcent (bien sûr) les jours qui passent – pendant des millénaires (quasi identiques) ; le front rivé sur le chemin réalisé et les pas qu'il reste à accomplir ; le progrès apparent comme une spirale fébrile et infinie dont la course folle est (inlassablement) nourrie par les solutions qu'inventent les hommes pour échapper aux désastres qu'ils ont engendrés...

Et nous – un peu à l'écart (bien sûr) – en retrait – invisible ; aussi loin que possible de cette foule aveugle (et aveuglée) – de cette fuite en avant inquiétante et mortifère...

Dans les collines – dans la forêt – là où les histoires et les fables s'étiolent – s'effacent devant la réalité irrécusable ; en ces lieux salvateurs où la nécessité se substitue aux désirs – où l'attention et le geste remplacent les images et les croyances...

Comme un refuge immense – l'espace entier peut-être – dans lequel vit ce que nous sommes – ce que nous portons – ce qui émerge (lentement) – à travers notre danse silencieuse et quotidienne...

 

 

Au sortir du monde – le temps arrêté...

La tendresse comme un bouquet de fleurs vivantes offert à chaque instant...

Le prolongement de la terre ; la caresse qui arrache aux profondeurs le désespoir enfoui – accumulé...

Vêtu de lumière – de grandeur et de lumière ; à toutes les altitudes ; le cœur et le corps à l'abri des larmes et des coups ; le sang et la sève (largement) indifférents au défilé des saisons...

 

 

Sous le règne effarant de l'offense et du sacrilège – en ces temps de susceptibilité affûtée – (totalement) maladive...

La foule – à l'image de chacun (presque chacun) – gorgée de principes – de fausses vertus – de doléances et de récriminations – blessée par quelques (dérisoires) égratignures (symboliques – l'essentiel du temps) aussitôt transformées en plaies béantes – en blessures quasi létales – en ce monde d'individus abrutis et bornés – en cette ère qui sait mêler (avec tant de talent) le sommeil et la violence – où l'on s'offusque à cor et à cri pour quelques riens ; où l'on est prêt à brandir la menace et les armes – à jeter sa vindicte sur celui (ou ceux) qui a (ont) osé nous outrager et à mettre à mort le (ou les) supposé(s) coupable(s) des salissures qui ont entaché notre honneur (ou notre réputation)...

Ainsi naissent – et se propagent – tous les lynchages – tous les massacres et toutes les tueries – en ce monde où chacun revendique le droit à « la dignité » ; et se sent bafoué, à la moindre critique – dès qu'il a le sentiment d'être remis en cause dans sa très (très) étroite identité*...

Un pauvre monde d'idiots susceptibles et vindicatifs...

* réaction exacerbée née de l'hégémonie de certaines catégories de la population ; de leur domination et de leur mainmise pendant des siècles (et, parfois même, durant des millénaires) sur certains groupes d'individus jugés minoritaires – insignifiants – inférieurs – que l'on a privés de presque tous les droits (allant parfois jusqu'à leur dénier le droit d'exister)...

 

*

 

Ensablé dans l'épreuve ; comme face à l'abîme...

Sans retour possible ; l'exact déroulé...

La tête dans l'alignement du temps...

Au bord de la fable ; au bord du discernement...

Et l'empreinte des pas sur le sol – à peine perceptible – mêlée aux traces de tous nos devanciers...

De plus en plus humble – et solitaire – à mesure que l'on s'éloigne de l'imposture...

 

 

Sans hâte – comme la neige – aussi régulière...

Le temps de quelques saisons...

La chair propice ; l'âme absente ; puis, inversement – sans (réellement) chercher à comprendre...

Des soubresauts ; un vague parfum d'errance...

A la verticale de la même étoile ; et sans jamais s'écarter (s'éloignant de quelques pas – tout au plus)...

Ce que l'on appelle – un destin tracé ; la vie comme sur des rails...

 

 

Ici – à larges bords – la débâcle...

Dans le remugle du temps...

Le cœur soulevé – au milieu des carcasses – par les caresses du vent...

Presque nu – à cet instant...

Sous cette étoile d'or...

En ce coin du monde ; une sorte d'angle mort...

Prêt à quitter ces remparts caverneux – d'un âge primitif...

Et nous exposant à la pente – sans contrepartie...

Le soleil sur la langue...

L'urne de la délivrance – sur ce sol sans récompense...

 

 

Le monde élevé au rang de muraille...

Les larmes balayées – une à une – d'une main rude...

Le cœur hostile – opiniâtre – apte à la guerre – âpre au combat ; se faufilant farouchement entre nos baisers tendres – essayant d'échapper à toutes les tentatives de réconciliation...

Se jetant sur le flanc des Autres – les dardant de ses pointes acérées – se livrant à toutes les joutes – sans (jamais) fléchir – refusant toute main tendue – se livrant (sans retenue) à son atroce destin d'assassin...

 

*

 

L'éclipse du monde – dans notre élan...

Une fuite éperdue vers ce retour (inévitable)...

Chemin du secret – et des origines – plutôt que rives et routes communes – surpeuplées – trop fréquentées – abominables...

Et ce qui est vécu – irrésistiblement...

La nécessité ; vers l'essentiel...

 

 

Trop aveuglément humain(s)...

Des inconséquences – des incidences – (très) nombreuses...

Le ciel – comme la mort – dénié dans sa nature ; et dans son rôle...

A la place – un amas d'inventions ; choses et idées – transformées (l'essentiel du temps) en édifice ; des murs – des remparts – des enceintes ; et des stèles et des colonnades pour glorifier l'homme (célébrer l'humanité)...

Sans doute – une plaisanterie ; tant la mascarade et l'illusion sont grossières...

La (grande) naïveté des têtes au milieu de la nuit noire ; l'esquisse du monde...

 

 

Autour de soi – le monde – l'enfance calfeutrée...

La disparition du jour ; le ciel gris...

Les regards perdus ; les âmes courant en tous sens...

L'effondrement (à peine perceptible) du jeu de cartes – des édifices (très) provisoirement érigés...

Au carrefour des possibles...

La fin de quelque chose ; l'incertitude exacerbée...

Et le balancement des cœurs ; et le sang fébrile – sous un soleil nonchalant...

 

 

Le jeu invoqué...

Des mots et des étoiles...

Des fenêtres ; et la lumière...

L'ombre de la beauté dans nos songes évasifs – si précis – si fabuleux...

Et sur la peau – et sous les pas – cette clarté naissante – heureuse d'apparaître ; heureuse d'éclairer...

 

*

 

Le front nocturne – inchangé...

L'invention de soi – malgré le sang et les instincts ; les limites de la matière...

La cassure de l'étrangeté ; et la possibilité de la perte – inhérente au jeu – ajournées (autant que possible)...

Parmi les ombres ; parmi les morts – déjà...

Rien que des rêves et des légendes ; et à peu près rien d'autre sur cette terre...

 

 

Des entraves – des étreintes – hissées sur toutes les bannières...

Du temps et de la poussière – ensanglantés – ensemencés – selon la vitalité des amoureux – selon l'ardeur des belligérants...

Le pays du prolongement et de l'oubli...

Réductible au rêve...

Face au mystère inexplicable ; hébétés – indifférents...

Ce que l'on nous prête ; le cœur battant...

 

 

Des lambeaux d'âme ; le cœur gisant...

Autour – le monde sans fin – parasitaire...

Les yeux rouges ; et noir – la couleur du sang séché...

Un carré de terre pour nos vieux jours...

Le sommeil – déjà derrière les yeux...

Et cette encre – vivante encore – très longtemps après la mort...

 

 

Ici – penché – bancal – maladroit – alors que d'Autres feignent la parfaite verticalité – la connaissance – la compréhension ; et l'expertise même en matière de lumière et de joie...

Séparé – de moins en moins – sans doute – du reste ; de l'amas – des choses indistinctes...

Comme un accord tacite – entre nous...

Bien plus secret et silencieux qu'autrefois...

Le monde et le temps – désempilés ; en voie de régression...

La seule réponse – peut-être – à cette terre qui tourne en rond – à ce monde qui marche sur la tête ; sans même la nécessité d'abaisser le ciel...

 

*

 

Derrière les rideaux – le brouillard...

Devant le miroir – le sourire ou la grimace – selon les jours...

Et sur les longues routes qui serpentent sur la terre ; des visages impassibles et des jeux enfantins...

Et ce silence – si proche – qu'il suffirait de se pencher pour disparaître – parfaitement caché(s) – totalement englouti(s) – par l'épaisseur salvatrice...

 

 

Le temps à la dérive...

Des voix parmi les étoiles...

Des rêves ; et l'invisible...

Et cette chambre isolée – au milieu de la forêt...

Comme une traversée de l'écume ; un éloignement (radical) du monde...

Et les bêtes – toutes proches – tapies derrière les fourrés et les arbres morts ; à pas lents sur l'épais tapis de feuilles...

Le passé de l'homme – comme abandonné (définitivement) derrière soi ; et tout le temps nécessaire, à présent, pour s'aguerrir – se familiariser avec le monde naturel – rejoindre – au-dehors-au-dedans – la part la plus ancienne – la moins humaine – la plus sauvage – du vivant ; l'en deçà du nom et du visage ; ce que nous serons tous amenés à (re)devenir un jour...

 

 

Au fil du voyage – la lumière ; et l'éloignement des étoiles...

Du langage à l'indicible ; de l'indicible au silence...

Le visage, peu à peu, éclairé ; et le geste (parfois) éclairant...

Ni trace – ni chemin – sur l'étendue désertée...

L'espace ; et le sourire...

La porte du cœur ouverte ; et ce que l'âme entend...

Le monde de plus en plus loin ; cet enfoncement dans les profondeurs...

 

 

Des histoires encore ; les ombres au-dehors...

Le temps secoué par les paumes impatientes...

La brutalité à travers le sang ; la barbarie (manifeste)...

Tourmenté – le séjour des bêtes et des hommes...

Et au fond des yeux ; l'antériorité (celle des ancêtres et celle d'avant le monde – trop souvent rivales)...

Et sur les pierres irradiées de soleil ; des questions et des prières – adressées à un Dieu hypothétique ; tous les signes de l'incompréhension exposés – mis au jour (avec évidence)...

 

 

Enchanté par la voix – les cris – les chants – le silence – les lieux...

Dans l'intimité des habitants des bois...

Amoureusement installé ; attentivement étendu...

A l'heure des solitudes couronnées...

Au cœur de l'hiver...

Une autre possibilité d'habiter le monde...

 

 

La tête inclinée – loin des reflets mensongers des miroirs...

Par-delà la blessure – les apparences...

Par-delà la tristesse et l'absence...

Au-delà des joutes et des jeux...

L'espérance brisée ; avec le temps qui se fracasse contre la pierre...

Les peines en noir et blanc – oubliées ; comme effacées par l'ambivalence des larmes...

Et cette disparition comme une fête ; le cœur et le monde (radicalement) inversés...

 

*

 

La force accrue par le souffle...

L'oreille attentive aux bruits de la forêt...

Un lieu ; des passages...

Le monde invisible qui se déploie ; qui nous exhorte ; comme un appel – un enchantement...

Le vent contre la joue...

La neige balayée par le vent...

Quelque chose de la joie ; l'inexplicable qui dure ; le cœur en accord avec l'émergence ; ce qui jaillit (naturellement) de la source...

 

 

Le jour ; sans le poids des mots...

Une autre manière d'être là ; une autre manière d'être présent au monde ; une façon plus directe (bien plus directe) d'entrer en contact – et de nouer des liens – avec les choses et le vivant...

L'âme silencieuse au milieu de la poussière...

La lumière au-dessus du sommeil ; et le vide au-dessus de la lumière...

L'espace qui intègre toutes les formes – tous les visages ; fouillant les moindres recoins du chaos – en quête de l'infime – de l'insignifiant...

L’œil qui déroule tous les paysages ; qui accentue l'intensité des couleurs ; tout – parcouru de long en large...

Et l'écoute – et l'attention – comme une danse avec le rêve ; l'alliance de la joie avec ce qu'il y a (sans doute) de plus sauvage chez l'homme...

 

 

De haute condition – l’œil vivant – la main tremblante – face à l'infini...

Au plus proche de la tendresse racinaire...

Sur cette vieille terre inestimable...

Sous des étoiles qui célèbrent sa courbe...

L'invention du monde ; le seul royaume de l'homme – sans doute...

Et cette lumière qui laisse à l'ombre sa part intacte...

 

 

Le désir assumé du plus haut ; ce qui confine à l'insignifiance les plus grandes richesses...

Dans cette sorte de jardin ; à travers l'enfance (estimée à sa plus juste valeur)...

La même chose qu'ici – aux lisières de l'entendement...

Davantage que le songe ; la reconnaissance du mouvement ; et l'immobilité au fond de la crevasse creusée par la fébrilité des ventres et des âmes affamés...

 

*

 

Le chant inséré...

D'une dimension à l'autre...

Comme un rayonnement...

Vers le monde ; l'indistinction...

L'écume éclatante...

Les rebonds de l'écho au fond de la fosse...

Éparpillées – l'épaisseur et l'opacité...

Vers cette absence de visage ; le sens actuel de l'élan – du voyage...

 

 

Rien d'étrange – en soi ; la saveur de l'inconnu...

Ce qui assouvit cette soif (qui nous anime) – sans eau sur les lèvres...

Des noms – des chemins – empruntés – parcourus...

Le cœur que l'on appâte...

L'attente du jour ; la venue (discrète) de l'invisible...

Vers l'étreinte et la transparence – à la place du corps – à la place du sang...

 

 

L'appel du vrai – au dernier étage de la folie...

Juste derrière – le cœur saisi par l'enfance...

L'espace où règnent tous les ordres ; et celui, souverain, de l'intangible – à son paroxysme...

Simplement aller ; et se laisser mener par ce qui surgit...

Sans heurt – sans résistance – sans affrontement...

Entre l'ombre et le songe...

D'une couleur à l'autre ; qu'importe le déguisement...

De l'or au creux de la main ; et mille soleils qui éclatent au fond du cœur...

 

 

Harcelé par toutes ces mains nocturnes – prétendument guérisseuses...

Face à l'aube blafarde à laquelle on offre sa sueur et le sang des Autres ; à laquelle on jette quelques riens – du menu fretin...

Et nous – déguenillés – sur cette travée étroite – au seuil de l'invisible ; et ces charrettes de pensées qui hantent la tête ; et qu'il nous faut (très laborieusement) pousser...

De la crédulité au fond des yeux ; et la vaine espérance d'un ciel accessible – d'un ciel sans ombre – sans recoin...

 

*

 

Contre la muraille détruite ; des ombres blanches...

Le jour ligaturé....

De la brume et du feu...

L'enfance apeurée – trop chahutée par les luttes et les alliances – par les ruses et les mensonges...

Comme un empêchement ; un rejet – (sans doute) l'oubli de l'essentiel...

Quelque chose de perdu – à jamais – peut-être...

Un lieu où la parole ne compte plus ; pas davantage que le silence...

 

 

Le souffle qui célèbre les jeux...

Le labeur sous-jacent du monde...

Rien d'étonnant – malgré les apparences...

La persistance du bleu – malgré l'obscurité – au cœur de la nuit la plus noire...

Et cette lueur au fond du sommeil – recouverte de rêves et de cendre ; vivante – malgré la force des illusions ; et qui se ravive – et qui s'intensifie – aussitôt que le silence s'impose ; et qui embrase le reste aussitôt que le vent remplace la volonté et les cris...

Rien ne saurait éteindre cette clarté première – originelle – que chaque cœur recèle ; que chaque âme réclame ; et qu'il nous appartient de reconquérir pour offrir au regard et aux gestes cette justesse qui leur fait, si souvent, défaut...

 

 

Lance à la main ; le cœur figé...

Le poids des ancêtres sur l'épaule – guidant le geste...

La terreur bien menée...

La rouelle serrée contre soi...

Sous la lune – les hommes en rang...

Toute une armée d'assassins – marchant à la pointe du sommeil ; les yeux comme des torches ; les cris comme des songes – joignant les bras aux lèvres pour attaquer leurs ennemis – leurs opposants – le reste du monde ; vivant de guerre et de chasse – depuis la nuit des temps...

 

 

Sous les feuillages – le parfum de la nudité...

Et au-dessus – l'arche du ciel richement étoilée...

Et les paumes qui se joignent ; et les chants qui s'élèvent...

Face à l'invisible ; les portes qui s'ouvrent ; accompagné(s) par le son des tambours ; à la manière d'une clé...

En compagnie des esprits de la forêt qui, un à un, apparaissent ; au cœur du bruit – le silence ; tout autour – et au-dedans – comme une épaisseur qui protège le secret...

 

*

 

Le cœur transvasé dans l'arbre – loin de l'horloge – loin de la mémoire...

Le vent ; vers ce monde infini – indéfinissable...

Ni plainte – ni offense – ni prière ; l'espace nu qui offre au regard la poésie nécessaire – la nourriture du jour ; et l'abri dans les branchages...

Une vie lumineuse ; au milieu des ombres silencieuses...

 

 

Le cœur qui murmure ; qui s'éloigne des heures épuisantes – du monde éreinté – des âmes éteintes...

Le rire – entre les lèvres serrées ; et, soudain, la bouche grande ouverte ; la voix douce qui a longuement patienté...

Par ce chemin diurne ; la lampe à la main...

D'une patrie à une autre – sans jamais quitter l'origine...

Le poids du ciel ; et des ailes – pour voyager...

 

 

En plein vent – la lune – ronde – rousse – étonnée – éclairant nos pas sur ce chemin nocturne – sans fin...

Les yeux sales de violence et de poussière...

La tête ornée de cette puanteur ; la chair trucidée – inerte et molle – que l'on ingurgite (tout au long de la journée)...

Que sommes-nous... qu'étions-nous ; et nous sera-t-il encore possible de devenir...

Dans cet abîme – dans cette errance – dans cette débâcle ; si peu vivant(s) – en vérité...

Les poings brandis avec orgueil – comme un enjeu – un défi – relevé pour soi-même...

Des songes entassés sous le front rude et obstiné...

Au bord d'un ciel possible – que l'on devine – que l'on entrevoit parfois – au plus clair des heures...

A l'orée de cette terre rouge sur laquelle on séjourne depuis trop longtemps...

 

*

 

L'ombre sévère engloutie par la brume...

Le cercle autour de soi ; cette présence discrète...

L'Amour ; et le futile qui (aussitôt) se dissipe...

Le bruit régulier des saisons...

Le visage du monde – sous un autre jour...

 

 

Tapie dans la lumière – cette veille inattendue...

Comme un passage après l'effacement...

Le cœur paisible – décousu – étalé – qui a repris sa forme initiale – commune – collective – partagée...

Le vent qui apporte quelques nouvelles des lieux secrets – cachés – les plus lointains...

Sous la parole – rassemblées...

L'ensemble des voix – accordées – entonnant le chant des morts – le chant du monde – le chant des lieux et des vivants...

Comme une fête ; quelque chose de la joie ; au cours d'un temps inépuisable...

Et la même appartenance célébrée ; avec tous ses manquements – tous ses excès ; et toutes ses possibilités aussi...

 

 

Le jour ébauché ; à partir de nos solitudes...

En songe – le mélange...

L'enfance et le chant – roulant ensemble sur la même pente...

Au fil de l'Amour continuel ; des vies qui se succèdent – dans les interstices du temps...

A remuer encore de vieilles fables pour réunir les parts les plus humbles et les plus sauvages...

Toutes les intériorités ; comme des tentatives...

Le cœur suppliant ; et les mains tremblantes...

L'âme offerte au versant du monde bleui par nos gestes – notre impatience...

 

 

Ici – dans le basculement...

La prière paisible – (presque) routinière...

A l'arrière de la charrette – traînée par les voyageurs...

A la pointe de la terre délaissée...

Au milieu des grands arbres ; brinquebalé...

Au fin fond du noir ; Dieu – en tête à tête – les yeux dans les yeux...

 

*

 

Le cœur révélé par le jeu...

Le commencement – sans pourquoi – du monde...

Bien plus qu'une hypothèse...

La transformation progressive (et radicale) de l'âme – à travers tous les déguisements de la chair...

Sur la scène – la foulée hésitante ; et le reste se pavanant...

Si près de ce ciel qui nous ressemble ; et, à certains égards, si loin de celui que nous méconnaissons (que nous nous obstinons à méconnaître)...

 

 

A mesure que l'on s'enfonce – tout ressurgit...

Comme des vagues très anciennes ; et de la boue charriée ; mille choses enfouies qui jaillissent – se répandent – nous envahissent...

Et dans le regard – cette attente bousculée – ces os enchevêtrés – la fatigue du monde – et cet (incurable) accablement des cœurs découragés face à la chair pourrissante qui s'entasse...

Le jour et la terre – au fond des âmes – mal mélangés...

Et dans les tréfonds de ce sillon, peu à peu, transformé en abîme – l'irruption soudaine de la lumière – comme au premier jour – cette clarté que nos jeux – que nos ruses – que nos aventures – avaient (insidieusement) recouverte...

 

 

Mieux que dire ; jeter sous les yeux...

L'intimité qui s'offre – sans ostentation...

Intense – au-delà (bien au-delà) du savoir accumulé (absolument inutile en la matière)...

La traversée ; et le rire face à l'insoutenable ; avec ce poids sur la nuque qui s'estompe – peu à peu...

Toutes voiles dehors ; et de grandes bouffées d'air pur ; la vie qui respire ; la tête et la chair qui se désengorgent...

 

 

Au bord du monde – le front étoilé – luisant sous la lumière...

A grands coups de rein ; le corps en guise de radeau...

Sur ce versant brumeux de la terre...

D'un bout à l'autre du voyage ; de mort en mort – sans (réelle) escale ; la vérité qui, peu à peu, se réalise – devient réelle – palpable ; et que le regard et le geste apprennent, peu à peu, à refléter ; la seule manière d'incarner la justesse...

 

*

 

Sans jamais cesser – la mort...

Le feu – dans l’œil et la chair – qui s'éteint...

Au cœur de la forêt impénétrable...

Près du sommeil agité – et attentif – des bêtes...

Le bleu – sans bouger ; dans cette lumière qui nous réchauffe...

La fin d'un cycle ; et un autre sort déjà ; la suite qui s'invite...

 

 

Le jour limpide ; comme des flaques de lumière sur cette terre triste...

Le miroitement des images et des mots ; des fragments de matière qui dansent...

Toute la lourdeur qui se dissipe...

Le monde amoureusement chahuté ; la tête en bas pour voir tous nos édifices s'effondrer...

Des cris de joie plutôt que l'amertume – plutôt que le désarroi...

Le temps de la dissipation et de l'évanouissement...

Dans un lent retournement de l'abîme ; le commencement d'un autre royaume...

Et ces quelques traits pour dessiner, dans le sable, le prélude – la préface du nouveau temps qui saura (de toute évidence) s'affranchir du sommeil et de l'écume ; de toutes les lois qu'ont instituées les hommes...

 

 

Au cœur de l'enfance des bêtes – joyeuse(s) ; dévêtue(s) du monde et du temps – affranchie(s) du joug des hommes ; sauvages – entre terre et ciel – ricanant face à ceux qui prétendent – face à ceux qui défendent la civilisation ; vouées aux gestes – promptes à la morsure – douées de tendresse pour tous ceux qui appartiennent au cercle de l'inquiétude – peuplant les interstices (désertés) du monde (humain) – toutes griffes dehors ; et l’œil distant – confiantes dans leur communauté – dans leur appartenance au sol et aux courants magiques (et réparateurs) de l'invisible...

 

 

Les yeux fermés ; la saveur à l'intérieur...

Silencieusement ; comme la sève qui monte...

Au pied d'un ciel immense...

Le prolongement (inattendu) de l'ardeur...

Glissant à travers le songe et la nuit – vers des contrées d'affinités ; parmi ceux dont le cœur est suffisamment sensible pour franchir le seuil...

 

*

 

Le cœur qui macère dans le sang des Autres ; encore faiblement palpitant...

Aveuglément vers le ciel – les Autres – la mort...

A la recherche d'un refuge – d'une promesse – d'une consolation...

La chair écorchée par les griffes – la roche – l'avidité des bêtes...

Le temps interminable ; l'errance – le séjour...

A se blottir au fond des grottes – à l'abri du froid et de la pluie...

Autour du feu – ensemble ; si seul(s) – dans cette promiscuité...

Recouverts par l'épaisseur de la forêt ; la terre primaire sans autres fruits que ceux de ses créatures...

 

 

Paré(s) de cendre ; aux poignets – des liens de sable...

Dans la poussière – plongé(s) au cœur de la trame...

Du souffle au silence ; de l'absence à l'éclipse ; sous tous les déguisements possibles...

Sous le règne des disparitions ; l'éphémère qui tremble ; et qui, parfois, se surprend à espérer...

 

 

L'enfance hasardeusement épargnée...

Dans un bruit de guillotine...

Ce monde auquel on soustrait les couleurs et le parfum...

Les hanches larges – élargies par les enfantements successifs...

Et la vieillesse à rebours ; sur le seul chemin...

Comme une île en plein ciel...

Le regard rêveur ; comme perdu dans ses pensées ; et se définissant ainsi (le plus souvent)...

 

 

Des rivages (partiellement) ravagés...

L'affolement des foules qui essaient de se hisser à la hâte vers les hauteurs (géographiques) pour échapper aux dangers...

La débandade – en tous sens ; dans les cris et l'odeur de la mort qui rôde – qui s'approche...

Le séjour – et son stock de chances – déjà (très sérieusement) entamés...

Rien (réellement) pour se tirer d'affaire ; sinon l'espérance – comme une glissade supplémentaire ; une façon (la seule que l'homme ait trouvée) d'ajourner la chute...

 

*

 

L'âme chantée qui s'invente...

Un nouvel espace ; un monde étrange – accolé à celui où nous avons l'air de vivre...

Un jeu (un autre jeu) – peut-être ; où l'on peut se perdre (et inventé, peut-être, pour cela)...

Comme un rêve – mille rêves – à parcourir – à traverser...

Et des paquets d'ombres accrochées à la chair qui se déplace...

Avec son lot de légendes ; et quelques bannières ; le déroulement de l'histoire ; le récit d'un engloutissement ; et mille tentatives d'évasion (toutes avortées – bien sûr)...

Le même convoi – des milliards de têtes – sur des rails – entre rouille et poussière – sous la pluie et le règne du temps qui effacent toutes les traces...

 

 

L'inexplicable – sur la terre – sur la mort – rayonnant...

Au-delà des pensées qui s'essaient à un commentaire – au-delà des mots qui tâtonnent...

Quelques notes ; au rythme de la nuit ; ce qu'elle prête ; et ce que l'espace ordonne ; un chant silencieux...

 

 

Les sanglots lourds – puissants ; comme une remontée des profondeurs ; le jaillissement déchaîné d'une tristesse trop longtemps refoulée...

La nuit entière ; à la manière d'un recouvrement...

Et, peut-être, l'amplification du secret ; et, peut-être, la possibilité d'une découverte...

Des pans de murs renversés – balayés ; les remparts qui se lézardent – qui se brisent sous la force des vagues ; le monde d'avant la parole – d'avant le cri – qui déferle sur les rives...

Le cœur submergé par ce magma d'avant la langue – d'avant la naissance de l'homme...

Une sorte de purification par les eaux providentielles...

Le déblaiement du surplus – des surcharges – des amas d'images et de matière accumulées depuis la séparation de la terre et du ciel – depuis la différenciation de la chair – des cœurs – des visages...

Et sur le parvis – ce rire des hauteurs – retentissant ; une sorte de soulagement – de délivrance (un peu tardive) ; bienvenue – (très) joyeusement accueillie...

 

*

 

Parmi les étoiles – en rêve...

Le chant imperceptible du monde...

Cette douleur des âmes – figée dans la mémoire – assujettie(s) au temps...

Le cœur flottant – léger – à la dérive...

Dans ce labyrinthe d'ombres et de miroirs...

Le jour et la parole – (parfaitement) accolés...

Entre le silence et l'abîme ; au milieu de tous ces riens ; le pas (la chair) qui se soulève...

 

 

Ce lieu sans mur – sans nom...

Le toit invisible ; sous les feuillages...

La chambre du royaume – peut-être...

Dans le silence des rêves éteints...

La voie qui se désagrège – qui s'enracine...

La lumière – entre l'étendue et le chemin...

Des collines et des forêts ; et cette entrée en soi...

Sur cet espace vivant ; le mot et le pas ; la joie venue – le souffle surgissant – qui guident le passage ; sur cette pente propice à l'effacement...

 

 

Agenouillé – offert aux choses de la terre...

Le regard posé sur le vaste monde...

Des coulées de lumière sur les arbres silencieux – impassibles...

Le bleu – au fond des yeux – comme une étincelle de tendresse...

La main câline qui distribue ses caresses...

L'aube – le jour – le crépuscule – au fil des saisons – célébrés par les gestes quotidiens...

La vie comme une danse secrète – indescriptible ; joyeuse – puissante – fragile ; les pas – les bras – la tête – éphémères – tendus – tournée – vers l'éternité ; le signe d'une gratitude – bien davantage qu'une prière...

 

 

Sous les paupières pourpres ; le cercle du monde que le regard, peu à peu, agrandit...

La source de l'oiseau – de la brume – de la lampe...

Les yeux tournés vers le regard ; au-delà de la mort – au-delà des apparences (trop évidentes)...

 

*

 

Le monde – le temps – le silence – invisibles ; hors du cercle du sommeil autant qu'au cœur de la cécité...

Le seul visage – peut-être ; celui qui se tient devant nous – face au miroir...

Sans un mot – sans un regard – l'espace qui se déploie...

Le vide – l'éternité – l'écoute – qui dansent...

La fête qui s'éparpille ; jusque dans les plus lointains recoins de l'âme et de la chair...

 

 

Au-dessus de l'absence ; rien...

Le même vide qu'ici ; qu'ailleurs...

Rien qui ne puisse être dit ; rien qui ne puisse être lu (ni déchiffré)...

Ni signe – ni chemin – ni témoin...

Seul(s) sur cette sente invisible qui s'enfonce dans les profondeurs de l'esprit...

Le vent – le jour ; et la lumière qui nous appelle ; et quelque chose – en nous – qui lui répond ; comme un lointain écho de l'origine...

 

 

Sous le sable entassé – la puanteur du monde...

Et dans la fissure ouverte – le remugle du temps...

L'âme ; et l'ombre ; et l'arbre – accolés...

Et la mort qui plane en dessinant de larges ronds au-dessus des têtes...

Et nos mains – et nos cœurs – qui s'agitent – sans savoir quoi faire...

 

 

La plainte – hors de la bouche ; rampante obscurément...

Comme une lave noire ; une vague qui submerge toutes les solitudes...

Et les yeux – témoins du massacre...

Les voix dolentes – comme des sons qui rayonnent confusément...

Dans l'ombre d'un éblouissement lointain (trop lointain)...

Et la peur regardée en face ; vers le grand large – comme emporté(s)...

 

*

 

La ressemblance invisible de la multitude ; oubliée...

Comme l'origine ; et le voyage...

Le fond des choses ; et le silence qui recouvre les cris...

L'intimité du feu et du souffle – partout – inconsciemment célébrés...

Le labeur de l'être ; le bleu qui sourit...

Une manière de se reconnaître...

 

 

Le temps de la respiration ; après tant de sauts sur les pierres...

Un répit dans la course ; ce qui s'arrête...

L'interstice du voyage – comme une fenêtre – une perspective – une réoxygénation...

Voyageur encore – qu'importe le chemin – qu'importe la destination – qu'importe la fatigue et l'égarement ; comment pourrions-nous ne pas continuer...

 

 

Le vent – l'espace – le silence ; ce qui nous rapproche à mesure que s'éloigne le monde...

 

 

L'âme douée de solitude...

Le cœur placide – pacifique...

Tous les faix déposés...

A genoux (pour d'autres raisons)...

L'invisible incarné (autant que possible)...

Dans cet écart avec l'ineffable ; le corps ensemencé que l'on dénude jusqu'au dernier désir – jusqu'au dernier souvenir...

Dans la plus pure tradition du premier homme...

 

 

La voix sommée de se hisser au-dessus du discours – entre le ciel et le geste naturel...

Et nous – avançant – ainsi – à tâtons – sans rien savoir ni de l'espace – ni du secret – ni de la parole...

Jamais oublieux – pourtant – du silence qui guide nos hésitations ; un pas (infime) vers le sacré – vers la beauté – peut-être...

 

*

 

Le ciel – la lune ; le temps qui sourit...

Sans image – le monde ; le sentir vivant...

Quelque chose comme un poème ; une langue nouvelle pour tenter de dire l'indicible...

La parole dans le silence ; comme une flamme dans un feu – une flamme infime dans un feu immense...

L'Amour qui envoûte le regard – et le cœur – pour embellir la laideur – pour donner un peu de saveur à ce qui en semble dépourvu...

Le lieu dans tous les lieux ; n'importe où – comme si cela suffisait pour vivre et trouver la joie...

 

 

La fatigue enroulée autour de l'âme ; comme la seule sentence terrestre possible...

Cette lassitude face au monde – face aux Autres...

L'impossibilité (irrévocable) d'un autrement...

Ce qui, peu à peu, nous éreinte ; ce qui, peu à peu, nous efface ; comme une mort à petit feu ; une (très) lente – et (très) progressive – exténuation ; de manière certaine vers l'anéantissement...

 

 

Sans discourir – la voix simple...

La tendresse à dessein...

Le recours au geste...

Le signe d'un siège partagé...

Au milieu d'émules dominés par le silence...

Le retour – poing derrière le dos...

L'âme qui se réorganise ; dans le redéploiement de la dilection – sans rien demander – sans même la grâce d'une prière...

 

 

La sagesse revivifiée par l'absence de parole...

Sans conseil ; à travers le cours probant des choses...

D'une secousse à l'autre – par la route privée de louanges et de commentaires...

Au bord du cœur ; le message qui se mêle à la poussière du monde – emporté par la danse – loin du manège des Autres...

La sagesse ricochant sur la chair trop peu sensible – sur l'esprit trop confus...

En l'honneur de l'homme ; de ce qui est vivant en l'homme ; de ce qui le porte au plus haut ; le chemin de biais ; plus matois que ceux qui se pensent rusés ; plus malin que ceux qui penchent vers la sournoiserie...

 

*

 

Plus sombre encore qu'autrefois...

La neige noire – le cœur sale – l'âme écœurée...

La parole descendante ; comme un cri arrivé à terme ; plantée dans le sol...

Enracinée à l'endroit où les vents l'ont posée – en quelque sorte...

Entre l'espoir et la nuit – enfermé...

D'un geste furtif – le ciel allumé...

Sur la pierre où se dessine – où s'édifie – l'invisible architecture...

 

 

La substance des fleurs ; et le mystère des origines...

Vers le centre, n'est-ce pas ? Sans erreur – sans dissipation – possibles...

La main maline – machinale – qui cherche son ombre – son mouvement – ce qui l'anime...

Le monde – la faim – les saisons – entrecoupés de (mauvais) sommeil...

Quelque chose comme une vie – en somme ; quelque chose de simple qui s'ignore ; guidé par ce qui ne se voit pas ; une forme de ciel ; des pas – une danse – des paroles – dans le ciel hésitant ; et qui, parfois, se laisse approcher...

 

 

Habillé de cette rencontre...

Drapé de cette nudité que l'on ne peut saisir – que l'on ne peut comprendre – que l'on ne peut corrompre – que nul ne peut s'approprier...

Sans commentaire – sans conclusion...

La source qui (à son insu) enseigne...

 

 

Simultanément ; le discernement et l'indistinction...

Sans même le recours à la prière – au poème...

Dieu dans nos pas – dans notre âme – autant que sur les chemins – autant qu'au fond des rivières ; dans l'arbre et la hâte – dans la fleur – la folie et le recueillement – dans le négoce et la guerre...

La mort aussi belle que la sagesse ; et les assassins...

La bêtise et la lumière – sans message (véritable)...

En l'honneur de ce qui arrive – de ce qui a lieu – de ce qui est vivant ; les visages – les choses – les circonstances ; ce qui passe le seuil du cercle ; tout ce qui existe (bien sûr) ; les dix-mille mondes aux formes provisoires...

 

*

 

Des murs de mots – trop souvent ; infranchissables – insurmontables...

Des amas d'ombres ; comme des remparts pour le cœur...

Du sable – des éboulis ; le prolongement de la catastrophe...

Des cartes pour le rêve ; pour déchiffrer le territoire du rêve...

Rien que des questions ; et des réponses ; pas grand-chose ; rien qui ne puisse permettre d'appréhender le réel ; d'offrir à l'esprit la clarté ; et au geste la justesse...

 

 

Du dessous du mélange ; là où le socle est lisse – homogène ; comme une seule pâte déformée à la surface ; le dedans de la trame – en quelque sorte ; là où la fatigue – la tristesse – la défiance – sont remplacées par l'Amour – l'enfance – le silence ; le cœur du monde au fond du cœur de chacun ; comme une évidence...

 

 

Au creux de la nuit – le corps ensommeillé...

Parmi les bêtes ; et la fraîcheur...

Le long des pistes fréquentées...

Un hochement de tête – le front hautement perché...

A la cime de la lumière ; ce qui se révèle ; l'Amour et le secret ; l'âme affranchie du hasard...

Le cœur libre qui prend la couleur de ce qui s'impose ; et la chair obéissante ; indistinct(s) dans la diversité des paysages ; et l'esprit au-dessus de l'ambition (et de l'inquiétude) des hommes...

Tout qui s'ouvre ; tout qui vibre ; et la route – plus vaste – qui surgit...

Le silence plutôt que la civilisation...

La solitude plutôt que la communauté...

Membre – à part entière – du reste ; sans orgueil – sans revendication...

 

*

 

Le bleu déplacé...

Comme ce qui commence ; du sol à la lumière...

Sans jamais s'épuiser ; comme le sable qui s'écoule ; à l'envers...

Sans rien compter ; des pas seulement...

Des lignes et des strates ; par tous les chemins possibles...

Ainsi se succède-t-on (sans jamais se prolonger)...

Sans rien perdre – sans rien briser – sans rien acquérir ; toute traversée...

 

 

Dans la gorge ; tendu(e) – le cri...

Une sorte d'écart avec la paix ; et le silence...

Cette manière douloureuse – angoissée – d'être au monde...

Le chemin ; les épreuves à braver ; et cette sente à inventer – au-delà du vertige ; la lente métamorphose du regard – à travers les circonstances...

 

 

Le sang versé...

La peur au fond des cages...

Paisiblement – au pays des prophètes...

Sur la plaine – ornée de feux et de palissades...

Parmi ceux-là ; dans le triangle où s'entassent les morts...

L'ardeur quasi fraternelle ; sans que jamais ne cessent les massacres – les tueries...

 

 

Ainsi le seuil franchi...

La terre nourrie par tous les rêves du monde...

De la fumée ; comme des remparts...

La vue plus opaque encore (plus opaque que jamais)...

Bien des songes (trop de songes) dans la tête des vivants ; les mains gantées ; le cœur chaviré ; et le reste dans son déguisement...

Et que restera-t-il une fois l'espoir épuisé ; combien s'imaginent (à tort) que nous plongerons tous dans la tristesse et le néant...

 

*

 

Gravé dans le vent – comme (à peu près) toute chose...

Volatil(s) – éphémère(s) ; sauf le secret – le silence ; ce qui se cache derrière l'apparence du monde...

L'enchantement sous la tristesse...

L'Amour au fond de soi...

Ce que le cœur interroge parfois (trop rarement – il est vrai) ; en proie à toutes sortes d'hallucinations...

Comme s'il nous manquait quelque chose...

 

 

L'élan derrière le geste ; le sourire derrière la figure triste...

Ce qui ressemble à une étreinte ; une passion tendre et joyeusement dépossédante...

Un rassemblement passager ; puis un pas vers la lumière pointée par la parole sage – entrecoupée de silence ; qu'importe l'âge et la prédisposition...

Ainsi se poursuit le voyage ; ainsi laisse-t-on (parfois) quelques traces ; d'infimes signes au détour d'une ligne – d'un sentier – d'un passage...

 

 

Au cœur de l'arc ; la guerre déjà – comme incrustée dans le bois dévolu au combat ; et le courage ; et l'orgueil – et le chagrin – du monde – aussi...

Les larmes des Dieux autant que la prière des femmes...

Les corps en rang ; la chair sacrifiée ; en ordre de marche...

Le cœur dévasté ; les cierges et les sébiles renversés...

L'esprit engagé qui fait bloc...

A coups d'instincts – à coups de traditions et d'instincts ; ainsi (sans doute) se perpétue l'infâme barbarie...

 

 

Assis face au soleil – (passablement) désespéré...

Sans rien voir de l'or qui coule sur la pierre noire...

L'ennui des hommes ; leur angoisse – leur impuissance – leur cécité...

Rien qui ne vaille (vraiment) la peine (selon eux)...

Le front ombragé ; la tête entre les mains...

A se questionner sans fin sur le mystère ; à pleurer sans fin sur son impossible résolution ; au lieu d'habiter (plus simplement – plus amplement) l'esprit – l'espace...

 

*

 

Ici – perdu(s) dans l'immensité...

Abandonné(s) à l'enfance...

Sans préparation (bien sûr) face à l'imprévisibilité du monde ; face à l'incertitude (apparente) de Dieu...

Des chemins vers la mort (assurément)...

Des heurts et des flammes ; et ses cargaisons de chair...

Des jeux tissés à même la trame...

Dans la magie vivante ; et le temps furtif...

Indéfiniment...

 

 

A la source – l'œil passager...

Autour du miroir – percé de sommeil...

Le silence...

Sans vestige ; avec son lot d'images ; traîné(s) dans la poussière...

Le souffle exhumé des profondeurs lointaines...

Écroulées – les terres anciennes...

Pas à pas ; au cœur de l'ivresse sans écho – jusqu'au vertige – jusqu'à l'ultime résonance – jusqu'à la disparition...

 

15 avril 2023

Carnet n°286 Au jour le jour

Septembre 2022

Debout – chantant...

Loin des yeux gris qui cherchent ; et des mains qui fouillent le sable sombre...

Sur la roche – contemplant...

Coupant net le fil des souvenirs – le fil des générations – les longues lignées ininterrompues...

Éclairé par le soleil – la lumière – sur les tombes...

Le cœur gonflé de joie et de beauté (contrairement à autrefois)...

Désengorgé ; le secret (en partie) désenfoui...

 

 

Au-delà des voyages et des légendes...

Sans nostalgie – malgré la brume et la peur qui, parfois, sévissent encore...

Les honorant – cherchant à les connaître ; et à les aimer – davantage ; aussi précieuses que le monde – l'inquiétude – la bêtise – l'ignorance et l'indécision...

(Passablement) déterminé (aujourd'hui) à célébrer ce que l'on a toujours trouvé honteux – haïssable – répugnant...

 

 

Le temps effondré ; comme oublié...

Vivre à l'écart – au loin ; marcher – en silence – à pas feutrés...

Parmi les feuilles et le bois vert...

En compagnie du monde accroupi...

Le feu brûlant – en soi – avec force et insistance...

Une solitude – au milieu des autres ; solidaires...

Peu d'images – peu d'étoiles...

Le soleil à l'intérieur...

 

 

A voix basse ; la tâche impossible...

La plus haute besogne – parallèle à la course des astres...

Le cœur guéri par l'amplitude du regard...

L'âme et la terre – intactes...

Loin des occupations des hommes ; sans autre activité que celle d'être – de chanter le monde – de vivre, à travers nos gestes et notre présence, l'expérience quotidienne – le sacre du plus familier...

 

*

 

Des nœuds, parfois, aussi gros – aussi larges – aussi bouffis – que le monde ; et des yeux affairés ; et l'esprit qui cherche à les défaire – au lieu de demeurer attentif – sans tentative – dans l'inconfort et l'ignorance – dans la tristesse et l'impuissance...

Rien que le temps qui passe ; et, parfois, la possibilité du désastre...

Et l'accueil encore timide ; et l'âme bouleversée par cette étrange perspective qui la contraint à percevoir le refus – les limites et les limitations – le manque et l'infirmité à vivre...

Sans rien – sans compagnie – sans compagnon...

Seul ; au fond de la misère...

Devant ces nœuds énormes – épais – inaltérables – qui forment des murs ; notre vie...

Toute la gloire du monde – et l'étrangeté des choses – devant nos yeux démunis...

 

 

Des bouchées de monde – grasses et dégoulinantes...

Et nos vies – pourtant – dessinées à la craie ; un peu de relief sur la roche...

La gorge – comme tous les passages – obstruée par l'excès de terre...

Et des vagues qui nous dorlotent ; et des vagues qui nous fracassent...

Proche (sans doute) de la langue mystérieuse des arbres...

Des gestes et des lignes pour rien ; pour la joie ; et le monde qui se chagrine...

 

 

Léger – léger ; comme le vent...

Sens dessus dessous...

Le monde et le temps qui abdiquent...

Le vide derrière la folie des visages et des horloges...

Penché sur nous ; ce géant aux mains couleur de ciel...

L’œil attentif ; et le geste juste...

A petites foulées ; à travers nous qui passons...

 

*

 

S'effacer encore – s'effacer toujours...

Face au monde engendré – face au monde inventé (peut-être)...

L'oubli et la monstruosité...

Ne sachant pas ; ne sachant rien...

Au même endroit ; l'éternelle traversée...

Sans rien comprendre ; sans rien apprendre...

Irrémédiablement emporté(s) par le cours des choses...

 

 

Ici – sans préférence...

Sur la rive des naissances et des morts...

Dans un recoin du dehors...

Sans frère ; sans parole à entendre...

La bouche muette ; comme quelque chose, en soi, d'enfermé...

Et l'impossibilité de vivre seul – de vivre ensemble...

 

 

Rien – le cercle seulement...

Un pas au-dedans ; un pas au-dehors...

Comment savoir ; qui pourrait deviner – la direction...

Parfaitement immobile (sans doute) – malgré la fébrilité et l'agitation...

 

 

Des âmes rompues...

Les bruits du monde – patiemment – insidieusement – qui nous assaillent...

Les secrets du jour – éparpillés...

Aveuglément – dans les profondeurs...

Et ce qui remonte avec les larmes...

L'amplitude et la paix – interrompues ; si sauvagement réprimées...

La souffrance à la source – en prise directe...

Qu'importe le sourire qui borde les lèvres...

 

 

En plein vent – la force (inébranlable) du murmure...

Le front orgueilleux écrasé contre la roche...

Le soleil et la terre – dans leur mouvement...

L'âme défaite par le mépris et la désinvolture...

Comme condamné(s) à la joie – malgré les courants sombres et souterrains – malgré l'emprise terrible des mondes...

 

*

 

Recentré – vers le point – l'infini – l'effacement...

La matière creusée jusqu'à la moelle...

Qui sait (qui peut savoir?) l'ordre passé – l'ordre à venir ; ce qui fait autorité aujourd'hui ; et de toute éternité...

La sphère entière – d'un bout à l'autre des rêves ; du premier au dernier de cette longue série...

Notre douleur ; et notre sommeil (à tous) ; et la possibilité de la transformation...

D'un changement à l'autre jusqu'au regard...

 

 

Le voyage – sans repère – sans exemple – sans imitation...

A faire corps (contraint de faire corps) avec le monde – avec le vent – avec le vide ; d'éprouver l'indissociabilité de l'invisible et de la matière – à travers la multitude des formes et des courants...

Vers la nudité – à pas lents (à pas très lents)...

Et la joie sans pareille – peu à peu...

Vers le plus simple ; et la diminution (inéluctable) des forces et de la volonté – jusqu'à l'abîme – jusqu'au sommet – jusqu'à la chute et l'envol ; jusqu'à l'abolition – comme une lente (et tendre) abrogation ; le plus amoureux des élans – sans doute...

 

 

Cisaillé par le monde...

La face décrépie...

Comme inversé – l'ordre des choses...

Pas une excuse ; pas même un alibi...

Le monstre à l'intérieur (déjà) ; nous envahissant...

 

 

L'arbre épris de nos longues ailes ; et de notre envol...

Curieux de ces battements sourds dans la chair ; et de ce goutte à goutte du sang sur le sol...

Le jour éclatant ; et la brume qui s'estompe – peu à peu...

Le silence et le prolongement ; et la possibilité [infiniment renouvelable – (fort) heureusement] du recommencement...

Un certain art de vivre – à mi-hauteur ; entre le monde et l'abîme – entre le monde et les cimes...

 

 

L'âme – la vie – les mains – débarrassées de ce qu'on leur impose...

L'esprit capable de boire l'aurore à grands traits ; l'illusion du monde – le vide vacant...

A peine vivant ; et déjà mort – ailleurs (plus sûrement)...

La chute – le départ et la disparition – que chacun pressent ; le cœur battant...

 

*

 

Dans l'ombre des choses...

La chambre close – (très) partiellement éclairée...

Ce que l'on voit avancer ; le plus humble et le plus sauvage...

A foulée lente – le corps affûté...

L'esprit des paysages ; grandiose et méfiant ; parfois le sourire aux lèvres – parfois ricanant...

Sur nos gardes ; le cœur légèrement tremblant...

A égales distances entre le ciel et le sol...

Animé(s) par ces forces (incroyables) que les hommes ont oubliées (depuis très longtemps)...

Dans l'herbe et la terre – jusqu'à l'ultime pointe du jour...

 

 

Au pied de l'arbre – de la feuille ; cette blancheur délicate – inexplicable...

Le souffle tendre...

Et l'horizon – comme absent...

De la neige dans la nuit ; toutes les faiblesses et toutes les possibilités – devant nos yeux – exposées ; à la merci de ce qui passe...

Et ce que la terre soulève ; et ce que nos mains saisissent ; tantôt offrande – tantôt effroi ; au gré des courants invisibles et des circonstances – au gré des exigences des âmes et du monde...

 

 

Sentinelle d'étoiles (trop) lointaines...

A bras le corps ; cette veille solitaire sur le monde endormi – l'aube et le crépuscule – le défilé des heures...

Le jour au coin du cœur...

Des symboles plein la terre – au lieu des faits – au lieu des gestes – au lieu de la lumière ;

Les hommes comptant les pierres...

Comme des îles – au milieu des Autres – au milieu du désert...

La célébration des liens sans attache ; à la manière d'une fête – d'une dérive – d'une errance...

Quelque chose du déséquilibre et du désordre ; parfaitement libre et organisé...

 

 

Ce qui harcèle notre faim ; la soif...

A voix basse ; les paroles sages de l'hiver...

Le ciel (très largement) apostrophé alors que les hommes (en général) l'ignorent...

Et nos jambes nues dans l'herbe haute...

Et cette course folle vers soi ; comme un pas vers le monde – la réconciliation ; comme un baiser rieur sur la peau (sensible) des étoiles...

 

*

 

La froideur invisible – concentrée – autour de la matière épaisse – éparse...

Dans le registre de la résistance...

Parmi le peuple des petites lueurs ; ni (très) profond – ni (très) efficient ; seulement plus rusé que les autres ; la cognition au service des instincts ancestraux – inchangés...

Contraint(s), comme toutes les créatures, à la traversée douloureuse du monde ; des pas au cœur d'un (immense) champ de mines...

Et les membres entravés ; et les âmes – et les ailes – repliées...

A se risquer, parfois, hors des rives fréquentées...

De la poudre blanche au fond des yeux...

De terre en terre ; de piège en piège ; et autant d'épreuves – et autant d'issues ; à travers le long mûrissement de l'âme qui goûte – qui découvre – qui expérimente...

La matière éprouvante ; et éprouvée...

Du sous-sol aux crêtes – par le même chemin – sinueux et intermittent...

 

 

A petits pas timides – à travers la nuit – jusqu'à l'aube naissante...

Vers ce bleu sans mémoire ; le temps inconnu...

Et l'émerveillement progressif – au cours de la marche...

La bouche muette sur fond de silence...

La lumière ; et (presque) tous les voiles à déchirer...

 

 

Des tourments étrangers au monde...

Des cœurs passables – (presque) médiocres ; et des cœurs passants...

Face aux grilles ; face au sommeil...

L'infini et la mort – sans nostalgie...

Sur le roc ; pour quelques instants (seulement)...

 

 

La solitude vissée au corps...

Et le verbe dans la gorge joyeuse...

Et l'intention de la semence – du renouvellement – partout – qui résiste...

Et certains – porteurs d'autres graines – d'autres fruits ; propices à une descendance moins criarde – moins visible – moins belliqueuse ; presque rien ; un peu plus de place, sans doute, pour l'Amour et le silence...

 

*

 

Nu – le fond de l'âme...

L'humeur (assez) égale face au mystère – face à l'inertie des pierres...

Ce qui affleure ; cet autre inconnu...

Et les routes des hommes ignorées ; autant que leurs gestes – autant que leur triomphe et leur maladresse...

Avant même que ne disparaisse l'épaisseur ; la lumière atteinte...

 

 

L'ombre sur le sol...

Le regard rompu – les traits écarlates...

L'âme et la nuit – balbutiantes...

Nos préoccupations ; et ce qu'elles cachent ; la chose que nous connaissons le moins au monde (bien sûr)...

Des vagues submergeantes ; et des tas de pierres ; ce que l'on édifie ; ce qui s'effondre – ce qui s'efface ; ce qui nous emporte...

Et notre cécité – et notre douleur – et notre acharnement – parfaitement incurables...

 

 

La vie qui se ravitaille – la vie qui se sustente ; à travers nos mains – nos bras – nos bouches – nos ventres...

L'esprit – le corps – le cœur – criblés de trous ; des anfractuosités naturelles pour laisser passer le vide – un peu d'air et de lumière...

Et les lèvres plaintives – geignardes – menaçantes – qui réclament leur dû...

 

 

L'espace imbibé d'enfance et de lumière...

La réponse à tous les « comment » – à tous les « pourquoi »...

Et l'Amour qui s'offre comme la seule vérité vivante – éprouvable – éprouvée...

Comme un fil sur lequel se tenir...

Entre les Autres et la nuit ; notre reconnaissance...

Sous le vent ; toutes ces paroles inutiles ; et tous ces gestes nécessaires...

L'harmonie du ciel et du sang (parfaitement complémentaires) ; jusque dans nos larmes ; et la présence (invisible) de la joie malgré le long défilé des douleurs expérimentées par les créatures terrestres...

Quelque chose – partout – de l'infini et du recommencement...

 

 

Le cœur chaviré – le jour déterré – par tant de solitude...

Au-delà de cette humanité haletante...

Au-delà du manque détourné et de la corruption des sentiments...

Au-delà des corps et des rêves éventrés...

A travers la peau ; le ciel – le sacre – la respiration ; toutes les possibilités du monde...

 

*

 

La tête et le souffle – enfumés...

L'imaginaire bridé par les murs et les lois...

De petites pierres – seulement – assemblées en tas minuscules...

Et après quelques jours d'édification – d'usage (et de triomphe) ; l'inévitable retour à la terre...

Et le ciel absent – sans pitié pour les âmes faméliques ; une idée – seulement – quelque part – au-dessus du sol...

La tombe ; et la lumière rognée par les yeux scellés...

La nuit – partout – à toute heure – en toute saison – recouverte par un voile épais et noir...

Le destin des morts et des vivants – ici-bas et (sans doute) partout ailleurs...

 

 

Ici – de manière certaine – avant que l'on ne s'égare ; plus loin – plus bas – ailleurs – peut-être plus haut – potentiellement...

Comme infime élément de l'espace qui plane au-dessus des têtes – au-dessus du monde et du sommeil...

Au-delà du désir ; au-delà de l'horizon...

La main ouverte ; et l'âme qui tournoie (involontairement) dans le vent...

Comme une girouette – un épouvantail ; agité(e) par ce qui passe – abandonné(e) par ce qui s'éloigne et disparaît...

Et en soi – et en deçà ; cette présence – ce génie des lieux ; et ce goût (intarissable) pour la transformation...

 

 

Le silence impartagé...

Dans l'écoute qui tourbillonne...

Au cœur des vents grossissants – encourageant quelques aventures supplémentaires à s'abattre sur nous ; porteurs d'étranges destins...

La terre – dans ses outrances – dans ses excès...

Les mains ficelées ; attachées au ciel...

Telles des marionnettes – les hommes...

Des instincts – des alliances – des articulations...

Et l'esprit ravivé, de temps à autre, par quelques tentatives ; de brefs interstices...

 

 

Quelque chose libre des lois et de la honte – affranchi des Autres – des discours – du triomphe et de l'insignifiance (supposés) – libéré des images et des exigences de l'homme...

Indéfini – immuable – changeant – sans borne...

Comme étranger à ce monde...

Une forme d'oubli ; le regard neutre – impavide – oublieux du reste autant que de lui-même...

Et ce qui vient – comme une bombe ; à la fois fenêtre et émerveillement...

Comme réémergeante – la nudité des choses – des mouvements – de l'espace...

La souveraineté du vide – en somme – qui se rappelle à nous...

 

*

 

L'âme ébranlée tantôt par la peur – tantôt par la beauté...

La tristesse accrochée au monde – veillant sur les esprits captifs...

Le cœur turbulent jouant avec celui des Autres...

Ainsi posés – le mirage – le tragique et la magie...

De la terre en dessous ; et de la terre par-dessus...

Et le souffle qui donne le rythme et la direction...

Un peu de ciel dans le pas – sur la page...

Face à notre inguérissable déchirure...

 

 

Rien qu'un lieu ; un minuscule carré de terre...

Le fond de l'âme ; notre respiration...

Face à la sauvagerie des corps vivants...

Le déguisement des hommes qui glisse à nos pieds...

La peau nue et tremblante – peu habituée à la lumière et aux vibrations du monde...

Déjà amputé du superflu – de l'idée – de l'accomplissement...

Et le bleu sous-jacent qui émerge – peu à peu ; heureux de retrouver cette parcelle du territoire que nous nous étions (involontairement) attribuée...

 

 

Ce qui s'insinue – et se réalise – en silence...

Ce qui atteint les tréfonds – sans rien changer aux terreurs – aux angoisses ; et qui les exacerbe plutôt...

La grande solitude ; ces étranges prémices du face à face avec Dieu...

Stoïque – sans supplication ; confiant dans le vent qui saura nous maintenir vertical ; dans notre assise naturelle...

 

 

Derrière le masque ; des lèvres – des baisers ; le visage (incroyablement expressif) de la tendresse...

La singularité des traits franchie comme une frontière ; une fenêtre à travers laquelle on aperçoit (parfois) le ciel – le vide – quelques étoiles ; et des éclats de chair éparpillés – le monde peut-être...

Et l'esprit – et les mains – impuissants à saisir ; sans consistance – sans mémoire ; seul(s) sous le rayonnement silencieux de la lumière...

 

*

 

Imbriqués – comme la route et le devenir ; les éléments épars du monde...

Avec (chez quelques-uns) cette pointe blanche au fond des yeux...

Et pour tous ; l'intermittence du vide ; l'existence en pointillé...

Dos au mur – parfois – la face contre la pierre...

Et le feu qui brûle – à l'intérieur ; comme une dévoration...

Et la séparation (le sentiment de séparation) qui gagne du terrain ; et d'autres fois – l'indissociabilité (le sentiment d'indissociabilité) ; comme si étaient présents – en nous – les deux versants de l'absence...

Le cœur-environnement ; et sa réserve (intarissable) d'ardeur et d'adoration malgré l'âpreté des choses – la rudesse du monde – la brutalité des circonstances...

 

 

L'ombre des Autres sur les épaules ; une sorte de poids – d'exigence ; ceux de la terre – ceux du passé (que chacun porte malgré lui)...

La rudesse (tranchante) de la pierre sur laquelle se posent nos pas – et nos vies – fragiles (si fragiles)...

Et la lumière – en soi – cachée depuis la naissance du monde – depuis la création de la roche – depuis la première créature vivante...

 

 

La vie – le corps – dansant...

Sans un mot ; l'existence caressante...

Des milliers de naissances – de morts – de bulles qui éclatent...

La matière changeante – sans cesse métamorphosée...

Et le regard émergeant – désagglutiné – qui contemple – (à la fois) indifférent et émerveillé – la ronde sans fin des spectacles...

 

 

Des grilles – par endroits...

Comme une ligne blanche interrompue...

Le temps qui cède au cœur de la nudité...

L'abondance lointaine ; et recluse...

L'âme soulevée par de très anciens restes de beauté...

Et autour ; rien que du sommeil – une forme (tragique) d'engourdissement ; les paupières ouvertes pourtant ; les yeux vides où se reflète la multitude ; tous les visages et toutes les choses du monde...

 

*

 

Le prolongement de l'Autre – de l'origine – de la violence – de la verticalité – du silence – de la prolifération...

La vie – le vide – la mort – dans notre âme ouverte ; cet espace...

Des vents en rafales – cette réalité ; des courants invisibles ; ce qui porte et emporte...

Et dans un coin – s'imaginant séparés du reste ; ce que pensent les hommes (si souvent) – sans parvenir (encore) à sentir la parfaite inséparabilité des choses...

 

 

Le cœur en feu – épuisé – qui embrase le monde...

Ce qui circule – entre les pierres et les herbes hautes...

L'invisible qui fait tressaillir les arbres ; et quelques âmes (de temps à autre)...

L'ardeur désordonnée...

De la consumation et de la cendre en guise d'offrandes ; et le silence que l'on réclame – un peu partout...

 

 

Une terre de lutte et de prolifération...

Des bruits rouges qui éclatent...

Des plaies, peu à peu, investies par la lumière ; et le rôle (infiniment secourable – parfaitement inévitable) de la tendresse...

Et des voiles noirs derrière lesquels on trouve (parfois) refuge – un semblant de repos...

 

 

Du sort des choses ; des amas – sans mémoire...

L'intime redécouvert – comme un prolongement de soi – peut-être...

Les yeux fermés ; sensible – comme la peau caressée par le vent ; comme la vie happée par la mort ; main et bouche ouvertes...

A revenir – dans cette (profonde) solitude – cette faille – ce (très) lent dépérissement...

 

 

Du désordre ; sans espoir d'harmonie (apparente)...

Selon des lois établies en d'autres lieux ; des principes premiers – universels – irrécusables...

Une terre étrange ; un ciel étrange ; quelque chose pour personne...

Une expérience sans témoin – sans commentaire ; des circonstances qui se déroulent (qui semblent se dérouler) ; ce qui a lieu – instant après instant...

Notre vie – notre essence (peut-être) – dévouée à l'invisible...

 

*

 

La fatigue déchue ; le front reconnaissant...

Membre du reste – à parts égales avec tous les Autres...

Sable et route ; vers ce qui nous manque (vers ce dont nous croyons manquer)...

Le pays du jour ; le visage de l'impossible (d'une certaine manière)...

Et l'évidence (progressive) d'une identité – d'une appartenance...

Le grand corps ; la seule (véritable) famille...

Et la solitude de ce qui voit...

 

 

Le pas qui roule sur la pierre...

Sans autre ressort que notre perte...

Au centre de la chambre – du cercle – qui, peu à peu, se dérobent...

L'espace comme agrandi ; sans frontière apparente – sans frontière souterraine – sans frontière décelable...

Le visage négligemment creusé par le vide...

La lumière (en partie) revenue...

 

 

La force (parfois) manquante...

Le temps des âmes recluses...

Encerclé(s) par le vide – les jeux – le monde ; des manières d'un autre âge (celui des temps anciens)...

Témoin(s) de cette nuit sans pareille...

A guetter la fin du sommeil...

Avec, au-dedans, le soleil infiniment présent...

 

 

La main sur l'écorce...

L'arbre et l'âme – réunis...

Et l'invisible qui s'insinue ; qui caresse nos fissures – notre (douloureuse) finitude...

Des doigts jusqu'aux racines ; la terre tremblante...

Et le ciel – sans équivoque – sans abstraction – qui fait le lien avec le reste – le temps aboli – la matière enchevêtrée – rendant, soudain, franchissable ce qui sépare de l'origine...

 

*

 

Le silence noir – parfois – comme contrepoids à l'agitation colorée ; une sorte d'antagonisme réactif ; le contraire de l'exactitude...

Une réponse instinctive – sans justesse – chargée des gravats du monde ; la sanie de l'âme – en quelque sorte...

Le lieu du sommeil et de la guerre...

Sans répit – face à la douleur...

 

 

Le cœur battant...

Le chemin devant soi – à reculons...

Vers l'immobilité intérieure – et (sans doute) davantage...

Juste au-dessus de la symphonie organique...

Les murs et l'épaisseur – abattus...

Du côté du regard et de l'effacement ; de plus en plus...

Sous les baisers du vent – amoureux...

Le lent écoulement naturel vers ce que les hommes désignent (habituellement) par le silence et la lumière ; l'espace originel (dont la matière – l'âme et le chant – sont les expressions)...

 

 

La musique du monde – envoûtante – ensorcelant la traversée – toutes les traversées...

La mémoire si proche des choses et des étoiles ; de l'abîme suspendu...

Les rêves déjà mille fois entendus ; déjà mille fois parcourus...

Et, partout, la nuit présentée comme la seule issue...

Une île sans espoir d'échappée...

Les horizons comme des murs qui encerclent l'espace – qui réduisent les possibilités – qui pointent vers ce saut – en soi – inévitable...

Avec (bien sûr) le temps à abolir ; et toute une envergure à réinventer...

 

 

A moitié vivant ; comme ces fantômes voilés de blanc qui se reproduisent dans les reflets des miroirs...

Affecté (de plus en plus) par cette humanité puérile – stérile – inattentive – irrespectueuse – décadente...

Indifférent à l'ordinaire le plus lointain – à l'exotisme d'un Dieu absent...

Bien décidé à nous éloigner (plus encore) de ce monde sans grâce ; à refuser les privilèges que s’octroie l'espèce...

 

*

 

Ici – sous ce ciel découvert – sautillant sur les pierres...

Comme arraché à l'air...

Le devenir ; de plus en plus obscurément...

Le visage dans l'ombre...

L'âme en retrait – décalée ; aspirée déjà par l'ouverture – l'espace – la nouveauté ; le renouvellement perpétuel des possibles...

Loin de l'inertie – des sillons terrestres (tous – plus ou moins parallèles)...

Comme hissé au-dessus du front – des murs – de toutes les restrictions humaines...

Dieu – le feu – dans le cœur – le pas ; la figure parfaitement empalée dans la matière...

 

 

Là où l'on est ; les genoux fléchis...

Dans l'éclipse (provisoire) du souffle et de la lumière...

L'ardeur interrompue ; le monde désinvesti ; le temps en suspension...

Du côté du tremblement ; de la sensibilité du sol...

Au seuil du ciel ; l'intimité – au cœur des vibrations ; comme si, soudain, nos yeux s'ouvraient ; comme si, soudain, le monde était une image – une simple figurine destinée aux enfants...

Le vide ; et le jeu des choses qui s'animent...

 

 

D'une voix pardonnable – le cri surgi de la nécessité – comme un saut par-dessus la souffrance ; son prolongement (en vérité)...

Trop étroitement lié aux hommes – à leurs fêtes cruelles et barbares – à ces libations de sang – si communes...

Plongé (malgré soi) au cœur de la grande divagation du monde...

Et ce besoin (impérieux) de silence et de solitude ; l'écart – l'exil qu'appelle le cri...

 

 

Dans le secret de rêves (trop) aveuglants...

Scellé dans le mystère et le monde qui nous accable (qui semble nous accabler)...

La trajectoire des hommes...

Tant de possibles ; et si peu de certitudes (aucune – en vérité)...

Sur nos épaules – sous nos pas ; les mains du vent...

Et le ciel balayé d'un seul geste ; et jeté, comme les autres choses, sur des amas (branlants et monstrueux) de bric et de broc – dans des sacs remplis de pelures et d'immondices...

 

 

Le vide qui enfante le jour – le monde – le ciel et les hommes ; l'arbre – les bêtes et le poème...

Le début de chaque histoire ; et tous les déroulements ; et toutes les fins – possibles ; que choisiront les circonstances successives...

 

 

Surgissant entre nos mains ;

L'immensité – trop longtemps – recroquevillée...

Sous le règne expansif (et quasi cumulatif) des soustractions...

Le terreau du déploiement ; et l'envergure infinie que goûtent tous les participants au processus...

 

 

Parcelles prédéfinies du plaisir octroyé ; abandonné aux hommes – à toutes les histoires humaines …

A travers la substance noire qui suinte sur notre manque et notre tiédeur...

De la sueur et des effrois ; et cette perte de goût pour toute aventure...

Le quotidien sans personne – sans trop savoir pourquoi – sans trop savoir où cela pourrait (nous) mener...

 

*

 

Le seuil élargi de la perte...

Rien qui ne dure ; rien qui ne reste...

L'air du jour ; à peine – quelques instants...

Et le labeur incessant du vent sur l'âme – la chair – la peau...

Et la clarté tourbillonnante...

L'art (le grand art) du délaissement ; l’œuvre (le grand œuvre) de l'abandon...

Le vide – posé sur lui-même – tournant sur lui-même – se dressant et s'effondrant sur lui-même – avançant et reculant sur lui-même – amassant et évidant ce qui le compose (très) provisoirement – apparaissant et s'effaçant avec toutes ses ombres passagères...

L'épuisement du monde ; et ce grand trou – et ce grand feu – au cœur desquels tout est jeté ; et ce reflet du gouffre et des flammes dans nos yeux égarés...

 

 

Le suspens et l'indécision – ineffaçables ; et comme scellés dans les actes et la pierre...

L'usure et l'étreinte...

A force de caresses – à force de coups ; le parfum insaisissable de la liberté...

La tête piétinée ; comme tous les rêves de transparence et de blancheur...

Rien qui ne rehausse ; rien qui ne rattrape ; la disparition de tous les cadres...

Cette absence (patente – explicite) de sol sous les pieds ; et cette baguette (intraitable) qui s'abat à chaque tentative de saisie...

Le vide dans le vide ; ni chute – ni envol ; exactement ce que nous vivons...

 

 

Ici – enchâssés – l'invisible et la matière – l'infime et l'infini...

Des strates de substance et de vide ; ce que la vie emmêle (à loisir)...

Le règne (apparent) du désordre et de la transformation ; et au-dedans – la métamorphose du regard (ce qui modifie – assez substantiellement – la perspective)...

Et à travers la parole (notre parole) ; le ciel – le miracle – la mort et la joie ; un peu de poésie – peut-être...

Le cœur (toujours – plus ou moins) gonflé de ce qu'on lui impose...

 

 

Par le mouvement et les étoiles...

Le lointain et l'intimité...

Ainsi croit-on avancer ; ainsi se croit-on habité...

Une danse qui invite – qui associe...

Le cours (naturel) des choses qui se déroule...

Ce qui a lieu ; qu'importe le silence – qu'importe l'agitation...

De la pierraille sous nos pas...

Entouré(s) de lumière ; et parcouru(s) de frissons...

Des fenêtres ; et des âmes aux couleurs diffuses...

Le monde des possibles...

 

*

 

Le cœur encore ; ce qui devance l'allure (et le pas)...

Une forme sans fenêtre...

Du côté du mur plutôt que du côté de l'arbre...

Le monde déjà ouvert ; et la tête en éclats...

Ainsi se précise le jour ; ainsi se précise la nuit...

Une manière de cheminer vers l'accomplissement (supposé) ; de plus en plus immobile (en vérité)...

 

 

L'étreinte altérée ; le cœur infirme...

Le vivant avide de chair et de lointain...

La terre, peu à peu, cartographiée ; et exploitée (à nos propres fins)...

Une façon (sans doute) de renouer avec la puissance – la domination – l'hégémonie...

La perspective – la route et le périmètre – qui (progressivement) se précisent...

Les rêves qui se répandent – qui se dilatent – qui se dispersent ; de l'autre côté de l'éblouissement...

Les pas qui encerclent les lieux ; et toutes les possibilités...

Les lèvres heurtées par le vent ; puis, l'âme qui chavire ; le délire des hommes...

Quelque chose du déplacement – de la transformation – de la permanence – de l'imperturbabilité...

 

 

Le temps assidu de l'attente...

Les yeux au ciel ; comme si quelque chose allait tomber ; comme si quelque chose pouvait arriver – en ces inertes contrées...

L'homme assis – en vain ; aussi inutile que celui qui cherche – qui fouille – qui s'anime – qui gesticule ; des actes – seulement – des actes ; et des intentions...

Les ailes posées sur la pierre froide...

Les yeux cernés par cette longue veille...

 

 

Le cœur à l'étroit – pressé – dégoulinant ; aveuglé par tous les nœuds qui l'enserrent...

Favorable aux grands travaux (extérieurs) – à la terre fouillée sans ménagement...

Sous des étoiles que personne ne regarde plus...

Au-dessus et au-dedans – ni lune – ni lumière ; le débordement des larmes qui accompagnent l'errance...

Jusqu'à l'aube – l'absence ; et au-delà – le mutisme ; l'absolue nécessité du mutisme...

Le monde à la merci de la bêtise – à la merci de l'homme ; et ce à quoi le silence nous engage – et ce à quoi il nous exhorte (autant qu'il est possible)...

 

*

 

Le jour décelé...

Du ciel qui subsiste – au fond des choses...

Des vagues aussi ; et un peu de nuit...

Et cette respiration du monde ; l'écho des profondeurs...

La bouche qui embrasse la terre ; et le souffle...

Le bleu à la place du reste ; au détriment de tout – l'insipidité des autres couleurs...

La surface et le regard qui, sans cesse, se transforment ; des échos – des reflets – jusqu'à l'essence...

 

 

Tôt ou tard ; ce qui se révèle...

Le monde tel qu'il est ; la trame du réel – le contraire du hasard...

Et l'évidence du regard ; comme retranché...

Le déplacement (inévitable) de l'identité et de la reconnaissance...

Toutes les choses – en nous – engagées – (parfaitement) égales...

L'attention qui offre sa métamorphose au monde – à l'ordinaire – à la banalité ; le plus précieux – ce qui est (intimement) vécu...

 

 

N'importe qui – n'importe quoi – ferait aussi bien l'affaire que nous – que l'Autre – que le monde – que le reste...

Le même visage – dans l'embrasure d'une porte – face à l'impossibilité...

Une simple ressemblance ; les mêmes lois – les mêmes règles du jeu ; et l'interchangeabilité (manifeste) des joueurs...

Des lèvres comme toutes les lèvres...

La vie (notre vie – toutes les vies) comme un baiser volé au chemin – au voyage – à la mort ; et une douleur à désincarcérer...

 

 

L'adhésion (spontanée) du signe au réel...

L'éclat du sensible...

Un peu de lumière sur l'ignorance ; et l'hébétude...

Tel que le monde (nous) apparaît – sans signification particulière...

Assujetti aux forces terrestres et immatérielles...

Le geste et la parole comme un débordement ; la révélation du corps...

Et le silence – et l'invisible – partout ; au cœur de cette origine dont le rôle est d'enfanter...

 

*

 

Matière et langage – dans les yeux attentifs – confondus...

La main dans celle du sol ; et dans celle du ciel – concomitamment établis...

L'intensité (irrécusable) de cette alliance naturelle...

Du feu  – en conséquence – nécessaire pour opérer ce glissement (très progressif) vers l'intérieur ; vers la joie – la gratitude – le silence – la célébration ; avec la suppression (graduelle) du temps et son (terrifiant) corollaire ; l'inquiétude...

 

 

Au cœur de la douleur – la tendresse décelée ; loyale – impavide...

Sans jamais sous-estimer ce qui lui fait face...

Le chaos qui nous accompagne ; vers le grand désordre de la liberté...

Au-delà de la performance et de l'ostentation...

Au-delà du triomphe de l'intelligence...

Ce besoin (irrépressible) en soi ; l'unité – le silence – l'authentique simplicité – qui se cherchent au milieu du bruit – de l'abondance – de la complexité apparente...

A l'intérieur – en sa propre compagnie (presque toujours) ; ainsi se vivent les élans – les rencontres – les évidences ; notre seule possibilité...

 

 

Oser l'éloignement – l'exil – l'effacement – l'intimité...

Si loyal envers l'âme et les circonstances...

Et ce qu'il reste du cœur – en ces contrées où l'on doit, sans cesse, se frotter à la pierre...

Des pas – des pages – sans la moindre certitude – sans la moindre fioriture – axés (pour l'essentiel) sur la nécessité de l'infini et du poème...

 

 

Ainsi la terre – quelque temps – habitée – inhabitée...

Sans soleil – autrefois ; ailleurs – autrement...

Selon d'autres lois ; et d'autres combinaisons...

Et s'assombrissant parfois (inévitablement) sous le labeur acharné de quelques-uns...

La douleur au front ; et le manque au fond du cœur...

La lutte ; et la course perpétuelle...

Un peu d'air ; inspiré et expiré ; guère plus qu'autour de nous ; dans le cercle de l'asphyxie...

Et à côté ; de temps à autre – le pied qui échappe au chemin – au destin de la créature...

Figure (malgré soi) des marges et de la résistance...

L'âme retournée par le vent – cherchant son pas – son rythme – sa direction...

Vers une autre terre – assurément...

 

*

 

Des fragments de mots – de monde ; toutes les formes en tête – en possibilité ; ce qui favorise les combinaisons ; et autant de nourritures affectives...

Le parfum de l'invisible ; à travers les poussées de matière...

Le corps et la parole – ciselés...

L'aire du rassemblement ; le temps de la réconciliation...

L'unité (la grande unité) qui se cherche dans l'âme – la phrase – l'espace...

Cet accompagnement perpétuel dont nous bénéficions (et dont si peu ont conscience) ; tantôt accroissement – tantôt prolongement – selon l'inclinaison de la perspective...

 

 

La lumière – à genoux...

Nous suppliant...

Au-dessus – encore...

Comme arrêté(s) ; l'origine et le chemin...

De jour en jour ; le souffle et la foulée – en suspens...

Nous désenchaînant...

 

 

Le voyage vers l'aube...

A travers le rêve ; et le sommeil...

La nuit qui résiste...

La multitude déployée...

A coups de caresses ; à coups de soleil...

Le monde (profondément) immergé...

Au fond de la chair ; l'essence de la terreur ; et la possibilité de l'oubli ; et celle de la transcendance...

Vers l'éternité ; à (tout) petits pas...

 

 

Le monde et le temps – morcelés...

L'esprit de la pierre dans l'âme...

Le sens du tragique ; au cœur de la farce ; entre les larmes et le rire...

Quelques pas – quelques paroles ; des yeux et des mains qui se posent sur ce qui s'avance – sur ce qui s'invite – sur ce que l'on désire – sur ce qui s'impose – aveuglément...

L'exercice du manque – de l'attente – de l'ennui (lorsque l'Amour fait défaut)...

Quelques jours ; à peine – quelques instants ; un peu d'absence ; des soucis et de l'inquiétude avant que la mort ne nous emporte ; ailleurs – assurément ; ce vers quoi nous sommes (tous) appelé(s)...

 

*

 

Se hisser à la hauteur du vent...

Au-dessus de la terre – simplement...

Debout sur la pierre noire...

Sous le ciel étoilé ; la nuit ouverte...

L'infini dans les mains qui se dressent (très lentement)...

Au cœur du périmètre humain ; le soleil déjà présent...

Du feu vers la lumière ; jour après jour...

 

 

Déjanté – ce retour ; ce saut par-dessus le froid – le monde – la ressemblance et l'uniformité...

A la pointe de l'éclat – la hampe du jour – la charge du monde...

L'âme submergée par la possibilité de l'élévation – par la possibilité du franchissement...

De l'autre côté du rêve – en quelque sorte...

La suppression des limites – des murs – des frontières ; notre évanouissement...

Et toute l’œuvre à venir (bien sûr)...

 

 

L'âme docile – sous les arbres – à l'ombre du monde ; cette forteresse trop lointaine – illusoire...

Des portes et des étoiles – au cours de cette longue veille...

Ni défi – ni chuchotement crépusculaire ; ce qu'offre la nuit – son plus précieux présent ; la possibilité d'un au-delà et d'un franchissement à travers notre accueil – notre assentiment...

L'Amour que nous portons – capable de rayonner – et d'inclure ce qui se présente ; d'ici au plus lointain ; la même matière – en quelque sorte...

 

 

Sous les frondaisons de la terre ; l'espace – sans conquête – le reflet des deux ciels réconciliés – (très) largement approbateurs...

Dans l'âme et la parole ; cette manière de renouer avec les temps anciens ; la présence d'un seul ; ce que l'on nommait Dieu autrefois (dans un murmure respectueux)...

Le plus sacré – dans le geste ; comme une prière ; la parfaite obéissance à ce qui se présente...

Le cœur et le monde – d'un seul tenant ; sans la moindre séparation...

 

*

 

Passagers – éternellement...

Le front attaché au temps et à la terre ; à ce qui nous est familier autant qu'à ce qui nous est inconnu...

Des jalons pour nos pas trop peu précis...

Le tour du périmètre ; et celui de l'univers (si l'on pouvait)...

Des traces à suivre – un territoire à explorer – selon la résonance...

Autour de soi – encore...

 

 

L'encre jaunie – sur les vestiges d'autrefois...

Et au loin – l'impensable ; et ici – l'épaisseur...

A l'affût du moindre éclat...

A marcher obstinément comme si l'on pouvait fendre le jour...

Aveuglé par la prégnance du temps ; et l'éternel retour...

Un peu plus haut – sur une pente escarpée – autant de fleurs que de coups – autant de pierres que d'accolades ; et quelques baisers supplémentaires (pour les plus infirmes – les cœurs insuffisamment amoureux)...

Sans valeur – la prière – face à la rudesse du monde – de l'Autre ; l'obéissance de l'âme – la seule issue ; le seul passage possible...

 

 

Dans la trace ; le ciel et le labyrinthe...

L'image d'une figure esquissée – à l'horizontale...

Nous dilatant...

Au centre du dehors...

Au cœur même du jeu...

Sur une (infime) parcelle de l'échiquier...

Le rythme saccadé de l'âme – sans cesse ballottée...

L'inconnu qui angoisse – qui inquiète – qui emporte...

Là où commence le voyage – peut-être...

Ce qui est là – à portée d'écoute...

Le monde entier ; l'espace où l'on se trouve ; l'espace où l'on se perd...

 

 

A la source désenfouie du voir...

L'absence réelle exaltée...

Du haut du temps ; tant de choses révolues...

Le passage vers ce lieu où il ne reste rien – excepté les vents qui offrent aux lèvres un sourire vivant...

 

*

 

Au ras du cœur...

La face heurtant le bord...

Au milieu des choses – au milieu des fleurs...

Ce que le bleu attire – en ce monde...

La route et le pas ; à travers la nuit qui dure ; et qui, peu à peu, se déverse et épaissit...

La terre ainsi (très) laborieusement parcourue...

Sous le jour – jusqu'à l'ultime soupir ; accoudé(s) au ciel (sans même le savoir)...

 

 

Le long du jour...

La glace et le feu...

La chair écorchée...

Des murs et des fronts ; les conditions propices à la guerre...

Et de tous côtés – la joie et la lumière – (presque) souterraines...

Et le cœur enflammé qui s'écarte du monde – de la folie collective – des âmes trop belliqueuses – trop craintives – épouvantables – épouvantées...

Un pas en arrière ; et ainsi de suite ; vers ce lieu – vers ce temps – d'avant la séparation...

Et, ainsi – peu à peu, redécouverte – la vérité dissimulée sous la poussière...

Et l'ardeur (bien sûr) d'aller par-dessus – par-delà – les pierres...

 

 

Le plus clair du temps – aussi vaste qu'embrouillé...

A califourchon sur la lumière...

D'un geste à l'autre ; et les lignes qui se succèdent...

Face au devenir incertain de la chair sensible...

Le monde jouant à inverser toutes les vérités (terrestres)...

Sans couronne – sans pouvoir ; né de l'enfantement direct de l'invisible ; au cœur de l'impensable...

Ailleurs – dans le cosmos – le même doute ; et la même étreinte ; avec des brassées de fleurs offertes aux (multiples) reflets du mystère...

 

 

La terre – la tête – retournées – par la folie des âmes – par la frénésie des cœurs...

Des gestes absurdes nés du manque ; des pas lourds – de trop peu de poids (pourtant)...

Et des cris qui accompagnent toutes les aventures ; l'expérience de la douleur...

Une immersion plus ou moins prometteuse – selon les prédispositions et l'antériorité...

 

*

 

Par le même chemin – le retour...

Tête au sol – camouflé pour échapper aux mains du monde...

L'oreille attentive à l'écho – aux vibrations de la terre...

Éclairé par la soif...

Le talon (profondément) ancré...

Le chemin qui s'ouvre ; s'élargissant...

Sans l'Autre – le souffle plus vaste – plus hardi...

Comme un long (et lent) glissement vers ce qui rayonne...

En soi – au fond du secret – la danse...

 

 

La blessure partagée ; autant que l'étreinte...

Au fond des choses – de la chambre – de l'espace ; les reflets changeants de l'âme ; et la vie miroitante ; la matière kaléidoscopique...

En roue libre – dans l'entaille – le sillon...

Seul – face au vent ; le ciel entier offensé par l'immodestie – l'insolence – la présomption – de la prière...

La blancheur désirée et la crainte plutôt que la tendresse et l'abandon ; l'angoisse et la pusillanimité plutôt que l'audace de vivre...

Tant de doléances – en ce monde – au lieu du silence – au lieu de l'humilité...

 

 

Au cœur du monde – des choses...

Des repères et des fenêtres ; le chemin quotidien...

L'appel – encore ; l'appel – toujours – de ce que nous avons (trop paresseusement) délaissé...

Ni Amour – ni dialogue...

Face à la rudesse ; la terre muselée...

Et cette tristesse indicible ; cette tristesse inconsolable...

Comme un cri qu'il faudrait expulser ; et que l'âme et la chair retiennent dans leurs profondeurs...

 

 

Hanté par l'Autre – ce que l'on appelle le monde ; cette irréalité fabriquée...

Et l'invention du reste ; tout aussi illusoire...

Pendant des siècles – des millénaires ; rien ; puis, un jour, à l'approche du mystère ; le mutisme – la sidération...

Ni cri – ni parole – ni exubérance...

L'ampleur du jeu et de la joie qui se déploient – silencieusement...

De l'autre côté de l'abandon – l'Amour à travers l'apparente indifférence des âmes...

 

*

 

Les ailes bleues repliées...

L'envol ajourné...

Contre le vent – encore...

Et ce cri lancé au ciel ; déchirant...

Comme une trouée dans les hauteurs...

A chaque tentative – la même ornière...

La part terrestre – animale – plutôt que l'ange – plutôt que l'oiseau...

Encore trop chargé de rêves et de matière pour prendre son essor...

 

 

Le ciel tenu dans une seule main...

Presque un exploit – si près du précipice...

Sous la lumière des premiers temps ; à cette époque où l'on n'avait encore fragmenté l'espace – où tout était profondément uni ; ni terre – ni ciel – ni matière – ni invisible ; Dieu dans toute sa force – dans toute sa grandeur – dans toute sa beauté ; et que nous avons, peu à peu, brisé pour tout transformer en éclats – en poussière – en territoire – enfantant ainsi une sorte de chaos (apparent) au cœur de l'harmonie...

 

 

A se remplir de ces riens qui jamais n'assouvissent...

Panse et pensée – insatisfaites et asservies...

Le vide – à pleines mains ; et désirant tout ; et voulant tout posséder...

L'âme désemparée face à ces forces et à cette terre facétieuses qui s'offrent avec parcimonie...

Sans innocence – l'esprit avide qui cherche l'abondance...

Comme de hautes (de très hautes) barrières – au-dedans de soi...

 

 

Le doigt – au fond du cœur – qui fouille...

Sous la douleur vive du monde...

Du bleu – et des fleurs – à nos genoux...

Et dans la prière – un peu d'envol...

Et le ciel descendu qui se laisse (très amoureusement) caresser...

Tout entier à notre expérience – à notre extase ; soucieux du chant qui monte à la place du cri ; une manière, sans doute, de transcender la misère terrestre...

 

*

 

Séjourner sur les routes...

Dans le grand vent...

A l'abri des arbres – du monde...

Le cœur déchiré – chaviré par la tristesse...

Des pas lourds dans la poussière...

Les secousses de la terre ; et l'hostilité des Autres...

Seul – sous la lumière...

Et toute la nuit pour panser ce qui a été meurtri...

Bien davantage qu'une manière de dire...

 

 

Aux côtés des pierres – des arbres...

A proximité des bêtes tremblantes au souffle puissant...

La chair et l'âme – sauvages...

Et l'éblouissement (en partie) entamé par la (trop grande) proximité – et la (trop grande) fréquentation – des hommes...

Comme une épaisseur supplémentaire (totalement) inutile...

Seulement le bleu – la route et la lumière ; la seule possibilité pour faire face ; la seule manière d'approcher le ciel...

 

 

Dans les replis du jour – la tête lasse ; et l'âme fatiguée...

Battant (mollement) des ailes dans l'obscurité...

Peu à peu effacé par le temps...

Peu à peu avalé par le monde ; et ses impératifs carnassiers...

Dans cette – trop distante – familiarité avec le ciel...

A notre place – discrètement ; en attendant la disparition...

 

 

Au-dessus du chant – l'Amour ; la possibilité du jour...

Cette gloire discrète attachée à tous nos gestes...

Le rayonnement secret – à l'intérieur...

Les conditions de la nudité...

Au gré des vents ; en l'absence de miroirs et de reflets...

Sans prière ; sans personne pour nous accueillir...

Le cœur ouvert à la lumière – à toutes nos tentatives...

Désarmé (si désarmé) face au monde – face à l'Autre – face à tout ce qui nous violente – à tout ce qui s'impose – à tout ce qui nous caresse et nous étreint...

 

*

 

En plein cœur ; le visage du jour...

L'ardeur du feu – face à l'orage...

Sur la route ; des pieds et des pierres...

Dans un coin du monde ; sur une corde qui surplombe (à peine) la lie humaine...

Un œil sur le pas ; et l'autre sur la lumière...

A la surface – passager d'une terre et d'une langue...

Des feuilles au relief râpeux ; comme un abri – un tremplin – pour cette âme et cette chair harcelées par le sable et le vent...

Le cœur en plein ciel ; et le front (très largement élargi) par cette perspective...

 

 

L'obscurité sous la lampe...

Ce qui nous précède ; et ce qui nous suit...

Ici – sans trop savoir ; cherchant ce qui nous anime – ce qui nous porte – ce qui nous mène – ce qui nous quitte ; et, par-dessus tout et de manière sous-jacente, ce qui demeure lorsqu'il ne reste plus rien...

Une façon (sans doute) de faire volte-face ; d'affronter ce qui nous échoit ; et de célébrer (sans même le savoir), à travers le jeu et les résistances, la beauté de ce qui est vivant...

 

 

Dressé conte soi – l'Autre – le monde...

Cette invention du reste ; aussi improbable que l'impossible...

Comme un décalage ; le prolongement du rêve ; et cet écart (irrésistible) qu'appelle le réel...

A l'image d'un Dieu sommeillant dans ses particules – soudain – heurté par la terre – par le vent – par le ciel ; contraint d'ouvrir les yeux...

Les mains lancées dans l'espace – transformant l'infirmité et le mutisme en étendue – en liberté – en silence vivant et habité ; la seule reconnaissance envisageable – envisagée...

 

 

Sans désir – sans promesse – sans mémoire...

Sans personne non plus ; à goûter le silence – sa présence et sa force – au-dedans et à nos côtés ; avec le goût de la vérité vivante entre nos lèvres ; comme un grand soleil sur notre rive sombre et désertée...

 

*

 

Le dehors inspiré ; comme une projection détournée de sa trajectoire...

Des ombres qui réintègrent la lumière...

L'air frais qui retrouve la chaleur ; et le sol, le ciel...

Le labeur continu de l'étendue ; abattant les murs – défaisant les territoires ; réhabilitant le vent – lui redonnant tous ses attributs...

Comme au commencement du jour...

 

 

Le pas lent sur la longue route...

L'élan premier – jamais interrompu ; dénouant les attaches pour échapper aux intervalles...

La terre ainsi foulée...

Le front entre le ciel et la plèbe...

L'endurance du corps ; la résistance de la matière...

Des glissades et des frottements ; quelque chose de la caresse et de la blessure...

L'existence ; guère plus qu'un peu de vent – qu'un peu de peau – qu'un peu de sang....

 

 

La nuit étreinte – une nouvelle fois...

Debout face au jour ; l'étendue brumeuse dans la voix...

La lune – au loin – teintée de rouge ; et la lumière fébrile...

Enserré ; dans les limites de la temporalité...

Agrippé à la roche – sous les (violentes) secousses du temps...

Dans les bras de la mère ; contre sa chair immense et tremblante ; la proximité du plus sauvage – sans pudeur – reniflant les effluves fauves du monde ; et dans notre bouche – ce goût (légèrement) âcre de la source – de la lignée – de l'enfance...

 

 

Au plus profond du doute – le rire...

Les cordes coupées ; la délivrance – l'éternel recommencement des possibles...

Au cœur du feu – le rougeoiement ; par-dessus le sommeil et la pluie ; un peu plus haut que le rêve – Dieu et l'humilité ; l'âme courbée et souriante ; à califourchon sur ce que les hommes appellent la vérité...

 

*

 

La face fermée ; le souffle glissant – vaporeux...

Des portes – en enfilade ; la plupart – cadenassées...

Sur l'épaisseur de la terre ; à hauteur d'obstacles (et jamais davantage)...

Le jour venant...

Au fond de soi – la peur...

Comme saisi par un courant ; un flot – une vague (parfaitement impersonnelle)...

Comme le reste ; le monde – la vie – le voyage ; une (simple) histoire d'écart – de chute et de retour ; un cycle – une boucle sans (véritable) destination...

 

 

Dans l'immensité ; les paupières closes incluses...

Le bleu (assez) mal ajusté aux angles du désir...

Mobile(s) – comme le cadre ; le chemin qui se dessine...

Au loin – hier – autrefois – ce qui n'existe plus...

Et demain – pas encore...

A nouveau – la soudaineté – (presque) la brusquerie – du présent ; ce qui s'invite – ce qui s'impose – sans rien séparer – sans rien démêler – ni du monde – ni du temps...

 

 

Ce qui pénètre l'espace – la chambre – la chair – l'âme ; le vide obsédant...

Qu'importe l'obscurité – qu'importe l'angoisse ; et l'acharnement du monde sur la blessure...

Un temps d'ailleurs – quasi magique...

Comme une outre – des baisers – au cœur d'un dédale de sable – au fond de la solitude...

Et l'écart suffisant pour respirer ; et échapper aux assauts des Autres – aux assauts du sommeil...

Le cœur habité par le ciel – guidé par la lumière – jusqu'au fond de la soif – jusqu'au fond de la plaie...

 

 

Au bord d'une folie passagère ; notre éternité...

A travers le vent (féroce) des désirs...

La vie – seulement – sans la vérité...

Sans doute – notre unique malheur...

 

 

Le cœur agile et précis...

L'âme emmitouflée d'histoires – au bord de l'asphyxie...

Et l'ensemble jeté dans l'abîme – précipité vers sa fin ; une chute sans triomphe – sans témoin ; à l'image de toute existence – parfaitement ordinaire – parfaitement anonyme...

 

*

 

Le poids inattendu du monde – au terme du voyage...

Comme un faix de neige sur nos épaules ensoleillées ; un peu de fraîcheur – en somme – pour la traversée...

Les lèvres douces face à l'insomnie...

Comme délogé ; contraint de s'exécuter – en quelque sorte...

Sans compter l'inconsistance du convoi vers l'inconnu...

Et la solitude accrue ; et l'impossibilité de l'appartenance à la moindre communauté...

Vers cette destination obscure que le monde et la langue ignorent ; et que le cœur devine (parfois)...

Vers un peu de lumière supplémentaire – peut-être...

 

 

La patrie du plus sauvage...

Sans grossièreté – sans approximation ; exactement là – parmi les arbres – au milieu du monde – devant les portes de l'invisible...

Vide ; et déchiré ; le front et le cœur prêts à tous les recommencements ; à l'impossibilité de la perfection et de l'achèvement...

A peine quelques instants sur la terre ; quelques respirations – quelques pas ; et, le plus essentiel – sans doute ; ce que le cœur a compris...

 

23 mars 2023

Carnet n°285 Au jour le jour

Août 2022

Des siècles – du temps ; au-dedans de tout...

Et des douleurs qui s'acharnent ; comme un élan naturel...

Ce qui nous convoque ; et nous condamne (si souvent) au pilori...

L'absence ; le monde ; cette sorte de royaume...

Le spectaculaire qui se fane ; comme une fleur immature – faussement prometteuse...

Les pensées – (presque) toujours – insipides...

La liste (quasi) exhaustive des souvenirs...

Des blessures – peut-être ; des blessures – sans doute ; qui ne cessent de nous tourmenter...

 

 

Le quotidien qui nous absorbe ; et qui nous révèle...

Tel que l'on vient ; porteur de cet inévitable éloignement avec le monde...

Le hors soi ; de l'autre côté du jour ; face à l'autorité – face à ce qui domine...

Au bord de l'innocence et de la confusion...

A deux doigts de défaillir...

 

*

 

Sans répit – le ciel donné – le ciel reçu...

La ligne qui retranche le monde...

Dans une succession (inlassable) de signes...

La terre à peine effleurée...

Le souffle initié par le vent...

Le cri métamorphosé en main – tantôt douce et caressante – tantôt âpre et rêche...

Une longue marche – assurément – comme si l'on accompagnait les pierres...

 

 

La flamme fragile – tremblante – au milieu du feu – au milieu des vents...

Le monde – si souvent – confondu avec l'horizon...

La plaie – au centre ; aux côtés de la folie...

Les yeux – comme l'âme – en devenir...

Sur terre – comme dans un champ de fleurs rouges – ruisselantes de sang...

Et ce reste d'espoir – pourtant – absurde – sous notre front obstiné...

 

 

Dans le silence – levé et effacé...

Au cœur du bruit – le vide attaché...

Une once de fatigue – parfois – face aux autres visages...

Une manière d'éprouver le monde...

L'essentiel et la joie...

Comme un don de soi à la solitude ; au vagabondage...

Une existence libre et sauvage – sans paraître ; discrète et anonyme...

Avec un grand sourire – à l 'intérieur – sous un visage aux traits sensibles et (si souvent) partagé – entre la colère et le pardon...

Si près des choses ; le regard intime – porté (à la fois) à la simplicité et à l'enchevêtrement...

La vie-sanctuaire – la vie-royaume ; où tout compte ; où rien ne pèse (réellement) ; où toutes les frontières inventées par la tête s'effacent – une à une...

 

 

L'espace encore ; le seul lieu à découvrir – à apprivoiser...

Le vide ; une sorte d'autoportrait (assez) satisfaisant...

Des lignes – quelques riens – pour dessiner le souffle – le monde...

Ce que l'on cherche ; l'Amour – l'entente – la communion...

Davantage que soi ; quelque chose que révèlent la solitude et le silence...

 

*

 

Le champ commun bordé de matière rouge...

Des mottes et des pierres ; la terre des ancêtres – aïeux (sans doute) de la première heure...

Le front scellé dans la roche ; excroissance (vaguement cognitive) de l'argile...

Des piles de choses sur les bras...

Et Dieu tatoué à l'encre invisible ; et l'immensité au-dessus des têtes – toujours aussi incompréhensible(s) (pour l'essentiel des hommes)...

 

 

Dans la manche – le bleu qui s'égaye...

La marche sans le moindre handicap...

Un peu de souffle – l'élan nécessaire – pris au feu...

De jour en jour – les yeux que l'on voit s'ouvrir ; et qui s'ouvrent réellement...

Du ciel – de plus en plus vide – ce qui marche ; ce qui a l'air de se mouvoir – d'exister – d'être peut-être ; en vérité – nul ne le sait (en ce monde où l'ignorance règne en maître)...

 

 

L'en-bas du monde – au cœur des pièges et des menaces...

Davantage qu'un territoire ; la fange rassemblée – la patrie du vivant – né des entrailles de la terre...

Installée(s) en nous – en bonne place ; et qui s'exporte dans tous les gestes – dans tous les souffles – tous les élans...

Le pas jamais hors du royaume...

Dans la parfaite continuité des épousailles de la roche et du sang...

Plongé(s) – à plein temps – dans un bain de semences et d'excréments...

Cette (piteuse) existence terrestre...

 

 

Le silence qui s'approfondit à mesure de la chute – à mesure de l'éloignement...

Sans devenir – sans espérance – sans personne ; de plus en plus...

Parmi les choses – des milliards de choses ;

Au cœur de ce qui est ; ni vraiment centre – ni vraiment périphérie ; le lieu de l'invisible et de l'invention – au-delà de toute matière – au-delà (même) de toute géographie...

 

*

 

Face à la lumière – ce que nous approchons – le cœur palpitant...

Des poignées de rien(s) offert(s)...

Les bras ballants ; les mains vides...

L'âme si peu commerçante...

Au fond des yeux ; des pierres – du feu – une joie crépitante ; le socle des ombres qui dansent...

Rien qui ne craigne l'ardeur ; rien qui ne craigne la clarté...

Pas la moindre cachette – pas le moindre mensonge – pas le moindre déguisement...

La vie brute et sauvage...

 

 

La verticale lisse (que rien ne peut agripper)...

La beauté de l'Autre – la beauté du monde – épanouies en soi...

Avec des éclats de roche fichés dans la peau...

La chair (pour un temps) sacrifiée ; et célébrante...

Des autels et des temples – dans tous les coins de l'espace – sur tous les chemins empruntés ; au fond de tout ce que l'on rencontre ; au cœur de chaque circonstance ; au fond de chaque cœur qui bat...

Ce que le vent amène ; et ce que le vent emporte – follement embrassé...

 

 

Le labeur de la lumière ; nous contemplant...

Rien au-dehors ; pas même ce qui est à voir...

La fraternité enlacée en elle-même...

Le baiser (passionnément) amoureux – des lèvres – sur cette parcelle de silence si joyeuse...

Un ou plusieurs ; qu'importe les visages que nous empruntons...

 

 

En soi – la terre – maintenant...

Face à ce qui advient ; face à ce qui apparaît ; comme lové contre les choses – au cœur des circonstances – sans la moindre résistance...

Jusqu'à la certitude – sans cesse – ajournée ; sans cesse remise à (un peu) plus tard...

La voix qui se perche ; le geste qui tranche ; comme le reste ; comme tout ce qui arrive...

L'absence manifeste de frontière – puissamment martelée...

Privé (si l'on peut dire) de projets et de peines ; pas même désirant...

La quiétude et le jour ; le grand ciel – par devers soi...

 

*

 

Le cœur mal en point – disqualifié...

Comme une vieille carcasse abandonnée...

Aussi froid que la pierre ; et les visages...

Aussi vain que l'écume ; trop ancré dans la terre...

Tournoyant au gré de ce qui passe...

Ignorant, au fond, ce qui lui manque...

 

 

Derrière le bruit – ce qui attend – ce qui espère ; trop souvent – en vain...

Sur la route ordonnancée – prescrite par le plus grand nombre ; la torpeur collective...

La nudité recouverte par trop de couches (épaisses et inutiles)...

La plaie dissimulée – cachée dans les derniers replis du cœur ; et la tête par-dessus – en gardienne des souvenirs...

De la rocaille – sur la pente – qu'il faut tantôt descendre – tantôt remonter...

Un voyage sans escale – sans (véritable) destination – dont nul ne comprend (véritablement) le sens...

 

 

Du côté des arbres...

La fraternité silencieuse...

L'existence simple ; et autosuffisante...

Nous rapprochant – peu à peu...

Des gestes ; et cette passion manifeste pour les hauteurs...

La lente découverte d'une respiration commune...

Et tous les liens qui nous unissent – à travers l'invisible...

 

 

Vers soi – de plus en plus ; Dieu – l'Amour – le silence – la solitude – (presque) à ne plus savoir qu'en faire...

Étendus – superposés...

Le passé qui s'effiloche ; le temps qui se disloque...

Et la joie – et le chant – aussi...

Cette sensation des profondeurs ; enveloppé d'immensité...

A corps perdu – nous enfonçant...

Du cri à la grâce – sans effort – sans une seule halte...

 

*

 

La boucle qui se répète – au-dedans de la lumière...

L'intermittence et le recommencement...

Le voyage ponctué d'escales ; des séjours guère bénéfiques (ce que laissent deviner l'âme et la figure de ceux qui se reposent – de ceux qui s'octroient une parenthèse)....

Le vent qui dissipe toutes les tentatives – trop hardies – (presque) insensées – d'accumulation...

Sur des millénaires ; des tas de pierres, peu à peu, édifiés en monuments – en territoires...

Le miroir du monde ; dans nos mains rougies...

De la matière qui se soulève...

 

 

Le souffle sombre qui unit les hommes...

La foule rassemblée dans la main maîtresse – celle qui donne – celle qui nourrit – celle qui prodigue...

Un torrent de boue par-dessus les épaules...

Et cette armée d'ombres qui s'ébranle ; qui s'avance dans l'obscurité...

 

 

Enfoncé dans la chair – le ciel – aussi peu épais que possible...

Moins réalité que manière de penser...

Une forme d'ignorance ; une tentative d'échapper à l'abîme...

Comme une prière trop volontaire...

Une sorte d'enténèbrement qui prend des allures de grâce – agenouillé – les mains jointes – non pour offrir – non pour s'abandonner ; mais pour s'octroyer un couronnement ; obtenir (à peu de frais) un rayonnement (très terrestre)...

 

 

Le temps répété...

Le pas au cœur de la danse...

L'élan ; et la nécessité du retour...

L'apparence d'une existence ; de quelque chose de vivant...

A travers nous – l'invention – le voyage – la découverte...

 

*

  

Une pierre arrachée à la roche – roulant ici et là – sur sa pente – sans rien savoir du jour et de la lumière...

Divaguant au fil des saisons – au fil des vents – qui se succèdent...

Se tenant dans l'air – sur la route que le ciel a inventée...

Et dans la nuit – notre souffle profond ; comme si la matière était aveugle et vivante...

 

 

A l'abri du bruit...

La nudité sans parure...

Sans quitter sa chambre – le voyage...

Le défilé des lieux devant les yeux de plus en plus impassibles...

Le cœur qui s'éloigne du sommeil...

L'âme à notre chevet...

L'esprit à cheval sur l'immobilité ; pendant que le chemin se déroule ; jusqu'à la disparition ; jusqu'au recommencement...

Indéfiniment – la même boucle – avec ses allers et retours...

 

 

Ignorant(s) – sans même le savoir...

Appartenant (déjà) à l'immensité...

(Totalement) indissociable(s) du reste...

Sans qualificatif particulier...

Gravitant – depuis les origines – dans les mêmes sphères ; et, souvent, dans les mêmes cercles étroits...

Au seuil de l'espace ; présent(s) à tous les passages ; comme la porte et la comète...

Déjà condamné(s) à la solitude et à la perte – en quelque sorte ; quoi que nous fassions ; le jeu même de la traversée...

 

 

Habité – animé – par ce que nul ne voit...

Avec ce qu'il faut de terre pour obéir aux lois de la gravité...

Les pas éclairés par une lumière supportable – (très) peu intense – insuffisante pour des yeux fermés...

Du mystère – des désirs – des prières...

Ce qui entretient le monde – peut-être – en vain...

 

*

 

Tambour battant – jusqu'au scintillement de l'étoile ; la face cachée du monde...

Avant la reprise d'un chemin très ancien ; antérieur à l'émergence du temps...

Jusqu'à l'aube première qui donna naissance au souffle et au feu – à l'air et à l'eau ; l'espace originel au cœur du vivant...

De l'autre côté de l'âme – là où l'Autre et les murs érigés autour de soi sont des miroirs – ses propres reflets – la face la plus sombre de notre visage ; et que la lumière, peu à peu, va éclairer ; et que la lumière, peu à peu, va éclaircir...

Une fois fondue toute l'épaisseur de notre existence...

 

 

La route qui précède le froid et la lumière...

Au plus près de la terre rouge...

La où le monde et la chaleur accablent...

Sous la déchirure authentique...

L'âme sans porte-à-faux – sans porte-voix ; l’œil droit...

Seul ; et le cœur fraternel et amoureux...

 

 

La couleur du miroir – vive – chantante – décuplée par les inventions du monde ; qui lisse – et égaye – efface (presque) – les soubresauts de l'âme...

L'homme soumis à sa propre dictature...

La ligne de fond capable – pourtant – de glisser entre la ruse et la cage...

Vers ce ciel énigmatique – rougeoyant...

Seul – face au mystère (s'il fallait préciser)...

 

 

A la jonction de toutes les traversées...

Le centre du périple – de tous les périples...

Pas un lieu ; une sorte d'enracinement...

Comme une évidence – artificiellement entourée de rêves (de tous ceux dont on la pare)...

Au cœur des luttes – au cœur de l'incertitude...

Quelque chose de l'espace et du silence...

Quelque chose de l'immobilité et de la lumière...

Une perspective qui englobe la parole et le pas ; toutes nos (vaines) tentatives ; une présence dont l’œil impartial se moque ; qu'importe l'ardeur que nous lui consacrons ; qu'importe l'indifférence qu'elle suscite ; ce qui invite (bien sûr) à s'abandonner à ce qui s'impose...

 

*

 

Par-dessus la fente qui s'élargit...

Le visage en feu...

Le ciel effleuré...

L'air entre la terre et le front...

Le souffle des Dieux sur les âmes en partance...

Et leur chant qui résonne dans quelques têtes – comme un écho – le refrain du plus haut...

Et devant le monde – le mimétisme et le dos courbé ; et pour quelques-uns (plus rares) la fuite ou la sidération...

Notre piètre vaillance pour faire face...

L'homme dans son apprentissage du monde...

 

 

Le jour sur nos pas...

Le ciel et la route – confondus...

La chair rétractée par le froid...

Les yeux rompus à la docilité ; et l'âme obéissante...

Vers le franchissement (involontaire) de l'aube...

A foulées lentes sur le sol – de moins en moins encombré ; comme un rapprochement (inévitable)...

Et en point de mire – la blancheur des sommets ; et le crépitement facétieux des cimes ; la joie et la liberté d'un chemin sans pénitence...

 

 

Libéré des luttes byzantines – des baisers imposés – des aménités d'usage...

Nous abandonnant à l'espace et au vent ; au vide et à la lumière...

Devenant le reflet – sincère et désintéressé – de l' Amour – le temps d'une longue expiration...

Et assassinant au souffle suivant...

Laissant la perfection agir – s'incarner...

Au plus près de la source ; ce qui surgit – sans penser – sans parti-pris...

 

 

Des courbes délicates...

Le jour – imperceptiblement – sur le seuil où l'on se tient...

L'esprit immobile tandis que la chair se déchaîne – tandis que la tête s'éparpille – tandis que les gestes tentent de corrompre (malgré eux – malgré nous) l'innocence et la beauté de celui qui ne sait pas ; et qui obéit aux forces qu'il porte (et qui le traversent)...

 

*

 

Dans l'herbe folle...

Le lieu de l'aube...

L'arbre et le ciel...

La roche et la bête...

Et nous – au milieu...

Les talons sur le sol ; le front dans la nuit ; le séant sur la pierre...

A l'abri des hommes...

A l'instant où le jour se lève...

 

 

La nudité innocente...

Adossé à la paroi de neige...

Dans la chambre – la montagne – déjà gravie ; et la blancheur au-dessus de ceux qui dorment (encore)...

Face à nous – la gueule du ventre ; les dents qui mastiquent ; l'éternel recommencement de la faim et du temps...

Ce qui traîne – ce qui tournoie – au lieu d'aller comme la flèche ; vers la source qui attend sa descendance...

 

 

Le silence – en ce recoin planétaire...

La terre aimante...

L'ignorance à décharge...

L'hypothèse de l'engagement – contre les assauts de l'indifférence...

Le regard ; et le geste spontané (sans réelle application) – juste (très) naturellement...

En faveur de l'innocence et du sourire...

Cette alliance commune et invisible...

 

 

Le soleil à l'horizon – comme une tête rouge...

Le cœur nu du monde – en offrande...

Le temple naturel aux autels innombrables...

Et nos vies – et nos gestes – comme d'incessantes prières...

Le désert qui vient en aide à nos désirs – à notre indigence...

Avec un surcroît de présence ; un regard plus affûté ; au lieu de l'abondance habituelle – au lieu de tous ces amas de choses...

 

 

Sans rien demander sur le voyage – sur la destination...

Allant l'âme baissée – le sourire (ou la grimace) aux lèvres...

Entre sagesse et idiotie – les pas de l'homme...

Sans rien découvrir sinon le parfum des fleurs – l'ombre des arbres – l'immensité du ciel ; et la faim des bêtes qui partout domine (en chacun) sur cette terre...

Avec quelques étoiles (parfois) au fond des yeux – aussi brillantes que l'or qui affame les cœurs cupides...

Le visage triste ou rieur – impassible (l'essentiel du temps) ; comme si l'on ne comprenait rien au monde – aux circonstances – comme si tout avait la plus haute importance – jamais (presque jamais) comme si nous n'étions qu'un rêve...

 

 

La terre complice de tous les mensonges – de tous les outrages – de toutes les inventions...

Des créatures et des choses – comme des instruments ; des paroles – comme des sons sans signification...

Sous les pas – au fond du cœur – la crainte – la terreur ; tant de facettes – tant de visages (apparemment) incompatibles avec l'Amour – la joie – le silence...

Nous ; exclu(s) et excessif(s) ; comme pris au dépourvu ; pris en flagrant délit d'existence – en quelque sorte...

 

*

 

Le monde éclairé par la route empruntée – le périple...

Par devers nous – la déchirure et l'incendie...

La violence du vent contre le front – au cours de la marche...

La chair lacérée ; les circonstances...

Face aux Autres – face aux murs et aux frontières ; notre propre visage ; le seul horizon terrestre – en définitive...

 

 

A travers le souffle – le feu...

Le monde ; un autre nom pour se nommer...

Sur le seuil de la même porte ; le vide – rien – à quelques vétilles près...

Ce qui nous distingue – peut-être – du ciel...

Et des poignées de fleurs vivantes – en offrande...

Et le sort des arbres ; et notre incompréhension à demeurer entre le sol et les premières hauteurs – au cœur de cet (éternel) entre-deux humain...

 

 

Frère des bêtes – ami des arbres – compagnon des fleurs et des pierres...

Habitant de la forêt – au même titre que la martre et le renard...

Le destin sylvestre et solitaire...

Proche du chant et de la source...

A sentir – en soi – croître l'Amour et l'indistinction ; le monde de l'invisible...

Muet – sans autre parole que celle qui s'écrit ; la seule floraison possible...

Attendant – comme les siens – le repos de l'hiver – le sol et les frondaisons nus – le désert et la neige...

Ancré(s) dans le refus des siècles et de la modernité (offerte par les hommes)...

Chacun à sa manière ; comme les oiseaux de passage – aussi libre(s) que possible dans cet espace sauvage qui s'atrophie...

 

*

 

Trait pour trait – le prolongement du monde – de l'origine...

Terre et ciel – projetés dans l'espace ; matière et symboles...

Dans le même lieu – Dieu et le magma mouvant – vivant – guère éloignés l'un de l'autre ; (très) secrètement – (très) savamment – mélangés – intriqués – sans qu'aucun ne soit capable de dire ce qui relève de lui et ce qui relève de l'argile...

Le vide ; et toutes ses têtes – penchés sur ce qui se fait entendre...

Une manière de s'accompagner ; le sol sous les pieds et l'immensité au-dessus du monde ; et dans le cœur de chacun...

L'infini en boucle ; des racines aux dernières nouveautés...

 

 

Le cœur en rivage – comme un commencement ; les débuts de l'âme – peut-être...

Et le monde comme de l'eau – un océan minuscule face à la grève qu'il heurte – qu'il caresse...

L'éternel jeu de l'invisible et de la matière – sans doute...

Ici – ailleurs – qu'importe – le même jour – la même ardeur – et le même silence (à la fin)...

 

 

L’œil du jour – l’œil du temps – face au visage du monde...

Et l'éternité – complice de cette assise – de ce périple – de cette (perpétuelle) transformation...

D'un lieu à l'autre – sans jamais rien quitter...

D'une nudité à l'autre – à travers l'abondance – à travers tous les déguisements – et tous les amassements – imaginables...

Et notre absence encore ; et le ciel en gage ; au cours de ce long voyage ; le pas vers le geste – le silence – le mystère...

 

*

 

La terre comme un seuil ; bien davantage qu'une épreuve – bien davantage qu'un horizon...

Une manière de vivre – de marcher – d'habiter le monde – de rencontrer ce qui nous entoure – ce que nous croisons – ce qui nous fait face ; les yeux ouverts – de plus en plus...

Le lent travail de l'âme sur la pierre...

Et – peu à peu – le ciel et la clarté ; et le cœur comme une évidence ; la seule nécessité de l'homme – des choses animées...

Sans peur ; ce qui a lieu ; et ce qu'il faut embrasser...

 

 

Au fond de la mélasse – l'usure et la fatigue...

Les parois lisses ; la verticalité impossible...

Et ça roule – et ça chute ; et ça s'enlise dans cette nuit brûlante...

Le périple terrestre – comme une fuite – une tentative de fuite – aussi vaine que l'espérance...

 

 

Nous rapprochant – autour de la pauvreté ; la vérité vivante de ceux qui respirent ; cette gloire humble – le front dressé face à l'épreuve – la tête baissée face au ciel…

Sûr(s) de rien ; mais jamais oublieux de l'essentiel...

Au bord de tous les cercles – dans l'intimité de ce qui existe...

Les forces – en soi – qui nous animent ; et qui nous portent...

Au plus près – toujours – du mystère qui, sans cesse, se réinvente ; et se révèle...

 

 

Comme toutes les farces ; le monde – indissociable du rire...

La légèreté face à la gravité des hommes...

Et l'austérité face à leur (incurable) frivolité...

Se tourner vers soi comme si les Autres étaient des mirages ; un chemin sans issue (véritable)...

Un ciel davantage qu'une terre à habiter ; et d'autres fois (tout simplement) l'inverse...

 

*

 

Le monde traversé – de part en part...

Et la neige – à notre seuil...

Et les éclats de la route incrustés dans l'âme et la chair...

Et le feu qui gagne – chaque jour – peu à peu – le fond du cœur...

En attendant l'union – l'immensité – le grand embrasement...

 

 

Face au mur – le lointain inchangé...

Le parfum du grand large ; et nos yeux aux aguets – cherchant une faille – un interstice – où se cacher – où se faufiler...

Vers le voyage ou le repli – selon le tempérament – selon la destinée...

 

 

Le souffle – le ciel...

Sur cette terre – trop longuement – parfois...

Jusqu'au plus haut – jusqu'à l'extinction...

Et tous les nœuds rencontrés jusqu'à ce que nous délaissions le fil...

Le regard un peu perdu face au vide – face à l'étendue...

 

 

La terre tournante – comme tous les astres – comme toutes les têtes...

Le temps qui, peu à peu, s'inscrit dans la chair...

Imitant la couleur (naturelle) des contrées initiales – à l'est du monde...

Mais que l'on ne s'y trompe pas ; ici – comme ailleurs – dans le cosmos – on sait que d'autres réalités existent – parallèles à celle dans laquelle la plupart s'imagine vivre [et auxquelles on a (plus ou moins) accès selon l'acuité du regard et le degré de sensibilité]...

Nous y sommes (déjà) – bien sûr – sans réellement y être...

Qu'importe que tout tourne – que tout change – que nous ne nous reconnaissions pas...

Le geste dans l'exact prolongement de la main ; et la main dans l'exact prolongement du cœur...

 

 

D'autres choses – d'autres horizons ; avec d'autres martyrs et d'autres bourreaux...

La terre-miroir – face au même soleil...

Face au monde – frissonnant...

A notre approche – la roue active...

L'émergence des possibilités...

 

 

L'apparence intacte ; en dépit du reste...

Tant de fissures dans nos certitudes ; et tant d'énigmes dans nos découvertes ; que nul ne pourrait deviner à moins qu'il sache ce qu'il porte aussi...

 

*

 

La voix – le souffle ; l'air tendu – l'air en attente...

Le ciel étreint – au-dedans de la parole...

Loin des tenailles d'autrefois – agrippant en pure perte...

Comme une offrande ; le ciel à soi – puis, soi au monde – à la périphérie de l'immensité...

Des embrassades en boucle – en quelque sorte...

Du bleu au bleu – à travers notre (incompréhensible et inévitable) labeur...

L'incessante recomposition du puzzle...

 

 

Des traces rudimentaires d'Absolu...

Des signes – des gestes – des pas ; une danse...

L'exact déroulé de l'attention ; le monde en désordre...

Tous les éclats de mensonge et de banalité – compris...

Un assemblage d'éléments apparemment disparates...

Au cœur de l'être – pourtant – bordé de jour et d'immensité – contrairement à ce que l'on voit – contrairement à ce qui semble avoir lieu en ce monde...

 

 

Au jour annoncé – trop prévisible – la déception...

La nuit résistante ; la clarté assombrie...

Comme toucher du doigt le bleu qui, soudain, se retire...

Le noir à la place de la couleur escomptée...

Croyances encore ; quelque chose entre la récompense et l'utopie...

La clameur du monde que notre ardeur ne peut faire reculer...

Et rien qui ne puisse amoindrir la fatigue et l'obscurcissement...

A nous obstiner ; tant que nous pourrons durer (jusqu'à nos dernières forces)...

 

 

Pourchassant – en vain – le silence – pour le soustraire ou s'en emparer...

Le voyage – sans bouger...

Du rêve et de la gesticulation – pourtant ; si communs qu'ils donnent à nos gestes – à notre respiration – à nos vies – des airs d'immobilité...

Ainsi va – et se vit ; et se pense – le monde...

 

*

 

La respiration métamorphosée – à l'intérieur...

Le souffle aéré...

Et de la buée sur le monde ; cette chose intermédiaire...

A terme – sans inquiétude ; la question de la mort et du vivant (en partie) réglée – en partie effacée...

Le lieu du commencement et de la (réelle) transformation...

A chaque extrémité du temps ; et au cœur de l'intervalle (bien sûr)...

A cet instant ; le pressentiment de l'éternité – peut-être...

 

 

Nulle part – le centre de l'espace...

Et la froideur du monde...

Et la naissance ; et la disparition...

Et l'existence que personne n'habite – que personne ne comprend...

Déclinant – sur ce chimérique chemin...

Le front face au ciel et au soleil...

Au milieu des morts et de la lumière...

Demain – peut-être ; demain déjà ; à moins que le vent ne se soit tu ; à moins que nous n'ayons jamais existé ; à moins que nous ne soyons que le rêve d'un Autre...

 

 

Au cœur de l'aube – la naissance ; la sève édificatrice...

Le labeur qui émerge des racines...

L’œuvre du ciel sur tous les horizons...

En notre propre compagnie...

La musique du monde vissée dans le souffle – dans le sang...

Notre humanité (strictement) naturelle...

 

 

Le jour matinal – à la cime des arbres...

La tendresse du chant qui monte...

L'Amour et la lumière – se rejoignant ; inondant le ciel et la terre...

La joie ruisselante – comme le seul présent possible ; issu(e) de la source...

Ce qui irradie – ce qui s'offre – ce qui se divise et s'éparpille ; l'invisible dans son œuvre de dissémination...

L'entente et le sens vécu...

Jusqu'au dernier jour ; l'histoire du monde ; ce qui remplacera, sans doute – un jour, la place (et le rôle) de l'homme (ceux qu'il s'est – orgueilleusement – attribué)...

 

*

 

A genoux – la lumière...

Le visage et le vent – tournés – ensemble – dans la même direction...

Le sol habité – la terre caressée – le soleil généreux et célébré...

Ce qui vient ; accueilli et honoré...

Considérés comme des Dieux vivants ; les êtres et les choses...

Ainsi se réalise l’éden ; le regard couronné...

 

 

La foulée agile...

A la hauteur appropriée...

Le ciel à son comble ; le cœur rassasié...

L'existence reçue – et vécue – sur cette pierre (d'apparence) solide...

Au juste emplacement...

Avec les cimes qui s'inversent à l'instant opportun – sans oublier (bien sûr) la place des morts...

Et le froid – tout autour ; parmi des éclats de tendresse...

La paroi parsemée de pointes et de promesses...

Et cette plainte – comme une clameur – qui monte vers l'autre versant de l'immensité ; ce bleu (vaguement) entraperçu – porteur d'innocence...

 

 

Le seul passage – vers l'immobilité...

Le cœur naturel et obéissant ; de plus en plus...

L'absence transmutée en œil – en attention...

A veiller au centre de l'espace...

Sans désir – sans prière ; confiant...

L'envol au-dedans ; hors du labyrinthe...

 

 

A voyager sans fin ; comme s'il n'y avait de lieu à atteindre ; quelque chose – un seuil peut-être – à franchir...

Ni refus – ni refuge...

Comme l'oiseau dans son vol sans repos...

Cette migration incessante et naturelle...

D'une rive à l'autre – sans (jamais) s'arrêter ; et la halte nécessaire – en soi – seul – au cœur de l'immensité...

Et l'élan (bien sûr) orchestré par les forces mystérieuses qui nous habitent – qui nous entourent – à l'intérieur...

De la source à la source – à travers toutes les péripéties – à travers toutes les identités ; et ainsi le voyage se poursuit ; et ainsi recommence la vie...

 

*

 

Bien avant que nous ne soyons...

Antérieurement à l'attente...

Dans la ressemblance des lointains...

Accolé(s) au jour ; affranchi(s) des malheurs...

Le soleil et la charge – confondus...

Au cœur de l'invisible ; ce qui circule entre le ciel – la roche et les vivants...

Porteur(s) de rêves bruts – proches de la source ; des vies (presque) incorruptibles...

Puis, l'oubli ; et la naissance du temps – du monde – de l'homme...

Le règne hégémonique de l'écume...

 

 

Le ciel ; de l'autre côté de la terre...

Des volutes bleues ; l'invisible à l’œuvre...

Ressenti – imaginé – davantage qu'aperçu...

Ni récolte – ni face à face ; plutôt une sorte d'évanouissement – de consumation ; une manière de s'effacer devant l'essentiel...

Sans attache ; le front obéissant ; et le talon directeur ; là où l'âme résonne plus fort...

 

 

Un pas ; le monde – dans la main – rassemblé...

Au cœur du chant et de l'aventure ; notre manière d'habiter la terre...

L'âme éprise du ciel...

Face à la feuille – le silence...

Au milieu des arbres ; quelque chose de la magie et du merveilleux...

De la joie ; et la parole prise au dépourvu...

 

 

Jouer entre le soleil et l'éternité – entre l'abîme et la mort ; sur cette terre hostile et généreuse...

Comme au commencement du monde...

Des brèches – des chemins – des disparitions ; la vie qui passe...

Cette traversée heureuse – sans rien savoir – sans rien espérer...

Debout – le front dressé – dans la nuit magnétique...

A contempler ce qui nous entoure ; ce que nous portons ; ce qui nous compose...

A s'offrir au labeur du reste...

Sans charge – sans parti-pris ; libre des jougs et des affranchissements ; ouvert à tous les possibles ; vivant peut-être – comme il se doit...

 

*

 

Le sol – sous nos pas – s'éclaircissant...

Les uns sur les autres – sous le soleil...

Aux heures sonnantes – le jour qui résonne...

L'âme précipitée dans la matière – contrainte de traverser l'épaisseur ; sans triomphe – sans coup d'éclat (aussi discrètement que possible)...

Jusqu'au plus ancien vestige des mondes d'autrefois...

Jusqu'au jour où l'on se retrouve – seul (bien sûr) – au seuil de l'immensité – face à la lumière qui vient inonder le regard...

 

 

Le baiser (raboteux) des aspérités – sur cette pente du monde empruntée...

Le cœur dans la poussière – poussif – se traînant – parmi des brassées de fleurs...

Et le nom épelé de tous les morts qu'ont connus les siècles – épinglé, un à un, sur l'autel des temples terrestres – sur le sol mouillé de sang ; sur les façades suintantes de sueur devant lesquelles se pressent – et patientent – les nouveaux arrivants ; l'âme transpirant (à juste titre) l'angoisse et la crainte...

 

 

Le bruissement du temps ; l'âme affolée qui parcourt le monde à grandes enjambées...

Le cauchemar quotidien de ceux que la mort angoisse – battant la ville et la campagne en quête de (quelques) consolations...

Sans rien voir – sans rien savoir...

La vie qui passe – jusqu'au dernier soir – jusqu'au dernier souffle – jusqu'à la dernière poignée de terre que l'on jettera sur la planche qui recouvrira le corps...

 

 

La tête occupée par toutes sortes de tentations...

Et l'espoir d'aller aussi libre que le vent ; pas davantage qu'une volonté défaillante face à un amoncellement d'immondices...

Jouant – sans cesse – jouant à faire semblant ; s'abritant derrière mille mensonges – se parant de mille déguisements – sous la lumière (toujours aussi) peu encline à la duperie ; et sévère (si sévère) avec les histrions et les usurpateurs...

Face à personne ; les mêmes attaques ; et autant (bien sûr) de coups d'épée dans l'eau ; ce qui (contre toute attente) décuple l'ambition – et la besogne – théâtrales...

 

*

 

Parmi d'Autres ; quelque chose comme le vent...

Le cœur du monde – aussi triste que les âmes...

Ce qui heurte ; et des fleurs aussi – comme un décor (principalement)...

La route qui serpente – la roue qui tournoie...

Le temps comme épris de lui-même – se courant après (en quelque sorte) – essayant de se rattraper...

Et l'air dans les bras de celui qui étreint...

Et le baiser dans le vide ou qui effleure la roche...

Comment ne pourrait-on apprécier la solitude...

Personne – sur ces rives – où la nuit s'étire sans fin...

Comme un long voyage ; ou un rêve, peut-être, que nul (jamais) ne pourra partager...

 

 

Écorché – contre les murs – des barbelés...

De la tendresse arrachée à coups de promesses – à coups de récompenses...

Et toutes ces pierres que l'on jette sur ceux qui résident hors du cercle...

Des assauts et des remparts ; ce qu'il faut pour tenter de sauver sa peau ; demeurer au centre du territoire et faire fuir les importuns – se défendre (et se battre) contre (à peu près) tous les Autres...

 

 

A mesure du voyage – l'abandon ; ce qui se détache ; tout bien pesé – pas grand-chose ; ce que nous portons ; un bric-à-brac d'idées et d'asservissements – des désirs et des illusions – qui finissent, peu à peu, par flétrir...

Puis – un jour – sans crier gare – l'âme toute racornie – face au vide ; ce qui prêterait à rire [si nous n'étions pas si grave(s) ; si nous avions compris – un tant soit peu – l'absurde et fabuleuse situation des créatures terrestres]...

 

 

La nuit inclinée...

La tête vers le jour qui se lève ; à cette allure lente de géant...

La marche à l'épreuve ; sur l'axe invisible des étoiles...

D'une extrémité à l'autre – sans croyance – sans promesse – sans tromperie...

Le temps qui s'oublie...

Et l'immensité – devant nous – qui s'ouvre – qui s'offre...

 

*

 

L'écoute ; la terre entendue...

Les rires ricochant...

Les grondements sourds des entrailles...

Dans les galeries du sous-sol – la faille encerclée par les vigies – les gardes vigilants de la psyché...

Et, au fond, la soif qui nous tenaille – qui nous assaille...

Et, à la surface, les âmes – sous le soleil – desséchées...

La suite du voyage par l'embrasure – l'étroit passage – réservée à ceux dont les forces portent naturellement au retrait et à l'effacement...

La seule issue – le seul succès – possibles ; discrets et involontaires (bien sûr)...

 

 

La route desservie...

La poussière qui s'agglomère sous les pas...

Le jour – le souffle – le feu ; ce qui nous anime ; et ce qui donne l'élan nécessaire pour marcher vers le mystère que l'on abrite ; et que l'on cherche (pendant quelque temps) au-dehors ; jusqu'à l'énergie du désespoir – puis au-delà ; lorsque l'on est (enfin) prêt à découvrir la seule foulée qui compte...

D'un seuil à l'autre ; de l'infime à l'infini – puis, de l'infini à l'infime – comme une respiration naturelle – (plus ou moins) libre – (plus ou moins) sensible et lumineuse...

 

 

Des rêves de fils et d'emmêlements ; ainsi (sans doute) se pense la trame...

Des nœuds dans l'espace...

Ni perte – ni gain ; seulement – des tâches qui s'accomplissent ; des choses qui apparaissent ; des choses qui disparaissent...

Des reflets passagers ; et l'Absolu qui scintille – à travers...

Qu'importe la lumière ou l'assombrissement ; qu'importe la venue – le départ – la transformation ; quelque chose – en nous – en chacun – en deçà et au-delà des choses – (parfaitement) affranchi du monde – qui contemple...

 

 

Ni bête – ni homme...

Des courbes arrondies ; et des recoins anguleux...

Des lèvres à la place de la bouche...

Et la soif à la place du ventre...

L'Absolu – en point de mire ; ce sur quoi nul (en ce monde) ne parierait...

 

*

 

La sève – jusqu'au bleu...

Du sol au ciel – d'un seul trait...

La terre chahutée ; des sillons – des ornières – où l'on glisse – où l'on s'enlise...

Le labeur de la créature – autour de la blessure – avant de plonger dans la douleur...

La chair dans laquelle on s'enfonce...

Les mains rougies – les mains brûlantes...

Vers la brèche – le tombeau ; avant que ne s'ouvre l'espace – avant que n'apparaisse le bleu ; inopinément – au-delà de l'espérance – au-delà du désespoir ; lorsque le noir nous avale ; lorsque la mort nous désigne du doigt et que tout recul devient impossible...

 

 

Dans la chambre – la lumière – déjà...

L'avant-poste de l'Amour (sans même qu'on le sache)...

La solitude et l'immobilité...

A l'écart du monde des hommes...

Quelque chose comme une route – un éclair ; les prémices de la blancheur (sans doute)...

 

 

La tête écartelée par le temps...

Asservie à la patience – dans le cadre défini par les lois humaines – impropre, en somme, à occuper l'espace ; et, dans l'espace, la place centrale...

Comme un fauve – plutôt – le cœur en cage...

Et quelques étoiles pour s'occuper ; comme un apprentissage du sommeil ; le rôle essentiel de l'obscurité...

Et des rêves – en troupeau – que l'on harponne en gémissant – les yeux fermés...

Et l'épaisseur qui nous avale ; nous – la nuit – la tête – les rêves et les étoiles – brinquebalés dans le roulis des heures et des saisons...

D'une tempête à l'autre – sur notre couche – immobile(s) – déjà mort(s) peut-être...

 

*

 

Le ciel ouvert...

Les vents en enfilade...

Les tempêtes – en soi – apaisées...

Sur l'enclume – le fer martelé...

La respiration aride ; la lumière maculée...

Le feu – la force ; et la poussière...

La danse des bras dans l'air...

L'âme tournée (tout entière) vers cette trouée rouge vivante...

La lame façonnée par l'invisible et l'ardeur...

Ce qui apparaît ; et ce qui reste caché dans les profondeurs...

 

 

Au milieu des pierres...

Et, parfois, cette pluie poisseuse sur la parole ; la page fragile et déchirée...

Face au jour – face à la lumière...

Le souffle court – la main tremblante...

Trop d'hésitations – sans doute – pour maintenir le silence des Dieux – le bleu approbateur – dans l'encre jaillissante...

 

 

A l'orée du monde – là où se terrent les ermites et les bêtes...

Derrière d'épais taillis – aux pieds d'arbres centenaires...

Le jour – dans la main – qui se lève...

Le chant et l'encre – jamais taris – qui montent le long des âmes...

Au cœur du silence vivant de la forêt...

Sur toutes les cimes ; dans toutes les têtes ; le ciel complice – le ciel apprivoisé...

Ce pour quoi nous demeurons loin des hommes...

 

 

Boursouflés d'orgueil et d'absence ; ceux qui s'imaginent maîtres du monde et de l'espace ; et qui sont moins qu'une virgule dans le (très mince) volume de l'histoire de la terre...

Une injure (à peine) à l’ineffable – une indécente (et marginale) excroissance des lois et de la matière naturelles – tant ils sont insignifiants...

L'avènement de l'homme ; à peu près rien – aux yeux du temps et de l'éternité – aux yeux de la lumière – aux yeux de l'innocence et de l'immensité ; quelques tourbillons au cœur de l'infini – au cœur de la vacuité...

 

*

 

L'homme stationnaire – au bord du chemin...

La face ombragée – au milieu des vents...

Des rangées de pierres alignées...

Des milliers – des millions – de choses ; et une place pour chaque chose...

La route sous les pieds ; la tête s'imaginant...

L'ailleurs nécessaire ; juste à côté...

Des murs ; de longues séries de murs – à la manière d'un labyrinthe – d'une enceinte close – sans autre issue que la prière...

Et ainsi jusqu'à la mort – sans explication...

 

 

La terre défaite – embrassée...

Le front – et les lèvres – contre elle...

La parole douce ; l'esprit apaisé...

Les mains sur le sol rêche – caressantes...

Dans l'obscurité du désir...

A perte de vue – le ciel ; toutes les possibilités...

Et nous – passant (assez énigmatiquement) d'une combinaison à l'autre...

 

 

Ici – ni (vraiment) pour eux – ni (vraiment) pour nous...

Sans (véritable) innocence...

Ni mal – ni bien ; (très) instinctivement...

Le pas et la parole ; et le geste – mécaniques...

Une existence comme une autre – sans (réelle) importance...

Les yeux bandés ; et les mains comme attachées derrière le dos...

Et la tête pas assurée d'être là...

A peine – un souffle ; un peu de rêve et d'ardeur...

L'âme ailleurs – assurément – errant (sans doute) en de moins hostiles contrées...

 

 

Non coupable(s) – bien sûr...

Jusqu'à l'obscénité ; le regard clair ou torve – qu'importe...

Des images amassées – entassées – qui remplissent la tête et l'âme – jusqu'à la garde...

Des désirs et des souvenirs ; à l'origine (sans doute) des principaux élans…

Et le manque comme un cri que le monde apaise – (très) provisoirement – (très) médiocrement...

Et dans les tombes – des innocents aux mains rouges et armées qui n'ont jamais tremblé devant la mort...

 

*

 

Le jour – au loin ; si loin de l'expérience terrestre commune...

Attablé devant l'étendue – devant l'inconnu ; la sébile tendue ; et les yeux fermés...

Le monde rompu à l'ignorance et à la faim – jamais rassasié(es)...

Du feu – des murs – des morts...

Nulle (réelle) liberté au milieu des pierres et des vivants...

Comme encastré(s) dans la matière ; et l'âme étonnée qui s'agite – qui se débat – qui s'affaire – qui cherche (en vain) une issue – un passage – une possibilité...

Entouré(s) par les vents...

Au pied de (hautes) parois d'argile...

Le regard de l'homme tourné vers l'horizon – pataugeant dans sa flaque de boue – sous une lumière froide et lointaine...

Au cœur d'une nuit abyssale – conquérante...

Cherchant un intervalle – le moindre interstice – comme une respiration ; le début d'un voyage – peut-être...

 

 

Par le même chemin – le jour et la nuit ; pénétrant la terre – la chair – l'esprit...

L'itinéraire des abysses – des monts – des vallées et des prairies...

A travers la lumière – à travers la forêt – les arbres et les âmes qui se dressent...

Sans plainte – dévoué(e)s à la cause commune...

Sans pouvoir oser davantage (ou autre chose)...

Le dos voûté par la charge ; et le sens (assez vain) des responsabilités...

L'insouciance oubliée – comme les jeux de l'enfance – au bord de la rivière – où l'on passait (sans crainte – comme par mégarde) d'une rive à l'autre...

La vie – la mort – sans (véritable) distinction – sur le même chemin de pierres...

 

 

Les questions – en vrac – par devers soi...

A suivre – en silence – les indications des Dieux – les indications du vent...

L'itinéraire ; la direction de l'innocence...

Les yeux ouverts ; et le cœur accueillant – de plus en plus...

Et cette joie qui, peu à peu, efface – et remplace – toutes les questions...

 

*

 

Contre l'âpreté du monde – l'âme et la peau – irritées – hérissées...

Un peu de fraîcheur pour faire face – pour faire front ; de l'encre nouvelle et cette terre surprenante sur laquelle on parvient, parfois, à se hisser...

La vie – le voyage ; comme le jour ininterrompu...

Immobile – sur ce sol – sans attache...

Et pourtant...

 

 

Le corps – le souffle – entravés...

Au-dehors – le vent ; au-dedans – l'absence d'air...

Et ces Autres – tous ces Autres ; comme s'ils avaient envahi toute la surface de la terre...

Le soleil – à nos côtés ; et cette nuit contre laquelle, sans cesse, nous nous heurtons...

Jour après jour – le même abîme qui se creuse...

 

 

Ici – sans bénédiction...

A faire remonter la lie cachée sous les fausses amitiés – les fraternités apparentes...

De la terre – encore ; de la terre (presque) toujours...

Les instincts qui ont précédé le souffle – inaliénables ; cette âpreté à vivre sous les aménités...

Pas un seul espoir de ce côté-là (tant que la nécessité sera à l’œuvre)...

 

 

Nous enfonçant dans l'absence et l'obscurité ; la tête (parfaitement) immergée...

L'âme sans un cri...

Le passage – la transformation peut-être – vers le rien (le plus rien)...

Ensemble – apparemment ensemble – sans (véritable) entente...

La vie – le vent – la mort – comme ils viennent – comme ils se présentent...

Et cette éternité – et l'invisible – et la matière – qu'il nous appartient d'apprivoiser...

 

*

 

Là où l'épaisseur de la terre occupe (et préoccupe parfois)...

Sans oxygène – sans fenêtre...

Le labeur acharné (plus qu'acharné)...

Tout ; avec ces remparts – cet entrelac de murs – de frontières – de barbelés ; cet atroce sentiment d'enfermement...

Le sort – et la perspective – de tous les habitants du labyrinthe ; le petit peuple de la surface...

 

 

Le plus tangible ; ce qui brûle avec ce qui recommence...

Les seuls étais (sans doute) dont on dispose...

Trois fois rien (en vérité) ; et moins encore à l'horizon ; et moins encore dans l'espérance...

Pauvres infirmes qui ne voient que les chemins à angles droits ; jamais ce qui serpente dans le flou et l'invisible...

De simples reflets sur la pierre nue...

Des guerres ; et des jeux sans éclat...

Rempli(s) de ciel et de tendresse – paraît-il ; entre les pièges...

 

 

Ni songe – ni vérité ; rien de définitif ; seulement – le sens des retrouvailles et de l'éloignement...

La mesure de l'écart – en quelque sorte – que porte – malgré elle – malgré lui – tout geste – toute parole – toute foulée...

Le centre ; et le fond, parfois, pénétré par les Autres...

L'éternel mouvement – l'éternel voyage ; sans rien oublier ; ni la source – ni la plus lointaine périphérie...

 

 

L'ardeur chantée ; la clé du royaume ; une manière active de prier...

Toutes les zones du territoire – célébrées...

Le rythme pur – indicatif – porteur de joie et de liberté...

Hôte(s) de la lumière – en quelque sorte...

Communiant sans compréhension raisonnée ; quelque chose qui s'offre – se devine – se ressent...

L'essence de l'existence terrestre – sans doute...

 

*

 

En nous – le feu...

Et l'imaginaire comme une trouée...

Et devant – l'étendue ; ce que nul ne connaît (ce que certains disent connaître)...

La chambre – le monde ; le même appel...

Et quel que soit le lieu – toujours la même distance qui sépare des choses – des Autres – de nous-même(s)...

Trop dispersé(s) – peut-être...

Et cette fuite en avant ; et cette consumation (intérieure) qui nous guette...

 

 

La terre rouge – lavée par nos larmes...

Un pied sur la pierre ; et l'autre en déséquilibre sur l'âme...

Ce qui nous porte ; avec le ciel...

Le plus sauvage ; et cette (étrange) intimité avec les arbres...

A l'endroit du vide ; rien ni personne – bien sûr...

 

 

Là-bas – la terre indigène ; celle qui a connu l'ivresse des premières heures – la naissance du temps ; et leur exact contraire ; la corruption – la déperdition...

L’œil maintenu en déséquilibre – pendant des millénaires – angoissé – parasité par toutes les promesses du monde...

L'esprit veule et docile – le cœur avide et grossier ; le dos courbé et obéissant...

Peu à peu – incorporé(s) à la modernité – à la longue liste des chimères – à l'illusion commune – généralisée...

Si loin du premier enfantement ; et de l'authenticité initiale...

Comme une longue agonie ; le fruit amer – toxique – mortel – de l'uniformisation...

 

 

Devant soi – l'océan...

Aux abords de l'intériorité...

Assez loin des rives souffreteuses qui s'épanchent (et qui aiment s'épancher)...

Au-dessus des heurts et des ports de tête altiers...

Parvenu ici – sans aile – sans offenser personne...

Face à la source – face à l'immensité...

 

*

 

Entrecoupés de blancheur et de silence ; le monde – l'abstraction – la douleur – l'arbitraire...

Au royaume de la pierre et du rayonnement...

Au royaume de l'indifférence et des champs de bataille...

Placé(s) ici (sans préavis) – entre le sommeil – le feu et la folie...

A essayer (assez vainement) d'aller du côté du ciel – de l'invisible entraperçu...

Dans la même ornière (bien sûr) que tous les Autres parqués devant les murs de l'enceinte où nous sommes nés...

La vie en suspens – comme arrêtée...

 

 

Par-dessus la matière visible ; ce qui ne se voit pas...

L'écoute ; la présence de ceux qui prient...

Et des yeux sous les pierres – à l'affût...

Des bêtes et des Dieux ; tous ceux qui accompagnent nos vies – indistinctement ; des mains jointes – des mains qui se lèvent – des mains qui se tendent – des mains qui caressent et des mains qui frappent...

D'un seul souffle ; à travers tous nos cris...

 

 

Et cette veille commune qui ressemble à un rêve ; comme le monde – les Autres – ce qui semble exister...

Et au-dessus – l'imaginaire ; et par-dessus – l'espace inexploré...

Mille chemins bordés tantôt de fleurs – tantôt de visages – tantôt d'étoiles...

Et jusqu'aux sources de la lumière ; mille trébuchements ; et tous ceux qui piétinent depuis des siècles...

Sans que jamais ne sonne le glas du réveil...

 

 

Engoncé(s) dans la matière ; comme si elle nous recouvrait ; comme si la nudité était faite d'une autre substance ; peu visible – inconnue...

Et nous – ici – à nous débattre – comme si la vie – comme si le monde – comme si les visages et les choses – nous gênaient – comme si quelque chose nous étouffait...

(Presque) incapable(s) de satisfaire notre (insatiable) besoin de lumière et de liberté...

 

*

 

Autour de soi – réunis...

La terre et l'infini – confondus...

La plaie ouverte – sans douleur (à présent)...

A genoux sur la pierre...

La prière naturelle – incorporée aux gestes (à tous les gestes)...

La parole ; quelques riens ; un peu de vent...

Sur la page – les lèvres ; le ciel qui se prête au jeu...

Lui et nous – presque à égalité...

 

 

Sous les arbres – encore...

Le souffle sur l'épaule...

La terre blanche...

De l'autre côté du ciel – sur une autre rive (sans aucun doute)...

Dans notre main – la lampe et le lointain...

L'instant sans devenir...

Le visage couronné malgré les murs...

Au-dessus (bien au-dessus) du monde ; le vide et le silence...

 

25 février 2023

Carnet n°284 Au jour le jour

Juillet 2022

La chair nue et aride – derrière le miroir...

Et le même sentiment sur la pierre...

La présence – l'invisible – l'équilibre...

Le temps ajourné...

Au centre de l'espace...

Le serment du désert (pour les plus valeureux)...

L'écoute du vivant – le cœur battant du monde...

 

 

Le visage troublé par les remous ; l'affolement des Autres...

Le bleu – le ciel – à peine voilé...

Au sommet de l'arbre ; les chimères déchirées – l'éparpillement des fables...

Au-delà du monde consentant – replié...

Et entre nos lèvres – la parole et le silence (à égales proportions)...

Ce qui se brise et ce qui fleurit – au-dedans...

Notre ressemblance et nos insatisfactions...

L'identité commune (en partie) circonscrite...

La soif révélée derrière le rêve ; et le temps chamboulé par notre attente ; par la patience qui saura nous extirper du chaos...

 

*

 

La vie apparente – défaite...

Et cette voix bleue – à présent – que rien ne pourrait renier ; pas même l'effacement...

Le cœur dégrisaillé – sans recours au rêve – sans recours au fouet...

Le talon solide ; le seul appui ; souple sur le vent...

Ni sol – ni ciel ; affranchi des frontières et des partages...

Sur la faille comme sur le fil...

L'équilibre – les yeux fermés – entre le mythe et la chute ; le vide habité...

 

 

La nuit dans l'ombre – (juste) au-dessus du sommeil – enveloppante...

Qu'importe le lieu de la rencontre ; la chair curieuse et réticente...

Et l'esprit (profondément) assoupi...

Sous le règne (hégémonique) de la peur et de la jouissance ; une avalanche de caresses et de coups ; et l'âme inerte qui se cache – qui ronronne – (presque) toujours embarrassée par ce qui se passe...

 

 

Cette impatience à l'égard du dénouement – comme s'il y avait, en nous, trop d'espérance ; dans le monde, un état final ; et à tout phénomène – à tout processus – à tout voyage – un achèvement possible...

Des croyances et des promesses au lieu de l'inespéré...

Et en attendant l'improbable miracle – la roue du monde et la roue du temps ; tout ce qui nous fait tourner – tourner – et tourner encore ; prisonniers de la boucle répétitive [à laquelle (bien sûr) on aimerait échapper]...

 

 

Sans escale – la dérive – le déchirement...

Le feu continu qui alimente le mouvement...

Les clés (une partie des clés) autour du cou...

D'étoile en étoile vers ce qui brille (toujours plus puissamment)...

Un cercle de lumière ; et des pas (de moins en moins) sombres et taciturnes...

Un appel au centre...

Moins de rêves et de repli...

Quelque chose comme un ruissellement (le début d'un ruissellement) ; le goutte à goutte qui s'accélère...

Une naissance imprévue – un bout de chair supplémentaire – comme une excroissance...

Dos au mur – les pieds dans le vide ; à même le ciel – déjà...

 

*

 

Des mots encore – comme une poutrelle jetée au-dessus du vide – vers l'Autre – cette rive commune – inconnue – inatteignable – renfrognée – tremblante – apeurée ou rouge de colère – les yeux fermés – qui crie quelque chose – un son incompréhensible – une plainte inarticulée ; et dont l'image nous parvient déformée – comme un reflet...

Et notre hébétude – notre sidération – devant le monde – le miroir...

 

 

Vers la nuit absente – le Dieu inventé...

Le souffle neuf – l'esprit rajeuni ; le corps vieillissant ; les blessures mal cicatrisées...

Sur la pierre ; et l'herbe rase – jaunie – usée – la peau du monde...

Les yeux crevés par l'anxiété...

Et la sauvagerie de ce qui (nous) résiste – de ce qui nous fait face...

Le cœur qui palpite devant l'effacement – devant l'infini...

 

 

Au seuil d'un soleil dessiné par l'enfance...

Le jour jeté en contrebas...

Et des provisions de neige jusqu'à l'aube...

La danse martiale des bâtons...

Ce qui se lance en l'air – obscurément...

Des choses qui virevoltent – portées par des courants invisibles...

Le monde animé ; ce qu'il nous semble – en tout cas ; une facette de la réalité apparente...

 

 

Dissimulée derrière le cri – la fleur...

L'innocence et la nuit – déchirées par le même geste – indéfiniment répété...

Le lieu du consentement ; l'alliance nuptiale...

Et, en germe, le drame que les circonstances préciseront...

La douleur et la mort (presque) toujours occultées au profit de la quiétude et de la beauté artificielles dont on tapisse les parois du monde et de la tête...

 

*

 

Contre la lumière – l'effort et l'âme ; le jeu et la violence...

De l'un à l'autre – dans un long glissement...

Le cœur douloureux – si souvent ; en voyant les murs ; en voyant vivre les hommes...

L'intelligence clairsemée ; la parade et l'engloutissement plutôt que la discrétion et la tendresse...

Et ce rire – insupportable – à la vue du sang et des os...

La sensibilité (sérieusement) défaillante...

Entre l'offense et le châtiment – quelque chose qui nous lacère – qui nous transperce ; les crocs et les griffes du monde...

 

 

La nudité creusée par la mort...

D'une ligne à l'autre ; d'un livre à l'autre...

L'oubli et le dessin qui se précise...

A la manière d'une danse malgré les cercueils et la confusion alentour...

Comme aux premiers temps du monde – le vent au-dessus de notre berceau...

 

 

Dieu masqué par son œuvre ; le renversement opéré par le monde...

Le rêve – tous les rêves – taillés au couteau...

Ce que le feu sacrifie...

A moins d'accepter le silence ; de plonger (profondément) en son cœur...

Sans cri – dans les flammes...

Ce qui perçoit – (juste) au-dessus de la douleur...

Le voyage – et les découvertes – au rythme de ce qui est vivant – au milieu de la danse et des chants sacrés...

 

 

Partout – la distance superflue...

Dans le vent qui souffle – ce qui est retenu...

Des accroissements – des biffures – des déchirements...

Ce qui tente d'accroître l'inachevable ; l’œuvre, sans cesse recommencée, des créatures...

Dieu dans son sillon – au fond de toutes les entailles...

Quelque chose du ciel et du changement...

Ce que nous croyons vivre – ce que nous croyons façonner ; et ce à quoi nous participons – à notre insu...

Et la douleur croissante ; et le florilège de malentendus...

 

*

 

Le jour et le cœur – éparpillés...

Ce qui cogne derrière la vitre – à travers les barreaux...

La main tendue pour essayer de rattraper le retard – ce que les hommes ont jeté depuis la naissance du monde...

Et la douleur qui nous suit ; et qui migre avec l'âme vagabonde...

Gravir encore cette pente-prison – sur ce rocher des malédictions...

Le lieu où bavardent – et se querellent – tous les fous ; à vivre comme si l'existence comptait pour rien...

 

 

Le sang tatoué sur la peau ; comme une cage – à force de coups...

Les yeux fermés devant le monde et le sablier...

L'étendue interdite...

Rien que cette terre où coulent ces rivières rouges – au milieu de tous ces corps – parmi ceux que frappe la mort – sans la moindre possibilité d'évasion...

 

 

Aveuglé par l'avenir (supposément) florissant...

Du vent ajouté au vent...

De l'étoffe effilochée...

Un monde d'alliance entre les bêtes apeurées et la nuit...

Des lieux obscurs où se mêlent la douleur et le cri...

L'ignorance souveraine de l'homme ; la terre en déshérence ; et ce qui est légué – cette folie à la dérive...

 

 

Le silence ; le geste simple...

Sans manière – sans ostentation...

L'esprit et la main – vides...

D'une origine à l'autre – (très) naturellement...

Ce qui regorge – ce qui déborde ; coupés net – sans résidu...

Le plus précieux ; rien – ce qui est (involontairement) exposé...

La couleur des choses et la légèreté...

La vie terrestre (presque) sans matière...

Le feu – le vent ; et ce que la lumière absorbe ; cette manière de renouer avec la source...

 

*

 

La chair – le mot – l'Amour...

Au-delà de toute matière...

Sans substitut ; la langue – les vertèbres – le silence...

En deçà (bien en deçà) du jugement...

Près de l'ombre – tapi(s) – dans un coin...

De la peur à la soif – peu à peu ; ce glissement nécessaire vers l'élan – le voyage...

Le cœur (sans doute) déjà proche du suivant...

 

 

L’œil solitaire ; comme le rire...

Sans obscénité – sans équivalence...

Le séjour voué (presque exclusivement) au rapprochement – au labeur – à la vérité...

La paresse attachée à un pieu planté dans la boue ; libéré (en partie) de la fange...

A l'air libre – comme l'âme...

De plus en plus près de la lumière ; et la lanterne à la main – de moins en moins nécessaire...

 

 

Un cri – jusqu'au ciel – dans nos mains ouvertes...

Ni éternelles – ni (totalement) impuissantes...

Nées pour assouvir le désir ; et offrir à l'écume la lumière nécessaire...

Le vide – sous la vérité – dans notre bouche...

Et à travers la lueur jamais éteinte de l’œil – l'enfance – à travers le sens retrouvé...

Comme au service de ce qui vient (juste) après la douleur...

 

 

La parole dans son écrin – tantôt le monde – tantôt le feu...

Penché sur l'impossible – après avoir fouillé (en vain) la terre et le ciel...

Comme arraché aux éclats de la pierre...

Parvenu – peut-être – au seuil d'une certaine clarté...

La puissance vivante plongée au fond de l'âme...

Et le silence sur les lèvres souriantes ; face au monde – ce qui acquiesce...

 

*

 

A grands traits – le mouvent précis – la figure du monde...

Du soleil et du silence – le cœur enveloppé...

L'arbre – l'herbe et la pierre...

Au milieu des bêtes de la forêt – sous la lumière...

Rien qu'un corps – un peu de chair – effacé – amalgamé – dissous dans la matière – la masse vivante...

L'âme renversée d'où émerge la joie...

A même la roche restituée ; la terre – le sol – à la place des mots ; la nuit – les Autres – parfaitement intégrés...

 

 

Obéissant aux cycles – aux nécessités – à la tendresse...

La sensibilité vive dans l'âme ; et sur la ligne...

Au-delà de la chute ; au-delà de la perte et de la désespérance...

Comme porté par cette perspective sans socle – instable – incertaine ; et qui fait naître le plus simple ; et la simplicité...

Sans effort – sans éclat narratif...

Comme un discret tressaillement – malgré l'insignifiance – malgré l'abondance apparente...

La pierre et la feuille – sans inscription...

Le vide ; l'espace désaffecté à la place de la douleur et des ornementations...

 

 

Consentir à la voix éraillée – dépourvue – à la chair couchée sur la roche – à la perte et au déclin – à la solitude irrévocable...

En passant sous le ciel noir...

Affligé par les lois et les apparences...

L’œuvre chimérique des hommes ; la hargne des assassins ; le cœur endormi...

L'absence de lumière et le ronronnement de l'âme...

Un peu de hauteur ; une argile rehaussée...

Tout ce que l'on souhaite à ceux qui peuplent ces rives tristes et tourmentées...

 

 

Le ciel qui déborde d'allégresse – au-dessus des guerres – du sang – des ombres qui glissent dans la glaise – grises – sombres – en ce pays d'absence et de tressaillements...

Ce qui s'attarde (un peu – autant que possible) pour participer à tous les jeux ; aveugle à la nécessité de la métamorphose ; (totalement) insoucieux de l'essentiel...

 

*

 

Des nœuds pour extorquer la substance terrestre...

Comme de l'ombre au milieu de la lumière ; histoire de consolider la position de l'homme...

Des angles – et quelques recoins – ajoutés au destin – d'une certaine manière...

De quoi (sérieusement) assombrir la couleur des vivants...

Unanimement – la multitude ; une façon (peut-être) d'accroître nos chances (si l'on peut dire)...

 

 

Le pas et le voyage – indistinctement...

Le geste et la main – de façon identique...

Comme le corps et la danse ; la matière et le mouvement ; le monde en marche ; ce qui ne cesse de tourner – de changer – de se transformer...

Et enfoui – et plus haut – le point d'immobilité ; ce qui contemple et donne son accord...

 

 

Attaché (d'une certaine manière) aux différents degrés du ciel (changeant)...

La nuit embrasée ; le jour absolu...

D'une rive à l'autre – de façon incessante...

Le torse nu – penché sur notre visage...

La figure désentravée ; la posture sans quiproquo...

Et sous les voiles – ce qui enfle lentement...

Le mystère comme une colonne émergeante...

Vers le haut ; de toute notre ardeur...

 

 

Les yeux – sans horizon – (un peu) trop espérant...

A force de fuir – comme si l'on pouvait échapper aux désordres – aux renversements – aux transformations...

Au cœur de l'angoisse ; cette douleur ancienne (première peut-être)...

Le vieillissement de la chair ; et l'enfance réfractaire à sa restauration – à son renouvellement ; comme une inertie – une impasse souterraine...

Un mot après l'autre ; à travers la nuit – l'énigme posée ; et toujours irrésolue...

Et, soudain, le jaillissement de l'aube – insoucieuse de notre labeur – de nos prédictions – de nos pressentiments...

Porté(s) par la lumière qui se lève...

 

*

 

L'âme brûlante – l'esprit évidé...

Des lignes sans règle – sans dogme – sans certitude – sans ambition ; dispersées – anonymes – de plus en plus...

Dans les veines – cette audace ; la source de l'encre...

Sans distance – face à la vie – face à la mort ; et le monde au loin – presque inaudible...

Pas de fiction (jamais) ; rien d'impossible ; l'espace maître de l'inspiration et du mouvement...

Au cœur des cercles naturels...

Le ciel célébré – dans la lignée (la longue lignée) des hommes ordinaires qui ont (en partie) découvert le secret...

L'air de rien – en apparence ; et la sensibilité vive ; le cœur (presque toujours) en éveil...

Le labeur permanent ; comme une présence perpétuelle à faire émerger – avec laquelle se familiariser ; et qu'il nous faudra nécessairement devenir...

A l'affût (si l'on peut dire) de ce que le temps – et les siècles – n'ont eu de cesse de délaisser...

La danse (joyeuse) de l'âme avec l'invisible qui précède celle des signes sur le carré blanc...

 

 

L'or chargé de chaînes...

Sur le front et aux poignets des hommes...

Comme un trésor ancien – déjà disparu...

Les yeux rouges – les yeux brillants...

Sous des étoiles scintillantes...

Malheureusement – la seule richesse qui compte...

 

 

Dressé – au-dedans de soi – le lieu tragique de l'espérance...

Des choses et d'autres – nées de la même source...

Au milieu de quelques élans de beauté ; de quelques désirs de rassemblement...

Quelque chose du rêve et de l'errance...

Ce qui se mêle aux ombres et à la fièvre...

Comme un feu supplémentaire sur l'étouffement – un couvercle (incandescent) sur la grisaille...

Insensible(s) aux murmures de l'infini – à la parole caressante qui ricoche sur nos cœurs absents...

 

*

 

Le rouge nébuleux – au fond de la crevasse...

L'impersonnel – mine de rien – dans ces caractéristiques singulières...

La nuit – les cris ; ce qui bat au fond de la poitrine ; et l'âme effrayée...

Ce qui bouge – dissimulé dans la matière...

Ce qui craint l'ombre et la lumière...

La chair morte ; (tout) ce que nous avalons...

Sous l'emprise de la peur et de la faim...

Et l'échéance – comme un couperet – dans la longue (la très longue) chaîne de servitudes...

Et, de temps à autre (trop rarement – sans doute) – une parole façonnée avec les yeux et le cœur aussi ouverts que possible...

 

 

La lumière prescrite contre le sommeil et l'absence de raison...

Au-dedans vertical ; et ce qu'on lui oppose (ordinairement) ; le monde et le temps ; ce qui tourne – ce qui s'étire et s'allonge – ce qui s'attarde – au gré des désirs et des craintes ; à la surface du vivant – une part de l'âme offerte – sacrifiée...

 

 

Sans rivaux ; l'esprit – la terre – le ciel...

Sous la caresse des vents qui parcourent l'espace...

L'âme intacte ; et la réserve de malheurs dans laquelle on pioche (abondamment)...

La bouche aimante – bien plus que le cœur qui attend qu'on lui donne – impatient qu'on le porte au pinacle...

L'existence gouvernée par la ronde des saisons ; le cycle des âges...

Dans l'étreinte des Dieux ; sous la coupe du monde qui nous enserre...

 

 

L'écoulement du temps sur la pierre – comme une eau froide – une nuit d'angoisse constellée d'étoiles sombres...

Et des orages sur les têtes (sur toutes les têtes) qui osent s'aventurer hors du périmètre – piétinant le commun – à pieds joints sur les aiguilles et les lois...

Avec les jours en bandoulière – comme des cartouches de possibles...

A se dépêtrer encore avec l'aube lointaine – avec l'aube (si subrepticement) entrevue...

 

*

 

Face au labeur du monde – des jours ; une manière de se tenir...

Assez éloigné – au cœur de la masse verte et accueillante...

Le souffle léger – à voix basse – comme pour soi – un éclat de voix pour dénoncer les mutilations et les assassinats ; la trajectoire de l'homme – sans élucidation...

Immobile dans l'herbe alors que nos pairs usent le bitume et noircissent le béton...

D'un rêve à l'autre – sans jamais se rejoindre...

Et, ici, la hache à la main ; prêt à défendre cet espace qui (pour l'instant) échappe à la barbarie...

 

 

Dissous dans la durée – l'élan et l'exubérance ; cette résistance à la tiédeur – au souffle retenu...

Face au sommeil – le hurlement ; de l'autre côté – là où le temps devient (pour ainsi dire) anachronique ; et la douleur, une simple possibilité ; à peine – une supposition...

La voie qui nous invite ; la sente qui s'impose...

 

 

L'âme privée de sens et de joie – enfermée dans un peu de chair irriguée de sang ; de l'argile sensible et animée...

De la douleur ; et des pieds nus...

Et cette absence si particulière des créatures terrestres – yeux ouverts pourtant – douées de rêve et d'ardeur...

Le monde de la pierre et des étoiles ; le ciel rompu – le ciel disjoint – comme effacé...

La beauté ; et le plus simple – défaits (en dépit de ce que l'on clame un peu partout)...

Chaque souffle – comme un geste de résistance ; une manière d'échapper aux hommes et à l'humanité – de rejoindre l'instinct (naturel) des bêtes et la joie (spontanée) de ceux qui habitent les bois...

 

 

La folie penchée sur notre épaule – sur notre main et notre bouche...

La peau déchirée ; le reflet du désir dans les yeux fatigués ; et la lune aussi – aussi pâle que notre âme – que nos lèvres – décharnées...

Contre soi – la source ; et tous les rêves du voyageur...

A moitié parti – déjà ; et les paupières closes – celui qui croit savoir – celui qui croit avoir vu...

 

 

Se révéler – comme la pierre qui chante ; qui néglige les démons qu'elle porte ; qui ose défier le silence et la respiration des hommes ; qui pénètre l'infini préservé des étoiles factices ; qui contemple – tressaillante – la terre – le ciel – l'infâme et le merveilleux...

Inguérissable ; et déjà guérie...

 

 

A travers la blessure des mortels ; la charge et l'écart qui les caractérisent...

L'évidence qui émerge de l'incertitude...

L'être – en dépit de tout...

Rien – malgré l'abondance et la multitude...

L'énigme – sur la pointe du doigt – emportée par la danse – le vent qui n'épargne personne...

Le monde et la poussière – sous ce ciel (incroyablement) nocturne...

Et ce rire – sans égal ; comme un passeur d'enfance...

 

*

 

Répudiée – à tort – la liberté vacante ; à laquelle on préfère les petites secousses de l'inertie – l'attente sage et patiente de l'agonie (studieusement) préparée...

Ni élan – ni vertige ; ni ailes – ni incandescence ; la petite mort des jours qui se suivent (et qui se ressemblent) ;

Ni le grand saut – ni l'inconnu embrassé – ni l'incertitude (amoureusement) étreinte ; la ligne droite – le fil rouge vers la tombe fleurie...

En chacun – se perd – se dilue – l'infini – l'éternité – la joie ; la flamme vive des jours...

 

 

Sur le déclin ; là où tout commence...

La mort devancée ; la disparition avant l'heure...

Sans héritage – sans semence à disséminer...

Le lent effacement ; une manière de quitter le monde ; de (réellement) s'abandonner...

 

 

Ce que l'on comprend – obscurément...

Ce à quoi l'on acquiesce – aveuglément...

Le visage illuminé ; et l'âme étreinte...

Les privilèges (méconnus) de la solitude ; et du silence...

L'étendue – à perte de vue – à l'intérieur...

La pierre – le monde – le ciel ; en filigrane...

Là où la ligne s'attarde – là où l'encre et le mot deviennent le seuil...

Qu'importe où l'on se trouve ; le cœur toujours à sa portée...

 

 

Ce qui nous heurte ; ce à quoi l'on se heurte...

Le monde – égal à lui-même...

Et nous – (plutôt) du côté des signes et de la discrétion...

Sur le versant de l'épreuve et du labeur ; en soi – (presque) rien de la paresse...

Et la sensibilité qui erre à la périphérie du vivant ; cherchant la possibilité de l'aube et de l'oubli ; le corps encore englué dans l'insupportable...

 

*

 

Le dehors brûlé ; et nous – à la lisière...

Échappant (tentant d'échapper) au monde enragé – emporté par son délire...

Les ailes rabattues dans le silence – nous invisibilisant – arpentant (discrètement) le seuil à la recherche d'un passage réservé à ceux qui ont déposé leur nom – leurs armes – leurs couleurs et leurs bagages – qui ont laissé leur âme s'étourdir à l'approche du vide ; et entrant, à présent, humblement – la tête baissée – dans le lieu commun – découvrant l'étendue dont nul ne peut se réclamer...

 

 

L'âme – dans le ciel – déjà...

Partagé entre le monde et l'envol...

Entre la blessure et le silence...

D'un soleil à l'autre ; de manière équivoque...

Sensible aux hurlements et à l'espace que, sans cesse, nous refusons – que, sans cesse, nous révoquons...

Condamné(s) aux murs ; et à toutes les frontières inventées ; l'esprit en quête de quiétude...

 

 

Atrocement transformé par le manque...

Les mains retenues par l'absence...

La nuit – à la hâte...

Et l'aube (entièrement) repeinte...

Comme pour consolider l'illusion...

 

 

La mémoire passée au crible ; sans repère – sans étoile...

Et la foule insistante des souvenirs (très) antérieurs ; comme des vagues successives...

Une forme d'exercice pour tenter d'apaiser l'angoisse (fort compréhensible) du devenir ; et apprivoiser ainsi la boucle du cœur – des lèvres – du monde...

Une manière d'échapper à ces va-et-vient incessants – d'une terre à l'autre – sans rien comprendre des intrications – des entremêlements – entre la matière et l'esprit...

L'âme dispersée ; plongé(s) au cœur de ce voyage éternel...

Et la lumière – si imprévisible – et si salutaire – recouverte par cette épaisse enveloppe de boue étrangement animée par la peur – par la faim et la soif...

 

*

 

Autour du corps – le flot – le flux ; ininterrompus...

Et dans la tête – le tournis...

Mille rais de lumière sur la peau diaphane – la masse sombre...

Et les âmes – à la surface – comme coincées entre les cris et l'illusion...

Avec le désir du plus sauvage qui émerge – peu à peu ; de plus en plus manifeste...

Comme sortir – de son vivant – de son propre cadavre ; s'extraire de cette dépouille mal en point – de ce corps moribond...

Un pas peut-être – vers la lumière ; ce qui nous attend...

 

 

Un escalier – une parenthèse – à l'abri des bruits et des drames du monde – des Autres...

Un instant – un envol...

Quelque chose du feu ; ce qui se consume (ardemment) dans les flammes...

Le poème – à travers le prisme du regard qui fait la part des choses entre le râle et l'agonie – entre la trame et l'obscénité ; une perspective au-delà de tout calcul...

 

 

La rive descendue...

Le monde pris à témoin...

Le cœur libre et ouvert – penché sur l'âme ; et sur la feuille...

Des signes d'une main ferme – inhésitante...

Ni trésor – ni feuilleton...

La tête rassurée par le sourire esquissé par l'invisible...

Pour soi – le reflet de la forme – cet étrange miroir pour les Autres...

 

 

Du vent dans la parole – qui souffle en rafales...

Jusqu'à satiété – des mots – du monde ; quelque chose de l'abondance – de la profusion...

Des lèvres pressées les unes contre les autres ; et qui cherchent, ainsi – en vain, à s'abreuver à la source...

L'enfance caricaturée...

Et chez d'Autres – quelques-uns, une (farouche) volonté de s'élever au-dessus des bavardages et des attentes – des perspectives habituelles ; une manière (sans doute) d'échapper à l'humanité – en l'homme – qui sommeille...

 

*

 

Devant le monde – l'absence ; le précipice spéculaire ; ce que l'on offre (communément)...

Une opacité naturelle – sans surveillance...

Aux frontières de la rage et de l'indigence...

Devant des âmes faméliques – nos petits travaux ; ce qui a nourri le geste juste – le regard clair...

Collé au cours des choses – sans idée – sans image – sans a priori – sans arrière-pensée...

Le vide ; pas même en référence...

 

 

Sans filtre – la joie – le ciel – l'angoisse – le vent qui cingle ou qui caresse ; ce qui advient – ce qui s'invite ; ce qui s'impose...

Le monde en mouvement ; et les méandres de l'âme ; la vie brute – sans falsifier les circonstances – accueillies – et éprouvées – telles qu'elles se présentent ; sans déguisement...

Sur le fil – (presque) toujours...

Entre le miroir et la mort – entre le précipice et le sang – en déséquilibre – ajournant (à chaque instant) la chute au pas suivant...

 

 

Être – sans trace – sans brûler – à la manière d'un soleil affranchi – libéré de la matière...

Rayonnant d'une lumière invisible (et apaisante) – au milieu de la nuit – pour guider les lèvres et les âmes vers ce qu'elles portent...

De la tendresse et du silence pour remplacer le bavardage et la terreur...

Un lieu comme un point de retournement ; de l'apparence jusqu'à l'origine...

 

 

Dans la paume serrée – une pierre noire...

L'âme à flanc de rêve – en plein désarroi...

Des cris pour combler le manque – tenter de remplir le vide causé par la perte (supposément) originelle...

Le corps penché sur ce qui a été oublié...

Le cœur ratissant – en vain – toutes les routes du monde...

Seule une pierre noire – dans la paume serrée...

 

*

 

La somnolence pierreuse...

L'absence d'air dans la pénombre...

L'acharnement à vivre malgré la peur – malgré la faim – malgré l'horizon clôturé...

La survie (à peine) du corps ; l'âme comme oubliée – quasi inexistante – presque moribonde...

L'étrange accommodation à la pauvreté de cette existence...

 

 

L'aube sur le monde décomposé...

L’œil à la dérive ; vers la cécité...

La terre-pouponnière et la terre-mouroir...

Et de la naissance au trépas ; la guerre – le combat – le conflit ; sa peau à sauver pour si peu de chose(s)...

La filière de la destruction ; comme une longue (une très longue) lignée...

De la chair – des corps – des cadavres...

Du sang et des fissures ; et le parfum tenace (et envoûtant) de la mort – dans toutes les têtes – dans toutes les bouches...

Jusqu'à l'écroulement ; puis, un trou dans la terre...

 

 

La terre refoulée par les vents – par les mots...

Dans un tourbillon de chair emportée...

Le ciel – le vide ; sans appel...

Agrippés aux choses – sous la voûte – décalés...

Des torrents de boue – des ruissellements aveugles...

Et dans l'âme ; l'écho de la chute – juste avant l'écrasement...

 

 

Des bruits feutrés...

Des pierres en cascade...

Des brisures et des roulades...

La voix meurtrie ; le cœur (progressivement) arraché...

Le jour nomade qui se replie...

A la hâte ; la débandade...

Le ciel déchiré par la pointe du rêve...

Tout qui brûle ; l'étoffe déployée dans le sommeil...

Et dans les flammes – trop d'images épargnées...

Le monde ; pas (encore) prêt à quitter ses cimes imaginaires (minuscules et rafistolées)...

 

*

 

La couleur du monde ; et sa douleur...

Des yeux comme l'on écrit ; et à l'intérieur – cet espace et cette flamme...

Le voyage ; d'un bout à l'autre de l'âme...

Du rouge encore sur les ailes naissantes ; et un peu de chair encore entre les dents...

Qu'importe que le bleu nous ait (en partie) découvert...

 

 

La trame percée – la trame creusée – tantôt par les dents affamées – tantôt par le cœur assoiffé...

Jamais là où le plus précieux se retranche...

Sur des seuils trop lointains ; à des embranchements où la volonté égare...

Et sur la page où l'invisible se dessine – malgré soi – presque jamais...

 

 

Un chant dans les bourrasques et le brouhaha ; pour ce qui est, en nous, attentif – respectueux – agenouillé ; les autres parts se servant avec ruse – avec rudesse – du reste ; ce qui résiste ; et suscite (sans doute) la convoitise...

 

 

Rassemblés – la pierre et le ciel...

Notre visage humble et incliné...

A la verticale du monde...

Les ténèbres (enfin) éclairées...

Fidèle à la mort et à l'oubli...

L'étoffe dépliée ; l'étendue sur laquelle se côtoient (sans contradiction) la misère et la joie – ceux qui chantent et ceux qui tuent – les morts et les vivants...

Et au fond de l'âme ; ce qui est plus précieux que l'or...

 

 

Au faîte de l'arbre – quelques oiseaux familiers...

De ceux qui ne s'avouent jamais vaincus face à la nuit – face à ce qui guette dans le ciel – sous les frondaisons...

Le chemin des portes bleues qu'aucune ombre ne peut arpenter...

La sente des plus simples – de ceux qui se sont abandonnés aux courants et à l'envergure naturels...

L'ampleur et la spontanéité discrètes et anonymes ; l'infini et l'invisible apprivoisés...

 

*

 

Des liasses de choses défaites – abandonnées...

Les yeux hagards...

Sur le bas-côté...

Une enfilade de portes – franchies – d'un même élan...

Et la fatigue – à présent ; mille siècles de solitude (et, sans doute, davantage)...

L'âme sèche à force de refuser l'écume du monde...

Rien ; plus la moindre séparation...

La vie – la mort – le voyage ; le même pas ; et la même immobilité...

Ce que propose (humblement) cette parole...

 

 

Sans socle – sans trépied – sans visée...

Le corps et l'âme qui se soulèvent – au gré de ce qui les porte...

Le vent – la soif ; vers l'enfance – toujours...

Sans erreur possible ; avec des détours – parfois...

Du sommeil à l’œil ouvert ; de l'ignorance à la jubilation ; sans triomphe – sans tricherie – ni bouc émissaire...

 

 

Quelques années sur la pierre...

De manière auto-suffisante...

Parmi les bêtes – au cœur de la forêt...

Le ciel – le vent – les arbres...

La tête plus ample que le monde...

La joie sauvage et solitaire...

L'abri au fond de l'âme – protégé(e) par le silence et le hurlement nocturne de ceux qui vivent dans les bois...

La lumière et le cœur territorial...

En ce lieu qui n'a pas de nom...

 

 

Sans autre Dieu que ceux qui habitent le vide...

Sans croix – sans péché – sans cortège...

Sur l'autel naturel du monde – le soleil et la pluie – la vie brute – le visage incliné...

Absorbé par l'immensité...

Rien – ni personne ; seul un immense sourire qu'aucune circonstance ne pourrait altérer...

 

*

 

Les mains de l'enfance sur les murs de la terreur – le territoire du monde...

Rouge sang ; et la chair inerte – morte ou pétrie de peur...

Trop de pression – de frottement – de tristesse...

Des empreintes – seulement – (en partie) effacées...

Quelque chose du jour qui a disparu...

Et la honte – à présent – de voir la terre ployer sous les cadavres...

Et le ciel obstrué par toute cette noirceur...

Et la puanteur des corps en putréfaction ; et l'indifférence des cœurs ensommeillés...

En soi – partout – la désespérance de l'homme...

Qu'y a-t-il donc à aimer sur ces rives sinon ce qui est en deçà et au-delà ; et ce qui hurle à travers la matière animée – déchirée et déchirante – vouée à cet éternel sacrifice...

 

 

L'extrême transparence du ciel débarrassé de ses scories ; la mort – la lune – Dieu – les étoiles...

L'impossibilité de l'éclipse – de l'écart...

En plein cœur – intensément...

Au-delà des conventions – de la tiédeur commune – de la neutralité prescrite (par les sages)...

A travers le grand cirque ; et le simulacre des vivants...

La part indestructible du monde...

 

*

 

A ce point – la pierre...

Rien que la pierre ; et un peu de ciel...

Ni grille – ni Autre...

Le jour – en soi – penché ; fidèle à la courbure de l'âme...

Le côté sombre – devant – exposé – sans honte – sans retenue – sans interdit...

A la vie – à la mort ; (parfaitement) authentique...

Sans espoir – sans crainte...

Le pas devenu roche ; avec, dans le souffle – l'ardeur – l'immobilité ; un peu d'éternité – peut-être...

 

 

A humer l'essence du monde...

Sur la pierre – au cœur du poème...

La mort, peu à peu, apprivoisée...

Et des ombres encore (bien sûr) qui parsèment nos lignes ; sous nos pas...

Et des fleurs aussi ; plus belles que les étoiles ; vivantes...

Sous l'emprise – invisible – du bleu...

 

 

Dieu – dans les plis de la chair...

Parfois lampe – parfois cri – parfois horizon...

Le cœur vertical – sans hiérarchie...

Ni choix – ni désir...

Ce qui s'impose – toujours – l'emporte (sans souffrir la moindre exception)...

Dieu s'invitant dans la boîte – en quelque sorte ; tout – le monde – le temps – le geste – l'existence et le pas – initiés par ce qui nous porte...

 

 

La rage destructrice – sous le front – sur la ligne – et dans le geste parfois (plus rarement)...

Soi – déchiré – en quelque sorte – partagé entre l'aube et la roche noire...

Plongé au cœur de la foule ; et, à la fois, un pas de côté...

Entre solitude et appartenance – plus ou moins lointaine – plus ou moins nécessaire...

Plus proche de la trace que de l'écoute...

Encore si profondément animal...

 

 

A la dérive – sous le soleil – captif...

Au cœur de cet étrange face à face entre le monstre et la folie...

Notre visage et ses reflets (tous ses reflets)...

La mort accolée à nos gestes (à tous nos gestes)...

Sans garde-fou – l'un et l'autre...

Les fondements même de la pyramide et de la barbarie...

Le monde humain – tel qu'il s'éprouve – tel qu'on le voit...

 

 

L’œil éruptif...

Le monde – le bleu – comme évaporés...

A la manière d'un retour de boucle ; une sorte d'expansion...

Et rien pour dire – lèvres fermées ; la bouche occupée à ingurgiter ce que réclame le ventre...

La parole – comme une exaptation à venir – hypothétique – à réinventer (peut-être) ; lorsque la douleur et l'incompréhension seront à leur comble ; lorsque la faim sera suffisamment rassasiée...

Ainsi – sans doute – commencera la filiation...

 

 

A genoux – au cœur de la nuit maléfique – caressante...

Des lignes et des pas – comme des gestes ; de plus en plus indistincts...

La vie – l'Amour – la terre ; ce qui s'écrit – ce dont on témoigne...

Mu – de l'intérieur – par le souffle qui nous habite...

 

*

 

Le reflet du monde – dans le creux de la main ; paume ouverte – paume fermée...

Et ce trouble à la moindre pierre lancée...

Des ondes dans l'obscur ; des échos et une résonance – en quelque sorte...

Et la chambre hantée ; peuplée, pourtant – elle aussi, de vide et de lumière...

Et les rêves qui se brisent – un à un – sur ces rives posées entre le ciel et l'abîme – là où le noir et le rouge alternent – inlassablement...

Des chimères ; la mort et de la matière – au milieu de l'espace – au milieu de l'illusion...

 

 

L'esprit soucieux...

L'épaule appuyée sur l'écume...

Et cette respiration au cœur de l'impossible...

Des manques et des yeux clos ; des alliances – des ruses et des mensonges – (sans doute) les principales règles du jeu...

Le monde – entre l'escroquerie et la douleur – l'espérance...

Et ces inscriptions (émouvantes – pathétiques) que l'on voit gravées sur toutes les tombes ; et nos pensées – émues et authentiques – pour ceux qui n'en ont pas ; et qui se couchent (discrètement ou à grand bruit) sur le sol – avalés par la terre – oubliés par le monde...

 

 

Arraché à la masse moribonde – insouciante – jouant et commerçant – comme si sa survie en dépendait...

Lovée dans le sol – aussi confortablement que possible – plongée dans une sorte de parenthèse – un gouffre – un abîme – un suspens – à l'écart de tout vertige – de toute intensité...

Dans une routine ressassante ; dans le cumul des jours ordinaires...

Piégée – en quelque sorte – dans la matière ; et les excès de la psyché...

 

 

Loyal envers cette (longue) lignée anonyme...

Le vide et la langue – célébrés ; autant que le souffle et le geste...

Au commencement du silence ; adossé...

Loin du monde ; loin des hommes...

Étranger à tout bavardage – à tout superflu...

Le nom que l'on ignore (que l'on continue d'ignorer) ; au cœur de l'espace auquel on voue un culte – en quelque sorte...

Entre la simplicité et l'effacement ; face à la lumière qui vient – qui monte ; à l'intérieur – bleu – comme un attelage lancé vers l'infini...

 

*

 

Obscurément – la nuit ; et l'effervescence...

Ce qui rougeoie devant l'impossible ; et qui patiente ; et qui lutte ; comme condamné à l'effort et à la volonté...

Le ciel – loin – devant ; plus haut ; et vers lequel on ne parvient à hisser sa douleur...

Et l'ardeur – et le souffle – qui manquent...

Et le sommeil – trop profond ; et la charge – trop lourde – peut-être...

L'âme partagée – déchirée – qui ne peut se résoudre à la noirceur du monde ; et incapable, pourtant, d'affronter la lumière...

De long en large – sur le même rivage – indéfiniment...

 

 

Un chant – un chemin...

Sur le passage des Dieux...

Proche (très proche) des bêtes à l'âme légère – à l'âme rêveuse...

Mais encore trop humain – sans doute – pour se fondre dans le monde (naturel) ; et dans l'immensité ; alors en attendant – on essaie de se faire (très humblement) les lèvres – tendres et résistantes – de la terre...

 

 

Des souches de vent – arrimées à l'espace...

De l'énergie regorgeante...

Sur un fil de lumière...

Des éclats – un scintillement ; et de la sauvagerie...

Et cette mainmise (bien sûr) sur tout ce qui traverse le monde – le temps ; et l'immensité...

L'Absolu à l’œuvre ; quoi que l'on en pense ; quoi que nous fassions...

 

 

Seul – solitaire ; et s'assumant (autant que possible)...

Arpentant les profondeurs – sans jamais s'emmurer...

A la manière d'un goutte à goutte excentrique – démesuré...

De l'encre et de la sueur ; le prix des pas ; ce qu'il faut pour s'offrir ce (grand) voyage...

Dans les sous-sols de la joie ; et, quelque part, du soleil...

Au bord de l'épuisement – très souvent ; sur cette sente qui circule entre l'homme – les bêtes et les Dieux ; entre le rêve – la folie et la mort...

D'un angle à l'autre ; et l'écart qui se creuse ; pour finir (peut-être) – pour finir (sans doute) – introuvable – dans un coin...

Hors du monde – assurément...

 

*

 

Dans la trame – le jour pénétrant...

Le sol effiloché – le vent vigoureux...

Le soleil ; la terre – le ciel ; et toute la clique des créatures – à leurs côtés...

La foule essoufflée – grasse et inactive – complice de tous les rapts – de tous les forfaits – de tous les assassinats ; plongée dans cette folle indifférence – comme de la glace tranchante qui colle la peau au froid ; et qui finit par être arrachée par la masse excitée qui tire à hue et à dia pour s'offrir un bout de chair...

La bouche (grande) ouverte – affamée – dégoulinante de bave ; l'odieux outil d'un corps difforme – abject – monstrueux...

Et cette lumière – dans l'âme – et au fond des yeux – qui tarde à venir...

Comme coupée(s) de la source – la paresse et la barbarie ; cette inertie et cette cruauté – ordinaires – qui occupent (presque) toutes les têtes – qui occupent (presque) tous les gestes ; comme si nous vivions au fond d'un abîme recouvert de terre – une sorte de gouffre muni d'un couvercle inamovible que (presque) aucun ne peut voir...

 

 

Le pas troublé ; les battements du cœur – étranges – étrangers – de plus en plus...

Et ce cri enfoncé dans la gorge – comme un élan contrarié – stoppé net – comme embourbé ; timide – timoré – manquant d'ardeur – peut-être...

Et la mort – devant les yeux – comme une flamme dansante...

A contempler le jour ; et le sommeil autour de soi...

De plus en plus simples ; la vie – le geste – ce qui s'écrit...

La parole brûlante ; et l'âme (en partie) apaisée...

 

 

Bleu – comme l'espace qui déborde...

La lumière indéfinie qui se cache dans le désert ; et la main...

Immobiles malgré la ronde des rêves et des étoiles...

Comme la rivière – dans son lit ; la longue suite des circonstances...

Le cours des choses – variable(s) et inchangé(es)...

Au milieu des couleurs ; les oiseaux et ce qui mord la poussière...

Aussi vivant(s) que possible...

 

*

 

Vers le ciel – sans impatience...

Sans que ne sonne la moindre cloche...

D'hiver en hiver jusqu'à la saison de la lumière ; les mains en plein jour ; les gestes comme une longue prière...

Un feu avec quelques branches mortes pour réchauffer son âme ; et le corps endolori par les longues nuits de veille...

Simple – comme le silence – comme l'ombre qui s'approche...

Avec le poids des larmes ; et l'absence de sommeil...

La route ouverte (si ouverte) ; la route royale (si majestueuse) ; sans aucun doute – l'une des plus belles voies...

 

 

Sans conversion – sans lendemain...

Autour de la tristesse ; derrière le chemin clos...

Aux quatre vents ; près de la tête trop pensive...

Allant de son poids – sans retour possible...

A se balancer ainsi – sans fin – sur le fil du monde – sur le fil du temps – à contre-courant des foules – en déséquilibre ; en vérité – quelques pas (à peine) avant de mourir – quelques gestes (à peine) avant d'être capable d'aimer ; quelques souffles (à peine) avant la chute abyssale...

 

 

Sans souffrance – la lecture du monde ; l'horreur affichée – orchestrée ; et consignée sur la page...

Comme une corde lancée à ceux qui en pâtissent – à ceux qui rêvent d'une issue...

Engagé ; comme un contre-chant pour tenter d'accroître la clarté – d'offrir au souffle l'ardeur nécessaire pour une marche au long cours...

Un sursaut – de l'intérieur – pour résister à la dérive des hommes vers l'innommable...

 

 

Le réel – en face...

Une étreinte sans pincette...

Ici – à chavirer (si souvent) au cœur des vagues...

Jusqu'au ciel submergé – de temps à autre...

Unis – indéfectiblement – le bleu et la substance...

Agenouillé devant ce qui surgit comme un diable de sa boîte...

Rien qu'un mur à fissurer pour apercevoir toute l'envergure de l'étendue...

 

*

 

Une pierre – devant soi – ou, peut-être, un visage...

Le monde ; de la poussière et de la cendre...

Quelques traces ; et du sang – assez furtivement...

La même obscurité ; dans les gestes – dans les yeux...

La mort en filigrane de tout ce qui est vivant ; bien davantage qu'un point d'entrée et qu'un point de sortie ; ce qui se mêle à chaque mouvement – bien plus nombreux que les jours qui passent...

La vie – sans mystère – sans simplicité...

Ce qui se déroule – malgré soi...

Le feu – ce qui anime la matière ; et ce qui la dévore aussi (bien sûr)...

 

 

La lumière – au fond de ce que nous sommes...

Au bout de cette longue veille...

Quelques mots – dans le cœur confiant...

Avant le long silence qui va nous recouvrir...

 

 

Le cœur strié...

L'âme encore intacte – dans l'interstice ; comme protégée par l'épaisseur de la chair – malgré l'ampleur des menaces...

De la terre – dans les yeux ouverts...

Des traces (presque) invisibles – à essayer de suivre...

A nous croiser – à nous saluer – à nous rencontrer – sans en avoir l'air...

A travers l'inquiétude – l'enfance et l'allégresse...

Quelque chose du flux et de la lumière – malgré la gravité et l'enchevêtrement de la matière...

 

 

Le jour renversé – au plus lointain...

Parmi les mouvements ; et le silence...

L'aube graduée (au millimètre près)...

Des hauteurs à la vie encordée – puis, inversement...

L'apprentissage (progressif) du vide et de la liberté ; ce qui se trame avec ou sans acharnement ; la même boucle – aller et retour...

 

*

 

Le poids de tant de rien(s) sur la terre – en guise d'Amour ; en guise de lumière...

Du bruit – dans le cœur de ceux qui vivent ; et du silence – dans le cœur de ceux qui s'en vont...

Le vivant sur sa branche – traversé par le chant – le plus ordinaire – le plus sacré...

Et la clarté – au loin – sans pouvoir se méprendre...

Et en attendant – d'un souci à l'autre ; le cumul (inutile) des souvenirs...

Jamais de vie simple – de pas simples ; et acquiesçant (trop rarement) à la mort au jour dernier...

 

 

Au cœur de l'absence – l'échine courbée...

L'hiver déjà ; l'hiver toujours – la seule saison (sans doute) dans le cœur de l'homme...

A moitié bête – dans la pénombre – aux aguets ou pétrifié(e) de crainte ; et l'autre part – entre la folie et la mort ; déjà condamné(e)(s)...

Du rougeoiement et des cendres – sur ces rives blanches ; (presque) jamais d'âme éclairée ; (presque) jamais d'achèvement joyeux...

 

 

Ici – seul ; et le monde – au loin – qui (autrefois) servit de lieu d'apprentissage – un espace propédeutique (en quelque sorte) – simple préalable à l'exploration des profondeurs de l'âme ; un bref (et incontournable) passage avant la plongée en eaux troubles (et turbulentes) ; avant la (longue) traversée des rives solitaires où la seule ombre tient à notre présence encore trop consistante – encore trop circonscrite – encore trop peu familière de tous les processus de transformation nécessaires...

 

 

Comme un suspens – face à la peur ; et le cauchemar des Autres...

Le refus du délire – des règles monstrueuses ; des règles proliférantes...

Hors de soi ; l'impossibilité du réconfort ; l'impossibilité de l'éclairage et de l'issue...

Et ce que l'on privilégie ; le geste et la parole (libres – libérés) au lieu du rêve et des chimères ; la géographie de l'infini et de l'intime plutôt que la carte des désirs – la seule perspective acceptable en ce monde...

 

*

 

Cette longue ligne – sans cesse – reprise...

Un seul trait de plume ; vers le jour...

De l'origine à l'origine – en passant par quelques ténèbres...

Le feutre et le pas – peu à peu – qui se confondent...

Un seul chemin ; la page-vie – la page-monde ; l'existence qui offre son témoignage...

Ce qui est expérimenté ; ce qui est éprouvé ; au cours de cette étrange aventure...

Sans complaisance – sans affiliation...

Le pli qui, au fil du voyage, se referme ; et qui disparaît ; l'infini qui (enfin) se découvre...

 

 

Cet écart – comme un legs pour le monde ; notre effacement...

La tête évidée ; et à mesure du débarrassement – la parole plus incisive – bordée de silence – peuplée de silence...

Sans ornementation ; ce qui porte la lumière ; la clarté et le sourire – offerts (très) discrètement – (presque) de manière anonyme...

 

*

 

Sous le feuillage éclairé...

En quel pays – la quiétude...

Loin des mortels angoissés – gorgés de peines – de désirs – de pauvreté...

Ici – dans l'alignement des astres ; la terre tournante – le destin déclinant...

Emporté – à son insu – vers l'immensité...

Au cœur d'une nuit devenue introuvable...

A cheval sur le jour ; comme un salut ; bien davantage (bien sûr) qu'une solution...

 

 

Le bruit des Autres ; et le bruit du temps – dans la tête saturée – comme une menace ; les assauts (incessants) de l'obscurité...

A grands pas – à travers le monde – à travers le vent – vers le territoire naissant – vers le territoire ressuscité – vers le territoire éternel...

La vie de l'autre côté du mur ; les choses et le regard – transparents...

 

 

L'imaginaire par-dessus le monde...

Comme des lèvres souriantes dessinées sur un visage patibulaire ; un masque rose – en quelque sorte – comme pour oublier ce qui domine ; la guerre – la violence – l'obscurité...

Le jour écrasé par nos méandres et nos labours...

Une terre (trop) fertile où prolifèrent la bêtise – la maladresse – l'inconséquence...

 

 

Le temps écarté...

L'heure insomniaque...

L'enfance – la fleur – le cœur – naissant – puis déclinant...

L'univers qui consent à toutes les possibilités ; jusqu'aux têtes précipitées dans la folie – jusqu'à la mort indéfiniment...

L'obscurité comme un règne ; la nuit offerte – qui s'apprivoise...

Et l'encre qui joue avec le monde – avec le vide et le silence ; en laissant apparaître son jeu dans la parole inscrite – (très) provisoirement – sur la page...

De l'ardeur et des étoiles – (singulièrement) intriquées ; l'un des nombreux processus terrestres à l’œuvre...

Et la marche à rebours (bien sûr) – jusqu'au seuil (déjà mille fois franchi) de l'origine...

La vie – la mort – le voyage ; comme d'incessants allers et retours ; ce qui ne connaîtra (sans doute) jamais de fin...

 

 

A même la trame ; toutes les ombres – et la lumière ; ce qui s'y trouve ; ce que l'on y met ; ce qui s'invente ; toutes les combinaisons possibles...

Qu'importe nos râles et nos gémissements...

 

*

 

Le jour ensemencé – au fond du cœur – au fond des choses ; et qu'il faut aller chercher ; et qu'il faut remonter – pour qu'il naisse au monde ; les mains cherchant dans l'invisible – dans la glaise – un peu partout – à quatre pattes – la tête emmêlée aux racines et au ciel...

Sur le sol – sur la crête – en déséquilibre ; le pas hésitant – au-dessus de l'absurdité apparente...

Et – sans surprise – de plus en plus nu(s) – et lumineux – à mesure que la fouille avance – à mesure que l'immobilité et le silence s'imposent ; le trésor (déjà) au bout des doigts – au fond du regard qui sait (au-delà – bien sûr – de tout savoir)...

 

 

Accueillir – l'ombre et la terreur ; ce qui nous constitue – l'épaisseur – les pierres entassées ; le cumul des malheurs ; et le joyau éparpillé – dispersé aux quatre coins du cœur...

Des trappes – une (très) longue série de trappes – qu'il faut ouvrir ; des passages à travers lesquels il faut se glisser ; des seuils métaphysiques ; du ciel et de la boue...

 

*

 

De la pointe du pied ; l'air – l'eau – la terre – le jeu du monde...

La pierre sur laquelle on écrit...

Les yeux aveugles ; et les corps mutilés...

La foule réunie au cœur du brasier ; ce dont on s'éloigne...

Ce qui nous attend – depuis toujours...

Dans la perspective d'embrasser le plus sauvage – le plus vivant...

Le temps de l'effacement et de la disparition...

 

 

Tant de peines – dans la balance...

La main ivre – délirante – qui pioche dans un sac ; un destin et sa longue série de conséquences...

De l'absence ; et (bien sûr) l'impossibilité de l'achèvement...

Des chutes et des manquements ; toute la grisaille terrestre – comme un épais manteau sur notre peau grelottante...

 

 

Adossé au vide...

Ce qui passe – en un éclair...

Le temps d'un sourire – d'un geste...

La mort parvenue...

Sans compter les conséquences ; l'absence spéculaire – comme dédoublée...

Rien au fond des yeux...

Un semblant d'assurance...

L'infini en boucle ; l'infini répudié ; qui se joue de nos dissemblances – de notre (merveilleuse) aptitude à l'illusion...

 

25 janvier 2023

Carnet n°283 Au jour le jour

Juin 2022

La vie blessée – blessante – métamorphosée...

Comme des flèches dans le sang...

La chair rouge et tuméfiée...

Et cette substance que perforent – que déchirent – que dévorent – les Autres...

De la matière à vivre...

Ce que l'on expérimente ; de la fleur à l'oiseau...

 

 

Les couleurs changeantes de l'âme...

Comme des ombres dans le miroir qui tournoient au milieu des rêves...

Et comme le reste ; silencieusement mortel...

 

 

Des empreintes sur la peau du monde...

Et dans l'air – le parfum de la mort – le parfum de l'abandon...

Si proches (encore) des esprits ; si enclins aux caprices et aux coups...

A vivre au temps de la terreur qui perdure ; le cœur affolé...

 

*

 

Le jour dans l’œil qui voit ; qui s'est substitué à la roche...

La terre – le cœur battant...

L'âme (enfin) perceptible à travers le geste ; comme une (large) fenêtre...

Un peu de vent ; et du silence...

L'infini qui nous étreint ; bien décidé à nous accomplir – à nous effacer...

 

 

Sous l'écume emportée – vibrionnante...

L'épaisseur inerte ; des kilomètres de matière tiède et molle...

Du désordre et de la confusion sous l'indolence apparente...

Le bouillonnement des désirs ; des tourbillons qui se succèdent...

Le portrait d'un monde féroce et (déjà) obsolète ; l'humanité d'autrefois qui s'accroche à ses privilèges – qui renâcle à céder la place – à offrir un autre visage à l'espace...

 

 

Le cœur creux et soupirant – à force de s'aguerrir...

Oublieux de ce qui existe – à dessein...

Recouvert de piques et d'écailles – comme la figure légendaire du guerrier aztèque...

Lance à la main – prêt à empaler ce qui passe...

Chasseur blessé blessant ce qui pourrait (dans la tête de tous les barbares) faire office de gibier...

Le monde entier dans la main ; et le ventre plein ; l'âme asséchée – (presque) moribonde...

 

 

La substance emprisonnée...

Au cœur même de l'étoffe...

Des couleurs et des reflets ; ce qui ondule à la surface...

La terre dansante...

Sous la coupole grise du ciel...

Des choses édifiées dans le vide – au gré des ambitions – au gré des circonstances...

L'aurore figée dans la matière que nos tremblements parviennent (parfois) à libérer ; comme un trop plein d'émotion – un regain d'innocence...

 

*

 

L'esprit au large – au plus près des mots...

Au cœur du souffle – l'air et le geste libres...

La lumière offerte ; et, de temps à autre, le repos nécessaire...

Le bleu – à l'intérieur – qui remplace toutes les promesses des hommes...

Le secret qui, peu à peu, se dévoile...

Et toutes les choses abandonnées ; livrées au monde ; laissées telles quelles...

 

 

Coup après coup – sur la matière vivante – qui finit par rougir – par bleuir – à force de plaies – à force de contusions...

Le sang séché sur ce qui n'a de nom ; et qui nous est si cher ; bien davantage que l'homme – sans doute...

La communauté de ceux que l'humanité a toujours ignorés – méprisés – utilisés – assassinés ; le rire aux lèvres et le cœur insouciant ; ceux qui nous ont précédés et qui nous survivront...

Le plus précieux ; l'esprit sans ombre et l'âme innocente ; ce qui sauvera, peut-être, les cœurs les plus sensibles...

 

 

Le visage marqué par le feu – l'ardeur du trafic et du sang...

Le monde affairé – circulant ; là où se précipite le temps...

Le ciel à peine entrevu...

Le sol parcouru à la hâte ; et le territoire des Dieux ignoré...

Tout ; prétexte au pugilat...

Des rafles et des conquêtes ; des heures et des vies faussement héroïques...

Des hommes et des montagnes – déplacés...

De la sueur et de l'écume ; et son lot de morts – pour remplir les interstices de la terre...

Le doigt pointé vers l'horizon – vers de nouvelles terres – comme si l'Absolu (humain) ne se déclinait qu'horizontalement...

 

 

La main qui s'ouvre à mesure que le ciel approche...

L'âme alignée sur le cours des choses...

Qu'importe le rythme et l'impatience ; le cœur accueillant...

 

*

 

L'emprise déclinante du monde...

De moins en moins d'efforts – au-dedans ; et le dehors qui reflète tous les états...

La langue libre – déliée – à laquelle les ombres et les mots s'agrippent en vain...

Le centre de gravité qui s'allège ; et se déplace...

De plus en plus autonome – à l'intérieur ; et l'allégeance aux circonstances comme seul impératif...

En amont de la confusion et de la peur...

En soi – au-delà de l'impuissance – au-delà de la volonté – la sauvagerie première, peu à peu, apprivoisée...

Qu'importe les choses et les visages alentour ; l'âme bouleversée ; et le souffle court – au milieu du monde...

 

 

Au détriment de la charge – du surplus ; ce que l'on porte naturellement...

Par delà les apparences – l'essentiel (presque) toujours...

 

 

A travers le chemin – l'assemblée accueillante...

Les yeux humides ; et les lèvres tremblantes...

De la peur à la gratitude...

De ce qui s'accroche au dessaisissement...

Notre manière d'exister en apprenant, peu à peu, à s'effacer...

Le bleu à l'âme ; le blanc à la bouche ; pas si loin de l'infini ; l'apprentissage de la transparence – cette perpétuelle initiation offerte par le voyage...

 

 

D'abord le jour – puis, le chant...

La lumière et la grâce...

La matière poétique (par excellence)...

Au milieu des rêves – au milieu des choses ; des miroirs tendus – comme un ciel entre les mains – où l'on pourrait apercevoir son visage...

Paume contre paume – les doigts enchevêtrés – l'esprit indissociable du reste ; qu'importe l'épaisseur de la matière ; qu'importe la profondeur du sommeil...

Et au creux de l'oreille – le murmure des Dieux qui donne au monde son rythme naturel – entre l'inertie des masses et la cadence de forçat que nous nous imposons...

 

*

 

Le corps aérien – dans la matière – dans l'épaisseur ambiante...

Proche de la distance nécessaire avec l'homme – encore perceptible mais hors de portée de ses plaintes – de ses querelles – de ses manigances...

Plus âpres – et (bien) plus difficiles – qu'autrefois ; la proximité et la cohabitation...

Quelque chose d'imperceptible nous a éloigné...

Ni pourquoi – ni comment ; l'implacable obéissance à ce qui nous porte – à ce qui nous anime...

Sans surprise ; naturellement...

Sans faux-semblant – sans rien cacher...

Seules – aux manettes – les forces qui nous gouvernent – qui nous malaxent – qui nous façonnent...

Comme la pâte du monde entre les mains (habiles) de l'Amour – du silence – de la lumière...

L'esprit en train d'éclore – peut-être...

 

 

Le plus infime soleil...

En bordure du monde – la lumière perceptible...

De quoi éclairer ; et, éventuellement, ouvrir les yeux de ceux qui dorment...

Le vent – des ailes ; et l'immensité à parcourir...

De ciel en ciel jusqu'à découvrir le lieu où nous sommes...

La marche salutaire ; les alentours de l'ignorance...

Et, en définitive, ce que l'on apprend du voyage ; l'accueil inconditionnel du silence – la pure immobilité...

 

 

De l'ombre à l'absence – en un clin d’œil...

De la danse à la guerre – en un claquement de doigts...

Et de l'absence à la lumière ; et de la guerre à la quiétude joyeuse – pendant très (trop) longtemps...

Ce qui nous occupe tous – en somme ; le labeur commun incontournable...

 

*

 

Ce qu'il reste du vivant disparu...

Ce qui échappe à la mort...

Serré contre soi – le dehors...

Dans l'intimité des choses – les jours de liesse et de franche sensibilité...

Ce qui s'apprivoise – (très) naturellement...

Comme le soleil qui réchauffe les corps...

Comme la nuit qui enveloppe le sommeil...

L'expérience – peu banale – du quotidien ; la proximité et l'émerveillement ; ce qui (bien sûr) n'étonne plus personne...

 

 

A reculer encore face aux remous...

Le rire franc – la poigne ferme...

Un peu de lumière et un peu de temps...

Notre manière d'y voir plus clair – dans cette zone d'ombre où le manque est si patent – où la matière creuse sa propre mémoire...

Et notre langue – heureuse – qui racle les rives joyeuses du vide ; le silence...

 

 

Le deuil déclaré...

Ce que l'on porte à l'intérieur – plus authentique que les habits d'apparat – presque lumineux...

Comme un soleil rieur qui libère de la tristesse ; et des assassins ; et de toute chose – en vérité ; et qui révèle au monde une autre vocation (exempte de doléances et de plaintes) – une possibilité ; un (très) mince espoir – diraient certains...

Sous les étoiles et les branches des arbres – ailleurs – au milieu des bêtes endormies – dans l'herbe qui écoute nos râles et recueille notre sang...

Au loin – les canines luisantes du monstre qui transperce – qui dépèce – qui avale son lot d'âmes – son poids de chair ; avec, à chaque bouchée enfournée, un changement infime – quasi imperceptible – dans le cœur des victimes – dans le cœur des bourreaux – qui mettront des millénaires pour se transformer – pour manifester dans leurs gestes un peu de sagesse – un peu de sensibilité...

 

*

 

Au fond de soi – le sommeil...

Et au centre – comme roulée en boule – la lumière...

Les yeux de la terre – à travers l'encre noire – murmurant – se confessant – oubliant momentanément l'agitation du monde – retrouvant le silence (pour quelques instants)...

A travers quelques mots – le poids des malheurs – l'heureuse insomnie...

Entre l'arbre et le dedans – le chemin emprunté...

L'ordinaire des choses ; sans doute – le plus merveilleux...

 

 

Sans brutalité – la solitude – l'intimité...

La bouche muette ; seulement le souffle – la respiration naturelle...

Ce qui s'approche – ce qui daigne s'approcher – au plus près ; ce qui anime le sang – le corps qui bouge – la main qui se tend – le temps qui rétrécit – les créatures qui apparaissent et disparaissent...

Dans l'étroitesse de nos vies – l'infini ; le cœur palpable du vivant...

 

 

La terre et l'arbre – ensemble...

Sans se soucier du martèlement...

Dans le périmètre défini...

L'assise de la différence – en quelque sorte...

Suspendu(s) à leurs murmures – à leur respiration...

Dans le plus grand secret – sans même que nous nous en rendions compte...

Depuis des temps immémoriaux ; et quasiment inchangés – nos pieds nus sur le sol – notre abri sous les frondaisons...

 

 

L'alphabet du ciel – laborieusement déchiffré – comme si l'on pouvait ainsi percer le mystère – transformer l'histoire du monde – découvrir ce que le cœur renferme – arpenter le territoire des Dieux ; et se laisser étreindre par le silence – la vérité...

 

*

 

La trame mise à nu...

Tout contre soi – à même la chair...

Le cœur qui bat...

Des secousses et des avancées ; des allées et venues...

Le monde d'avant et le monde d'après – à cet instant – réunis – ensemble...

Et toutes les forces qui nous traversent – qui nous animent – qui nous agitent...

Des corps – des cris – des mots...

Aussi démuni(s) que le reste...

Ce qui demeure et ce qui se transforme ; dans le désordre – entremêlés...

Mille tourbillons dans le vide...

 

 

A la même hauteur que le jour – le chemin non balisé...

L'espace qui remplace le monde – qui remplace les choses...

Tous nos visages tournés vers nous-même(s)...

Au-delà de l'histoire – (presque) toujours...

 

 

L'immensité à la place des yeux – à la place de l'âme...

Une terre d'accueil et de mélange...

Comme une prière exaucée...

Un phare – une fenêtre – une main tendue...

Quelque chose qui ne s'embarrasse pas des représentations du ciel véhiculées par les hommes...

Ni demande – ni vestige du monde fantasmé ; le geste sobre – précis – nécessaire ; et cet incroyable espace dans le regard ; comme un sourire – une danse – l'impossibilité de l’épuisement ; ce qui demeurera éternellement après la pierre – après l'usage du monde...

 

 

Des mots en abondance ; moins aiguisés que le cœur qui accueille avec discernement ; suffisamment nu – et vide – pour intégrer (momentanément) ce qui surgit – ce qui advient – ce qui s'invite ; et sur lequel glisse ce qui n'est pas né de l'Amour ; très peu de choses – en vérité...

 

*

 

Sans poids – le temps qui passe – le temps qui s'écoule...

Une approche ; une simple perspective...

Un peu d'air dans la trajectoire du vent...

Ce qui se dérobe sous nos pieds lorsque la terre tremble – lorsque le sol s'effondre...

Des mains sur les yeux pour ne pas voir la chute...

Le piège de l'existence – de la durée – là encore – comme toujours – la ronde (infernale) des illusions qui fait tourner la tête...

Comme une ombre – une longue série d'ombres – qui efface l'essentiel de notre visage – de notre joie...

 

 

Indéfiniment – l'attente – la quête – le face à face – ce à quoi nous sommes destiné(s) – ce qui nous anime – ce qui nous (pré)occupe (très essentiellement)...

Une manière de vivre ; et, sans doute, davantage ; ce qu'il y a d'antérieur à la vie et à la mémoire ; la substance que nous sommes – jusqu'à la moelle – à travers la valse (étrange) des déguisements ; à travers la transformation (inévitable) des apparences...

 

 

Ici – sans promesse...

Adossé à ce qui ne peut se méprendre...

L'innocence portée comme une bannière – (très) involontairement...

L'homme d'autrefois – patiemment transformé – métamorphosé en espace d'acquiescement...

Dans un état de vivacité permanent...

La tête dégagée des enfers célébrés par le monde...

Installé en pays (très) incertain ; avec, pour seul horizon, le poème silencieux...

 

 

Né avec les tout premiers continents de l'enfance...

Sous la peau – édifiés en colonnes – le silence – l'architecture de l'ensemble...

A divers degrés – le point de convergence de tous les élans – de toutes les destinations...

 

*

 

Sur la chair – la caresse – la nuit agissante ; et, parfois, le pouvoir des mots...

Sans intention – pourtant – le poète exilé du monde ; presque innocent ; n'écoutant que le ciel et le vent ; l'ardeur juvénile malgré les années...

La main qui façonne l'argile ; les pieds dans la boue...

Toutes les forces tendues vers le silence ; à travers l'expression – quelques riens – dociles – sauvages – naturels – dévoués à la main d'un Autre (bien plus grand que nous)...

 

 

 

Les yeux ouverts – sur le monde – sans accusation...

Au-dedans – la distance nécessaire...

Ce qui passe ; ce qui a lieu ; comment pourrait-on l'ignorer ; comment pourrait-on y échapper...

Des choses qui bougent – des élans – des mouvements...

Quelques vibrations – quelques soubresauts ; une once d'espoir – son lot de tragédies ; et ce qu'il faut de vérité – pour y croire encore (un peu) ; en réalité – un chemin d'adieux que notre ignorance – que nos résistances – rendent (presque toujours) tragique – misérable – douloureux...

 

 

Si l'on vit encore – peut-être...

Qui sait les choses qui nous composent...

Cet amas de bric et de broc – condamné à des millénaires de disette intérieure...

Et le nom dont on nous a affublé ; et dont nul ne se souvient ; comme tombé en désuétude faute d'usage...

Pièce par pièce – morceau après morceau ; notre vie – notre infirmité croissante – notre effacement...

 

 

Le mystère – une partie du mystère – déposé(e) au fond de cette chair surgissante...

De l'argile en émoi face au monde et aux circonstances...

Des interrogations solitaires – sans réponse – sans locuteur...

Et ce qui ondule sous les apparences – l'écho du mouvement initial ; la vérité – peut-être...

 

*

 

Aux angles du monde – le manque et l'absence ; ce qu'aucun don ne saurait combler ; il faudrait tout démolir – fracasser les têtes et la roche – briser les murs et la mémoire – oublier le hasard et le sommeil – déplier l'espace et le temps d'une extrémité à l'autre ; et se rendre (enfin) à l'évidence ; il n'y a rien – nous ne sommes rien ; juste le vide...

 

 

D'une couleur à l'autre ; comme une vieille chair – mille fois – repeinte...

Et ce que l'on porte ; et, dans un coin de l’œil, cette attente – indécise – indéfinie ; l'ignorance plutôt – peut-être...

L'espérance d'une autre terre – d'un ciel moins haut – d'une âme plus pénétrante ; autre chose que cette veille indéterminée – que cette inertie de part et d'autre des yeux...

 

 

A tâtons – dans le ciel ; quelques signes avant-coureurs...

Sans artifice – l'âme seule...

Dans l'obscurité – la lune...

Le merveilleux et le sang – inscrits dans le corps – au cœur de la chair putrescible...

La main mendiante qui emprunte la lumière du dehors...

Et nous – avançant – sans certitude – vers d'autres possibles...

 

 

Ce dont nous héritons ; le plus simple à vivre – cette matière animée – apparemment vivante...

Et devant soi – des lignes toutes tracées ; la géographie ancestrale du monde avec ses routes – ses frontières – ses interdits...

Un territoire morcelé où abondent le sang et la cécité – les querelles et les morts...

Quelque chose d'incompréhensible entre nous...

 

*

 

Au-dedans – sans rien voir...

Ce qui tourne en rond – à l'envers...

Le moins naturel – sûrement ; ce qui se sent séparé ; et qui ne l'est pas (bien sûr)...

A demeurer dans la douleur alors que la joie est partout – saisissable – à portée de main...

Nous – respirant à la surface – comme si l'air était rare – fouillant le sol avec notre âme et nos yeux souterrains...

Le temps incontournable (et disgracieux) du labyrinthe et des malheurs...

 

 

La lumière à travers un trou – comme la vie – comme le rire...

Et la mort qui frappe indistinctement ; ce qui résiste comme ce qui veut en finir...

Et la douleur de se taire ; et la douleur d'attendre – comme si l'on pouvait nous guérir – comme si l'on pouvait nous sauver...

 

 

En soi – les ombres projetées ; et l'essentiel des sacrifices de la terre...

Face au ciel (face à l'idée du ciel) – (trop aisément) corrompu(e) – notre vertige – tourbillonnant – à même la respiration et le sang...

Le visible occupé à ses trébuchements...

Et au-dessus (très au-dessus) – l'impensé – intouchable ; ce qu'aucun rêve ne semble convoiter...

 

 

Pour nous-même(s) – sans (véritable) existence...

Comme des couches successives à soustraire...

Du souvenir au consentement...

Des instincts aux yeux ouverts...

Parmi les loups qui rôdent – dans le reflet aventureux de la lune...

Le seul périple – peut-être...

Et dire que nous n'avons encore rien vécu...

 

*

 

Sans réponse – en silence...

Acquiesçant – sans explication...

Ainsi ; comme l'air que l'on respire et le sol sur lequel nous marchons...

Les pieds nus sur la pierre...

Le bleu au fond des yeux – encore invisible...

Et ce carré de terre ; et ce carré de ciel – comme le lieu où nous habitons...

Le regard et la douleur – aussi libres que le reste...

 

 

La bouche close ; sans exemple à suivre – sans exemple à donner...

Très modestement (avec assez de naturel)...

Ce qui bouge – ce qu'on laisse bouger ; ce qui est immobile – ce qu'on laisse immobile...

Le souffle toujours circulant – sans effort...

Animé de l'intérieur...

Comme l'arbre et la fleur qui se dressent ; vers la lumière...

 

 

De jour en jour – l'immensité fluctuante...

La férocité du territoire, peu à peu, apprivoisée...

Des fils arrachés – au-dessus des mains – au-dessus de la tête...

(Un peu) moins marionnette qu'autrefois...

Paumes ouvertes face aux siècles encensés...

Seul – à notre place ; toutes les questions portées jusqu'au silence...

Le visage de plus en plus impassible...

 

 

Des choses et des mots qui passent...

Sans réels repères – un peu du monde – un peu de l'âme – un peu de poésie – peut-être...

Quelque chose comme une parole ; et le plus sacré qui s'y est enfoui...

Quelque chose du silence – de part et d'autre de l'espace...

Le Divin sans concession – comme un appel...

 

*

 

Vivre au-delà des murs – au-delà du nom – après l'effacement...

Parmi les pierres et les fleurs...

Au cœur du chant qui monte...

Sous le ciel froid et dense...

Sur le sol gorgé de vie...

 

 

L'air frais – dans l’œil – le renouveau du monde...

L'équilibre (délicat) entre le provisoire et ce qui semble durable...

Les feuilles qui se succèdent...

La main agile – le rythme de la langue...

L'âme à l’œuvre (dans son modeste labeur)...

Au-delà de l'attente ; l'accès à ce qui a disparu ; le monde d'avant – les morts – le vertige et l'intensité – ce qui nous transforme en vivant(s) immortel(s)...

Quelque chose du sable et de l'immensité – qui demeure – qui s'écoule – qui demeurera et s'écoulera à jamais...

 

 

Comme traversé(e) par le monde – la parole...

Des lignes sans appartenance...

A la rencontre de cette part du cœur des vivants qui cherche une boussole – une manière de vivre appropriée – un chemin – un feu – un fanal – un ami dans la solitude...

Quelque chose de plus rouge que le sang...

La seule communauté envisageable...

 

 

Ce qui nous met au monde – quotidiennement...

Des pas – des paroles – du silence...

Affranchi de tout désir – de toute prière...

Dans l'ainsité des choses – le sourire né de ce que l'on porte – tourné vers ce que nous reconnaissons comme part de nous-même(s) ; ce qui nous compose (ontologiquement)...

Le labeur des vents sous le regard impassible de celui qui sait...

Des étreintes réconfortantes (presque toujours) ; et l'âme engagée...

Le bâton qui sert à danser avec les éléments...

Et en tout lieu – l'intimité – cette matière plus précieuse que l'or...

 

*

 

La figure épaisse des hommes à l'âme absente ; de la matière qui advient – qui s'écharpe – qui s'écroule – qui se succède – qui se remplace...

Des murs autour de la nuit – hauts – (presque) infranchissables...

Un labyrinthe ; et mille voies sans issue ; et des batailles autant que de têtes qui tombent...

Et la vitre contre laquelle se cognent ces armées de brutes...

Une vie – des vies – comme une longue attente sous la pluie – au milieu des pierres et du sang – avec, partout, enivrante cette odeur de mort indélébile...

 

 

Sa part de boue (bien sûr) ; et tous les possibles (rarement réalisables)...

L'âme que l'on néglige – comme s'il s'agissait d'un rebut – d'une matière superflue ; seulement dénicher une sente où se glisseraient aisément les pas – à l'abri des Autres – à l'abri des yeux qui pensent – à l'abri des cœurs sensibles...

 

 

A rebours – la course du silence...

L'allure décroissante...

Ce que la mort nous confie...

Et ce que la solitude nous révèle...

Nos yeux dans l'obscurité...

Le voyage enraciné ; de désillusion en désillusion vers ce qu'il reste...

L'absence de soi – la fin de toute séparation (de tout sentiment de séparation)...

Au point de rencontre entre l'âme et le monde ; l'espace immense...

 

 

D'une seule traite ; du soi à tout – du tout à soi – de soi à soi ; comme un va-et-vient perpétuel ; l'aller-retour du même voyage – indéfiniment...

Et nos vies ; comme les traces de l'oiseau dans le ciel ; ce qui existe – ce qui est vécu – à cet instant même – le monde vivant...

 

*

 

La place forte abandonnée – livrée aux pilleurs et aux vents...

Le carré d'herbe verte offert aux déluges et aux tempêtes...

Laissant apparaître cette fragilité – comme un étrange jardin de lumière (jusque là dissimulé sous la solidité apparente) ; comme un présent (inespéré) accordé aux yeux ouverts...

Le silence qui percute le cœur et la pierre...

En ce monde encore étranger à la dimension magique de l'espace...

 

 

Des seaux de poussière que rien ne saurait pondérer – compenser – rééquilibrer ; pas même l'infini – pas même l'éternité – (toujours) inexistants aux yeux des hommes (aux yeux de l'essentiel des hommes)...

L'éclat terne des existences ; ce poids fragmenté – cette lutte contre la douleur – contre le froid – ce qui fait obstacle à la puissance...

La volonté comme seule force de frappe ; et le reste dans l’œil inerte – la place du monde et des habitudes qu'aucune ardeur ne pourrait déplacer...

Le sommeil ; des fenêtres closes...

 

 

On devine (parfois) la profondeur derrière le cri ; et les impératifs horizontaux...

Le défi de l'arbre ; et le défi du mur – en filigrane...

Ce qui s'érige ; et la distance qui sépare de la lumière...

Quelque chose de blanc – du brouillard dans les yeux ; la tête calée contre le sol – une manière de voir – et de vivre – l'épaisseur...

La gravité du monde ; et de l'autre côté – un peu plus loin – la neige et le ciel...

 

 

En retrait des masses...

Affranchi de la tristesse et des postures humaines ; une manière de se soustraire au poids du monde...

Et au loin ; comme un craquement dans le silence...

Un mensonge hautement reconnaissable...

Trop de sourires et de promesses ; trop de caresses et de mots – sur la pente à gravir...

Du bleu ; et des passages que l'on obstrue à force de bruits...

 

 

En soi – cet Amour clandestin et anonyme – ardent – magistral – qui anime la matière – qui rend la substance vivante – sans jamais se soucier de son sort...

Le monde – traversé de part en part ; des plus hautes cimes jusqu'aux plus profonds souterrains...

Le voyage en soi ; qui envahit le moindre interstice – qui submerge toute forme d'étroitesse ; sans jamais encombrer...

Ce qui, un jour, finit par déchirer les apparences ; transformant ainsi l'enfer et le néant en vide habité ; en joie perpétuelle...

 

*

 

Là où l'on séjourne – enveloppé...

A l'abri du monde et des circonstances...

Vie et mort (savamment) enchevêtrées...

Au cœur d'un passage – entre la pierre et l'immensité...

Un rêve d'éternité couronné par une forme d'errance et d'oubli...

A se laisser pénétrer par le silence et la lumière alors que d'Autres vénèrent (encore) les ténèbres et le bruit...

 

 

Au milieu des mots ; (un peu) plus d'absence...

La réponse – en chemin – silencieuse...

L'existence éprouvée ; d'une extrémité à l'autre – au cœur de l'obscurité...

Derrière la langue et les apparences...

Du possible à l'impensable...

L'éternel retour ; l'espace sous le labyrinthe...

Là où nous nous effaçons ; ce qui nous prolonge jusqu'à l'infini...

 

 

Profondément plongé dans la parole...

L'absence de temps – au cœur des siècles...

L'écho de l'origine dans l'univers...

L'Amour à travers les saisons...

La migration des âmes – la métamorphose des corps ; et ce qu'il reste au fond du cœur...

L'obscurité éparpillée au milieu de la lumière...

Le soleil et l'espace qui consolident l'impossibilité de la séparation ; et qui privilégient l'effacement au détriment de l'absence...

 

 

L'archipel intérieur ; le lieu où se déploient les ailes...

Le ciel à la place des images et de la pitance...

Ce qui, en nous, lentement s'éveille...

Une étreinte qui dure à la place des choses qui changent ; à la place du sable qui s'écoule...

L'âme tournée vers ce qu'elle porte...

Assis en silence face au monde ; le verbe passionnément poétique...

 

*

 

Plus haut que le jour – la modestie des visages – l'écoute discrète – la main qui caresse – le souffle rassurant sur ce qui, en nous, est livré à la peur – à l'angoisse – à l'effroi...

Quelques mots pour abattre les murs et rendre au sauvage sa liberté...

Des bêtes – des roches ; des arbres jusqu'au ciel – sans (jamais) avoir peur...

Ainsi pouvons-nous faire face aux hommes et à la fatigue qui gagne parfois ceux qui résistent...

 

 

L'âme chamboulée par ce qui passe – le silence...

Le dehors et le dedans – imbriqués sans savoir où l'un commence – où l'autre finit...

Une respiration naturelle – de plus en plus...

La solitude comme une couronne sur le cœur en joie ; la tête si près du sol – si près des cimes – si près du ciel ; de la couleur de la neige...

 

 

Simples et naturels – l'esprit qui voit – la main qui agit...

Sans calcul – dans l'espace...

L'âme apprivoisée...

Comme le soleil et le vent...

Ni superflu – ni arrière-pensée...

La parfaite obéissance aux circonstances...

Ce qui s'impose – sans intention...

 

 

Ni haut – ni bas ; ni gauche – ni droite ; ni surface – ni profondeur ; ni centre – ni périphérie – ni désert – ni peuplé...

Un espace – une présence – autonome – sans géométrie – en deçà et au-delà de toute géographie terrestre...

L'infini (plus ou moins) parcellisé – (plus ou moins) décomposé en fractales...

Des têtes et des soleils qui tournent – qui ont l'air de tourner...

Partout – le même rêve – en pointillé ; le monde en apparence ; et, en filigrane, l'esprit...

 

 

L'invisible évincé – comme un mythe – un mirage – une fiction ; une histoire pour fermer les yeux ; tout le contraire (bien évidemment) ; mais la force des illusions est si puissante chez les hommes que les apparences tiennent (presque toujours) lieu de vérité indépassable...

La tête engourdie ; l'âme obsolète – sans pouvoir même envisager l'impensable...

 

 

L'absence – comme le seul espace possible...

Les mains clouées à la faim...

Le ventre maître de la soif...

Ce qui sépare l'Absolu des contingences...

La trop grande proximité du monde – peut-être ; et sa manière (envahissante) de s'immiscer au-dedans...

L'inconfort et le vertige – simultanés...

Et le ciel suspendu – très au-dessus des jeux auxquels se livrent tous les vivants de ce monde...

 

*

 

Le plus précieux de l'hiver – en soi – déjà...

Le cœur – au loin – qui cherche...

Et devant les yeux – toutes les butées – les pierres avec lesquelles les hommes construisent des murs ; tous les horizons indépassables...

Les heures (trop) passagères...

Le vent qui emporte – qui révèle le dérisoire et la fragilité ; ce qu'il y a de plus nu – en nous...

L'indifférente monstruosité du monde...

Des barrières ; et de la souffrance...

Ce avec quoi l'on emplit – et entoure – le vide ; les existences...

 

 

L’œil éteint – sans préalable...

Sans pourquoi – sans comment...

La flèche fichée dans la chair...

Le mouvement et la vie – stoppés net...

Le corps fumant qui gît sous la lumière...

Et nos mains en prière – auprès des arbres – témoins de tous les assassinats – de toutes les atrocités...

 

 

Les mots-lumière – comme une transparence au cœur de l'hiver...

Des doigts qui courent sur la terre – la page entre nos mains...

Et au-dessus – l’œil ; et au-dessus de l’œil – le ciel et le vent – ce qui nous emporte – la fin d'un nom – d'une dynastie – d'une longue lignée...

Les traits du visage effacés ; et, à la place, un sourire et la candeur des bêtes ; et le regard acéré du sage ; qui accueille – qui acquiesce ; et qui (re)tranche tout superflu...

En soi – qui émergent – les gestes et les nécessités du jour...

Qu'importe le sommeil et les tragédies...

Qu'importe la douleur du monde et le rire des assassins...

Le verbe – comme une flèche ; et la parole lancée – comme une trouée dans les illusions ; et, peu à peu, le déchirement des voiles qui obstruent le regard ; et derrière lesquels brille le réel ; l'une des rares possibilités (pour l'homme) d'apprendre la clarté...

 

 

La terre désertée ; l'absence et le silence...

Le ciel sans distance...

A proximité de la source...

Le monde en soi...

Hors du temps...

L'âme au cœur de ce qui vient ; tous les possibles – simultanément...

Le sol comme espace de liberté...

 

 

Sans certitude – sans vérité...

Le destin qui s'affine – qui se précise...

Et le regard – comme un interstice au fond duquel s'ouvre l'espace...

La profondeur du réel sous les strates d'images et d'inventions édifiées par les hommes ; un (bref) aperçu – un (court) intervalle...

Du vent – de l'inconsistance – derrière les apparences...

Une dimension nouvelle – inconnue – ouverte par la perception et le langage – à travers l'âme réceptive qui tâtonne...

 

*

 

L'âme lasse – la chair fatiguée...

Au soir de l'horizon humain...

Le monde – par-devers soi – qui s'éloigne – qui s'efface...

Un peu de poussière sur la peur...

Des figures lointaines – de plus en plus...

Ce dont nous n'avons plus l'usage...

Une foule d'images enfouies dans la vase ; et la main inerte ; et le regard (presque) indifférent...

Au bord du sommeil – au bord de la mort – à présent...

Là – parmi le sable et les débris...

Pas d'apothéose – pas de perte légendaire ; la vie – seulement – qui s'étiole – qui s'éclipse – qui s'exile...

 

 

Au rythme de la lumière ascendante...

Le bleu aux oreilles...

Délaissé par le temps ; et les impératifs du monde...

Le front sauvage – silencieux – de plus en plus – dans la seule couleur qui vaille – dans la seule couleur qui soit...

 

 

Le cœur qui bat...

Le rythme du monde...

Notre essoufflement ; et cette lassitude à le suivre...

Le poids des siècles sur l'échine ; la poitrine oppressée...

Et toutes les portes closes auxquelles on frappe – auxquelles on continue de frapper...

Les os brisés à force de persévérance...

L'obsession du visible à participer à la danse...

Sans arrêt – sans retour ; ce voyage vers l'inconnu...

 

 

Aux confins de soi – le poème et la lumière...

Ce qui vibre avec l'herbe et les étoiles...

Le grand ciel peuplé de Dieux et d'oiseaux...

Les murmures passagers de l'Amour sur les berges bruyantes et surpeuplées...

Debout – les yeux ouverts – face au jour qui se lève ; et un sourire qui s'esquisse sur tous les millénaires passés...

 

*

 

En passant – sans rien collectionner sinon les désillusions et la tristesse ; notre trésor – la porte qui ouvre (tôt ou tard) sur l'inespéré – au milieu des larmes et de la désespérance...

Derrière la forêt des ombres – cette statuaire froide et illusoire qui trompe l’œil ; et qui trompe l'âme...

Seul – à présent – sous le ciel d'hiver ; à contempler l'espace ; et la vie spacieuse peuplée de silence...

Le goût de l'ivresse sobre – de toute évidence ; l'intensité du vertige – au-dedans ; et le regard imperturbable qui traverse le monde ; et au-delà...

 

 

Comme l'arbre – la verticalité un peu rigide ; et l'horizontalité qui cherche la lumière...

Le chemin – à l'intérieur – déployé...

Ce qui – en soi – continue à croître vers l'invisible...

 

 

Le feu – le jour – chemin faisant...

Le pas – le destin – en équilibre...

Et les paroles du monde rabâchées – mises de côté – comme un non-savoir – un florilège d'insanités présomptueuses...

Ce qui est colporté – ici et là – par toutes les bouches incultes – sans curiosité ; ce que répètent – inlassablement – toutes les générations...

Seul – sur ce fil – silencieux – au cœur de l'incertitude – au cœur de l'inconnu ; ce qu'offrent les circonstances ; par delà les baisers et les morsures des Autres ; ce qui s'impose – magistralement...

 

 

Des mondes imbriqués et parallèles...

Et un chemin qui serpente entre tous les seuils – portes ouvertes – sans dehors – sans dedans...

Et la respiration qui se déploie à travers l'espace ; et l'envergure du regard affranchi des répétitions et des psalmodies ancestrales...

Notre existence lorsque l'esprit sait transpercer les voiles – les reflets – les illusions ; lorsque l'infini devient notre seul territoire – notre seul horizon...

 

*

 

Dans la (totale) confusion du dehors...

Des choses – des mots – des choses ; et quelques visages parfois – comme une longue chaîne ininterrompue – des blocs de pierre accolés – un collier de poussière ; ce qui semble important – pourtant – aux yeux des hommes ; des insignifiances ; du ridicule et de la misère...

Et des fleurs – et le soleil – sur la terre – qui, chaque jour – à chaque saison, réapparaissent ; le changement imperturbable au changement ; et ce sourire – cet étrange sourire – face à tous ces petits riens qui passent...

 

 

La lumière vibrante – dans la tête secouée...

Et les ombres glissantes – sur la chair lisse...

Sans certitude – cette incursion dans le bleu...

Entre la bêtise et l'épaisseur – la possibilité (pourtant) de transformer la lassitude et le sommeil ; de percer ce qui nous sépare du ciel...

 

 

La chair changeante – au fil des saisons – au fil des âges...

L'irréalité du monde que nous continuons d'ignorer...

La vie ; ce qui existe – peut-être...

L'invisible en dessous du frémissement et du fracas...

Et le silence comme un funambule au-dessus des paroles et des cris...

L'âme craintive – apeurée – dissimulée derrière les apparences (boursouflées)...

Et nos pas – en boucle – d'une extrémité à l'autre de l'histoire – immobile – au fond de l'abîme...

Vers l'origine – à reculons...

 

 

Nos tremblements (parfaitement) accompagnés...

Entre le temps du soleil et le temps des horloges...

L'âme encore dans l'écho de ce qui nous a créés...

Bien davantage que l'histoire du monde...

L'époque d'avant le sol – le temps d'avant la pierre...

 

*

 

Le monde arpenté...

Face au mur – l'ombre et l'arbre ; et ce restant de lumière...

Et cette nuit qui n'en finit pas ; qui n'en finira jamais – peut-être...

Et ces lignes – et ces gestes – comme des fenêtres nécessaires – essentielles (qui sait?) – laissées un peu naïvement sur la table – offerts au monde – (très) discrètement – de manière (quasi) anonyme...

Les signes d'une clarté qui réunit – d'une sensibilité ; le désir involontaire d'une issue ; une réponse au sang et à l'indifférence qui se répandent...

 

 

La solitude durable ; un tête à tête ; face à l'essentiel...

La renaissance du monde ; l’œil fermé...

Personne ; l'écho d'un silence qui dure ; le prolongement de l'espace...

L'envergure (et l'attention) pour que le réel – la vérité (vivante) – en soi – puissent se déployer...

 

 

La neige – par couches – sur la parole passée...

Presque rien – en somme – sous l'enveloppe blanche...

Des mensonges – peut-être ; des mensonges – sûrement ; une vérité obsolète...

Le verbe à réinventer ; comme le geste – à chaque instant – qui doit jaillir – neuf – naturellement – à la fois porteur et affranchi de tout ce qui a existé...

Authentique – sans travestissement ; quotidien et spontané...

Entre l'ombre et le mirage – le réel tel qu'il se livre – tel qu'il advient – tel qu'on le reçoit...

 

 

Comme un fauve affamé ; la malédiction qui tourne autour du destin – cherchant une faille – une faiblesse – la part du rêve dans la solitude – l'angle d'attaque et le moment opportun pour pénétrer la chair – fondre sur l'âme ; et insuffler au cœur son poison ; un air de fantôme ; quelque chose du refus ; et le goût (inguérissable) de l'égarement...

 

*

 

Une lumière sur soi ; que les yeux savent refléter – parfois...

Ce qui se dit sans les mots...

Le ciel immense et accueillant...

Le geste né de l'espace ; et qui le traverse sans un remous – sans la moindre résistance...

Le vent complice – aimant – qui offre son souffle – son ardeur – son assistance...

Ce qui mélange toutes les couleurs – merveilleuses – (presque) indistinctes...

Les contours mouvants de la tendresse...

Ce qui nous circonscrit – d'une certaine façon...

 

 

Près du fleuve – l’œil stoïque...

Au milieu du bleu ; dans ce flot qui baigne le jour...

Le corps et le temps – figés...

Attentif à la beauté...

Une manière (assez) innocente de résister au monde – ce trop de langue – cette chance (très) moyennement tentée – toutes les forces unies vers le bas – vers la boue ; ce qui fait obstacle (de toute évidence) à la lumière – à la clarté...

Un pas permanent vers l'abîme – en quelque sorte...

(Presque) toujours en bordure de soi...

 

 

Agenouillé – parmi les ronces – parmi les fleurs...

Les yeux posés sur les jours qui passent...

Sans jamais s'établir dans le monde...

La vie à la manière d'une brève traversée ; un passage (sans cesse) réitéré...

Comme un rêve – l'existence ; ce qui semble (nous) arriver...

De la lumière (parfois) ; un peu d'ombre (très souvent) ; et notre étonnement ; et notre mutisme – face aux cimes et aux précipices – face à la violence et à la mort...

Comme plongé(s) dans la matière – un univers étranger...

 

 

De visage en visage – l'âme et la lumière – dans leur rôle respectif ; et, soudain, s'en affranchissant – choisissant de faire alliance avec la matière et l'ignorance ; histoire d'apprendre à ceux qui peuplent la terre qu'il existe d'autres perspectives que la vie – que la mort – que la poussière et les yeux fermés ; une manière légère – et joyeuse – d'être au monde...

 

*

 

Le ciel – à chaque foulée – plus léger...

On flotte – on épouse le vent...

On s'efface – entre soi et les limites du monde – au-dessus du sommeil...

On s'amenuise – dans le mouvement...

Ici même – à travers les jours...

La terre lointaine ; un chemin sans trace ; de plus en plus...

Sensible au relief ; l’œil rivé sur l'immensité...

Des gestes d'écume ; et le plongeon dans les profondeurs de l'âme...

Comme un rapprochement ; un début de délivrance – peut-être...

 

 

Au-delà du pays natal...

Plus loin que la cessation – que le voyage – que le repos...

Vers le grand large – de l'autre côté...

Comme sorti de l'interstice du temps...

A contre-courant de la durée – autour ; là où le silence et l'immobilité se mêlent aux affaires du monde – aux histoires des hommes – pénètrent la matière et le mouvement...

 

 

Au bord – parfois – de ce qui nous précède...

L'argile fragilisée par les pieds qui piétinent – par les mains qui pétrissent...

Le jour – (sans doute – trop) artificiellement aggloméré...

Si démuni(s) pour affronter la barbarie du monde – la sauvagerie des âmes...

Si peu conscient(s) de vivre ; si angoissé(s) par l'idée de la mort ; à peine existant...

Comme brisé(s) – écrasé(s) ; aussi peu vivant(s) que les Autres...

 

 

Sur la terre des forfaits infamants...

De la terre dont nous sommes issus...

A travers la terre – notre transhumance...

Vers la mort – la terre de nos ancêtres; ce trou dans le sol...

De toutes parts – la matière et l'impossibilité ; et la folie à l'affût...

Désespérants – ce désert ; et cette traversée du dédale – sous une lumière trop lointaine ; en nous et au-dehors – réunis – tous les signes de l'absurdité – tous les signes de l'incompréhension...

 

*

 

Sans détour – le pas – la parole...

Longues – la ligne – la marche – encombrées d'ombres – peut-être ; mais aussi authentiques que possible...

Les yeux détachés du désir ; près du ciel – dans son écho (de manière certaine)...

Et la résonance – au-dedans ; de la lumière...

Quelque chose de l'oubli et du temps déconditionné...

Le dessous de la boue ; au rythme du cœur qui bat...

 

 

La langue brûlante...

A bout de souffle tant l'air est chaud – à l'intérieur...

Le verbe au carré – sans cesse démultiplié...

Ni question – ni réponse ; un portrait – une sorte d'état des lieux donnant à voir l'abondance des visages et des possibilités...

Sans refuge ; (bien) au-delà des obstacles et des empêchements...

Sur la pente naturelle à laquelle le monde nous a livré(s) ; le fond des choses – pour soi – peut-être...

 

 

Au-dessus de la durée ; le temps pulvérisé...

Le vent qui s'engouffre...

Ce que la main désigne en se tendant...

Le ciel moins escarpé qu'on ne le pensait...

Par-dessus l'enchevêtrement...

Aucune ombre – aucun recoin – pour se cacher ; dissimuler sa crainte (ou son refus)...

Ce qu'il faut extirper de la mémoire...

Apprendre à respirer au-delà des murs de l'enceinte...

Dans le même espace – partout ; sans dehors – sans dedans ; le vide vivant à même le cœur – à même la peau – à même la pierre...

 

 

L'écoute déterrée ; qui émerge, peu à peu, de l'épaisseur...

Sans poids – sans passé – neuve malgré l'âge antique des oreilles...

Une présence capable d'effacer toutes les frontières inventées par les hommes ; et de rassembler tous les recoins et tous les continents...

Le lieu (primitif) de l'envergure et de la précision...

Ce qui accueille – ce qui acquiesce – de manière lucide – sans rien discriminer...

 

 

Comme chargé d'une parole secrète – silencieuse...

Comme porté par un courant invisible – mystérieux...

Tout un parcours ; une infime portion à travers nous qui sommes l'une de ses voix...

Au-delà de la pensée...

Au-delà de toute réponse...

Cette part du réel capable de désobscurcir l'âme – de désenfouir le cœur englué dans la peur et la matière ; et d'offrir une joie affranchie des circonstances...

 

 

Entre le rêve et l'imaginaire – la réinvention perpétuelle du monde ; ce collier d'apparences qui dissimule la poitrine et la respiration du réel...

Et le sang silencieux qui circule dans les veines des vivants...

Là où s'originent les visages et les choses ; en ce lieu étrange – et indéfinissable – où s'initient le regard et le poème ; l'apaisement et la réconciliation ; ce qui pourrait sauver les âmes de l'indifférence et de la barbarie...

 

*

 

Ici – comme retourné...

Happé par cet étrange mouvement – à l'intérieur...

Vers là-bas – sans pouvoir donner de nom – ni à la danse – ni à la destination...

Des pas légers ; une terre nouvelle – peut-être...

Porté – sans prise – par le courant – par le flux des vagues...

Et dans l'immobilité de l'air – et de l’œil – aussi (parfois)...

Ce qui bouge ; et ce qui contemple ; l'un dans l'autre – indistinctement...

 

 

Qui sait – qui peut savoir – où cela commence – où cela finit...

Qui sait – qui peut savoir – d'où vient le sable ; et son œuvre étrange sur les âmes...

Qui sait – qui peut savoir – les mots et le lieu où l'épaisseur ressemble à la chair – tous les points de fragilité...

Qui sait – qui peut savoir – ce que révèle l'écoute attentive du monde et du silence...

Qui sait – qui pourrait – rassembler l'ensemble des pièces à emboîter pour tenter d'achever l'inachevable ; le (très) surprenant puzzle du vide et de la matière ; le mystère vivant ; l'ineffable qui s'incarne...

 

9 janvier 2023

Carnet n°282 Au jour le jour

Mai 2022

Le temps sacrifié au profit de l'interstice...

La vie frémissante et souterraine (plus joyeuse qu'on ne le croit)...

L'espace intérieur ; le cœur intense et discret...

Une fête solitaire et silencieuse – affranchie des Autres – du sommeil – du manque – de la douleur...

Qu'importe le brouillard au-dessus des têtes – au-dessus de la terre...

Les cris et les couteaux se sont tus ; ne reste plus que l’œil et la page...

 

 

Face aux masses sans résonance – sans vocation...

Une brèche – seulement – où s'est insinuée la chair – la douleur et la chair...

Comme un égarement propice au crime...

Une dérive en terre inconnue ; un séjour monstrueux...

 

*

 

Le cœur lacunaire – aride ; moignon de chair – matière amputée...

La nuit agitée – assaillante...

A peine – un bout d'espace effleuré...

Et des ondulations de détresse ; une lutte – un face à face pour résister à l'injonction de mourir...

La pièce maîtresse ; ce qui était si noble – si précieux – si vital ; et qui finira (comme le reste) au milieu des ordures...

Le ciel trahi par la terre – en quelque sorte ; engluée dans son incompréhension...

 

 

Impénétrable – la bouche solitaire...

Le mouvement des lèvres – comme pour elles-mêmes...

La parole muette (pour ainsi dire) – comme une fleur au-dedans de la fleur – invisible ; trésor secret – part du mystère retranchée dans les replis – offert(e) (seulement) à ceux qui sauront laisser glisser le verbe au-delà de la gorge et dont le monde – s'il était sensible – et attentif – pourrait sentir le parfum et la vibration...

 

 

Le prolongement de l'empreinte dans l'âme pour secouer la vieille torpeur – retourner l'obscénité terrestre (ordinaire) – transformer la somnolence en sauvagerie (celle qui nous animait à l'origine)...

Comme un ricochet de la parole – une manière de retrouver l'ivresse – la marche joyeuse – le souffle princier...

Tout plutôt que la monstruosité ; et élucider le mystère (autant que possible)...

 

 

Au large – en jouant – l'infini échancré qui se laisse séduire...

Et nous – creusant le sol et la vérité – franchissant les frontières et la peur...

Face au songe – incurvé...

Oubliant les griffes et le soleil ; réinventant le corps et le monde...

Invitant la lutte à s'éteindre...

Nous abandonnant au feu et à l'effacement ; laissant le cours des choses remplacer le provisoire – les mains s'agiter et le regard plonger dans ce qui demeure...

 

*

 

Sur le sol – la table – des feuilles...

La vie qui passe...

Et cette lumière d'automne sur les arbres – la main...

Jusqu'à l'horizon – sans limite...

Le ciel déchiré – de part en part – comme si le feu – le souffle – le traversait...

Une corde au-dessus du vide pour guider notre cécité ; et le détachement lorsque le fil se rompra...

 

 

Des pierres – mille pierres – jetées (avec force) sur le sommeil – sans jamais réveiller les fronts endormis...

La tête ailleurs – aujourd'hui ; les yeux détournés du monde – sur la cime des arbres – sur le geste précis – sur l'enfance qui réapparaît...

Un plongeon – une séparation pour rejoindre cette part (trop longtemps) oubliée – insoucieuse de ceux qui vivent le cœur inerte – imperturbable – indifférent...

 

 

Au cœur du sauvage – sans raidissement...

L'aube et l'herbe – d'un commun accord – associées...

Aux périphéries du périmètre – au-delà du territoire qui tient lieu de cercle humain...

Sans retour – il faut le craindre (ou s'en réjouir)...

Aussi loin que possible de la rumeur – des bavardages...

L'espace naturel et solitaire – comme la seule issue...

Le temps débordé dans ses marges...

La langue inoccupée laissant entière liberté à celui qui a l'usage des mots...

Le secret et la lumière – par leur tranchant ; le silence par son versant le plus escarpé...

 

 

Gris-sonnaille ; le ciel hurlant...

La voix chevrotante...

Et l'âme placée là – (très) réfractaire...

La folie dispersée à coup de boutoir ; la meilleure – et la plus rude – place (sans doute) pour apprendre l'immobilité...

 

*

 

Effacés d'un trait de lumière – tous les amassements du monde...

Ici où tout arrive ; le plus miraculeux ; en ce lieu où se rejoignent tous les chemins – toutes les dérives – toutes les errances...

L'épaisseur de la trame qui se défait ; sans résistance face à la force déployée...

Rien – contre soi – l'Amour – ce qui advient ; et tous les possibles (évidemment)...

 

 

Au loin – la frontière des illusions – écartée d'un souffle – d'un geste précis ; sur le point de se disloquer...

Comme un rire qui éjecte la matière et le superflu – ce que nous avons inventé pour tenter de donner un appui à notre posture bancale ; et qui forme comme un couvercle suffocant sur la clarté...

Et la nudité – à présent – comme l'unique conséquence ; à la manière d'un décrochement...

Ce qui ose se montrer ; et ce qui ose nous surprendre ; le vide au fond de l’œil (presque) retrouvé...

 

 

Avec violence – l'esprit réfractaire...

Face aux forces d'exaspération...

Des signes d'effilochement – malgré l'ossature rigide...

Le corps contracté – au milieu de silhouettes folles – dociles – obéissantes...

Et le vent – fort heureusement – à notre rescousse...

 

 

Au fond du gouffre – haletant – cherchant une parade – une issue – quelque chose – une terre promise en soi – oubliée...

Le désir d'une solitude que d'Autres jugeraient extravagante ; un lieu au-dessus de la fange – un espace qui pourrait compromettre le reste – au-dessus de tout soupçon...

 

 

La douleur – emmurée – comme un barrage...

Un accroissement de la faille – recouverte de pétales roses – de fragments de joie inemboîtables ; comme une étoffe déchirée par-dessus la plaie...

 

 

Entre le désastre et l'aube – tant de tourbillons ; rien d'intact – rien d'indemne – sinon le regard et la nudité – ce qui demeure et que l'on habille de choses et d'autres...

Du vent ; et des chemins jusqu'à la chambre où l'on nous dépèce...

Ni torture – ni crucifixion ; des gerbes de lumière et des éclats de joie qui se renouvellent à mesure que le monde – l'existence – l'esprit – se simplifient...

 

 

Sur la crête tranchante – la parole en déséquilibre...

Le souffle angoissé – l'âme tressaillante...

La feuille tantôt livrée au ciel – tantôt dévalant la pente jusqu'aux plaines du monde – jusqu'à rouler dans la fange ; sacrifiée – en quelque sorte...

Le feutre cramponné à l'enfance ; et l'encre qui envahit la poitrine ; une résolution qui confine au silence – à une forme de quiétude approbatrice...

 

*

 

Sans alternative ; ce qui s'impose...

Les énergies du dedans et du dehors – étroitement liées – d'un seul tenant ; exactement la même – en réalité...

Comme une concentration (involontaire) des désirs – des intentions – des nécessités...

Une force qui déborde la chair ; et qui pénètre l'âme...

Comme jeté(s) sur la pierre – enchaîné(s) aux extrêmes – impuissant(s) face aux forces – face aux mondes – qui nous habitent – qui nous agitent...

Un point inerte – vacillant – dans la poussière...

 

 

Entre le passage et la dispersion – entre la possibilité et l'éparpillement...

Un corps ; et l'esprit à la verticale – comme détaché...

(Très) maladroitement (il va sans dire)...

Le partage – la fuite ou l'exclusion ; quelque chose à notre mesure ; quelque chose – en nous – qui obéit aux impératifs de l'invisible – aux objections du monde ; comme écartelé(s)...

 

 

Comme une courbure de l'air...

Quelque chose de compact – de décidé – malgré le bleu vagabond lorsque l'aube approche...

Comme une incertitude et une fulgurance...

Le retour et la réconciliation abouchés...

Un répit pour nos vertèbres malmenées sous la lumière...

Et l'écriture – comme un gisement de silence...

 

 

Enchaîné(s) à la cime et aux effondrements...

Ainsi la chute – ainsi les étoiles...

Le long voile de la nuit dans le regard...

La folie ruisselante ; et la mort épargnée par les désirs de la chair...

Notre âme – sous la voûte – sur la feuille noircie – saturée de silence et de mots...

L'obscurité des lieux (en partie) démythifiée...

Dans la chambre éclairée – la fin du face à face ; la voix et le vide – amoureusement enlacés...

 

*

 

L'Absolu ignoré – comme un trésor vacant – oublié...

Le monde aux prises avec son insensibilité...

Des gestes – comme des amputations...

Des corps et des âmes – infirmes...

Le reflet du commerce et des instincts...

L'absence d'inclination ; la mémoire plutôt que l'oubli...

Trait pour trait – l’antichambre de l'enfer ; l'axe que nous empruntons...

 

 

Trahi par l'histoire et le récit – par tous les mythes du monde...

L'esprit (trop) abstrait...

Le réel comme une image...

L'Autre (à peu près) inexistant ; au mieux – un instrument...

Chargé(s) de matière – inextricablement...

La vérité illisible – indéchiffrable ; des étiquettes que l'on colle ; des fragments que l'on ordonne selon mille critères possibles ; et tous nos gestes incroyablement lacunaires – des saisies et des arrachements incontrôlés – (presque) impardonnables...

 

 

Lieu perdu – dégagé des signes ; au milieu des broussailles...

En soi – le passage vers l'affranchissement ; découvert au détour des sentiers du monde ; comme un interstice nécessaire...

Les aventures froissées – dans la paume serrée...

Le cœur entamé par la peur...

Et des gorgées de réel pour panser les blessures – recoudre ces lambeaux de chair jetés à même la roche – parmi les herbes et les fleurs...

L'aube jusque dans notre errance – jusque dans notre vacillement ; et en tête – le dernier souffle...

 

 

De l'air mal inspiré...

Des jaillissements au cœur de la langue – (incroyablement) spontanés...

A deviner le monde – au loin – passablement subjugué...

Des traces dans la lumière – comme seul fil conducteur – jusqu'à l'invisible – jusqu'à l'effacement...

Des restes carbonisés de superflu – de part et d'autre du chemin...

L'esprit – sans interruption – dans le fracas – le retrait – la délivrance ; et tous nos efforts en pure perte – abandonnés sur le champ...

 

*

 

Le jeu (quasi) magique des remous...

Du feu et des engloutissements ; la lente (et inévitable) désagrégation de la matière...

De la fumée à la place du visage – à la place du nom...

L'enfance – sur la pierre – dansante...

De longues glissades – sans appui – dans l'espace...

Qu'importe les mouvements – le surgissement – la disparition...

Le recommencement comme la seule obsession...

 

 

Dans la trame de la forêt – des mots ; une succession de feuilles et de silences – quelques trouées de lumière...

Ni supplice – ni chimère ; la juste place – le geste précis...

Et, sans surprise, l'adoucissement de l'âme ; et les mœurs de moins en moins tranchantes...

L'usage (très) joyeux de l'incertitude...

Dans le giron immense (et surprenant) de l'inconnu...

 

 

Nous – tournoyant – engendrant – détruisant – disparaissant – et réapparaissant encore...

Du souffle – par grappes – enlacés – projetés ici et là – dans le vide ; et autant de traversées – de destins – de possibles...

La nuit irrésolue ; et des mouvements énigmatiques...

Au-delà de la raison ; l'irruption de la solitude...

Le ciel et le rire contre la joue pour apaiser l'intensité de la brûlure...

 

 

A l'origine – l'infini ; puis, le pas ; puis, la voix ; puis l'immersion dans la fissure vécue, peu à peu, comme un piège – une incarcération ; et toutes les tentatives pour s'en libérer ; du rituel à l'envol – jusqu'à l'effacement sur la pierre – jusqu'au baiser (discret) de la lumière...

Sans fil – dans cette trouée de ciel, sans cesse, renaissante...

 

*

 

Monde-miroir – ensemencé par nos gestes (tous nos gestes) ; cette manière de se débattre comme si l'on était dans une arène – au fond d'un gouffre – sans possibilité d'échappée...

Prisonniers de la chair-interstice et des Autres – toujours plus ou moins absents – ahuris – affamés...

Et un espace – à la lisière du vivant – embarqué avec nous – disposé à nous suivre où que nous allions – quoi que nous fassions ; et qui n'aspire qu'à une chose – que nous puisions le découvrir et l'habiter – afin de demeurer indemnes au milieu de la violence et des massacres dans lesquels toutes les créatures (terrestres) sont condamnées à vivre...

 

 

Au-delà du désastre – au-delà du dérisoire – l'enfance qui résiste ; comme un rire face à la mort – comme un funambule de papier au-dessus du feu – comme un pétale emporté par le vent – malmené mais confiant dans le voyage – qu'importe le lieu de départ – qu'importe le lieu d'arrivée...

 

 

Le retour de l'air – l'espace sauvage...

L’œil ouvert sur les signes et les circonstances...

Le cri – dans la gorge – (parfaitement) transformé...

Apôtre du silence plutôt que de la plainte – plutôt que du hurlement...

Une voix simple ; le geste qui tire vers le bleu – comme une calligraphie invisible – un rituel sacré – une danse dans la lumière...

Entre la blessure et la mort – la présence rehaussée...

 

 

Dans la chair entamée – le vide qui nous porte...

Nous – hautement substituable(s) – porteur(s) d'une série de fenêtres – de plus en plus – ouvertes...

Le cœur du cercle, peu à peu, rejoint par ses rayons...

Hanté(s) – pourtant – par le fugace et la disparition...

Le sommeil éventré ; et la trajectoire de l'âme – pénétrante – jusqu'à l'essence – traversant toutes les couches – tous les immondices – tous les éboulis ; toutes les catastrophes...

 

*

 

Comme une forteresse qui résiste aux assauts – aux excès – à l'intensité de la fatigue et de la peur...

Une paroi abrupte qui donne le vertige ; et l'élan d'aller plus haut – de dépasser toutes les frontières (terrestres)...

Sans prouesse – sans (véritable) graduation...

Vers le faîte – toujours – à l'intérieur ; de la périphérie vers le centre...

Le dedans ; et ses multiples passages vers l'étendue...

L'infini – ensemble – à l'affût ; comme une exigeante aventure – une (très) longue gestation...

 

 

Sinon la peine – l'exil – le déracinement ; les guerres (indéfiniment) reconduites – les terres, sans cesse, ravagées...

L'assuétude et l'asservissement – comme le socle – et les pierres angulaires – de l'édifice...

La corruption grandissante des fils ; des nœuds – des étranglements...

 

 

Le pas suivant – sortant de terre – venant à notre rencontre – s'insinuant profondément dans la chair...

Ici – toutes les choses – en soi – convergeant vers la même dérive – cette sorte d'errance entre terre et ciel...

Le voyage en une seule enjambée ; lente – longue – interminable – accordée à l'ascension et à la chute – simultanément...

Le souffle jusqu'au vertige – sans la moindre douleur – sans erreur possible...

L'issue – la marche – la foulée ; le long de la crête – sur ce fil tendu...

 

 

La parole sournoise – gorgée de sens et de possibles – multipliant les chemins et les interprétations ; et donnant à l'épuisement un caractère brûlant...

Le parfum du verbe au-dessus du monde – flottant dans l'air comme si le réel était insuffisant – comme si tout devait être transformé ; envoûté – par le langage – les images et la pensée...

 

*

 

L’œil face au ciel...

Plongé dans le vertige du regard...

La poussière virevoltante...

La soif enhardie...

Le cœur toujours (plus ou moins) sauvage...

Comme dissout – ce qui fait obstruction...

Comme effacée – la monstruosité du monde...

L'ardeur du feu ; et son impatience ; plus présentes que jamais...

Indissociable du territoire – des limites et de l'indistinction...

L'absence – comme de la fumée ; (très) épaisse parfois...

L'âme engagée – sur les traces du silence – l'invisible...

Comme abandonnée – la brusquerie...

Rien qui ne commence ; rien qui ne finisse...

La perpétuité de l'instant – éternellement reconduit...

Des chaînes lourdes – parfois rompues – de temps à autre – lorsque le dedans s'émancipe – lorsque le jeu prend une tournure légère...

Le monde – plus ombre que désastre – en définitive...

 

 

Face aux siècles – la figure hébétée...

La nécessité vitale face à l'imaginaire...

L'allégresse et l'intense férocité du vivant...

Et ce besoin d'ouverture pour résister aux assauts de la désespérance...

L'éparpillement de la matière et de l'esprit pour affaiblir la douleur ; et, peut-être, anticiper la mort...

Ce que l'on répugne (sans doute) à faire ; notre présence (involontaire) au milieu des Autres ; au cœur de la violence – de la terreur – de la folie...

 

 

La souplesse et la rectitude réactivées par la proximité du ciel...

Le resserrement de la trame au fond de l'âme – comme mille ponts jetés entre le monde et ce que l'on apparente (en général) au dedans...

La roche – les arbres – les fleurs – indissociables du regard et de la beauté...

Au cœur du plus fragile ; le sommeil enfin extirpé de l'interstice – offrant ainsi la possibilité de découvrir les (parfaites) ondulations de la lumière...

 

*

 

L'abondance – créditée – toujours davantage...

L'insanité jamais soustraite ; et que l'on déguise (à loisir) en raison...

L'exécration du monde humain – cette préhistoire qui s'éternise ; entre cannibalisme et barbarie ; les bras noueux à force de volonté...

La surface (à peine) explorée – et si douloureuse déjà ; comme une gangue de terre épaisse – protectrice – suffocante...

Des cadenas à profusion – comme si l'on pouvait dérober le plus précieux...

Toute une série de masques à ôter pour laisser apparaître la première couche du visage – sombre – disjointe – (très) superficiellement collée au reste ; et jamais entrevu(e)...

La lumière – l'espace – la vie – comme privés de silence (et de beauté) ; déguisés de manière exubérante – presque excentrique – auxquels on donne – ici et là – des airs vaguement révolutionnaires – histoire de se montrer sous son meilleur jour et de faire valoir sa part (supposée) de mystère – comme un bouquet de fleurs fanées que l'on offrirait à la fois aux morts et aux vivants – preuve (s'il en est) de la profonde ignorance des hommes...

 

 

L'aube – sur la page – déchirée...

Comme un peu de lumière sur la pierre triste...

Nous – nous assombrissant – (très) naturellement...

Du noir et de la haine ; et des pas rageurs sur toutes les tombes ; (sans doute) trop proches du miroir...

Des reflets fermés – comme repliés sur eux-mêmes ; et l'abîme (immanquablement) qui se creuse...

L’œuvre mystérieuse du voyage ; l'âme plus ou moins profondément incisée – fragmentée – partagée – qui apprend, peu à peu, à vivre au contact d'une chair affaiblie...

 

 

L'intime et le geste tendre plutôt que le goût de la collection...

L'oubli plutôt que l'obsession de l'entassement...

L'intensité sans le moindre enjeu – sans la moindre oppression...

Le territoire et l'illusion – (en partie) délaissés...

L'âme intègre ; le cœur ingénu et engagé...

Et le monde infirme qui continue de s'automutiler – à vivre en monstre affreux et difforme qui affame et ricane...

Et, un jour, sans crier gare – la lumière – la même que celle d'aujourd'hui – qui fendra la pierre ; et nos tremblements ; et nos hésitations...

 

 

L'argile grise – la fragilité des choses ; et les figures imaginaires...

L'ondoiement sans fin de ce qui sommeille...

Le monde sans vérification ; comme une masse de données brutes qui percute – qui pénètre ; l'exact contrepoids de l'âme – pour succomber...

Au bord de l'abîme ; et la douleur que l'on recouvre ou que l'on tait...

 

 

Embarqué(s) sur cette étendue éternelle – au milieu des remous – des changements ; une navigation chahutée – contrariée (si souvent) par la succession des vagues qui déferlent – qui poussent ici et là – qui emportent tantôt vers le continent – tantôt vers le grand large – au bord (toujours) de l'immensité...

Accroché(s) au corps comme à une bouée massive – encombrante ; et l'âme harcelée par les ombres assaillantes – nombreuses – qui exacerbent la blessure – la brûlure d'être vivant...

Vers l'engloutissement et la mort ; vers le découvrement de ce qui danse sous la chair ; l'apothéose peut-être de ce va-et-vient étrange au cœur de l'espace...

 

 

Une sorte de transe ; la danse de l'exclusion...

L'exil à la trace ; de la captivité jusqu'au grand ciel – de la fiction jusqu'au réel...

Et des millions de pas ; et des milliers de pages noircies...

A force de néant – peu à peu – dans le prolongement de soi – la perpétuation du vide qui se dessine...

De l'impossibilité au chemin – de la désespérance à la joie – de l'inertie à la frénésie ; et de la frénésie à l'immobilité...

Sans échappatoire – sans alternative ; le chemin qui s'éclaire ; l'étendue qui, peu à peu, se découvre et se laisse habiter...

Dans les bras de l'Amour ; et dans le champ d'investigation de la lumière...

 

 

L'écume dans nos craintes et nos sanglots ; dans nos désirs et nos défaites...

Le jour et la source – en amont du monde...

Comme un tourbillon d'air dans la diversité des flux ; un phénomène – quelques mouvements – parmi les autres ; quelque chose d'élémentaire – quelque chose de vivant...

 

*

 

Le courant qui s'impose à l'âme nue et obéissante ; en parfait réceptacle de la terre et du Divin...

Une présence au monde singulière et sans superflu...

Dans la résonance directe du cœur – sans barrage – sans écran – sans résistance...

Dans le droit alignement des choses...

Tantôt caresse – tantôt couteau ; le geste précis – le geste exact – qu'importe la beauté – qu'importe l'apparente barbarie...

A la fois la dernière pierre de l'éboulis et le parfait reflet du mouvement inaugural...

 

 

Le temps stérile des querelles et des débats...

La part animale de l'homme ; et la nécessité de l'éclat – comme un prolongement (raisonnable) de l'enfance naïve – (merveilleusement) crédule...

Disons un seuil à franchir plutôt qu'une issue favorable (n'en déplaise aux esprits archaïques ou bien pensants) ; l'entrée (à peine) dans le labyrinthe ; qu'importe la mort – qu'importe la jouissance ; des pas bruyants qui se hâtent...

 

 

Sans défense – l'illusion à terre ; brisée par la lumière ; et qui se réfugie (assez habilement) dans l'épaisseur du monde – défait – fouillé – retourné – par l'esprit qui la met à nu – la livrant à la langue et à l'acuité...

Comme un rideau de fumée devant les choses soudain décroché...

La pierre et la lumière – brutes – à présent – parfaitement dénudées ; et le regard sans socle – sans repère – comme suspendu au-dessus du vide...

Et nos vies – pulvérulentes – fuligineuses – qui s'envolent au vent – en nuages noirs et provisoires que le temps éparpille (peu à peu) dans l'immensité...

 

 

A travers nous – les courants – les vagues et les mouvements...

Ce qui naît et ce qui s'impose ; la force de toutes les nécessités...

Et le jeu entre l'étendue et l'épaisseur – entre le labyrinthe et le ciel – entre la matière – le rêve et l'origine...

Du chaos et du silence – partout – dans l'âme et l'espace – où que nous soyons...

 

*

 

L'errance – encore – aveuglément – la lampe au-dedans allumée...

L'âme sans défense – ouverte à toute découverte...

Et, en soi, le cœur ; ce qui a initié la lente dérive ; le voyage sur la pierre – dans l'espace intérieur...

Du désespoir au premier frémissement...

Un peu de poussière dans l'immensité – enjouée – virevoltante...

 

 

Pénétré – sans simagrée – sans dissimulation...

A corps perdu...

Emboîté au reste – mouvant ; et excessivement labile...

Au gré de ce qui passe – de ce qui nous porte – de ce qui nous traverse – sans censure – sans interdiction...

Toutes les ombres pendues à notre cou – terrifiées...

Ce qui pourrait (bien) s'achever – ce qui pourrait (bien) se résorber ; et disparaître...

Parvenu (peu à peu) au bord d'une autre surface ; une autre perspective – sans doute – où le rire et le silence se vivent intensément – au service (presque toujours) de l'innocence ; qu'importe l'état de l'âme – qu'importe l'état du monde...

 

 

Vif – comme le vent – comme le pas...

Dans la tendresse de l'interstice – l'âme parfaitement ajustée – jouant avec l'air et le monde – les alentours immédiats...

A même la roche brute – le cœur éprouvé – la poitrine angoissée – se soulevant en ondulations courtes et saccadées...

Et dans la voix – la parole détachée et le ciel (en partie) descendu...

Le visage enfoui dans le silence – attendant on ne sait quoi...

 

 

Par la fenêtre – le monde...

Ce que l’œil perçoit ; ce que l'âme ressent ; et le reste que l'on oublie...

Et sur le chemin – ce qu'il faut gravir – ce qu'il faut contourner ; et le cœur qui renâcle – et le front qui se perd en conjectures...

Et cette familiarité qui s'apprivoise – peu à peu – à force de côtoyer la même terre – malgré le mystère qui demeure intact – inentamé...

 

*

 

Seul(s) – face aux massives mécaniques assassines – où tout est happé – broyé – déchiqueté – qui transforment le monde en lambeaux – en amas de terre – de chair – de pierres...

Prisonnier(s) de cette nuit douloureuse (trop longue – assurément) ; et qui s'éternise encore un peu ; et qui fait vaciller les âmes qui patientent vaillamment ; et qui espèrent un miracle – un renversement – le dessillement nécessaire des yeux – l'impossible (sûrement)...

 

 

La même intonation dans ces voix si peu troublées par les couleurs – la rosée – la sauvagerie naturelle du monde – le prosaïsme de la pensée...

L'homme ordinaire – par excellence – muet – bavard – sans volonté – inapte à l'essentiel – animé par trop de forces – qui tourne et qui tangue – incapable de se mouvoir – de se décider ; girouette que le vent étreint – que le vent affole ; inerte et immobile....

Face contre terre – le cœur enfoui – les yeux fermés sur toutes les déchirures...

 

 

La route – encore – au bord des lèvres...

Un air de rien – au fond de la tête...

Le manque – cette entaille au creux de la chair ; l'appel des ailes et du vide...

Et ce qui se détache – peu à peu – du monde et du sommeil – du nom-étiquette qui nous colle à la peau...

La justesse du geste – la main qui œuvre – qui fend l'air – tantôt en caresse – tantôt en lame effilée – sans tremblement – sans hésitation...

 

 

Ce qui nous étreint ; au fond de la langue...

Comme l'essence de l'arbre au contact de la lumière...

Nos mains dans les siennes – aussi surprenantes que le cœur dénudé...

Et le parfum du silence qui s'incruste dans la voix – le verbe – la parole d'un seul trait – au-delà du noir habituel – au-delà de la douleur humaine...

La pierre d'angle où s'est réfugiée une parcelle d'éternité...

Comme à découvert...

 

*

 

Le geste ordinaire dégagé du monde – de tout résultat...

Fenêtre ouverte sur l'infini – sur la joie...

Libre de toute récompense nominale – de toute forme de reconnaissance identitaire...

Sans attribut – sans qualificatif – le mouvement qui prolonge ce qui a été originellement initié...

Ni commencement – ni fin ; l'oubli et la continuité qui échappe au temps...

Face à face avec ce qu'il (nous) faut accomplir...

 

 

Le jour dégradé...

L'effacement des limites ; toutes les indécisions enjambées...

Entre l'absence et l'immensité – l’œil involontaire...

L'engagement et le provisoire ; la faillibilité reconnue – et accueillie (comme le reste)...

L'énergie au-delà de l'abstraction – à l'origine du mouvement – de la justesse – de l'équilibre – qu'importe l'harmonie ou le chaos apparents...

Dans l'âme et la main – le sol et le ciel – réconciliés...

 

 

La pierre – la chair – fendues aveuglément – par défaut de lumière...

Comme des maillons supplémentaires sur la chaîne immense (et massive) qui enserre les cous ; grossissant à chaque geste quotidien...

Le monde que l'on étrangle – que l'on assassine – sans un regard – sans la moindre main tendue – dans l'indifférence et le ricanement...

L'homme universel (contemporain de toutes les époques) que le monde a toujours connu...

 

 

Parallèlement à la trace – le pointillé ; ce que l'on ignore – ce que l'on ne voit pas ; ce que l'on devine (parfois)...

L'autre part du voyage – l'autre part du réel ; invisible – déterminant – essentiel...

Loin des cercles et des couronnements...

Cette proximité accrue avec la terre – les bêtes – le ciel – l'ineffable...

Le vrai visage de l'homme – qui apprend, peu à peu, à s'extirper de la boue et du sommeil...

 

*

 

Pluriel – hybride – concomitant...

Le versant le plus coloré du monde...

Cette terre – ce minuscule caillou perdu dans l'espace...

Et notre enfance (assez) disgracieuse...

La multitude sur la même monture – engagée dans cette traversée – dans cette (fabuleuse et extravagante) chevauchée...

De lieu en lieu – au milieu des secousses...

Et dans la tête – et autour de soi ; le parfum de la peur et de la conquête...

Et le moindre pas – et le moindre geste – qui nous met en sueur...

L'exercice de l'organique – confronté à d'inévitables épreuves (bien sûr)...

Seul(s) – indigent(s) – merveilleux – indissociable(s) – indistinct(s) au milieu des Autres – au milieu de l'ensemble – selon l'orientation de la perception ; notre sort à tous ; ce à quoi l'on ne peut échapper ; ce parfait équilibre entre ce qui nous construit et ce qui nous défait – entre le dedans et le dehors apparents ; les conditions de l'aventure terrestre...

 

 

La soif resserrée sur la parole...

La distorsion du manque – au-delà de l'inconfort éprouvé...

La chose et le pas ; l'ambition du voyage...

Le délire et la frayeur – annihilés...

Et rien que des ombres ; et, autour de soi, la crispation de la garde rapprochée...

Notre transhumance en noir et blanc...

L’œil droit et le rire généreux...

Le vide comme manière de vivre – comme état d'esprit...

 

 

Ainsi offerte – ainsi exposée – l'énigme de vivre...

Les vivants en longue traînée de poussière...

De la terre et de la cendre – sous un ciel incompréhensible...

La lumière et l'infini crachant leurs signes indéchiffrables – laissant, dans le corps, un scintillement ; et, dans l'âme, un rébus ; et la possibilité d'une résolution (dont l'esprit, parfois, s’empare)...

 

*

 

L'enfance martyrisée...

Du rouge à l’œil d'avoir trop pleuré...

Le devenir devenant inerte – aveugle ; de la matière morte...

Dans l'attente d'une autre naissance ; une terre où il serait possible de grandir...

Une matière sans épaisseur ; un esprit sans illusion...

Un bout de ciel porteur de possibilités...

Une chose, en ce monde, presque insensée...

 

 

Le désastre né de la main trop besogneuse – de l’œil centré sur son mouvement – de la protubérance qui se pense (et se vit) hors de la trame commune...

Le défi du sang qui a rompu le silence ; et l'équilibre des mondes...

L'effondrement progressif – imperceptible – parallèle à la lente dérive – à cette besogne folle déjà accomplie...

Le cœur calciné – au cours de la course – avant (bien avant) que la tête ne s'en rende compte...

 

 

Le corps étendu sur le sol...

La tête dans les fleurs – au milieu des feuilles – des herbes – des épines...

L'âme au cœur de sa poésie ; au cœur de la forêt haute...

La pente adoucie par la liberté des signes – la liberté des pas...

Surgissant dans le rêve ; tantôt la marche – tantôt le repos – imaginaires...

Ne sachant où aller – ne sachant que faire...

Plongé à la fois dans la béance et l'épaisseur...

Seul(s) – assurément – sans que le piège ne fasse obstacle à nos tentatives...

L'esprit à l'écart – en suspension – au-dessus de la corde tendue entre le début apparent et la fin supposée – tournoyant au gré des cycles des mondes et du temps...

 

 

A genoux – entre l'air et la terre...

La langue posée sur l'invisible ; la bouche articulant des sons incompréhensibles...

Le sommeil au-dessus de la tête et des yeux ouverts – laissant la possibilité au monde – à la détresse – à l'abandon – d'envahir l'âme (selon la sensibilité et les prédispositions)...

 

*

 

La douleur trop abstraite pour atteindre l'impossible – le réel – la vérité...

Sur le fil de la désagrégation – indéfiniment...

En cet espace perpétuellement arpenté ; comme une exploration de l'étoffe depuis l'intérieur de la trame – sans jamais s'interrompre...

Et l'instinct – et l'intelligence – de poursuivre quels que soient la forme – l'ambition – le destin...

 

 

Comme un rêve – dans les combles de l'esprit...

Crispé (incroyablement crispé) sur le défilé des images – sur la longue série de possibles – sur toutes les alternatives (en réalité)...

Titubant ; la tête perdue et l'âme égarée – à chercher la sortie d'un labyrinthe imaginaire – au lieu de ressentir – au lieu de vivre...

 

 

Jeté(s) dans le récit des Autres – comme si le monde existait – comme si la cécité était l'état le plus naturel – le plus commun...

Et notre poitrine qui se gonfle (qui continue à se gonfler) – pourtant ; comme si nous étions (réellement) vivant(s)...

 

 

Ce qui porte à l'obscurcissement...

Face au chemin – la peur et la cécité...

L'absence de soleil – et d'attention – sur la pierre...

Les corps exténués – si las de tourner indéfiniment – d'errer ici et là – sans but – sans visée...

Le monde et la nuit – au corps à corps...

Et comme des hurlements de loup – au loin – pour se faire entendre (sans doute)...

Et ce que l'obscurité révèle ; et ce qui se déchaîne – accentué par la pénombre et l'anonymat...

Englouti(s), peu à peu, dans l'inconnu – avec nos manques et nos infirmités...

 

 

Pris au piège du monde – de mille manières...

Rongé(s) – balafré(s) – pénétré(s) par ce qui nous blesse – comme une lente mise à mort ; condamné(s) à cette sentence obstructive – jusqu'à l'épaississement de l'âme – jusqu'à l'étouffement...

Le cœur au bord de la déchirure – au bord de l'éclatement – devenant (à son insu) – à force de sévices – à force de mutilations – l'outil loyal – l'instrument docile – des forces que la vie terrestre exacerbe et glorifie...

 

*

 

Quelque chose – en soi – comme une longue série de portes successives ; un espace grossissant – s'élargissant – s'approfondissant – s'affinant...

A travers l'ascension – le plongeon – l'abandon...

Une présence vivante – de plus en plus – à mesure que les courants du monde – l'invisible – remplacent les pas et la volonté...

Qu'importe comment cela advient ; de mille manières différentes ; la flèche et le vide qui s’interpénètrent...

Et notre étonnement lorsque le cœur l'expérimente...

L'esprit-monde – sans méprise possible...

 

 

Sur les choses – nos mains ardentes...

De jour en jour ; puis, tous les suivants...

Comme une chaîne – un royaume – ininterrompus...

Face à la matière naturelle – notre allant et notre sauvagerie...

Et la nuit invasive qui gagne du terrain ; et que l'encre apprend, peu à peu, à déchirer...

La solitude contiguë à la chambre ; et la chambre contiguë à l'infini ; rien qui ne nous sépare – comment a-t-on pu l'oublier ; le vide égal au monde ; et le voyage égal à l'immobilité ; puis (bien sûr), le détachement...

 

 

La vérité sommeillante – la vérité impatiente – sous le masque ; la couleur de l'absence...

Ce qui se tresse avec l'insignifiance ; la surface perceptible de la trame...

Des passages dégagés par quelques figures ambitieuses – portées par la nécessité du ciel...

De l'air – entre les barreaux ; le même de part et d'autre des grilles...

Et plus haut que la tête – les rêves ; et plus haut que les rêves – la possibilité du jour...

Et toutes nos vaines gesticulations – sans la moindre contrepartie...

 

 

L'espace – le souffle – restreints – contenus...

Entre le hasard (apparent) et la douleur...

La cage et le manque – (sans doute) les seules évidences...

Et l'instinct de survie – à l'inverse d'une fraternité hors de soupçon – inappropriée ici – dans un autre monde peut-être – avec des créatures plus sincères – plus authentiques – moins équivoques – moins écartelées ; affranchies de toutes les faims – de tous les appétits...

 

*

 

La vie sans préliminaire...

Porté(s) par cette danse distraite...

Avec tous les bruits du monde dans la tête...

Ni ciel – ni (réelle) profondeur...

Rien que des échos et des rumeurs...

A l'ombre et à genoux...

Sur le versant le plus abrupt de l'existence (terrestre)...

Une (bien) étrange façon de recoudre le cœur...

Et, à nos pieds, l'infini – pourtant...

 

 

La clarté mille fois repeinte qui laisse entrevoir les épines – les subterfuges – les pièges et la nuit que l'on veut cacher ; le support de nos gestes mensongers – de nos vies illusoires...

Du sable dans la gorge – dans le sang...

Des corps qui se laissent choir ; et qui finissent en dépouille...

Le cœur (trop de fois) fracturé – qui baigne dans ses propres larmes – au bord de l'asphyxie...

Et l'esprit qui n'y comprend rien...

Et le ciel interminable – comme l'une des rares certitudes – auquel nous tournons le dos – par ignorance – par crainte – par excès de frivolité...

 

 

Le manque gravé à même le souffle...

La nécessité de l'air et du sang – dans cette geôle de chair...

Ce qui gouverne – sans défaillance ; ce qui porte le corps et la tête à s'incliner face à ce qui les anime...

La gueule grande ouverte pour demeurer vivant...

Moins (bien moins) autonome que la pierre que nous méprisons...

 

 

L'âme ombrageuse à force de défaites – à force de mensonges...

Les poches et les têtes pleines de ruses – de pièges – de croyances...

Le statut artificiellement rehaussé pour s'imaginer au faîte pyramidal...

Du vide à vivre – plutôt – sans étiquette – sans protocole [s'il nous fallait faire une (simple) recommandation]...

 

*

 

D'un pas de foudre – l'ascension...

Face au sommet – à bout de force ; implorant les Dieux du jour...

Le monde – si loin – dans notre dos...

Et la lumière sur nos cheveux sombres...

L'espace dans le ciel – dans la tête – dégagé...

Au-dessus des fleurs – sur la roche millénaire...

Ce qui nous étreint ; ici – la nudité – le cœur en fête...

 

 

L’œil au cœur de l'aventure...

Le bleu au bord de la lumière...

Les déchirures du monde (à peine) visibles – (à peine) éclairées...

L'âme étendue – devant nous...

La danse que dessinent les Dieux...

L'épaisseur et l'infini – côte à côte – à tourner ensemble – à s'entremêler...

Et notre silhouette qui se découpe sur l'horizon ; et qui se détache, peu à peu, du rêve dans lequel on l'a plongée...

 

 

La vie rayonnante ; l'âme ronronnante ; et ce qui mesure l'écart – la tristesse...

Le vide ; et ce qui se précipite pour le remplir...

Les uns (l'essentiel des hommes) – la torche à la main – tenue aussi haut que possible – pour éclairer le chemin...

Et d'autres (quelques-uns) – guidés par la clarté du ciel ; la lumière qui éclaire l'inconnu – en soi – devant les yeux...

 

 

A moitié enseveli ; d'un rêve à l'autre...

L'errance qui se poursuit...

La poitrine oppressée – comme si une main énorme l'écrasait...

Hors de soi – sûrement – aussi loin que possible...

Le sang qui circule – très laborieusement – dans les veines...

A l'ombre des choses ; et du temps qui passe...

Sur la pierre ; quelques signes ; l'encoche des jours – et la marche du monde ; la preuve (s'il en est) de notre (misérable) existence...

 

*

 

Le profil inhumain – sans étreinte ; quelque chose comme une bouche qui avale ; et un ventre qui digère...

Une faible lueur dans le noir ; deux yeux qui suivent – paresseusement – la danse...

Le souffle court – comme séparé du reste du monde...

Le geste tremblant ; comme un reste d'humanité...

Et devant soi – le ciel – à une hauteur légendaire...

 

 

Le retour – mille fois réitéré ; et la mort qui nous fauche – à chaque fois – trop précocement...

Le long de la même rive – le soleil qui apparaît ; le soleil déclinant...

L'âme assouplie par l'exercice incessant...

Le corps docile – comme le réceptacle des résonances ; et l'esprit qui scrute – de plus en plus large – comme si l'espace perdait, peu à peu, son étrangeté – sa sauvagerie...

 

 

Crevasses et pointes saillantes ; tel que se dessine l'impensable...

Sans erreur possible – le jour qui se lève sur le monde...

Le feu – au fond – qui gouverne ; maître des cycles et de la semence...

Derrière nous – la peur ; et devant, peut-être, la délivrance ; le déchirement ; l’œuvre qui s'accomplit...

 

 

Au cœur de la trame – le piège et l'issue ; ce qui nous sauve et ce qui nous retient...

Le va-et-vient des pas ; des vibrations et des âmes indécises...

La vie tremblante – colorée – sous la lumière ; et nos instincts reptiliens...

La vie fugace et le (grand) monstre endormi...

Des voix – l'Amour ; ce qui pourrait nous venir en aide ; et le hurlement des loups...

La vie – comme une nuit de pleine lune où tout pourrait arriver...

 

*

 

En chemin ; qui pourrait dire ? ; ici ou là – halte ou périple – seul(s) ou ensemble – sans raison ; et dans quel sens ? 

L'âme et la chair – aveugles ; et avides d'être rassasiées...

Et l'esprit captif – docile pour peu qu'on le tienne en laisse ; et la faim – et le sentiment (et l'image) de soi – qui y pourvoient – (très) largement...

A proximité – à la périphérie – presque toujours...

 

 

Comme si l'on n'existait pas ; dans cette profusion de choses – la multitude sommeillant dans l'abondance ; et que toute idée de vacuité rebute...

Comme une plaie malencontreuse – inévitable...

Heureusement que tout vacille – que tout sombre – que tout se décompose – devant le ciel silencieux...

Le bleu – l'ineffable – jouant la carte de l'effacement – au milieu de la matière qui se transforme – qui se déploie ; notre seul accomplissement – peut-être...

 

 

Au-dehors – la face lacérée...

Au-dedans – la terreur...

Sur la pierre – l'âme tremblante...

Sans engagement ; à ressasser la violence...

Arc-bouté(s) contre l'inéluctable – comme si l'on pouvait peser contre les forces du monde...

 

 

Dans l'intimité du pas...

La terre caressante...

Le monde qui s'étire...

Dans nos bras – ce qui vient – étreint et embrassé...

Au-delà de la résonance – ce qui ne peut être empêché...

Une voix – en nous – contre l'ombre...

Ce qui passe – au milieu des fleurs – sans rien endommager...

L'heure (presque) printanière – (presque) poétique...

L'âme comme désenvoûtée...

 

*

 

Bleu ; et barbouillé de blanc...

Ce que l'on a effacé – (assez) aveuglément...

Ce qui fluctue (ce qui peut fluctuer) ; du désastre à l'euphorie...

Notre labeur – jusqu'à la transparence de l'âme ; l'ampleur de ces lignes...

Un peu de joie – au-delà de la mort qui, un jour, viendra frapper...

Sans défense – au milieu des Autres ; à l'écoute de ce qui s'impose ; sans doute – le seul destin que peut offrir le monde...

 

 

Yeux dans les yeux – au contact de la source...

A compter (encore) les trébuchements...

La marche qui allège le poids – qui nous fait retrouver l'enfance...

A fonds perdu – le sommeil ; les coups – les mains qui s'abattent sur les joues ; toutes les armes qui servent la mort...

Ce qui doit périr ; et ce qui doit subsister – ce qui périt ; et ce qui subsiste ; sans doute l'une des rares leçons de l'expérience terrestre ; encore que – rien, en ce monde, ne peut être affirmé avec certitude...

 

 

Le geste sauvage ; le jour dissipé...

Notre destruction commune – qu'importe le règne – qu'importe les mots...

Rien qui ne puisse pondérer (favorablement) le poids de la cécité et du sang...

La ligne blanche franchie depuis bien longtemps...

La marche raisonnable – dit-on mensongèrement...

Des blessures et des chimères – mille désastres alignés – successifs – simultanés ; et l'écart qui – irrémédiablement – se creuse avec la justesse...

 

 

Sur le tracé de l'encre noire ; l'inconnu qui se dévoile – qui se découvre...

Comme des pierres – sur le sentier – de petits cailloux abandonnés par l'infini pour retrouver le chemin – s'affranchir de l'histoire – se ressaisir et se délester du reste...

Sans interdiction ; l'exploration – le voyage – l'aventure...

 

*

 

Le corps-ciel – vaste – dressé – librement (im)mobile – d'un état à l'autre – sans opposition – sans empêchement...

L'ignorance jetée hors du cœur ; de manière fluide et naturelle...

La tendresse pour ce qui s'approche ; et pour ce qui part ; pour ce qui nous étreint comme pour ce qui nous écorche...

L'interstice où tout se passe...

Vie et mort – lourdeur et lumière...

La matière équivoque et le Divin sans ambiguïté...

La marque – peut-être – d'un soleil profondément enchâssé dans la chair ; ce qui manquait à l'âme et au silence pour faire valoir leurs prérogatives...

 

 

Dans le souffle – le mouvement ; la mort qui s'insère – qui s'exerce – qui nous prépare ; des vagues successives jusqu'au dernier pas – jusqu'au dernier soupir...

Le lieu de l'être – indéfiniment...

 

 

La mort – comme le reste – qui s'impose...

La beauté du vivant – de l'éphémère – de ce qui passe ; élément de l'ensemble régi par les cycles...

Peu à peu – comme une succession naturelle – le rapprochement des uns et des Autres ; la longue lignée qui se perpétue – interminablement...

La nudité du cœur face à l'éternel...

Qu'importe le chemin – qu'importe la suite et le retour ; ainsi à jamais (tant que durera la matière)...

 

 

L'Autre – absent de notre jeu – de notre langue...

Un monde de débris et de déceptions – de souffle et de détritus...

Moins que les nuages poussés par les vents...

Rien qui ne puisse rivaliser (en particulier le monde) face à notre veille sur la jetée – face au ciel et à l'océan....

De la même couleur que la sente ; notre nudité...

 

*

 

Seul – sous le soleil...

Au cœur de la trame dispersée...

Sans attache...

Au recommencement de tout ; la ligne et la lumière...

Au-delà des grilles derrière lesquelles les hommes se sont réfugiés...

L'enfance pendue à nos signes...

Trait pour trait ; le même visage – celui qui résiste au devenir et à la mort...

 

 

Le pas – le feutre – dansant...

Entre le ciel et la béance – le joyeux écartèlement...

L'inconfort de la captivité ; comme pris au piège...

Et ce qu'il reste ; la fuite ou la résignation ; ou (pour quelques esprits assoiffés d'Absolu) l'immensité dans l’œil ; l'espace devant soi ; l'infini qui accueille le monde ; et notre impuissance ; et notre pauvreté...

 

 

Le pied posé sur la pierre – depuis la naissance du monde...

La danse envoûtante de la matière ; la chair sur la roche...

Sous la lumière – le sommeil...

La marche absurde – comme sur un manège – à tourner en rond autour de l'essentiel...

Comme un vide dans les vies qui ne savent pas voir...

 

 

Des couches de réel sur l'ineffaçable...

Ce que l'on croit important ; ce à quoi nous pensons appartenir...

Rien que des yeux fermés au fond de l'épaisseur...

Rien de tranchant ; rien de magistral ; de la terre qui remue un peu – en bâillant...

 

 

Devant la porte – le soir – l'automne – le monde – la mort...

Ce qui n'ose encore entrer...

Avec ce peu de lumière qui nous a pénétré(s) – (presque) par effraction...

Sur le seuil ; un pied au-dehors – un pied au-dedans...

A glisser tantôt vers le centre – tantôt vers l'horizon...

Le vide et la matière – sans la moindre fixité...

 

 

Les yeux perdus – à force d'usure – à force d'attente...

Un peu de clarté vers la terre – vers la nuit ; pour apprendre à regarder...

A la jonction absurde (et inconfortable) entre la surface et l'obscurité – au fond de cet angle qui déforme le réel ; et qui cantonne le regard aux apparences...

Au cœur du sang et des illusions ; au milieu des Autres qui nous embarrassent – qui nous indiffèrent ; auxquels nul ne prête attention ; dans un monde qui ne semble pas (réellement) exister...

Le cœur et le corps – soulevés...

Et au bord de l'abîme – le chemin des profondeurs ; ce qui mène, parfois, à la sagesse – à la vérité...

 

*

 

Sous le joug de la lumière – déjà...

(Très) mal chaussé pour le voyage...

La main nue qui, peu à peu, apprend le geste...

Le corps hésitant ; à porter le plus rare ; à cacher le plus précieux – à l'insu de tous...

Vers les marges du monde – là où les lettres et le nom deviennent inutiles...

L'effacement – comme un signe – la seule trace (si l'on peut dire)...

Le vide et le rien ; la tête et les choses non séparées...

Les premières hauteurs – peut-être ; à moins que le rêve ne s'approfondisse – ne change de dimension...

 

 

Comme sur une pierre tranchante – la prétention – la cuistrerie – qui laisse le pas et la langue sans support – humbles et involontaires pour qu'ils apprennent à œuvrer, à l'exemple de la main, au service d'une justesse sans modèle (strictement circonstancielle)...

Ainsi – au fil de l'expérience terrestre – l'esprit et l'âme comprennent la nécessité de se plier aux exigences du monde – aux prérogatives du silence ; ainsi retrouvons-nous – pouvons-nous retrouver – cette part d'innocence originelle...

 

22 décembre 2022

Carnet n°281 Au jour le jour

Avril 2022

Devenir – parfois – le pire...

Une douleur vivante – un désert aride...

L'âme et le monde – comme étouffés...

Des giclées d'angoisse et de sang – dans un silence hostile – incompréhensible...

Une voix – parmi d'autres ; toutes aussi inaudibles (se recouvrant les unes les autres)...

Un royaume privé de source et de fraternité...

Le jour percé – duquel suinte une substance tendre et visqueuse – une chose étrange...

Ce à quoi nous œuvrons – la tête penchée au-dessus du noir...

Une manière d'enjamber le gouffre ; et d'atteindre (éventuellement) l'autre rive – indemne(s)...

Le cœur rempli de choses et de haine – d'invisible et de matière...

Et cette ignorance que nous mâchonnons – comme s'il s'agissait d'un morceau de lumière...

Presque aucune chance (et combien le savent ?) d'approcher le silence salvateur ; à peine une fenêtre dans notre mur – une (minuscule) entaille dans nos remparts...

 

*

 

L'hiver – la pierre ; le monde métamorphosé...

Comme une halte dans la hâte habituelle...

Devant la source unique des cris...

Le visage penché sur la neige ; l'herbe recouverte...

La lumière de l'enfance – pendant un (très) court instant...

Comme une terre en déshérence dont les reflets, parfois, colorent le ciel...

Et la mort qui glisse comme si nous avions sur les mains le sang des Autres...

 

 

Ici – au plus haut – l’œil attentif...

L'âme aux aguets...

D'un côté, les vivants – en rangs serrés ; et de l'autre, les tombes – impeccablement alignées ; sur lesquels brille le visage de la mort...

Le monde partagé – des ombres et des gestes malhabiles ; le seul royaume que nous connaissons...

 

 

Rien que du creux ; des choses quotidiennes considérées (l'essentiel du temps) comme des corvées...

Un silence inatteignable – (presque) jamais entrevu comme une chance...

Des fenêtres à travers lesquelles on aperçoit le monde – la terre – le ciel – les Autres – les arbres – ce qui (nous) demeure étranger...

Rien qu'un débordement d'humeurs et d'instincts dans un décor figé...

A notre place – derrière la vitre ; la vie (notre vie) plus que malheureuse...

 

 

Des clés dans les yeux qui savent regarder ; et qui ouvrent (bien sûr) à peu près toutes les serrures...

Du ciel éparpillé dans la poussière...

Et ici – le monde à terre – vu tantôt comme une décharge – tantôt comme un jardin ; et un tunnel que l'on creuse (parfois) pour tenter d'échapper à cet univers désespérant...

Une lignée à remonter jusqu'à l'origine ; le seul (véritable) labeur de l'homme ; ce regard sans compromis qui – contrairement aux mains – au cœur – à l'âme – jamais ne s'immisce dans les histoires des vivants...

 

*

 

La chair écartelée par l'espace ; et qui se dilate pour que la lumière puisse se frayer un chemin – un passage à travers l'épaisseur...

Au milieu du bruit et de la puanteur ; cette horrible odeur – cet horrible vacarme – que fait le monde en vivant...

Et dans la foule – l'enfance que l'on ignore – que l'on piétine ; et à laquelle on s'adresse...

Du haut de nos falaises – le vent (et quelques paroles) qui s'élancent – les injures et les détritus que l'on jette – et la corde (bien sûr) sur laquelle on se balance...

Entre terre et immensité – toutes les existences – tous les déchirements – tous les tombeaux...

 

 

La tête encore sous l'orage...

La marche que l'on entreprend – toujours (plus ou moins) entre hasard et orgueil...

Tous les hommes – toutes les créatures – regroupés sur la même pierre...

Quelque chose sur la nuque ; comme un poids – une menace – l'épée des Dieux peut-être...

A glisser sur ces chemins – sans ressource...

Si désireux de mettre la main sur ce que l'on convoite – le plus précieux – invisible – emmailloté au fond du cœur...

Et cette transparence que l'on néglige – que l'on délaisse pour des jeux d'enfants ; un surcroît d'épaisseur...

 

 

Ça s'immisce en nous – comme l'effroi et la beauté – à travers toutes les fenêtres – tous les passages ; notre âme et notre corps – si poreux...

Comme endormi (depuis toujours) dans l'épaisseur de l'air...

Puis, soudain, l'explosion ; partout – des éclats – la matière déchiquetée ; la signature du ciel qui était tapi dans l'ombre que nous chérissons...

Une sorte d'insurrection – à sa manière – sans que le monde s'en doute ; sans même que les yeux de ceux qui nous entourent s'en rendent compte...

Le chamboulement – l'émotion pure – primitive – sous des apparences intactes...

Le même visage – le même chemin ; d'une nécessité à l'autre ; devant nous – le miroir et l'effacement (très progressif) du reflet...

Au milieu des Autres – du chaos – sans rien laisser entrevoir ; le surgissement inattendu de la paix ; une marche (involontaire – et sans méthode) vers une joie sans explication...

 

*

 

Un œil sur la frontière ; et l'autre sur l'étendue...

Pas l'ombre d'un mensonge ; les nécessités du réel – dans les gestes – sur les lèvres – en dépit de cette (inévitable) proximité avec les hommes – en dépit des règles – des lois – des mœurs et des usages – du monde...

Trop de fils à suivre ; trop de voix et de brouhaha...

Il faudrait un lieu sans repère – une (pure) invention – un perpétuel recommencement du silence...

Des pas – sur les traces de personne ; un voyage en hiver – un cœur à cœur (solitaire) avec ce qui habite le centre du royaume...

Davantage de ciel que d'étoiles (évidemment)...

Et de la chair – de moins en moins...

Des visages et des choses comme des débris – des ruines éparses ; pas même des souvenirs ; l'avènement radical (si l'on peut dire) du vide et de la nudité...

Du dénuement et de l'enfance pour que la joie devienne profonde – manifeste – acosmique ; suffisamment puissante pour rayonner jusqu'aux rives peuplées de naufragés et de tragédies...

 

 

Le jour ruisselant (sans autre témoin que lui-même)...

Le plus élémentaire de la lumière – sans doute ; perceptible par d'autres yeux...

Et toujours cette distance qui, de l'autre côté, désigne le monde ; cette séparation entre nous...

Et des mots – encore – de moins en moins interrogatifs (il est vrai)...

Et comment pourrait-on ignorer qu'en ces contrées, le cheminement (tout cheminement) demeure (bien sûr) une chance...

Au-delà de l'apprentissage des yeux et des doigts pointés ici et là (à tort et à travers)...

Quelque chose de vibrant et de majestueux ; notre âme (pleinement) engagée dans cette intimité croissante (et très largement évolutive)...

 

 

A ne plus savoir qu'en faire – de toutes ces têtes – jamais épargnées...

Avec leur lot d'absences – de craintes – de soucis...

Dans le froid des yeux des Autres...

Dans l'odeur du pourrissement et la couleur de nos tergiversations...

Un recueil de changements et de doléances ; tous ces cœurs démunis – si mal armés...

 

*

 

Des coulées d'espace – les unes sur les autres ; et qui finissent par dessiner des murs – un labyrinthe ; des seuils – des portes ; et de longs couloirs dans lesquels le vent s'engouffre...

Mille mouvements au cœur de l'étendue – peuplée – selon les jours – selon les époques – d’œils témoins et d'absents – en proportions (assez) inégales...

Des bouches pour crier – d'autres pour avaler – et d'autres encore (plus rares) pour embrasser – au gré des déchirements et des transformations...

 

 

Au cœur du chantier théâtral – nos têtes qui tournoient dans le grand incendie...

Et d'autres – comme si elles avaient élu domicile dans la demeure des Dieux – prophétisant – jetant à la figure de la plèbe – tous figurants (bien sûr) – quelques bonnes nouvelles auxquelles chacun (très tristement) s'accroche...

La petite musique des âmes dans l'espace en flammes...

Le monde – illuminé – grouillant de faux sages qui haranguent la foule – en plein sommeil...

 

 

Ce qui se réalise – dans notre absence...

Comme du vent et de grandes bottes...

La force d'un balaiement et de grandes enjambées – sans parole – sans commentaire – sans la nécessité du langage...

Comme un effacement et une valédiction perpétuels...

Ni ciel – ni pierre ; aucun repère ; rien à quoi s'accrocher...

Les seuils et la mort qui défilent ; une succession de deuils ; le processus de la séparation à l'envers en passant par ce point d'équilibre horrifique ; le plus rien – une forme de liminarité durable – sans cesse reconduite...

Seul – hors de l'ensemble – indéfiniment ; tel que cela est ressenti...

Le soleil – devant et derrière soi – partout ailleurs (en réalité)...

Plongé dans le noir et le manque (non encore transvalués)...

Humblement – de la plus authentique manière qui soit ; le point de franchissement qui mène à la réincorporation – au-delà même de l'idée de totalité...

 

*

 

L'orage stationnaire...

La seule saison que connaisse la tête...

Un bout de chair au-dessus duquel pend une (misérable) étoile...

Et des portes – mille portes – une série de seuils à franchir jusqu'à l'aube...

Des batailles ; et des peaux qui se déchirent ; des corps que l'on éventre...

L'ombre – l'angoisse et la mort – comme seules perspectives...

Poussé(s) là – comme si le ciel nous était interdit...

A se débattre ou à s'enfuir au lieu de faire face au jour – à la nuit – à ce qui vient – à ce qui naît au monde...

Comme un visage d'enfant écrasé contre la roche – à la verticale – en déséquilibre – très inconfortablement...

Et les filets du temps pour rattraper les souvenirs et les retardataires...

Et tous nos devanciers bloqués au même endroit – contre les mêmes grilles...

Le monde à la manière d'un cri ; une détention (individuelle et collective) ; quelque chose que l'on ne comprend pas...

 

 

Rien au-delà du mystère ; tout réuni dans les apparences ; la forme (chaque forme) reflétant l'ensemble – les profondeurs – ce qui semble caché...

Rien à percer ; vivre et ressentir – seulement...

De plus en plus sensible ; de moins en moins absent...

Une écoute brûlante – à chaque seconde – à chaque instant...

Une présence pleine...

Un geste – une voix – qu'importe les drames – qu'importe les joies...

Le vide et le silence ; capables de détecter ce que contiennent – et ce que dissimulent – l'effleurement et la frivolité ; à travers le sommeil et la peine – ce qui pourrait émerger...

 

 

La joue contre l'écorce – contre le monde...

Enlacés – les yeux fermés...

Ce qui se propage – se partage – sans doute ; un peu de chaleur et de lumière ; sous les paupières – la vie – l'Amour naissant ; ce qui patientait sous notre inertie et notre fièvre...

 

*

 

Entre ciel et sourire – le sable...

Les limites apparentes du territoire – au cœur de cette géographie sauvage...

Une tête sans calcul ; des pas – une danse – parfaits reflets de la lumière ; une forme de liberté primitive – presque barbare ; la chair qui roule sur cette sente jonchée de souvenirs et de ronces...

Des mains – dans le grand silence – qui battent la cadence...

La lune sur la pierre ; et notre visage...

Vers la source – sans hâte – à travers toutes les routes du monde...

Le franchissement d'une terre nouvelle – à moins que notre regard n'ait changé....

 

 

L'hiver intérieur – extraordinaire – comme un retour (inespéré) à l'enfance et au merveilleux...

Moins froid que neige – sur l'étendue où glissent les rêves...

Et cet étrange soleil – à nos fenêtres – qui éclaire l'espace ; comme un très ancien amour retrouvé...

 

 

De l'or – de la poudre – dans les mains...

Et le regard qui émiette et rassemble – qui pulvérise et autorise – tous les élans – tous les mouvements...

Sans impatience ; l'unité et les éclats...

De terre et de ciel ; le jeu de l'écume porté(e) par les vents ; et tous les horizons comblés...

Rien que des gestes et des pas ; une danse orchestrée par le souffle des vivants...

 

 

En suspension – la beauté – dans le tumulte – les tourments – inaccessible...

Au cœur de l'espace – cette veille – les yeux fixés sur quelques détails...

Dans le troupeau – au milieu de toutes les listes établies ; de longues séries de visages et de choses ; des fleurs – des noms – des étoiles et des interdits...

Ce que l'homme a créé ; un monde à côté du monde dont tous les passages ont été obstrués ; quelque chose entre le mensonge et l'invention ; les chimères (toutes les chimères) au cœur desquelles nous vivons ; une sorte d'étouffement...

 

*

 

A déchirer le monde – comme si l'on ornait une tragédie...

Une succession d'angoisses et de choses convoitées – simultanément...

Sur des kilomètres de terre ; sur des kilomètres de chair...

Le noir couronné – comme au théâtre – sur la pierre...

Des frontières qui protègent – et enferment – toutes les solitudes – les mains tendues – gesticulantes – cherchant (désespérément) à combler tous les manques – toutes les faims...

Des routes ; et des myriades d'oiseaux cloués au sol – prisonniers du ciel trop bas...

 

 

Le premier feu de l'hiver – sur cette rive froide et désertée...

Une moue joyeuse sur le visage – la chair figée – la face en plein vent...

Sans autres amis que les fauves et les fleurs – et les grands arbres qui dansent autour de nous – dans notre compagnie – prêt(s) à honorer – à célébrer – ce qui hissera l'invisible au-dessus de tout soupçon...

 

 

Des eaux noires, peu à peu, transformées...

Entre sorcellerie et croyance – la sensibilité de la main...

Le regard-oiseau d'où émerge le silence ; et l'essence du monde...

L'envol et la rivière ; l'étrangeté de l'arbre apprivoisée...

Au-dessus de l'imaginaire ; ce qui coule – ce qui advient – naturellement...

 

 

Ensemble – indistincts – indéterminés...

Le temps en fuite ; l'âme paniquée...

Des bouts de ciel – mal incorporés ; encore trop impatients...

Des douleurs indomptées ; quelques larmes et des rires...

Une main dans la nôtre pour apaiser l'angoisse...

De la puissance et de l'humilité ; la confiance et l'ardeur nécessaires pour se laisser emporter...

 

*

 

La figure pâlissante ; et la bouche tordue pour se moquer de la tiédeur de la chair – de l'incurie de l'âme...

La vie plus forte (toujours) que le monde en déroute – en émoi ; quelque chose de l'usage inapproprié...

Et cet éclat dans l’œil ; davantage qu'une image – le ciel présent ; le cœur ouvert qui reçoit son obole...

Ruisselant de gratitude ; ainsi (trop rarement – sans doute) pourrait s'achever l'histoire...

 

 

L'invraisemblable aventure – d'un point à l'autre du silence – dans l'indifférence absolue...

Quelque chose qui pousse – qui tire – qui emporte – le manque et la seule ambition qui vaille ; un surcroît d'être – pour toucher à la plénitude...

Un sourire autonome – libéré du monde – des visages – des circonstances...

Ombres ou reflets de l'ombre – qu'importe lorsque plus rien ne fait obstacle à cette (involontaire) intimité avec la lumière...

 

 

Sous l'orage – la ferveur imprévue – cette fureur contre le crime – sans relâche – contre la prière et le recueillement...

Des étincelles – en soi – des combats intestins – pour définir l'aventure ; et déterminer, peut-être, l'itinéraire vers l'aurore...

 

 

A ne rien saisir du poids du monde...

La succession des règnes et des déclins...

Des postures et des termes...

L'ensemble des espaces dédié à la violence – à la conquête – au pouvoir...

Des désirs et des perturbations ; un peu d'ombre sur ce qui semble souhaitable...

Le réel ; et son lot (inévitable) d'émotions...

 

 

Quelques traces déposées sur l'argile...

La rencontre du vent et de la rosée ; un peu de poésie...

La vie qui feint de se laisser saisir...

Et aussitôt prise – aussitôt prisonnière de l'encre noire – figée sur la page qui – lorsqu'elle est parcourue par des yeux réceptifs – la libère dans l'âme de celui qui la lit...

 

*

 

Ici – sans souvenir – sur ce sol sans promesse...

Parmi les fleurs et les rêves des Autres ; sensible (très sensible)...

Des mots ardents – découpant les territoires – recollant les portions – les parcelles – les morceaux – transmutant (essayant de transmuter) les idées en geste – tentant d'arrêter le sang versé – et priant la sève d'imposer partout le règne de la beauté pour remplacer celui de la sauvagerie et de la brutalité...

 

 

Vieil homme – déjà...

Près du trépas – peut-être ; et ce qui adviendra – déjà penché sur soi – sans doute...

Sans hasard – le déroulement du destin – sur la sente – le sable – la table...

Ce qui entre ; et ce qui sort ; ce qui est reçu et ce qui est abandonné ; tout ce qui (nous) transforme...

La respiration ; le chant qui invite à la prière – au silence – au recueillement...

Ce qui brûle ; ce qui est vivant – jusque dans la mort – par delà toutes les frontières inventées...

 

 

Découpée – par-dessus le ciel – la carte qu'ont inventée les hommes...

Des forteresses – des pièges – des barbelés...

La nudité habillée de (très) pauvres – et de (très) hideux – atours...

Des rêves – par-dessus les craintes...

Et tous les domaines en expansion – excepté l'essentiel (bien sûr) ; l'intelligence et la sensibilité...

Des vies – des têtes – des âmes – des cœurs – comme des coquilles vides, sans cesse, grossissantes ; et les ténèbres entièrement occupées – presque débordantes...

 

 

Des voix ; ce qui dédommage (parfois) de l'horreur devant soi – de toutes les atrocités commises (plus ou moins) intentionnellement...

Un chant ; et du silence – qui s'élèvent – de l'intérieur...

Comme la découverte – l'invention peut-être – d'un lieu superposable à tous les lieux terrestres ; un monde au-dessus du monde – pour respirer – exister – essayer d'offrir à l'Amour une chance d'embrasser les armes – la terreur – la violence ; les victimes et les bourreaux (d'un seul et même élan) ; ce à quoi (nous) condamne l'ignorance...

 

*

 

Serrés contre soi – un nom – une histoire – une réputation (peut-être) auprès de quelques têtes...

De l'insignifiance (essentiellement) – il va sans dire...

Quelque chose que l'on tient à la main et que l'on dresse (assez régulièrement) au-dessus du front ; un très mauvais usage du feu ; de l'ardeur à des fins moins que tribales – strictement personnelles...

Les épaules plus larges – une face plus visible (vaguement reconnaissable) ; et alors – que grand bien nous fasse...

Est-ce donc cela la vie – est-ce donc pour cette raison que nous venons au monde...

Comme un étrange éloignement de l'origine – presque un dévoiement – si commun – si naturel – qu'il rend l'homme bien plus risible qu'il ne le pense...

 

 

A cette fenêtre ouverte sur la nuit ; l'Absolu comme une certitude – une (soudaine) épiphanie...

Une fulgurance sur nos blessures et nos plaintes...

Le même visage du monde – de soi – vus de l'autre côté – légèrement en retrait – délicatement tournés vers le ciel – méconnaissables...

 

 

La nuit – tranchée à coups secs – puis dépecée – comme une vieille bête – un monstre antique ; et les entrailles laissées là – abandonnées à leur puanteur...

De toute évidence – une belle proie ; la seule proie véritable – peut-être...

Et le chemin – plus lumineux – à présent – qui appelle – qui invite à se rapprocher de ce qui éclaire – de ce qui réchauffe...

La poursuite du voyage libéré de l'obscurité...

Au-delà du rêve et du sommeil (plus que jamais)...

 

 

Au milieu des arbres – ce parfum de terre...

Le monde enjambé pour rejoindre le vide ; sauter à pieds joints au-dedans...

De l'ordre apparent vers le désordre naturel...

De la civilisation (supposément civilisée) jusqu'à la sauvagerie première – précieuse – salvifique ; une manière de se retrouver – de reconnaître la nécessité de l'enfance originelle...

 

*

 

Le ciel – encore – comme un en-deçà – la seule entité antérieure au monde – sans doute ; ce qui invite à la lumière et à l'immensité ; ce qui exhorte le voyageur à cheminer ; à maintenir (quoi qu'il lui en coûte) les yeux ouverts...

La main en visière pour découvrir la clarté et le secret ; très en avant de la tête ; et l'autre main dans la poche pour tâter la chair – vérifier le contenu de son viatique [de son (très) maigre bagage] – s'assurer d'être vivant et de pouvoir satisfaire aux nécessités quotidiennes...

Dehors – le déploiement ; et à l'intérieur – le retrait ; ce qu'il faut savoir inverser à partir d'un certain nombre de pas (et d'expériences) dans le monde (aussi tôt que possible)...

Le voyage – le seul voyage – qui se garde bien de dire son nom...

Entre terre et ciel – la course de l'homme et des étoiles – dans l'orbe et le sillon qui traversent tous les cycles de la vie et de la mort...

 

 

Ce qui s'inscrit – ce qui se détache ; ce qui doit arriver...

Le froid – le combat – la chair éprouvée...

Le seul héritage ; l'attente et le sommeil (plus profond que jamais)...

Une sorte d'inertie guerrière – obsidionale...

Des remparts – des chemins – comme des lignes que l'on trace ; sur lesquelles on passe et repasse – sans (véritable) destination – sans achèvement possible...

Avec des choses qui rôdent – en nous – autour de nous ; comme des fantômes...

Des monstres inventés et de l'angoisse (que l'on finit par serrer contre soi)...

Ce que l'on amasse (avec avidité) – considéré (très souvent) comme le seul trésor – le seul viatique (si tant est que l'on ait conscience de la nécessité du voyage) ; ce qu'il y a (seulement) à faire...

Comme un monde sans vent – sans Dieu – sans profondeur – sans infini – où l'on gesticule – comme une manière (à peine) de griffer la surface – de se battre contre une armée d'ombres invisibles ; des existences sans surprise – sans incidence – sans découverte ; une sorte de parenthèse dans l'aventure...

 

*

 

Sous le ciel – la nuit baroque...

Par-dessus le sillage des anciens ; de la fumée au creux de la parole ; beaucoup de mensonges (évidemment) et de la chair consumée...

Davantage d'images que de rêves ; et davantage de rêves que de visages...

Des mythes et des allégories...

La nuit qui s'étire ; celle d'hier et celle d'aujourd'hui qui se rejoignent....

La face du monde que l'on connaît – que l'on ne peut ignorer en vivant sur cette terre...

Les tempes vieillissantes – secouées par tant de tempêtes – frappées par tant d'éclats...

Le noir – la seule couleur ; avec l'espoir...

Des portes qui ouvrent sur le néant...

Entre l'abîme et la mort – des remous ; une série interminable d'incompréhensions...

Et pour nous tous ; la force de tenir et de croire ; et rarement davantage ; ce qui fait (sans doute) l'essentiel de l'homme...

 

 

Insidieusement entravé(s) – amarré(s) au magma et au vent – le seul socle terrestre...

Avec – autour de soi – des horizons abrupts et des têtes renfrognées...

Des sentes et des larmes ; et, parfois, un (très vague) sentiment océanique – en plus de l'écume...

Un périple sans (véritable) péril – sans (véritable) renoncement ; une sommaire (et commune) tragédie ; des fenêtres et des paroles qui ne débouchent sur (à peu près) rien...

 

 

Une révérence aux confluences des lenteurs...

L'âme dressée – saisie par son impossible chagrin...

Comme un rétrécissement à l'embouchure...

Un temps introuvable – aux heures les plus lucides...

En la défaveur de tout militantisme...

Sans ironie – sans réfutation possible...

Le cœur bouleversé par ces éclats de ciel servis par une encre sans déguisement ; une forme de contemplation naturelle – vaguement contagieuse (peut-être)...

 

*

 

Le corps émietté ; des trous dans l'air...

Quelque chose comme un lieu impalpable ; et une démonstration de force discrète aussi – comme les bras de l'immensité à l’œuvre ; le sens de l'histoire – en quelque sorte...

La trame parsemée d'or – de soleil et de fantômes...

Des papillons dans le silence...

Le ciel offert comme un message...

Et toutes les âmes portées à croire en elles ; autant qu'aux ailes et à la lumière...

 

 

Rien de la malédiction des sorcières...

Des signes (de simples signes) d'expansion...

Comme une étrange fascination pour la vie et les ténèbres ; ce qui croît et ce qui engloutit...

Des appels sans réponse ; et des fragments de langage...

L'infini penché sur lui-même ; et toutes ses parts parfois parlantes – parfois réduites au silence...

Du vide et de la matière ; un ensemble (incroyablement) vivant – tout au long du cycle...

 

 

Quelque part – toujours – quelque part – dans le cercle tracé par le silence...

L'odeur de la mort et le souvenir des anciens...

Quelque chose comme un cri – un geste – une tentative...

Une manière de vivre au milieu des Autres – en dépit des difficultés – des périls – des obstacles – des impossibilités...

Ensemble – comme nos têtes mal servies – comme nos cœurs éprouvés...

Contre les murs – l'écho de notre voix...

Des places vides ; du sang versé sans préambule ; et la foule sans alibi...

 

 

Des cascades de paroles...

La bouche faussement auréolée de sagesse...

Des relents de silence ; des reliquats de nausée...

Ce qui ressemble à une chanson – une sorte de rengaine – au milieu des ombres et de l'immensité – passablement inutile – comme si nous étions incapables d'inventer autre chose...

 

*

 

L'âme fascinée par la lumière ; et les malédictions de la terre ; cette vie terrestre qui abîme et qui brûle...

L'espace tapissé de vide et de matière ; la matrice démultipliée...

Et des messages invisibles tatoués au revers de la chair – au-dedans des choses...

L'univers qui nous étreint – fragment après fragment – simultanément...

Inaccompli(s) (bien sûr) à cette hauteur du langage...

Entraîné(s) dans la poussière – tourbillonnant avec le reste...

Le monde dans le sillage de cet aveuglement...

 

 

Dans l'axe et le mouvement ; ce qui demeure ; et ce qui est emporté – sans verdict – sans châtiment ; l'histoire de tous – entre émergence et disparition...

Le cycle sans fin ; d'un temps à l'autre – jusqu'aux extrémités...

A l'intérieur du cercle – toujours – malgré l'absence de fixité...

 

 

L'espace – au-delà...

Sans mur – le ciel ; d'immenses fenêtres – sans sol – sans socle ; rien ; aucun lieu où poser les pieds – aucun appui pour soutenir la tête ; et le cœur – déformé – qui enfle – se dilate – devient l'espace – la totalité de l'espace...

Le vide – partout – qui s'insinue à l'intérieur du vide...

Quelques signes et quelques étoiles – seulement – au-dehors – au-dedans...

Et des paroles pour précipiter la chute ; le bruit (imperceptible) de l'effacement...

 

 

Rien que des mots sur cette matière débordante...

Des ailes qui s'enfoncent dans la chair...

Les instruments de la défaillance ; ce qui est encore inapte à la caresse – à l'amour sans calcul – à l'accueil sans condition...

A la manière d'une porte pas totalement ouverte – tremblante à l'idée du monde et du vent – qui fréquente encore la crainte et la prière – asservie, de façon trop grossière, à la magie et à l'espérance...

 

*

 

Sans Dieu – sans armure ; auprès des arbres...

La solitude que le vide parachève...

Des noms qui crépitent dans les flammes...

Le ciel flamboyant ; le corps décontenancé – légèrement différent – un peu effacé...

Le jour comme pour lui-même – sans la nécessité du monde...

Entre alacrité et élation – dans l'âme – cette émotion inconnue...

Et devant soi – l'absence d'heure ; l'effondrement du temps...

Une présence intense – sans discours ; un langage métamorphosé en silence ; la quiétude – les yeux fermés...

 

 

L'envers de la fatigue – atteint peut-être...

Des mots comme des notes de musique...

L'orgueil évincé – plus que déshonoré...

A la recherche de ce que dissimulent le bruit et la rumeur...

Cette ardeur engagée dans le provisoire ; cet allant obstiné malgré la pourriture qui guette...

A reculons ; et à pleins bras – en fin de compte – contre toute attente...

 

 

Des rangées de corps au milieu du désordre des choses ; le signe d'une tête grossière – encore soumise à la rationalité...

Comme si le vent tardait à balayer les croyances – l'hérésie – les visages fermés – ces amas de chair plantés comme des piquets...

Un courant d'air frais sur cette tiédeur – cette inertie – cette suffocation...

Le souffle ardent d'un Dieu amoureux du vide – de la pagaille et de la nudité...

 

 

Le regard – soigneusement plié...

Le bout des doigts sensible...

Le cadre qui, subrepticement, s'élargit...

Un murmure – un souffle (à peine) – sur nos yeux éteints...

Un feu au fond de l'âme pour remplacer la faim...

A la place du sol – de l'inconsistance...

Et à la place de la matière – des tourbillons d'air – un léger parfum dans un songe obsédant...

 

*

 

Ce que nous fûmes jusqu'à présent – jusqu'au dernier souffle (très souvent) ; de la glaise animée par des forces invisibles – mystérieuses – incontrôlables...

De la chair ; de la faim et des pensées ; des désirs et des nécessités...

Un peu d'ombre projeté par la lumière…

Pas si réel(s) en dépit des apparences...

Des yeux sur ce qui s'évanouit...

Une anfractuosité dans un interstice du temps...

 

 

Soudain – le silence surgissant...

Une épiphanie au milieu du bruit et des malheurs...

Une présence – un sourire – quelque chose de l'invisible sur la pierre – au cœur d'une matière monstrueuse et affamée...

Comme une fenêtre dans notre étouffement ; une perspective dans notre détention ; le seul espace habitable dans ce monde de seuils et de saturation...

 

 

Le temps en marche ; et l'allure des hommes...

Le ciel comme un cercle de sortilèges qui jettent les vivants (tous les vivants) sur la pierre – dans l'ombre épaisse – la matière ; imposant aux créatures une longue série de gestes destinés à tromper le hasard – à conjurer le destin...

La main levée – dressée comme un piège ; le prolongement de la colère entre la lumière et la faim – à l'image du monde scellé dans la terre – coincé entre l'Amour et le désir carnassier – à la manière d'une toupie indécise tournée (à la fois) vers le ciel et toutes les opportunités du sol...

 

 

Dans la plaie – la sanie du monde...

Ce pour quoi l'on tue – l'on éventre – l'on égorge – encore...

Et au-delà des remparts – le bleu des promesses...

Et au-dessus – le vide...

Et le vent qui fait danser les choses – en vagues régulières qui se répandent sur le rivage...

L'épaisseur du désastre – d'une certaine manière – qui se déverse sur la grève – qui s'entasse sur le sable ; et – au loin – le parfum des possibles ; et l'écho (à peine perceptible) d'un rire très ancien que nul, ici-bas, n'est (sans doute) capable de reconnaître...

 

*

 

De l'ombre à l'immensité – par le chemin le plus naturel...

Et le vent aidant – en précieux auxiliaire...

Et les yeux qui s'ouvrent, peu à peu, à la lucidité et au merveilleux – à travers les grilles du monde...

Quelque chose du ciel découvert...

Davantage qu'une fenêtre ; davantage (Ô combien) qu'un savoir ; une manière d'être vivant...

Ce que la nuit dissipe ; et ce que l'âme partage ; sans doute – la seule humanité qui vaille...

 

 

Devant l'aube...

Sans secret – sans délire – sans parure – sans personne ; mais non sans fêlure...

Au cœur de ce que l'on considère comme la solitude ; l'effacement doublé d'une parfaite reliance au reste ; ce qui demeure – en vérité – lorsque tout a disparu ; la mort de son vivant – en quelque sorte...

 

 

Au fond de l’œil – l'or et la fange – au corps à corps...

Et la main tremblante – hésitante – partagée entre l'Amour et la mort...

Aux prises avec mille luttes intestines sur le choix des armes et des couleurs...

Entre le miroir et le rempart – la marche en désordre qui ravage le monde...

 

 

Quelque chose du cœur et de l'embrouille – dans le geste et la parole...

A grands traits – ce que l'on exécute...

Sous la lumière ; aux côtés du rêve...

Comme une confusion de l'âme qui se répercute en cascade sur le dehors sans refuge...

Et cette sensation d'oppression dans la poitrine...

Et ce goût de cendres froides au fond de la gorge...

En soi – le champ de bataille des origines ; le prolongement de l'équivoque et de l'indécision...

 

*

 

L'inconsistance ; nous comme objet(s) inqualifiable(s)...

Pas même fidèle(s) à la dérive du temps – au déclin des civilisations – à l'extinction des espèces...

Jamais fixe(s) – jamais fixé(s) ; ni ici – ni ailleurs...

Intermittent(s) – entre sommeil et insomnie...

Dans le jour grandissant ; puis, dans la nuit noire – sur toutes les rives – simultanément...

A la fois simple(s) – sobre(s) ; et monstrueux jusqu'à l'obscénité...

Écrasé(s) et écrasant...

Du vent – des flèches – sur des amas – dans l'immobilité...

Et de petits à-coups – pour soi seul(s) avant d'être ramené(s) à l'ordre dans la longue suite de tourbillons...

Vivre et mourir – dans le même vertige...

 

 

Le réel éteint dans les yeux de ceux qui dorment...

Une étendue noire – anguleuse...

La tête confuse ; le cœur saturé de cendres...

Et le même refuge – à la verticale des aiguilles...

L'âme inclinée (pour toutes les mauvaises raisons)...

 

 

La détention terrestre – partout – murmurée...

Dans le lacis des possibles – la frénésie...

Mille manières de s'arracher à la pente – d'abattre les murs qui (nous) condamnent à la soif et à la cécité...

Trop de morts déjà ; et la distance (grandissante) avec ce qui nous sépare...

Le monde comme un miroir où ne se reflètent que le sang – la tristesse et l'impuissance...

Et nous pris en flagrant délit de sournoiserie ; avec, au fond de l'âme, un défaut d'abandon et d'envergure...

Appuyé(s) de tout notre poids sur les malheurs et le déclin ; la posture qui s'appesantit et enfonce plus encore notre tête dans l'erreur et l'inertie...

 

*

 

A même le visage – l'infini – ses caresses – ses coups – ses éclats ; cette lente dévoration – parfois douloureuse – parfois savoureuse...

Le déroulement (inéluctable) de l'effacement – à travers tant de cris...

Le visible, peu à peu, renié...

Comme au commencement du réel ; plus tôt (bien plus tôt) que l'origine du temps...

 

 

La perpétuation de l'invisible – à travers le nom – tous les noms qui se succèdent...

Comme un abîme qui coule à pic dans ses propres tréfonds ; une montagne rehaussée jusqu'à la lumière...

Des morceaux de chair emmêlés au rêve...

Et dans la pénombre – le hurlement des bêtes...

 

 

Rien que l'usage des mains et de la terre...

Et la lumière patiente – sur les gestes et le sable...

Et la vie des hommes qui tentent de faire entrer Dieu dans ce désordre – dans ce fouillis – dans ce chaos – comme d'incurables mortels...

 

 

Aussi loin que le cercle l'exige – jusqu'au creux de la main tendue vers l'inconnu...

La tête offerte comme une obole – courageusement...

Au-delà de tous les paysages communs...

La perspective en deçà de l'horizon ; et l'horizon en deçà du rêve...

Quelque chose au bord de l'écume ; et pourtant...

 

 

Quelque part – plus léger – moins assoupi...

Là où la forêt accueille ; là où la nudité est le seul point d'ancrage ; là où la vie se réduit à l'incontournable...

Au-delà du faux (et du flou) véhiculés par la tête...

Dans le miroir – bien davantage qu'un reflet ; la possibilité de l'acquiescement...

La justesse en étendard (discret et involontaire)...

Ce qu'aucun tourment ne saurait ébranler...

 

*

 

A bout de course ; celle du monde – celle des Autres...

A la manière d'un chant bloqué au fond de la poitrine ; né du silence et aspirant (soudain) à retrouver l'origine...

Devant et derrière soi – une longue suite de mots...

Au pied du temps – toutes nos chaînes défaites...

Tel un pèlerin – un vagabond – qu'aucune route ne rebute...

Au-delà de son essence apparente ; et la nécessité (impérieuse) du retour – à l'intérieur...

Hors cadre ; échappant (ainsi) à toutes les cases inventées par les hommes ; et à leurs (mesquines) ambitions...

Autorisés – à présent – les soubresauts du bleu – bloqué (depuis trop longtemps) entre les désirs et les pensées – saupoudré de quelques rêves (une sorte d' imaginaire primitif)...

Autorisés – à présent – le saut – le plongeon ; l'envol pour ainsi dire – afin de concentrer dans la présence et le geste l'Amour et la lumière (grandissant) ; hisser ses profondeurs et incarner l'essentiel, en quelque sorte, de la plus juste (et authentique) manière ; ce pour quoi nous sommes venu(s) au monde – sans doute...

 

 

En haillons – au-dessus des murs du monde...

Sans bruit – sur une esquisse de sentier (à peine) ; rien de très formel (évidemment)...

Un peu de blanc et de noir – mélangés jusqu'à la torture...

Des foulées – comme une danse – avec, dans les bras, des ombres et quelques reliquats d'innocence – un peu de nuit et de poésie...

Et tous les bâtiments écroulés – à l'intérieur...

La plus ancienne architecture du monde – offerte en festin aux masses sournoises...

Et de part et d'autre de la vitre – du soleil et des yeux percés ; des fenêtres aux carreaux de plus en plus opaques...

De la lumière et de la mendicité – en vérité ; chargées (indiscutablement) de souffrances ancestrales...

En haillons – encore ; toujours – au-dessus des murs du monde que l'on apprend, peu à peu, à éclairer...

 

*

 

Ainsi l'immensité et le silence...

Le règne des hauteurs affranchies de tout jaillissement...

Des chemins éparpillés dans la blancheur...

Et la dérive heureuse (très heureuse) des âmes – dans le ciel – libérées...

L'incessant défilé sur l'étendue...

Et sur terre – chaque chose – chaque visage – à sa place...

L'inévitable déroulement des destins dégagés de l'idée du hasard...

 

 

Le lieu de la malédiction – cette fissure dans la chair où s'épanche la substance...

Tous les matériaux ; le substrat et l'essence – passionnément enlacés...

Dans le corps vide comme une ombre...

La nuit inspiratrice que rien ne saurait dissiper...

Le gouffre creusé par tous nos gestes ; qu'importe les désirs – qu'importe le soleil...

L'anéantissement de tout ce qui naît – sans compter (bien sûr) la puanteur et le pourrissement...

 

 

Les yeux froncés – face au soleil...

Comme un effroi – un raidissement – à l'intérieur...

Au ras du sol – dans le même sillon...

Comme de la colle sous les pieds...

Dans l'attente de trop de choses...

Comme un pont trop lointain – impossible à franchir...

Encore en vie – en dépit de la distance...

L'âme toujours plongée dans son bain de misères...

 

 

Des élans sur la feuille...

L'âme immobile – silencieuse...

La folie de l'espérance démasquée chez chacun...

Et, à présent, ce sourire figé sur le visage – comme une peau faite de nuit et de lumière...

Le front souple ; le cœur ouvert...

Et l'interrogation jusqu'à l'essence – jusqu'à la cime – des choses...

Un immense tohu-bohu pour un si mince surcroît de compréhension – ce si peu de matière...

Au centre du cercle – pourtant ; ce que l'on dessine à la craie rouge ; ce que l'on souligne – à grands traits...

 

*

 

L'intimité avec le plus vaste – comme la découverte soudaine – spontanée – de ce qui ne meurt pas – de ce qui ne peut mourir...

Un visage sans ride – une absence de visage – le visage de tous – le visage de tout ; composé de chaque visage ; et que nul (ou presque) ne peut reconnaître – tant chacun, sur cette terre, est aveugle – ignorant – encombré ; comme envoûté par l'écume du monde...

Une leçon – peut-être – donnée aux hommes ; et qui échappera (encore) à la (très grande) majorité...

 

 

Des fleurs noires jetées à la face du monde...

Et ces heures – et ces vies – inertes – bruyantes – inhabitées...

Du vent et de la poussière que beaucoup prennent pour un destin – une raison de s’enorgueillir – de parader – de pérorer – de s'imaginer appartenir à l'aristocratie du monde – parvenus, en quelque sorte, au faîte de l'intelligence et de la sensibilité ; coincés (en vérité) au dernier sous-sol de la fange épaisse...

 

 

Ici – sans embarras – les yeux face au vent...

L'âme sans distance – sans intimité scélérate...

Libre des Autres et des affaires du monde (autant que possible)...

La nudité – au-delà des remparts épais – au-delà du grotesque des postures...

Au carrefour du vivre et de la poésie ; à la source des gestes nécessaires...

Le cœur battant qui, peu à peu, apprend à côtoyer l'inconnu – la confiance et la lumière...

Au bord de l'aurore – au bord de l'éternité – peut-être – qu'importe l'ardeur et la hauteur des flammes...

Le silence qui enveloppe nos tempes grises et obstinées...

 

 

La parole exposée – en plein soleil...

La tête cachée dans un recoin ; et le reste qui danse sur l'étendue désertée par tous les Autres...

Le vide et l'infini ; ce qui se prête (très volontiers)...

Et suspendue à l'oubli – l’œuvre que l'on dessine – pour soi seul (dirait-on)...

 

*

 

Au cœur de la persévérance – ce rire étrange – aérien – né d'autres lèvres...

Comme un intervalle dans l'effort – une pirouette dans l'assiduité (trop sérieuse) – un jeu dans la posture individuelle (illusoire – mensongère – intenable)...

Une manière d'ouvrir les yeux sur l'inconsistance...

Quelque chose qui se détache de l'incarnation...

Quelque chose au-dedans – et au-dessus – de la chair ; capable de vivre sans elle...

Le signe qu'il existe un centre – un autre monde – à même la roche ; la seule espérance des hommes – sans doute...

 

 

Nous – seul(s) – dans l'accompagnement d'un Autre – en soi...

Des prénoms – mille inventions – mille stratagèmes – dans l'interstice étroit...

Entre l'esprit – le fantôme et l'animal...

Ce que nous respirons ; notre (instinctive) obéissance aux forces terrestres – à l'invisible – au mystère...

L'espace ; ce que l'on entrevoit – parfois ; et ce que l'on entend (lorsque l'oreille sait se faire attentive)...

Une sorte de temple ; l'autel du vide – en quelque sorte...

Toutes les faces de l'être – plus ou moins sombres – plus ou moins rayonnantes – selon les jours et l'intensité de la lumière ; ce que reflète parfaitement le monde...

 

 

Le silence – tout à coup – comme un ruissellement de joie – une lumière (profondément) habitée – un lieu où le temps s'arrête – où tout prend place – où le voyage devient l'essence – au même titre que l'immobilité...

Ici – comme un coin du monde – une portion de l'espace ; et l'infini à portée de main ; un sas entre les ténèbres et la feuille ; et la possibilité du pardon ; comme d'implacables repères sur le chemin...

 

 

La rigueur du chagrin – au débouché si funeste...

Entre l'ombre et le faîte – l'homme sur son assise bancale – l'antichambre de la peur et des enfers – comme un insecte parvenu à la cime d'un brin d'herbe...

Et dans le ciel – ce miroir – ce portrait – que (presque) tous ont oublié..

Un assoupissement ; comme une chute au fond d'un rêve dont nul (sans doute) ne verra la fin...

 

*

 

L'abîme – le cap – la présence ; au cœur de cette (apparente) trinité du périple terrestre...

L'impénétrable – malgré soi – habité ; qu'importe la forme et les états...

L'esprit englué dans le vertige de ses créations ; réel – rêve – langage...

Le ciel et la nuit – colorés – bariolés – sans cesse ripolinés...

Et nous – au milieu des arbres – sur la pierre...

Face à l'appel de l'effacement ; la nécessité de l'écart et du silence...

 

 

La mendicité mimétique – (quasi) simiesque – des hommes et des générations...

L'indifférence face à l'innommable...

Et la démesure tribale et guerrière...

Comme des parts manquantes – (absolument) essentielles...

Et le plus vil – le plus abominable – en effervescence – placé sur l'estrade – sur l'autel du monde...

L'horreur – la peine et le charbon ; et la foule qui passe son temps à hurler sur on ne sait qui – sur on ne sait quoi – pour des raisons qu'à peu près tous ignorent...

 

 

Un œil – des mains – derrière la fenêtre ouverte...

Et par-dessus – le chant des oiseaux...

La roulotte posée sous les hautes frondaisons...

Des gestes précis – sans rêverie – sans imaginaire...

Des empreintes laissées par l'âme – condamnée à l'exil – au retrait – au repli...

Une danse où le vent tient une place centrale – aux côtés du silence...

Une fête joyeuse – quotidienne – discrète – sans effort – sans ivresse...

Du côté de ce qui observe – humblement...

Le cœur engagé malgré le déclin – malgré la débâcle...

 

 

Disloqué sur la pierraille...

La tête parmi les décombres...

Sans espoir – assujetti au jeu des possibles...

Ici ou ailleurs – partout – le même frisson et la même monstruosité – au bord de l'abîme ; pris au piège de l'immonde qui a envahi – et qui est en train de recouvrir – toute l'étendue...

 

*

 

Le front brûlé par la rumeur...

Le monde comme un tourbillon...

L'âme qui apparaît – et disparaît – au milieu des visages...

La moitié de la poitrine arrachée...

La gêne – la peine – le danger que représentent les Autres – sans trêve – sans pouvoir y échapper...

Au-delà du verbe – la transparence promise ; et la vulnérabilité de la forme...

Comme une toupie au milieu des épines – sous le regard tranquille des étoiles...

Quelque chose du vent – dans les yeux – dans les mots...

Et – soudain – emporté plus loin...

 

 

Le monde posé sur l'oiseau – sur l'aile – sur la plume – de l'oiseau...

Entouré davantage que par le ciel ; le bleu – le vide – l'infini...

Bercé par la démesure du temple vivant ; sans jamais choir...

La vie – la joie – le langage – immergés dans la danse...

Le vol au-dessus des ruines du temps...

 

 

Monstre éventré – entrailles à l'air – après la débandade...

Et le désert – à présent ; et tous ses mirages peut-être – après toutes les illusions du monde – largement égrainées...

Un étroit passage entre la folie et la mort...

Sans bagage – le cœur gros – puis, le cœur sec...

Le regard porté sur la dislocation – la fuite des Autres pour échapper à la catastrophe...

La tête encore engagée dans le labyrinthe ; l'âme écrasée – sous les décombres...

Des débris d'être ; et des mâchoires de fauve à l'affût – prêtes à saisir la chair tremblante – miraculeuse – qui passerait à proximité...

Eux – encore plongés dans cette crevasse ravagée ; et nous – sur l'étendue – plus que fragile(s) – entre la peur et le réconfort d'avoir échappé à la foule ; chacun coincé dans ce qu'il considère comme une issue – une échappatoire peut-être – sans savoir qui saura (véritablement) tirer son épingle du jeu...

 

*

 

Trop obscurément bestial – trop obscurément humain – pour percevoir le miracle – la lumière...

Les choses rayées dans les yeux avides – dans les yeux (trop) gourmands...

Le monde cloué par le ventre ; au cœur du temple de la faim...

L'épine et la substance ; et le langage (parfois) pour s'abstraire...

Des noms pour célébrer le réel ; l'infamie...

Des lieux jonchés de vivres et de semence...

Le temps des bêtes ; et le temps de l'homme ; le règne des créatures élémentaires qui tardent à inventer un monde nouveau – ce qui succédera (peut-être) à l'épaisseur labyrinthique...

 

 

En une fraction de seconde ; le recommencement...

Le prolongement de la lignée ; et le prolongement du monde...

Quelque chose dans le regard ; comme des reflets et des gerbes de lumière...

L'écho du premier bruit ; la répétition du mouvement originel – et l'impossibilité du dénouement ; la malédiction (sans doute) de la perpétuité...

 

 

La pensée inutilement rehaussée – sans ressort face à l'intuition – pour appréhender la vie – le monde – la mort – l'expérience terrestre...

La perception à travers des grilles – un trou – un interstice étroit...

Rien qui ne puisse restituer l'étendue – dans son épaisseur – sa complexité – son inconsistance – sa variabilité...

Des concepts et des mots incapables (bien sûr) de refléter le réel...

 

 

Un jeu – comme un ressac – porté jusqu'au délire – porté jusqu'au regret...

La gangue du mensonge étouffant toute possibilité d'éclaircissement...

Comme de l'opacité sur la transparence...

Une absence de vent sur le rêve...

L'abondance des choses ; et l'âme privée de saveurs et de frémissements ; saturé de terre jusqu'à la suffocation...

 

*

 

Bleu-jour ; comme le Divin vivant – la lumière jamais achevée...

Le cœur du mystère livré aux apparences – entre la naissance et le trépas – accessible – sous les paupières dessillées...

La terre si proche du ciel...

La sensibilité délicate ; le souffle puisé au centre de l'âme qui offre aux élans la force – l'intelligence et la lucidité...

Le silence – comme seul témoin ; et comme seul commentaire (bien sûr)...

 

 

Comme ces lettres dessinées à la hâte – le monde – la foule – ces hordes de partisans ; la fureur et la folie en marche...

Et toutes les images associées ; que les oiseaux survolent – (totalement) indifférents aux efforts de ceux qui vivent sur la pierre...

Fidèles qu'à un seul chemin – qu'à un seul voyage ; droit dans le ciel...

 

 

Au cœur de la tempête – l'effondrement de la façade...

Le rire comme un appel du sacré – devant nos tremblements...

Le Divin sur la langue ; le Divin sur le pont...

Sous la coupe de la lumière – le vivre et le mourir – sans reculer – sans (jamais) renâcler – sans illusion (non plus)...

Au détriment de l'orgueil ; à la place des honneurs et du perceptible...

Comme si tout – soudain – s'éclairait ; comme si tout – soudain – s'inversait...

Le soleil dans la nuit noire ; l'esprit s'affranchissant (douloureusement) du rêve et de la confusion...

Entre la houle et l'encens – la voix ; cette part vivante, en nous, de la vérité...

 

 

Le séant dans l'espace – sans cesse – glissant – se renversant...

Le corps cherchant le passage – l'équilibre – sur le sol – sous le ciel posé sur la terre comme un couvercle amovible...

La cabine avançant ; la cellule s'emplissant d'air et de joie...

Nomade traversant la brume et l'épaisseur – vers le soleil et le vent – à deux doigts de les rejoindre – qui sait...

 

 

Le vent – durablement...

Comme la musique du lointain – capable de métamorphoser la poussière ; d'agir sur les destins nocturnes et souterrains...

Une manière de s'attarder ; d'échapper (en partie) au hasard...

Comme un sourire dans le sang pour diluer les illusions et donner aux circonstances un air de fête...

Le ciel – en quelque sorte – s'invitant sur l'avant-scène ; et pressant la matière – légèrement dansante – d’accélérer le rythme à l'approche de l'aube – au seuil du jour...

 

 

Un point singulier – discret – anonyme...

Des vagues – un peu de roulis – sous les étoiles...

Le même ressac sur le même rivage – depuis des millénaires...

Le parfum (enivrant) de la rencontre entre les eaux et la terre ; que la poitrine respire ; et qui se diffuse à l'intérieur...

Ce que ni l'âme – ni la main – ne peut écarter...

Une feuille blanche qui restitue le regard ; ce qui pourrait permettre aux hommes de franchir les limites habituelles – dolosives – déceptives – inventées...

 

 

Des lignes pour que le monde tourne – apprenne à tourner – dans l'autre sens – au-dessus des instincts élémentaires – au-delà des bornes et des frontières...

Et notre âme – comme un oiseau aux grandes ailes rafistolées – face au vent – face à la rudesse du monde – prête à s'envoler ; et à affronter la solitude dans cette partie du ciel encore inconnue – encore inexplorée...

 

*

 

La bouche ouverte – au-dehors – qui assombrit la pierre ; qui porte à son paroxysme la cécité...

Jour après jour – le même festin – les paupières closes ; et ce sang séché – sur la roche blanche – qui s'entasse en strates...

Et cette tristesse immense au fond de l'âme impuissante – démunie – condamnée, comme la chair, au règne de la faim...

 

 

Des ressources plein les mains – plein les poches ; leur seule richesse ; le visage éclaboussé de sang – l'esprit fier des injustices commises – des crimes perpétrés...

Le seul trésor qu'ils trouveront jamais...

 

 

Au corps à corps – durant toute la nuit – jusqu'à l'aurore qui les trouvera défaits – exsangues – séparés – comme si l'amour n'existait pas...

 

 

La main sur le cœur – du noir sur le noir – promettant des récompenses – des jours meilleurs – on ne sait quoi ; des battements de cœur plus intenses – une proximité avec le ciel – une étendue de joie – des hauteurs inédites ; ce que croient – et ce qu'applaudissent – les fronts étroits – galvanisés par cette série de promesses ; l'inexpérience terrestre et la naïveté de ceux qui ont délégué à d'autres leur existence – la direction et le chemin...

De pauvres âmes – en vérité – qui devront encore se frotter au monde – aux chimères et aux désillusions – pour découvrir la valeur (et les joies) de l'autonomie...

 

*

 

La forêt enchantée ; non pas un lieu – une présence (en nous) – comme l'oiseau aux ailes d'argent – comme toutes les apparitions – les naissances et les apparitions...

Nous n'abdiquerons pas ; nous brûlerons avec ce que l'on brûle – jusqu'au dernier bois – jusqu'à la dernière brindille – jusqu'à la dernière feuille...

Nous mourrons ainsi ; dans le sable – solidaire(s) ; la lumière sur notre peau calcinée ; et le bleu qui nous étirera jusqu'à lui ; nous serons là à la pointe du jour – dans la nuit rougeâtre – baignée de flammes et de chants...

Vivant(s) – tellement vivant(s) – au milieu des vents du monde...

 

 

Enfant-roi – à genoux sur la terre – sur la roche damnée ; sous les arbres incisés ; notre chevelure d'or – vêtu de vent – sous l'averse rafraîchissante...

Dansant sans miroir – au cœur du temps aboli ; le regard contemplatif – magistral...

 

3 décembre 2022

Carnet n°280 Au jour le jour

Mars 2022

Au pays lointain – reculé – de l’exil…

A l'abri des hommes et de la folie du monde…

Seul – à présent (davantage encore qu’autrefois)…

Au milieu des arbres…

Chez soi – de plus en plus ; au cœur de l'intime ; l’Amour – le socle (bien sûr) de toute présence…

 

 

Le sommeil du monde si commun ; et si désespérant pour l’âme…

Impuissant(s) – démuni(s) – face à la tristesse et à l’exaspération (inévitables)…

Et – pourtant – toutes nos cartes sur la table ; honnête au jeu authentique où l’on risque sa vie…

Le dedans sans oracle – sans promesse ; et le cœur suturé ici et là…

Au fil des pas – vers le dénuement ; l’essentiel et la simplicité…

 

 

La peine partagée ; comme si nous n’avions que cela à offrir – comme si nous n’avions que cela en commun…

A ne plus savoir que faire ; à ne plus savoir qu’en faire – malgré nos supplications…

Les mots qui jaillissent pour creuser l’oubli – ouvrir une brèche et y trouver refuge – un peu d’apaisement ; comme un territoire qui se laisserait totalement traverser…

Vers l’effacement et la disparition – la seule issue – la seule solution…

 

 

Ce qui (nous) servait a disparu ; et ce à quoi l’on sert – à présent – presque exclusivement…

Oblatif et ancillaire ; pas une posture – pas une volonté ; un abandon…

Une manière de se perdre jusqu’au plus rien – jusqu’à l’invisible célébration ; comme un clin d’œil céruléen…

 

*

 

Des pensées écarlates – comme des abîmes à enjamber…

Une grande fresque de l’invisible – incroyablement grossière…

Des bouts de réalité sans profondeur…

Des choses qui laissent démuni face au ciel et aux malheurs…

Comment peut-on, à ce point, oublier qu’un sourire aide – console et encourage – (bien) davantage que mille traités de sagesse – que mille siècles de raison…

 

 

A la cime du temps – là où l’heure disparaît – là où apparaît l’instant ; qu’importe l’époque et la lassitude de l’âme – en ces lieux où l’on peut passer d’un monde à l’autre d’un claquement de doigts…

 

 

La roue des jours sur laquelle se tiennent (en déséquilibre) toutes les choses du monde ; avec, au-dessus, un ciel immense – comme posé à la verticale…

La lumière (bien) en face des yeux pour éclairer le front et ce qui nous manque…

Des miroirs – des présages ; et un retour possible (bien qu’improbable au regard des statistiques humaines)…

Et qu’importe le défilé des visages – la liste des images – le cortège des événements ; ce qui survient sur la terre – devant soi – entre la mémoire et le temps prétendument à venir ; une seule chose à la fois…

 

 

En chemin ; tels que se manifestent la blancheur – le jour et le silence ; ce qui résiste à nos pas – ce qu’il nous faut (nécessairement) affronter…

Tantôt un éloignement – tantôt une fuite en avant…

Du sable et de la poussière ; les seules traces que nous laisserons…

Et après la disparition – tout (sans doute) qui recommencera…

 

 

Après la route partisane – les pas sous le soleil…

La façon dont le cœur éprouve ce qui lui revient – sa manière de voir (si différente de l’ancienne)…

Plus ni fou – ni roi ; le chant que l’on entonne pour ceux qui savent se pencher – comme en nous-même(s), l’âme agenouillée…

Un sourire – et un peu d’innocence – au milieu de la mort et des absents…

 

 

Tout à oublier pour rendre le regard neuf et toutes les choses du monde merveilleusement indistinctes…

Juste ce qui se ressent ; et ce qui fait fondre l’âme – cette pâte miraculeuse…

 

 

Comme une mère penchée au-dessus du vide ; et serré contre elle un visage – ni le sien – ni celui de son enfant – ni celui d’un éventuel amant…

Un œil seulement pour l’accueil ; et le cœur chaviré qui chute – la chair et le ciel ensemble – pendant un (court) instant…

L’espace au creux de la main qui tient un bouquet de fleurs vivantes…

Ce qui demeure – en nous – bien davantage que le rêve du monde – que le rêve des Autres ; ce que le destin semble avoir choisi sous l’étoile qui brille (juste) au-dessus de notre tête…

 

 

Dans une grande confusion ; les bords et le centre ; ce qui se vide et ce qui se remplit…

Le sol et le ciel apparemment séparés…

La main qui guide et caresse ; et ce que l’âme parvient à infléchir dans la volonté…

La terre que, sans cesse, nous arpentons…

 

*

 

Visages quémandeurs…

L’âme qui s’éloigne des Autres et de la bouche…

Vers un autre monde – tant attendu (tant espéré)…

Des temples – des mots ; l’hiver qui se prolonge dans la simplicité des choses…

L’invisible quotidien – à notre porte…

La tête et les mains qui désapprennent tous les usages…

Les mythes que l’on oublie ; et les fables que l’on piétine…

Un autre regard ; le commencement (peut-être) d’un autre regard…

La nuit renversée (tout) juste avant l’effondrement…

 

 

L’instant disséqué qui nous interroge…

L’être recouvert de matière et de temps…

Des paroles – encore – comme s’il nous était possible de dire l'essentiel…

Et quelque chose – en soi – espérant (encore) l’improbable ; le silence et la réconciliation – la liberté affranchie des Autres – de la pensée – des oppositions (apparentes) – du pour et du contre inhérents au regard – à la diversité des visages et des objets de ce monde…

Le plus lointain qui, peu à peu, se rapproche…

 

 

Le bois – en nous – le cœur même de la forêt…

La terre – en nous – soudain silencieuse…

Le feu suspendu au ciel…

Et la source dans le brasier – comme une lumière qui éclaire chaque geste respectueux…

Des lieux – du vide et des lieux – pour préparer ce que l’on entrevoit – au loin – ce qui tarde à franchir le seuil de nos âmes malades – infirmes – estropiées…

Le souffle de l’immensité que réclament tous les élans…

De moins en moins fable – le monde…

Comme une suspension – presque une perspective – pour que les illusions se dissipent…

Plus rien – ni personne – dans l’intimité croissante de ce qui est là ; ce que dessine notre main – ce qu’appelle notre bouche – sur le sable – dans l’air – les mêmes vibrations…

 

 

Au-dehors – cette fragilité ; et ces bagages délaissés…

Le temps tout neuf sur nos minuscules carcasses…

D’un bout à l’autre de la chaîne – comme libéré…

A notre place – sans même y penser…

 

 

A moitié silence ; et l’autre part que l’on cache – que l’on tait – comme si nous avions honte de ce qu’est l’homme…

Du mépris pour ce roi et son royaume ; ce peuple de soudards et de fantômes ; et de la peine pour ceux qu’ils offensent – pour ce qu’ils bafouent – pour la douleur qu'ils infligent…

Encore trop près de la poussière que soulèvent leurs pas ; de la sève et du sang qu’ils versent ; de l’écume qu’ils brassent…

Des remparts et des montagnes de chair – devant notre bouche muette – notre âme sidérée…

Et cet étrange sommeil perceptible dans tous les yeux ouverts…

 

 

Quelque chose du cœur et de l’oiseau – dans cet émiettement…

Au plus proche de l’âme – l’orage…

Des éclats de lumière ; le bruit au plus près de la tête…

Ce dont se moquent les sages – équanimes…

Des déclins – des chutes – des envols – qu’importe l’itinéraire – qu’importe le voyage…

Un simple sourire sur tous les délires du monde…

L’absurdité – un peu partout – présentée comme le seul usage et la seule loi…

Fils de personne – ami de ceux qui se dressent en silence…

A danser comme d’Autres refusent l’honnêteté et la rectitude…

Et souffrant – parfois – comme le soleil en hiver ; avec une sorte de lassitude au bord des lèvres...

Le rêve plus noir que jamais ; et l’impossibilité (bien sûr) de s’établir quelque part…

 

*

 

Rien que le monde – sous les étoiles – comme enfermé…

La nuit épaisse – aux portes de l’absence…

Des voix – dans le lointain – inaudibles – qui soliloquent ; mais à qui pourraient-elles donc s’adresser ; personne à la ronde – à peine quelques ombres – quelques silhouettes furtives…

Des cellules où suintent la fatigue et l’ennui ; et cette solitude triste – seul(s) – à deux et à plusieurs ; et plus que tout – absent à soi-même…

L’impossibilité d’être ; comme flottant au milieu des Autres – malgré la pesanteur et la gravité ; malgré les airs que l’on se donne…

Enchaînés aux choses et à l’incompréhension ; la pitoyable figure des hommes…

 

 

Allumé – en soi – ce que la nuit tente d’éteindre…

Des terres parcourues en vain ; personne malgré le nombre de visages rencontrés – l’homme (presque) toujours – si manifestement déchiffrable – transparent jusqu’aux souvenirs qu’il entrepose au fond de son crâne ; les ambitions grossières et instinctuelles…

La hâte et l’ingratitude ; la veulerie et l’appropriation…

La vie (strictement) extérieure ; et l’âme obscure – inexistante…

A la manière de pantins manipulés – de l’intérieur – par on ne sait quoi ; toutes les forces invisibles à l’œuvre – tendues vers là où va le monde…

 

 

Penché sur la rupture et la perte – puis (fort heureusement) les oubliant…

De l’ignorance indigente au non-savoir joyeux ; ce voyage sans voyageur – ce parcours sur ces rives désertes…

A la fois présent(s) et absent(s) – comme si l’on existait et comme si l’on n’existait pas ; la seule énigme du monde – sans doute…

 

 

L’oreille collée au ciel – et la main comme un canal – le prolongement de l’invisible – la pointe de l’âme obéissante…

En soi – la respiration de l’enfance ; l’intimité retrouvée…

Le jour qui échappe à l’éternel découpage du temps…

Sur la même rive – pourtant ; mais étranger à tout ce que prônait l’ancien monde…

L’itinéraire de l’exil et de l’errance – de plus en plus – à mesure que le voyage se dessine…

L’éloignement des terres tristes et trop peuplées…

L’enjambement du rêve et de la terreur que trop de têtes ont institués en règle commune…

A présent – parmi les arbres et les bêtes des bois ; l’encre toujours plus rêche et rectificative ; comme une humble participation au mur de vent qui se dresse contre la bêtise et l’ignominie des hommes…

Un monument dédié au non-humain – qui célèbre tout ce qui peut porter le cœur au-delà des instincts coutumiers…

 

 

Au sortir du visible – ressurgit (parfois) cette tristesse très ancienne – ces larmes de pierre ; le balancement de l’âme qui hésite – qui se protège – qui aimerait se prémunir contre toutes les formes de disparition – l’effacement en tête – et la mort – et cette épaisseur qui nous empêche de voir – de vivre – d’aimer…

Tous les cercles qui s’opposent à l’abandon ; ce pré carré du mystère – du secret vivant, caché sous l’ignorance, qui œuvre à l’avènement de la lumière et de la liberté…

L’étendue dans toute son envergure (et toute sa profondeur) qui aspire à sortir de l’ombre pour révéler à ce monde obscur et laid, la présence de la beauté et du merveilleux – l’évidence (affirmative) du miracle au cœur même de ce qui semble voué à la disgrâce et à la monstruosité…

 

 

Sur la route faussement menaçante…

Vivant (pour tout dire) sur la terre – la tête inclinée…

Le cœur posé au milieu de l’hiver…

Face au vent – les lèvres froides ; les yeux plus ouverts que jamais…

Et cette ténacité qui résiste à l'indifférence du monde…

Au commencement de l’âme – l’émerveillement et le ciel qui gagnent, peu à peu, sur la folie…

 

 

Entre la mort et le presque rien ; ce qui nous définit – de plus en plus…

Un pas (considérable) vers l’effacement et l’oubli…

Et le reste livré à l’errance – à la possibilité du monde – à la possibilité du ciel ou du néant…

Ce qui s’offre ; à qui veut – à qui tend la main – à qui ouvre les bras – sans la moindre volonté…

 

 

D’un seul geste – très loin des Dieux…

Cet étrange déploiement sur la pierre…

La vue qui se brouille ; à même la nuit – ce que nous voyons…

Partout – la violence et la colère ; et cette chose très noire qui serpente entre les âmes…

Le feu comme un précipice – né de la chute récente d’un soleil très ancien…

Aussi fou qu’aveugle – ce qui réfrène tout élan ; il faudrait (au contraire) aller plus loin que le lieu de l’éclosion – plus loin que le lieu de l’hébétude – au-delà de la voix et de la solitude ; et habiter le fond de l’écoute pour être capable de douceur et de joie ; et devenir l’intimité qui efface la distance avec les choses – avec le monde et le silence ; s’éveiller – en somme – au plus près de soi…

 

*

 

Le corps reconnu…

L’enfant contre le monde – résistant…

La langue inventée par la joie – si différente de celle née dans le malheur…

Serrés contre soi – le ciel et la pierre…

Et cette corde (invisible) à laquelle on est – (très) mystérieusement – suspendu…

 

 

Des questions – comme autant de traces – des signes d’incompréhension…

Face à la source – le silence – le seul indice offert…

L’oubli après l’ignorance…

L’émiettement des états ; et le prolongement des émotions sur l’étendue battue par des vents de plus en plus forts…

En contrebas – les sommets les plus escarpés des rives habitées par les vivants…

Le monde – sans emploi – qui a perdu son attrait (une grande part de son attrait)…

Le mystère au cœur du nœud que tentent de démêler le souffle – les gestes et l’esprit…

Et la brusquerie (très) impatiente des Autres face à notre immobilité (apparente) ; loin (très loin) de l’inertie pourtant – une force brute – une énergie condensée – en suspens – dans l’attente d’un événement déterminant – l’avènement du bleu – dans l’âme – porteur de nos propres ailes ; la garantie d’un affranchissement de tout ce qui contraint et emprisonne ; sans doute – le lieu le plus prisé des hommes…

 

 

La même terre ; avec des étoiles à l’intérieur ; et le monde (entièrement) au-dedans…

La roue du temps retournée qui fait défiler les siècles à l’envers…

Et la sagesse jetée dans le jeu – avec le silence et la joie – au lieu de l’inquiétude et des désirs initiaux…

La vie – en nous – circulant avec intensité ; en chemin vers l’origine – du plus sacré jusqu'au plus sacré – à travers ce qui semble relever des instincts et de la grossièreté…

 

 

Une forêt de tombes – dressées au cœur du verbe…

Des paroles inanimées – des mots comme des taches de sang séché…

Ce qui nous échappe – dans les profondeurs du gouffre – la source tarie ; et le compagnonnage des Dieux remis en question…

La faute mise en exergue à la place de la découverte – à la place de la permission…

Tantôt le prolongement du bruit – tantôt le silence dans ses retranchements…

Guidé(s) (assez maladroitement) vers le pardon pour s’écarter du malheur ; jusqu’à l’immobilité affranchie du sommeil et du pourrissement…

 

 

S’attarder – seul(s) – au fond de la blessure…

Sous la neige et le souvenir – la sensation initiale ; comme un pays – une saison – très loin de ce que nous expérimentons à la surface…

Un (brusque) arrêt du répit – au cœur d’un brouillard que le temps a transformé en pâte – une partie de la route – au milieu des pierres – jusqu’au ventre – jusqu’au cœur…

Et la délicatesse des pas ; et l’âpreté du voyage ; ce retour involontaire jusqu’au point d’origine…

 

 

Le nom oublié des choses ; ce crime dont nul ne se souvient – à force de négligence et d’inattention…

L’absence sans autre remède qu’une veille attentive – et pénétrante…

Comme des pelletées de matière lancées vers le ciel…

Comme une voix qui s’attarde – avec nous – dans la poussière – accumulée en couches – en strates épaisses…

A la manière d’une prière pour rejoindre l’espace et la lumière – recouverts par mille siècles d’ardeur et de souvenirs ; les yeux (à peine) au-dessus des amassements…

 

*

 

Ainsi constitués – les lieux fabriqués par l’homme ; artificiels – suspendus au bout d’une hampe exhibée – et agitée sous le nez de tous – pour montrer et faire envie (semblerait-il)…

Comme un poids supplémentaire sur toutes les épaules…

Et tout en bas – les bêtes sur lesquelles le monde prend appui ; le socle de ce terrifiant royaume…

Exit donc la vie naturelle et la fraternité ; la marche à pas lents – et toutes les têtes du cortège tournées dans la même direction…

Le centre délaissé ; et partout ailleurs – le néant qui ne cesse de se répandre – d’envahir la terre et les âmes ; le règne périphérique (et généralisé) de l’abomination…

 

 

Personne ; une fuite au-dedans pour échapper à la décadence du monde – au déclin des choses…

Le temps comme arrêté ; les yeux aimantés par tous les reflets du miroir…

Dans la chambre – plus aucun mystère – plus aucune source ; l’obstination qui pousse au-dehors – au mimétisme et à la différenciation ; vers le plus facile – toujours – sans interrogation…

Le cercle où l’on piétine – où l’on se salue et où l’on fait des offrandes ; la comédie du collectif et du sacré ; la seule loi – l’œil de l’Autre ; et l’autel du confort placé au cœur du temple…

La joie (ou ce qui en fait office) suspendue à mille bouches étrangères ; et la certitude permanente que quelqu’un nous regarde…

Un monde de fantômes dont il faut apprendre à s’éloigner…

 

 

La nuit déconstruite – pierre après pierre – pour que le silence et l’intimité puissent détrôner la tristesse et le sentiment d’étrangeté…

Des deux côtés de la grille – l’esprit qui apprend, peu à peu, à se rassembler…

 

 

Sans voix – face à la mort – au déni – au mensonge…

Passant – silencieusement – comme si la parole n’existait pas – comme si toute explication était vaine…

Alerte et attentif – seulement…

Serviable (sans excès)…

Présent ; et caressant lorsqu’il convient de l’être…

La vie – en soi – maître des mœurs et des usages ; et la force de ce qui s’impose…

Rien que des élans nés de la nécessité…

Ni rêve – ni désir – ni ambition…

L’extinction des idées ; le visage devenu chemin ; et le chemin devenu enlacement ; la seule perspective – celle qui mène à l’intimité que réclament le monde – les choses – tous les vivants…

 

 

 

Ce qui advient – derrière les apparences…

Ce qui a lieu ; des événements – ni majeurs – ni négligeables…

Des froissements d’air et d’âme – plus ou moins durables – plus ou moins conséquents…

Des choses toutes proches – tournées vers nous – affranchies de ce que peut en dire la raison…

Tous les yeux posés sur la matière – sur tous ces amas de matière façonnés par les mains ; et que la tête considère comme un trésor ; ce qui pourrait être utile au cœur et au corps – ce qui pourrait apaiser la peur et la faim…

Rien d’important – en vérité ; dans tous ces cercles de lutte – dans tous ces cercles de protection et d’approvisionnement…

Et – en soi – un abîme – seulement – impossible (bien sûr) à remplir de cette manière…

La folie courante et coutumière de ceux qui s’imaginent lucides – avisés et prévoyants ; l’homme raisonnable à la figure triste – à l’existence sans profondeur – sans perspective – sans solution…

 

*

 

Vers ce blanc – en nous – qui attire – qui appelle – dans l’obscurité et l’incertitude…

Le geste et le pas – soudain – en pleine lumière – éclairés par le dessus – de l’intérieur…

Le pied et la main – déjà sur l’étendue – sur cette immensité vivante…

Ce qu’elle est ; et ce que nous sommes ; sans que quiconque puisse le certifier ou le contester (avec assurance)…

 

 

La voix rompue – comme la route sur laquelle on s’éreintait…

Oubliable – comme le reste (tout le reste)…

La terre – la mort – le silence ; dans n’importe quel ordre ; ce qui semble être – ce que voient les yeux…

Ce qu’offre l’espace ; et ce qu’il nous ravit…

Ce que l’on cherche dans l’indifférence (plus ou moins) générale…

La tête penchée sur le plus grave – un peu d’amitié – l’aube du monde – si prolifique…

Notre existence – comme suspendue à une corde au fond d’un précipice ; (presque) personne – au milieu de nulle part – en vérité…

 

 

Une écoute invisible – au milieu des pierres – loin des églises…

A genoux – face à la douleur…

Des choses dites – des choses faites…

Un sourire ; l’oubli de la tristesse…

Et ce qu’il nous faut regarder – les yeux grands ouverts…

Sans bannière – sans emblème – face au froid…

Et chemin faisant – le feu qui jaillit – qui éclaire – et qui réchauffe – peu à peu…

L’antre – à l’intérieur – qui émerge – et qui s’ouvre ; la sente à suivre jusqu’au lieu le plus familier…

 

 

Trop longtemps – les yeux fermés et l’âme absente…

Apeuré(s) par la tournure prise par le monde…

Aussi loin des hommes que possible…

La respiration coupée et les joues inondées de larmes…

Comme frappé(s) par la disgrâce…

Tenant à peine debout ; à la manière d’un survivant ahuri – sidéré…

La chair douloureuse comme si nous avions traversé la mort…

Le cœur et le pas lourds ; et encore (malheureusement) au prélude de l’épreuve…

 

 

Des paroles jetées dans tous les recoins – éparpillées ici et là ; et pénétrant (très) rarement les âmes…

Comme du sable qui coulerait entre les doigts ; qui glisserait le long de la peau et se répandrait sur le sol – comme une couche de matière supplémentaire ; le terreau, peut-être, du monde à venir – les fondations, peut-être, d’une nouvelle humanité…

 

 

Le même geste – mille fois répété…

L’histoire de l’homme – malgré son déclin (prévisible)…

La disparition progressive du savoir ; l’humanité en perdition…

Et toutes les fables que l’on se raconte

Comme le soleil qui, chaque jour, se lève ; comme le sommeil qui finit toujours par nous gagner – la nuit venue…

A présent – au pied de l’arbre – auprès des nuages – dans chaque goutte de pluie – sur tous les horizons – sur la ligne de partage entre la terre et le ciel…

Au-delà des malheurs au milieu desquels nous nous débattons…

 

*

 

Une foulée d’acrobate discret – sur un fil invisible…

Des gestes d’une grande clarté – à la lumière de ce qui ne se voit pas…

Un langage comme une errance – entre la source et l’invention…

Quelque chose du scribe sous la dictée de ce qui rayonne…

Une sorte de sagesse – sous les paupières – qui n’appartient à personne…

Un regard posé en lui-même – au cœur du vide – qui ne cherche rien – ni réconfort – ni compensation ; qui sait qu’il n’y a jamais eu (et qu’il n’y aura jamais) d’autres yeux posés sur lui…

La venue à maturité de ce qui s’est (très) longtemps cherché…

 

 

Le silence habité ; inépuisable…

Une source de compréhension – une aire du monde (enfin) respirable – qu’il est inutile t’interroger…

La quiétude éprouvée par l’âme ; et la tranquillité du souffle – indépendamment de la couleur du monde – de la nature des croyances et de la forme que l'on donne à Dieu…

Au bord d’une lumière – au seuil de l’inconnu – comme une (modeste) immersion dans l’au-delà de l’homme…

 

 

Le chemin de la disparition…

Dans le ciel – effacé…

Sur la terre – célébré…

Au-delà de l’ordre des signes – au-delà des visages (strictement) humains…

L’existence sans livre – sans carte – sans loi – où tout respire et se rassemble…

Le cœur accolé au cœur de tous les Autres ; ouvert et chaviré ; le commencement, peut-être, du règne (perceptible – ineffable) de l’Amour et de la lumière…

 

 

Au seuil de la consolation – l’impossible…

Les ombres qui s’agglomèrent…

Le soleil déclinant…

Le resserrement de ce qui nous attache ; le renforcement des liens…

Des brassées de ronces jetées vers le ciel…

Des mains rouges ; et des peaux écorchées…

A peine un souffle entre nos lèvres qui dessinent une (affreuse) grimace…

 

 

Dans la tourmente – parmi tous les monstres qui s’affrontent – entre les cris – les postures et les prises de position…

Au cœur de tous les conflits…

Comme le prolongement naturel de la première séparation…

Du silence à la prolifération du bruit ; du premier élan à la multitude ; cette efflorescence arborescente – monstrueuse – que rien ne peut arrêter – sinon un renversement – le retour vers le point originel…

Une route que l’on ne peut inventer – ni construire de manière artificielle – qui se dessine pas à pas – selon les nécessités de ceux qui l’empruntent – comme l’ultime périple du cycle…

 

 

Encore trop de noir et de questions dans la tête…

Ce qui cogne contre nos tempes – cette lumière déguenillée – appauvrie – indigente – telle qu’on nous la présente ; belle – entière – (pleinement) respirante – en vérité – dans notre souffle amoindri et corrompu…

Le ciel que nul ne peut détériorer – qu’importe l’oubli – les manquements – la nature des salissures…

 

 

Les choses de l'hiver – à travers les grilles...

Comme un Graal – à nos yeux ; quelque chose de la nudité et du mystère – exposé ; et (en partie) offert...

L'essentiel de notre visage – peut-être – en dépit des apparences...

Un soleil très bas et très pâle – au milieu de la brume et de la neige...

Des amas de pierres blanches – presque fantomatiques...

Le réel qui apparaît – et circule – entre ce qui semble exister...

Entre Dieu et le monde – le temps d'un souffle – peut-être...

 

 

Le cœur et les yeux – reconnaissants...

Comme si l'on habitait (pleinement) nos gestes et notre parole...

Le lieu où se dicte le poème...

Le lieu où l'Amour et le silence s'enlacent – bâtissent pour quelques instants le plus essentiel – à peine un bruit – à peine une vague ; un chant – une vibration dans l'âme – sous la peau – mieux qu'un rêve – mieux que l'espérance (bien sûr) – auxquels sont condamnés (presque) tous les hommes...

Une danse et des couleurs à la place des murs et du sommeil...

L'infini touché – à la limite du supportable – au seuil du cercle – de l'immobilité – du guérissable...

Le seul chemin – la seule possibilité – vers l'enfance ; un avant-goût de la lumière pour éclairer – et mettre au jour – ce que dissimulent les illusions – l'indigence apparente du monde...

 

 

Au cœur de l'hiver – ce portrait du monde – dessiné depuis cette pointe de ciel posée en territoire terrestre – sur cette minuscule parcelle de matière...

Le cri incurable de ceux qui ne voient pas – condamnés à chercher à tâtons – la lumière mêlée à leurs cheveux sombres – marchant dans la main du temps – capable de se replier en un instant...

Seul(s) – comme si l'on cherchait une issue sérieuse...

Prisonnier(s) – sans doute – d'un rêve de papillon – lui-même héros (involontaire) du songe d'un Autre – non recensé dans le grand registre du monde...

Ce qui donne au tableau un air flou et froid ; une sorte d'esquisse de l'inconsistance...

 

 

La main tendue vers le monde – vers le temps – comme s'ils pouvaient transformer notre quotidien ; faire apparaître l'Absolu dans nos gestes et nos paroles ordinaires...

Aucun soleil contre l'ombre qui s'est réfugiée dans l'âme ; un déchiffrement plutôt des signes qu'elle essaie d'esquisser...

Des vies – sur la pierre – qui n'appartiennent à personne : des corps comme le prolongement de la terre ; la terre comme élément infime de la matière ; la matière comme fragment négligeable du visible ; le visible comme part non essentielle de l'Existant ; ainsi nulle possibilité d'orgueil et l'évidence du ridicule de toute forme d'appartenance...

Un rire plutôt que des larmes – en ces lieux étranges – habituels – incompréhensibles – indiscernables...

 

*

 

En chemin – le bleu et la neige...

La parole centrée sur l'essentiel...

Le désir – puis, le désert...

Des signes dans la nuit ; notre résonance qui, peu à peu, s'éveille...

Une voix que l'on pourrait partager...

De l'intérieur – ce qui se liquéfie ; et ce qui s'édifie ; tout – et le reste – et le vide ; l'espace sur lequel on ne peut prendre appui ; l'événement brut vécu – à la manière du monde – comme notre continuité...

La poitrine (très largement) amoureuse ; le cœur et la main comme des liants pour enlacer le bleu – la neige et le chemin...

Ce que nous sommes – en nous – dans nos propres bras...

 

 

La vie – le cœur – le langage – protégés comme les reflets de l'esprit en lutte...

Quelque chose de la parfaite équivoque...

Tout et son contraire – simultanément ; et trop peu d'espace – en soi – pour les accueillir ; il faudrait, pour devenir l'infini, gravir un chemin entre l'ombre et les reflets – obéir joyeusement aux limites et aux contraintes du périmètre – être indifférent au ciel et à la terre – aux paroles et au silence – embrasser d'un égal élan le songe et le réel – oublier la nuit – la fatigue et le temps – ne craindre ni l'illusion ni la vérité – ne s'inquiéter qu'il n'y ait rien ni personne en ce monde ; s'unir à la vie – faire corps avec la multitude et l'entre-deux ; ainsi tout pourrait être vécu avec résonance et intimité...

 

 

Sans interrogation – aux lisières de ce qui ne s'entend pas – de ce que l'on pourrait être (si d'aventure l'on osait) – au-delà du possible et de l'esprit (ordinaire)...

Devenir l'impensable ; et (très) humblement – et de manière involontaire – s'en affranchir...

 

 

Au milieu des Dieux endormis – quelque chose de la farce – comme une paternité fragile – une inclinaison à la négligence – une manière d'être inadaptée au monde...

Une sorte de maladresse qui placerait le repos et le rêve au-dessus du face à face (possible – toujours possible) avec le réel...

Des paupières fermées plutôt que des yeux ouverts...

Et comme seule issue ; le fil de notre ascendance – l'ensemble de la généalogie – qu'il faudrait rompre – dont il faudrait s'affranchir...

A la manière du premier homme – confronté à ses propres ombres – confronté à l'étrangeté du monde...

 

 

La douleur étalée sur la pierre...

Le jour dénaturé par la peur...

Les battements du cœur – inépuisables – jusqu'à la mort...

L'Amour – aussi proche que possible – sans que l'on sache réunir les conditions favorables...

L’œil – au seuil de toutes les portes – ouvertes une à une...

Et cette curiosité inassouvie pour le bleu – (presque) toujours introuvable...

A vivre comme si le chemin pouvait s'arrêter demain – comme si l'on était prêt à tout abandonner – comme si la seule expérience essentielle échappait à notre volonté...

 

 

Des choses dans l'espace – en désordre...

Du feu – des pas – la possibilité du regard...

Ce qui – au fond de l'âme – semble arraché...

Un mot pour un autre – comme les visages...

Et – peu à peu – tout qui se défait – tout qui se détache ; et s'efface ; nos vies – notre destin – le cours des choses – inéluctables...

 

*

 

La peau sur l'écorce – la main sur la feuille ; les traits du feutre et du visage – esquissant – caressés...

Entre le ciel et la parole – l'arbre ; le tunnel que l'on creuse sous la pierre – sous la lumière ; le même chemin – en vérité – à travers la nuit qui nous épuise sans (jamais) nous interroger...

Un temps pour soi – pour conjurer l'horreur du monde – aux lisières du songe et de la barbarie ; un lieu pour reposer l'âme et les yeux...

 

 

Des traces – de l'écume ; ce qui nous semble le plus familier...

L'homme – depuis des millénaires – englué dans ses habitudes – débordant de certitudes au lieu de questionner la surface et la profondeur – le plus intime et le plus lointain (leurs évidentes intrications ; et leur périmètre fluctuant)...

L'esprit aussi près des fleurs que des étoiles ; et pourtant...

Jamais assouvi ; comme un secret – en nous – vivant – qui aimerait fréquenter le silence – s'écarter (un peu) du monde pour se rapprocher de la vérité (vécue) ; découvrir – et habiter – une respiration plus ample ; des gestes plus lumineux ; une manière plus spacieuse de vivre et d'aimer ; quelque chose qui (de près ou de loin) ressemblerait à l'infini...

 

 

Sur cette route que nul n'emprunte – que nul ne voit ; mille obstacles auxquels on se heurte – des idées – des croyances – des parts de soi...

Un long cortège précédé de cris et d'impatience...

Et tous nos travers – abandonnés, peu à peu, le long du chemin...

 

 

L'intimité entre l'arbre et le ciel – captée (en partie) par les saisons ; reflet du dialogue et des nécessités ; des enjeux et des possibilités du monde...

Et à travers le feuillage – le visage du vivant...

Et au-dessus – l'être – la main tendue – attentif – à l'écoute...

D'un côté – la lumière ; et de l'autre – un chant silencieux...

Et cette rencontre qui tient à la fois de l'humilité et du déploiement – de la jubilation et de l'abandon ; le seul passage possible (que si peu d'hommes ont su découvrir ; que si peu d'hommes ont pu traverser)...

 

 

Des voix qui montent – du fond de la chair...

Des vibrations portées par le vent ; et qui touchent, peut-être, l'âme de ceux qui pleurent – à genoux – devant l'innommable...

Des colliers de neige autour des paupières...

Rien de chiffré – rien de mesurable (bien sûr) – face à l'éternité...

Pareil à un miroir qui reflète toutes les formes – toutes les ombres ; l'infini en train de s'embrasser...

Et du temps en excès (bien sûr) ; et aucune main (pourtant) pour s'emparer du silence et jouer avec la mort...

Rien ; pas même le souvenir de Dieu...

 

 

A travers les yeux – mille hypothèses...

A travers le regard – l'obscurité, peu à peu, pénétrée...

Des pensées légères et nonchalantes ; ni poids – ni appui ; le monde réduit à du sable ; et le ciel rassemblé...

Pareil à l'esprit de l'enfant qui achève un puzzle immense posé devant lui – tantôt avec mille gestes malhabiles – laborieux – tantôt porté par une intuition – une fulgurance ; sans aucune autre alternative...

 

 

Le sommeil arraché à l'espace...

Le devenir (très) incertain des murs et des frontières...

L'extinction d'un bruit très ancien...

Ce qui peuple notre ventre – depuis le premier jour...

Un monde – en nous – qui se meurt ; au seuil (peut-être) du dernier souffle...

La mémoire qui se disperse ; et des pans entiers de souvenirs qui s'affaissent...

L'Amour nécessaire à notre délitement...

 

 

La nuit comme le jardin des Autres...

Trop loin de la source...

Ce qui rassemble la soif et la traversée...

Quelque chose qui, sans doute – quelque part, nous attend...

Indéfiniment – sur la même rive – sous la même étoile...

Un délire – un égarement – jusqu'au bout d'un rêve peuplé de luttes et de regrets...

Debout – quoi qu'il (nous) en coûte...

Notre figure dessinée sur le sable que le vent, d'un seul geste, pourrait (à tout instant) effacer...

Nos vies – nos paroles – nos pas – prisonniers de ce cœur exagérément labyrinthique...

 

 

Que tout s'arrête – avec soi – après la mort ; à moins que tout ne se déchaîne davantage – que la fièvre devienne furie – que le brouillard danse avec l'identité jusqu'à tout rendre indistinct – que le gris se mette à dégouliner de toutes les têtes – que l'existence révèle enfin sa forfaiture – que le découragement et la désillusion poussent à l'abandon ; que les conditions soient enfin réunies pour que nous puissions faire nos premiers pas vers la lumière...

 

*

 

Les mondes innombrables ; comme le sommeil qui complote dans l'ombre...

Du temps passé – au milieu des apparences – sans bouger...

Des lignes pour essayer de dissiper le doute...

Des peurs jetées en pleine lumière...

Le naufrage qui se précise ; l'âme fébrile – inquiète...

Entre fable et forêt – le cœur qui hésite encore...

Le visage face au silence – (à peu près) silencieux...

Moins nocturne qu'autrefois – le feutre qui décharge son encre bleue...

 

 

Le pas solitaire – désirant – entre la blancheur et l'eau stagnante...

A l'origine de l'écume et de notre manière d'amasser les choses ; toujours inassouvi(s)...

L'âme nauséeuse – la bouche ouverte – comme si l'on nous couchait vivant(s) sous la terre – sous les décombres du monde...

Un rictus sur le visage – comme une confusion – une inversion des lieux – peut-être – un mélange tragique d'événements...

Une tombe en contrebas du ciel ; une existence misérable sur le point de s'effondrer ; et le cœur chahuté par la lumière...

Tous les noms que l'on oublie...

Autre chose que soi et le monde...

Le sourire d'un ange – peut-être – d'un monstre qui aurait pris l'apparence de Dieu...

 

 

Cheminant – toujours – allant là où les mots ne peuvent aller – tombant et nous envolant – comme si le monde était un rêve – comme si nous n'étions pas (réellement) vivant(s)...

 

 

Le jour – à corps perdu...

Parmi les premiers sur la liste des serviteurs...

L'ombre et la chute – blotties contre soi...

De la naissance à la mort – en un seul pas...

Et un Autre à la place de celui qui chute...

Ensemble – au milieu des ronces et des caresses – qui nous écorchent et nous consolent...

Du sang plein les mains ; le seul souvenir de l'homme...

Et la forêt silencieuse au fond de laquelle nos pas s'enfoncent...

 

 

Notre main – au bord du cri ; juste avant que l'air ne tourbillonne...

Une peur – comme un abcès au fond de la gorge ; un poignard enfoncé depuis l'origine que nul ne pourrait nous arracher ; et qu'il faudrait dissoudre avec du miel dans la voix ou polir d'une main tendre et attentive – attentionnée – qui opérerait un rapprochement des cimes et de la source ; ce que nos tremblements réclament depuis si longtemps...

 

 

Aux cœurs suppliciés – le ciel en partance...

La tristesse avant que le (grand) saut ne s'accomplisse...

Tant de morts – à chaque instant – anonymes – solitaires (pour l'essentiel) – arrachés à ce monde pour un autre sur le point (sans doute) de s'inventer...

Une nouvelle nuit – un nouveau vêtement – pour habiller notre lumière et notre nudité...

 

*

 

Le masque de l'épreuve – entre le monde et la peau ; le front guerrier ; et au fond des yeux – cette flamme – et l'esprit déjà plongé dans la violence et le sang...

Mille fables sous le casque ; et tous les adversaires déjà désignés – déjà crucifiés ; et si peu de vent sur les certitudes...

La hache que l'on affûte à l'approche de la saison tribale...

Les Autres séparés de soi – de plus en plus ; bien en face...

L'imposture et l'hostilité ; ce qui agite l'écume et épaissit le sommeil...

Mille couches d'obscurité sur l'oubli – sur la possibilité d'un autre monde...

 

 

Piégé(s) par l'épaisseur calendaire – le temps – à pieds joints dans la mélasse des jours et des heures – (presque) entièrement englué(s)...

L'horloge qui nous rappelle l'écoulement ; la cloche qui sonne sournoisement...

Les années et les siècles qui passent ainsi ; l'esprit aveuglé et la chair complice (bien sûr) qui flétrit – qui vieillit – qui meurt et se dessèche...

Et là – à quelques pas (à peine) – à l'ombre de la terre – sur l'autre versant du ciel – ce qu'invente (ce que peut inventer) l'errance – l'insouciance consciente – comme un voyage interminable ; l'éternité qui s'offre – peut-être...

 

 

L'espace entrouvert par la naïveté...

Le secret des étoiles (en partie) révélé...

Notre souffle silencieux sur la poussière et le temps – comme figés dans le roc...

L'âme – le visage et le nom – affranchis de tous les cercles – de tous les clans...

Sur les chemins scintillants – appelé au-delà – par la possibilité du Vrai...

La foulée authentique et solitaire...

Et le regard qui apprend, peu à peu, à pénétrer toutes les épaisseurs...

Vivant en allié inconditionnel des bêtes et des bois ; humblement – à genoux – sur la terre ; ici comme d'Autres ailleurs (un peu plus loin) mentent – assassinent – s'enorgueillissent de leur existence désastreuse...

 

 

De la neige dans l'âme – à gros flocons...

Un peu de douceur sur quelques lames rouillées – un bric-à-brac de choses inutiles...

La forêt et l'océan qui émergent, peu à peu, du tumulte – des tourments du monde – des assauts des hommes...

Ni pensée – ni apprentissage...

Une seule voie – inclinée – nimbée de tendresse ; une existence déchargée des impératifs des Autres et du temps...

Le règne sacré de l'enlacement ; le début (sans doute) de quelque chose...

L'infini dans nos bottes et nos boucles...

L'incendie impartial qui consume les soucis...

Sur la pente (naturelle) de l'abandon – à proximité du sable bleu...

 

 

Le chant – l'oiseau – le soleil – face à la tyrannie qui anime le monde ; les hommes en tête – dans la nuit inséparable – portés par le vacarme et l'effleurement – comme s'il nous était impossible de vivre – comme si quelque chose s'était brisé dans l'âme – un élan, peut-être, vers le silence et la vérité – la part du monde la moins explorée – cette sente du cœur qui (pour beaucoup) reste inconnue...

 

 

L'ascendance – jour après jour – annihilée...

Ce qui nous accompagne – des gestes de partage – des seuils franchis...

De moins en moins tributaire des images...

La nécessité qui naît – peu à peu – à la place des injonctions du monde...

Dieu – tous les Dieux – et toutes les idoles – écartés...

Le visage qui – imperceptiblement – devient la route ; et le pas et le geste – la perspective ; notre manière [(très) imparfaite – sans doute] de nous établir hors du sommeil...

 

*

 

Notre langue abrasive qui transmute les bruits en silence...

A celui qui sait entendre – dépasser la voix de la raison...

Derrière les images – nul songe – nulle histoire...

Ce qui s'offre – avec les couleurs du destin ; et celles du monde – mélangées...

L'âme debout – sans drapeau – sans mise en scène ; authentique – mêlée à la poussière qu'elle soulève...

Par temps d'orage ; par temps de pluie ; au milieu des ombres et des broussailles ; plus seule que jamais...

Humble au milieu de ses sœurs – au milieu des mots qui rayonnent...

Par delà le rêve et la mort...

Dans la compagnie de ceux que le monde a bannis...

 

 

En chemin – le cœur battant – l'âme prête à s'effacer devant le silence – à devenir l'étendue que l'on méprise – que l'on ignore...

De la même couleur que le chant qui monte vers la lumière...

De nulle part – de tout temps...

La tradition de l'oubli qui se célèbre ; et se perpétue...

A même le sang – à même le soleil – ces vibrations dans l'air et dans la voix...

Le reflet infini de la beauté insulaire – infime – presque négligeable...

La portée extravagante du ciel ; des portes et des chemins – au pays de la joie...

Derrière les murs et les miroirs – mille contrées où règnent le vide et la contemplation...

Un grand sourire sur les lèvres – au milieu de rien – au cœur de l'abîme qui s'ouvre et nous révèle...

 

 

Au cœur de la découverte – les choses et l'intimité – ce qui remplace l'épaisseur et la nuit – la solitude au milieu du monde...

Ici – accompagné(s)...

Une partie des liens invisibles – révélée...

Les mains dans la pâte ; l'âme auréolée de matière et de ciel...

La douleur – le manque et la douleur – peu à peu remplacés par l'innocence et la joie...

Quelqu'un à l'aplomb de l'impensable...

Quelque chose à la place de rien...

Une manière de se tenir face à l'adversité apparente...

 

 

A travers l'imaginaire – la fenêtre commune du monde – comme une issue à la laideur – une compensation – un mensonge éhonté...

Le fil d'une histoire que l'on a inventée pour essayer d'échapper aux malheurs qui nous assaillent...

La tête à l'envers et l'âme retournée qui – soudain – aperçoivent le ciel – sans comprendre que cet horizon s'éloignera du pas tant qu'elles l'approcheront ainsi...

Si loin (encore) du geste – et du sourire – naturels – comme manière de se tenir au cœur du réel avec respect – effacement – intimité...

 

 

Au chevet du fardeau posé au bord du chemin...

Comme au dernier jour du monde ; à la place des choses – le poids de la promesse...

Des paroles anciennes pour cerner la mort ; et ce regard pour y pénétrer ; et notre ardeur – prête à l'enjamber...

Face au silence – l'âme – supposément plus sage – malgré l'incertitude et la douleur...

 

*

 

Des lieux interstitiels où le ciel s'invite – sans mur – sans chimère (où même la tristesse et la désolation peuvent devenir joyeuses)...

L'invisible présent dans le souffle...

L'impossible présent dans le geste...

Et l'âme – habitée (bien sûr)...

D'un côté – l'écume ; et de l'autre – le silence – mélangés avec les rêves et l'Amour...

Comme la visite (récurrente) d'un soleil oublié au fond du crâne ; et le cœur dansant dans l'ombre d'un partage très ancien...

Vivant en ces lieux où les collines et les arbres se marient à la roche et à l'invisible ; l'âme dans les mains de ce qui s'offre...

 

 

La parole dans le prolongement du chant des oiseaux...

Des lignes et des lignes de silence – en dépit des mots...

Une porte au fond de l'âme – comme une descente en soi – sur un chemin invisible...

Des instants d'écoute et d'attente ; une veille – en quelque sorte – qui précipiterait le passage et le déploiement de la solitude...

Ni pensée – ni image – symboliques ; des fenêtres par lesquelles se faufiler...

Une perspective vers ce monde transformé par le regard...

Et ce qu'il reste sur notre effacement ; le vent à la suite d'une longue série de soustractions ; le vide et le vent qui souffle les larmes et la joie sur ce qui ne peut durer ; nos existences si labiles – si passagères...

 

 

Au fil du ciel – l'arbre et la peau...

La fenêtre ouverte sur l'horizon intérieur...

A grands renforts de silence – l'effacement et les cérémonies de commémoration (inutiles)...

L'esprit vide qui se laisse bercer par la danse des choses – le chant des âmes...

La nuit traversée – peu à peu – jusqu'à l'autre rive...

Quelque chose d'une vie – d'une manière d'être et d'écrire ; ce que l'on pourrait appeler le style et le mode de vie qui trouvent leur souffle – leur rythme – l'essence de leur expression ; et qui assument (pleinement) leurs singularités et la façon dont ils nouent des liens avec le reste....

 

 

Le sang du monde ; à en perdre la raison...

Des naissances et des étoiles...

Quelques têtes dans un coin...

A mieux y regarder ; partout – le suintement de la blessure...

Le courage nécessaire face au noir et au froid...

La douleur indéchiffrable de l'esprit jeté sur la terre...

La part rebelle de l'âme qu'il faut apprendre à canaliser – à orienter vers sa pente naturelle...

Un détour – une folie (aux yeux des Autres) – pas à pas – comme une avancée dans le voyage ; un très léger écart avec le monde et ce qu'imposent les hommes...

 

 

Le cortège du vide et de la mort – au cœur des apparences...

De la chair et de la parole...

L'invisible au milieu des ombres et des malheurs...

Et la voix qui s'attarde pour découvrir le secret...

 

*

 

Les heures sombres – sous la poussière – le soleil bas sur la cendre et le silence (terrifiant)...

Les lieux de la peine et du sommeil...

Le néant sur tous les visages – comme incrusté...

La peur à la porte du langage...

Le ciel troué par tous les épouvantails...

Un mot – un œil ; et le cœur replié – (entièrement) cadenassé – à peine palpitant...

Et derrière ce monde si prévisible – la fête et la danse ; la figure plongée dans l'éparpillement et l'indistinction...

La lumière sur tous les pas – toutes les fenêtres ; une autre dimension, peut-être, de la fosse et de l'écume...

 

 

Présent – ailleurs...

La marche fébrile...

La voix qui épelle des noms étranges et inconnus – à la manière d'une prière psalmodiée dans une langue étrangère...

Le rayonnement de la parole – sans désir – sans désarroi...

Au milieu du vent – la somme des absences – à travers lesquelles les hommes ont (trop souvent) le sentiment d'exister...

Rien d'abouti – à peine un chemin ; et le devenir aussi sombre, sans doute, que les premiers pas...

 

 

L'invisible convoqué par l'âme insouciante...

Aimanté par le feu – l'ardeur affranchie du destin imposé par le monde – affranchie des cercles les plus tragiques...

La parole, sans doute, moins humaine que le sang...

Très simplement terrestre – en somme...

Parmi les rêves et les nuages – la tête (juste) au-dessus du temps qui passe....

Les yeux vides – comme posés en eux-mêmes ; et l'immobilité et le silence – couleur de ciel...

 

 

La course du sable – le vent sur nos traces – l’œuvre du monde sur les hommes...

Des pierres alignées ; et le soleil à l'horizon...

Au sein de ce décor (apparemment) immuable ; au milieu des choses entassées...

L'histoire terrestre – à la périphérie de l'espace...

De la matière animée ; et des âmes qui tremblent...

La soif et le sommeil – sans doute – à égales proportions...

Et quelque chose – en nous – qui brûle encore...

 

 

Des bouts de ciel qui s'effritent...

Des couleurs et des chants...

Des lèvres pour embrasser ; et des bras pour étreindre...

Et (presque toujours) le bâton à la main – dans cette marche qui semble circulaire...

De la terre (encore) dans les yeux et sous les pas – qui vient épaissir l'ardente mécanique...

Nos géographies variables – (très) aléatoires...

Dans un coin du monde ; le soleil qui recouvre tantôt les ombres – tantôt les épaules...

Et le souffle qui s'obstine à rester au fond de la poitrine – qui refuse le grand large ; l'immensité au bout des doigts...

A tourner en rond dans cet espace qui tarde à se faire plus dense – et plus lumineux ; qui tarde à s'affranchir de l'homme...

 

 

Au cœur de l'argile – une porte entrebâillée...

Des courbes et des bifurcations – tel que semble se dessiner l'itinéraire – le parcours apparent jusqu'au bleu que nous abritons...

 

*

 

L'architecture du vide ; ce dont nous sommes composés...

Des ombres – du désir – de la chair – sans visage particulier ; des amas de matière animés plutôt ; la signature d'une enfance joyeuse – d'une énième tentative peut-être – faite de chiffres et d'infini – façonnés par mille mesures et le balancement (incessant) de l'invisible...

Un cri devenu parole – puis, silence ; et qui, un jour, (bien sûr) redeviendra cri...

 

 

Le lieu équivoque de la circulation...

Deux faces variables sur une figure (assez) mystérieuse...

Dans l'étonnement des choses – l'être au cœur des saisons...

Une couronne de cendre sur ce que l'on connaît à peine...

Des heures qui passent sur un étrange sommeil – une sorte de rêve vécu les yeux ouverts – posés sur les ombres mouvantes – sur les ombres changeantes – du monde...

La mémoire comme une lampe – la seule (malheureusement) dans cette nuit hivernale...

Comme un grand écart entre ce que proposent les hommes et le silence...

Trop de résistance(s) encore à l'effacement...

 

 

La nuit inclinée...

Les corps perclus – débordant de matière – comme des ruines à la dérive sur les eaux du temps...

Au-dessus des assassins – l'âme des victimes – des égorgés dont la dépouille pend à un crochet...

Le ciel transpercé de flèches – éclaboussé de larmes et de sang...

La chair du monde – sous le poème...

Et ce rire – au cœur des malheurs – qui n'appartient à personne ; et qui (mystérieusement) consolera ceux dont on a précipité le départ...

 

 

Sans nom – sans main – dressé devant soi – à la manière d'un monstre...

Au seuil de l'immensité ; des hallucinations peut-être...

Le corps lancé contre le vent – face au ciel – quelque chose d'un mur – d'une frontière infranchissable...

Comme une condamnation à pourrir – seul – sur la pierre...

Interdit – étourdi – par ce plongeon inattendu au cœur du réel...

 

 

Des yeux aussi sombres que la nuit ; noir ébène...

Le monde ; les paupières cousues...

Et de la matière inerte – à l'intérieur...

Et de la tristesse et de la faim – aussi...

Et dans les prières – un Dieu faillible – un Dieu tremblant...

Comme une ombre sur les lèvres de l'enfance – condamnés à cette incapacité à communier – à cette impossibilité à vivre ensemble...

Dans la négation d'une infirmité (maladroitement recouverte par un linceul) ; une posture intenable – une escroquerie – tant la gangrène a déjà tout envahi...

L'arc de la mort pointé sur notre poitrine...

Les yeux fermés ; et tous les tourments à venir – le cœur (totalement) empêtré...

 

 

Comme un repli obscur dans ce grand voyage...

La main posée à proximité de nos sandales...

L’œil qui traîne dans un recoin – qui entrevoit le monde à travers une minuscule fenêtre – des ombres qui passent...

Et pendue à notre cou – la clé de la porte qui sépare la chambre du dehors...

 

*

 

Un écart – un pas dans la neige...

Le cœur et la parole – enlacés...

Entre le rire et les larmes – le passage des années...

Tous les chemins du monde – franchis ou contournés – comme des obstacles...

Tout qui tourne ; tout qui tombe – devant des portes fermées et des pierres froides...

Et la hantise du jour sur ces rives perdues...

 

 

L'origine suspendue à la dissipation...

Entre l'écriture et le silence – la parole incertaine – divagante – parfois enchantement (assez souvent – confessons-le)...

Du feu – du vent et de la lumière...

Ce que dessinent l'âme et la main ; des signes descendus du ciel qui éclaboussent la surface de la page...

Tantôt tombeau – tantôt apaisement...

Et en lisière de forêt – la mort partout présente – la mort partout qui veille...

Comme si nous étions une maison vide – une institution sans mur – une entité sans visage...

 

 

Des fables – au-dessus du cœur – qui virevoltent sur un fil tendu entre les pierres...

En-dessous – le vide – le sable...

Et les pas qui dansent au rythme de la musique...

Et des rêves – beaucoup (beaucoup trop)...

Et des langues inconnues – impossibles à comprendre – à déchiffrer ; des paroles obscures...

Des mondes en construction...

Des amas de certitudes...

Des croyances et du sommeil...

Quelques remous et son lot d'absences – entre le début (supposé) et la disparition (apparente)...

 

 

Cette dérive des Dieux – salutaire – vers le rire...

La légèreté au cœur du temple ; le plus sacré du quotidien (sans doute) – au-delà (bien sûr) des gestes rituels...

Plus qu'un homme (Ô combien) – le soi-monde...

Le couronnement de la beauté et de la poésie – le plus sensible à l’œuvre – autant que l'intelligence... 

Notre humanité (enfin) retrouvée...

 

 

A la pointe d'une folie passagère – au-delà de toute malédiction...

Dans la bouche – des fleurs immortelles...

Le cœur étreint...

Un baiser sponsal sur le front...

La parole – comme la salive – toujours au bord des lèvres...

Plongé dans ce voyage qui n'en finira pas...

 

 

Les yeux ouverts sur la bêtise...

Et cette cécité de l'âme qui ne reconnaît pas son mauvais sort...

Le cœur aussi dur que la pierre – malgré nos sourires et nos airs de tendresse...

L'impossibilité du monde et de la réconciliation ; le mépris et la haine qui déforment les bouches...

Sur notre couche encore – la figure toute froissée...

 

 

Rien – l'âme abandonnée – comme le reste – au ciel...

Des oreilles aiguisées à l'écoute ; et la main serviable – au service de ce que l'on ignore – au service de ce que l'on ne voit pas...

La solitude souriante sur le monde que le regard a bleui...

 

*

 

Le bleu déployé dans la lumière...

Là où le monde commence – là où les figures partagent la même intimité...

L'herbe sous nos pieds – les étoiles au-dessus de nos têtes ; le lieu où nous avons toujours vécu – bien avant l'invention des hommes et du temps...

Le silence – au milieu des ombres...

Et nos lignes aussi vivantes que possible pour tenter de dire ce qui a remplacé le temps – la bêtise et l'ignominie de ceux qui peuplent la terre...

 

 

Soustraites au sérieux et à la gravité – la joie et l'intensité du chemin...

La brisure consommée pour remplacer l'interrogation et le rêve d'envol...

La solitude et la cendre – dans cet écart – cet éloignement...

Le silence plutôt que la rencontre idéalisée...

Moins pénible – moins douloureux – le pas sur cette sente ascendante...

La légèreté et la lumière plutôt que le vertige et le fantasme de la transformation...

Ici – en ces lieux où nous sommes – à cet instant ; ni ailleurs – ni plus tard – comme un effacement et une ouverture dans l'épaisseur...

L'infini à portée de lèvres...

 

 

Sans autre bagage que le ciel et notre poids de terre...

L'esprit – le souffle ; et la possibilité du chemin...

Un parfum de pierre et d'éternité – dans l'étreinte et le regard – et jusqu'au cœur même de cette étrange poésie...

 

 

Le poids de l'âme et les ombres passantes...

Les traits particuliers de l'enfance insoumise...

A nos oreilles – les bruits du monde – de plus en plus lointains...

Et ce rire sur les querelles qui nous animent...

Et serré contre soi – le ciel partagé ; et le temps défiguré par l'impatience...

A écrire des livres – comme l'un des (nombreux – très nombreux) terrains de jeux où les Dieux se disputent l'espace et l'origine de nos tremblements...

 

 

Serviteur d'une poussière qui s'incruste partout ; dans l'âme – sur la langue – sous les pas – dans les interstices du cœur...

Pas même une muraille contre le vent...

Un désert qui accueille les insurgés et les hurlements...

Des couloirs vides ; et l'espace immobile où se déroulent tous les événements...

Et des yeux posés sur tous les seuils...

Et au-dehors – ce qui demeure sous l'emprise de la violence et de la faim...

 

 

Des jours – autant que de murmures...

L'incompréhension et la lumière – épousées jusque dans les tréfonds...

De la chair et du sang pour satisfaire les ventres – l'appétit des affamés ; de la substance pour que la semence puisse jaillir et peupler le monde...

Des couches de matière qui finissent par recouvrir le plus précieux...

Nos mains tendues et nos paupières closes ; et ces larmes qui indiffèrent les Dieux...

 

*

 

Le tranchant de la lame sur l'ombre du jour – comme si l'on pouvait écarter les malheurs – comme si l'on pouvait séparer les choses...

Tout – amené – et emporté – ensemble...

Et l'esprit de l'homme – sans réponse – désenchanté (dans le meilleur des cas)...

 

 

La figure foulée – la terre prise au mot...

Entre ciel et rive – cette étreinte – cette étendue...

Ce qui ressemble à une bouche ou (mieux) à un baiser ; un peu de vent pour hâter les saisons anciennes...

Ce qu'il (nous) faut abandonner à l'hiver – à l'immensité...

Le cœur de l'enfance ; le jouet de personne – jusqu'à présent...

 

 

Des mots sur la nuit – pour tenter de transformer l'irréparable – de défricher des chemins – de déchiffrer une langue très ancienne – de devenir la pierre sur laquelle on prend appui pour déployer ses ailes – de s'effacer jusqu'à n'être plus rien afin de pouvoir, un jour – peut-être, tout devenir – tout étreindre – tout embrasser...

Davantage (bien davantage) que le monde ; la totalité...

 

 

En soi – là où l'on repose...

De rive en rive – de main en main – jusqu'à l'apothéose – comme de la magie blanche...

Au-delà de tout désir – entre le ciel et la source – l'espace sacré – la danse silencieuse...

Des fragments de vérité sous le délire et les mensonges...

 

 

Ici – la chair qui se réchauffe à celle des Autres...

Peau contre peau – sans tendresse – dans cette odeur de sueur suffoquante...

Des cris – et parfois des cœurs – qui se rejoignent...

Des vivants et des morts – au corps presque identique...

Des chemins ; et des destins qui s'écartent...

A la manière d'une foule aliénée qui s'agite dans la fosse où on l'a plongée...

La folie qui s'empare des ventres vides ; des bouches ouvertes et des rangées de dents saillantes – prêtes à saisir tout ce qui bouge – tout ce qui pousse – tout ce qui passe...

Le spectacle du monde tel qu'il se déroule devant nous...

 

 

La somme des jours ; moins que l'Amour...

Et toutes ces expériences à soustraire de l'essence...

La nudité parcourue comme un territoire ; une étendue sans limite – sans sillon...

Le temps écarté d'un geste machinal...

L'esprit vidé de toutes ses récoltes ; des poignées de poussière jetées devant soi...

Plus ni homme – ni visage ; quelque chose qui appartient à l'ensemble ; et qui varie, selon les circonstances et les possibilités, entre l'infime et l'infini...

 

 

La place que nous occupons – ni précieuse – ni honorable – infiniment changeante...

Notre passage – pareil à celui de ces crânes entassés qui, à présent, servent de rempart...

A la pointe de l'attente – cette veille patiente – sans les yeux – aussi lucide que possible ; ce qui, sans doute, s'imposera lorsque prendront fin le règne de la prière et toutes les croyances inhérentes au royaume promis par les Dieux...

 

*

 

Une terre – sans jugement – sans témoin – qu'il suffirait de découvrir – et de gravir à l'envers...

Des ruptures – une longue série de ruptures – jusqu'à la source...

Dans l'ordre immuable des choses – sans signe – sans preuve – où l’œil solitaire – inlassablement – construit et déconstruit le monde (ce que les hommes appellent habituellement le monde)...

Le jour – en nous – vivant – dans sa marche imperturbable...

Le vide et des monuments ; tout ce que l'on déchire...

 

 

L'espace illuminé – soudain déblayé de toutes les images qui (nous) servent de décor...

L'écume blanche soudain mise à nu...

Sur le versant de l'invisible le plus inattendu où les usages et les croyances s'usent de manière constante...

Le vent et l'étendue ; et nous autres – incertains et ballottés – si maladroits face à la nudité – face au dénuement...

Des gestes – des paroles – de la poussière – aussi vivants – aussi naturels – que ce qui existe – que ce qui ne se voit pas...

 

 

Le soleil – si proche du cœur – que tout paraît brûlant – intense – lumineux...

Le sable – les doigts – la poésie qui s'inscrit dans les interstices du silence – la danse des pas à l'approche de la disparition...

L'effacement et l'écho sans fin des choses qui semblent exister...

 

 

Ce qui sépare le sable du reste...

Les souvenirs emportés ; les âmes qui résistent...

Sur la peau – ce soleil prématuré...

L'abîme entre ce que l'on nous raconte et ce qui est ; là où puisent tous les mythes – là où puisent toutes les fables...

Le mouvement naturel du monde...

 

 

Des résidus de douleur et d'étouffement...

Ce qui a pris naissance au cœur du plus obscur de l'espace – en soi...

Ce qui couve sous la peur...

A nos pieds – ce que l'on a soumis ; et ce qui nous fait face (le reste – l'essentiel des choses) tantôt devant les yeux – tantôt contre le cœur...

Mille possibilités de passage à tous les seuils (perceptibles)...

Ainsi – le plus lointain – le plus endormi – se réveille – se rapproche...

 

 

De la candeur au fond des yeux aguerris...

Une enfance vouée à revenir – à se redresser...

Des larmes et des chemins...

Quelque chose qui brille ; quelque chose qui ne semble avoir de fin...

La matière nue – de plus en plus...

Des lieux et des noms – peu à peu – remplacés par le ciel – en dépit des apparences inchangées...

Comme d'étranges trouées dans le sommeil et la prière ronronnante...

 

 

Toutes les âmes éprouvées par les coupes rases qui sévissent dans la forêt...

La désolation ; cette éradication – cette rupture radicale du renouvellement...

L'absence de ciel – malgré la place vacante ; et des étoiles pour personne dont le reflet se brise, à présent, sur la surface des pierres...

Et notre cœur sous les copeaux qui jonchent le sol ; une manière d'appeler le soleil et le vent – de favoriser les naissances – la régénération du bois ; d'offrir un surcroît d'Amour qui influerait sur le monde...

 

*

 

Les pas qui, peu à peu, effacent la rive...

L'étroitesse de l'abîme – enjambée...

Les sillons qui cessent, peu à peu, d'être un asile – le refuge de la peur...

Un saut vers l'aube (tant désirée autrefois) – icône désuète à présent...

Une voie sans voyageur – une âme sans visage – un espace auquel on ne peut donner de nom...

Vers la transparence et la lumière ; ce cœur qui bat dans la nuit dispersée ; et ce souffle, dans la poitrine, qui ira aussi loin qu'il pourra...

 

 

Des choses impossibles – immobiles – sur le sable...

Des choses que l'on imagine...

Des apparences – des hypothèses – autant que peuvent en voir les yeux – autant qu'en est capable l'esprit...

A la mesure de l'insensibilité – l'incompréhension...

A la mesure de l'absence – la cécité...

Rien que du sable – peut-être – sur lequel on ne peut faire aucun pas – sur lequel on ne peut pas même prendre appui...

 

 

Mot après mot – ligne après ligne – page après page – l'effacement...

L'étreinte assidue ; et le secret, peu à peu, transpercé...

L'horizon de la parole autant que le chemin qu'empruntent les pas...

Ni rêve – ni pensée...

Le silence comme un miroir ; et le reste – simples reflets...

Et en nous – l'enfance à rejoindre ; ce à quoi (bien sûr) nous nous consacrons...

 

 

Par milliards – le noir – la volonté – mis en avant – entre les mains de l'invisible – des forces sous-jacentes derrière les forces apparentes...

Sentinelles du monde et sentinelles de l'aube – en quelque sorte...

Sans désespoir – sans ressentiment – malgré les malheurs – malgré la dureté et la véhémence des cœurs...

La terre promise, peu à peu, pénétrée – en dépit de l'épaisseur...

 

 

Un chant – une fête – sans bruit – sans personne...

Parmi ceux qui sont là – simplement – sans inviter quiconque...

Sans orgueil – sans intention – ceux qui semblent suffisamment sensibles – seulement...

De l'invisible – des étreintes – du silence...

Peau contre peau ; souffle entrant et souffle sortant – le même air partagé...

Une communion naturelle – spontanée – sans privilège – sans exclusion...

Posés sur la pierre commune – plongés dans la soif qui anime tous les élans...

Ici – sans rien chercher – ensemble ; sans heurt – ni effort...

Les yeux grands ouverts qui émergent, peu à peu, du délire collectif...

 

 

Nos yeux – nos mains – qui jonglent avec la vérité et l'illusion...

Sur un fil – depuis longtemps – confondu avec le sol...

L'âme abusée par le rêve ; le réel, sans cesse, réajusté, à nos désirs – à nos ambitions...

Parmi tous ceux qui feignent – qui mentent et font semblant ; tous ceux qui agitent de faux soleils – qui soulèvent de fausses questions – qui offrent des perspectives qui n'en sont pas – qui leurrent le monde avec leur statut – leurs saluts – leurs caresses...

Un monde de visages et de choses – anonymes – interchangeables – où tout se vaut – où tout se monnaye – où la valeur (bien sûr) est ailleurs ; un monde qui prône (et célèbre) une uniformité délétère – loin (très loin) de l'indistinction salvifique à laquelle nous invitent les sages et les Dieux...

 

*

 

L'arbre – à la saison des étreintes...

Dans nos bras – contre soi...

Confidences et secrets ; ce qui passe entre nous – en silence...

Un chant qui monte – de très loin – des profondeurs peut-être – qui sait – de plus loin encore (sans doute) – de l'époque d'avant les hommes – d'avant les frontières – d'avant la séparation...

L'invisible pas même chuchoté – des frémissements sous les étoiles – à côté des ombres et du chaos au milieu desquels vivent ceux qui ont perdu toute intimité avec le monde...

La terre – comme un vertige – la réminiscence d'un état d'avant la mémoire...

Notre feu et notre sang ; ensemble – sur cette étendue...

 

 

Des notes – comme de la poudre – offertes à ceux qui ne peuvent retenir leurs larmes...

Un peu d'encre et de silence jetés dans la géographie des hommes – comme un peu de neige dans la chaleur moite et étouffante...

Une sorte de sentier dont on ignore s'il monte ou s'il descend ; un visage – une contrée – à explorer minutieusement ; et dont on ne peut faire le tour qu'avec respect et attention...

Les confins du jour entre le ghetto et l'étendue ; une fenêtre pour voir le ciel ; un seuil sur lequel s'avancer pour faire face à la mort ; une porte dans l'intervalle ; une manière de découvrir ce que nous ignorons encore...

 

 

Le cœur circulaire...

Dans le gouffre ; la foulée...

Une île dans la nuit...

Un peu de sable pour écrire un poème...

Comme un envol hors du trou – hors du cercle – vers le merveilleux qui veille au-dessus du monde – au-dessus des illusions...

 

 

Le vent face au ciel noir – face au sommeil – face au délire – des hommes...

La grande infortune du monde...

Des paroles arrachées ; et des esprits confus...

Au carrefour des possibles...

Et trop de songes (bien trop de songes) en tête pour voir le soleil et l'Amour à l’œuvre dans ce déblaiement ; juste mille flèches qui ont l'air d'aggraver la blessure ; le refus du seuil et du silence...

 

 

Perdu(s) – comme enclavé(s) dans un repli du rêve – une sorte de recoin enroulé sur lui-même – à la manière d'un refuge – d'un abîme – d'un sommeil ; un lieu pour échapper au monde – au réel – à la transformation...

 

 

Du bleu – des bruits et des fables...

Ce qui nous a initié(s) – ce qui nous a façonné(s)...

A l'ombre du premier mythe – là où tout s'origine...

Pareil(s) à une chimère – à une invention – pour (à la fois) défier et prolonger le rêve...

L'incroyable labeur de l'esprit si prompt à tout différencier et à tout confondre...

Une forme de va-et-vient (permanent) entre le réel et le songe – entre la vérité et ce que l'on se raconte...

De toute évidence – nous sommes cela – cette inclinaison à tout inclure et à tout rejeter ; cet amalgame partiel et l'ensemble du royaume ; la portion et la totalité ; tous les degrés de l'envergure entre le néant et l'infini ; le vide sous tous ses déguisements...

 

 

Sur ce chemin où tout se dissipe – les visages – les mots – les mondes – les histoires – les questions – toutes les choses en vérité ; tous les abîmes – tous les cercles inventés ; et l'ensemble des angles circulaires qui transforment l'espace tantôt en arène – tantôt en labyrinthe...

L'Amour – à présent ; du brouillard et du silence ; et le regard qui pénètre les apparences...

Et entre nos doigts – tout ce sable que les mains n'ont cessé d'amasser...

Et devant nos yeux – ce désert qui a toujours existé (et que nous avons toujours pris soin de recouvrir ou de dissimuler)...

 

 

Le monde à la dérive – jusqu'au déclin...

La vie – le souffle ; et le ciel approbateur...

Et cette halte – comme si quelqu'un avait peur ; mille obstacles à franchir – mille obstacles à contourner...

Et tout – emporté avec nous – dans le grand flux ; ballotté par le cours (inéluctable) des choses...

 

 

Le jour – plus lointain que le sourire..

La vérité – plus abstraite que le geste...

L'instant – plus précis que le temps...

Le monde – en soi – que l'on porte tantôt comme un trophée – tantôt comme un fardeau...

Et derrière nous – d'autres visages ; d'autres perspectives...

Des pas provisoires – comme le reste (tout le reste)...

Seul(s) – comme le regard qui contemple – comme la main qui s'engage – comme le cœur qui éprouve et l'âme qui expérimente...

A l'ombre d'une figure tutélaire – Dieu peut-être sur lequel tout glisse sans trace – sans souvenir – sans mémoire ; le grand silence au fond duquel tout tombe et s'efface...

Et nous – tantôt comme des îles – tantôt comme des naufragés – posés là – dérivant – emportés – au milieu de nulle part...

 

 

Altérés peut-être par l'esprit – la mémoire – ce qui existe – ce qui semble exister...

Des choses apparemment vivaces – vivantes ; et des visages grimaçants...

D'un lieu à l'autre – comme si partout les fleurs étaient les mêmes – comme si partout les paroles (et les promesses) étaient identiques – comme si partout l'impossible nous encerclait...

Et – pourtant – en soi – le ciel immobile – le ciel inchangé...

A peine le temps d'enfiler un nouveau visage – un nouveau costume ; et nous voilà déjà reparti(s) ; avec les mêmes interrogations – les mêmes infirmités – la même incompréhension...

 

 

Flottant – à la manière de Dieu – d'un oiseau – d'un poisson – qui peut savoir...

Comme un tour de manège – allant et venant entre le centre et l'oubli – entre l'incorruptible et la périphérie (toujours plus ou moins dégradée)...

Personne – autour de soi – ce qui défile seulement – comme une (petite) ritournelle – animé(s) par la force centrifuge jusqu'au point de renversement – ce suspens nécessaire pour plonger vers le centre intérieur...

Le lieu de la lisière – le point d'équilibre – où tout se joue entre l'exil et la folie – entre la transformation et l'étrangeté – entre l'effacement et la persistance du secret...

Vers la dissolution – vers la fusion avec le reste – à son insu – puis, le cycle de la différenciation – de la distanciation – qui recommence...

Du vide et du sable (en mouvement) – d'infimes particules dans la vacuité ; notre seule (véritable) identité – nos seuls (véritables) constituants...

 

 

Rien que la source et la transparence ; le bleu tendrement envahissant ; si léger dans sa présence – son étreinte – ses baisers – que le monde finit par peser aussi peu que l'âme ; le ciel descendu – dans lequel tout s'envole – dans lequel tout frémit...

De plus en plus proche de la joie et de la vérité...

 

 

Au même titre que soi – le monde – l'oubli – la forêt qui accueille – le froid qui fortifie – toute chose en vérité – jusqu'au délire – jusqu'à l'aveuglement...

Une distance – sans cesse – à réduire – à effacer – pour ne jamais être pris en défaut d'intimité...

 

 

Cette désespérance de la tête plongée dans le sommeil ; les hommes ont beau rire et festoyer – l'âme semble inguérissable...

Comme un ciel inventé parsemé de pièges et de trappes ; et en dessous – un labyrinthe jonché de morts et de vivants – condamnés à la détention et à l'attente...

Une halte (très longue parfois) – comme un prolongement (indéfini) du rêve...

 

 

Le monde jusqu'à sa perte...

N'importe où pourvu que nous soyons...

Ici ou là-bas – l'esprit à l'étroit dans sa boîte – le ventre et les bras qui amassent jusqu'à la saturation de l'espace...

Des objets et des victuailles comme des remparts – le seul socle que nous connaissons ; là où la route s'arrête – là où l'on retourne la terre – là où les existences écorchent et ne sont qu'écorchure...

Une folie qui mène (inéluctablement) à la déchéance et au déclin...

Et le désir – et la volonté – qui en redemandent encore...

 

 

Au bord du vide – dans les bras de ce qui nous accueille – sur les épaules de ce qui nous porte...

Et sur la page – et dans la tête – tous les signes de la fable ; trop souvent – notre seule manière d'exister...

 

*

 

Des flèches décochées tantôt dans les yeux – tantôt dans le ciel...

Qu'importe ce qui est touché pourvu que tout devienne gris – opaque – infranchissable...

Tout mélangé ; le haut et le bas – la droite et la gauche – le dehors et le dedans...

Une manière de pénétrer le sommeil en profondeur pour faire exploser la pierre et les hauteurs ; Dieu – l'homme et la bête ; les arbres et les fleurs (enfin) rejoints dans leur chant et leur beauté – à la frontière du vivable et de l'invisible...

Ce que l'on pourrait appeler une leçon naturelle...

 

 

Une voix ; des mots expulsés...

Des sons – du sens – sans détour – sans violence...

Ce qui pourrait nous ressembler (vu d'un peu plus haut)...

Plus que rassemblés – indissociables...

Et l'ensemble sans cesse traversé par le provisoire ; le monde et les visages – furtifs ; de passage – comme notre voix qui escorte les mots dans l'espace...

 

 

Des traces de pas – une présence – la vie qui circule depuis la source...

Ce qui n'a jamais cessé – au milieu des ombres – au-dessus des têtes – entre les âmes – les corps qui tournent ; ce qui s'éteint et ce qui renaît – autant de fables que de réalités apparentes...

La multitude ; la matière (monstrueusement) efflorescente...

Des bourrasques – des tourbillons ; un peu de sève – un peu de vent – dans le silence et la lumière...

 

 

Comme tombé(s) au milieu des choses...

Des époques et des âges – aveugles – oublieux – inconscients – amputés de l'essentiel – cette sensibilité qui tient à l'ouverture du cœur et des yeux ; des larmes et une perspective plus éclairée...

Quelque chose d'infiniment précieux – et d'infiniment fragile – comme un peu de ciel pour compenser l'indigence – le prosaïsme – la vulgarité – du monde...

Un saut (incontestable) vers des possibilités nouvelles...

 

 

Cette carcasse ; ce bagage infime – orgueilleux – encombrant...

A sa place – encerclée par la douleur qui emporte l'esprit – qui le fait voyager – de contrée en contrée – des plus abominables aux plus propices à l'éclosion du cœur...

L'esprit comme un attirail – sur un manège – porté – et tiré – engagé dans tous les délires – visitant tous les cercles et tous les royaumes – que le corps traverse et expérimente...

Aussi loin que le fil et l'écume peuvent mener...

 

 

La rectitude (involontaire) de l'âme qui se laisse gagner par les vents – les vagues du monde – les courants invisibles qui, sans cesse, déferlent sur nos rivages...

Qu'importe l'hiver – la fatigue – les baisers trop mordants – les blessures et la souffrance – la fièvre – l'hostilité et l'incertitude...

Sur la route – tenace – sans défaut – tel que se déroule le voyage des exilés – suffisamment inclinés pour échapper aux menaces et à la prétention ; les pieds sur terre – l'âme engagée – le cœur serein – la tête à sa place...

 

*

 

Le vent – dans son œuvre – sans distraction...

Assidu – attentif – incroyablement précis ; amenant et emportant exactement ce qu'il faut – l'indispensable et le superflu (parfaitement mesurés)...

Des racines qui se brisent ; des déploiements inattendus – des instants de pleine respiration...

Le visible et l'invisible éclairés par la même lumière...

Ce qui se redresse ; et ce qui s'incline...

Le même dépouillement – vers l'essentiel et la nécessité ; le noyau vêtu des singularités de l'âme pour incarner ce que nous sommes ; ce à quoi nous sommes destinés...

 

 

Touché – toucher ; semblable dans son être...

La forme dense et changeante...

Le regard et la pierre – inséparables...

Bras ouverts ; et la parole offerte...

Le cœur affranchi de toute forme de somnolence...

Au-delà de l'abîme – au-delà de la mort...

L'intimité accrue (maximale – sans doute) – au point de ne plus rien distinguer – de tout aimer – le magma – chaque chose – l'indistinction – d'une égale manière...

Comme des yeux – et l'Amour – émergeant de l'ombre – des tréfonds de l'âme et du monde où on les avait enterrés...

 

 

Là – présent – au nom de l'absence du temps – au nom de personne...

Décalé – fermement – échappant aux saisons et à toute saisie...

Miracle – peut-être ; de passage (bien sûr) – seulement...

Soi et le ciel – parfaitement enchâssés...

Ni pente – ni voyage ; et moins encore voyageur...

Ni lointain – ni étrangeté...

Soudé(s) au reste et à l'origine – depuis le début – de toute éternité...

 

 

Presque rien – en somme...

Le vide dans sa folie et ses errances...

La mort au goutte à goutte...

Des épreuves et des tremblements...

Ce qui évolue dans l'espace...

L’œil-témoin et la présence vivante...

Une multitude de jeux et de jouets...

Quelque chose d'insensé – d'inimaginable ; le réel...

Des successions – des amassements ; et mille dégringolades sur des pentes apparemment naturelles – fabriquées de toutes pièces (en vérité)...

Des cycles où cohabitent tous les contraires...

Du silence – de l'Amour ; et des arènes qui accueillent toutes les luttes et tous les ébats...

Sans que nul ne sache – sans que nul ne comprenne – réellement – ce qu'est la vie – ce qu'est le monde – ce que nous sommes – ce que signifie être vivant – la réalité...

 

 

Des émergences – des boursouflures – des déclins – des éclatements ; et tous les mouvements ainsi (à peu près) résumés...

Rien que des parcours – des traversées ; de (très) brefs itinéraires – en apparence ; mais qui prennent pourtant racine (faut-il le rappeler) au cœur même des origines...

Des choses sur des listes ; des choses que l'on coche...

Des paroles – des pourquoi ; et des gestes à profusion...

Des va-et-vient ; des allées et venues...

Ce qui s'expose ; et ce qui s'efface...

Des feux dans la nuit ; des îles au milieu de l'océan...

Des successions et des cycles ; l'héritage commun ; et ce qu'on lègue à son insu...

Des marches parallèles ; des chemins qui se croisent...

Des pas et des passages...

Rien – jamais – de définitif (ne l'oublions pas)...

 

 

Au milieu des fous – au milieu des voix – la tendresse-mère qui appelle ses ouailles...

Au cœur des bois – entourés par des murs de sommeil – l'attente qui dure – la veille qui se prolonge...

Le ciel à découvert – comme une clairière encerclée par des nuages noirs...

L'écoute – l'Amour – ce qui vient ; ce qui émerge de la terre...

Nos lèvres qui ne reflètent ni les illusions – ni les mensonges – ni l'aveuglement – du monde ; la vie pure – la vie qui passe – sans retenue ; tout ce qui nous échappe ; et après quoi il est vain de courir – et ce pour quoi il est vain de verser son sang...

Le compagnonnage (inaliénable) de l'infini et du plus intime – seulement ; sur cet itinéraire plus qu'incertain...

 

 

Jouer avec les démons et les Dieux...

La peau de plus en plus dénudée – à l'intérieur...

A même la roche ; le ciel continu sans le moindre défaut – sans le moindre faux pas...

A genoux – au milieu des fleurs...

A notre place – (juste) au-dessus des malheurs...

Et l'immobilité qui règne par delà les lois et les (grands) cycles de la matière et du monde ; au cœur même de ce qui ne peut s'interrompre...

L'Amour – en ces hauteurs – comme le socle – et le prolongement – de ce qui est si prompt à pourrir...

Des poignées de terre – de simples poignées de terre – sur nos yeux fermés...

 

 

Ici – là-bas – plus loin – en ces lieux où l'hiver règne sur la terre et les saisons ; le gel (permanent) du temps – la neige comme un bain qui saisit l'âme et ravive la clarté dans le cœur habitué au brouillard...

Une manière d'apprendre à vivre – à rire – à marcher – à mourir – avec plus de justesse...

Des lèvres – un éclat dans l’œil – un peu de peau et de lumière sur la pierre grise – sur le sol sombre du monde...

Un peu de vide autour – et au-dedans – de la matière...

 

 

Quelque chose d'avant le visible – une part de soi – substantielle – miraculeuse ; un panaché de ciel et de rire...

Des âmes légères ; et l'horizon qui applaudit (silencieusement)...

Des arbres et des rivières – des fleurs et des collines – des bêtes et des pierres ; le monde d'avant le règne de l'homme ; l'époque (bénite) de l'indistinction...

Une vie – des existences – hissées à des hauteurs effarantes (inimaginables aujourd'hui)...

Une présence (depuis trop longtemps) oubliée...

Des traversées qui avaient la saveur de la terre et l'ampleur de l'immensité...

Un harmonieux mélange de matière et d'Absolu qui offrait au sable – aux gestes – à la moindre respiration – une envergure et une densité incomparables...

 

*

 

A peu près – comme s'il y avait des règles à suivre et des manières de faire – des choses mesurables – des gestes conseillés (et d'autres à proscrire) – comme si l'on savait ce qu'est la vie – ce qu'est la mort – ce que veut dire être un homme ou appartenir à l'humanité (au monde des vivants)...

Une grâce – un miracle – combien l'ont oublié – baignant, il est vrai, dans son lot de malheurs – de souffrances – d'infirmités...

 

 

La terre étreinte – le ciel embrassé...

Des chemins de connaissance – parsemés (plus ou moins) de visages...

Des traits – présents depuis toujours...

Des rires et des larmes – presque à chaque pas...

Des yeux – des mains – des ambitions – tournés vers on ne sait quoi...

Tout près de nous – pourtant – le froissement de la matière ; le frémissement de l'invisible ; l'assentiment du silence...

 

30 octobre 2022

Carnet n°279 Au jour le jour

Février 2022

Des ailes blanches sur la chair bleuie par les coups…

A la nuit tombante – l’éclipse du mal ; une forme de providence…

L’enfer qui cesse pour quelques heures – au profit d’une réconciliation – du réchauffement des corps qui se rapprochent…

Les sourires silencieux qui remplacent les larmes et les cris…

Comme au cœur du temple ; la vie et ce que nous en faisons…

Le feu et la mort ; partout – sur le sol et sous les paupières…

 

 

Des mouvements sur lesquels passe – et repasse – le regard caressant…

A longueur de jour – l’une des rares activités immobiles sur la pierre…

A contempler les allées et venues de la soif erratique – des désirs contradictoires…

Le temps passé les yeux en soi…

Après l’ardente saison des fouilles…

Et, un jour, l’audace du front qui s’incline – qui daigne (enfin) s’incliner – devant la fragilité du vivant…

Tantôt propice au nomadisme – tantôt soumis au balancement…

Les yeux face au soleil ; et l’âme (presque) toujours fuyante…

Comme une danse (étrange) jusqu’à l’heure de la disparition ; avec de la lumière – à l’intérieur…

 

 

L’ombre – inlassablement…

Seul – au seuil de ce qui (nous) inquiète…

Mille dangers – et autant de manières de fuir et de lutter ; et à terme – quoi que nous fassions – la chute ; plus âpre que ce qui déboulonne nos images et nos statuts…

L’essence de l’être – à travers tous ses spectacles ; davantage (bien davantage) qu’un songe – le prolongement (inévitable) de la solitude…

 

*

 

Derrière les murs – l’absence – celle qui gouverne le monde – d’une double manière – autant à travers ce que l’on imagine être la raison qu’à travers l’invisible qui agit sans – et par l’intermédiaire de – ce que l’on imagine être l’individualité…

Le grand maître du jeu – en somme ; celui qui invente – celui qui préside à tous les spectacles ; celui qui initie et met un terme à tout ce qui existe…

Du grand art ; le seul chef d’œuvre – en vérité ; ce qui se crée – ce qui se façonne ; toutes les choses qui emplissent (très provisoirement) l’espace…

 

 

Ce qu’offrent les arbres…

Sur le sable ; tant de tristesse et de colère…

Le royaume des ventres – des bouches – des dents carnassières…

Terre d’élection – paraît-il…

L’antichambre de l’enfer – quoi que fassent les vivants – à l’ombre des frondaisons…

Sous la sagesse (inaccessible) des grands êtres – tant que le sommeil durera…

Et eux – apparemment impassibles – compatissants (bien sûr) devant toutes nos impossibilités…

La tête dans la lumière – comme pour nous indiquer la règle à suivre (ce que nous prenons – à tort – pour un privilège octroyé aux Dieux)…

 

 

Des bouts de terre – des bouts de vie – dans la tête – dans le corps – dans la bouche – dans le sang…

Toutes ces choses – ces idées – ces créatures – rampantes – gesticulantes – vibrionnantes – animées – agitées – qui finissent pendues à des crochets ou rangées dans des cases…

Le cœur à l’écoute de ce que l’on tait (en général) ; cet invisible dans les interstices du bruit et de la matière…

Le silence exposé comme un miroir qui reflète l’épouvante ; et nos figures détestables…

A vivre comme les bêtes qui s’entre-tuent et s’entre-dévorent…

Et pleurant sur la perte ; et heureux (et nous félicitant même) de ce qui tombe dans l’escarcelle…

 

 

Seul – face à l’ombre…

Au seuil de l’homme…

Ce qui cède devant la lumière…

Ce que la vie – apparemment – abandonne…

L’essence et le feu – sans conteste…

La solitude et le souffle…

L’évidence du sol…

Et dans l’âme – le ciel en apesanteur…

Ce qui restera, sans doute, après le naufrage…

 

 

Des abîmes à demeure…

Tout ce qu’il faut pour satisfaire notre goût pour l’impossible…

Des blessures et des rêves – à foison…

La perplexité de l’œil face à l’étendue – face à l’envergure du labyrinthe…

Au fond du cœur – la foi abandonnée…

Et dans les mains – ce miroir que l’on tourne tantôt vers soi – tantôt vers les visages rencontrés…

Et le feu nécessaire (bien sûr) pour changer d’horizon et de perspective…

 

 

En silence – sous les astres…

Assis sur le sol – le ciel à la verticale…

Et nous – encore dans l’herbe – le verbe – la faim ; la part organique de l’âme ; et l’autre – déjà surplombante – à une hauteur variable selon la lumière – selon les circonstances et l’angle du jour…

La terre – sans recoin – comme une fête – un banquet – une invitation ; ce que l’on pourrait considérer comme une récompense – une sorte de facilité…

Mille choses à cueillir – à ramasser ; et l’essentiel – en soi – à creuser ; comme un trou dans l’invisible pour accéder au vide…

 

*

 

Éreinté par la tâche à accomplir…

Comme une bête – en soi – animée par la faim – lancée à la poursuite de ce qui constituera son repas…

Une course folle dans l’herbe – à courir (à perdre haleine) au milieu des pierres…

Le visage tendu vers la chose à capturer – vers le but fuyant…

Rien qui ne sépare de la vie ; rien qui ne sépare de la mort ; le souffle mugissant – le souffle déclinant – jusqu’au soupir de la délivrance…

 

 

Ce qui guide la main du monde – entre le temps et la mort…

A pas lents – le trésor et le secret en partage – dissimulés au cœur de l’intimité la plus familière – au cœur du cercle le plus sauvage – inconnus de ceux qui explorent l’enveloppe – qui ne fouillent que la surface ; et que toute profondeur rebute – effraye – peut-être…

Occupés – trop occupés – à jouir du jeu et de la fièvre qui les anime – qui les emportent – à chercher (à peu près) toujours sous la même étoile…

 

 

Le cœur retourné par la violence et le sang…

Et tout ce rouge – à l’intérieur – impossible à soustraire…

Des cadavres entassés au milieu des racines…

Et ces cris – comme des flèches maléfiques qui s’enfoncent dans la chair…

L’immense chagrin – le cœur ébranlé jusque dans ses cercles les plus secrets…

L’invraisemblable – comme un cauchemar qui nous traverse – à l’instar du poison inoculé par les hommes à tout ce qui existe sur cette terre…

 

 

A force de brûlure – la peau-soleil – les lèvres closes…

Moins de calculs ; et davantage de poésie…

Ce que la mort recompose…

Sur le ciel-escalier – à compter (un peu vainement) le nombre de marches que nous avons montées…

Et la terre-prison – où les barreaux sont faits de rêves et de matière…

Auprès du bleu insaisissable dont nous sentons le rayonnement – jusque dans les anfractuosités de la pierre…

 

 

Par la fenêtre – le ciel et la forêt…

Le chant – à demeure – des oiseaux…

Notre univers – aussi précieux que l’éclat dans nos yeux…

La proximité des arbres et de l’infini ; et le fond de l’âme amoureux…

Les gestes et les pas qui respirent l’envergure ; à hauteur d’étoile – sans offenser personne…

Bouleversé par nos chaînes et nos infirmités ; et libre d’y consentir ou d’y échapper…

Sur un coin de page – au creux de la main ; bien davantage que le monde…

 

 

La foulée étreinte par la lumière – guidée par la nécessité du silence…

Sous les ruines – recouvertes – tant de merveilles…

Le destin – de plus en plus anonyme…

L’existence – faite de mille petits riens qui se défont…

Au-delà de la complexité apparente – l’abandon ; et au-delà de l’abandon – le vide et la joie ; notre nature délestée de la mémoire des hommes…

 

*

 

L’odeur du rêve – au-dedans des choses ; ce que l’on imagine qu’elles offriront…

De hauts plateaux – un peu d’altitude – une hauteur digne de nos attentes – un statut, peut-être, pour avoir l’air (encore) davantage…

Un peu d’abondance et de gloire pour compenser (tous) les malheurs…

 

 

Derrière la porte – la mort déjà – si impatiente…

Le cœur prisonnier du temps ; et l’âme qui rêve de liberté et d’affranchissement…

Et le ciel – maître du jeu et des angoisses – indifférent aux rites et aux fêtes que nous lui offrons…

Le doigt pointé sur les figures arrivées au terme de leur expérience ; l’œil lucide et éclairé – guidé, sans doute, par le contraire du hasard…

 

 

Déchirée – l’étoffe de la peur…

Les paupières agilement soulevées…

Par la neige et le froid – l’enfance redressée…

Et des empreintes à suivre – jusque dans l’invisible…

La véritable raison ; ce que les hommes prennent (encore) pour de la magie…

Le ciel dans la main – au plus près des choses – en silence – (très) discrètement…

 

 

Ici – l’espace – l’essentiel…

Le geste et le pas – face à la nuit qui s’approche – qui s’essaye à l’envahissement…

Les yeux ouverts – le cœur ouvert – face à tous les assauts…

La possibilité d’être pénétré – et traversé – sans que cela ne laisse de trace…

Comme une nudité impossible à enlaidir – à corrompre – à dégrader ; un réceptacle – un simple réceptacle – pour ce qui passe…

 

 

De la terre – le monde poussiéreux…

Et comme des cercles – sur la route…

Des communautés aux rideaux fermés…

Des murs d’épaisseurs différentes…

Des pierres en tas – des autels où l’on célèbre les Dieux – où l’on attire la providence – où l’on s’éreinte à façonner des destins plus prometteurs…

Et autour – des foules aux tenues identiques – si promptes à rejeter la différence…

L’esprit et les traditions – millénaires – des hommes…

De l’orgueil – des guerres et des conquêtes…

Mille choses à défendre – à obtenir – à réaliser…

Le règne des frontières ; et tous les instincts (ancestraux) érigés en règles civilisationnelles (que l’on saupoudre, au fil du temps – ici et là, de quelques aménités)…

Si loin du ciel – encore ; ce monde peuplé de bêtes à la figure (vaguement) humaine…

 

 

Le front impatient – l’œil (trop) désireux ; les pieds et les mains ligotés au temps – à la durée de l’aventure – au lieu de poser, à cet instant, les yeux sur le plus proche et de se laisser guider par ce qui vient (indépendamment de ce qui est préféré)…

Pleinement présent à ce qui est ; et affranchi du reste (de tout le reste) ; vivant simplement…

 

*

 

Au soir arrivé – les yeux brûlés à force de contempler le monde…

Que le souvenir – à présent – et l’imaginaire ; et lorsqu’ils seront épuisés – apparaîtra le regard – la beauté – l’évidence de ce que l’on porte – incarné…

 

 

Couleur de brume et de forêt – sur ce chemin que l’on devine à peine…

Senteurs boisées et odeurs de pluie…

Paysages blancs et ombres…

Quelque chose de réconfortant dans ce monde de certitudes et de lumières artificielles…

Un pas ; et le regard appuyé contre le vitrail ; ainsi le ciel se dessine derrière les yeux – au milieu des arbres et du silence…

 

 

La porte ouverte sur les profondeurs et l’éloignement…

Les mains posées contre l’invisible – à la fois socle et perspective – horizon et point d'appui…

La direction que prendra le jour ; et notre exil…

Le vide et la plénitude qui n’ont besoin de sens…

Comme une fleur offerte à la terre – au soleil ; confiant – (totalement) abandonné…

 

 

Aussi mystérieuse que ces longues stries blanches dans le ciel ; l’irréalité de la terre peuplée de figures étranges…

Des chemins au milieu de l’invisible – entre les cimes et les soubassements du monde…

La matière errante – au cœur de l’espace – vertical(e)…

L’infini contre la chair fragile – douloureuse – comme un miroir – les reflets superposés de l’abîme et de la lumière…

Ce qu’enseigne l’expérience ; et ce qui, peu à peu, se détache des nécessités du ventre…

Le doigt levé – pointé vers le (grand) mystère – en soi…

 

 

L’homme à l’état brut – comme la force – sans entêtement – la blessure exposée – la parole intériorisée…

L’essentiel qui s’exprime – sans sourciller…

Ce qui doit se réaliser ; et ce qui a lieu – simplement…

Dans la gorge – sur le visage – tous les bruits et tous les reliefs du monde…

L’énigme de la mort – sur les lèvres – entrouvertes – souriantes…

La possibilité de se relever de toutes les chutes ; et d’enjamber tous les abîmes…

Ce qui persiste – au-delà des apparences…

Une éclosion – une égratignure – une place quelconque dans l’espace…

 

 

Sur la pierre – bâtir – à la manière de la neige qui recouvre la surface – un peu de ciel sur la roche ; pas une stèle vouée à la célébration de l’homme ; un hymne à l’innocence naturelle – au provisoire – à l’effacement…

Les cimes et le sol – sans marque – sans masque – merveilleusement dénudés…

 

 

Porté par les couleurs du périple…

Le sens inné du voyage – en soi…

Et ce que la terre susurre entre nos doigts…

Des lignes et des lignes de silence – en dépit de ce qu’on lit – en dépit de ce que l’on voit…

Le fond des choses ; l’essence même de la pierre ; et l’invisible au cœur de l’essence…

Ce dont nous avons l’air ; et ce que nous sommes – profondément…

 

 

En bordure de soi – l’exil – si proche – si lointain – selon l’inclinaison du cœur – le besoin de solitude ; et le rôle (plus ou moins) prépondérant de la tête…

Ce qui veille sur les malheurs et l’absence – les jeux du monde ; et toutes les balançoires bruyantes qui bercent les hommes…

La métamorphose de la terre et le ciel froissé…

Le cœur entre les doigts qui s’interroge sur sa place ; et sur la nature des choses…

Les querelles incessantes et ce qui – inlassablement – vient contrarier tous les plans tirés au cordeau…

Tout ce qui amuse le vide – en vérité…

La nuit et son collier d’étoiles (qu’elle affiche orgueilleusement sur sa poitrine) – comme si elle voulait nous séduire – nous montrer son rang et sa richesse…

Et devant tous ces gestes – toutes ces farces – tous ces spectacles insolites ; un rire immense – irrépressible…

 

*

 

La pierre et l’arbre – à notre passage – qui nous saluent – en silence…

Le visage souriant – l’âme sensible ; de la gratitude au fond du cœur…

Un mot – et une révérence – comme une prière – qu’eux seuls percevront…

 

 

L’oiseau et la pluie – sur la même branche – au-dessus des fougères – face au vent…

Comme un dialogue dans une langue étrangère – inconnue – incompréhensible par les hommes…

Et tout se parle ainsi à l’insu de ceux qui se sont (orgueilleusement) placés au sommet de la hiérarchie – sans même qu’ils s’en rendent compte ; la plus belle ironie du sort – peut-être…

 

 

Entre nous – ce que l’on confond…

Peu d’indices – le cœur resserré…

Le temps qui s’effiloche – que l’on disperse en jetant des poignées de sable devant soi ; des grains comme autant d’instants figés ; le futur entièrement comblé ; et le seul espace qui reste à présent – cet instant suspendu au cœur du monde – cet instant où entre et sort l’air que l’on respire…

La terre devant soi – sans aucun visage…

Une main posée contre un arbre ; et l’autre qui s’éreinte (vainement) à soulever l’aurore pour apprendre à marcher à la verticale – juste au-dessus de notre tête…

 

 

L’existence entière passée à remuer de l’air – des choses – et, peut-être (rien n’est moins sûr), quelques idées (très communes)…

Et ce qu’il restera de notre vie ; un minuscule tas de poussière ou de cendre que le vent balaiera d’un geste débonnaire…

Le monde – comme un agrégat – une agglomération de visages indifférents – seuls – ensemble – occupés à mille choses (plus ou moins inutiles) ; et l’Amour ; cet étrange objet – sur lequel rien ne peut être dit – contre lequel rien ne peut être tenté…

 

 

Derrière les mots – la présence et les gestes de l’âme…

Ni affectés – ni complaisants ; témoins du monde tel qu’il se présente – tel qu’il va…

Besogne joyeuse et quotidienne…

Des feuilles volantes – au milieu de la forêt…

Assis dans notre roulotte ; la main qui – humblement – qui involontairement – compose un hymne au feu et à la terre ; des mots où se reflètent tous les visages…

A destination de personne ; juste un chant silencieux dans lequel se reconnaîtront (peut-être) tous ceux qui aspirent à vivre debout – un peu à l’écart de la société des hommes ; un hymne aux arbres et aux bêtes – à la vie sauvage réfugiée dans les interstices du monde pour échapper à l’hégémonie colonisatrice de ceux qui, partout, exploitent et instrumentalisent de manière monstrueuse – industrielle – éhontée…

 

 

La part la plus pauvre – et la plus éloignée – du ciel ; ce qui nous habite…

Et l’esprit inquiet qui s’enquiert de la nature du jour – réfractaire à toute forme d’avilissement – s’imaginant à l’abri derrière ses remparts d’images et de mots – rétif à l’idée de devoir fréquenter la plèbe – la lie de la terre – barricadé dans sa citadelle de papier…

Entouré de livres sans (véritable) poésie ; ce que nous désapprouvons nous autres qui prônons le réel ; ce à quoi (bien sûr) obligent l’existence et le monde…

 

 

Sans emblème ; sur le dos du jour qui serpente ; le monde – derrière nous – qui, peu à peu, s’éloigne…

Et la marche qui, au fil des pas, brise l’étrangeté et souligne l’inutilité des signes – à mesure que s’approche la lumière…

 

 

En chemin – sans cesse – le même passage…

Sans alibi ; ce qui s’échappe…

Et ce qui recommencera tant que l’esprit sera hanté…

Le corps pas même prisonnier ; la matière (seulement) soumise à ses propres règles…

Comme une combinaison – un équipage…

Et l’écoute – et l’obéissance – dont il faut faire preuve pour se laisser mener par l’invisible…

Vers l’Amour et la liberté – l’apothéose solitaire…

 

 

A l’abri de ce qui nous poursuit…

Au-dedans – au cœur de ce refuge de chair…

Dieu – cette pure affection (sans volonté) qui habite nos bras et notre carcasse autant que le fond de nos yeux et de notre âme…

En miroir – ce que nous percevons dans le regard et le geste de l’Autre…

Une œuvre grandiose – magistrale – nécessaire – à travers toutes ces portes et toutes ces fenêtres qui s’ouvrent – à travers tous ces murs et toutes ces frontières qui disparaissent…

Une besogne d’ampleur pour accéder à l’envergure…

 

 

Moins dialogue que soliloque…

Moins rencontre que croisement – effleurement (à peine)…

La solitude comme notre seule (bonne) fortune – qui ouvre sur l’espace que nous portons…

Le plus merveilleux (sans doute) enveloppé d’une douleur (apparente) – la blessure recouverte…

La plus courte des distances ; et (trop souvent) le plus long des voyages…

A faire le guet – comme si nous étions observé(s) et observateur(s)…

 

*

 

Les icônes – à nos pieds – piétinées…

En vrac – les Dieux et les choses…

Le sang qui ruisselle et les sacrifices – relégués au temps antérieur…

A présent – le silence qui se dresse contre tous les mensonges…

La fin des indulgences et des marches hâtives vers le ciel…

Le temps des naissances – du voyage et de la lumière…

La lente éclosion de la vérité au détriment du mythe – des fables – des histoires…

 

 

Ce qui ne peut se monnayer ; l’essentiel (bien sûr)…

Entre le silence et la joie ; la possibilité du monde…

Ermite – au-delà de toute aventure ; célébrant la neige et le vent ; la vie solitaire en compagnie des arbres et des esprits de la forêt…

Aux frontières de la violence et de la douleur…

Au cœur de cet espace révélé ; de plus en plus – pèlerin sans visage…

 

 

Le royaume le plus secret – au milieu des arbres et des mots – auprès des bêtes qui se cachent et que l’on abat…

A nos côtés – toujours…

Au fond du silence ; de ce que l’on porte…

Le plus précieux que rien ne peut entamer ; l’espace – l’Amour – la lumière – présents ; nous accompagnant jusque dans nos plus terrifiantes absences…

Loin – de plus en plus – de tous les manquements de l’homme ; de toutes les transgressions du sacré…

 

 

Cette parole forgée qui apparaît ; et, aussitôt, se délite – impersonnelle (de toute évidence) ; à la manière d’une (dérisoire) calligraphie – un (très) modeste avant-goût du silence dans le tumulte (inévitable) du monde et du temps…

 

 

Le jour – comme le reste – scindé en deux ; d’un côté – la danse ; et de l’autre – ce qui relève du langage ; d’un côté – le geste et l’immensité ; et de l’autre – ce qui tente de circonscrire…

Ainsi – pour l’heure – fonctionne l’esprit de l’homme…

 

 

L’existence et l’œil – ronronnants – à moins que n’aiguillonne la souffrance…

L’âme et la figure – absentes…

La futilité et la fête – histoire d’oublier la tragédie – le plus précieux…

Et tout – ainsi – qui se déroule – sans nous…

 

 

Le feu roulé en boule – au fond du ventre ; et qui se déplie dans la poitrine et les bras ; et qui se transforme en souffle et en gestes…

Le monde – simple excroissance de la matière brute – première ; comme un excès qui fait apparaître la vie ; et qui lui donne ses mouvements…

Et l’invisible – secrètement – qui tire les ficelles…

 

 

L'âme – comme plongée dans la lumière – si gracieuse – si aérienne – laissant, à son passage, des fragments de monde ébahis – quelque chose de sensible dans les cœurs ; la traversée du plus intime ; comme si l’innocence nous pénétrait…

 

 

Aucun murmure – face au miroir…

A travers le reflet – deux yeux qui pénètrent le secret – qui révèle la danse au danseur qui s’ignorait ; et la beauté à celui qui, partout, ne voyait que la laideur…

Une forme de miracle – entre la magie et le merveilleux – sur la route qui serpente – au-dedans – entre nos résistances et nos aspérités…

 

*

 

Sur la peau du monde – les lèvres craquelées…

La roche en sacrement…

Le vent ; et la mort qui se balance au-dessus des têtes – ravie – souriante – se moquant des rêves et du déguisement des vivants – jetant tous nos masques à terre ; et nos croyances par-dessus…

Et dans le miroir – la poitrine qui se soulève ; la respiration saccadée…

 

 

A pieds joints sur les Autres qui ne sont plus là…

Le feu – dans le regard – en éclats…

Dans les yeux – le reflet de l’absence…

Quelque chose d’un soleil gelé ; et des restes de rancœur…

Le malheur – sous la peau – qui a, peu à peu, fait disparaître ce que l’on aurait pu être…

 

 

Ce que l’on dure ; l’âme – la chair ; et ce rire – comme un grincement de dents dans les rouages du rêve ; la mécanique à exister…

Des rites désordonnés – célébrés par le corps rageur – désespéré par ce qui lui est offert ; ce si peu de chose(s) dont il ne sait que faire…

 

 

Du soleil – ces mots jaillissants – comme une explosion – une musique de l’âme – quelque chose du ciel – dans la poitrine et le sang…

La main exaltée – foudroyée – électrique – qui accouche de pierres et de sourires – de paroles et de passages…

Comme un chant pour que se décadenassent les cœurs et que les citadelles se transforment en arc-en-ciel…

 

 

Les pas épris d’espace et de liberté…

La foulée – de plus en plus légère…

Sans souci de destination ; chaque lieu comme une étape – un univers en soi ; et chaque lien comme une rencontre – la possibilité d’exprimer ce qui nous unit (et de révéler, parfois, à l’Autre ce qu’il porte)…

Et en chemin – la nudité, de plus en plus évidente, de l’âme – de la route et du voyage…

De la poésie ; et de la solitude – (fort) joyeuses…

Une danse – plutôt – avec les choses et les mots ; avec le vent sur le visage ; et cette inclinaison (obstinée) pour les points de suspension…

Entre deux souffles – entre les lignes ; l’instant et l’éternité qui s’invitent ; notre manière de célébrer le silence et l’infini – la vie naturelle des bêtes et du langage…

 

 

A coups de soustractions – s'érigent la liberté – la nudité – la qualité d’une présence – le degré de compréhension et la sensibilité de l’âme…

Et face à ce qui arrive ; face à ce qui s’en va ; la gratitude et l’humilité ; le sourire devant ce qui a lieu…

Les gestes et la foulée guidés par on ne sait quoi – par l’Amour – la nécessité – la joie de pouvoir approcher tous les visages du mystère…

Comme le silence et la lumière que tout appelle…

 

 

Ce qui vole vers nous – l’espace à la main…

Le verbe et le jour ; ce qui se révèle dans notre absence consentie et joyeuse ; bien davantage que nous-même(s)…

La parfaite vacuité – sans passé – sans devenir – sans interdit – sans restriction…

La part du vide – au cœur duquel peut se déployer le vivant ; et s’épanouir la joie…

 

*

 

Parce que trop persévérant – jaillit l’éclair…

La fulgurance du monde sur la vérité très laborieusement acquise

La lumière – en jets brûlants…

Jusqu’à la source – l’appel ; et le retour…

 

 

Que jamais la main ne se referme sur le message…

Inoccupée – offerte – disponible ; comme ce qu’elle offre ; comme ce que nous portons…

Cette quiétude bien plus que saisonnale – à l’heure juste – à chaque instant…

Cette neige sur les arbres en fleurs ; et ce souffle chaud sur les premières gelées…

L’enfance si ancienne ; et son devenir dans notre âme apaisée ; tous les possibles ; et (bien sûr) la nécessité grandissante du ciel…

 

 

Ne plus voir que le jeu dans les allées et venues de la douleur – dans le balancement du cœur impuissant – dans la main obstinée qui résiste – dans la précarité du monde et la variabilité du temps…

Tous les Dieux – toutes les bêtes – tous les hommes – à l’épreuve…

Au milieu des grands arbres qui ne disent rien ; qui nous regardent en silence…

 

 

Jamais l’Autre ; ce qui tombe – ce qui nous échappe…

Le feu dans le sang qui donne aux bras – et aux pas – leur frénésie…

Comme un manque – une douleur – que nous portons depuis des millénaires – bien avant (sans doute) la première naissance…

Le remplacement de l’éternité par le temps et la course…

Et le besoin cruel – désespérant – (de plus en plus) manifeste – de lumière et d’intelligence…

 

 

La terre touchée par nos yeux tristes…

Ce qui circule dans la parole et les larmes…

L’univers entier appuyé contre la vitre opaque…

Et cet espace – au-dedans – qui tarde à s’ouvrir et à s’éclairer…

Comme un défaut de lumière – une combinaison à haut risque – compte tenu de l’aveuglement…

L’humanité – comme un feu – des milliards de feux infimes – allumé(s) au milieu de la forêt…

 

 

L’espace – l’aire de l’oiseau et du vent…

Face à l’océan – tantôt l’angoisse – tantôt l’absence…

La soif au fond des yeux et des âmes curieuses…

Cet élan vers l’infini – l’au-delà des rêves et des certitudes…

Comme un cri poussé dans le gouffre du temps…

Une remontée des origines – la pierre comme fondation qui s’ouvre sous nos pieds…

Notre épaule contre celle du monde – sous le regard d’un Dieu ravi…

Le jour qui invite à emprunter son plus secret chemin…

A deux doigts du ciel – déjà…

 

 

L’expérience de l’enfance et de la couleur…

Au cœur du monde – l’âme revisitée…

D’un lieu à l’autre – d’une ligne à l’autre – le chemin qui se précise – au milieu des yeux aveugles et fermés…

Quelque chose de la fenêtre – du miroir – de la lumière…

 

*

 

Entre nos jambes – la fabrique de l’espèce ; la perpétuation du monde et de la folie…

Tant de labours – de semence – de peines perdues…

Ce qui se replie sous la chair ; et ce qui se déploie dans le ventre…

Tout un peuple à la dérive – qui peinera encore à se tenir debout ; et qu’il faudra encore éduquer…

Des corps entraînés à la copulation – des têtes programmées pour se reproduire…

Malgré le temps et les expériences accumulés – toujours aussi peu enclins à mourir et à disparaître – à transformer le processus instinctif et organique…

 

 

Au-dedans de soi – le miroir – la violence et la mort…

Ce qui égorge et éventre la vie ; ce qui contamine la chair…

L’âme assujettie jusqu’aux dernières volontés…

A compter les jours dans cette nuit si épaisse – irremplaçable…

De la glace sur le cœur et les yeux ; tous les gestes recouverts ; et la bouche gelée qui éructe sa plainte…

Et les os déjà en tas ; que la terre avale peu à peu…

 

 

Sur chaque pierre – le même monde – la même parole ; et le vent qui éclabousse la surface ; et qui la recouvre de peines et de poussière…

Et ces larmes qui coulent sur la roche ; tous ces visages défaits par le désastre…

L’absence terrifiante des âmes – comme un drame supplémentaire…

L’impossibilité de Dieu dans les regards…

Moins homme que rêve ; moins homme que désespérance ; le désir comme seule prière…

 

 

De jour en jour – l’écho (de plus en plus) déformé ; de la tendresse à la confrontation – de l’innocence à l’hostilité…

Chacun – derrière sa fenêtre fermée – claquemuré – arc-bouté sur sa ligne de défense – sur sa ligne de démarcation…

Les frontières du désir et de la volonté …

Et l’ensemble du périmètre transformé en territoires jonchés d’interdits et de barbelés…

L’édification de murs et de barreaux ; sans doute – l’une des principales activités de l’homme ; et, peut-être même, l’un de ses gestes fondamentaux – né (bien sûr) de l’ignorance – de la peur – de la faim – du manque érigé en institution…

 

 

La nuit partielle – marginalisée…

Comme le trait qui souligne l’appartenance des visages…

Ce qui engendre l’anxiété…

Sous le ciel qui s’affranchit de toute paternité…

L’œuvre de l’homme sur la terre…

Le naufrage de toutes les histoires – de tous les destins…

L’expérience de l’audace face au danger ; la naissance du courage face au péril…

La vie ; l’épreuve à laquelle nul – ici-bas – ne peut échapper…

Le jour – comme la seule ressemblance admise ; et la seule ascendance possible ; et le reste – simples contingences – excepté (peut-être) le verbe et le geste poétiques…

 

 

Porteur(s) des liens les plus naturels…

Ce qui est sauvage et spontané – (quasiment) indomptable…

Par-dessus la blessure – l’épaisseur et la transparence ; la plaie ouverte – inspirante – inguérissable – que l’Amour élargit jusqu’à la béance – jusqu’à devenir l’entière étendue ; un socle sur lequel peut se transformer le monde ; l’aire de tous les possibles – le cercle de tous les enfantements…

 

*

 

Comme de grands enfants boudeurs – rétifs à toute forme d’apprentissage – qui sautent dans des trous et des flaques de boue en criant – qui trépignent sur la terre puis qui, sans crier gare, se mettent à courir après les nuages ou à prier sous la première étoile – et qui finissent, un jour, par s’endormir, les paupières lourdes, sur l’herbe crépusculaire…

Et chaque matin – le même cirque – les mêmes élans – qui recommencent…

Le même rêve – la même folie – que reflète le monde…

 

 

Le rire et l’Amour – ce qui peut nous délivrer de toute forme d’emprise ; du sol – du ciel – du monde et du sommeil…

Comme deux hautes fenêtres que ne peuvent atteindre ni la lie – ni les images – ni les couleurs…

L’espace teinté de lumière – au dos de l’ombre – derrière les étoiles…

 

 

Le même frémissement – à chaque passage…

La feuille et le feutre à la main – dans leur tentative de témoignage…

Et la solitude blottie contre soi…

Dans nos bras réconfortants – celui qui s’inquiète – celui qui pleure – celui qui refuse d’ouvrir les yeux…

Au milieu du printemps et de la mort…

Comme chaque jour qui passe ; à nommer l’aurore depuis notre fragilité…

La beauté d’une présence que l’on oublie ; et qui nous efface…

Sur la courbe changeante du même ciel…

 

 

A l’heure tardive – hors du cercle des appartenances…

L’oreille collée au vent pour écouter le ciel – loin (très loin) du bavardage et de la plainte des hommes ; attentif comme si la neige allait nous révéler la part du mystère que nous ignorons encore…

A mi-chemin entre l’espace et l’oubli ; sans doute – l'une des plus belles manières d’habiter le monde ; de célébrer l'existence ; et de convertir en sacre chaque circonstance – chaque instant...

 

 

Par le même sentier que l’air – le silence…

Ce qui renverse notre idée de la lumière…

Le soleil par le versant opposé – de l’intérieur…

Et l’immensité au-dessus des vagues – comme un miroir derrière l’invention…

Au-delà du monde des possibles – à travers la langue…

Le réel – au-delà de la nuit et du sommeil – au-delà des ombres et des légendes passagères…

(Bien) plus conséquent que notre parole qui n’a davantage de valeur que le sang versé par les assassins…

Nos gestes sans limite ; le Divin dans sa volonté sans restriction…

 

 

Terre de source et d’asile – sur laquelle la pierre hante nos pas…

La chance de celui qui va – poussé par l’intuition et la complicité du vent…

Malgré les menaces – les blessures – la fatigue ; sur des sentes de plus en plus étroites – de moins en moins fréquentées…

D’ici aux cimes secrètes…

Entre l’arc-en-ciel et la neige des sommets…

Un regard qui ne croise plus que la roche et le déroulement naturel des saisons…

Sur le sable – toujours ; et encore toute la mémoire de l’homme à épuiser…

 

 

Au cœur de cette (étrange) étendue ; l’immensité qui semble exister et qui, peut-être, n’existe pas…

Comme une île – une vague ; une illusion comme une autre ; nous – comme n’importe quelle chimère…

L’absence et le délire ; sans doute – les seuls points d’appui – alternativement ; alors qu’il faudrait être présent(s) [bien plus présent(s)] là où la raison nous quitte…

 

*

 

Ce qui nous retarde ; ce qui vient à notre rencontre…

L’Amour et la joie – au cœur des apparences…

A travers d’infimes détails – l’essentiel…

La vibration de l’air – à chaque respiration…

Ce qui nous touche ; ce par quoi nous nous laissons caresser…

Aucune image – l’herbe – le vent – l’écorce…

Tout – à sa place – en dehors de la mémoire…

Ce qui arrive – ce qui se passe ; comme un écho du silence qui nous traverse…

A l’âme de trouver l’accord – la capacité d'accueillir et l’accord ; la justesse de l’être – à notre manière ; de la plus authentique façon…

 

 

Le soleil aux lèvres – autant que la pluie…

Le jaune et le gris – à chaque souffle – à chaque syllabe…

Et le retour à la ligne ; après le chapitre de l’oubli – la page blanche – éclairée de l’intérieur par la blessure et la possibilité de la guérison…

Rien de vain – entre l’os et le dérisoire ; à mesure que l’on approche l’essence…

L’épaisseur d’un cheveu ; l’envergure de l’univers ; et cet espace habité comme un rire ; une fête silencieuse où l'intensité de la joie se mesure à la profondeur à laquelle les yeux accèdent…

La nature de l’être et la besogne du cœur…

Rien que le regard et le geste ; et le reste qui s’efface…

Juste avant l’infranchissable ; ce qui n’est, sans doute, un secret pour personne…

 

 

Ce qui – en nous – tremble (imperceptiblement)…

La loi solitaire qui gouverne toute présence ; et jusqu’au moindre geste…

Rien qui ne puisse (véritablement) l’emporter sur soi…

Derrière tous nos voiles rivaux – et souverains…

La mort – l’œuvre (permanente) de la mort – à grand renfort de propagande…

A quoi d’autre pourrions-nous ressembler…

 

 

Le temps (quasi) éternel de l’errance…

Un peu partout – entre l’œil et notre pays

A longueur de temps ; en toute saison…

Et cette danse dans le cercle de la lumière ; le cœur proche de la plénitude…

Personne – à nos côtés ; seulement le silence – comme au-dedans ; le vide sans la moindre espérance ; ce qui nous rend intensément joyeux…

De toute évidence – l’essentiel entre nos mains dociles – sous la férule de ce qui ne s’explique pas…

 

 

La parole honnête – spontanée – naturelle – imprévisible – qui, malgré elle, accompagne le devenir du monde – la somme des malheurs et des chances…

L’exercice permanent du temps ; et le cours (inéluctable) des choses ; une longue suite de circonstances qui apparaissent dans l’ordre décidé…

Sans certitude – au cœur d’un univers fantomatique où les ombres et la mort se font face…

Un déroulement qui, sans cesse, s’improvise ; des décisions involontaires ; des alternatives dans le tumulte…

L’inconnu – la tête haute ; et nous, le plus souvent, sur la pointe des pieds…

 

*

 

Sans limite – la peau…

La terre – la chair – l’espace…

Ce qui nous relie ; ce qui nous unit…

La vie – la mort – qui se conservent – sans jamais (réellement) se répéter…

Ce qui nous saisit – d’alliance en trahison…

L’âme en dessous des vagues qui déferlent…

Dans ce bain commun – comme un baptême…

La chair tentée – tentante – malgré tous les cadavres fidèles à la loi…

Et l’âme qui s'efforce de franchir les limites de la mémoire (humaine) et d’écrire une histoire (la sienne peut-être) au-delà de la fable habituelle – si réelle – si vivante – que tous les enfants du monde la connaissent avant même qu’on ne la leur raconte…

 

 

Prophétie sans impatience – indifférente à l’instant opportun – à l’époque favorable – à la chute et à l’élévation…

Et l’âme qui guette, malgré elle, l’extinction du jeu des corps crédules ; et qui témoigne de la chair marbrée de veines qui s’imagine immortelle…

L’âme qui s’attarde – qui s’éternise même peut-être – pour apaiser les têtes inquiètes – les têtes angoissées ; et qui regarde la foule instinctive s’en remettre à quelques figures prétendument pensantes ; et qui attend (sans doute) le temps où la nudité sera privilégiée – le temps où le monde deviendra frugal – le temps où les cœurs seront prêts à s’ouvrir et les esprits prêts à se transformer ; ce jour où l’on pourra apprendre sans les lèvres – sans les mots – sans les Autres ; le jour où les prophéties n’auront plus besoin d’exister…

 

 

L’Amour étreint ; et la vie (presque) éteinte…

Sur l’Autre appuyé – comme le monde et la mort…

La marque du soleil sur l’âme ; et celle de la terre sur les corps…

L’œil vivant – posé sur la peau flétrie des vieillards et des nouveaux-nés…

Quelque chose de la douceur ; et cette ardeur (incontrôlable) entre les mains…

 

 

Indistinctement – les coups du sort et les battements du cœur…

Les échos de la langue d’autrefois…

Ce qui distingue et décortique – selon des critères (très) superficiels – en simple jouet des apparences…

Et entre la douleur et l’errance – la tentative du mot juste…

Comme un retournement de la pensée ; la transformation de la parole en silence…

La vie sans cri – sans empreinte…

Le glissement involontaire d’un lieu à l’autre – au cœur du même vide – tantôt enfoui – tantôt en apesanteur…

Et cette inclination à durer malgré la détresse et le néant…

 

 

Immobile face au jour infranchissable…

Sans appui – sans référence – sans fierté ; ce qui est (bien sûr) préférable…

La veille patiente – les yeux posés sur ce qui est en train d’émerger…

Des siècles et un instant – au milieu des éléments déchaînés – du désordre – entre les figures de l’ombre et celles qui se réclament de la lumière ; comme si cela existait – comme si cela avait un sens…

La présence – la perte et la démesure ; ce qui, en ce monde, semble le moins irréel…

 

 

Épris de nous-même(s) – à travers nos yeux – nos gestes – notre posture…

Entouré(s) de murs et d’interdits…

A l’abri des assauts les moins décisifs…

Gonflé(s) de soi – au lieu de la source…

A tous les endroits possibles et imaginables…

Et le nombre d’heures entrées dans la mémoire – comme si l’on pouvait venir à bout de l’infini – comme si l’on pouvait défier l’éternité…

 

*

 

L’invention du monde – de la lumière…

L’or avalé par l’œil ; et recraché par le ventre…

Ce qui ne tourne pas aussi rond que cela en a l’air…

Des obstacles – des blocages – au-dedans…

Des congestions – des obstructions – dans la tuyauterie qui va des pieds à la tête – qui parcourt la terre…

L’irrigation imparfaite de la chair – du ciel à l’âme…

Et cette absence ; et cette solitude à laquelle on renâcle…

Tantôt dans l’axe du cou – tantôt dans l’axe du sexe – comme s’il n’y avait nulle autre alternative…

Et toutes ces incidences (si particulières) sur la langue – la perspective ; et le devenir de l’intériorité…

 

 

L’essence et la peau – ensemble – parfaitement collées – sur la feuille – l’existence…

Ce que tout voyage enseigne – par mille détours (très souvent) – tant nous sommes soumis aux habitudes et à la défiance…

 

 

Un jour – face à la nuit – face à la mort – la tête sur les genoux pour pleurer et cacher notre angoisse…

Et un autre jour – la figure face au vent – prêt à vieillir au milieu des Autres et des choses…

Ce qui s’incarne ; tout et son contraire…

Tous les visages du vivant éclairés par toutes les possibilités du monde…

 

 

Ici – sans autre incarnation que celle de l’absence…

La nuit qui nous entoure ; tous les angles bouchés ; et les mille recoins nauséabonds où se cache la chair…

Notre attente – au seuil de l’oubli – entre l’exil et le monde…

Tout (encore) baigné de sommeil…

 

 

Tout dire – témoigner des choses du monde de façon exhaustive – mais qui pourrait donc l’entendre…

Ne suffirait-il pas – plutôt – d’accepter de tout vivre – pour comprendre ce que nous sommes…

 

 

Comme un équipage – au cœur de l’infini…

Comme un visage penché sur son propre reflet…

Des ondes – du feu – de l’eau ; et la respiration aussi peu scandaleuse que les armes attachées à notre ceinture…

Comment pourrait-on se tenir autrement devant le miracle – la douleur – l’incompréhension et la folie – de ce monde…

 

 

Au-dessus du gouffre – l’obscurité…

Au-dessus de l’obscurité – les étoiles…

Au-dessus des étoiles – le silence…

Et au-dedans de tout – la possibilité de la lumière…

Et au cœur de la lumière – l’inévitable aventure à laquelle tout est convié (de manière obsédante – de manière acharnée)…

 

 

Assis – dans la nudité et les cendres de l’ancien monde…

L’errance – au seuil franchi de tous les masques – de tous les rôles…

Le visage et la main – innocents – de plus en plus…

Le vide qui persiste ; et à tort ou à raison – nos résistances…

Ce que l’on ressasse au lieu de vivre l’espace…

Ce que l’on entasse au lieu d’habiter le vide…

Dans notre précarité – solitaire(s) ; l’être promis à l’unité – au retour vers l’un de ses états naturels – au même titre que tous les autres (bien sûr) – au même titre que ce que chacun d’entre nous est en train de vivre…

Qu’importe alors les circonstances ; qu’importe alors vers quoi nous sommes emporté(s) ; tout fait sens – tout nous mène d’un lieu à l’autre – d’une situation à l’autre – totalement familier(s) – parfaitement chez nous…

 

*

 

Entre la blancheur et le soleil ; l’insaisissable…

Les extrémités de l’espace ; tous les recoins infréquentés – non parcourus – non explorés…

Et la douleur effacée par ses propres principes…

L’attente perpétuelle annihilée…

L’exil intérieur grandissant ; comme un impératif naturel ; l'un des plus exigeants – sans doute…

Ce qui se glisse entre nous et les Autres – ce rien – cette distance – qui confinent au vide et à l’assemblage parfait ; la configuration du puzzle – avec toutes ses pièces – avec tous ses éléments et toutes ses combinaisons possibles…

Ainsi apparaît – devant nos yeux – l’apparence du monde ; cette chose qui, à force de tourner sur elle-même, finit (peu à peu) par disparaître…

 

 

Poussière d’autre chose que de nous-même(s)…

Tant d’influences et de couleurs – à l’intérieur…

Reflet plutôt que vérité – plutôt que consistance…

Et l’unité à chercher ailleurs – au centre du périmètre…

Quelque chose du secret – du regard – de l’immensité – à faire apparaître en chaque élément – au cœur de la solitude perpétuelle (qu’importe la distance à laquelle se trouvent les Autres)…

L’infini intérieur – bien plus vaste que le monde – que le ciel et le cosmos réunis…

Et en chacun – la même déchirure – le même voyage ; et la même possibilité de guérison ; ce qu’offre la réconciliation…

 

 

La vie-tiroir – la vie-caisse – la vie-étagère – où tout s’entrepose – comme si nous étions un magasin de choses et de rêves ; un lieu étrange où tout s’échange – s’achète et se vend…

Le monde – comme un grand bazar où le bonheur se mesure à ce que l’on gagne et à ce que l’on perd…

Une sorte d’enfer pour ceux qui n’ont pas l’âme marchande…

 

 

Et ce carré bleu à chaque fenêtre – qu’importe la hauteur et l’orientation – qu’importe l’horizon…

Au-dehors et au-dedans – cette même parcelle d’infini…

Présence calme – perpétuellement invitative…

Comme un espace au-dessus du monde – une manière de nous convier à contempler et à disparaître – à plonger (et à nous fondre) dans l’immensité céruléenne…

 

 

Le soleil tapi dans l’âme – comme un coin de ciel caché – invisible depuis le dehors…

Une réserve de tendresse et de joie pour les jours difficiles – les heures de tristesse – les instants gris…

Dieu au milieu des replis et des recoins – comme encagé dans le noir…

Au milieu de l’œil – au milieu du sang – invisible aux yeux des hommes…

Et une voix – parfois – à l’intérieur – pour guider nos pas entre les failles et les fissures ; et que chacun (bien sûr) peut entendre ; et écouter…

 

 

Des traces – esquissées comme pour elles-mêmes…

Rien qui ne puisse dessiner l’itinéraire entre le monde et l’infini – entre le corps et l’âme – entre l’âme et Dieu…

Quelque chose de soi – en tout ; et quelque chose du tout – en soi ; les mêmes couleurs – les mêmes substances – mélangées de manière différente…

Et ce manque inassouvi qui se jette à corps perdu vers l’idée de plénitude…

Sur nos propres ailes – la vie qui se porte ; ce qui se déroule entre la douleur et l’Amour…

Nous – nous perpétuant – tantôt vers l’éparpillement – tantôt vers l’unification…

Nous – vivant – au cœur de la (grande) respiration du monde – dans ce jeu (permanent) entre l’invisible et la matière…

 

 

L’amplitude variable du cœur et des mots – des bras qui enlacent – de la main qui offre…

Et l’âme – parfois – dans son ivresse sans objet – comme un présent – une traversée – qui (presque jamais) ne dit son nom…

La ronde perpétuelle qui se vide et se renouvelle ; la vie qui se façonne et se modèle…

Le fruit de toutes les expériences…

Et ce chemin que l’on invente pour tenter de rejoindre ce qui ne nous a jamais quitté(s)…

Le feu (sans cesse) reconduit pour que l’on puisse assouvir notre besoin urgent et pathétique de l’Autre – du monde ; comme un vide impossible à combler – sinon par la présence d’un plus grand que soi

Et l’âme et Dieu – dans leur secret tête-à-tête – à leur place – parfaitement installés – tantôt s’éloignant – tantôt se retrouvant – toujours solitaires – en dépit du reste…

 

*

 

De l’autre côté de l’âme – là où le silence s’épaissit (sans gravité) – devient palpable (si réel)…

Les yeux fermés ; sous notre aile – le monde…

Quelque chose qui respire ; sous la chair – la source…

L’évidence de la terre et du ciel (sans la moindre frontière)…

La nuit changée en porte ; et la joie qui persiste au-delà de la chute et de l’effacement…

Notre visage – et tous nos pas – et toutes nos lignes – sur la lame intraitable de l’oubli…

Le cœur en son royaume – en somme…

Partout – le rien ; et le vide souverain…

 

 

A contempler son existence ; le déroulement (inéluctable) des choses – à travers les fenêtres de l’âme ; la transparence du monde ; et ce puits de douleur au fond duquel stagne cette eau noire que nous accumulons et qui vient abreuver tous nos manques…

Le front appuyé contre la vitre – le seul refuge – si souvent – à nos tourments ; à ces jours sans sommeil – à ces jours sans joie – où les gestes et les pas s’exécutent mécaniquement – comme des machines programmées (et sans réinitialisation possible)…

Une façon (si facile) de rêver à d’autres horizons…

 

 

La lumière si loin du passage…

Et la chair – au fil des jours – s’effilochant…

Les racines – en tête – cherchant, en vain, un point d’ancrage…

Et partout le ciel – et partout le vent ; et dans certains cercles – les seuls éléments que l’on autorise…

 

 

Ici – sans promesse – sans dévoilement excessif…

Ce qui a lieu – cette pente sur laquelle nous glissons…

La mémoire vide – la main docile – l’âme réjouie – sans idée préconçue…

D’un bout à l’autre de l’espace – de l’expérience – de ce côté de la terre – sur ce chemin…

Et, sans surprise, une partie du monde (la plus vile sans doute) qui brûle – en nous – devant nos yeux…

 

 

Les yeux fendus en deux – de nos propres mains…

Un livre (le livre) ouvert à la juste page…

L’âme – la voix – le silence ; et ce qui saute au visage ; la nudité de la parole qui souligne notre insuffisance – notre absence d’appartenance aux diverses communautés humaines…

Et ce qui vient ; ce qui remplace le bruit et la possibilité ; la solitude et l’évidence…

La part divine – que nous dissimulons ; et qui, soudain, sort de son abri…

 

 

La langue contre le poing ; à la fois refuge et confrontation – simultanément ; et, parfois, l’un ou l’autre – question de vocable et de perspective…

Ce qui s’ouvre et se révèle…

Ce qui grandit – en soi ; tantôt la distance – tantôt le rapprochement…

Et tout entremêlé – y compris (et surtout – bien sûr) la vie – l’Amour – le temps et la mort…

L’éternité qui passe devant les yeux trop crédules ; et l’infini qui nous fait face…

La beauté et la faim – main dans la main – au milieu du miracle…

Ce à quoi nul ne peut (véritablement) renoncer – malgré la bêtise et la cécité – malgré l’illusion – malgré la peur et les résistances que portent tous les vivants…

Nous tous – au cœur du monde – au milieu des âmes aveugles et des paupières cousues…

 

*

 

Anonyme – depuis toujours…

Invisible – de plus en plus…

Tel le plus familier qui sort de son cercle…

Tel le voyageur qui renonce à son itinéraire et à ses archives…

Maintenant – la mort – à sa demande ; l’engloutissement et l’indistinction…

Quelque chose comme du blanc sur du blanc ; sans doute – un peu de bleu dans l’abîme…

 

 

Dans la profondeur du chant – le ciel…

Ce qui s’étend sans fierté – ce qui se répand sans bannière ; pas une conquête – le retour à l’origine – à l’étendue…

Et cette vibration dans la voix – comme le signe (la preuve peut-être) d’une âme passée du supplice au rayonnement…

A l’instar du silence ; la seule vérité ; et, sans doute, la seule issue pour la matière ; la transformation du regard et du vulgaire en sacré…

 

 

Vagabond de l’âme…

Dans ce face à face avec le monde ; la fuite – l’exil et l’errance…

La porte – à l’arrière – entrouverte – pour les éventuelles (et très rares – trop rares peut-être) rencontres humaines…

Et pour les Autres – arbres – fleurs – pierres – bêtes – rivières – tous les plus beaux visages du monde – les bras grands ouverts…

La langue comme un baume naturel…

Et une oreille pour écouter les doléances – apaiser (un peu) la souffrance…

Et un œil – et une main – pour caresser l’âme et la peau ; pour toucher du bout des doigts la beauté primitive du monde (non humain)…

Et une prière pour bénir le sauvage – l’indompté – l’inapprivoisable…

Et notre cœur – ému – vivant – parmi tout cela…

 

 

Ce que trace la main…

L’abîme trop peuplé…

La nuit alentour – enveloppante…

Les marges affranchies des règles et des hommes…

Ce dont témoigne le livre ; toutes lumières éteintes…

 

 

Sous un autre soleil que celui du jour…

Le monde porté à bout de bras – hissé au-dessus de la cécité…

La nuit entière – réduite en poussière ; et que l’on jette au milieu des étoiles ; l’ombre nécessaire au regard et aux choses…

Ce que l'on ne peut ignorer lorsque l’on a les yeux ouverts…

Et l’incessant labeur de l’âme et du feutre – malgré la fatigue ; comme un espace accru sur la feuille – dans la vie ; et jusque dans la respiration et les gestes quotidiens…

 

 

Le signe – de plus en plus évident – que l’on doit se taire – avancer avec discrétion – en deçà des yeux qui scrutent – sans abuser quiconque – sans jamais rien promettre…

Ni ici – ni ailleurs – là où poussent les vents – là où nous sommes involontairement emporté(s) – le jour et la nuit au fond de l’âme ; et au creux de la main…

Porté(s) par le jeu et la joie des Dieux qui s’amusent à nous voir rêver et nous débattre – se moquant de notre orgueil et de notre présomption – de tous nos gestes trop volontaires (comme si l’on se sentait capable d’influer sur la vie – le monde – les circonstances)…

Dans le désert – au milieu de la mort ; le corps et l’esprit – emplis de semence et d’a priori ; d’un terme à l’autre ; avec, parfois, quelques larmes qui coulent – malgré soi…

 

*

 

Un rêve de rondeur et de légèreté ; un nuage enveloppant ; pour guérir la tête – apaiser la raideur de la nuque et la rigidité de l’âme…

Une manière de plier le souffle – de le mettre en retrait pour qu’il devienne capable (par la suite) de se déployer totalement ; comme un envol – une giclée de sang neuf tournoyant dans l’air – un peu de matière ; une tentative humaine pour retomber en enfance – entre le ciel et la magie – une sorte de percée poétique nécessaire pour enjamber les choses du monde – si lourdes – si épaisses…

 

 

Trop (bien trop) de ce monde – les arrêtes très anguleuses de l’esprit – tous les périmètres circonscrits ; et les mille recoins de la terre fouillés et exploités…

Les désirs et les conquêtes…

Ce que l’on saisit – ce que l’on entasse – ce dont on se sert – tout ce qui pourrait nous être utile – bénéfique – favorable ; cette affreuse perspective où l’on est le seul point de mire – le centre de tous les cercles – et toutes les choses dont on a besoin à l’intérieur – et le reste que l’on jette au feu – au Diable – aux Autres – comme une simple manière de se débarrasser…

Cette si belle philosophie des mendiants – des accroupis – qui font bombance en cachette – à l’abri des regards – l’âme pauvre (si pauvre) – mus part l’étroitesse et le sentiment du manque…

Cette odieuse inclination commune…

 

 

Assis dans le sang des bêtes – pataugeant dans les entrailles – avec l’étrange assentiment des étoiles…

Nous autres – les barbares – les hôtes passagers des enfers que nous façonnons…

 

 

Au chevet d’un monde malade – à l’impossible convalescence…

La main sur le front de ce qui agonise – à l’avenir épuisé…

Et contre l’arbre – la source ; et la rivière qui serpente entre les survivants…

Et dans le houppier – l’oiseau dont le chant célèbre l’héritage préservé…

En nous – à la fois le rire et les larmes – la colère et la tristesse…

Le cœur trop tendre – l’âme trop sensible – pour vivre au milieu des choses terrestres

 

 

Au-delà – au-dessus – là où le secret est partagé – comme le trésor qui s’offre à tous…

Sans âge – l’œil et la main qui s’éveillent ; et qui échappent au temps…

Au cœur de la blessure – les ailes et l’envol…

La joie qui se tient dans l’ombre – patiente (très patiente) ; et ce qui résiste à l’épaisseur – à la gravité…

 

 

Rien que l’oubli et la mort – des tombes et du néant – la puanteur de la chair – la crasse et le sang…

Le ventre vide ; et la bouche ouverte…

Loin (très loin) du bleu censé nous accompagner – guider nos pas d’égarés…

Au fond de l’âme – le ciel – pourtant – l’ouverture et le salut ; et la possibilité du vide à chaque foulée – à chaque instant…

Un peu de vie ; et la soif nécessaire pour continuer à vivre ; et découvrir la source…

Nous autres – avec nos désirs – nos histoires – nos tentatives – encerclés par tous les horizons…

 

*

 

A peine le temps – le dessein du jour…

Sans limite – la parole – sur toutes les lèvres délicates…

Ce qui se laisse contempler – entre deux courses…

La vie ainsi – disciplinée – faussement attentive…

Au cœur de ce mensonge creusé en nous-même(s) ; les bruits de la terre ; et quelques reflets du ciel…

La tête comme un papillon – d’un lieu à l’autre – sans même parvenir à butiner – à virevolter…

Une existence frivole et distraite qui s’enveloppe de rêves et de prétention…

Et pas même un sourire (le moindre sourire) dans le sommeil…

 

 

La chair caressée par la respiration – le souffle intérieur – comme un ciel suspendu aux ordres de ce qui s’impose ; tantôt le jeu – tantôt la nécessité…

Le monde aux mains rouges délaissé – abandonné à ses images et à ses croyances – à ce que l’esprit de l’homme a inventé…

La douceur et la tendresse plutôt que toutes ces histoires sculptées à la serpe…

Le moelleux de la solitude plutôt que les piquants de l’Autre (de tout Autre)…

La clé – ici – qui se tient dans la main libératrice…

Des larmes et du feu – de l’ardeur et de la sensibilité…

La vie surprise par elle-même ; et nous (bien sûr) à l’intérieur…

 

 

Tout – lié à l’être…

Et ici – et en soi – et partout – la poésie et le sacré (autant que possible) ; et le vulgaire – et la violence – aussi – lorsqu’ils s’invitent ; lorsque l’âme ou les circonstances l’imposent…

Docile et obéissant – dans tous les cas…

Ainsi s’inscrit-on dans le réel – sans jamais s’opposer à ce qui surgit – fût-ce le rêve – le sommeil – l’imaginaire…

Plus inconsistant qu’humain – sans (véritable) qualificatif – comme (à peu près) toute chose…

 

 

L’eau et le temps – qui coule – s’écoule ; en plus de l’eau – en plus du temps…

La terre – la surface du monde ; toutes les existences…

Et l’air – et le feu ; en plus du reste…

Et cette soif de savoir – de se reconnaître

La vie en chantier ; et la besogne de l’âme…

Sans rite – sans cérémonie ; ce qui nous est, sans doute, le plus naturel…

 

 

A tourner en rond dans la nuit qui nous encercle…

L’absence comme recroquevillée sur elle-même – à la manière d’une toupie d’air dans le vide déjà tourbillonnant…

Du noir sur le noir – un surcroît d’obscurité – de la matière opaque – sur l’épaisseur déjà sombre du monde…

Sacrifié(s) – sans laissez-passer – au centre de l’enceinte – livré(s) au sommeil et à la mort…

Notre déroute ; ce désastre dont nul ne se soucie…

 

 

Le ciel – entre le désert et la lumière – le sol irrigué – le sable où tout s’enfonce – s’enterre – où les passages ne laissent aucune trace ; et le vent sur toutes les vies déjà penchées – achevant la besogne – effaçant les empreintes trop visibles…

A ce point que le chemin invite à l’abandon et au soleil – à la contemplation du vide et des rives rivales ; ce à quoi nous sommes occupés – ce que nous laissons derrière nous…

L’immensité vierge – malgré les étoiles – malgré les yeux – malgré la mort…

La seule présence – le seul décor – en vérité…

 

*

 

Des étoiles au fond des yeux – comme un cierge face à la mort – contemplant sa propre lumière…

Le sacré corrompu par l’orgueil – par ces hordes de guerriers qui défilent depuis l’origine – presque toujours – trop fiers…

Sur la route – des coups d’éclat et des coups de sang…

La majorité – perpétuellement – écrasante…

Des menaces ; et nous – en retrait – passablement désespéré(s)…

 

 

La raison mise en échec par le geste et la danse…

La fausse intelligence qui tient davantage du rêve que de l’esprit…

Toutes ces constructions sophistiquées et pyramidales…

Le monde – hébété – renvoyé à son apprentissage…

Vers le socle le plus sûr…

Le cœur et l’expérience qu’il faudrait restaurer – seul gage de connaissance – aux antipodes du savoir qui construit des murs et fabrique des chaînes…

Ce qui ouvre et libère plutôt que ce qui édifie…

Porté(s) à redevenir pleinement l’espace ; l’accomplissement soustractif ; l’effacement plutôt que l’absence…

 

 

Rien du nom ; tout du jeu…

L’essentiel au milieu des choses…

Du sommeil aux fleurs – sans trop s’attarder sur les images et les rêves…

Le séant et les paumes – sur la terre…

Et toujours davantage de sable – à mesure que nous grandissons – sous les pas – dans toutes les mécaniques (trop) machinales – pour accéder au royaume ; entre la chambre et l’infini ; le lieu de l’inconsistance et de la métamorphose…

 

 

Sur la stèle vers laquelle on s’avance – en lettres noires – violentes – une célébration de l’arrière-monde – louant l’orgueil et les passions sanguinaires – le rôle de l’épée et du feu au sortir de l’enfance…

L’aveu d’une ignorance ; le signe que le vulgaire gouverne le monde…

Une inclinaison – un versant – qu’il faudrait inverser – renverser – pour s’affranchir des instincts – du meurtre – de la superficialité – pour qu’émerge (pour que puisse émerger) un peu de ciel au cœur des fils de l’homme…

 

 

Les mains dans la neige – à nettoyer le sang du monde avec quelques restes de nuages ; et à désenfouir ce qui n’a jamais vu le jour…

Le visage bleu – illuminé – de ce qui ne peut être arraché à la matière ; cette part de vide – comme un voile translucide (attaché à la trame) – ce qui soigne le manque et l’infirmité – cette tristesse d’en être réduit à cela ; un peu de matière terrestre…

Comme une lumière discrète – presque clandestine – qui nous habite…

 

 

Les mots alignés sur le trouble – le destin – au point de garder le silence…

Un léger sourire – peut-être ; un imperceptible tremblement…

L’avenir jeté devant soi – se vidant de toute possibilité…

Et le passé – en contrebas – antérieur à la chute – inutilisable…

Ne reste donc que ce qui est là ; et ce qui vient ; l’existence – le monde entier – en somme…

 

*

 

A mesure que s’étiole la tristesse – la chambre s’éclaire ; le noir de la tête bleuit – peu à peu…

Le cœur laisse passer l’absence…

Le miroir s’opacifie ; et les reflets deviennent de plus en plus flous…

Le monde – l’avenir – la bête – dont nous avions si peur – perdent leur puissance de dévoration…

Vers la transparence – vers la maturité…

Au bord de la perte ; fidèle à la pierre – au ciel – au chemin…

 

 

Égal au visage de la bête – à l’herbe coupée – au fossé que l’on néglige – à la main tremblante qui hésite – au cœur qui aime en secret – au temps que l’on découpe – à la terre que l’on piétine…

Parmi tous ces fragments de monde (si) familiers ; une immersion au milieu des choses – au milieu des Autres – dont nul (bien sûr) ne se souviendra…

 

 

Comme le soleil qui monte dans le ciel – à son propre rythme – sans discrimination – sans secret ; tous les signes exposés ; et les profondeurs (sans doute) insoupçonnées…

L’homme qui sait et celui qui imagine savoir…

Recouverts de la même enveloppe – et pourtant – aussi différents que la pierre et l’étoile ; que le sang et la bête que l’on assassine…

Le cœur retourné et le cœur creux – ce qui se vide et ce qui s’épanche…

L’un à la dérive – l’autre retranché…

Et leurs racines communes qui s’enfoncent dans le silence – entre les fleurs qui partagent le mystère…

 

 

L’infernale machinerie du monde et du temps sur l’être – l’essentiel – la soif ; l’écrasement de ce qui résiste – de ce qui aimerait émerger du sol tassé – comprimé – du poing qui se lève au-dessus de l’uniformité – de la volonté de trouver une forme de salut – d’échapper à la pesanteur conventionnelle et collective…

Une main hissée aussi haut que possible qui saisirait un fil sorti d'on ne sait où ; et une autre qui s’appuierait sur le ciel – pour s’extraire du labyrinthe…

 

 

Sans être vu par le monde…

Sans être touché par la mémoire et le bruit…

A la marge du songe…

L’aventure au-delà de la sauvagerie des fauves et de la férocité des flammes – dans un périmètre sauvegardé – à l’abri des Autres – des attentes – des soucis…

A l’avant-garde ; (presque) hors du temps…

 

 

La route et l’infini – décrits par des signes esquissés à l’encre noire – jamais très durables – à la façon d’un doigt qui dessinerait sur le sable quelques hiéroglyphes – quelques gribouillis ; et qu’effaceraient (très vite) la mer et le vent…

Et ce sourire – énigmatique (pour la plupart) – et fort compréhensible (pour quelques-uns) – face à l’incessant défilé des saisons…

La présence et le regard – plutôt que le geste et le mot – face au vide – au milieu de rien…

 

 

L’absence célébrée de mille manières…

Nous – à demeure – en plein réveil – en plein rêve – en pleine insomnie…

L’intermittence tout au long du voyage…

Et la forme des murs qu’épousent les yeux – les mains – les âmes…

A califourchon sur la bête immobile – le chemin que nous avons emprunté – parmi les mille manières de voyager…

 

*

 

La peur – la pierre ; la main qui hésite…

Le cœur sans étoffe – l’âme quasi matérielle – presque minérale…

Autour de nous – le monde et le silence ; ce qui ouvre tantôt sur la neige – tantôt sur le vertige…

 

 

L’enfance face aux malheurs…

Et nous – dans l’assemblage…

Emmêlé(s) avec les cris et la terre…

Pas encore délivré(s) ni de l’espoir – ni de la mort…

L’essentiel – notre manière de nous tenir face au vent – dans le noir…

L’invisible – dans la profondeur des gestes et du langage…

 

 

De la fumée – sous les paupières – le passé…

Devant l’arbre – l’absence (absolue) d’histoire…

Une présence épaisse et verticale…

Et cette façon de s’élancer dans le ciel et de trouver une assise sur le sol…

Comme une vigie entre la terre sombre et la lumière…

Ce que l’on nous invite à réaliser ; le regard vide – le regard bleu qui se laisse envahir par le passage et la force des vents…

 

 

Ce que nous sommes – de mille manières ; la seule chose dont nous disposons…

 

 

L’âme ouverte – même par temps de grand froid – lorsque la faim et la peur nous saisissent…

Les mains posées sur le vide – bien à plat…

Sans prière – en guise d’offrande plutôt – prêtes à se laisser guider par les courants du jour…

Sans aucun sens – seulement ce qui est donné ; qu’importe la force et la direction…

 

 

Sous le règne de l’éternité – que dire du temps – de la durée – de l’instant et du provisoire…

Et ces heures – et ces siècles – et ces millénaires – et ces éons – innombrables – au cours desquels les âmes oscillent entre le sommeil et la lumière…

Une terre arrachée au doute ; et des fleurs (bien) droites sur leur tige qui, parfois (sans raison), se courbent devant l’espace…

Quoi que l’on en dise – sans doute – l’une des plus belles aventures…

 

 

De l’autre côté du monde ; le soleil-douceur – l’enfance du cœur et le reflet de l’océan…

L’immensité qui sait contenter tous les désirs…

Et ici – les larmes – les ailes – posées – ruisselantes – sur le rocher…

Mille nuits sans pareilles – comme un poignard que l’on nous enfoncerait sournoisement dans la chair – pour nous rendre raison – paraît-il…

Les bras en croix – à la suite de celui que l’on avait autrefois coiffé d’une couronne d’épines – mort avant l’heure en quelque sorte ; comme s’il nous était possible aujourd’hui de ressusciter en d’autres lieux – ou de renaître ici différemment…

Le ciel partagé en parcelles – en territoires – un côté pour la mort – un côté pour la tristesse – un côté pour l’imaginaire et l’espérance ; et tous les autres mélangés – aux contours et aux desseins (très) imprécis…

Et les ombres qui collent à la peau – sur le sol ; et qui allongent les silhouettes – sous le soleil parfois indifférent – parfois complice…

Et nous – entre nos quatre murs – à l’étroit – entre nos désirs et ceux des Autres – entre ce qui est possible et notre (très partielle) compréhension ; et cette âme bancale (et chavirée) qui nous est offerte pour apprendre à naviguer entre ces rives incertaines…

 

*

 

La disparition de la crainte…

Au jour qui vient – les yeux fermés…

Ce qui se donne – sans plus chercher le sens…

A voix basse – le périple raconté (sans détail particulier)…

Davantage que l’expérience – davantage que le récit…

L’existence vécue – face au miroir – face à ses propres reflets…

Ce qui s’inscrit dans l’âme ; et sur la pierre ; et que le vent emportera pour l’ajouter ailleurs – plus tard – à ce qui n’existe pas encore…

 

 

En ce centre – rejoint – comme une naissance…

La pierre angulaire du temps – en quelque sorte…

La matrice et la récurrence des saisons…

Là où s’effectue le passage (sans peine ni application particulière)…

A l’instinct ; comme ça – l’air de rien…

Le seul indice que nous ayons…

 

 

Des oiseaux au-dessus du soleil…

Une traversée – sans préparation – qui se réalise (presque) par effraction – en laissant les masques brûler sous la lumière ; et l’intensité des prières sur la roche…

Le monde qui s’effrite – par pans entiers d’images…

La pensée (quelque peu) amère face au vent des hauteurs qui joue (délibérément) avec les idées qu’on lui lance…

L’esprit – et le langage – si étrangers à l’espace – à la surprise – au merveilleux – comme déconnectés de la danse – de ce qui tourne naturellement…

Sans parade face à la parodie du réel…

Un rêve seulement – contre soi – contre l’homme – pour tenter d’apaiser l’angoisse de l’affrontement…

 

 

Sentir le souffle et le resserrement du temps…

Face à la flamme – le rêve et la terre qui s’assèchent…

Et le devenir du monde – déclinant – sous l’aile de ceux qui disparaissent…

 

 

Entre le sommeil et la mort – déjà…

Des rires plein les lèvres – comme pour nous tenir compagnie…

Des brassées de fleurs jetées dans le vent…

Ici – à entendre l’esprit soulever le monde – toujours plus haut – sur la terre – et sous le ciel inchangé – en dépit du cours des choses qui semble, peu à peu et inéluctablement, se dérouler…

L’oubli – comme fixé à la pointe de l’âme – malgré la tristesse qui, souvent, nous accable…

 

 

Tous les visages arborés – au fil des rencontres – au fil du chemin…

Comme des traits déguisés en masques…

Et ces yeux tristes (tous ces yeux tristes) derrière la vitre ; la vie immobile qui se traîne depuis des années – d’un bout à l’autre du périmètre – de la pièce exiguë…

La main qui ne touche que son propre reflet ; la bouche qui n’embrasse que le carreau froid…

Presque mort alors que d’Autres semblent déambuler (avec nonchalance) dans la joie – et dessiner, pas à pas, un itinéraire qui a des allures de danse et de célébration – comme s’ils jouaient avec la liberté qui se déployait (et se laissait incarner)…

 

 

La foulée qui épouse le vent ; et l’âme, le sol ; et la parole, le ciel…

Un regard qui porte de plus en plus loin…

Un chemin sans visage ; un voyage sans retour possible…

Le sommeil comme abandonné derrière soi – posé sur un amas de rêves et de désirs obsolètes…

Et ce chant – puissant – profond – en attendant le lever du jour – la lumière…

 

*

 

Le crachat de l’homme sur le monde…

Et nos larmes – derrière les taillis – sous les frondaisons…

Pas un seul compromis possible jusqu’à l’aurore…

Personne – jamais ; tel que la vie passe…

Assis dans les cendres d’un feu très ancien…

Et sous le sable – la conscience oubliée…

 

 

La folie du sang – partout célébré(e)…

L’âme oblique ; et sur le seuil des présages – des yeux aveugles…

Ainsi se bâtit le monde – avec de grands gestes frivoles et instinctifs…

Le regard planté dans la main armée qui s’active – comme hypnotisé(s) par les barreaux de notre cellule que nous prenons pour une aire de (grande) liberté…

La débâcle de l’esprit que l’on ne parvient jamais à hisser au-dessus du ventre…

 

 

Le visage de la joie sur l’ultime douleur…

Au milieu du jour – ce qui se lève là où autrefois se poussaient des cris…

L’hiver devenu naissance ; et la hâte devenue sagesse…

Rien (absolument rien) en dehors de la lumière…

 

 

L’arbre – sans doute – plus honnête – plus vrai et authentique – que le voyageur…

En ce lieu où s’attardent les ombres – où se déroule le récit…

Chez l’un – la fable ; chez l’autre – la réalité…

Et la même inscription – pourtant – sur l’écorce et sur la peau ; le signe tantôt discret – tantôt ostentatoire – de l’aventure…

 

 

En ce monde où tout est périssable – excepté (bien sûr) l’Amour – l’espace – le silence ; et la possibilité du passage – d’une rive à l’autre de l’infini qui nous contemple…

 

 

Au fond des larmes – la vertu de ce qui s’épanche…

Nous-même(s) – bâti(s) comme un (étrange) château de cartes…

Face au ciel – nos mains qui brassent de l’air – des moulinets (quasi) comiques – de grands gestes inutiles…

Fragile(s) – comme tous les miracles…

A la merci du premier venu – du premier fou qui passe – du moindre souffle de vent – du moindre élan de destruction…

 

 

Épaule contre épaule – soi et le ciel – sur la route – le visage penché – la tête de moins en moins pensive…

Pas à pas – à travers tous les rêves et toutes les idées du monde – jusqu’à l’étendue aux bras ouverts – affranchie des saisons – des fables (humaines) et des astres qui tournent ; cette chose – encore – si parfaitement – inconnue…

 

 

A la croisée du miroir et de la chute…

Le chant qui surprend les lèvres closes – les lèvres muettes…

A la dérobée – mille rendez-vous ; et (parfois) autant de rencontres…

La lampe allumée jusqu’à l’aube pour accompagner la résistance au sommeil…

L’étreinte vagabonde et solitaire – parmi nos frères silencieux à l’âme verticale…

L’Amour et la vérité (telle qu’on se la représente) – soudain à notre portée ; à se demander ce qu’ont manqué les hommes…

 

 

Toutes les craintes cessantes…

Les adieux – sans cesse – reculés ; et ce qui s’attarde – coupé net – comme les liens qui entravaient nos pieds et nos poings…

Et – en nous – cette lente remontée du fond de l’abîme labyrinthique…

 

*

 

D’un lieu à l’autre de l’héritage…

Le voyageur en son royaume…

Du dedans et du dehors…

Les yeux aux aguets ; l’âme à l’affût…

Fouillé – pas à pas – sans que la sagesse ne se dévoile…

L’expérience du monde ; et toutes les émotions au contact des visages et des choses – ce qui (à certains égards) ressemble au chaos…

Autant de violence que de caresses ; errance ou promenade – un apprentissage permanent…

Et l’œil témoin – compagnon de tout séjour – de tout périple…

Avec le sens du déguisement et de l’équivoque ; ces mille situations où nous sommes plongés…

 

 

Jour après jour…

Sous le joug de ce qui s’impose…

Les lèvres jointes – la chair cadenassée – pour affronter les événements…

Couteau et carapace plutôt qu’ouverture et sacrement…

Le vent et la pierre contre la possibilité du rêve…

Jusqu’à la mort – et parfois davantage – les fesses (très) serrées…

 

 

La chair nue célébrée…

Du désespoir à l’œil apaisé…

Au-delà des rites et des prières…

Quelque chose d’accordé à l’incertitude et au foudroiement ; l’espérance de la lumière remplacée par la confiance et l’abandon…

Ni ailleurs – ni autrement ; ce qui est présent – exactement – qu’importe le sourire ou la grimace – qu’importe la taille des piquants…

Sous le règne du jour ; ce qui démasque le mensonge et l’illusion ; la vie-et-le monde-arcs-en-ciel…

 

 

La douleur et la mort – dont on s’approche – regardées de plus près…

Sur la terre – le chemin ; ce qui brille encore dans les yeux éteints ; ce qui palpite encore dans la chair souffrante (et éprouvée) ; ce qui espère encore dans l’âme confrontée aux malheurs et au provisoire…

Des chants d’oiseaux plein le cœur ; ce qui sifflote au milieu des arbres qui ont réussi à inventer une autre sente…

La possibilité de l’homme – au-delà de son infirmité – de son épuisement – de ses embarras…

 

 

Le ciel – tout entier – peuplé d’étoiles et de vent…

Sur la terre abondante ; les âmes démunies…

Cet étrange partage ; la (grande) diversité des destins…

Et – en nous – la réjouissance à l’œuvre ; et la compréhension façonnée par l’expérience ; qu’importe qui nous sommes – qu’importe ce que nous faisons ; en chemin – vers la chute – vers ce qui meurt – peu à peu…

 

 

Brisé(s) – comme si nous ne pouvions aller plus loin…

Étranger(s) au reste – de plus en plus…

Ce qui cherche – en l’homme – comme désactivé…

Un pied dans la tombe ; et l’autre à la dérive au milieu du désastre – sur le point de le rejoindre…

Le manque accru malgré la soif arrachée ; et l’impossibilité du voyage qui entame, peu à peu, la joie (le peu de joie) récoltée…

La vie – le périple – comme un songe indéfini – et interminable – au milieu de nulle part ; le prolongement (peut-être) du même cauchemar…

 

*

 

Sous l’arbre – l’appel…

Le ciel entrevu ; le corps calme et vertical…

La matière à l’apparence immobile et la danse (perpétuelle) des périphéries…

Et les saisons qui passent (insidieusement) ; et le silence (à peu près) égal…

Les hauteurs tantôt peuplées de neige – tantôt peuplées d’oiseaux…

L’existence et la nécessité…

L’enfance croissante guidée par (et vers) l’essentiel…

Le sol – à l’épreuve des possibles ; l’assise et la légèreté – la puissance et la vulnérabilité…

Offert(s) à tous – offert(s) à chacun ; à la merci du premier qui passe…

 

 

Les mots qui viennent…

Une sorte de face à face avec la prolifération et l’exubérance…

L’existence – le monde et la poésie ; le cœur dans ses allées et venues…

Ça jaillit – ça ruisselle – ça éclabousse ; comme le sang de l’âme – peut-être…

L’encre éclairée par la lumière – le silence – l’immuable…

La danse du provisoire qui s’imprime sur la page ; et qui fait tournoyer les yeux ; et le cœur aussi (espérons-le)…

La bêtise tenue à distance (autant que possible)…

L’or et la parole – dans leur corps à corps – subtil et délicat…

Les vibrations de l’âme et du feutre ; l’anneau de l’être passé à tous les doigts sensibles et respectueux…

Sans embarras – comme un goutte à goutte versé dans l’océan ; l’intimité qui s’expose à l’espèce (entière) ; des yeux que le ciel, sans doute, aura choisis…

Comme une prière – à genoux – devant le monde incrédule…

 

 

L’homme qui cherche – des yeux – des mains – de toute son âme – le mystère – sa résolution…

Ce qui l’habite – par-dessus tout – au-delà du temps – au-delà des terres – au-delà de la douleur – au-delà de l’ignorance et de la mort…

Cette soif qui s’exerce sans le moindre contentement…

 

 

Distraitement vivant – le cœur, pourtant, assis sur un feu…

A compter les jours – les choses amassées – les visages aimés ou rencontrés…

Presque immobile sur le fil tendu entre la naissance et la rosée…

Respirant par habitude – vieillissant par impuissance…

Entre claques et caresses – reçues et distribuées – ici et là – sans (vraiment) savoir ce qui anime le monde et les gestes…

(Très) instinctivement – la nécessité du confort et de la tranquillité – en tête…

Mille actes guidés par la paresse et la facilité…

Toute une vie (presque) interdite…

 

 

Des râles et des conspirations…

Des intentions florissantes…

Des espoirs et du sang…

Des fêtes et des morts (à ne plus savoir qu'en faire)…

Le visage figé (comme un masque) ; et l’âme insensible…

Quelques surprises (minuscules) qui entrecoupent une sorte de long sommeil…

 

 

L’âme – les mains – le ciel – complices ; qu’importe les gestes – les événements – les conséquences…

Et malgré l’inertie du monde et l’indolence des bêtes et des hommes – l’attente (toujours vaine) d’une transformation…

La lumière écartée par impatience ; et le rôle – si puéril – de la prière…

Au milieu des hyènes et de la corruption ; la bouche entrouverte ; ni (vraiment) mort(s) – ni (vraiment) vivant(s) ; soumis (seulement) à la faim et au temps qui passe ; sous le joug (inévitable) du monde et des Autres ; et contraint(s) de vivre ainsi asservi(s) jusqu’à notre dernier souffle…

 

*

 

Les mains tendues vers le temps ; les pas de plus en plus rapides ; le monde qui tourne ainsi…

Et au fil des saisons – chez ceux que la ronde a happés – la lassitude de l’âme et l’usure (quasi) mécanique du corps…

Comme une course perdue d’avance (bien sûr) ; pas même une préparation à la mort ; plutôt l’illusion de l’immortalité et le caractère frivole (et insignifiant) de l’existence (presque toujours) occupée à mille broutilles…

 

 

Des siècles d’attente – pour rien…

Partout le néant – inscrit en lettres sombres…

Mille couches de matière qui interdisent toute lumière…

Le corps recroquevillé ; l’âme repliée…

Le règne de l’absence qui, depuis si longtemps, s’est installé…

Et la mort qui vient – pas même considérée comme une délivrance ; la continuité du même néant – sans doute…

 

 

A même la neige – l’Amour ; ce qui semble froid et lointain – et pourtant…

A travers le vent – le geste – la parole ; ce qui est capable de remuer la chair – de caresser la pierre – de guetter la moindre larme – d’embrasser le sensible en train de naître…

Les yeux du monde sur la peau du temps ; et les yeux du temps sur la peau du monde…

Et de temps à autre – un visage sur le chemin de la source ; en quête d’un unique regard…

 

 

La forêt miraculeuse ; l’ombre à la lisière…

Contre le visage – le bois tendre…

L’âme étreinte par les bras ouverts…

Les yeux et les lèvres – au seuil du vent – comme à travers une fenêtre…

Le ciel en plein cœur (si l’on peut dire)…

Et le secret – et le rire – qui, soudain, ruissellent sur la pierre…

Le pas enraciné ; et ce qui s’enfonce – et s’élargit – à l’intérieur…

 

1 octobre 2022

Carnet n°278 Au jour le jour

Janvier 2022

La seule patrie – peut-être – (bien) plus qu’un territoire ; l’esprit – ni tête – ni psyché – bien sûr ; l’espace silencieux – cette présence invisible – vivante et habitée ; et qui s’incarne quelques fois…

Avec – ici et là – une foule de peuples à instruire – à éduquer – si ignorants de ce qu’ils sont – de ce qu’ils portent – de la nature des choses et du monde…

Et toujours – d’une seule manière ; avec l’expérience – à travers le rire – la joie et les malheurs…

Comme mille fragments de cœur attirés les uns par les autres ; et mille parts se retrouvant – s’agglomérant – se remboîtant ; ne formant plus que deux bras ouverts ; une bonté capable de pardonner – et de dissoudre – toutes les blessures – tous les engorgements…

 

 

A courir sous le ciel – sans ailes – avec des pavés dans les poches – en espérant s'envoler [animé(s), il va sans dire, par une bêtise acharnée]…

Un monde d’âmes obstinées – prêtes à pleurer – pendant des millénaires…

Un mythe – une légende – qu’il faudra un jour – le moment venu – faire voler en éclats…

Et en attendant – vider les têtes et les poches ; éclaircir le regard et explorer l’espace – celui du dehors et celui du dedans (et comprendre puis, percer ce qui semble les séparer) ; ce qui prendra, sans doute, quelques millénaires supplémentaires…

 

 

Le rêve et le temps – l’humanité – trop honorés…

Il faudrait apprendre à s’écarter – et à méconnaître – à ignorer toutes les règles et toutes les lois – les mille mensonges et les mille explications inventés – bricolées – par nos aînés ; et tendre l’oreille à tous les échos – à toutes les résonances – en soi…

Découvrir ce que porte l’homme au lieu de célébrer son image ; briser (peu à peu ou d’un coup sec et décisif) la toile des illusions tendue comme un piège ; s’accorder à rompre toutes les choses – et apprendre à regarder – et apprendre à écouter – comme pour la première fois…

 

 

Dans la lumière ; comme effacé…

Vivant – plus que jamais pourtant…

Des ailes – une allure de phare et de flèche…

Quelque chose d’insensé ; de franchement déraisonnable…

A la pointe de l’obéissance ; au-delà de la volonté…

La seule réponse, sans doute, face aux jeux terrestres ; et la seule issue aussi pour mettre un terme à l’épreuve…

 

 

La pente sur laquelle on se perche – comme une hampe qui émergerait du sol – une tête au-dessus des autres – non pour se singulariser (bien sûr) mais pour échapper à la foule – s’extraire de la mélasse ; amorcer un passage pour gagner le ciel approbateur…

 

 

Blessé – attristé – par tous ces rassemblements – par tous ces reflets – par cet envahissement de l’espace – par la place du rêve et de la distraction – par la suspension de tous les voyages – par l’obstruction de tous les passages – par cet empilement de choses et d’idées – par la terre malmenée – par les bêtes que l’on extermine – par le désastre du monde et l’indifférence des hommes ; comme englués dans la peur – la bêtise et l’inertie…

Et quelque chose – en nous – plus fort (bien plus fort), sans doute, que l’assombrissement et le désespoir – au-dessus des têtes et des danses tristes ; une présence – un peu de distance – un peu de joie – à habiter…

 

 

Trop heureux de s’approfondir – de s’élargir – de s’affiner – en tâtonnant – en traversant le monde et la nuit – au-delà des agonies – au-delà des retrouvailles…

Tout entier dans ce cri qui monte comme un surplus de joie – une explosion tonitruante du jour ; sans doute, une autre manière d’être vivant…

 

*

 

Quelque chose de l’inquiétude en chaque pierre qui nous regarde – en chaque arbre qui nous supplie – en chaque bête qui courbe l’échine plus bas encore…

Et quelque chose de libre aussi que jamais les hommes ne pourront dompter – que jamais ils ne pourront s’approprier ; cette sauvagerie naturelle qu’ils ont perdue – à force de civilités – à force de civilisation…

Ce collectif devenu mou et tiède – doucereux et pleutre – qu’on ne peut désormais plus arracher à ses exigences de protection et de confort ; ce que nos congénères appellent (avec, dans la voix, cet orgueil puéril et déplacé) le progrès au service de l’humanité…

 

 

La terre noire – au-delà du soupçon…

Nos gestes et nos chuchotements – discrets – tenus à distance de l’officiel – du solennel…

Si réfractaire à tous les rites humains…

D’un seul regard – d’un seul élan – si loin déjà – si seul aussi (bien sûr) ; à l’écart de ceux qui désirent – de ceux qui gémissent – de ceux qui briguent des récompenses et des consolations…

Sans effort – sans fierté…

Au cœur de l’enfance dépenaillée – presque gisant ; et les lèvres (délicatement) posées sur l’aube – cette contrée lumineuse – ce pays accueillant…

En soi – le lieu de l’origine et des liens réparateurs – sans lutte – sans personne – merveilleusement ouvert et exposé…

Dans notre chambre sombre – et le cœur ailleurs – l’âme juste au-dessus – à veiller ainsi sans raison ; pleinement impliqué dans ce geste d’innocence absolue ; si profondément humble et anonyme ; si heureux de n’être plus rien…

 

 

A aimer comme d’Autres s’entre-tuent – écartent et bannissent…

A accueillir comme d’Autres refusent et rejettent…

A contempler comme d’Autres s’agitent – gesticulent – fabriquent et édifient…

A demeurer comme d’Autres voyagent – séjournent et visitent…

A être comme d’Autres survolent – papillonnent – se distraient…

Et si nous n’étions tous qu’un rêve – un équilibre – une sorte de complémentarité – un peu de fantaisie ; aussi inutiles et inexistants les uns que les autres…

 

 

En cette vie – ou avant – ou après – ou jamais – dans la lumière ou l’obscurité – sous les caresses ou les coups – la terre en tête ou sous les pas…

De passage – brinquebalé(s) – assurément…

 

 

En silence – la marche et la parole – en deçà des têtes – l’horizon – oublieux de l’histoire des hommes…

Sans le monde – sans la nécessité des Autres – sans la nécessité de se raconter…

Une veille assidue et familière…

Porteur(s) et porté(s) – au gré des courants qui se heurtent ou se chevauchent…

Nous – au cœur de l’absence – au cœur de ce qui se manifeste…

Jamais coupable(s) de ce qui survient – de ce qui a lieu…

 

 

Autour de soi – la terre…

Des ombres sans appartenance…

Quelque part – en des lieux qu’exige la douleur…

Involontairement ; selon les circonstances ou la nécessité des Autres…

Ce qui blesse ; ce qui s’éprouve ; ce qui fait mal…

Des innocents – guidés par une main fébrile – qui s’entre-tuent – l’âme attachée à ce qui l’affame…

Le souffle et le ciel ; et, quelques fois, le regard implorant…

Aussi peu assuré(s) que leur chemin…

 

 

L’existence – sans crainte…

Ce qu’il y a à écouter ; à découvrir – à suivre ; le vagabondage ; ce qui nous emporte – plus exactement…

Sur l’étendue – sans maître – sans destination – sans plaidoyer…

Et, en désespoir de cause – parfois…

Comme une invention – à chaque fois ; loin des fables communes…

Des heures et des Autres – contournés…

A être – à vivre – sans se poser de questions ; l’âme en avant – en retrait – discrète ; et la tête en voie d’effacement…

 

*

 

Ce qui naît de nos préférences – de nos partialités…

Des angles morts en série ; l’essentiel de l’étendue voilé…

L’impossibilité de comprendre…

L’œil et le pas – trop étriqués…

Et l’irritation – et la colère – qui monte – qui gronde – face à l’insaisissabilité de l’infini qui s’offre – de manière permanente – pour que naissent, peu à peu, l’envie de l’embrasser sans restriction – et le souffle – l’élan nécessaire – pour y consacrer tout son temps (et toute son énergie) ; pour que cette perspective devienne notre seule préférence – celle qui englobe toutes les autres…

 

 

Ensemble – la fraternité des profondeurs…

Et les hommes – assis à la surface des choses – si loin de la source première – immobiles et dispersés – eux qui s’imaginent raisonnables – lucides et avisés ; hors du cercle des rencontres – à la périphérie de la lumière ; pas encore assez ouverts au mystère – à l’invisible – qu’ils prennent (trop souvent) pour une illusion – un égarement – une étrangeté…

 

 

En soi – la tendresse de s’appartenir – sans autre appui – sans autre référence que celles que l’on porte – secrètement – involontairement…

Sans le souci de l’ordre – des Autres ; sans le souci de la distraction et de la fête…

Passager – intensément passager…

Une vie proportionnelle à la puissance du souffle (ou à peu près)…

A travers soi – déjà le rêve – déjà le monde…

Et ce qui demeurera après nous…

 

 

Le monde – ainsi – devant nos yeux…

Et nous – peut-être – comme le reste – nous adonnant à mille choses (et nous abandonnant quelques fois – trop rarement – sans doute)…

Relié(e)(s) à l’âme – au regard – la bonté…

Ce à quoi l'on aspire ; et ce que l'on aimerait savoir – sans être maudit – sans être relégué aux marges – aux confins du cercle…

Au cours de cette vertigineuse existence – une succession d’instants sans pareils…

 

 

Ce qui, en nous, est exalté – involontaire – éteint ; comment pourrions-nous le savoir sans le vivre…

L’espoir soustrait – comme toutes les choses inutiles…

Heureux l’œil qui s’élève et surpasse son support apparent…

L’amitié de ce qui nous entoure ; et l’Amour que l’on porte – au-dedans…

Responsable(s) – en aucun cas – des couleurs qui nous ont été assignées…

Le souffle du beau et l’inexistence du monde ; l’illusion de toute vie et de tout chemin ; sans la moindre singularité significative…

Ici – seul – en cas de besoin…

 

 

Autour de soi – l’absence et le mouvement…

Ce qui jamais ne console…

Enfoncé dans la disparition – sans jamais se faire entendre…

Ce qui ne viendra jamais ; ce qui ne pourra se dire…

Cette lueur – cet avant-goût d’éternité avant la mort – au plus près de l’humus – comme dévoré avant l’heure – sans douleur – sans malédiction ; et même le contraire – au grand étonnement des yeux (trop) naïfs…

 

*

 

A la surface – installé(s) – imitateur(s) sans doute – ici – sans (réellement) chercher…

Le corps – à même le sable et le vent – comme une illusion soulevée de terre ; moins qu’un fait – une réalité corrompue – dégradée – travestie…

Quelque chose – sous le ciel ; un peu plus que rien – peut-être…

Ce qui dure (ce qui a l’air de durer) un peu – sur la roche ; quelques jours – tout au plus ; rien de très stable – rien de très net – rien de très précis ; une image dans la nuit déjà floue…

Ce qui pourrait nous ressembler ; bien davantage qu’un air de famille ; l’une des figures du monde – semblable à toutes les autres – à bien y regarder…

 

 

Un jardin plus qu’une terre…

Seul avec l’eau – les arbres – le ciel – les bêtes ; toute la fratrie – dans le désordre…

Avec ceux qui n’ont jamais (vraiment) quitté leur demeure – le temps des origines ; partout chez eux pourvu que l’homme (cet étrange habitant du monde – aussi provisoire qu'inquiétant) n’y soit pas…

Familiers des pierres – de la nécessité – de la poésie…

Transportant, avec eux, l’invisible – le chant imprononçable – la parole inaudible – l’essence du langage et de l’offrande…

Brûlant toutes les tristesses – (presque) toujours à proximité de la source…

Nous – entre la joie et la poussière – dans l’œil du monde et du cyclone – immobiles au milieu des danses qui nous font bouger (qui ont l’air de nous faire bouger – à la surface – en apparence) – au milieu des têtes tournoyantes – au milieu des tourbillons et des tempêtes…

Dans la grande solitude de ceux qui se savent délaissés – écartés…

Comme le temps et l’oiseau ; insoucieux des choses (trop) terrestres – contrairement à ce que l’on pourrait penser…

 

 

La source qui s’écoule sans cesse – intarissable ; l’origine de tous les royaumes ; ce qui enfante la matière depuis le commencement du monde…

Le vide ressenti – en communion…

Partout – à ce que l’on devine…

Ce qui se donne avant d’être repris – un jour…

La danse – joyeuse et tragique – de ce qui est né…

 

 

Le ciel – au fond de soi…

Ce qui s’impose ; et ce que l’on croit subir ; au-dessus de la faille qui s’élargit à mesure que grandissent le refus et la colère…

Réceptacle que nous sommes ; et dont (en général) nous ne savons rien…

L’équilibre qui se cherche dans les profondeurs de l’âme ; qui échappe aux yeux trop superficiels…

L’assemblage de tous les éléments jusqu’à l’effacement – jusqu’à l’extinction de la volonté ; une manière de toucher – et de participer à – l’infini…

Le corps à même la vague – à même ce qui passe – à même ce qui a lieu…

 

 

Au fil du temps – le sable que l’on répand…

Une sorte de douleur à laquelle l’âme se soumet – à laquelle on finit par se livrer…

Sans furie – sans offense ; simplement – le jeu du monde – le destin de toute existence…

Le vide qui se remplit de choses et d’autres – des circonstances infimes ; et pour nous – comme d’immenses tourbillons qui font naître la peur et toutes les vocations…

En équilibre – sur le fil tendu – entre tous les coins du monde – la trame vivante…

 

*

 

A travers le temps – la lame effilée comme un poignard dressé contre l’écume…

Notre vie – ces pauvres confidences…

Ce que l’âme et le sang attendent depuis la première heure…

Toute l’histoire du monde – flottante dans notre tête…

Le ciel peuplé d’oiseaux et de tempêtes…

Et l’aube – si lointaine – à laquelle songe celui qui émerge du sommeil – encore titubant – encore somnolant – ivre de tous les rêves des hommes…

Et au fond du cœur – le geste qui accueillera (qui saura accueillir) tous les malheurs – la seule manière d’habiter le mystère – de faire de nous des dépossédés…

 

 

L’enfance à genoux dans ce corps moribond…

Au coin des lèvres – la substance nuptiale – le cri bestial – les joues empourprées de fougue…

Prêt à abattre – d’un seul coup de hache – l’armée de désirs qui montent dans le sang…

Un trophée de chair à la main…

L’obscurité carnivore…

 

 

Pleinement présente – cette candeur sensible – vivante – comme un diamant posé (en évidence) sur la pierre noire…

Devant soi – le grand théâtre du sauvage…

Et en tout homme – l’humilité recueillie…

A l’ombre des combattants – à l’ombre des conquérants…

Avec ce presque rien dans l’âme – dissimulé dans les parties les plus enfouies – les plus reculées – les plus secrètes – du corps…

Le rire subtil ; et le silence élémentaire – suffisant ; la tête prête – encore étourdie par le sommeil ; partie prenante de cette danse des simples…

 

 

A travers le jour – l’autre lumière qui nous porte (tous) – comme un christ solitaire…

Quelque chose d’immense et d’insensé – quelque chose d’insaisissable ; comme un centre discret et sans échappatoire ; l’exact prolongement de l’origine…

L’essentiel à travers le défilé des mirages…

 

 

Notre propre miroir – à bien y regarder – partout emporté avec nous…

Et, parfois (trop rarement), des yeux-océans au fond desquels le monde apprend à se perdre…

Rien n’est plus vivant que les visages et les choses pénétrés ; un à la fois ; ce que l’on éprouve assez longtemps pour devenir une part de soi indissociable…

La terre et le ciel de moins en moins lourds ; la foulée légère lorsque la juste inclinaison de la pente a été trouvée…

L’instant et la contemplation parfaitement incorporée ; le regard et le geste de plus en plus affranchis de ce qui anime habituellement la chair…

 

 

Le vent – droit dans les yeux…

L’être et le rire – traversés…

Retrouvé(s) à l’intérieur…

Et cet Amour pour tout – pour soi ; l’Autre devenant, peu à peu, autre chose qu’étranger ; invisible d’abord – horizon lointain et périphérie ensuite – puis, de plus en plus proche – jusqu’à se transformer en élément central de son intime trinité* ; inséparable – en somme – ce qui semble séparé…

* Corps – cœur – esprit

 

 

Un grand cri vers le ciel – comme une prière violente – né de ce qui a creusé la chair et l’âme – de ce qui a percé l’épaisseur et pénétré l’espace ; la voix, en réalité, s’adressant à elle-même ; du silence au silence – à travers toutes nos incompréhensions – à travers toutes nos résistances…

 

*

 

Sur le sang séché des mortels ; ce que furent nos (pauvres) vies…

De fausses promesses – des pas qui traînent sur la pierre ; ce qu’emportent les oiseaux en prenant leur envol ; et ce qu’ils abandonnent à ceux qui sont privés d’ailes…

Des rives gorgées de peines et d’ennuis – comme tous les cœurs – comme toutes les âmes…

L’aube jamais atteinte ; peut-être – le plus pitoyable des rêves…

 

 

La surprise des cimes – inversée(s)…

Ce qui jalonne nos existences ; un pied déjà de l’autre côté du monde…

L’âme capable de sentir le vent – où qu’elle se trouve – sans jamais défaillir…

Ce qui voit – ce qui respire – malgré les miroirs et l’étouffement…

De la neige au-dessus de l’abîme au fond duquel on ne sépare jamais les vivants et les morts pour que leur œil et leurs os – ensemble – soutiennent le ciel trop bas…

 

 

Jamais de souvenirs – trop passés – trop intacts – trop douloureux (sans doute) – comme la pointe d’une dague qui s’enfonce dans la chair…

Blessures semées – sous le désenchantement…

L’Autre – monde ou amour – nous poignardant sournoisement – dans un long râle silencieux – malgré les fleurs et les visages accorts et souriants…

Derrière les murs d’une demeure abandonnée – notre veille d’avant-garde et nos pensées empreintes de mélancolie…

Les fantômes – tous les fantômes – qui nous habitent…

Entre le bagne et la folie – notre préférence (évidente – sacrilège sans doute) pour l’oubli – pour l’évaporation – pour l’effacement ; pour cette rive sans mémoire où l’esprit peut côtoyer le silence et les Dieux – tous les esprits affranchis du temps…

 

 

En chemin – le jeu qui se déploie…

Sans règne – sans légende…

Ce qui nous émeut ; ce qui nous étreint et nous dépossède…

Cette chose – en soi – commune à toutes les existences…

Ce qui passe – sans rien établir – sans rien régenter…

Un monde où tout s’invente à chaque instant…

Le souffle – l’élan et l’immensité – simultanément…

 

 

Ce que nous devinons de l’être ; comme un pressentiment ; cette (indispensable) présence – au cœur du monde – au fil des malheurs – au gré des circonstances…

Ce qui arrive ; et ce qui nous revient…

Quelque part – qui que l’on soit…

La surface devenant cercle – puis, sphère – puis, silence…

Au centre du royaume ; l’ardeur et l’immobilité – l’infini et l’éternité ; notre essence la plus intime…

 

 

Libéré des profondeurs élémentaires – de ces terres subalternes où s’exhibent (où aiment s’exhiber) le tapage et l’orgueil ; la religiosité des croyants – affables mais sans tendresse – amènes mais sans Amour…

Au-delà du désir de Dieu – au-delà des ambitions et des tractations simoniaques…

Le plus simple ; le ciel – en plein cœur – dans sa parfaite nudité…

 

 

Ce que nul ne sait – le plus secret – l’intimité de l’être – en chaque pierre – en chaque plante – en chaque bête – en chaque homme ; que l’on apprend, peu à peu, à découvrir en explorant l’espace qui nous habite et qui nous relie au reste (à tout le reste) ; l’infini qui nous porte et qui nous déploie – l’infini que nous portons et que nous déployons…

 

*

 

Instants de fête – sans cesse – parmi les arbres – à contempler le ciel ancien – aussi beau aujourd’hui qu’hier…

Sur toute sa longueur – cette fabuleuse (re)découverte…

Nous-même(s) – nous rencontrant à nouveau…

Des racines communes profondes alors que sur le sol règne la différence – ce à quoi les yeux s’attachent – ce à quoi les yeux se bornent…

Très en deçà des travaux invisibles – très en deçà de la trame qui s’étend à perte de vue…

 

 

Sur la même courbe que les étoiles ; le temps et la lumière…

A l’abri des obscénités…

Le langage dénudé et silencieux…

Au-delà de la science qui songe – au-delà de la science qui invente trop chichement ; et qui progresse à petits pas…

Ici – plutôt de grandes enjambées qui s’étonnent de ce déploiement – de cet infini vivant qui occupe la terre et le ciel – les corps et les âmes…

Rien qui n’échappe à l’invisible – à l’ineffable – partout présent – occupé à toutes les tâches malgré les refus et les résistances – malgré la bêtise et l’ignorance qui règnent à la surface…

 

 

Contre la (fausse) complexité couronnée (un peu partout) et l’uniformité maladive ; contre la célérité que l’on encense ; contre la raideur et la docilité (infantile) des âmes ; contre l’horizontalité trop radicale du monde ; ce que l’on propose ; ce qui s’avance naturellement ; le vagabondage et l’agenouillement – la lenteur et la simplicité – la couleur singulière des visages ; le fabuleux (et mystérieux) flottement de l’esprit parmi les choses…

 

 

Le constat enjoué de la vacance ; cette résistance aux savoirs officiels – inutiles…

Comme une oasis dans cette confusion permanente du jour et de la parole ; comme si l’on pouvait éduquer les hommes – enseigner la lumière – satisfaire tous les désirs – défendre tous les intérêts…

Rien que du bruit et des réserves d’ardeur…

Et cette fatigue qui, un jour, finit par nous terrasser…

La solitude et le silence ; de plus en plus éloigné(s)…

L’impossibilité de la corruption et du dévergondage…

Une croix à soustraire sur la longue liste des obstacles…

 

 

Ce qui apparaît avec le sourire ; le silence…

Au royaume commun ; la hiérarchie des visages – la hiérarchie des gestes et des choses…

Et le seul sanctuaire – en nous – à mesure que l’espace se libère…

De moins en moins de poids…

 

 

Livré(s) au monde et à la pesanteur – comme s’il était possible de vivre ainsi – condamné(s) à la multitude et à la gravité ; comme si l’immensité pouvait – à ce point – s'alourdir et se fractionner…

Soumis aux souffles qui emportent et congédient…

A vivre dans l’absence – en exil – à la périphérie…

Contraint(s) à l’incapacité d’aimer et à l’impossibilité du ciel…

Un ventre et une tête – à remplir de victuailles et d’agréments…

Et parfois – sans crier gare – l’envolée de la main et du langage – au-dessus des murs – dessinant des arabesques – un chemin ; un chant – une voix – un peu de poésie…

 

*

 

Quelques consolations échappées du grand sac ; le monde et tous les noms que nous lui donnons…

Peu (très peu – trop peu) d’étreintes innocentes – de sourires sages – d’or au creux de la main tendue…

Des bouches tordues par la fièvre et la faim – des mains qui s’affairent – qui se précipitent pour saisir un peu de matière ensoleillée – le seul présent, sans doute, qu’on leur fera jamais…

Des rêves – par millions – dans la grande nuit où tout sommeille – jusqu’aux passages – jusqu’aux envolées ; rien que des tentatives d’évasion…

 

 

Ce qui flotte – un peu timidement – entre nos lèvres et nos doigts ; cette transparence sur le monde ; une prière – un peu de lumière – pointées vers ceux qui se sentent coupables ; esclaves de leur esprit – des mailles piégeantes du labyrinthe ; mille mythes et autant de mensonges auxquels il faudrait se soustraire pour commencer à voir et à entendre…

Ce qui s’offre – sans répit – à ceux qui peuplent le centre de la maisonnée…

 

 

Rien que des ruses et des songes – au fond des têtes qui dansent jusqu'au crépuscule – sans nuit claire – sans lendemain qui chante…

Le cœur trop chaviré – l’âme trop embarrassée…

Ce qui se balance – aveugle à toute magie…

Vivant – sans jamais être là…

L’obscurité rayonnante qui allume ses feux sur tous les territoires propices…

Des têtes – toute une série de têtes – bruyantes et réfractaires à toute poésie – que l’on ne pourra (fort heureusement – fort malheureusement – qui peut savoir…) jamais rencontrer…

 

 

Mille rassemblements – en soi – s’approfondissant – goûtant la saveur des Autres – le silence vivant – au-delà du monde et du temps…

Passés – tous les désirs et toutes les attentes de fusion…

La lumière attirée par ce qu’elle offre ; le plus lumineux de la matière ; toutes nos ombres éclairées…

Ce qui – en chacun – est en mesure de fraterniser…

 

 

Que dire aux Autres qu’ils ne pourraient comprendre sans nous…

L’impossible équation à laquelle la tête offre mille fausses bonnes résolutions…

Le neuf – à tout âge – à tout instant ; à travers l’expérience du monde ; ce avec quoi il convient de se familiariser…

Cette suffisance à exister à l’écart des hommes…

A notre approche – toujours plus loin…

 

 

Cette ivresse face à l’étendue…

La sensation de l’immensité…

Ce que l’on épouse – ce que l'on épuise ; et ce en quoi nous nous transformons – au fil des ajouts et des soustractions…

Et ce qu’il reste à découvrir dans les replis du mystère…

L’irréductible essence derrière les apparences déguisées…

De moins en moins de choses – de près et de loin…

Et de bas en haut – tout entier s’enfonçant ; et s’élevant ; et s’effaçant ; le plongeon et l’aire de l’envol que l’on peaufine ; la disparition que l’on apprend, peu à peu, à façonner…

La terre et le ciel – dans le même espace – dans le même abîme ; ce qui ne cesse de nous échapper…

 

*

 

Là où la roue tourne – (très) fraternellement – en général…

Le temps fixé sur la pendule ; et les yeux posés sur le mouvement…

Comme écrasé(s) – en quelque sorte – à chaque heure – à chaque instant – au fil des jours qui passent ; le sillon toujours plus profond qui marque les existences et les visages…

La chair du monde sur laquelle tout s’imprime…

 

 

La mort – indifférente au poids de la tristesse – comme si quelque chose s’enfonçait dans l’âme ; la pointe de l’épée suspendue au-dessus de nos têtes…

Le jeu du temps sur les vivants aux expériences (plus ou moins) douloureuses – qui traversent la vie cahin-caha – entre le soleil et les larmes…

Le destin singulier qui se dessine ; ce qu’il nous faut, patiemment – laborieusement, expérimenter ; de bout en bout…

 

 

La lumière – sur la chair – rayonnante ; le fond de l’âme – illuminé…

Ce qui, peu à peu, émerge des profondeurs – du plus lointain sommeil…

Ce qui – au-dedans – se dresse pour respirer…

L’invisible – dans sa nécessité vivante…

L’herbe et l’aube – parallèlement…

La pierre et le Divin – à la même hauteur…

Et nous tous – à égalité (bien qu’à inégale distance du mystère)…

Ensemble – dans cette danse inépuisable – ici et ailleurs…

Inséparables – contrairement à ce que s'imaginent les hommes…

 

 

Auprès de l’arbre – couronné…

Entre soi et le triomphe…

Le silence sachant…

Le temps des fiançailles…

La danse sur le sentier déserté…

Quelque chose d’immense – comme une perte – un espace – une force – qui nous accompagne ; qui vagabonde dans nos pas…

 

 

Ce que l’on décide – ce que l’on institue – (presque) toujours en vain…

Ce qui s’édifie – sans douceur – à force de volonté ; la laideur qui, peu à peu, se dresse ; la laideur qui, peu à peu, se déploie et s’incarne…

Le monde ; dans sa trop grande crainte de se laisser porter – emporter – comme l’eau confiante qui suit les courants de la rivière et les reliefs de la terre – sans jamais se soucier ni du voyage – ni de la destination…

Comme les oiseaux qui laissent au ciel le soin d'inventer leur existence ; des traits – des chants – mille arabesques invisibles – que dessine l'univers…

Comme le vent et le mystère qui unissent leurs mouvements et leur pudeur à travers les circonstances ; ce qui se manifeste naturellement dans nos vies…

Si ignorants ; et à si bonne école pourtant…

 

 

Sous le grondement de la cascade – le visage rafraîchi…

A l’écart du monde – cette traversée…

Consacré (e) à ce qui s’invite – à ce qui a lieu…

Aussi loin des rêves que possible – aussi loin des Autres que possible – de toutes ces consolations qui ne cessent de corrompre le regard ; tous les gestes qui nourrissent l’espace et la lumière – toutes les prières qui célèbrent le silence et la source – dans tous les lieux du monde ; toujours au pas de notre porte…

 

*

 

Le seuil silencieux ; et les mains désunies…

Les récompenses de l’aube, soudain, avalées…

Tout qui se dérobe ; et ce que ronge le feu ; des restants de rêves…

L’imaginaire ; les vents déviant de leur trajectoire – échappant à l’inintention de la source…

La foi reprogrammée – à l’envers…

Le sens et la vérité – comme disqualifiés…

Rien que le vide et les gestes quotidiens ; cette présence sans posture…

 

 

Le sol et le soleil – indifférents – protecteurs – laissant le monde œuvrer à ses propres fins – sans intervenir – abandonnant les vies à ce qu’elles sont ; des actes (trop souvent) inutiles – des aventures presque jamais menées à terme – et qui, en définitive, finissent (dans le meilleur des cas) par se résumer à deux dates ; celle de la naissance et celle des funérailles ; et qu’importe ce que contient l’intervalle ; ce que l’on y met ; ce que l’on s’obstine à y mettre ; ce que l’on s’acharne à accomplir ; des choses et d’autres – un bric-à-brac – mille vétilles – en vérité…

Un parmi tant d’Autres ; comment cela pourrait-il compter…

Aussi nombreux que les pierres – aussi nombreux que les herbes et les feuilles des arbres qui tourbillonnent et s’entassent à l’automne…

De la matière merveilleuse et ignorante ; pas de quoi noter en lettres d’or la moindre ligne – le moindre mot – dans les annales du monde…

En marge de l’histoire ; notre (si bref) passage sur terre ; un tumulus et des excréments – ce que nous laissons tous – en somme…

 

 

L’âme – plus solitaire que la chair – sans aucun doute…

La première de l’intrigue ; à la suite de toutes les autres…

Quelque chose composé de mille choses ; et qui, assemblées, seraient plus nombreuses – et plus lumineuses – que les étoiles ; et aussi ardent(es) (bien sûr) que le feu qui brûle au fond du cœur de chacun…

 

 

Le destin – renouvelé – en apparence…

L’appel du silence – en secret…

L’âme amoureuse – la terre vibrante…

Entre sol et ciel – sans assaut…

L’élan de l’engagement par-dessous l’innocence…

Le sourire – le soleil salué – l’horizon soustrait ; le regard émerveillé…

La vie grandeur nature…

 

 

Des lieux sans préjudice ; comme si tout s’invitait (très) naturellement ; le jour – le regard – les circonstances…

A être – sans jamais imiter ; inégalable – en somme ; dans le plus parfait équilibre des forces…

Ce que l’on ne peut ni réfréner – ni subtiliser…

La terre – le ciel – le geste – sans propriétaire – sans propriété…

Le monde à portée du jeu ; comme si tout était dissoluble dans l’espace et le silence…

A peu près toujours – ce qui s’impose…

 

 

Ce qui est vécu – sans résistance…

Cette existence peuplée de choses et de réalité ; et son lot de gestes sans croyance…

Toute la force recentrée sur le destin…

Une forme de béatitude sur la pierre habitée…

Sans image – sans compensation ; le même statut que le soleil et la neige ; plus qu’un pacte – une alliance naturelle…

Le pas qui échappe au temps ; la nudité – sans caution – sans hypothèque – sans garantie…

La vie qui nous saisit et qui nous mène – ici et là – avec cette bonté un peu sauvage ; comme un jeu – comme une farce ; le tour du monde et du mystère – sans (réelle) importance…

 

*

 

Ici – face aux saisons passantes…

Le temps des mirages et des frissons…

Les jours hésitants…

Et le ciel au-dessus des rêves…

Impatient(s) – intranquille(s) – déraisonnable(s) ; si inquiet(s) devant l’espace – la ronde des possibilités – l’incessante métamorphose du monde – l’inconséquence du regard…

Homme(s) aux obscurs secrets…

 

 

Monstrueusement juvénile – cette humanité barbare…

Sous le moindre signe – derrière le moindre geste – le désir et la crainte du danger…

Les mains devant les yeux ou au-dessus de la tête pour échapper aux châtiments d’un ciel ignoré et à la lumière posée sur soi – vécue comme un doigt accusateur pointé sur le coupable…

Préférable notre sort – au fond de notre trou sombre ; la nuit si féroce qu’elle a envahi le crâne…

 

 

Sur cette mer aux vagues querelleuses – qui nous condamnent au désastre – au naufrage…

En déséquilibre – toujours proches de la chute – sur nos esquifs fragiles – inadaptés à la furie pélagique…

A notre échelle – l’immensité – l’infini peut-être – à moins que nous ne rêvions – à moins que nous n’inventions des histoires de grandeur – d’aventure – d’épopée ; en vérité – pas le moindre remous au fond de notre minuscule flaque de boue…

 

 

Sans savoir – assis là où le vent nous a posé…

Ému et étonné de nous retrouver sous la lumière et les frondaisons des grands arbres ; une partie du visage éclaboussée par la clarté et la joie ; et l’autre fascinée par l’ombre qui la guette – par l’ombre qui la ronge déjà…

Au milieu du chemin et des vents – entre le mystère et l’origine – cherchant, derrière les apparences, la délivrance – la disparition (dont nous ignorions, autrefois, l’étrange et parfaite parenté)…

 

 

Ici – aussi – ce qui surplombe le désastre…

D’un lieu à l’autre – la même calamité…

L’apparence de l’espace ; le vide rempli de choses – de désirs – d’interrogations…

Et ce qui est penché sur nous – l’œil attentif et le cœur attendri ; la main immense toujours prête à soulever l’âme au-dessus de ceux qui s’imaginent propriétaires de leur existence – de leur nom – du sol où sont posés leurs pieds…

Entre nos racines et la solitude ; le sens, sans doute, de cet accompagnement…

 

 

D’un bout à l’autre de l’étendue – cette traversée…

Tantôt secousse – tantôt caresse…

Dans l’épaisseur de la trame – pas à pas…

Le jour et le silence – au-dessus et entre les mailles…

Et ce qui monte – en nous – du fond des âges ; notre reconnaissance

 

 

A deviner – derrière les mouvements – les changements – les apparences – le maître d’œuvre du monde…

Ce qui anime – et transforme – l’invisible et la matière…

Ce couple inséparable – pieds au ciel et tête en bas – partout à son aise – trouvant au-dedans son assise…

Comme une présence – en couches successives et verticales – au cœur de ce qui ressemble tantôt à un chaos – tantôt à un néant ; l’espace des rencontres et des coïncidences – les cercles d’intersection entre les âmes – les visages et les choses…

Et le jeu entier – et tous les joueurs (bien sûr) – éclairé(s) par la tendresse qui, peu à peu, les envahit…

 

*

 

Adossé au rire des Dieux – à la force des titans – au discernement des sages ; lucide – puissant et joyeux – vivant à la rencontre du monde – sans crainte des circonstances – enchaînant les épreuves et les expériences…

De cette race qui ne s’offusque (presque) jamais de ce qui a lieu…

L’esquisse d’une figure projetée – sans hasard – vers une terre sans homme ; sur le point de quitter cette rive sans âme…

 

 

Le chaos de la tête prête au sacrifice…

L’inconscience de l’âme qui précipite le temps…

Ce qui échappe à la lumière…

L’ombre et la mort – main dans la main – imposant leurs forces – leurs intentions – leurs prérogatives…

Les puissances de destruction à l’œuvre – sans retenue – sans explication ; dans le juste prolongement des nécessités de l’origine…

 

 

Sur le sol noir – le vent qui cingle…

La neige oblique…

La blancheur accumulée ; ce qui dissimule, pour quelque temps, l’écume sombre du monde – les mille rebondissements inutiles de l’histoire…

Les yeux caressants ; et l’âme réfractaire…

L’esprit partagé entre l’acquiescement et la résistance – et, à sa suite, la main qui ne sait si elle doit agiter le sceptre ou brandir l’épée…

Un minuscule éclat de l’ensemble – à l’image de l’infini qui danse – tantôt à droite – tantôt à gauche – tantôt sur les pieds – tantôt sur les mains – créant ainsi une valse saccadée aux élans qui apparaissent contradictoires aux yeux trop naïfs…

 

 

Au bord du monde – près de soi – comme partout ailleurs – le sommeil et le mystère…

Affranchi de toutes les luttes – l’Amour…

La tendresse sans prix – offerte à celui qui la ressent…

Au-delà des yeux et des appartenances…

Ce qui se fond en nous ; sans doute – quelque chose de durable…

 

 

Hors du labyrinthe ; moins de rêves et plus de joie…

Dans la solitude qui nous entraîne loin des tromperies du monde…

Oscillant – sur le fil qui traverse les nuages – si près d’un ciel sans demande – serviable – tourné vers soi…

La même offrande – au fil du temps qui se ralentit – peu à peu ; sans plus jamais tourner autour inutilement…

 

 

Le désir éteint – l’horizon sans attrait…

Au service de l’espace – de ce qui apparaît…

Qu’importe les périls ; tout d’un seul tenant ; et le plus lointain qui, sans cesse, se rapproche…

Au centre – l’essentiel ; et le reste qui tourne – sur l’orbite habituelle des explorations…

Et à chaque expérience – et à chaque découverte – la fissure qui s’élargit – la fissure qui s’approfondit ; le vide qui se creuse – l’inutile qui s’érode – qui s’émousse…

Ainsi – sans doute – apparaît (et croît) la lumière…

 

 

La main posée sur l’ultime frontière qui sépare le bleu du reste – la joie de la peur – le familier de l’utopie…

De la même couleur ; l’âme – le ciel et la main…

Un léger frémissement dans le silence – la tête inclinée qui se courbe davantage face à la puissance du réel ; une gratitude – une révérence – plus marquées au contact de la vérité qui s’incarne et s’enfonce à mesure que nous comprenons…

 

*

 

A la dimension appropriée ; l’esprit – l’œil – la perspective ; sans hésitation (selon la situation et la sensibilité)…

A l’instar des ailes ; inexistantes – embryonnaires – repliées – déployées (selon le contexte et les possibilités)…

Sans cécité – la conscience – parfaitement adaptée à la créature et au territoire…

 

 

Désarmé – silencieusement…

La page maculée d’encre – de sueur – de sang – de semence ; comme le monde imprimé avec la parole ; la substance des mortels qui se mêle à l'invisible et au silence ; à l'essence des Dieux…

Des mots sombres pour assouvir la soif…

Un cri – comme le hurlement de tous ceux qui vivent…

Comment la langue pourrait-elle faire office de pain ; comme si un mince bandage pouvait guérir d’une amputation ; nous aider à surmonter cette si étrange infirmité à vivre…

 

 

Immense – comme l’oiseau sans cruauté dont le chant scande le passage du temps…

Le monde-soleil sous ses ailes protectrices…

Et les saisons clouées à l’arbre docile…

Comme quelque chose de l’eau dans l’air ; une sorte de transmutation à moins que la magie du regard n'ait opéré…

Dans un autre monde que celui dans lequel (sur)vivent les hommes…

Et nos bras mutiques – et notre langue inerte – face à la beauté fougueuse de la terre et à ses alliances déroutantes avec le ciel fertile…

Partout – le même silence ; partout – le même secret…

 

 

Tant que dureront les tentatives – le brouillon de nos vies – il n’y aura d’engagement suffisant ; pour se révéler pleinement – l’être ne peut souffrir la demi-mesure…

A la frilosité ne répondra jamais qu’un monde en demi-teinte ; un entre-deux ni (vraiment) agréable – ni (vraiment) déplaisant ; une posture incapable de rapprocher les bords de l’abîme dans lequel nous vivons ; quelque chose, peut-être, de la vie – de l’homme – si provisoires – qui rêveraient de s’installer définitivement ; soulignant l’illusion de toute croyance – de tout pouvoir (apparent) – en mesure seulement de voiler notre incapacité et notre impuissance…

 

 

Claudiquant dans ce monde de fausse droiture…

Hésitant là où d’Autres semblent si assurés – si convaincus – si engagés…

L’incertitude parmi toutes ces âmes gorgées de croyances…

Exposé là où l’on s’évertue à dissimuler l’immontrable – l’impartageable – le plus ordinaire – le plus honteux peut-être (aux yeux des hommes)…

A courir contre le temps – comme si l’on avait la moindre possibilité de gagner cette course (truquée – et perdue d’avance) – comme si l’on ignorait que l’immobilité révèle l’espace – et guide l’ardeur (inévitable) vers les gestes les plus essentiels…

La présence plutôt que la gesticulation…

Le respect plutôt que l’asservissement…

L’infini au-dedans – davantage (bien davantage) que l’envol défaillant…

 

 

Attaché au même labeur que l’arbre…

Entre terre et ciel – sous la lumière qui s’offre à chacun (d’une égale manière)…

Au cœur de cette nuit qui corrompt toute compagnie…

Seul(s) – parmi d’Autres (quelques-uns) qui se dressent, eux aussi, sur le socle (incontournable) des racines communes…

 

*

 

Le corps rompu – si humblement – si docilement…

Ventre à terre ; et presque déjà un vestige vivant…

Sous une lumière sale ; et sur un sol ensanglanté…

Le sort des bêtes…

Et nos larmes qui coulent – comme celles des arbres rouges – témoins de toutes ces atrocités…

 

 

La tête nue – pesant moins qu’un sifflement – valant moins qu’une veille féconde…

A éclabousser vainement le ciel de ses paroles – de ses crachats…

Mieux vaudrait contempler en silence – se laisser guider par la blessure – laisser les vents décider de l’itinéraire – caresser l’incertitude – au lieu de traverser le monde – boursouflé d’orgueil et d’assurance…

Moins sérieuse – moins solennelle – devrait être notre manière de vivre…

 

 

La beauté compacte – discrète – intérieure – invisible – sous une apparence triviale – presque grossière – si commune – si ordinaire…

La couronne portée au-dedans de la tête – pour soi et l’écrin du monde – pour rayonner modestement – en simple reflet de la lumière…

L’Amour jeté en bras ouverts…

L’âme comme un antre délicat – sensible et bienveillant…

La solitude et l’oubli – comme la seule ossature nécessaire pour que le ciel et les vents puissent la parer de ce qu’ils ont de plus haut…

Transmué en pierre des sommets – en quelque sorte ; en point d’intersection des rencontres – en centre des cercles secrets et anonymes…

Imperceptible avant d’apparaître – en amont du noir et des flamboyances du monde…

Et porté (bien sûr) par la main du plus secourable…

 

 

Autour du point – de la cime – jour après jour – depuis le sous-sol…

La tendresse encore (très) insulaire qui ignore ce qui circule à la périphérie ; le centre entièrement occupé à se déployer…

La conscience – comme une fleur immense qui s’épanouit à mesure que s’intensifie la lumière…

 

 

La vigilance originelle…

Sans être vue – présente…

Discrète – glissant sur tous les yeux…

Vécue depuis l’intérieur…

Sans autre justification que celle d’être là…

Nécessaire autant aux âmes qu’au monde…

Entité à deux faces – que l’on peut habiter – et refléter – simultanément ; l’Amour et la lumière…

 

 

Comme une eau verticale – qui remonte le lit de la rivière – de l’océan à la source – à travers mille péripéties ; ni vraiment parcours – ni vraiment voyage – le cycle (tous les cycles) familier(s) ; et toutes les possibilités expressives et de transformation (de manière simultanée)…

Comme si cela signifiait ; n’ayez crainte de vivre ce qui s’offre ; qui que vous soyez – où que vous soyez – où que vous alliez – vous êtes aussi cela…

L’invisible et la matière – sculpture vivante dont l’existence et le monde ne représentent qu’une infime parcelle…

 

 

Le seul passage ; que l’on cherche (toujours) en vain ; et qui apparaît – et qui s’offre – le moment venu ; lorsque disparaît toute volonté d’échapper à ce qui est – à ce que nous sommes ; à partir de cet acquiescement – tout s’ouvre – comme le prolongement de l’offrande perpétuelle qui, selon les cas, se répète ou se transforme…

 

*

 

A genoux – face aux danses inutiles…

Les prières balancées – à la hâte – à la chaîne ; et qui s’entassent sous la même étoile…

Le visage fébrile…

La désespérance au fond de l’âme…

Là où nous vivons…

Les yeux ouverts sur tant d’embarrassement(s)…

Solitaire ; et un peu à l’écart (bien sûr)…

Ce lieu qu’il faut, sans cesse, réinventer pour échapper à la foule…

 

 

La nuit si gigantesque pour nous autres – lilliputiens…

Comme une persécution ; une sorte de malédiction que le destin, sans cesse, prolonge (sans doute – à dessein)…

A humer, au loin, l’air frais de la liberté…

A suivre des yeux la courbe déclinante du jour…

L’obscurité grandissante ; et l’asphyxie programmée…

Et ne restera bientôt plus que ce que l’on ramasse à la pelle pour l’enfouir ou le jeter un peu plus bas…

 

 

Les mots hurlants – brandis (inutilement) contre le monde…

Comme retranché dans son innocence…

Veillant sur le feu et l’assaut des questionnements…

Ni bavardage – ni (fausse) vérité philosophique…

La traversée et l’éloignement des pas…

Ce qui nous sépare (de plus en plus) des hommes…

A l’abri du collectif et des fausses raisons…

L’insupportable qui se transforme – peu à peu ; et qui invite le silence à s’approcher ; et que l’on reçoit comme un vertige – une caresse – une glissade – pour couper court à toute forme de protestation…

 

 

La nuit incertaine – plus fragile qu’on ne l’imagine…

Des passages – au bas de l’espace – cachés aux yeux trop hautains ; déserts – l’essentiel du temps – car nul ne peut s’y aventurer sans engagement…

Une fuite irrépressible – bien davantage que la recherche d’un répit – offre l’élan nécessaire ; le courage de s’enfoncer, la tête la première, dans un étroit conduit qui, aux yeux des hommes, semble interminable (et dont la longueur varie selon la distance qui nous sépare du jour – de la lumière – du plein ciel)…

Pas de quoi effaroucher les plus obstinés – ceux qui, à mesure du franchissement, se sentent pousser des ailes…

 

 

D’abord – en soi – la jubilation…

La certitude de l’être…

Le désert et la tendresse – (absolument) manifestes…

Ce qui ne s’offre – et ce qui ne se reçoit – que dans une parfaite solitude…

Comme un chant né des profondeurs du labyrinthe – capable de survoler les murs – de traverser le monde – de répondre à toutes les interrogations – de répandre partout ses promesses ; les délices de la source…

Un peu d’air – un vent rafraîchissant ; de l’eau (enfin) pour étancher sa soif…

Le seul geste possible ; celui qu’imposent les nécessités de l’âme et les circonstances ; qu’importe ce qui advient ; l’obéissance impérieuse et impériale ; ce qui fait de nous des serviteurs souverains – des instruments prompts et joyeux entre les mains (vigoureuses et déterminées) du mystère…

 

*

 

Par-delà les murs – les monts – la mort – la mer…

Ce qu’il y a ici – exactement – ni plus ni moins – le monde – et cette étrange folie entre les tempes qui invente des rêves – des barreaux et des labyrinthes – des mythes et des horizons – et autant d’au-delà que d’œils qui regardent…

Ce songe – cette voix – ce cri – que nous sommes ; où que nous soyons…

 

 

Aux marges des suppositions – derrière la clôture inamovible – la fatigue et les moqueries – le désir assassin passé – les yeux qui se hissent – péniblement – au-dessus des instincts et des besoins organiques…

L’attention qui redouble malgré l’éloignement des hommes ; l’inconnu qui se dévoile – sans doute – sans méprise – sans lendemain…

Le geste-cœur qui, peu à peu, s’ouvre et s’émerveille ; et l’âme à genoux – ruisselante de larmes et de joie…

 

 

Ce que l’on frôle ; le goût des Autres…

Les secrets du monde – des choses en vrac – sans (réelle) importance…

Ce qui soutient les rêves…

Et le cœur qui se pince à l’énoncé de tous les noms ; l’esprit et les mains qui s’agitent…

La perte et l’abîme – comme un vertige ; la douleur de n’être que cela…

La laideur des hommes – la rudesse des cœurs et l’âpreté des malheurs…

Comme si nous n’étions pas (totalement) de ce monde – pas seulement de la matière vivante…

 

 

Le ciel né de la source – née du regard…

L’infini qui jamais ne dit son nom…

La plainte du vent dans les frondaisons…

Au pied de l’arbre – le visage et la neige…

La tendresse et la joie malgré les blessures ; la présence des hommes à quelques encablures de la forêt…

L’aube naissante dans l’âme de toutes les bêtes…

 

 

L’heure inaperçue – comme l’oiseau – l’océan et le passage…

La main invisible qui nous relève…

Tout ce qui œuvre derrière – et à travers – les apparences…

Ce qui nous fait arpenter la terre et le ciel – ce qui semble nous manquer ; et dont nous sommes riches, pourtant – sans le savoir, jusqu'à profusion…

Ce qui était installé là bien avant nous – depuis toujours – sans aucun doute – et qui s’offre à mesure que nous nous engageons – à mesure que nous nous pénétrons…

 

 

Sans intervenir – la roche et le vent…

Le soleil et le monde – heureux de leurs retrouvailles…

La tendresse éprouvée – au cœur même de la pesanteur…

Ce qui nous enveloppe sans nous alourdir…

Le labeur de la lumière au fond de l’obscurité ; et le noir (espiègle) au milieu de la clarté…

De moins en moins vite – en goûtant la saveur (inégalable) du quotidien…

Ce à quoi nous nous consacrons – chaque jour – à chaque instant…

Ce qui porte l’âme et le corps ; et ce qui anime les gestes (tous les gestes) ; l’esprit sans mémoire ; l’espace d’avant l’artifice…

Ce qui se vit – en silence – l’Amour – la joie – la liberté ; sans jamais feindre ce qui n’est pas…

Sans doute – un peu au-delà de la (simple) tentative d’exister…

 

 

A moins résister – le jeu s’accroît…

La terre, peu à peu, remplace le bitume ; et les arbres, le béton…

Moins de tête(s) et moins d’espoir ; la respiration plus ample – plus libre ; et le ciel (dans sa nudité) perçu dans l’expérience…

L’âme (simplement) accolée à la lumière – ivre de sa propre solitude (presque saoule) – et qui s’affirme sans rien endommager – sans offenser personne ; à l’écart (bien sûr) de ce qui s’agite et de ce qui se pense…

 

*

 

Parmi les hommes – dressé contre leurs flèches et leurs murailles – résistant sans haine – les mains ouvertes à leur folie ; pendant trop de siècles (sûrement)…

Puis, un jour – las de ce labeur – l'éloignement du monde – d'une manière radicale – comme une évidence ; comme basculé de l’autre côté – là où la tendresse et le silence peuvent faire oublier la haine et l’épouvante…

Là où la voix répond au temps passé – au temps volé – au temps où la nuit recouvrait notre visage…

Comme une douleur qui écartelait nos lèvres…

Et la vaine attente de la lumière – depuis trop longtemps…

Si semblable autrefois à ceux qui piétinaient nos espoirs – à ceux qui brûlaient le fond de notre âme…

Rien que des larmes face à la férocité des dents…

Et, à présent, nous seul(s) – en héritage ; à se dépêtrer encore avec les battements de ce cœur vivant…

 

 

Comme des traces sur l’oubli…

Quelque chose de mortel qui refuserait l’évidence…

Des mains qui s’agrippent – une voix qui crie – ce que nous dessinons sur la cendre et le sable – des ongles contre la roche…

Le sang et la sueur séchés sur le sol…

La poitrine ouverte devant le désastre ; et tous les Dieux de la terre…

Sur l’autel érigé à notre effigie…

Ce qui advient avec le temps désacralisé de la mort – l’abîme au fond duquel nul ne sera jeté…

 

 

Par excès de gravité – la tristesse…

Le ciel étreint – la terre abandonnée…

L’innocence – sans compensation…

Ce qui n’a l’air de rien ; et pourtant…

 

 

A reculons – comme le soir qui se couche ; l’enfance qui s’efface…

A même la lumière – l’égalité (aisément accessible – autrement dit)…

Le lent défilé des jours – imperturbable ; et nous – infirme(s) – emporté(s)…

A des allures différentes – selon l’intensité de la soif ; chacun à sa manière…

 

 

Nous – d’épreuve en épreuve – sur notre axe…

Les croyances qui s’estompent à mesure que s’affermit l’emprise du réel…

Des lieux – des choses et d’autres ; avec tout l’attirail et le déguisement nécessaires – selon les offices et la tournure du monde…

Des couleurs provisoires – malgré notre attachement – malgré notre insistance à demeurer…

Des orages et des angoisses avant de franchir le seuil de l’immensité…

L’espace qui dissout tous les rêves…

 

 

Les promesses du monde ; mille tâches à réaliser…

Des ombres qui s’agitent – sur le sol – contre les murs…

Une collection de choses – à découvrir ; mille trésors à amasser…

Ce que d’Autres délaissent – mettant à profit le passage du temps ; s’abandonnant, en quelque sorte, à une forme (involontaire) de sagesse…

Face à l’agonie des beaux jours…

La courbe des promesses qui, peu à peu, s’arrondit ; et hors cadre – une nouvelle pente qui se dessine – aux éclats saillants – aux gouffres vertigineux – aux cimes lointaines...

Une manière de s'affranchir de la tiédeur des élans et de ces chapelets de prières sans ardeur…

Une manière d'échapper à la torpeur et à la nuit que les gestes des hommes ensemencent ; aux existences frileuses – à l'abri derrière leurs barrières – portées davantage à l'agrément – au confort – à la villégiature qu'au voyage et à la résolution du mystère ;

 

*

 

Les jeux du monde – si reconnaissables…

De la fatigue et du sommeil – ignorés du ciel…

Et cette étrange cécité qui nous accapare…

Mille fois vécus ; mille fois dévoré(s)…

Trop de morts ; et, sans doute, pas assez de joie…

Et toutes ces faces de brute qui nous dévisagent…

 

 

Tandis que l’on amasse – mille choses ; des objets – des idées – des titres – des honneurs – les couteaux continuent de meurtrir la chair des arbres et des bêtes ; tout ce dont nous avons besoin pour nous remplir la panse au coin du feu…

L’homme ancien – si insensible – qu’il y a, entre son cœur et le nôtre, une vaste étendue – un abîme (apparemment) impossible à franchir…

 

 

Le vent qui balaye la honte et les regrets – les manquements et les impossibilités…

Toute notre histoire – comme de la neige grise sous le soleil…

Poussé(s) ici et là – vers quelques légendes – vers quelques mirages…

La grande ivresse du rêve…

Les yeux fermés sur toutes les illusions…

Puis, un jour, (presque) sans raison – se mettre à pleurer sous la pluie – devant son miroir – devant l'indifférence du monde – la mort qui s’approche…

 

 

La terre et l’aube – ensemble – dans notre ardeur – notre joie et notre chagrin…

Où que l’on soit – où que l’on aille – guère dépaysé (il faut bien le dire)…

Dieu, parfois, attrapé dans nos prières ; mais encore trop éloigné(es) du cœur…

L’immensité – en nous – (presque) inerte – (presque) inutile – pour les mille choses à faire – pour tous les gestes quotidiens...

L'existence telle que se l'imagine l'homme ordinaire…

 

 

Le cœur chantant – au milieu du monde installé dans ses habitudes ; le sommeil et le rêve auxquels les hommes se cramponnent ; les seules choses, peut-être, qui apaisent les tourments (incessants) de la tête…

Pas une prière – le reflet (joyeux) de la joie…

Le provisoire et l’incertitude – comme seules réponses à demain – comme seules réponses au temps qui passe – au temps inventé…

 

 

A l’envers de la pierre – la parole gravée ; pareille au silence et aux horizons lointains…

Le verbe greffé au-dedans de la chair ; la matière vivante…

Le potentiel de l’espace et de la source – dissimulé en chacun…

L’innocence qui coule comme les insultes et l’angoisse glissaient autrefois dans la gorge et les veines…

Une fête – un banquet – auxquels nous sommes (tous) conviés…

Le monde dégagé de tout devoir – de toute responsabilité…

Seul(s) – face au miroir…

Le ciel – en soi ; le vide vivant malgré l’absence apparente…

 

 

Quelque part – là où la douleur entre en jeu…

Comme l’eau et le pas – qui creusent leur ornière – leur sillon…

L’espace déformé – replié – comme roulé en boule face aux assauts du monde ; face au règne du piétinement et du poing levé…

Ce que l’on blesse – par le même chemin…

Et cette fosse au fond de laquelle tout finit, un jour, par être jeté ; un réceptacle incroyable – en vérité – où tout se métamorphose – où tout est retourné…

 

*

 

La vie – en soi – ravie du monde qui se raconte – et qui, parfois, se révèle…

D’une histoire à l’autre – au-dedans de la chair – frémissante…

Sans doute – plus réelle que le temps…

La longue caresse des jours sur notre impatience…

Le front enflammé ; le cœur comme un brasier ; et l’âme qui se consume…

Et l’espace vide au lever du jour ; pas une seule âme – pas un visage – seulement un sourire sur des lèvres qui n’appartiennent à personne…

 

 

Longtemps après la mort – le chant qui monte – très lentement – d’un ciel à l’autre – du plus inventé au plus réel ; comme un pont entre deux invisibles…

L’immensité assise ; et le rythme qui la remplit…

De l’ombre à la joie – en enjambant tous les inventaires…

Comme les pieds campés sur les deux rives à la fois…

 

 

Le Divin sur nos épaules tombantes – comme un rappel à l’ordre invisible du monde…

Pas un fardeau ; le poids du réel…

Ce que la tête – trop souvent – oublie sous son étoile ; l’espoir comme un vertige…

La proie du rêve…

Le lieu de l’aveuglement et de la cécité ; quelque chose des ténèbres…

Soumis au tumulte et à la glissade du temps…

La mémoire plutôt que la lucidité – l’intention plutôt que le vent…

L’ombre du silence sur le visage ; les yeux fermés ; l’esprit assoupi ; l’existence comme un songe qui s'éternise…

 

 

Parfois – sur le chemin – sans oser – comme si l’horizon et la perspective nous intimidaient…

Assis – en désespoir de cause – incapable de faire un pas supplémentaire…

Quelque chose – en soi – d’inerte…

Et tout qui se referme – malgré les alentours ouverts…

Comme une pierre sur nos possibilités…

Un barrage dans l’âme et la chair – les mains sur les yeux – le sang qui se fige…

La crainte – comme une muraille derrière laquelle on se recroqueville…

 

 

Seul – devant la forfaiture du monde…

Ce qui nous entoure – par intermittence…

L’âme tantôt exaltée – tantôt accablée – au gré de ce qui nous épargne – au gré de ce qui nous assaille…

Le ciel responsable du souffle – des haltes et des élans…

L’expérience de Dieu sans la prière…

Sur la feuille – ce qui est convoqué et que l’on mêle à la substance des choses que la vie intrique et emboîte ; le grand puzzle de la matière que la main de l’invisible, sans cesse, achève et redéfait ; le vide qui, à la surface – à la périphérie – se transforme…

 

 

L’œil sans besoin…

Et cette ardeur qui s’enfonce dans l’absence…

L’œuvre vaine du monde – comme le cri des vivants qui souffrent et qui meurent – sans (jamais) se faire entendre…

Et ce qui reste – sans cesse – transformé – faisant (et refaisant) indéfiniment le tour de l'âme – sans omettre un seul recoin…

Maudit(s) et miraculé(s) – en somme…

 

*

 

Ce que l’aube accueille ; et ce qu’elle permet…

L’exigence affûtée – comme un silex inépuisable…

Nulle place pour les frileux et les frivoles ; tous ceux qui refusent d’étreindre le tombeau…

Qu’importe l’âge et le temps – pourvu que notre course serpente, à travers l’existence et le monde, entre la mort – le sommeil et la vérité…

Ainsi peut-on s’élancer – sans rien espérer – ni l’accomplissement – ni la certitude d’être accueilli…

 

 

Des choses – mille choses – devant la nudité…

Ce qui porte l’âme devant le jour…

Sans rien à parfaire – l’alliance déjà conclue…

Seul(s) – au milieu de l’Amour…

Et tous les seuils – devant nous – comme si nous étions l’horizon et le pas…

Le visage ravi ; et cette joie visible depuis les lieux les plus lointains ; les yeux (amoureusement) posés sur ce qui passe…

 

 

La route – comme un chant – un cœur blessé – une âme avalée par la nuit…

La pierre qui, peu à peu, s’incarne ; au creux de la main – la terre…

Ce qui, cahin-caha, nous rapproche de l’émerveillement…

Avec un peu de tristesse pour ce qui a été laissé de côté – pour ce qui n’a réussi à se hisser…

 

 

Dans la chair – l’éloge de la mort – déjà…

La glorieuse destruction – si vivante – en soi...

La matière – comme un peu de Divin malaxé – sans autre stigmate que le souffle et le sang…

A hauteur de toutes les intentions…

Et partout – et toujours – la possibilité de la lumière…

 

 

Soi – enserré par ce qui existe ; le prolongement du vide – en vérité…

Toutes les choses – sans en oublier une seule…

L’ensemble du royaume ; ce qui est, à la fois, accolé et emboîté – et (totalement) changeant…

Le grand entremêlement du monde – malgré le règne (irrécusable) de la vacuité…

 

 

L’absence – là où rien n’existe – subsiste le ciel…

L’espace auquel rien ne peut être ôté ; l’espace auquel rien ne peut être ajouté – malgré les désirs et les prières – malgré les manques et la colère…

Seulement – un peu d’air balayé par les vents…

Et pourtant – le plus haut de soi ; et le plus profond des choses…

Comme un équilibre précaire et éternel – inamovible et changeant ; cette si singulière manière de vivre – à la frontière entre l’invisible et la matière – entre l’infini et l’individualité…

Sans doute – la plus grande des bénédictions…

 

 

Ici – sans subir ; l’insistance des choses sur un fond de ciel…

L’essentiel de la terre ; ce que l’on ne pourrait (bien sûr) confondre avec l’indigence…

La tête et la main – (juste) au-dessus des joutes…

Ce qui s’offre – à travers les paysages…

Nous – incorporé(s) au monde ; et le monde incorporé au(x) corps ; toutes les manières de nous enfanter – de perpétuer, ici et là, le règne de la matière…

Et pourtant, sans doute – encore, au bord inférieur de l’invisible ; et, sans doute – encore, à la périphérie de la lumière…

Et ce (très) long chemin qu’il (nous) reste à accomplir…

 

*

 

L’étendue bleue – le regard nu – la chair audacieuse ; l’enfance (parfaitement) à son aise…

Sur la pierre ; et (pourtant) affranchi…

L’Amour et le silence – amoureusement entremêlés…

La liberté – comme les ailes de l’oiseau ; une façon d’échapper à la gravité…

Les yeux comme deux soleils ; et la main trempée dans la tendresse…

Des mots pour exprimer l’essence et la nécessité ; une façon d’accompagner la soif ; et le labeur de la source…

Dieu jamais en devanture ; mais mille accès à défricher dans toutes les arrière-cours…

 

 

A voix haute – et les yeux apparemment ouverts ; le sommeil des pénitents – à grandes enjambées vers le ciel – le printemps ; l’ombre inventée derrière la frontière…

Et (presque) toujours – de hauts murs pour obscurcir la vue – et exacerber l’imaginaire…

Des journées à genoux pour récolter les fruits de la terre et amadouer l’inconnu – le maître des destins…

Le monde – immodeste et impuissant – dans toutes ses œuvres terrestres…

 

 

A la lisière du temps – l’éternité qui affleure…

A l’orée du monde – là où nous habitons…

A la même latitude que tous les Autres ; à la même latitude que le néant…

Le désir – l’absence et la pesanteur…

Comme une douleur infime et (absolument) vertigineuse…

L’œil envoûté par ce qu’il pénètre…

Le ciel et la tendresse – à peine – entrevus – à l’intérieur…

Et la nécessité d’affronter la mort ; à l’aube naissante – sur nos joues mouillées…

 

 

La grimace silencieuse devant la pierre ensanglantée – les faces rubicondes et renfrognées ; le monde tel qu’on le voit…

A l’instar des bêtes exterminées…

Et, au-dedans, la colère qui cherche un point d’appui ; mais tout s’effrite – tout s’effondre ; ne reste que la source souriante – cet acquiescement auquel il faut consentir – derrière lequel il faut se ranger…

 

 

Sur le rêve – comme si nous voguions au milieu des nuages…

Au-dedans – l’imaginaire cotonneux…

Et au-delà – l’espace – l’infini – le réel abrupt – la pierre tranchante – la pente où l’on glisse – le soleil et la lumière – là où la plupart des hôtes hésitent – trébuchent et tombent…

La tête encore (trop) sagement posée sur l’oreiller…

 

 

Quelque chose que l’on porte ; qu’il faut étreindre…

Notre propre Amour auquel on aurait lâché la bride ; et qui rend amoureux de tout ce qu’il touche ; et, lorsqu’il atteint le regard, de toutes les choses sur lesquelles se posent les yeux…

Sans rien chercher ; rien (absolument rien) qui n’échappe…

 

 

A polir le miroir de l’immensité pour y contempler (plus finement) son visage…

Ce qu’emportent l’errance et l’oubli…

Les choses parcourues que l’on éprouve…

La vie – ce que l’on est – la seule offrande nécessaire pour communier…

 

*

 

Devant la tombe – à contempler l’étendue…

Ce qui s’immisce entre les dates ; et l’élargissement (inévitable) de l’intervalle ; ce qui le précède et ce qui le suit…

Comme un vertige – un éclatement du cœur – la possibilité qui se distend jusqu’aux extrémités du temps – au-delà de ce qui le précède et de ce qui le suit…

Une destruction – un anéantissement – comme un suspens dont l’instant serait l’un des reflets (accessible à l’homme)…

Et voir ainsi tous les visages et toutes les choses vivantes du monde – dans leur itinéraire complet – dans leur ascension verticale exhaustive – d’un bout à l’autre de l’immensité ; de l’origine à l’origine ; et dont le point de retournement serait le centre…

 

 

Le verbe descendu de ses (vaines) barricades – abandonnant tout combat – toute revendication – tout intégrisme – au profit d’une distance – d’un rire – d’une légèreté – en dépit de l’abondance – en dépit de la prolifération des mots…

Le désordre et l’exubérance (parfaitement) consentis…

Oubliant le secret ; et la clé du coffre où il a été enfermé…

Défait le cri des sombres jours pour une danse (authentique – extatique) avec l’écume – portée à son point d’intensité maximal qui donne à la densité des allures d’étoile et de vent…

Le ciel dans la chair ; et le soleil dans la plume qui virevolte au milieu de ce qui joue avec nous…

Comme une pierre sur laquelle auraient poussé des ailes et des yeux…

Et ces chaînes qui, autrefois, entravaient la vie et la joie, donnent, à présent, le rythme aux pas…

Partout – la musique – les vagues et l’immensité ; le sort du monde qui tournoie entre nos mains joyeuses ; le sacre simultané de la fête et du silence…

 

 

Le ciel descendu – au-dessus de notre enfermement…

Comme un plongeon en nous-même(s) – un saut dans la contemplation…

L’immensité dans nos mains prisonnières…

Yeux dans les yeux – face à l’étendue bleue…

Le prolongement de la courbe entre le dehors et le dedans…

Le seul passage – la seule traversée – possibles – à pas lents – à travers tous les chemins et tous les horizons – disloqués…

Le seuil de la fin au-delà duquel tout continue ou recommence…

 

 

La seule demeure – le seul repos ; au creux de ce ciel que nous abritons…

Là où s’originent le silence et le monde ; là où l’espérance et le temps relèvent (réellement) de l’ineptie…

Quelque chose d’indestructible malgré la matière en (perpétuelle) transformation…

L’existence – la vraie vie – sans aucun pourquoi…

 

 

La création sans régence – sans gouvernement…

Les choses éparpillées – en vrac – qui s’agencent – sans maître – sans la moindre autorité ; le règne (absolu) du désordre et de la multitude qui – naturellement – s’organisent…

La nécessité à l’œuvre sous l’apparence du chaos…

Ce qui se dessine – et évolue – dans l’espace et le temps (tels que les connaissent – et les appréhendent – les hommes)…

De cercle en cercle – tout passe – tout arrive – tout disparaît ; et tout revient (tout finit par revenir)…

Un monde sans frontière – seul occupant de son royaume ; et le silence – visité ou non – habité ou non – toujours contemplatif ; un œil sans orgueil – teinté de tendresse (et parfois même d’admiration) pour le déroulement (miraculeux) du spectacle…

 

*

 

Sous le ciel ancestral du monde – bêtes et hommes – ensemble – les uns contre les autres – dans toutes les postures imaginables…

Peau et poils – pieds et pattes – à s’user les dents contre l’os et la pierre…

Ongles et griffes dans les mêmes empreintes – dans les mêmes anfractuosités…

L’enfance (assez) cruelle de la terre…

 

 

L’errance silencieuse – de plus en plus…

Sans poids – sans vitrine…

Un rôle – un seul – celui de figurant parmi les arbres et les feuilles – en compagnie des pierres et de quelques poètes…

L’âme joyeuse et solitaire ; le front et les yeux plantés au milieu du bleu et du brouillard…

L’hiver – à toute heure – tous les jours – en toute saison – sans mur – dans l’amitié de ceux qui croissent et fleurissent – de ceux qui jouent et se réjouissent…

L’éternité – au bout de chaque instant…

Et cette joie – inépuisable – comme une flamme au fond de la prunelle…

 

 

Au-dessus de la tête – les malheurs et l’invisible…

Le labeur (méconnu) de l’Amour et du temps…

Ce qui arrive – au nom de la terre et du ciel – sans le moindre éblouissement…

La trace des Autres par-dessus les nôtres…

Ce qui s’installe – ce qui importe ; le jeu et la transformation des couleurs – puis, la métamorphose (irrépressible – inévitable) du regard…

Le déploiement de l’oubli – seul gage (sans doute) pour pardonner toutes ces maladresses – toutes ces atrocités…

Sans même attendre le renversement de l’aventure – le sens du voyage – le chemin à rebours – cette trajectoire (terriblement) asymétrique – fiévreuse – errante – discursive – jusqu’au point originel…

Notre simple présence – humble et discrète…

 

 

L’espièglerie du silence ; et la bonté des profondeurs – présentes au cœur du monde – créant tous ces bruits de surface (plus ou moins attrayants) auxquels nous nous empressons de donner un sens…

Manière de se satisfaire des premières découvertes – au risque de détourner de la fouille les plus paresseux – les moins exigeants…

Au-delà de l’encouragement – la présence du ciel dans les choses ; et dans les désirs et les instincts des vivants ; la marque de la tendresse dans le chaos ; une part de l’origine au cœur de tout ce qui existe…

 

 

A vivre – humblement – sans volonté – sans promesse – au fil de ce qu’offrent les jours…

D’un cercle à l’autre – sans la moindre restriction – selon le cours (immuable) des choses – les cycles de l’invisible et de la matière qui transcendent toutes les frontières…

Ensemble – pénétré(s) et pénétrant – habité(s) et habitant – expérimenté(s) et expérimentant – goûté(s) et goûtant ; le vivant – (toujours) entre rêve et réalité – passant d’un royaume à l’autre…

Notre œuvre – peut-être – pour l’éternité…

 

 

Au milieu des Autres – de la douleur ; la solitude et la joie – convoquées…

Sans acharnement à vivre – ce qui, sans cesse, nous prépare à la destruction – au vide – au recommencement – auxquels il faut s’abandonner – sans espoir de chasser le trouble…

Le lent (le très lent) labeur de la familiarisation…

 

*

 

A notre aise – dans cette simplicité – ce désordre – ces éclats de chair et de silence…

Des échos du monde qu’écoute le corps…

La réalité sans les mots ; mille couleurs…

Comme une enfance sans visage…

Des danses solitaires – joyeuses – inépuisables…

Notre peau contre celle des arbres – tatouées par le soleil et le vent…

Un sol sans rail – la terre inconnue – à arpenter – le pas et l’imprévu – ce que le jour nous réserve…

Nomade ; pas voyageur…

A explorer les cercles au-delà du petit carré des rêves…

Ce que l’on est ; et ce que l’on peut aimer – au-delà de notre existence apparente…

 

 

Sur la ligne verticale – imprécise – qui serpente au milieu de personne – au lieu des recoins sombres (et surpeuplés) où l’on s’éternise pendant des siècles…

Toujours recomposé – défait et recomposé – fait de bric et de broc – un peu de terre et de vent – la figure de l’abandon ; et celle (bien sûr) du saltimbanque…

Présent – occupé à quelques tâches quotidiennes – qu’importe l'intensité de la lumière – les gouttes de pluie et les étoiles qui tournent au-dessus des têtes…

Le règne de l’authenticité ; et de ce lieu (comme de tout lieu) – les pas nécessaires…

Sans ami – sans trahison – sans pacte ni cœur à briser…

Dans les traces de la solitude précédente – très largement élargie…

Le séant posé sur la pierre – la tête au milieu des feuillages – sous le ciel acquiesçant – approbateur ; aux mains du jour qui se lève…

 

 

Divisé – malgré le jour et l’innocence (intermittente)…

Épais comme le pelage des bêtes…

Compagnon de jeu des autres jouets…

L’humilité sereine ; les lèvres souriantes ; et les yeux grands ouverts sur le monde et la mort…

Sans la moindre terreur devant la croix (celle que l'on porte autant que celle qui verticalise le regard et l'au-delà)…

Un rire (étrange) – du genou posé à la main tendue…

Le visage éclairé par l’œil du dessus…

Sur un chemin – n’importe lequel ; sur sa pente – sans que rien – jamais – ne s’y oppose…

 

 

Comme une course (incessante) dans l’âme et le sang ; et qui s’exporte au-dehors ; et qui contamine tous les gestes – tous les pas…

Si pressé(s) d’arriver ailleurs – en un autre lieu – quelque part – sans raison (véritable) ; simplement mu(s) par le mouvement intrinsèque des choses – de tout ce qui existe (dont la nature ontologique est d’aller)…

Une lutte – un peu inepte – contre le temps et la finitude – cette (apparente) échéance – ce terme dont nous ne savons (à peu près) rien…

Et cette existence – comme toutes les existences – soumise à la fuite et à l’effleurement – une débandade triste – insignifiante – superficielle…

 

 

La soif journalière – suscitée par le souvenir (inconscient) de l’apaisement initial ; quelque chose qui s’offre (comme le reste) à ceux capables de le recevoir…

La joie qui se dessine – en silence – à travers les gestes quotidiens…

Les pas – comme les lignes à écrire – à la manière d’une fête…

La célébration (naturelle) de ce qui – en nous – réussit (à chaque instant) à s’affranchir du sommeil…

 

*

 

Le rire qui ébranle la menace ; et le maléfice…

Jusqu’à la pointe du cœur – cette vibration…

Le parfum d’un autre monde ; le ciel posé devant nous…

La poitrine – si longtemps oppressée – qui respire enfin…

Moins (beaucoup moins) de soupirs et d’égarements ; comme gagné par l’indifférence au froid qui, autrefois, nous terrassait…

Les paupières soulevées ; les lèvres disjointes…

Moins grave (beaucoup moins grave) – face à ce qui se présente…

Une manière (très) involontaire de rendre hommage à l’invisible – à la douceur – à l’humilité ; à toutes les circonstances qui nous secouent et qui, en définitive, nous guérissent…

 

 

La pierre ronde – face au monde – comme une roche roulée en boule – imperméable aux assauts – parfaitement autonome ; davantage que l’arbre qui nous contemple – incapable d’échapper à la scie des hommes ; davantage que les bêtes soumises à la faim des Autres…

Comme la neige qui se pose délicatement – et qui disparaît discrètement ; ainsi se révèle notre séjour parmi tous ces visages – la figure magnanime et rayonnante – mais les lèvres closes…

 

 

Une parole – quelques paroles – au milieu des fleurs…

D’un langage à l’autre ; une offrande des Dieux…

Et ce que l’on tait pour respecter le pacte passé avec le silence – (très) joyeusement…

Au pied d’un arbre – la tête posée contre le tronc – amoureusement…

La main sur la pierre – caressante…

Et cette saveur de terre qu’ont les mots que l’on mâche – (très) longuement…

En ce lieu – le verbe ; et notre (lente) métamorphose…

 

 

Le ciel – contre la peau – comme appuyé…

Une longue traînée de cendre – derrière nous…

Un regard par-dessus l’épaule ; une sorte d’étonnement…

Au loin – le pays des rêves – là où l’on meurt d’indifférence – sans parole – sans silence – sans Amour – seul(s) – totalement seul(s) – au milieu des yeux fermés – au milieu des yeux occupés ailleurs ou qui se détournent…

Et au-dedans – le vent et le chant – les seuls apôtres du vide qui prônent (bien sûr) l’extrême simplicité – l’affranchissement des dogmes – des contraires et des contradictions (apparentes) – pour goûter la liberté – sur la pierre – au milieu du monde qui s’en fout…

Personne ; et nulle part – les seules conditions (peut-être) pour survivre en toutes circonstances…

 

 

Peu (très peu) de choses nécessaires – en vérité…

Malgré l’abondance du monde – la nuit souveraine ; et le jour agenouillé ; la chair putréfiée – et entassée ; que l’on recouvre d’un peu de terre – de quelques symboles et de quelques prières – sans rien savoir de la mort…

Et de notre vivant – l’indifférence des yeux – l’indifférence du cœur – mille mains qui s’affairent à remplir tous les sacs que l’on porte en bandoulière…

La terre et l’existence tristes et traversées ; au milieu de la rage – de la bêtise – de la cruauté – de ceux qui vivent – leur intérêt en tête…

Un désastre collectif qui angoisse et rassure les visages mouillés de sueur et de larmes ; et tous les ventres que l’on engrosse ; et qui grossissent ; et qui enfantent ; et qui perpétuent le malheur et la calamité du monde…

En terrain déjà conquis ; déjà épuisé(s) – encore endormi(s) – et s’ensommeillant toujours davantage ; ravi(s) – s’extasiant des quelques tourbillons réalisés à l’envers du ciel ; de ces mille vétilles – de ces mille niaiseries – qui viennent enlaidir – et absurdifier (plus encore) – ces rives déjà hideuses et insensées…

 

 

A trop se frotter au ciel – les ailes déchirées…

Sur le sol-repère – le lieu du corps…

Sur le sable ; et sous les astres – dans cet ordre-là ; pas une romance (jamais une romance) ; le monde comme nécessité…

Pas la vie secrète ; les gestes quotidiens et les pieds sur le chemin….

Parmi les fleurs – les arbres – les bêtes…

L’argile comme seul horizon ; et le reste ; le silence – le regard – la joie – l’immensité – offerts sans que jamais n’interviennent ni le désir – ni la volonté…

Ce qui se déroule – naturellement ; à travers les circonstances – le destin…

 

 

Les yeux couleur de lune…

Les fenêtres du monde grandes ouvertes…

L’espace du mystère – ce que l’on aperçoit…

La dislocation des lignes et de la raison…

La lueur – en soi – grossissante ; promesse d’élans – d’enlacements et d’étreintes…

Ce qui se cache dans les replis du poème ; et qui se déploie avec la lumière – avec le temps et l’attention nécessaire…

Homme ; et ce qu’il y a par-dessus et par-dessous – tout autour et au-dedans – l’invisible et ce qu’il porte ; en soi – le plus universel et le plus singulier…

L’espace fécond – le jour et la solitude – sans les Autres – sans la mesquinerie – sans le moindre traquenard…

Dans la voix – comme un chant qui déborde – qui longe l’enfance – de bout en bout ; de l’origine jusqu’à la peur ; et de la peur jusqu’au retour (non triomphal) à la source…

 

*

 

Ce qui précède l’enfance et le chemin pour la retrouver…

Cette période magique où la source était la multitude assemblée et unie ; un monde de regard et d’Amour…

Un seul jour – interminable…

Au cœur du silence et de la lumière…

La vie ouverte et contemplative…

Des mouvements naturels – comme une danse – une fête…

Quelque chose que nos têtes ont oublié (ou n’ont jamais su) et dont nos cœurs se souviennent…

 

 

Juste à côté du monde – pas si loin du reste – l’espace – des oiseaux de passage – cette étrange invitation au voyage – quelque chose d’un chemin qu’il faudrait emprunter les yeux fermés – le cœur confiant – les mains dans les poches ; les pas aussi légers que l’air – sans un mot – sans le désir d’arriver quelque part – de découvrir un autre monde – de s’installer sur une rive enchantée…

Une porte dans la nuit – un seuil (seulement) qu’il faudrait franchir…

 

 

La tête balancée en arrière – comme abandonnée…

Sous la lumière qui attise la soif ; et donne aux pas leur ardeur…

Dans la poitrine – trop d’étoiles désuètes – de chiens qui aboient et de fenêtres fermées…

D’épreuve en épreuve ; et y jetant toutes nos forces – le poing (presque) toujours brandi…

Et ce passé, à présent, qu’il faut abandonner…

Et ce sommeil dont il faut s’extirper…

De plus en plus solitaire ; et de plus en plus incompris (bien sûr)…

 

 

Au cœur de la tempête – l’ardeur aiguisée – les yeux au milieu des pierres et des bêtes…

Derrière la lutte apparente – l’évidence de la beauté…

L’infini – porteur (comme le reste – comme tout le reste) d’instincts sous-jacents et familiers…

Quelques ondes – quelques vagues – au pays des cercles et des carrés…

Sur l’axe vertical – une mystique simple et établie ; loin (très loin) de ce qui semble humain et raisonnable…

Comme une oasis de joie au milieu de la douleur ; une tête au-dessus des eaux ; le soleil au fond des yeux – sans rien décider – sans rien implorer – sans rien enseigner…

En retrait – comme rangé parmi ce que l’on ne peut voir – parmi ce que l’on peut, parfois, deviner…

 

 

N’être que cela ; la vie – les choses – la poésie…

Ce qui ressemble à un visage ; les lèvres rouges – les lèvres closes…

Au milieu des rires ; au milieu des pleurs inaudibles des bêtes…

Dans cette lumière – dans ce silence – dans cet Amour – qui s’offrent – se livrent – se partagent – inlassablement…

Le cœur – à la pointe de l’offrande ; et la main guidée (et soutenue) par celle d’un plus grand que soi – invisible – inconnu – d’une manière si naturelle – si spontanée…

L’infime et l’infini – comme entremêlés ; et convertis en chair et en âme ; l’incarnation d’un possible…

Entre le sol et le ciel – ce qui se déroule ; le métier de l’homme ; cette tâche si ardue…

 

*

 

La vérité – dans les mains – à chaque geste naturel – précis – involontaire – comme les vagues sur l’océan…

Qu’importe le vent – qu’importe les rives – allant là où l’on est mené – allant là où il faut aller…

Que le soleil prie en silence – que le brouillard forme un mur infranchissable…

Emporté(s) – sans résistance – au-delà des grilles formées par les ombres dormantes – tirant sur la grosse chaîne dont nous ne sentons plus le poids…

 

 

Le monde qui œuvre sans jamais s’arrêter…

Et nous – en nous ; la (rude et nécessaire) besogne ; cette chose chargée de terre qu’il faut rendre à la raison pour enjamber l’intelligence mensongère (cette intelligence discriminante et dolosive) au profit d’une perspective sans hiérarchie où le jour vaut la nuit – où la peine vaut la joie…

L’incessant labeur du rassemblement et de la réconciliation ; des parcelles de matière et d’esprit à réunir ; et à unifier…

Qu’importe le temps – qu’importe l’abîme ; l’action du feu et de la mort – nécessaire à la disparition et au rapprochement…

Ainsi vivons-nous – de moins en moins étranger(s) au reste – de moins en moins lointains (les uns par rapport aux Autres)…

 

 

A l’origine – la paix que le monde et le temps – à force d'instincts – à force d'habitudes – ont fini par flétrir (très largement)…

Des fleurs ; et parmi elles – comme jetés – des bouquets d’immondices…

Et au milieu de cette odeur de charogne qui plane au-dessus des luttes et des ébats – la matière rongée ; la terre qui nous dévore…

Et la plupart d’entre nous – les yeux fermés – encore soumis au rêve et au sommeil…

 

 

Le jour – pris à témoin…

Roulant sur sa pente…

Le vent initiant – et prolongeant – la chute…

Les feuilles noircies de signes…

Comme un (étrange) escalier vers l’exil…

Une manière d’aiguiser les angles – d’élargir les recoins ; et d’abattre (enfin) les murs inutiles…

Les deux pieds sur le seuil du reste ; à l’envers de l’espace – peut-être…

La poussière collée sous les semelles ; et la terre à la parole…

L’infini et la pierre – mêlant leur souffle et leurs racines…

Le ciel – dans le sang – qui délimite notre présence ; et nos possibilités…

Au milieu de l’étendue – au milieu de nulle part – entouré(s) de vide – sur nos frêles embarcations – à pagayer sans relâche vers les terres de l’enfance…

 

 

Le nez dans l’humus – les doigts humides de terre – accroupi – parmi les arbres – au milieu de la forêt – dans la compagnie des bêtes cachées dans les buissons…

Le cœur sauvage – de plus en plus…

Et l’âme fauve – tapie derrière la peau ; les entrailles comme de l’écume – de plus en plus légères…

La vie qui se façonne – à grand renfort de gestes…

Tous les horizons qui s’allongent et se verticalisent…

Et ce que l’on jette depuis les hauteurs – tous ces rêves périssables ; et la substance des hommes dont nous ne savons plus que faire…

La chair – en nous – qui chuchote – qui se défait – qui devient protolangage – qui s’initie à l’aube et au Divin ; comme une déflagration silencieuse dans l’espace ; cette manière (si singulière) de se hisser jusqu’à la disparition…

 

*

 

En longue procession – du premier au dernier jour – au milieu de la mort…

Et le léger balancement des ombres devant la fenêtre de l’enfance – irrémédiablement close…

Des murs – autour de soi – très haut (trop haut)…

Et un étroit chemin entre la tristesse et l’absence…

Quelques tremblements ; et le souffle qui manque à mesure que se rétrécit le passage…

Et notre chance à mesure que s’intériorise l’obéissance…

Ainsi – peut-être – jusqu’à l’ultime soupir…

 

 

Ce qu’il faut de tendresse et de consolation pour guérir de la proximité du monde et de l’écoulement du temps…

Cette porte ouverte – en soi – qui ouvre sur l’espace – qui livre à ce qui aime – à la source de la tendresse ; que nul autre ne peut offrir…

Jouet de tout – de tous – aux jours comptés – capable, en rejoignant le silence, de tout embrasser ; chaque chose et chaque visage…

Renaître et respirer – apprendre à vivre sans plus jamais s’écarter du vide – le cœur et les mains détachés du monde…

Ce que, sans cesse, la vie enseigne…

 

 

La couleur de nos gestes sans attente…

La réalité défaite du rêve…

Le défilé des saisons ; et l’âme affranchie des yeux des Autres…

Quelque chose – en nous – qui s’écarte…

La parole passagère ; et le cœur (toujours aussi) nomade…

Ce qui glisse – (très) lentement – vers le ciel ; comme la fleur qui éclot à force de lumière…

Sur la pierre – la vie (cette vie – notre vie) silencieuse…

 

 

D’une terre à l’autre – d’un Dieu à l’autre – sans fin – sans autre raison que celle d’aller – comme si, malgré nous, le secret (de la matière et de l'invisible) devait être percé…

A la manière d’un défi pour le profane qui s’entoure d’idoles et s’exerce à tous les rites nécessaires…

Pour chacun – le même voyage – à vrai dire…

Un seul pas jusqu’à ce que le vide apparaisse…

Le vertige et la liberté – au-dedans et au-dehors…

 

 

Devant le jour – agenouillé…

Le ciel à la place de l’absence…

L’inconnu dans la voix qui découvre l’inimaginable…

Et ce passé – des milliards d’années – qui pèse(nt) – (bien) moins lourd(s) que le silence…

La figure – (très) étroitement liée à l’éclat des couleurs…

Et tous les recoins du monde et de l’esprit qu’il (nous) reste à explorer…

 

 

Le besoin d’un Autre qui nous porte plus haut – plus loin – à l’intérieur ; comme un élan qui traverserait le monde et le froid – cette épaisseur apparente qui, parfois, nous heurte – nous bloque – nous repousse – jusqu'à ce que quelque chose – en nous – puisse façonner l'outil de pénétration nécessaire…

 

 

Derrière les bruits – le silence ; et la même chose – à travers eux…

Ce qui est accessible à l’attention pénétrante…

 

 

Plus humain que la bête – l’assassin ; celui qui ne vacille qu’en face de son propre reflet…

Et la plainte que l’on entend au loin – est-ce la peine du monde – est-ce la peine des âmes – qui nous voient souffrir et disparaître…

A qui – à quoi – ressemblons-nous – lorsque la voix – qui précède, toujours – de quelques mesures, la main traînante – se délivre de l’aveuglement…

 

*

 

A la dérobée – notre visage – l’infini passager…

A faire le tour – entre le monde et l’Amour – sans savoir où donner de la tête…

A se demander comment vivre et occuper le temps…

A mourir déjà sans avoir fait un seul pas…

 

 

Ici – le néant – comme ailleurs…

La terre à se partager – réduite au rang de territoire…

Le cœur avide et belliqueux – sombre – comme la couleur des chemins qu’il emprunte…

D’une rive à l’autre – la vie et le trépas…

Au cœur de la trame souple et mouvante ; quelque chose comme des nœuds ; des points d’attache…

Du sable sous la lumière – en apparence…

De la pierre et du vide ; ce que voient les hommes ; ce que pénètrent les Dieux…

Au ras du ciel – quelques étoiles – comme si la nuit n’existait pas – était une invention ancestrale (la première, peut-être, d’une interminable série)…

 

 

Là où l’écume est la plus haute…

Le monde – en soi – au seuil – livré à ses (étranges) aventures…

Et la parole – transportée d’un cercle à l’autre – sur un fil invisible qui serpente entre les âmes ; des mots chuchotés à toutes les oreilles inattentives ; une manière de guider les vivants vers la couleur et la lumière – de découvrir le relief et les profondeurs de la matière – et la beauté du chemin (bien sûr) sur lequel l’oubli, peu à peu, se glisse dans le pas…

 

 

A l’origine – le vide…

Et toutes les terres successives…

A la suite de la source – la lumière…

L’Absolu – le chant du désir…

Les pieds sur la pierre ; et la tête occupée à inventer – comme si nous n’avions que cela ; quelques gestes pour vivre – quelques rêves pour exister…

Et en deçà du songe – nos membres entravés – comme une excroissance (passablement mobile) du sol…

Lentement (très lentement) – vers l’immensité – la promesse des origines…

 

 

L’évidence de la lumière sur les débris et la poussière…

Une terre pleine d’ailes et d’alibis ; et le ciel – davantage qu’une image – le socle des jours…

Et cette manie de la parole pour témoigner de la moindre expérience…

Un langage – à coups de hache dans le réel ; quelques éclats – quelques reflets – que l’on assemble (très) maladroitement en miroir…

Et nos pieds nus écorchés par les ronces et la roche…

A porter sur nos épaules le reste du monde…

A aller (obstinément) d’un lieu à l’autre – au lieu d’attendre, ici, l’aube – immobile – paisiblement…

 

 

Disséminés – ici et là – les fleurs et les gestes nécessaires…

Rien qu’une détresse dans le cri que l’on pousse…

Rien qu’une promesse après la mort…

L’existence durant ; le poids de Dieu – si léger – presque imperceptible – sur l’âme…

Et à qui veut l’entendre – nous disons le miracle journalier – en dépit des apparences – sombres et trompeuses…

 

*

 

Ce que les mains recueillent ; davantage que la lumière…

L’Amour – jamais vaincu – jamais découragé…

Ce qui se cache dans les interstices…

Comme une brûlure ou un chagrin…

La joie éprise de la pauvreté ; et le rire qui s’entête contre ce cri qui a oublié le langage…

Ce qui se porte – au-delà de l’homme ; le ciel comme rendu à lui-même…

 

 

Des bourrasques dans les veines…

Tous les Dieux du soleil dans le sang…

Et de grands gestes pour célébrer le printemps…

Les deux yeux grands ouverts sur le monde pour attiser le feu et la tempête et regarder par la fenêtre le spectacle des ténèbres…

Des étincelles pour déchirer la nuit…

Et le cœur blessé pour échapper à l’assoupissement…

La vie – comme une fleur – un minuscule carré de terre – au centre de ce qui a l’apparence d’un néant…

L’âme épanouie – et compatissante – à l’exacte altitude – comme une fulgurance – une nécessité – une possibilité de rapprochement avec ce qui peuple notre intimité…

Ce qui – en soi – se retire ; ce qui fait, peut-être, que nous nous ressemblons…

 

 

Parmi les élans et les vagues…

Le vent et la respiration…

L’insaisissable et le temps confisqué…

Notre amitié pour ce qui s’inquiète et se laisse exposer – à la merci du monde et de la mort…

Cette fragilité que guide la lumière…

Notre dénuement ; et notre noblesse…

Ce rayonnement sans orgueil qui perce la matière – l’ignorance – l’épaisseur ; l’intelligence de la gangue et du mystère qu’elle protège…

 

4 septembre 2022

Carnet n°277 Au jour le jour

Décembre 2021

L’on vit comme l’on marche – comme l’on imagine…

Le bleu ou l’orage – en tête…

Le souffle court ou l’ardeur endurante…

Et l’on se tient face au monde comme face à la soif…

Effacé ou pétri de certitudes…

L’existence déchirée ou infamante…

Avec ou sans geôlier…

Et, sans doute, mille fragments d’existence en commun…

 

 

Le jour – naturellement – plus haut que le sol…

De l’autre côté du monde – la même bêtise – les mêmes croyances – la même inertie…

Ce que la foule insuffle ; son côtoiement trop assidu…

Et sur ces rives – d’autres couches – pour camoufler ce qui nous effraye – ce que l’on répugne à vivre ou à voir…

De hauts murs édifiés pour protéger – et qui encerclent – et qui enferment – en vérité ; qui forment un périmètre si étroit que le cœur s’asphyxie…

Tous les visages collés les uns aux autres – et séparés du reste – vouant une haine farouche à tout ce qui les importune – à tout ce qui les contrarie – menant une guerre incessante contre tout ce qui n’est pas eux…

Un simulacre d’existence ; des vies étouffées…

Un lieu – un espace – où quoi que l’on fasse – tout (ou à peu près) est cause et peine perdues…

 

 

Le ciel en face – démesuré

Et en soi – (bien) plus accessible…

Un sourire – comme un éclat de lumière offert à ce qui nous entoure…

Un baume pour le cœur des Autres – malmenés par le silence et la cruauté des bouches qui offensent – qui accusent – qui persiflent…

Notre manière de vivre la solitude – (très) fraternellement…

 

*

 

Face à la multitude comme face à la pluie – confronté à l’inévitable…

Avec quelque chose – en soi – de divisé ; la blessure ravivée et ce qui nous relie aux Autres…

Le monde et l’origine que l’on porte ; des chemins différents qui finissent par altérer l’apparente cohérence…

Une sorte d’éparpillement – entre le cri et la reconnaissance – entre l’effroi et l’appartenance…

Un va-et-vient – des allers et retours – un atermoiement permanent…

Et la gorge serrée par cette incapacité à choisir…

A la fois la pierre et la lune – ce qui nous rapproche et ce qui est lointain ; ce qui nous est commun et ce qui nous rend (si) singulier ; et le séant – et la main – partagés – condamnés à l’inconfort – comme l’âme qui s’est insuffisamment fouillée – parcourue – explorée – pour découvrir l’inclinaison naturelle qu’elle abrite – qui la caractérise ; le périmètre ou l’inconnu – la commodité ou l’aventure…

Et qu’importe, en vérité, vers quoi l’âme se tourne – qu’importe la pente empruntée – puisque tout demeure errance et incertitude ; le pas vagabond ou le pas cadenassé…

 

 

La nuit – en nous – renversée – et qui se répand dans nos anfractuosités – si dense – si épaisse – si intarissable – qu’elle parvient, très souvent, à recouvrir nos tertres et nos sommets (minuscules)…

Nous – submergés – devenant si sombres – si obscurs – indécelables au milieu de tout ce noir ; comme les figures emblématiques de ce qui nous a envahis – de ce dont nous sommes (substantiellement) constitués…

 

 

Sous l’ombre retournée – parfois – le miracle…

La lumière creusée par l’attente…

Comme un peu de ciel dans le monde et le regard…

Le silence et le merveilleux – abrités sous la pierre – qui, soudain, se révèlent…

Et notre vie – comme un chant (et un chemin) vers l’immensité ; avec, au fond du cœur – au fond de l’âme – toute la joie du monde malgré l’absence – malgré la solitude et le froid…

 

 

Ailleurs – hors de soi – impossible ; aussi inexistant que le monde…

Comme le temps fractionné…

Des secousses – sur la corde raide – vibrante…

La marche et la soif – ininterrompues…

Et le ciel, seul, pour nous éclairer…

 

 

Le cœur posé sur la pierre – au-dessus du visage…

L’air agonisant – ramassé…

Les genoux qui fléchissent…

Au sommet des possibles – au ras du sol…

L’humanité gisante – en vérité…

Avec au fond de l’âme – toutes les flèches décochées – retirées et réunies – préparées comme du petit bois pour le grand bûcher…

Sur la pente sans pourquoi…

L’esprit recentré sur l’essentiel ; la survie – le sursaut nécessaire pour échapper à l’indifférence et à la cruauté du monde – à toutes ses poussières froides…

Un tertre – une île – en soi – où l’on peut vivre indemne – à l’abri ; un lieu où il est possible de panser – et de guérir – toutes ses blessures…

 

 

Au cœur de tout – morcelé…

Entre la feuille et le vent – comme déporté…

Plus haut – parfois – vers le lieu où pointe hasardeusement le doigt…

Un nouveau monde – une nouvelle page – peut-être…

Notre errance – notre courage ; ce que craignent – et admirent – les Dieux ; ce qui leur est inaccessible ; le plus noble, sans doute, de la figure humaine…

Un dessin de l’évidence – (bien) davantage qu’une simple supposition ; ce qui nous porte et qui n’est, pourtant, perceptible qu’en filigrane…

 

*

 

La chair fumante…

De la lumière jetée – rayonnante…

Le cœur incandescent…

Ce qui brille au fond de l’œil…

Ce que le fond de l’âme éclaire…

Davantage qu’un chemin – l’invisible – sur son itinéraire…

La proximité du silence – de moins en moins nocturne…

Au creux de la main – le secret ; le geste qui s’impose…

Dans cette parfaite alliance avec les circonstances ; le cours inéluctable des choses…

 

 

Les yeux creusés par l’habitude – deux trous noirs aux paupières collées…

La bouche – une galerie bavarde – des mots comme l’on respire – des paroles en cascade – des traces de rien – le temps qu’il fait – le temps qui passe…

Une béance – à la place du cœur – encerclée de grilles…

L’âme inerte – exsangue – blafarde – comme égorgée à petit feu…

De l’écume et du néant – le sommeil en étendard – la figure millénaire de l’homme…

 

 

La voix rouge qui hurle en silence…

Comme un soleil – une source…

Les mots qui bondissent – qui rebondissent sur le monde – qui jamais ne s’enfoncent nulle part – qui jamais n’ensemencent la terre – les têtes – les cœurs ; qui heurtent (seulement) sans que l’on s’interroge ; et qui offrent (pourtant) la perpétuelle incertitude de l’essentiel – insaisissable…

Une route – comme un cri – qui nous traverse – sans laisser de trace…

 

 

Contre le vent – à hauteur de front – l’horizon transformé – le retour sur soi – les pas qui s’inversent…

Comme une évidence – la disparition…

La figure du plus haut qui (ré)apparaît…

Comme un élan – une respiration – taillés sur mesure…

Particule indistincte de l’infini – au croisement de tous les axes horizontaux et verticaux…

Immergé dans toutes les marges ; et réceptacle du centre invisible ; acteur et témoin du mouvement éternel – de cet incessant va-et-vient entre le vide et la manifestation…

 

 

Au cœur de ce qui s’étiole…

La succession des défaites – des absences – des effondrements…

L’éradication des remparts et des passages ; peu à peu transformés en étendue…

L’oubli des jours et de l’aveuglement – du labeur et des recherches insensées…

L’espace au lieu du monde et de l’attente…

Ce qui semble s’offrir aveuglément – en toute connaissance de cause – en vérité ; à l’intersection de l’offrande et du partage…

Tout disséminé dans l’attention et le pas…

A présent – le geste salutaire au lieu du rêve…

Le tarissement (progressif) du chemin – comme précipité vers sa fin…

 

 

La bouche muette – toutes les faces et tous les recoins dépliés…

La boucle des rêves et de la mort – redirigée – dégagée de l’abîme – orientée vers le ciel…

De plus en plus signifiant bien que le sens échappe encore – et comment pourrait-il ne pas (nous) échapper ? Simple chimère inventée…

La clarté et l’acquiescement ; l’entente singulière avec la totalité…

Ce qui surgit – ce qui vient – ce qui a lieu – offert au sourire – simplement…

 

*

 

Enfoui au centre – comme retiré – légèrement caché – sans doute – et recouvert de choses et d’autres – une sorte de bric-à-brac – mille futilités sans importance – de la matière et du temps façonnés avec patience…

Et aux lisières du silence – les saisons ; ce qui passe – fragile et assidu…

Le vent et l’éternité – le cercle, en soi, inamovible – cette pente irrégulière – parsemée de failles et d’aspérités – sur laquelle nous dialoguons tantôt avec l’Amour – tantôt avec la désespérance – seul(s) – toujours – bien entendu…

Le visage sévère et le cœur grave – à nous défaire de toutes les parures – de tous les objets superflus…

Toujours planté(s) devant la figure noire des malheurs ; et l’être, sans doute, sur le point de se retourner…

 

 

L’ombre et la parole – glissant ensemble – dans la fente formée par nos lèvres souriantes – silencieuses – sans renoncement – reconnaissables et reconnaissantes – comme subrepticement échappées du bavardage et des rencontres futiles – ces longs monologues qui portent à la tristesse et à la nostalgie…

Comme un besoin d’enfance ; un âge où le monde était (encore) rieur et enjoué – le terrain de jeu de nos attentes et de nos aventures ; l’espérance d’une lisibilité et d’une faim assouvie…

Le temps des communions naturelles – sans tractation – sans arrière-pensée ; le temps de la lumière et des alliances éternelles ; la franchise et la fraternité cousue à même le cœur – à même la peau…

Et cette innocence – trop précocement – trop douloureusement – recouverte par la corruption des promesses et des sentiments – qui, aujourd’hui – à nouveau, affleure – qui, aujourd’hui – à nouveau, émerge des profondeurs ; le cœur, sans doute, plus tendre et plus mature – bien qu’encore convalescent…

 

 

Le centre et les marges – soustraits…

Comme le temps – l’instant – ce que l’on énonce…

Sans le sens – dans l’intervalle…

Tout qui se désolidarise du rêve – la vie fragmentée…

Plus ni entrave – ni interruption…

Sans support – suspendu au-dessus du vide par on ne sait quoi…

Toute la magie du monde – en quelque sorte…

Une manière de renaître et d’échapper à toutes les déchirures…

 

 

Des lignes – du sol – la matière vivante de l’épreuve…

A la jonction du souffle et du silence…

L’alignement des mots et des pas…

La source intarissable à l’œuvre…

Ce qui produit le mouvement et, d’une certaine façon, l’accumulation…

Toutes les marches possibles et spontanées…

Une manière d’alimenter le rêve ; et d’y échapper…

Qu’importe ce que nous réalisons ; ne subsisteront que quelques biffures et, à terme – tôt ou tard, le vide et l’oubli…

 

 

Nous – façonné(s) dans cette matière dansante – l’invisible œuvrant à sa tâche – s’obstinant à sculpter la beauté dans le plus grossier – dans le plus insignifiant ; et, parfois même, dans l’indigne…

Sans étonnement – parachevant toutes les figures – essentielles et dérisoires…

Labeur sans préalable – sans conclusion ; ni sérieux – ni enfantin – seulement nécessaire…

Arbres – hommes – montagnes – amas de poussière apparents – qu’importe la durée et la profondeur – voués à scintiller et à trembler avant de disparaître…

 

*

 

L’émoi guérisseur – la vie vide et vivante – gigantesque – où le temps n’est qu’un bruit dérisoire ; quelques virgules dans le récit de l’infini en suspension…

Une voix (enfin) audible – pour soi – seulement – l’essentiel – hors du monde – évidemment – échappant aux règles – aux normes – aux conventions d’usage…

Humble – léger – dans le sens du vent ; la tête rentrée dans les épaules ; l’espace comme socle – comme ossature ; et la matière comme excroissance…

La terre assise au cœur de la vacuité…

Et l’âme devant ses grilles – s’éloignant ; avec le ciel dans nos bras…

 

 

Ce qui nous distingue – la respiration – notre manière de monter sur les toits – de faire fondre la neige – de refuser d’aligner passivement des chiffres en comptant les rêves et les étoiles…

Si dissemblables dans nos cages – face aux Autres – face à la tombe – face au miroir…

Chez certains – des fleurs dans les yeux et le cœur ailé – courageux – doué(s) de silence ; et chez d’autres – des siècles d’attente – le dos voûté – débordé(s) par le monde…

Et chez chacun – qu’on le veuille ou non – ce qu’il reste à vivre…

 

 

Le jeu du monde…

Trop oublieux des merveilles et du mystère ; de tout ce que l’on ne connaît pas…

Le rire – sans hypothèse – malgré l’ignorance et la pauvreté…

La lumière naissante – sans une seule ombre oubliée…

 

 

Par la fenêtre – le jour immobile…

A chaque heure – emporté plus loin…

Et, au fond de l’âme, cette candeur enfantine – l’interrogation qui ose s’exprimer autant sur le sens (et la prégnance) de l’obscurité que sur l’absence de traces autour de la source…

L’intarissable curiosité et l’insatiable faim pour la vérité – au-delà des histoires et des mythes inventés par les hommes…

Et ce jaillissement pour échapper aux murs – explorer le monde – le dehors – l’apparence de l’être – tous ses déguisements – en quelque sorte…

Les premiers pas sur le chemin ; ainsi, sans doute, commence le voyage…

 

 

Nous – réfractaire(s) – irréductible(s) – défenseur(s) acharné(s) des formes fragiles et violentées – silencieuses – inaptes à la parole articulée…

Avec elles – dans les interstices – face à l’âpreté du monde – face à l’hostilité de la terre – face à la cruelle imbécillité des hommes…

Ligne après ligne – pas après pas – pour toutes les peines infligées – pour toutes les douleurs éprouvées ; indéfectiblement solidaire(s)…

Du côté de ce que l’on broie – de ce que l’on arrache – de ce que l’on mutile ; sensibles à toutes les exactions et à tous les assassinats…

La beauté que l’on piétine et les instincts naturels que l’on écrase…

Le monde – ce tas de poussière – ce tas de misères – aveugle au point de se fier – et de s’en remettre – aux apparences – de ne jamais percevoir la lignée longitudinale des formes provisoires ; ce qu’elles étaient et ce qu’elles deviendront avant et après cette (courte) existence…

 

*

 

Sans souvenir – le jeu qui, chaque jour – à chaque instant, recommence…

Sans livre – sans règle – sans personne – sans image – sans hypothèse ; pour le seul défi d’exister – d’édifier et de détruire – de faire et de défaire…

Qu’importe le temps – les déguisements et les mises en scène – un pas après l’autre et les mains pour exécuter ; le geste et la foulée, sans cesse, renouvelés…

Qu’importe le ciel et la terre ; tout se ressemble – se rassemble – se différencie ; mille couleurs et mille mouvements ; l’enchevêtrement monstrueux qui, inlassablement, se redessine et se recompose – sous notre regard…

Et cette ardeur infatigable du côté du cœur…

Et ce souffle qui ne s’éteint qu’en apparence…

 

 

Au milieu des bois – au cœur de la roche – le pied agile – le pied posé sur le sol – comme un geste – une main sans sommeil…

La pluie qui transperce autant que la joie ; l’allégresse du corps vivant – vibrant – guidé par cet allant inépuisable et cette lumière qui éclaire depuis l’intérieur…

Solitude parfaite sous le ciel – au-dessus du monde – désespéré et désespérant – qui panse ses plaies et qui fourbit ses armes – qui se charge en illusions et en victuailles – qui s’est inventé de piteux champs de bataille et de funestes étendards – les yeux fermés – le cœur en hibernation – comme si la terre était un lieu essentiellement hostile – tragique – hivernal…

Un univers de crocs et d’oreillers – au milieu des Autres et sous des étoiles – inaccessibles – blessants – inventés…

La nuit dans l’âme ; et les mots – le poème – négligés – comme un passage fragile – un discret promontoire vers la lumière et l’immensité – l’une des rares choses, en ce monde, capables d’enjamber (ou de transformer) l’absence…

 

 

Fractionné(s) – en deçà du jour – comme un repli supplémentaire…

Réductible(s) à nos interstices – à ces failles-refuges au fond desquelles nous abritons nos têtes…

Le rêve – plus haut que le monde – et suspendu au temps – nous dérobant l’essentiel ; l’attention – condamnant le geste à l’inconscience et à la célérité…

Vivant aveuglément – séparé(s) du plus ouvert et, sans doute, du plus prometteur…

Comme au fond d’un trou rempli de nuit et d’excréments…

L’innocence froissée – et jetée avec le reste – dans la poussière…

 

 

Figurant(s) de l’histoire – au même titre que la hauteur…

Le décor de la douleur – l’indifférence de ce qui nous entoure – l’inconséquence de ce qui nous anime…

L’élan implacable – trop souvent – corrompu par la tête qui s’imagine ; l’instrument des Autres – de on ne sait qui – pour on ne sait quoi ; le jeu terrible comme un impératif qui cisaille – qui découpe – qui ampute…

Et nous – nous infirmisant – au fil des coups – au fil du temps…

L’impression – diffuse – et aberrante sans doute – de jours et de vies pour rien ; des yeux derrière des remparts – des cœurs claquemurés – des gestes étriqués – des existences sans envergure – sans perspective…

La multitude et l’étroitesse proliférantes ; et l’incessant labeur de la mort qui s’échine à interrompre – et à réinitialiser – notre inefficience – l’absurdité apparente et le cours des choses de ce monde si dérisoire…

 

 

La trace – comme repoussée – disparaissant avec la possibilité d’une réponse…

Le vide – obscurément – qui nous appelle…

Et ce qui s’achève avant d’être parvenu…

 

*

 

L’heure restreinte – rongée par la paresse et le sommeil…

Le corps – de la chair flasque – inerte – sans vigueur – comme si la nuit avait tout avalé – tout dissipé – jusqu’à la blessure – jusqu’à la possibilité des apparences…

Dans une boîte – sans bouger ; vivant ou mort (il conviendrait, sans doute, de se le demander)…

 

 

Le brouillard par l’embrasure…

Des rives – des naufragés ; ce qu’il faut de lumière pour voir l’opacité – jamais davantage…

Des plaies – des épées – disséminées un peu partout…

Ce que nous connaissons du monde ; le secret toujours aussi bien dissimulé…

A l’origine – peut-être – le refus de l’écume ; ce qui s’ouvre comme une porte – après les décombres et la confusion consommée…

L’abîme qui s’élargit ; et vers lequel tout est emporté ; mille courants qui charrient les choses et le temps écoulé…

Nous – dans le trou – tourbillonnant avec les images et les mots – quelques reliquats de pensées…

Chutant – disparaissant – devenant, pour ainsi dire, le vide et le vent qui s'y engouffre…

 

 

Tout tourne – instable…

Le vent – comme un bruit au fond de la mémoire…

Le parfum des Autres qui se répand…

Et ce sable dans les yeux ; et nos poèmes comme des mots orphelins – privés de sens – séparés du monde – séparés du reste – essayant de soulever la mort et les paupières pour secouer la terre et le sommeil…

Une danse – une imposture – peut-être…

L’oubli – jamais humilié par l’absence de souvenir…

A deux doigts de ce qui ressemble à un rêve…

 

 

La réponse obsidionale – la lignée repliée – le séant sur son siège – tertre – sommet – îlot des hauteurs – afin de braver la morgue fangeuse…

Le vide obscurément condamné – vilipendé – attaqué – comme si le rêve seyait davantage au monde créé par la tête…

Nous ici – et tous les Autres dans leur tranchée – tantôt en contre-haut – tantôt en contre-bas – selon les mouvements de la foule et les rotations de la terre…

 

 

Soi – rebutant – redoublant d’inefforts pour accueillir l’obscur – opposer au manque la tendresse nécessaire…

Clairement distincte du reste – la perspective au-delà des noms

Hostile et indifférent de prime abord…

Bienveillant – sans idéologie – sitôt la barrière des yeux franchie…

La cœur allègre et exposé…

Ni absence – ni compromis…

Quelque chose comme une authenticité et un surcroît ; et cet effacement qui donne le vertige…

Et la liberté qui s’est – naturellement – instinctivement – instituée comme principe premier…

Au-delà des « pour » et des « contre »…

Au-delà des chaînes – des grilles et des portes ouvertes…

Sans refus – acquiesçant à tout ; involontairement obéissant à ce qui s’impose (tant au-dehors qu’au-dedans)…

Jamais séparé – jamais divisé – jamais fracturé…

Accordé aux nécessités du monde…

Soi – l’Autre – les circonstances – les planètes et les étoiles – qu’importe l’alignement – pourvu que ce qui a lieu soit (totalement) accepté…

 

*

 

La vie dormante – l’âme assoupie – et le drame – tous les drames – tapis dans l’ombre – aux aguets – comme en embuscade…

De manière sidérante – la tournure du monde – ce qui se lève contre l’offense et le rire…

Le cœur secoué – et, à défaut, le sommeil quotidien…

Plus tard – jusqu’à la mort – cette existence inajournable…

 

 

La chair réajustée – comme ensoleillée ; comme collée au ciel tant elle semble radieuse et habitée…

L’errance joyeuse sur l’étendue ; les ombres, de part et d’autre des pas – inévitables quelle que soit la trajectoire…

A travers la fenêtre du temps inventé – la naïveté qui s’éloigne – au milieu des horloges et des tombes…

La porte ouverte – comme devant un étrange silence – un auditoire inattendu…

Le territoire du regard et l’ardeur des élans – au cœur de la même trame – le prolongement cyclique et permanent du point d’origine…

 

 

A en croire la terre – la seule prière possible – un interstice dans l’épaisseur…

La volonté libre – soumise aux circonstances – affranchie des pertes et des chemins glorieux…

Comme un irrépressible appel – un retournement de la pensée – un retour en soi…

Plus vaillant que le rêve – le geste vécu – le visage droit – le front sur la ligne de crête ; et ce chant singulier qui accompagne le jeu – tous les jeux – du monde…

La solitude et l’acquiescement – jusqu’à satiété…

 

 

Vie et langue vivantes – inconnues – (en partie) libérées de leurs fers – de l’héritage des Autres – de tous nos devanciers (illustres et anonymes)…

Et, pourtant, dans la continuité (malgré soi) de l’histoire du monde – de l’histoire de la prose et de la poésie ; et contaminé (à son insu) par l’époque contemporaine…

On n’échappe à rien d’extérieur – à l’air du temps – aux influences – aux courants invisibles – à la porosité ; mais en se laissant porter par les courants qui traversent l’âme – le corps et l’esprit – on se soustrait aux voies erronées et à la tromperie – à l’aberration de la volonté ; on suit ce pour quoi l’on est fait ; on obéit aux impératifs du monde et aux nécessités que l’on porte…

Ainsi jamais ne peut-on se tenir à distance de soi ; et devenir comme un étranger pour soi-même ; au contraire (bien au contraire) – on adhère (de plus en plus) parfaitement à son involontaire singularité…

Et cette « règle » vaut, bien sûr, autant pour l’écriture – le style littéraire – que pour l’existence et le mode de vie…

 

 

Étreint par les couleurs de l’automne – les vibrations de la pierre – le vent sur ses rails changeants…

Disparaissant dans la terre…

Le chemin pénétrant le corps…

Le sol comme un ciel ; le ciel comme le seul territoire possible…

L’infime à la rencontre de l’infini ; et l’infini s’installant à l’une de ses places singulières…

Rayonnant – qu’importe le jour et la lumière…

La nuit – cette part de nuit – inévitable – irréductible – acceptée et accueillie dans notre âme et nos bras ouverts…

Ainsi – peut-être – se vit – s’éprouve – s’expérimente – la traversée…

 

 

Le regard – vaste et précis – universel et singulier – mêlant le tout au plus simple – comme un surcroît de lucidité et de vertige…

Une hauteur sans indice – non mesurable ; et une force de pénétration de l’épaisseur ; une manière de pulvériser le lointain – de tout ramener au centre en coulées joyeuses – en ondes ensoleillées…

L’attente d’un murmure qui, soudain, éclate en silence – en paroles vibrantes – sans accalmie…

Comme un tour de passe-passe opéré par l’esprit suffisamment mature et expérimenté qui sait transmuter les malheurs et la gravité en allégresse et en liberté…

Avec – à l’intérieur – une provision de tendresse inépuisable…

 

 

Ce qui se décompose – et se reconstitue – naturellement…

A l’endroit de la résolution…

Sans revers – sans précaution – l’élan qui convient – comme une passerelle lancée au-dessus de l’abîme – le vide accueillant…

Et des poignées de terre jetées en l’air – comme des bataillons d’étoiles et de poussières d’or précipités dans la nuit…

Les yeux (grands) ouverts ; et la rubescence des lèvres – prêtes à embrasser…

Les mains et les bras – comme les outils de la fortune ; tendres – disponibles – hospitaliers…

A l’écart des enclos et des cages…

A l’écart des exactions et des écrasements…

Affranchi des restrictions et des assassinats…

Comme cette encre – fragile – provisoire – déposée sur la blancheur de la page ; à la manière d’un clin d’œil à l’immensité…

 

*

 

L’inexplicable – éprouvé – sans explication ; comme une explosion – un jaillissement – sans retenue – sans restriction…

La traversée époustouflante de la mort…

A mi-chemin – le cœur battant – le souffle court – prêt à défaillir…

Et ce corps de silence qui nous précède ; et ses voiles derrière nous qui nous donnent une allure de fantôme…

Trépassé – le temps d’un chant si court que l’instant suivant nous voilà entièrement baigné de lumière – aux marges du temps – sur ce territoire sans frontière…

 

 

La simplicité revisitée – perpétuelle…

La vie errante et interstitielle…

Solitaire – à tout le moins…

Quotidienne – comme les gestes – les pas – les pages…

Quelque chose de changeant et d’invariable…

Comme une descente paisible – un voyage chaotique – un écart – le franchissement d’une vaste étendue…

Le chemin (presque) toujours joyeux – qu’importe la clarté du jour – l’épaisseur du brouillard ou l'ampleur de la tempête…

Le rideau de la nuit entièrement tiré…

Entre le visage et l’infini ; la fin d’un songe – peut-être…

Plus que rien ; un jeu – la vérité (qui peut savoir?)…

 

 

Au pays de la voix – la parole humaine – le murmure comme un abîme – comme la dérive des étoiles et des continents…

Toute la prose du monde en rêve – en poésie…

Ce qui arrive – ce que l’on chuchote et qui ne se voit pas ; aussi grand que le mystère…

 

 

Parvenu jusqu’ici – à la surface de l’enveloppe…

Après mille secousses – sans relâche…

Le même savoir ingurgité – puis, dilapidé ; le même sommeil comme une chape de plomb…

Lentement – le souvenir – puis, la parole…

Ouvertement bavard – l’œil morne – (très) peu disposé à servir de réceptacle…

Tarissable – contrairement à la source – sans aucune prise directe sur elle – jusqu’à ce que le silence s’impose…

 

 

De l’autre côté du chemin – l’enfant qui porte l’homme – réfugié en lui…

La tête – comme de l’air brassé…

Un vent frais – un souffle si peu épais – porteur d’oubli et d’intégrité…

La hauteur et l’envergure dans le grain de la voix…

Une manière (assez) innocente de résister au temps ; le jeu du monde immergé si profondément que l’apparence semble sans importance…

Des jours sans rien dire – des jours sans personne…

 

 

La couleur exemplaire de ce qu’offre le retrait ; et de ce qu’il réanime…

L'âpreté et la persévérance – derrière la discrétion…

L’os atteint par la neige – en quelque sorte…

La réunion de la lumière et de l’obscurité…

Et les lèvres entrouvertes – à peine étonnées – livrant leur murmure – comme une poignée d’oiseaux lancés dans le ciel…

Une beauté sauvage – sans appel…

Une manière gracieuse d’habiter le sol ; toutes les hauteurs intégrées…

(Presque) aussi poétique et merveilleux que les habitants de la forêt…

 

*

 

Les portes fermées – les pas verrouillés dans la poussière ; plus qu’un destin – la terre maudite par les hommes et les Dieux…

L’air de rien face à l’abîme…

Un visage dans l’univers – infime – dérisoire…

Et la ronde des étoiles ; et cette dérive incertaine – d’un lieu à l’autre – et autant d’escales que de nulle part ; le voyage – tous les voyages – comme du vent – de l’air que l’on brasse – que l’on respire – qui nous emporte…

Le rêve des uns qui fait (presque) toujours le cauchemar des autres…

Et, passé un certain seuil de saturation, ce que l’on doit quitter ; l’aventure – la seule – qui s’impose…

Avec, peu à peu, un accroissement du souffle et un élargissement du passage – au-dedans-au-dehors – la différence qui s’amenuise…

La pente singulière de l’âme – enfin perçue – enfin découverte – enfin empruntée…

 

 

Ce que l’on entend – à voix basse…

La solitude (quasi) silencieuse…

La joue offerte au vent…

La neige déblayée sur le chemin qui s’accumule…

Un reste de joie – plus que durable…

L’accord parfait entre les blessures et la source…

En soi – la fragilité célébrée – autant que les bêtes et l’éternité…

Ce qui – en nous – s’éclaircit ; ce qui – en nous – voit le jour…

 

 

Ailleurs – pour ainsi dire – là où d’autres seraient d’accord pour demeurer sur place – pour offrir à leur âme une quiétude (appréciable) – un repos salutaire…

Introuvable – fort heureusement – hors de soi ; intransmissible – impartageable…

Sur le versant exactement opposé à la paresse et au sommeil…

En ce lieu où mènent toutes les circonstances…

 

 

Le feu tournant ; la parole qui retombe…

Ici-bas – débordé(s) par le vent – l’invisibilité du schéma…

A hauteur de front – sans prise ; à longueur de bras ou de nez – les pieds comme enserrés dans tous les nœuds de la trame – et tous les fils à défaire – à tirer – pour exister (un peu) – pour essayer de vivre au-delà de la respiration…

A vrai dire – un peu perdu(s) sorti(s) du sommeil…

 

 

Endormi(s) – debout…

Comme incapable(s) de rompre l’épaisseur…

La marche saccadée et somnambulique…

La brusquerie des gestes ; le cœur atrophié…

La corde au cou ; comme tenu(s) en laisse…

Le monde – tout le monde – sous le bleu – se débattant…

Les jambes – comme des poteaux – piégées dans la boue – scellées dans la roche…

Des ventres – des bouches – des bras – indistinctement – au milieu des Autres – séparé(s) obéissant(s) – emporté(s) par tous les courants – à la moindre secousse ; et glissant ainsi – seul(s) et ensemble – jusqu’à la mort…

 

 

La glace au-dedans qui fige toute possibilité – le moindre élan – ce qui pourrait être initié par l’Amour…

La joie et la liberté…

Comme dépossédé(s) du plus précieux…

A la manière d’une roche massive qui attendrait – en vain – l’usure – une impossible érosion ; la terre – notre vie – comme quelque chose d’irréductible…

 

 

Les pas fermes sur le chemin qui s’écarte des foules – qui s’éloigne du monde…

Un peu de vent – en suspension – dans un coin de la tête…

A l'écart ; comme pour résister à l'engouement (hystérique) des hommes pour la facilité et le tarissement ; plutôt le pas engagé et le respect de la totalité du cycle…

Dans leur sillon ; trop de cumuls – d’amassements – de gaspillages ; le cœur affamé – avide de confort – qui s’embourgeoise – qui se rétrécit ; l'âme pervertie en profondeur...

De plus en plus hostile – et étranger – à ce processus terrestre mortifère…

 

*

 

La parole en bouche – l’oiseau en cage – soudain libérés…

Comme le déploiement de la matière – l’explosion de l’œil et du paysage…

Une danse exubérante – des pirouettes imprévisibles…

Et l’espace à l’écoute qui accueille toutes les pitreries du monde – notre folie trop longtemps contenue…

 

 

Au cœur de notre absence – la dissolution du visage…

L’éternité à notre fenêtre ; et nous au fond de la fosse…

Et les mille chants pour célébrer l’écume – écartés – effacés – d’un seul geste…

L’envol au lieu de l’étranglement – au lieu de l’asphyxie…

Le besoin d’ailleurs – pas même remplacé – évaporé à l’instant où le feu et le vent ont pénétré le désarroi – l’impossibilité…

Présent – sans attente ; et la figure de l’infini offerte en récompense…

Les yeux comme deux soleils…

Les mains vides et ouvertes ; notre manière, aujourd’hui, d’être présent ; la seule réponse à toutes les interrogations de l’esprit – à toutes les questions de l’homme…

 

 

La lumière regardée pendant mille ans – puis, un jour, (profondément) étreinte…

Un pas de côté – vers l’immobilité…

Le ciel qui remplace la foule – le geste, la parole – et le sable, le sang…

Comme un recommencement du monde…

De tourbillon en évanouissement ; de tremblement en ouverture – sans le moindre parti-pris…

Et ce qu’il faut de tendresse et de reconnaissance – suffisamment – pour accepter – le cœur libre – de disparaître…

 

 

La route enfouie – invisible – sans escale – sans marcheur…

Au corps-à-corps avec le jour…

La tête hors de la terre…

La peau qui racle – sans préjudice…

A cœur découvert – de plus en plus…

 

 

Le sol rêche ; le bleu – partout – que l’on ne voit pas…

La soif – dans l’âme – qui creuse pour trouver sa place…

L’œil – en arrière – à distance des spectacles…

L’âge – comme le rire et les drames – sans importance…

La courbe qui effleure les murs et le soleil…

A deux doigts de la mort – de la folie – de l’éternité…

Qui sait ce que nous sommes ; et en quel lieu nous parviendrons…

 

 

Comme l’eau qui va – le vent et le murmure…

Qu’importe le terrain et la confusion…

Le feu qui brûle ; les flammes salvatrices…

Les éclats de l’âme et la fin du monde…

Et sur les lèvres – ce sourire qui n’appartient à personne…

Le jour – haut (très haut) sur les pommettes – face à l’hiver – face à la nuit – face à la foule occupée à on ne sait quoi…

 

 

On ne se réjouit – on ne se rejoint – que pulvérisé…

L’épaisseur dissoute…

D’un seul tenant avec le ciel et tous ses éclats ; ce qui demeure éparpillé sur le sol…

Quelque chose de la lumière au fond de soi qui guide notre complémentarité jusqu’à la part manquante qui nous abrite – que nous abritons – et qui attend (bien sûr) que nous la reconnaissions…

 

*

 

L’invisible – dépecé avec le reste – avec toutes les bêtes…

Ces amas de chair écarlate – et, au-dessus, cette matière transparente – scintillante – étincelante – comme un soleil sur le sang…

L’étreinte de la lumière – des mains d’or posées sur le plus fragile – sur le plus périssable – sur la douleur vivante…

Le temps suspendu – immobile – au-dessus des eaux rouges qui ruissellent et des cœurs qui palpitent encore…

Le partage du labeur – la mort impatiente qui s’abat comme le couteau des assassins…

Les saisons et les lèvres tremblantes devant le carnage…

La vie – notre voix – jamais séparées de ce qui souffre…

Et à l’ombre de nos mains – de notre parole – la signature de ceux que l’on égorge – de ceux que l'on décime – aux côtés de la marque du silence ; l’alliance entre le plus grandiose et l’enfance…

Des gestes et des pages pleines de beauté et de drames…

 

 

La légèreté des bagages – la précarité des murailles – lorsque l’oubli tient lieu de repère – de souffle et de pas…

Ce qui circule – toujours (plus ou moins) équivoque…

Des choses perdues – comme les âmes – recueillies par le silence…

Et ce qui se balance au-dessus de l’étonnement…

Le labeur des arbres ; la présence de ce qui voit…

Et les mains (toujours) agissantes au milieu du monde – parmi tous ces Autres qui sommeillent – aux yeux (plus ou moins) fermés…

Des cascades – des avalanches ; le bleu qui se déverse – qui se répand – qui recouvre tous les malheurs – pour transformer la douleur et les tourments en circonstances supportables – en destin salvateur…

Dieu peut-être – Dieu sans doute – descendu – avec nous – au plus bas – sur cette terre…

 

 

A contre-jour – l’immobilité – les yeux qui cherchent – l’âme étonnée – ce qui gît dans les sillons – tous les sillons – tracés sur le sol…

Les cœurs et les mains enchevêtrés – ce qui est mis en commun ; et que nul ne peut plus désormais s’attribuer…

Des fragments de matière – d’invisible – de vérité…

 

 

Quelque chose d’inhumain – sur la terre…

Le soleil à même la route – comme les pieds nus qui arpentent le monde…

Ce qu’il faut de souffle et de vent pour parvenir à destination – pour aller de plus en plus dépouillé…

D’un sas à l’autre – avec (très souvent) un autre déguisement…

Le cœur vivant – de plus en plus – à mesure que s’éclaircit la page – que le silence prédomine dans l’âme…

Des mots-vérité – des mots-essentiels – au contact desquels le passage – en soi – s’élargit pour laisser passer la lumière…

 

 

Le ciel à l’accueil inaudible – inentendable – partagé – entier et entièrement pourtant – en autant de parts que compte la multitude…

L’enfance de l’être – dans la tête des hommes – pas même encore enfantée…

Sur la même pente – parfois – le froid et la fraternité – pour heurter les certitudes de ceux qui vivent selon leurs croyances…

La substance de tout – comme le vent…

La matière de plus en plus esseulée…

L’invisible de plus en plus présent dans la chair – dans le ciel – dans la bouche…

Ce que nous avons – peut-être – de plus précieux à partager…

 

*

 

Près de la fontaine – la lune rousse – ronde – voyageuse ; comme la terre – qui semble égarée sur son chemin – tournant en rond en quelque sorte – à l’instar du soleil – cette étoile décadente…

Et toutes les têtes – pourtant – qui s’inclinent au passage des astres – des planètes – des satellites – en orbite (sans doute) elles aussi ; comme si tous les mouvements – toutes les trajectoires – étaient programmés – organisés d’avance – jusqu’à la collision – jusqu’à l’explosion – jusqu’à l'anéantissement ; le terme final qui vient clore un cycle et annoncer le suivant qui adviendra peut-être – qui adviendra sans doute – après le retour temporaire du vide souverain et inaugural…

 

 

L’arbre – comme un poème vivant – né de la terre et du vent – côtoyant le ciel à tout âge…

Vertical et silencieux – offrant son ombre et ses fruits à ceux qui ont chaud – à ceux qui ont faim ; offrant sa frondaison à ceux qui volent ; et, en son temps, ses feuilles et son tronc…

Sans aucun doute – les plus belles lignes dans le grand livre du monde…

 

 

La mémoire défaite par la mécanique de l’horloge – la marche saccadée du temps…

Ce qui s’amenuise – ce qui s’efface…

A voix basse – puis, en silence…

Le jardin en feu à la saison propice…

Et des volutes de fumée blanche à mesure que s’accumulent les encoches sur la réglette circulaire – jusqu’à la pénombre – jusqu’à la nuit ; et la mort (bien sûr) qui se rapproche…

Le labeur incessant (et si nécessaire) de l’oubli pour que l’esprit et la terre puissent offrir aux nouveaux venus un lieu et une place – digne et suffisante

 

 

Affranchi – comme tout ce qui perce la glace et demeure au-dessus et dans les profondeurs…

De la famille de la chambre et du vent ; la roulotte qui se déplace ; et l’esprit immobile ; la cellule et la cabine réunies – superposées…

L’œil fixe – attentif à tous les mouvements ; et les laissant libres…

Le ciel et la solitude à nos côtés…

La tête – les mains – la table – le lieu – l’espace – aussi vides que possible ; prêts à recevoir et à oublier ce qui les traverse – comme des traces de ciel…

 

 

Dans le cri – le secret de l’âme et du ventre – comme le point d’intersection entre l’air et la matière…

Ce qui vibre jusqu’à l’oreille des Autres ; et ce que l’on entend quelques fois…

 

 

Le jour – aisément rejoint par ceux qui expérimentent la vie depuis leur déchirure…

Rien de la rapacité ; comme un surcroît offert ; un présent – un peu de ciel ajouté à la pierre…

Sans relâche – le geste engagé et le détachement ; l’esprit dedans et au-dessus…

Sans tête – à vrai dire ; seulement la pointe du mouvement né ailleurs – dans les profondeurs de l’invisible – au centre de l’origine de tout – peut-être…

Des pans entiers de superflu qui se disloquent – et qui s'effondrent – emportés par les eaux souterraines du monde…

Face à soi – toujours – jusqu’à l’usure de la matière – pour que naissent – pour que puissent naître – un jour – le regard et le contact réel avec ce que nous percevons…

 

*

 

Ici – dans la nuit qui s’ouvre – comme une bouche béante – le rire au fond de la gorge – comme si rien ne pouvait (nous) arriver…

Qu’importe les sévices – les supplices – le désastre – l’existence furtive – ce qui nous hante ; la terre pesante…

L’âme au-dessus du chemin ; et le jour – à l’intérieur – invincible – inaltérable ; comme si nous marchions – en apesanteur – au milieu d’un immense jardin…

La lumière – au centre – perpétuelle – qu’aucune périphérie – qu’aucun couvercle – qu’aucune épaisseur – ne pourrait dissiper…

Les yeux partout jusqu’au regard – jusqu’à l’origine…

L’ignorance – la douleur – les saisons – les vérités – infiniment passagères ; comme cette vie et ce monde ; comme tout ce qui nous compose – comme tout ce que nous abritons…

 

 

La vie singulière – la joie profonde – la tristesse tremblante…

Tout ce que l’on ne voit pas – assumé – parfaitement – comme la célébration secrète du bleu – l’écart – l’exil et la solitude – jusqu’au plus infime événement…

Le corps sans frontière – le regard qui tranche et emmêle – la source attentive aux gestes – à la voix – au corps postural…

Toutes les énigmes du périple – le tumulte du monde et les secousses du temps – exacerbés – inoffensifs – sans effet…

A notre recherche – bien sûr – quoi que nous fassions ; dans l’intérêt de tous…

 

 

A bâtir comme si l’espace ne suffisait pas…

A remplir comme si le vide demandait à être peuplé…

A témoigner comme si l’on redoutait que le silence, un jour, finisse par avoir le dernier mot…

 

 

Là où commence la terre – la chambre commune…

Ce qui est en contact – ensemble ; le corps de la fratrie…

Et ce vent glacial – puissant – nécessaire – qui s’abat comme une hache – capable de fendre toutes les têtes orgueilleuses et indociles…

Là où commence le ciel – là où s’initient – où peuvent s’initier – l’alliance et la prière – toutes les possibilités du monde…

 

 

Le bleu qui défait – la terre qui déraille…

L’intimité de l’âme creusée par la parole…

Au milieu des flammes – le même air que nous respirons…

L’incandescence de nos vies anonymes – apparemment sans flamboyance…

Tout ouvert – à l’intérieur…

Comme un espace dans l’espace ; mille univers imbriqués – en un même lieu – inlocalisable…

Et ce qui s’incruste sur la peau – sous le front – dans le souffle…

Aussi nombreuses que les étoiles – les possibilités…

Le contraire du sommeil – ce que l’on ne voit jamais (presque jamais) dans la vie des hommes…

 

 

Sur une corde – perché – insaisissable…

Dans la brume – les yeux plissés…

Comme si, à cette hauteur, l’on ne pouvait être – et vivre sans réponse ; à chaque pas – le temps débordant et fractionné – comme le soleil – comme l’immonde et la poussière – le grand cirque des Autres – la ronde incessante du monde…

L’Amour comme coincé au fond du silence que le souffle apprend (peu à peu) à disséminer…

Au-delà du nom et du sens…

Ce qui existe en deçà – et par-delà – notre filiation – notre généalogie – à travers toutes nos apparentes appartenances…

 

*

 

Le jour et l’apaisement – dissipés…

Seul – devant le tombeau froid…

A la lisière de l’insupportable…

Attentif à la mort qui vient…

Au seuil de l’hiver – déjà…

 

 

De la pierre autour du cœur…

Le monde tournoyant…

La ronde du temps…

A rêver – en vain – à d’autres univers – à d’autres constructions ; grâce à l’alphabet mouvant dont les lettres mêlent la matière et les possibles…

Une manière – parmi d’autres – d’initier un changement ; le commencement – peut-être – d’une joie plus silencieuse…

 

 

Quelque chose de la mort – sur la carte – des fables et des lois – comme un achèvement – une idée de l’achèvement – qui vient faire obstacle à l’imprévu…

Des questions et des réponses – à la surface ; et, en dessous, le secret qui serpente et s’insinue…

La vraie vie – invisible – qui s’éprouve discrètement – sans que les yeux puissent la voir – sans que les mains puissent la toucher…

Énigmatique – profonde – protéiforme – insaisissable – autant que la question de l’identité…

Un peu de vent – quelques traces – sur le sable…

Quelques tours – un instant ; et bientôt – et déjà – oublié…

 

 

Au cœur de cet interstice creusé au fond du jour…

Sous l’ombre de la dernière couche de matière…

Encore un peu de ciel ; et quelques mots ; sans doute, une manière d’aller à l’essentiel…

 

 

En face de soi – l’eau et la soif…

Ce qui nous sépare de la source…

Le cœur chaviré – emporté par le désir – piégé par l’épaisseur qui nous habite et nous entoure…

Le temps, pourtant, qui se donne pour essayer de résoudre l’énigme – offrir à l’âme la possibilité d’un abri [ou (mieux) d’une demeure] ; un peu d’infini et d’éternité à découvrir et à partager…

 

 

Ce qui ne peut nous être retiré – l’incertitude et la surprise du jour…

La lumière salvatrice – ce qui traverse la pierre – ce qui pénètre la chambre et la chair…

Cette joie – à l’intérieur – qui rayonne…

 

 

Le manque – présent – comme un creux – un trou – une excavation – un puits au fond duquel l’âme et la créature ont été jetées…

Une sorte de trouble ontologique – née, peut-être, d’une défaillance – d’une légère absence ; le ciel – un peu de ciel – refluant de la fosse…

La pente des bêtes et des hommes ; l’expérience terrestre au cours de ce voyage ininterrompu…

 

 

Le monde – comme assis sur lui-même ; étouffé – étouffant ; écrasé – écrasant – devenant un point minuscule aux marges de l’étendue – peuplé de mythes et de barbares au contenu repoussant ; un amas de croyances et d’orgueil…

Quelque chose de si ancien – qui favorise (qui a toujours favorisé) le rétrécissement des routes et des destins…

Parmi les Autres – trop serrés ; un peu d’espace – à peine de quoi tourner autour de soi…

La vie immobile et sommeillante ; et nous – nourrissant (malgré nous) le monstre assoupi…

 

 

Le front déclinant à l’approche du passage…

Toutes les paroles retenues émergeant du trou où elles s’impatientaient…

Tout qui se déverse – jusqu’aux dernières insignifiances…

L’effacement et le vide auxquels on daigne (enfin) consentir…

 

*

 

Du côté de l’invisible ; ce qui ne s’épuise pas…

Jamais le temps – qui, toujours, succède à lui-même…

Une idée – une invention ; ce que l’esprit construit sous l’effet du manque et de la frustration…

Plutôt le rêve que le pas ; plutôt la paresse que l’envol…

Jamais de rencontre ; l’habitude qui saute à la gorge…

La colonne – les colonnes quelques fois – que l’on édifie – et en haut desquelles on amasse « quelques (menus) trésors » ; voués, bien sûr, à l'effritement et à la chute…

La vie – comme un écart – un désastre – une catastrophe ; rien qui ne puisse résister au tranchant de la lumière…

 

 

Une ligne après l’autre…

Page après page…

Livre après livre…

Comme s’il y avait quelque chose à bâtir – une œuvre peut-être – un édifice à l’épreuve du monde et du temps…

Un peu de vent et de mort ; tous les mots confondus…

L’empreinte de la nuit au lieu d’un sourire…

Des circonvolutions au lieu d’un geste ; une sorte de dérive – de délire peut-être – au lieu du jour…

Comme toutes les forces de construction – croissantes – en expansion – monstrueuses…

Une tentative d’étreinte avec les hauteurs ; et qui, un jour, tombera en pièces et en poussière…

Des lettres éparses et insensées ; le monde – la vie – reconstitués – volant en éclats…

Une ambition étroite et démesurée…

Une composition qui vaut moins qu’un arbre – moins qu’une fleur – moins qu’une pierre ; un mélange d’efforts et de sueur qui se mélangera bientôt à la terre ; le terreau, peut-être, du vide et du silence – annonciateurs (presque toujours) de temps meilleurs…

 

 

Emporté au fond de soi – là où l’on fait face – là où l’on perd pied – sans point d’ancrage – à flotter au milieu de l’étendue – l’envergure déployée – entre la matière et l’immensité – de plus en plus indistinctes – pénétrant et survolant toutes les épaisseurs…

La traversée du monde ; l’invisible compris…

 

 

Entre émotion et insignifiance – la poésie qui consent (un tant soit peu) à être humaine – comme un souffle par dessous la surface…

De la couleur de la lumière – destinée à ceux dont l’âme a épousé le vide – et qui deviennent, malgré eux, la jonction entre le monde et l’invisible…

Une fragilité ; une frugalité ; un défaut de puissance (éminemment salvateur) ; le provisoire et l’effacement ; ce qui se voue à la tendresse et à la vérité – au-delà des images et des mots…

 

 

Face au mur – d’attente en étreinte – vaines – aussitôt éprouvées aussitôt éteintes…

A la manière d’une figure peinte et repeinte ; la vie qui s’opacifie…

A notre place – peut-être ; le corps et l’âme à même l’inconfort – posés sur – et constitués de – cette étrange substance ; entre émotion et sensation…

Comme installés (presque dressés) à l’horizontale ; abandonnés – en quelque sorte…

 

 

Le front tremblant – les lèvres blanches – face à l’autorité…

Le ciel – en soi – défaillant…

Comme un vertige devant la grossièreté affichée ; l’humanité trop commune perchée sur son tertre – penchée sur sa pierre…

Au seuil de tous les interdits ; l’offense et l’affront du plus élémentaire…

Ce qui (nous) donne le souffle d’aller au-delà…

 

 

Ce que l’on supporte ; la faille – la blessure – la séparation ; la boue du monde – l’inaccessibilité du vide…

Notre exil ; cette distance grandissante avec les Autres – avec la norme – avec le commun ; et la nécessité quotidienne de la vraie vie – de fréquenter l'Absolu…

L’épaisseur d’une parole entre les morts et les vivants…

L’indifférence face au sang versé ; notre infirmité devant le nombre et la puissance…

La trop grande proximité des hommes…

 

 

Hors du cadre ; l’entrée…

Ce qui se lève – ce qui avance ; par simple opposition…

Au-delà des apparences ; plus loin (beaucoup plus loin) que là où les yeux se posent…

La tête qui glisse ; l’âme qui penche ; du côté de l’inentamé…

Le ciel qui s’élargit au terme de sa propre perte…

Un pas – l’espace – la porte franchie ; immobile – à présent – alors que la marche et le voyage continuent…

Entre le ciel et le sol – le regard dégagé…

 

*

 

L’espace antérieur à la haine – à la peur…

Sur cette rive sans attente…

Le vertige de la métamorphose – le supplice à la carte – ce que nous confondons ; et ce qui a lieu pourtant…

La nuit épaisse depuis des temps immémoriaux…

Des choses dites – des choses faites – (presque) toujours en vain…

L’oubli comme la principale manière d’imposer le silence ; la volonté de ce qui ne se discute pas…

 

 

La mutation – au cœur des bagages essentiels…

Un changement de ciel – hors du temps…

Le monde qui bat la mesure ; à son propre rythme ; et nous, en un claquement de doigts, la possibilité de l’exil – la possibilité de l’envol ; l’allégresse et la liberté…

Le bleu – sans la pierre – sans la prière – sans personne…

Et l’anéantissement du devenir…

Ce que chaque instant nous révèle…

 

 

Mille folies sous le front silencieux…

Le cœur étreint ; et cette présence simple et insensée…

Rien de l’aveuglement ; la parfaite obéissance plutôt…

A la manière des arbres ; réenchanté – sans réponse – comme si toutes les questions avaient été enterrées – emportées ailleurs – plus loin – plus haut – par des coulées de boue et des courants aériens – volatilisées en quelque sorte…

 

 

Une parole discrète – timide devant le monde – apeurée par l’ardeur manipulable des foules…

Soleil et souffle – en commun…

La main tendue – la caresse offerte…

Déconstruit et rassemblé – vide pour ainsi dire – à l’exception de quelques reliquats…

Comme un embrasement inattendu des saisons et de l’impatience ; la figure sage ; et l’œil magique – immobile – si proche de la source…

 

 

Le bleu – fondamentalement – non conquérant…

Le sol et le reste – quelque peu confondus…

D’un lieu à l’autre ; du côté de la bascule et de la transformation…

Et, bien sûr, l’espace (toujours) inchangé…

Et, en nous, l’âme qui (visiblement) frissonne…

Cette manière si commune (et si dérisoire) d’être vivant…

 

 

Au fond des têtes – cette épaisseur – comme un ralentissement…

Ce dont chacun souffre inconsciemment ; une sorte de charge humaine millénaire ; qui a, peu à peu, contaminé l’ensemble ; le corps – l’âme – le monde…

Comme une éclipse de ciel – (presque) permanente…

 

 

La charnière entre le mot et le vent ; entre le vide et le monde…

Ce que nous sommes (tous) – bien sûr – destiné(s) à devenir…

Face à l’abîme – debout – jusqu’à l’autre extrémité de la corde…

De toute évidence – inégaux – les visages et les choses…

Ce qui sépare, sans doute, les âmes du mystère…

Et l’inespéré qui (pourtant) se dessine – à travers tous nos gestes…

 

 

Le blocage et l’extermination – ce que nous encourons à force de hâte et de précipitation…

Comme un refus – une absence – une distraction ; quelque chose qui accroît l’écart et prolonge la durée du voyage…

Comme un détour – un éloignement…

Un périple à angles droits – avec mille choses inutiles ; et l’essentiel oublié – comme empêché…

Des yeux fermés ; une vie – à peine – quelques pas – quelques gestes – quelques respirations…

 

*

 

La pente à gravir ; la terre à retourner…

Le long labeur de la marche et du labour…

La nuit à parcourir ; et l’épaisseur à traverser…

Le soc et le pied – traînant à la surface du miroir…

Le monde ensommeillé ; le mouvement à la manière d’une déchirure – comme une vaine tentative de délivrance…

Rien que des images et de la poussière froide…

Le souffle court à force de respirer l’insupportable – à force de désirer l’impossible…

La présence impalpable de l’invisible ; comme si nous ne devions jamais en voir la fin…

 

 

La main portée à la hauteur du vent…

Avec le ciel en arrière-plan…

Le soleil qui inonde la chambre…

La tête silencieuse ; le monde – les Autres – sur le point de disparaître…

La lumière contre les parois branlantes…

Le renversement quasi complet de la géométrie – l’espace vibrant – le temps de plus en plus furtif…

Une sorte de désescalade de tous les usages et de toutes les inventions…

La pente qui (enfin) se déroule – qui (enfin) se dévale…

Le silence sur le point de remplacer le langage et le cri…

L’éclosion de la résonance au lieu de l’écho lointain et déformé…

L’obscurité décroissante…

Et le visage de l’aube – apparaissant – comme (peut-être) les derniers restes du désir humain…

L’agonie de la volonté et de la voix…

L’éclatement de la figure ; l’explosion des identités…

Seulement – l’abîme et le ciel ; des débris jusqu’au flamboiement naturel…

 

 

Le jour arrondi par les lèvres (trop) délicates…

Plus âpre et anguleux – en vérité…

Sans attente – sans espérance ; ne cherchant rien – ni personne – en apparaissant…

Inoccupé – dense – léger – compact – infini – essentiel…

Ne disparaissant et ne s’obscurcissant – qu’en apparence…

Devenant le centre à mesure que le silence investit l’âme et la voix…

La seule possibilité au monde ; et la seule issue envisageable pour ceux qui peuplent la nuit…

 

 

Ce que nous respirons…

D’un seul bloc – sans jamais se préserver…

Nous offrant à fond perdu ; sans jamais se soustraire…

Ni soif – ni barrière – ni refoulement…

Sa propre énergie reconvertie – indéfiniment…

Qu’importe le terrain – le relief – la nature (et la forme) des visages…

La même innocence et la même authenticité…

Ce qui se révèle (ce qui finit par se révéler) sous le front de ceux qui s’obstinent à chercher…

 

 

Sans recul – face au soleil…

Le teint sombre – la figure ridée – vieillissante…

Hors de ce qui s’applique au monde…

A l’écart des Autres – trop sages – obéissant à toutes les injonctions – soumis à toutes les normes et à toutes les lois – s’avilissant – s’abêtissant – abandonnant les rênes à toutes les autorités élues (ou autoproclamées)…

A sauter dans le bleu comme dans une immense flaque d’eau – joyeusement – sans retenue – pour éclaircir la couleur de la terre – et éclabousser les âmes chétives et apeurées – maladroitement réfugiées au fond de la chair – trop éloignées du jeu véritable pour s’aguerrir et s’affirmer…

Sortir de sa boîte – sourire aux étoiles ; approcher de ce qui végète, depuis trop longtemps, au fond de notre humanité…

 

*

 

Rien – la même obscurité dans le regard…

Le plus désirable selon les hommes…

Comme une égale indifférence face à l’aube – face à l’abîme – face à la lumière – devant le sillon gris des jours…

Passant ; pas même voyageur – puis, devenant, peu à peu, le chemin et le pas qui traversent le monde…

Et des fleurs – et des caresses – parfois – que l’on finit par offrir – aussi naturellement que l'on respire…

A la place des yeux – deux soleils ; et la même source à disposition…

 

 

Comme les arbres – capable de lire le ciel – de décrypter ses messages et ses intentions secrètes…

Dans la volonté du plus haut – toujours…

L’âme silencieuse – enracinée…

Et dans la sève – et dans le sang – le souffle nécessaire pour que le possible devienne la seule réalité – le quotidien essentiel

Des oiseaux et des gestes simples ; ce qu’impose la trajectoires des astres…

Nul autre lieu où aller…

La totalité du temps et de l’énergie consacrée à être et à croître…

Soi ou l’hypothèse de l’absence ; de bas en haut jusqu’à l’inconnaissable…

 

 

Ce qui nous heurte…

Au bord du plus lointain…

A la saison des pertes – l’inconnu devant soi…

L’oubli des Autres – l’oubli des choses ; et ce qu’il reste – le plus incertain…

Ni début – ni fin ; la parfaite (et chaotique) continuité…

Au-delà du visible ; à travers les apparences…

 

 

A défaut de soi – le reste – tout le reste – comme une (incomplète) compensation…

A genoux dans le passage – au-dehors…

A défaut de silence – le bavardage – ce que l’on dit sans y penser – ce que l’on pense sans en avoir conscience ; le manque encore – le manque (presque) toujours…

Ce qui maintient à la surface et à la périphérie…

La nuit retenue à pleines mains…

Rien que du sommeil malgré les yeux ouverts…

 

 

Ce que l’œil accroche ; ce que la main saisit…

Ce qui emplit les têtes et les ventres – toutes les choses du monde perçues par les yeux mi-clos – le cœur à peine battant – l’âme si peu vivante…

Ce qui brille sur le sol – dans le regard de l’Autre ; ce qu’amènent les vents ; et ce qu'ils emportent…

L’air rassurant des siens – de tous ceux qui nous ressemblent…

Pas un instant – l’idée du voyage et de la solitude ; le retrait et l’exil comme issues possibles…

La disparition – l’effacement – au lieu d’un tas de mots et de chair – à engloutir – à expulser…

La ronde (terrible – infernale) des créatures – sous les nuages noirs – qui tournent autour de la même pierre…

 

 

Pareil au jour qui tarde – au jour qui s’étire ; la terre – dans tous ses états…

Au fond des yeux – le désir qui anime et guide les paumes…

Le sol sans fin – sans horizon…

Soumis tantôt à la perception grossière – tantôt à la confusion ; quelque chose – sans espace – qui étouffe…

 

*

 

En soi – comme cherchant à se résoudre…

Les ombres et les sentinelles abattues…

La solitude comme décor – unique (bien sûr)…

Et en chemin – l’étreinte ressentie – cette alliance nécessaire avec ce qui nous habite – avec ce qui nous porte…

La découverte du secret ; et dans l’âme – une légère ivresse – un vertige salutaire…

Une sorte de discernement progressif et silencieux…

La source qui, peu à peu, se laisse rejoindre et dévêtir…

 

 

L’histoire sombre – comme tout ce qui nous précède – comme tout ce qui nous succédera…

Quelques notes – un interstice creusé au cours d’une longue période hivernale ; le monde endormi…

Un peu de feu – un peu de vie – au cœur de la saison glaciale…

Plus qu’une impression ; un sentier qui se dessine ; et que d’Autres, peut-être – un jour, emprunteront…

 

 

Le langage – une porte ouverte sur un monde – des horizons – inconnus…

Seul contre soi – puis, avec – puis, confondus – puis on ne sait pas – on ne saurait dire…

D’abord une interrogation primordiale – obsédante – suivie d’une longue déambulation fiévreuse – une espèce d’errance forcenée et chaotique…

Comme un manque vital à combler ; une complétude – une part de soi – à retrouver – enfouie très profondément – jetée au loin – éparpillée peut-être – éparpillée sans doute – introuvable avec les moyens mis à notre disposition…

Puis – au fil des jours – au fil de l’expérience – la lente (et très progressive) extinction du langage et de la parole au profit de notre manière d’être présent au monde ; au profit de notre capacité croissante à laisser jaillir les gestes que les circonstances imposent ; seulement cela ; l’ajustement naturel (et permanent) au cours incontournable des choses…

 

 

L’un après l’autre – sans confusion possible – malgré les ressemblances et l’uniformité…

Des têtes dans l’intervalle – et tous les souffles qui s’additionnent – comme un (progressif) arrachement de l’individualité ; un amas de chair horizontal ; de la faim – de la semence – des désirs et des excréments ; de la terre par-dessus la terre ; et de l’invisible sur le reste…

A la queue leu-leu – à pas lents (très lents) – vers le ciel ; à travers le même passage vers l’espace – l’immensité…

 

 

Entre le sol et le ciel – l’entente et la possibilité…

Rien de perdu ; rien – jamais – de séparé…

La force continue qui, peu à peu, se résout à servir…

Des allures de marche ; à notre façon – un voyage…

Nous – séjournant ici et là…

L’air seul – ensemble – comme les doigts de la main – comme toutes les parties du corps – vus de l’extérieur – et perçus différemment (de manière presque indicible) depuis le dedans…

La source vivante – respirante – se rapprochant et s’éloignant (tour à tour et simultanément) du point d’origine…

 

 

Passager – sur cette corde étrange qui relie on ne sait pas très bien quoi…

D’ici à ailleurs – sûrement – puis, revenant (sans aucun doute)…

Comme fractionnées à la surface et unies dans les profondeurs – toutes ces choses apparemment éparses…

De secousse en tremblement – avançant ainsi…

Étape après étape – pas à pas…

De destination en destination (plus ou moins prévue – plus ou moins pressentie) ; de lieu provisoire en lieu provisoire – de manière ininterrompue – jusqu’à ce que le fil se rompe…

Ce périple – comme une faille dans le sol – une cassure dans la tête ; et l’âme brisée ; et l'esprit – et le cœur – chargés, comme à chaque fois – depuis toujours, de tout éclairer – de tout réparer – de tout guérir…

Notre vocation – pour ainsi dire…

 

*

 

Chemins de feuilles et de sable – des traits et des sillons – l’empreinte de nos pas…

De grandes arabesques – un grand fouillis chaotique ; notre itinéraire – selon les jours…

Et la même question – la même histoire – depuis des millénaires ; et le cercle qui, peu à peu, s’élargit…

La chronique du monde devant les yeux – les pierres et les arbres – impassibles…

Trop peu d’enfance ; et trop de craintes pour grandir et se laisser aller à la seule dérive nécessaire ; l’esprit – le corps et l’âme – s’abandonnant à l’invisible...

Le vide – toujours (plus ou moins) constellé de choses minuscules…

 

 

Sur cette grande roue qui fait tourner le ciel et les heures…

Peu à peu – déclinant…

D’un jour à l’autre – le sourire changeant – tantôt joyeux – tantôt grimace – selon la densité du monde…

Éphémère – comme le reste…

A fouiller dans son cœur comme au fond d'un trou – au fond d’un puits – sans savoir ce que l’on va remonter avec les eaux boueuses et souterraines…

Et d’un seul regard – ce que l’on décrypte de la terre – des foules – du seau – remplis de choses et d’autres – ce que l’absence a dérobé…

La bouche muette devant tant de trésors et d’indigences agglomérés – variables selon la collecte…

Séparé de tout – solitaire – comme retranché en soi…

Les mains agrippées à la corde pour retenir la mémoire (trop) lointaine…

 

 

La nuit ; comme envahi – aveuglé – tiraillé par les cordes tristes du monde – partagé – comme si la foulée ne comptait pas…

Le sol piétiné par le souffle des foules et des vents…

En apesanteur – comme lévitant malgré la tête attachée aux fils des choses et des visages ; et contraint de vivre, à chaque instant, le risque de l'arrachement – la possibilité de cette douleur – de cette délivrance – au-dessus de la pierre…

Le cœur froid et agenouillé ; sur cette route blanche que l’on ne voit pas…

 

 

Inhumain – sans doute – de plus en plus…

Comme un nouvel éclairage sur le monde – une nouvelle inclinaison – sur cette pente que l’âme apprend, peu à peu, à apprivoiser…

Au-delà du seuil des solitudes – au-delà du seuil de la tristesse…

A quitter, peut-être, la lie des peuples pour un lieu improbable – incertain – inconnu – aux frontières de soi – exactement – là où la lumière et le silence règnent sans rivaux – là où sans séparation tout prend sens – sans question – sans explication…

Au cœur de l’être ; à travers tous ses visages intermittents…

Des tremblements et des fragilités – mille choses au lieu du rêve…

Sur notre socle ; et le vent – partout – tout autour – au-dedans…

 

 

Ce que la vie dessine – sur le sol – dans le ciel ; de la poussière presque invisible…

Ce qu’il faut de matière (grossière et repérable) ; et ce qu’il faut de lumière – pour que l’existence devienne supportable et le monde plus fréquentable…

Sans pourquoi – sans un seul mot – morcelé…

 

*

 

Contaminé(s) – peu à peu – par ce pus extérieur ; à travers mille chemins – mille canaux – minuscules – imperceptibles…

La musique du monde – ce tintamarre qui secoue la poitrine – suffisamment insidieuse d’abord pour paraître attractive – séduisante (aux yeux des plus naïfs) – et qui, très vite, emporte la joie avec le silence…

Et cet agacement rageur – au-dedans ; comme des secousses intérieures – comme le prolongement invisible du vacarme au-dehors…

Encerclé(s) – submergé(s) – devenant nous-même(s) l’un de ces bruits – s’ajoutant à tous les autres – amplifiant ainsi, à notre insu, la terrible cacophonie…

 

 

Nous – glissant d’un bout à l’autre de l'être – de la vie – du monde – comme sur une seule (et même) pente – un étroit périmètre – une aire (très) circonscrite sur laquelle nul ne peut (véritablement) s’établir ; un long dérapage – très souvent ; et, au mieux, une lente dérive – jusqu’à la chute puisque le territoire (comment l’ignorer?) est entouré de précipices ; l’abîme du temps – le gouffre cosmique – le vide de l’esprit ; et dire que nous autres, habitants de la terre, n’avons conscience que de la matière…

 

 

De cercle en cercle jusqu’au nom interrogé ; puis, un long voyage vers l’effacement – vers l’infini…

Peut-être le même parcours – le temps passant ; et, à chaque instant, un seul pas qui nous sépare…

Quelque chose comme un ciel offert en pâture au premier venu – puis, un jour, la ressemblance – l’évidence du désert et de la ressemblance…

La roue qui tourne – qui finit par tourner – en quelque sorte ; et (presque) tout qui, peu à peu, s’estompe – s’évapore – part en fumée ; nous laissant au milieu du silence autour duquel s’obstinent à vibrionner toutes les choses vivantes…

 

 

Comme une pente – des arbres – un ciel ; la terre – comme on peut le supposer…

Et le froid saisonnier devenu perpétuel – à moins que le cœur du monde – à moins que le cœur des hommes – ne se soit figé dans la glace…

Les traits de l’humanité – couchés sur le sol – couchés sur la feuille…

Et dans les bouches fermées – un questionnement suspendu ; rien de (très) nouveau – un peu de stupeur et de curiosité – de la métaphysique élémentaire ; ce que, de toute évidence, l’humanité est encline à oublier…

Rien que nous ; et après le déluge…

Autour – et plus haut – à quoi cela pourrait-il bien (nous) servir…

A se balancer sans cesse d’avant en arrière – comme les enfants et les fous – pour se bercer – s’apaiser – et éprouver la vie, en soi, qui tangue – qui oscille – et qui bascule parfois ; une manière de s’assurer d’être encore vivant (comme dans un rêve) malgré la peur – malgré nos faiblesses – malgré toutes les atrocités qui nous habitent et nous entourent…

 

 

Disparaissant – fractionné…

A l’horizontale – infime particule de poussière…

Aux marges – au centre immergé – invisible – indécelable ; et qui, de temps en temps, refait surface – la tête dans le jour – l’âme en pleine lumière – comme une sorte de renouveau (très) temporaire…

Une émergence de la transparence au cœur de l’opacité…

Deux yeux (grands) ouverts – un regard – au fond du sommeil…

 

 

Une parole – comme un murmure – un silence ; un trésor, peut-être, que nul n’entend – que nul ne souhaite entendre…

Une invitation à la blancheur et à l’oubli…

Comme un fil dénoué jeté en l’air – discrètement – et emporté par les vents – disparaissant dans l’espace – comme avalé – puis, en secret, le devenant…

Un geste quotidien qui célèbre l’effacement et la disparition…

 

*

 

Personne – sans rien autour…

Et la parole – passante – qui se déplace – d’un centre à l’autre…

Le corps et la nuit – en tête à tête – se jaugeant – nouant des alliances – et s’apprivoisant (parfois)…

Et ce qui résonne au fond de l’âme ; ce qui ne peut ni se dissoudre – ni s’obscurcir…

Le plus clair du temps – à la source – assis sur le sol – en silence – le cœur léger – les yeux mi-clos – un peu à l’écart du monde qui tourne autour de lui-même – sans bouger – nous familiarisant avec cette terre où il n’y a plus rien à construire – plus rien à enseigner – plus rien à partager…

 

 

Rien d’autre à imaginer que le voyage commun – cette traversée de l’obscurité florissante – du monde d’en-bas vers la lumière (supposée)…

L’or de l’empreinte secrète – davantage (bien davantage) que le rêve (et son pouvoir anesthésiant) ; l’assiduité quotidienne – discrète et silencieuse – poussant la matière à la verticale (jusqu’à ce qu’elle devienne majestueuse)…

 

 

Le jour creusé – par-delà l’inquiétude…

Les yeux – comme une flèche lancée vers l’horizon – et se fichant (presque) toujours quelque part ; cherchant (en vain) la lumière (sommairement) installée en un lieu introuvable – insaisissable – toujours (plus ou moins) vagabond…

 

 

Au commencement de soi – le cri qui, à mesure que l’on grandit – qui, à mesure que l’on avance, s’intensifie – jusqu’au silence…

Comme si par-dessus le ciel apparaissait un autre visage (plus grand et plus beau que le nôtre) – gorgé de joie – et scintillant comme la pierre sur laquelle nous marchons…

Tête en bas – l’âme renversée – à moins (bien sûr) que le monde ne se soit retourné…

 

 

Des éclats de soi – en pleine figure – le sol rehaussé ; ce qui tente de succéder à l’épaisseur et à l’opacité…

Notre destin inconnu et imprononçable – aux marges de l’invisibilité…

A découvert – pourtant – comme le ciel – découpé – compartimenté…

Au-dessus d’un amas de nœuds et de sommeil ; (à peu près) le même monde qu’autrefois…

Et l’âme – toujours vaillante – creusée comme le seul passage…

 

 

Ce que l’oubli dissipe – réfrène – concède…

La terre et l’aveuglement – enjambés…

Les circonstances – comme détachées de la tête…

La charge du monde et des histoires abandonnée à ceux qui s’en saisissent – à ceux qui s’en satisfont…

Le chemin désobscurci ; et le temps débarrassé…

Ce que les yeux neufs et le cœur vide invitent (et inventent) ; une vie – une route – pleines de joie – de surprises – de beauté…

 

 

Une fraction du tout délaissée – abandonnée à elle-même – vouée à se révéler – à l’écart des Autres…

Ni rêvée – ni entravée – davantage que le reste…

De la même veine ; l’envergure dissimulée…

En soi – le potentiel de la découverte ; le contrepoids de toute question…

Derrière la douleur – derrière la parole – des fragments de monde ; des lambeaux de vérité ; ce que l’âme apprend à incorporer – sans hâte…

L’élargissement de l’interstice ; et l’abolition (progressive) des frontières…

L’étendue – sans appartenance – qui, peu à peu, se déploie en dessous de ce qui semble la remplir – au-dedans de ce qui semble la constituer…

 

 

La rupture rêvée – comme le parachèvement de la solitude…

L’infini entrevu avant la disparition…

Une parfaite transition – en quelque sorte…

Consigné – confondu – emporté – à l’approche de l’intervalle…

Hors du rêve envisagé – hors du périmètre apparent…

Un seul pas – un peu de poussière – pour quitter l’inconséquence et rejoindre le cercle (accessible) de l’enfance…

 

 

Ici – jusqu’à l’usure…

De la stricte blancheur à l’incandescence ; par le même chemin ; mille passages – mille traversées – en vérité – parfaitement simultanées…

D’un gouffre à l’autre – (inlassablement) renouvelé – avec, à chaque fois, un surcroît de mystère octroyé ; le seul accompagnement pour parcourir l’étendue – pénétrer la surface – accéder aux profondeurs (insoupçonnables) de la figure centrale…

 

 

Sans bruit – quelques traits griffonnés – quelques pas réalisés…

Comme un rêve de danse sur une corde tendue au-dessus d’un précipice…

La foulée tranquille – l’âme et l’espace – contenant – accompagnant…

Un peu partout – nous réassemblant…

L’infini – au fond de l’interstice…

Une autre tête – peut-être – ou exactement la même ; mais habitée d’une manière inhabituelle – très différente…

Le ciel – le jour – le mystère – comme murmurés dans la parole – dans la ligne qui se trace – au centre du monde – au centre du gouffre – au centre du cœur – à l’endroit précis où l’on se trouve…

 

*

 

Ici – comme d’autres ailleurs – rassemblés…

Innocents face à la violence exercée…

Un chant qui monte au milieu des morts…

Le jour pauvre – l’herbe foulée…

De grands troncs alignés ; ce qui alimentera le feu ; la seule chose de la forêt que réussiront à dérober les hommes ; les arbres conservant pour eux leur sagesse – leurs trésors – leur mystère ; cette très ancienne expérience du monde qu'ils acceptent, parfois – (très) secrètement, de partager avec quelques âmes capables de s’asseoir seule(s) et en silence à leur pied…

 

 

Le front fiévreux ; plein d’histoires…

Les pieds dans l’argile noire – statufié(s)…

Comme condamné(s) – simultanément – à la fureur et à l’immobilité…

A l’intersection des antagonismes ; supplicié(s) permanent(s) – en quelque sorte…

Le sang rouge – ardent ; et l’âme si faible…

Source de cris que nul n’entend…

A la limite du supportable ; comme coincé(s) entre la douleur et l’espoir – entre la possibilité et la restriction…

Fleur(s) éphémère(s) – vouée(s) au passage ; et offerte(s) à la nuit…

Des ombres ; pas davantage qu’une image…

Un interstice de temps ; plus proche(s) de la fin que de l’origine…

Et à défaut de ciel – le désir – le rêve et la prière…

 

 

La parole brûlante – comme un nouvel éclairage – le monde suspendu par les racines – le silence des feuilles ; le sang qui circule comme la sève – vers toutes les hauteurs – cherchant davantage le ciel que l’altitude…

Quelques signes offerts au vent et à la lumière ; notre exercice (quotidien) sur la pierre…

 

 

Trop lourdement – révélé – impliqué – le monde…

Réduit à une figure impérieuse – impérative – envahissante…

Tout un parcours – avec mille choses à réaliser – mille choses à proscrire…

Un long couloir délimité par les lois et les pas antérieurs – comme une mémoire du sol qui gagne, peu à peu, tous les esprits…

Un souffle – des vies – façonnés par la force collective – prisonniers de bornes (apparemment) infranchissables…

 

 

L’obscurité sans trêve – le chemin à dérouler…

Dans l’indifférence et le rêve…

Et l’immobilité – comme le prolongement de l’illusion…

Le même pas – indéfiniment réalisé…

Le noir qui succède au noir…

La volonté verrouillée – la douleur et l’inconséquence – ce qui nous anime – ce qui nous entoure…

A tourner en rond – au-dedans du cercle – enfermé(s)…

Sans intériorité ; et l’extériorité tout juste nécessaire ; de quoi respirer – un peu ; de quoi vivre – à peine…

Un espace qui – à force de traces – qui – à force de sillons – finit par ressembler à un abîme…

 

 

Sans support – la réponse – le silence – obscurément clair – au-delà du rêve – au-delà de la raison ; né(e), peut-être, des profondeurs les plus lointaines…

L’origine à découvert – à mesure que le vide se creuse – à mesure que disparaissent les embarras…

 

*

 

Sans que personne n’entende…

Des arbres – sans vestige humain…

D’autres reliquats – bien antérieurs…

De la pierre crachée par la terre – il y a si longtemps…

Sans que personne ne voit…

De larges gouffres où règne la mort…

Et de grands sacrifices derrière les luttes apparentes…

Sans que personne ne comprenne…

L’invisible pas même caché…

Des courants qui font tourbillonner ; et d’autres qui emportent…

Sans même quelqu’un pour en témoigner…

Trop lointain – trop proche ; trop éternel – trop passager…

Notre main – si minuscule – au creux d’une paume immense…

 

 

A se perdre dans cette nuit sans yeux ; et qui, si elle en avait, ne nous regarderait pas…

Trop semblable(s) à elle – comme confondu(s)…

Mille parts serpentant dans le lit maternel…

De petites bouches voraces – le cœur ferme et tenace ; et noir (comme il se doit)…

Tous les visages de la terre – dans la gueule du monde – dans la gueule du temps…

Présence d’ombres…

Des parcelles et des pugilats…

Le ciel strié de larges lignes horizontales…

Comme des trous dans le vide…

Et le Styx qui sépare ceux capables de voir de ceux qui vivent les yeux fermés…

Les hommes et les bêtes – plongés dans ce gouffre obscur – incompréhensible – mystérieux…

Des pleurs – des cris – des mains qui se cherchent et s’agitent – avalés par la nuit sans yeux…

 

 

Poussière et face scintillantes – à mi-chemin l’une de l’autre – ivres jusqu’au vertige…

Au milieu de nulle part ; et pas si perdues pourtant…

Libres et naturellement portées…

A cette hauteur que permet l’absence…

Jamais à tort – là où l’on a (involontairement) disparu…

 

 

La parole esquissée – par le geste précis ; l’âme perméable…

Le monde librement traversé – décrit (et jamais reconstitué)…

Dire – sans précaution – sans pesanteur – l’abondance et la complexité – l’emmêlement et le rayonnement des choses…

La page comme une grève caressée par les vagues – les mains de l’océan – abandonnant quelques taches d’encre destinées à ceux qui n’ont plus sommeil…

Nos étoiles et notre lumière – intérieures – réunies…

 

 

Aussi longtemps que possible – la terre – l’instant – ce qui se réalise – malgré nous – (très) momentanément…

Le vide à déchiffrer ; le monde en plein jour – pourtant…

Un soupir ou un pas – mille possibles ou ce qui s’impose – l’envol ou le repli – la caresse ou le coup ; la tristesse ou le vertige ; foncièrement la même chose ; à peu près rien…

Le cours du monde – tel un écoulement naturel (inévitable) ; les résidus successifs et cumulés, peut-être, du mouvement inaugural (à la puissance inimaginable) qui forment une interminable série – une (très) longue cascade ; et qui ruisselle sans discontinuer ; mille danses au cœur du vide – au cœur du silence – qui ne réclament ni participant – ni témoin – ni commentaire…

Ce que nous sommes et contemplons – simplement…

 

*

 

Au seuil du silence – les lèvres entrouvertes – muettes (bien sûr) – comme stupéfaites devant tant de beauté – devant tant de grandeur – devant cette danse étrange et lente – comme l’épuisement de tous les possibles ; et les heures qui se vident – autant que le monde ; plus rien – ni personne – excepté cette immense arabesque dessinée dans l’air ; comme nos pas – nos propres pas – virevoltant sur une piste de sable verticale (et aérienne) – tournoyant avec l’espace – devenant le mouvement – la grâce et la lenteur – l’harmonie – l’obscurité et la maladresse ; quelque chose d’inimaginable – littéralement ; et qui (vous) laisse bouche bée…

 

 

La nuit immense – effacée…

Mille roues qui tournent…

La voix commune commentant – impuissante – le désastre…

Les mots comme de la neige sur le sol noir…

Et comme un feu qui couve sous la saleté – sous les couches (épaisses) d’immondices…

Comme un rêve – un peu de douceur – (bien) trop d’illusions (bien sûr) – sur cette terre invivable…

 

 

Les choses si proches – comme la pesanteur…

Le temps fractionné pour mesurer l’invisible – (à peu près) tout ce qui nous échappe…

Des chemins – quelques-uns – si peu (en vérité) – dont le nombre est (rédhibitoirement) restreint par nos propres limites…

Trop de poids ; trop lointain – cet ailleurs (pas même désiré)…

Des voix qui crient ; des corps qui s’agitent ; l’inconfort grandissant de l’âme…

Et parfois (trop rarement – sans doute) comme une offrande livrée à l’inconnu ; le langage du cœur à la place du sang que l’on fait couler habituellement; comme si la tendresse recouvrait (pendant un court instant) nos vies minuscules – comme si elle enrobait nos gestes quotidiens si rudes – si âpres – si peu aimants ; la présence de Dieu, peut-être, inespérée dans cette lumière intermittente…

 

 

Face à l’homme – infime – minuscule – dérisoire – la danse éternelle – la poussière qui tourbillonne ; la lumière et le mouvement – proches de la source…

Le temps d’une vie – le temps d’une parole…

Quelque chose qui apparaît ; le rien récurrent qui, sans cesse, recommence…

Le jeu du vide et de la matière immergée…

 

 

Entre les lignes – le plus haut – pour lutter contre l’oubli du plus précieux – ce que la gravité et l’épaisseur dissimulent…

Au-dessus des abysses à la noirceur absolue…

Et ce qui survit aussi – au-delà du socle et des couleurs dont nous aimons parer le monde…

Le feu et la farce – face au silence – démasqués – et révélés (comme redécouverts) par les yeux affranchis d’une humanité (trop) fantasmée – telle qu’on nous la présente (un peu partout)…

Tout à plat – mille choses exposées ; et le cœur – et le geste – pour réparer le désastre et l’ignominie de la séparation…

 

 

Sous le bras – le monde – emporté – arraché à ses malheurs – à ce sort sans hauteur – soumis au rêve et à la violence – abandonné à l’ignorance et à la hargne des vivants – délaissé par le ciel – par les Dieux – devenu inamical au-delà de la désespérance…

Montagne noire sur laquelle se pose un peu de neige – manière de rompre avec la pesanteur – avec les traditions ancestrales (plus que millénaires) – presque toujours favorables à la brusquerie – à l’inertie – à l’opacité – à la prolifération de communautés terrestres privées de tendresse – de sagesse – d'innocence…

 

*

 

Sans carte – sur le territoire des hommes…

Sans confiance – caché dans un coin – abrité des yeux (trop) fouineurs – des yeux aux aguets – des yeux indifférents…

Un rire coincé au fond de la gorge – en bonne place – aux côtés de la peur…

Un abîme pour un autre…

Flottant parmi les effondrements et les détritus…

Dans le grand bain du monde – le masque des bêtes posé sur l’âme – quelque chose entre la sauvagerie et le sommeil…

Étranger sur toutes les rives visibles – à la recherche moins de l’abondance que d’un lieu où l’on ne sera pas blessé…

Si inoffensif ; si innocent encore…

 

 

Fils de personne – arrivé là sans hasard – d’un commun accord – sans doute…

Inapte au retour – inapte à la fuite en avant ; inapte à toute perspective collective – à tout ce que l’histoire ou les Autres impose(nt)…

Dans la faille – entre le fond et la sommité apparente – à descendre et à monter – comme l’instrument d’une main invisible – le jouet d’un géant à la figure immense et cachée…

Parmi la quantité – simple élément sur la balance – pour faire contrepoids au vide (de manière insuffisante apparemment)…

A l’écart de la multitude mal appareillée – équipée pour la guerre ; et nous – si désarmé(s) – contraint(s) de fuir ces fronts trop belliqueux – ces rivages trop peuplés où ne règnent que le désir – la faim – le sommeil et la férocité ; rien qui n’invite – rien qui n’incite – à rester…

Quelques pas encore – un envol – une chute – vers un ailleurs, sans doute, pas si lointain…

 

 

Comme l’eau qui coule sur les hauteurs du monde ; clairs – limpides – rafraîchissants – le bleu et le front – accolés…

A grands traits esquissés – tous les bruits et toutes les danses – de la terre…

L’instinct naturel et le plus sauvage – immergés dans la chair…

La liberté – comme un bloc ; quelque chose de furtif et de primesautier…

Le dehors et le dedans – entremêlés…

Dépossédés par les vents qui nous emportent…

Vivants – debout – dans la lumière – insaisissable(s) – jusqu’à l’usure…

 

 

Jamais tarie – en soi – la source ; ce qui ouvre la route ; et ce qui s’élance dessus – prêt à toutes les explorations – à toutes les découvertes…

Le vide – en filigrane – en arrière-plan…

Ce qui culmine à des hauteurs aisément accessibles – ce qui permet à la voûte de rester ouverte sur l’infini…

D’un bout à l’autre de l’étendue – le scintillement des couleurs – le jour rougeoyant – la joie désenfouie (remontant des profondeurs) ; ce qui offre aux vies ce souffle inespéré…

Davantage, sans doute, qu’un bout de chair animé…

 

*

 

Des ponts – des ports – dans la brume déchirée ; ce qui s’empile – ce qui s’entasse – des détours et des raccourcis – ce qui nous fait avancer plus vite – avec, en point de mire, l’autre extrémité de la vérité ; ailleurs – autrement – il va sans dire bien qu'il soit incontestable que nous demeurons immobiles…

Pas un accident de l’histoire ; la possibilité de rejoindre le contraire de la nudité – du silence – de l’immobilité…

En multipliant les chimères (toutes les inventions possibles et imaginables) – ainsi parvient-on à progresser – du moins le croit-on…

Comme un empilement de baudruches sur la terrasse – pour tenter de s’envoler…

Encore distrait(s) par le sommeil – entre rêve et réalité – qui peut (réellement) savoir…

Des titres et des colonnes – des édifices de pierre et de papier – l’orgueil – comme l’illusion – à son comble – si impatient(s) de toucher le ciel – de côtoyer les Dieux – d’échapper à la pénombre et à l’infortune…

Le jeu du vide – grâce à eux – malgré eux – cherchant, à travers leurs élans – tous leurs mouvements, à faire coïncider ses deux versants ; mille mondes où nous évoluons – comme si l’on essayait de passer de la succession à la simultanéité…

Un défi ; le défi que chacun doit relever…

 

 

L’âme – la chair – la face – raclées par tous les yeux – par toutes les mains – par tous les événements successifs…

La grande route devenue chemin – puis, sente étroite – puis, passage invisible…

Toujours plus en avant – toujours plus profond – comme un retour sur soi ; d’ici aux premiers temps de l’origine ; et au-delà si la soif le permet – si l’élan se montre suffisamment puissant pour tout soustraire – jusqu’à l’ultime couche qui nous sépare du reste – de la nudité – dont on ne peut (évidemment) rien dire – qui n’appartient à personne – ni à aucun temps…

 

 

Au plus près des étoiles – la saison des amours – des allées et venues – d’incessants va-et-vient…

Le monde bruissant – buissonnant ; des orgies – des banquets – des libations – sur la pierraille ; le ciel à portée d’ivresse – le délire jusqu’au vertige…

Le désir et le sommeil ; et la faim intermittente – récurremment obsédante…

Des lieux sans autel ; des rites pour que fleurisse l'abondance – pour qu’elle se répande – et envahisse l’espace – tous les lieux…

Et l’Autre – les Autres – consubstantiels (bien sûr) au monde et à l’illusion ; la danse des corps qui, sans même le savoir, célèbrent le ciel ; la multiplication de la multitude au service de l’unité ; l’ensemble et le Un – inséparables – virevoltant – s’écartant et se rejoignant sans cesse – jouets de leur propre Amour – de leur propre respiration ; et invitant dans la ronde tout ce qu'ils rencontrent – tout ce qui les constitue…

 

 

Le jour – en vain – si souvent – comme une nuit déguisée ; de l’obscurité (de plus en plus) sur des pantins aveugles – confus et agités ; comme un feu désespérant dont la fumée – grise et épaisse – assombrit davantage que n’éclairent ses flammes…

Trop d’engluement – d’aveuglement – d’épaisseur…

Des âmes inertes ; rien qu’une surface où le monde se reflète – où l’idée même de ciel est écartée…

 

 

Bâton à la main – sur cette sente solitaire – escarpée – de moins en moins ; une pente en soi – aux reliefs singuliers – étranges – accidentés – disparates…

Avec à ses côtés – un carnet ; une manière de noter l’itinéraire – la lente et mystérieuse progression…

Ce que la blancheur et la terre finiront par recouvrir…

Nous – comme une portion – une surface – un interstice – qui, peu à peu, gagnerait en envergure – en profondeur – en densité…

Quelque chose de l’homme ; et quelque chose du point – assurément ; à relier à l’ineffable et à l’infini…

Le visage intensément changeant de la vérité – de plus en plus émacié à mesure que l’on s’approche de la nudité ; et à la fin – rien ; seulement l'essentiel – et le nécessaire qui s'impose ; une présence et des gestes quotidiens – denses – intenses – provisoires ; l’essence de l’espace et de la matière – en ce monde…

 

 

Des pans de ciel effondrés – affalés sur la terre…

Trop de temples dressés à l’horizontale ; la seule perspective humaine – trop souvent…

Le rêve – comme un air d’ailleurs (presque) toujours suffisant…

Une seule route – des choses et des choses – entassées – d’un point à l’autre ; comme une ligne tracée qu’il faudrait suivre ; et que nous suivons…

Et le soleil – sur nos pieds nus ; la docilité et l’indigence – sans rien comprendre…

 

*

 

La voix – parsemée d’éclats de monde et de fragments de vérité ; à la manière d’une hampe dressée qui émergerait (péniblement) d’un océan de mensonges et d’illusions…

Comme des vagues successives – discrètes – intermittentes – porteuses d’un bruissement sourd et profond ; porteuses d’une gravité nécessaire face à la frivolité des hommes…

Et de la joie (bien sûr) pour ridiculiser (malgré elle) la gaieté insouciante des visages…

 

 

Le monde – noué à une écharpe – se balançant au-dessus du vide – tournant autour de la vérité…

Le sort terrible que l’on impose à la matière…

Un peu de ciel et de lumière dans l’obscurité qui nous habite – dans l’obscurité qui nous entoure – dans l’obscurité qui nous fait face…

Comme un sursaut (un surcroît peut-être) de conscience parmi trop de rêves – parmi trop d’images et de miroirs…

Quelqu’un qui parle au milieu du sommeil – au milieu des ensommeillés – un parmi d’Autres – peut-être…

 

 

Des choses et d’autres – mille roues qui tournent – le monde et le temps…

Des existences sans répit – exténuées…

Et ce manque (incroyable – indicible) face au ciel – les yeux implorants – les lèvres frémissantes – entre colère et prière – toujours (plus ou moins) mélangées – toujours (plus ou moins) hésitants…

La mémoire défaillante – mal (très mal) rafistolée…

Et dans le ventre – ce qui était vivant…

Et dans la tête – cette brume – comme un fouillis d’images…

Et dans le cœur – ce qui se cherche encore…

Sans retour possible – le cours inéluctable du monde – ce qui nous rapproche de l’origine – de l’essence – sans jamais nous en être (réellement)

éloigné(s)…

Ce qui est au lieu des représentations et des croyances…

Entre la goutte – la vague – l’eau et l’océan – par intermittence – ce que nous sommes et ce pour quoi nous nous prenons – au fil du chemin – au fil des circonstances ; et toujours – de la plus juste manière ; ce qui respire en nous – indubitablement…

 

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